C’est vraiment un très beau western. Dans tous les sens du terme d’ailleurs. A commencer par le dessin, franchement bon, que ce soit pour les personnages ou les décors (et le grand format lui sied très bien). Et j’ai aussi beaucoup apprécié la colorisation, très très lumineuse, rendant très bien l’omniprésence du soleil dans les régions arides où se déroule cette histoire.
Rossi prend vraiment le temps de planter le décor (personnages et arrière-plans), avec un one-shot aussi imposant qu’un triptyque. Les passages contemplatifs alternent avec d’autres plus dynamiques, action et dérives s’enchainent, dans une histoire traversée par Geronimo, mais qui n’est pas centrée sur lui. C’est autant une déclaration d’amour de Rossi aux Amérindiens que le chant du cygne des Apaches qui nous sont ici donnés à voir.
Un personnage fictif, Woan, sert de fil rouge, et plus généralement, Rossi a pris le temps de brosser de beaux portraits de plusieurs personnages secondaires.
Mon seul bémol concerne le final, car les 6 dernières pages, en plus de la coupure temporelle qui les séparent de ce qui a précédé, adoptent un ton légèrement différent.
Mais ça reste un western réussi et une lecture très prenante et agréable.
C'est en lisant cette BD que j'ai repensé à Les Petites Victoires et que je ne peux que constater l'écart énorme entre les deux BD. "Oui, mais l'une parle d'un parent d'enfant autiste, et l'autre d'une autiste. Évidemment que c'est pas pareil !" pourrait-on me répliquer, et j'ai envie de répondre que l'une parle de comprendre et l'autre d'imposer.
Je voulais faire cette parenthèse en ouverture, parce que c'est ce qui m'a frappé d'entrée de jeu quant à la façon dont la BD se construit. C'est une plongée dans l'enfer que vivent ces personnes non diagnostiquées et qui doivent essayer de vivre avec toute la difficulté que cela représente. Et c'est très bien mené : le dessin retranscrit les difficultés sensorielles, le malaise social, la bulle de confort que représente la maison, etc ... A travers la BD, c'est une plongée dans sa vie, ses émotions, ses sensations. Lorsque le diagnostic arrive, il est assez évident pour un lecteur moyen qui a noté que quelque chose ne tournait pas rond. Mais c'est ça qui est brillant, montrer que lorsqu'on vit cette différence, elle est juste normale. Quotidienne, banale. Ordinaire.
Et là se trouve le bon choix que les autrices ont fait dans la BD : choisir de représenter cette normalité qui est la sienne, ne pas juger, ne pas imposer de fatalité. L'autisme n'est pas une maladie, comme elle le rappellera aux gens avec qui elle parle, ce n'est pas une souffrance ni une malédiction. C'est une façon d'être, différent, tout simplement. A ce niveau, la fin montre clairement que parfois, après diagnostique, il faut aussi savoir trier dans ses fréquentations pour son propre bien.
Je ne pense pas que la BD soit une merveille, mais elle fait du bien lorsqu'on compare à ce qui peut se dire sur l'autisme et le neuroatypique de manière globale. Les petites phrases à la fin sonnent trop réaliste pour que ce ne soit pas ce qu'elle a entendu dans la vraie vie. La BD se veut un éclairage, une compréhension sur ces gens normaux, mais différemment. A lire pour comprendre et informer !
Thriller prenant avec quelques maladresses
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Ce tome comprend les épisodes 871 à 881 de la série mensuelle, parus en 2011. Ils forment un récit complet, relativement indépendant de la continuité, et complètement indépendant du tome précédent.
Bruce Wayne se porte bien et il a même choisi de transformer Batman en une franchise pour gagner en efficacité (dans Batman incorporated). Il a laissé Gotham sous la responsabilité de Dick Grayson (le premier Robin, ex-Nightwing) qui porte également le costume de Batman. Dans des vestiaires, un adolescent se fait bousculer par un balèze. Il réagit violemment et se transforme en une créature reptilienne évoquant Killer Croc. L'enquête de Batman met à jour des enchères d'un type très particulier au cours desquelles un extrait du sérum de Killer Croc a été vendu. Dans le même temps, les habitants de Gotham s'étonnent de voir passer des oiseaux exotiques dans le ciel, jusqu'à 2 vautours se perchant sur le rebord d'une fenêtre de l'immeuble occupé par Dick Grayson et Alfred Pennyworth. Un petit malin a libéré les oiseaux de la volière du zoo. L'analyse des caméras de surveillance laisse supposer que cet acte de malveillance pourrait être le fait de James Gordon junior, le fils de James Gordon (le commissaire de police principal de Gotham) et de Barbara Eileen Gordon. Ceci préoccupe énormément son père et Barbara Gordon, sa cousine (Oracle, ex-Batgirl).
La première partie consacrée à ces ventes aux enchères permet d'établir la relation entre Batman et James Gordon. Par le biais de l'imagination de Snyder, ce Batman est un homme d'action intelligent disposant de quelques gadgets aussi utiles que providentiels. le lecteur découvre également que Dick Grayson entretient une relation spécifique avec Gotham et ses réflexions intérieures montrent en quoi il n'est pas Bruce Wayne. Cette partie est illustrée par Jock (il s'est fait connaître avec The Losers). Il utilise un style anguleux à fort encrage. Cela confère une certaine noirceur au récit et une forme de sériosité bien adaptée. Mais il apparaît que Jock a diminué la densité d'informations qu'il insère dans ses cases, à commencer par les décors. Snyder et Jock aiment bien les pleines pages et les scènes d'action spectaculaires. Cependant, elles ne sont pas toutes convaincantes, avec des illustrations qui mettent plus en évidence l'impossibilité de ce qui est décrit qu'un véritable exploit.
La partie suivante introduit James Gordon junior en bonne et due forme. Et le récit accorde une grande place à son père et sa cousine, parfois même plus qu'à Batman. Jock cède la place à Francesco Francavilla (déjà vu dans Zorro ou Black Panther, the man without fear), avant de revenir. Ils alternent ainsi suivant les épisodes, puis suivant les séquences pour les 2 derniers épisodes. le récit glisse franchement vers le thriller psychologique, entrecoupé de passages plus superhéros impliquant Batman avec une apparition de Red Robin (Tim Drake).
En lisant ces deux derniers tiers du tome, il est difficile de ne pas penser à Batman Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli. Pour commencer, James Gordon junior constitue une présence déterminante dans Year one, comme ici, et Snyder fait référence à l'enlèvement du nourrisson et sa possible conséquence sur son développement psychique et physiologique. En tant que fan, il est difficile de résister à de tels sous-entendus ; en tant que profane, il vaut mieux lire Year one avant. Il est visible également que Snyder établit un contrepoint (assez lâche) entre les pages consacrées à Gordon, et celles consacrées à Batman (comme Miller dans Year one). En outre le style de Francavilla se situe à mi-chemin entre celui de Mazzucchelli et celui de Matt Wagner dans Batman and the monster men. La filiation avec Year one s'étend à toutes les pages aussi bien pour la forme du scénario, que les évocations événements, ou le style graphique. le thriller est vraiment prenant, mais il relègue Batman au second plan (et ses péripéties restent capilotractées).
Scott Snyder aidé par ses deux illustrateurs raconte un thriller angoissant impliquant directement James Gordon et Barbara Gordon, et plus ou moins directement (en fonction des séquences) Batman. Il a l'art et la manière d'incorporer et de développer intelligemment et avec pertinence des références aux récits essentiel à la mythologie de Batman (vous pouvez aussi réviser The killing joke et Un deuil dans la famille). Mais il a une fâcheuse propension à privilégier le spectaculaire sur la solidité du récit, ce qui créée 2 ou 3 passages un peu gauches. Enfin, même en acceptant que le criminel sadique a le cerveau très dérangé, sa logorrhée finale pour tout expliquer et justifier apparaît comme un artifice maladroit pour tout exposer. Dans le cadre de la relance totale de leur ligne en septembre 2011 (opération baptisée New 52), DC Comics a confié la série Batman à Scott Snyder ; le début est réédité dans La cours des hiboux (épisodes 1 à 6) avec des dessins de Greg Capullo.
Traumatisme
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Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle est initialement parue en 2016, sans prépublication. le scénariste en est Paul Dini. Eduard Risso a réalisé les dessins, l'encrage et la mise en couleurs. le lettrage a été confié à Todd Klein. Paul Dini est connu pour avoir été, entre autres, le producteur et le scénariste de la série Batman, la série animée. Eduardo Risso est connu pour avoir été le dessinateur de la série 100 bullets (écrite par Brian Azzarello).
L'histoire s'ouvre avec un dessin pleine page montrant la tête de Paul Dini couverte de bandage, alors qu'il est allongé sur un lit d'hôpital, une perfusion dans le bras. Dans la page suivante, il se tient debout devant un grand tableau, avec un petit morceau de papier dans une main, indiquant qu'il va expliquer comment il a été agressé il y a quelques années, et quel rapport cet acte entretient avec Batman. Pour cette présentation (filmée par une petite caméra vidéo), il dispose des petits carrés de papiers avec un dessin esquissé dessus, sur le tableau, en les alignant rangée par rangée.
Paul Dini commence par évoquer son enfance de garçon un peu en retrait, ni premier de la classe, ni remarquable, sa découverte des oeuvres de fiction, de Lewis Carroll à Edgar Rice Burroughs, jusqu'à son premier comics de Batman et la série télévisée Batman la série TV avec Adam West et Burt Ward. Quelques années plus tard, Paul Dini a commencé sa carrière dans l'animation sous la houlette d'Alan Burnett. Il exerce le métier de ses rêves. Il voit Vivian une starlette de temps à autre, et sa psychothérapeute régulièrement.
Voilà un récit bien étrange ! La couverture semble promettre une histoire de Batman assez noire, avec la présence du Joker, et la victime d'une agression, c'est-à-dire la promesse d'une aventure avec une réflexion sur de statut de victime, ou sur la violence de rue, la brutalité arbitraire d'une banale agression. La quatrième de couverture évoque un fait réel, une agression de rue, banale et horrible. La page d'ouverture installe immédiatement un malaise quant à la gravité des blessures subies lors de cette agression. La page suivante installe un mode narratif assez particulier, puisque Paul Dini raconte lui-même sa propre histoire, comme s'il s'adressait à une assistance invisible, ce qui est à la fois une métaphore de la lecture, mais aussi une évidence qu'il s'adresse au lecteur, à tous les lecteurs invisibles pour lui lorsqu'il écrit ce récit.
De fait, le lecteur est invité à découvrir la vie personnelle de Paul Dini, l'agression en elle-même n'intervenant que vers le tiers du récit, alors qu'elle a été clairement annoncée par la première page, et par l'argument en quatrième de couverture. Il découvre un jeune garçon devant faire avec le fait qu'il ne serait jamais un premier de la classe ou un beau gosse dans les yeux des filles. Il découvre également un récit très autocentré, sans beaucoup de prise de recul sur soi-même, avec un soupçon d'auto apitoiement. Paul Dini n'est pas un individu à proprement parler désagréable, juste un être humain imparfait, pas très doué pour la vie en société, mais qui accapare le premier rôle dans son propre récit, se mettant en scène comme centre d'intérêt, ce qui semble d'autant plus futile qu'il dispose déjà d'une forme de célébrité et d'une véritable reconnaissance du public pour le dessin animé Batman. Il semble quémander encore plus d'attention, en montrant les aspects ratés de sa vie.
Si le lecteur a déjà lu la série 100 Bullets, il associe à jamais les dessins d'Eduardo Risso à ce récit tentaculaire très noir, c'est-à-dire un polar urbain, violent et brutal. Ici les dessins sont agréables, mais ils ne jouent pas vraiment sur les forces de l'artiste. le scénario contient de nombreuses scènes de dialogue, dans lesquelles Risso alterne régulièrement champ et contrechamp, sans concevoir de mise en scène plus élaborée. Il représente des individus ordinaires, aisément reconnaissables, aux morphologies diverses et réalistes. Les environnements sont plus ou moins détaillés en fonction de ce que leur description peut apporter à la séquence. Il a abandonné ses aplats de noir massifs et élégants, au profit d'une mise en couleur parfois pastel, parfois très claire, avec quelques lavis discrets par endroit. Enfin, il faut attendre la page 65 pour avoir droit à une véritable séquence de Batman, et elle ne dure que 4 pages (mais elle est graphiquement magnifique).
Pendant cette première moitié de récit, Paul Dini se sert des personnages de fiction (essentiellement Batman et ses ennemis) comme d'une métaphore directe de ses états d'esprit. Par exemple, Batman est un homme dur et analytique qui vient se moquer des faiblesses de Paul Dini, Joker est un individu qui se sert de son empathie pour appuyer là où ça fait mal, pour montrer à quel point Dini se berce d'illusions. Cet emploi des personnages est amusant, mais finalement très basique et il n'ajoute pas grand à chose à la narration, si ce n'est d'insister sur une forme d'infantilisme de la part de Paul Dini en tant que créateur.
Le lecteur est donc pris par surprise par la séquence dont il connaît déjà l'existence : l'agression de Paul Dini. Si elle est bien mise en avant comme étant le point central du récit, en fait le lecteur n'a aucune idée de la manière dont elle se produit, juste une idée des conséquences. Pour ces pages éprouvantes, Eduardo Risso passe en mode 100 Bullets. Cela ne veut pas dire qu'il exagère la violence pour la rendre attractive. Cela veut dire qu'il abandonne les couleurs plus sophistiquées, pour revenir à des aplats unis, et qu'il utilise des aplats de noir massifs. Bizarrement, l'effet qui en découle n'est pas de transformer cette séquence en spectacle, mais plutôt de montrer la brutalité des coups, et de laisser les détails à l'imagination du lecteur. Ce parti pris s'avère diablement efficace, terrifiant.
Étrangement passée cette séquence, le lecteur acquiert un regard très différent sur Paul Dini. Il ne voit plus dans le personnage mis en scène, un avatar d'un scénariste un peu narcissique, il voit la victime d'une agression de rue. Dini et Risso montrent à quel point cette agression physique est arbitraire, à quel point le personnage en est affecté. Cet acte ayant eu lieu dans les années 1990, le lecteur n'a pas de doute sur le fait que Paul Dini va mieux depuis, mais le récit est au présent. Or les réactions dudit personnage n'ont pas grand-chose de prévisible. En outre, finalement, le scénariste a bien fait son travail puisque le lecteur a fini par s'attacher au personnage, comme à une connaissance avec il a assez papoté pour apprendre à découvrir son caractère, ses envies, ses difficultés, ses névroses. du coup, les séquences suivantes montrent un individu très réel qui doit gérer la situation.
Paul Dini poursuit sa narration du même ton que le début du récit, avec une approche très terre à terre. Que se passe-t-il juste après avoir été roué de coups ? Eh bien non, la police n'arrive pas comme par magie. Il n'y a pas d'âme charitable qui surgit inopinément pour l'aider à se relever ou pour appeler une ambulance. Vivian (avec qui il venait de dîner dans un restaurant) ne revient pas sur ses pas comme par magie. Si le lecteur a une vague notion du système de soins aux États-Unis, il sait également que ça peut être compliqué. Paul Dini (en tant que scénariste) n'enjolive pas la suite, ne se donne pas le beau rôle, ne part pas dans une quête vengeresse pour apprendre à vivre aux coupables. le lecteur s'aperçoit également que le rôle des personnages de fiction (toujours Batman et ses ennemis) a changé. Bien sûr cette agression a changé le rapport que Paul Dini entretient avec ses amis imaginaires, et cela se ressent dans la nouvelle fonction qu'ils remplissent.
Eduardo Risso reprend son mode de dessin précédent, avec des lavis ténus, des dessins à la densité variable en fonction de la séquence, et des personnages rendus avec une approche aménagée également. Paul Dini apparaît comme un être humain normal, toujours pourvu d'un embonpoint et d'une silhouette qui atteste d'une aversion marquée pour la pratique du sport. À l'opposé sa psychothérapeute dispose d'une silhouette parfaite, avec un chemisier échancré, une jupe courte et des escarpins à haut talon. Les autres protagonistes si situent visuellement plutôt vers l'aspect ordinaire de Dini. L'artiste continue à penser ses prises de vue de manière à éviter un effet d'accumulation de têtes en train de parler sur fond vide, car le script repose essentiellement sur des dialogues, avec peu d'action (mais des changements de scène).
Risso s'acquitte donc de sa mission de montrer où se déroule chaque séquence, ce que font les personnages, à quoi ils ressemblent, portant ainsi tout le poids de la description pour soulager les dialogues de cette partie. Dans la mesure où cette histoire correspond à une comédie dramatique, il s'astreint à se montrer naturaliste, ce qui diminue l'intensité dramatique de ses pages par rapport à son travail sur 100 Bullets. La deuxième partie du récit est tout aussi autocentrée sur l'avatar de Paul Dini, pourtant elle ne produit pas du tout le même effet que la première. le scénariste ne raconte pas sa propre histoire comme s'il avait soudain eu une révélation suite à son agression. Il montre ses réactions, ses différents états d'esprit, ses relations avec ses porches.
Le lecteur prend conscience que la première partie assez narcissique était indispensable pour que l'avatar de Paul Dini existe en tant que personne dans cette deuxième partie. Il assiste aux conséquences sur un individu pleinement développé, avec son caractère et son histoire personnelle. Cela évite au récit d'être une enfilade de généralités. En même temps, il éprouve une réelle empathie vis-à-vis de Paul Dini, car les sentiments qu'il évoque parlent à tout être humain. En outre, ce récit ne se limite pas à un fait divers horrible mais banal. Au travers de l'ensemble du récit, le lecteur voit émerger les valeurs morales de Paul Dini, une partie de ses mécanismes psychologiques (sa motivation, sa façon de supporter le milieu environnant, sa façon de faire son deuil de certaines illusions, la manière dont il accepte le traumatisme qu'il a subi). Même si les quelques séquences chez la psychothérapeute évoquent une partie de ces mécanismes, l'auteur se tient à l'écart du vocabulaire propre à la psychanalyse, préférant montrer plutôt que d'expliquer, ce qui rend la projection du lecteur d'autant plus facile et émotionnelle.
La lecture de ce récit débute sur un double malentendu : celui de la promesse de la couverture sur le rôle de Batman, et celui relatif à l'objet du récit. En outre, un lecteur de 100 Bullets peut avoir un certain a priori sur la tonalité de la narration visuelle. Sous réserve de réussir à dépasser ces attentes et de lire le récit pour ce qu'il est, le lecteur se retrouve à côtoyer un individu aussi normal qu'unique, exerçant un métier qui fait rêver. Au travers de l'épreuve qu'il traverse, l'auteur évoque la condition humaine de manière très concrète, avec des émotions et des choix vécus par tout être humain, à un degré ou un autre.
J’ai été immédiatement absorbé par l’histoire de Didier Lefèvre et son voyage en Afghanistan. La manière dont la bande dessinée mélange les photographies et les dessins crée une expérience unique qui nous transporte au coeur de l’action.
Les images et les récits de la mission de Médecins Sans Frontières m’ont touché. C’est une représentation puissante de la réalité de la guerre et de l’impact sur les populations locales.
Cette œuvre m’a appris beaucoup sur l’Afghanistan, une terre lointaine et ses habitants. Elle souligne l’importance du travail humanitaire et pourrait inspirer de futures vocations.
Malgré quelques photos difficiles à déchiffrer, le contraste entre le noir et blanc des photos et les couleurs des dessins est frappant. Cela renforce l’authenticité du récit.
Cette bande dessinée est riche en enseignements et émotions, malgré de petites imperfections visuelles. C’est une lecture que je recommande vivement pour sa capacité à ouvrir les yeux sur des réalités souvent méconnues.
Jonathan, avec sa quête d’identité et sa soif de liberté, est un héros qui inspire. Les personnages secondaires sont tout aussi fascinants, chacun apportant sa propre histoire et sa vision du monde.
Le trait de Cosey évolue au fil des tomes, passant d’un style plus grossier à un dessin raffiné qui rend hommage aux paysages et à la culture de l’Himalaya.
Chaque volume est une aventure en soi, mais l’ensemble forme une trame narrative cohérente et captivante1. Les histoires sont bien construites, mêlant action et réflexion.
La série m’a fait ressentir une gamme d’émotions, de la surprise à la mélancolie, et m’a même donné envie de partir à l’aventure. C’est une œuvre qui reste avec vous longtemps après la lecture.
En somme, “Jonathan” est une série qui allie aventure, humanisme et beauté artistique. Elle invite à la réflexion et offre une évasion dans un monde à la fois réel et poétique.
J’ai été captivé par la complexité des personnages, Art et Ian, dont les vies ont été marquées par la guerre du Vietnam. Leur amitié indéfectible et leur amour pour Shirley ajoutent une dimension émotionnelle forte à l’histoire.
L’intrigue m’a semblé bien ficelée, avec des flashbacks qui s’intègrent naturellement au récit. Les thèmes de l’amour, de la guerre et de l’adoption sont traités avec finesse.
Le style de dessin de Cosey, bien que simple, est efficace pour transmettre les émotions et l’ambiance des lieux, que ce soit les rizières du Vietnam ou les paysages italiens.
La conclusion de l’histoire laisse une impression durable. Elle est subtile et invite à la réflexion sur les choix de vie et les conséquences de nos actions.
En somme, cette bande dessinée offre une expérience de lecture riche en émotions et en réflexions, malgré quelques petites longueurs par moments.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont l’auteur, Cosey, a su créer une atmosphère unique, mêlant la beauté des paysages enneigés à la tension d’un village menacé par un glacier. Les dessins sont magnifiques, avec des couleurs qui rendent parfaitement la lumière et l’ombre de la montagne.
Le personnage principal, Woodworth, est attachant et son pèlerinage sur la tombe de son demi-frère ajoute une touche émotionnelle à l’histoire. De plus, les références à Peter Pan de James M. Barrie apportent une dimension littéraire intéressante.
Cependant, la fin m’a semblé un peu précipitée, surtout en ce qui concerne l’histoire d’amour et la résolution des mystères du village. J’aurais aimé que ces éléments soient davantage développés.
En somme, je donne une note de 4 sur 5 à cette bande dessinée. Elle offre un voyage captivant et une expérience de lecture agréable, malgré une conclusion qui aurait pu être plus approfondie. C’est une œuvre que je recommande pour son ambiance et son illustration de la vie dans un village de montagne au début du XXe siècle.
Aux vues des différentes critiques, je me doutais bien que ça allait être un bon album mais je dois dire que ça a même dépassé mes attentes.
Au début j’étais un peu dubitatif sur l’histoire mais elle se révèle très agréable et prenante, le personnage du notaire est sympathique comme tout et j’ai apprécié les révélations autour du voisin aventurier.
C’est feel good et pas manichéen, du bon boulot de la part du scénariste. Je découvre ce dernier mais je vais volontiers me pencher sur ses autres productions.
Concernant la partie graphique, si je connaissais bien le trait de Sylvain Vallée, il ne m’avait jamais autant enthousiasmé. D’habitude je ne suis pas fan de ses têtes mais là je n’ai rien à dire, à aucun moment je n’ai senti de gêne, les personnages sont à l’image de leur caractère, ils sont tous bien croqués. Pourtant le dessinateur ne change pas grand chose de son style habituel mais je sais pas, ça m’a semblé plus réussi, je lui trouve même des accroissances avec celui de Plessix pour la tête de notre héros.
La narration et découpage sont impeccables pour nous immerger dans ce road-trip nordique.
Je précise la localisation car rarement j’ai vu ma région aussi bien représentée, c’est le petit bonus en sus. Je me suis vraiment régalé avec ce point, reconnaissant de nombreux endroits et paysages (mention pour la halte Calaisienne). Ce qui lui vaut d’ailleurs le petit coup de cœur.
Un tome qui a fait le tour de mon entourage et qui se déguste avec plaisir, qu’on habite la région ou non d’ailleurs, une bonne lecture rafraîchissante.
De la « fausse » aventure qui fait voyager.
L'affaire du collier… de chien
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Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle est parue directement sous la forme d'un récit complet en 2015, sans prépublication. Elle est l'œuvre de Jonathan Case, un auteur complet : scénario, dessins, encrage, mise en œuvre d'une unique couleur bleu-gris par le biais de lavis. Il est également le dessinateur de Green River killer, et l'auteur complet de Dear creature.
L'histoire se déroule à New York en 1936. Frank O'Malley est un garçon d'ascenseur au Waldorf Astoria. Il distribue des tracts dans la rue pour promouvoir une représentation de Macbetth de Shakespeare, interprétée par des afro-américains. Il conseille à son oncle Pack d'être moins agressif envers les passants lorsqu'il essaye de leur vendre des pommes à l'unité, (6 cents la pomme). Lorsque l'heure est venue, il se rend à son travail au Waldorf où il croise Gil (un autre garçon d'ascenseur) qui lui reproche d'être en retard. O'Malley commence par prendre en charge les bagages de 2 hommes d'affaire qui ont retenu une chambre au dernier étage. le grand bond ne lui donne pas de pourboire, mais lui demande d'aller faire le plein de son étui à cigarettes, avec des Chesterfield.
En se rendant au buraliste de l'hôtel, O'Malley aperçoit une porte de chambre ouverte, avec un coffre à bijoux ouvert bien en évidence. La tentation est trop forte, mais il se fait surprendre par Theresa Harris (une femme de ménage de couleur) qui lui intime de tout laisser en ordre. En redescendant, il a la mauvaise surprise de voir que Jack Helmer est de retour pour prendre une chambre à l'hôtel. Il lui doit encore 400 dollars perdus au poker. Helmer le repère immédiatement. Un peu plus tard, O'Malley aide une cliente magnifique (Nina Booth) à amener ses bagages jusqu'à sa chambre.
L'éditeur Dark Horse entretient une ligne de comics originaux, favorisant des créateurs indépendants. La curiosité du lecteur est donc éveillée par chaque ouvrage de cette collection, d'autant plus qu'il en parait assez peu. En feuilletant rapidement cette bande dessinée, le lecteur apprécie le dessin naturaliste sans être chargé, le parti pris de se restreindre à une seule couleur, et des images descriptives, sans être photographiques.
L'auteur a choisi de raconter une sorte d'aventure, de type réaliste : un vol dans un grand hôtel. L'enquête est menée hors champ du récit, ce dernier se focalisant d'abord sur Frank O'Malley, puis sur Theresa Harris. le premier est un jeune homme appartenant au prolétariat, devant se soumettre aux exigences des clients qui le considèrent comme un larbin. Il présente un caractère enjoué, agréable avec Theresa, plein d'entrain. Sans qu'il soit besoin d'explication ou de longue exposition, le lecteur comprend que son statut d'employé est révocable à la première plainte, et qu'il ne doit pas toucher lourd. C'est un jeune homme sympathique qui génère immédiatement de l'empathie, malgré son inclination à être tenté par un petit larcin.
Le premier rôle féminin suscite encore plus la sympathie. Comme pour O'Malley, le lecteur n'apprend rien sur son histoire personnelle, juste sa situation présente : employée de couleurs à une tâche subalterne dans un grand hôtel, soumise au racisme quotidien et banal. Elle aussi joue son emploi à chaque remarque d'un client. Dans son temps libre, elle est actrice de théâtre dans une troupe amateur appelée Mercury Theatre et dirigée par un jeune Orson Welles (authentique) qui monte une représentation de Macbeth.
Le lecteur un peu curieux apprécie la qualité des références historiques discrètes qui parsèment le récit. Orson Welles a effectivement dirigé cette troupe de théâtre pour monter ladite pièce dans une version avec une distribution entièrement afro-américaine (appelée Vaudou Macbeth), et la mise en scène a servi de base pour son adaptation cinématographique Macbeth de 1948. Il apparait Canada Lee, un véritable acteur de l'époque, défenseur des droits des noirs américains. Jonathan Case met également en scène le racisme ordinaire de l'époque, sans misérabilisme.
Le temps investi pour les recherches se voit également dans les dessins. le regard du lecteur s'attarde sur les tenues vestimentaires d'époque, sur les accessoires tels que les valises ou les malles de voyage, ou encore sur les modèles de voiture. Jonathan Case ne joue pas la surenchère en termes d'éléments d'époque authentique. Il privilégie des dessins lisibles, tout en maintenant une densité d'informations visuelles satisfaisante. Il simplifie les traits des visages pour les rendre plus expressifs, sans qu'ils n'en deviennent caricaturaux. Il n'y a que pour les tenues de Nina Booth qu'il se lâche un peu plus dans la fantaisie, en cohérence avec le caractère gentiment direct de cette femme. Il soigne également ses différentes coiffures.
Jonathan Case commence son récit sur une base de 5 ou 4 cases par page, pour finir sur une base de 4 ou 3 cases par page. Ce nombre relativement limité de cases par page donne une narration aérée et concise, ce qui lui permet d'intégrer un bon nombre d'informations visuelles par case sans donner l'impression de gaver son lecteur. L'artiste rend chaque scène vivante que ce soit par une alternance de cadrages et un langage corporel approprié pendant les dialogues, ou par des mouvements réalistes et vifs lors des séquences d'action. le lecteur éprouve l'impression de voir évoluer des individus normaux et plausibles, sans capacité physique extraordinaire, sans comportement aberrant.
Le lecteur se laisse donc porter par ces dessins agréables, cette ambiance rétro consistante et vraisemblable, et ce jeune homme plein d'allant, éprouvant un béguin pour Theresa, sans aucune arrière-pensée sur la différence de leur couleur de peau. le scénariste développe une intrigue concrète et consistante. Il y a donc un vol de bijou (un collier de chien avec des pierres précieuses a été dérobé dans l'hôtel). Il s'en suit une enquête, avec intervention de la police dans l'hôtel, interrogation du petit personnel, à commencer par la femme de chambre noire (Theresa). Mais l'histoire n'est pas racontée du point de vue de la police, elle l'est du point de vue de Frank O'Malley et de Theresa Harris. L'auteur reste dans un registre réaliste, sans intervention du surnaturel, sans exploits physiques spectaculaires. Il n'y a qu'un autre vol réalisé d'une manière qui sort de l'ordinaire, sans trop tirer sur la corde de la suspension consentie d'incrédulité.
Le récit repose donc sur un double suspense : celui de l'identité du voleur, et celui de savoir comment O'Malley et Harris pourront éviter de prendre à la place du véritable coupable. En filigrane, Jonathan Case dépeint également la société de l'époque, par petites touches, sans prétendre à l'exhaustivité, sans transformer son récit en analyse sociologique, encore moins en pamphlet. Il montre la condescendance qui pèse sur Theresa Harris du fait du couleur de sa peau. Ça va de la répugnance raciste de madame Pendleton (la propriétaire du chien dont on a volé le collier précieux) aux a priori ordinaires envers cette citoyenne de seconde classe. Il faut que le lecteur ait en tête l'existence du racisme pour qu'il le reconnaisse dans certaines réactions ou certains comportements. le scénariste ne matraque par le thème. Il montre également la condition du prolétariat, la manière dont Frank O'Malley et Theresa Harris sont prisonniers d'un système de classe, sans espoir de profiter des opportunités qu'offrent le capitalisme à l'américaine. Ils sont nés pauvres. Ils sont partis pour trimer toute leur vie avec un salaire minimum, sans espoir de progression sociale. Il est évident qu'ils ne deviendront jamais des clients du Waldorf Astoria. À nouveau, le lecteur le constate par leur quotidien, sans que le scénariste ne l'explique ou ne l'expose.
Le titre du récit renvoie à la politique interventionniste menée par le président américain Franklin Delano Roosevelt de 1933 à 1938, pour lutter contre les effets de la Grande Dépression aux États-Unis. Dans la première séquence, le lecteur peut voir la rémanence des effets de la Grande Dépression, dans le petit boulot exercé par l'oncle Pack : vendeur de pomme à l'unité sur un coin de trottoir. Par contre, le récit n'évoque pas nommément la politique du New Deal, ni n'en montre les effets. le plafond de verre est bien présent, et l'ascension sociale du prolétariat n'est pas au programme. le titre renvoie donc plutôt au changement de situation des 2 principaux protagonistes apporté par le dénouement.
À la fin du tome, le lecteur constate qu'il a passé un très agréable moment de lecture. Les dessins sont très agréables à l'oeil, tout en restant à destination des adultes. le récit se déroule à bonne allure sans être épileptique. Les personnages sont sympathiques et humains. La narration est assez légère, sans être superficielle car elle évoque en creux une réalité sociale et historique. Entre un récit peut-être pas tout à fait assez ambitieux, et un récit intelligent et sans prétention.
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Golden West
C’est vraiment un très beau western. Dans tous les sens du terme d’ailleurs. A commencer par le dessin, franchement bon, que ce soit pour les personnages ou les décors (et le grand format lui sied très bien). Et j’ai aussi beaucoup apprécié la colorisation, très très lumineuse, rendant très bien l’omniprésence du soleil dans les régions arides où se déroule cette histoire. Rossi prend vraiment le temps de planter le décor (personnages et arrière-plans), avec un one-shot aussi imposant qu’un triptyque. Les passages contemplatifs alternent avec d’autres plus dynamiques, action et dérives s’enchainent, dans une histoire traversée par Geronimo, mais qui n’est pas centrée sur lui. C’est autant une déclaration d’amour de Rossi aux Amérindiens que le chant du cygne des Apaches qui nous sont ici donnés à voir. Un personnage fictif, Woan, sert de fil rouge, et plus généralement, Rossi a pris le temps de brosser de beaux portraits de plusieurs personnages secondaires. Mon seul bémol concerne le final, car les 6 dernières pages, en plus de la coupure temporelle qui les séparent de ce qui a précédé, adoptent un ton légèrement différent. Mais ça reste un western réussi et une lecture très prenante et agréable.
La Différence invisible
C'est en lisant cette BD que j'ai repensé à Les Petites Victoires et que je ne peux que constater l'écart énorme entre les deux BD. "Oui, mais l'une parle d'un parent d'enfant autiste, et l'autre d'une autiste. Évidemment que c'est pas pareil !" pourrait-on me répliquer, et j'ai envie de répondre que l'une parle de comprendre et l'autre d'imposer. Je voulais faire cette parenthèse en ouverture, parce que c'est ce qui m'a frappé d'entrée de jeu quant à la façon dont la BD se construit. C'est une plongée dans l'enfer que vivent ces personnes non diagnostiquées et qui doivent essayer de vivre avec toute la difficulté que cela représente. Et c'est très bien mené : le dessin retranscrit les difficultés sensorielles, le malaise social, la bulle de confort que représente la maison, etc ... A travers la BD, c'est une plongée dans sa vie, ses émotions, ses sensations. Lorsque le diagnostic arrive, il est assez évident pour un lecteur moyen qui a noté que quelque chose ne tournait pas rond. Mais c'est ça qui est brillant, montrer que lorsqu'on vit cette différence, elle est juste normale. Quotidienne, banale. Ordinaire. Et là se trouve le bon choix que les autrices ont fait dans la BD : choisir de représenter cette normalité qui est la sienne, ne pas juger, ne pas imposer de fatalité. L'autisme n'est pas une maladie, comme elle le rappellera aux gens avec qui elle parle, ce n'est pas une souffrance ni une malédiction. C'est une façon d'être, différent, tout simplement. A ce niveau, la fin montre clairement que parfois, après diagnostique, il faut aussi savoir trier dans ses fréquentations pour son propre bien. Je ne pense pas que la BD soit une merveille, mais elle fait du bien lorsqu'on compare à ce qui peut se dire sur l'autisme et le neuroatypique de manière globale. Les petites phrases à la fin sonnent trop réaliste pour que ce ne soit pas ce qu'elle a entendu dans la vraie vie. La BD se veut un éclairage, une compréhension sur ces gens normaux, mais différemment. A lire pour comprendre et informer !
Batman - Sombre Reflet
Thriller prenant avec quelques maladresses - Ce tome comprend les épisodes 871 à 881 de la série mensuelle, parus en 2011. Ils forment un récit complet, relativement indépendant de la continuité, et complètement indépendant du tome précédent. Bruce Wayne se porte bien et il a même choisi de transformer Batman en une franchise pour gagner en efficacité (dans Batman incorporated). Il a laissé Gotham sous la responsabilité de Dick Grayson (le premier Robin, ex-Nightwing) qui porte également le costume de Batman. Dans des vestiaires, un adolescent se fait bousculer par un balèze. Il réagit violemment et se transforme en une créature reptilienne évoquant Killer Croc. L'enquête de Batman met à jour des enchères d'un type très particulier au cours desquelles un extrait du sérum de Killer Croc a été vendu. Dans le même temps, les habitants de Gotham s'étonnent de voir passer des oiseaux exotiques dans le ciel, jusqu'à 2 vautours se perchant sur le rebord d'une fenêtre de l'immeuble occupé par Dick Grayson et Alfred Pennyworth. Un petit malin a libéré les oiseaux de la volière du zoo. L'analyse des caméras de surveillance laisse supposer que cet acte de malveillance pourrait être le fait de James Gordon junior, le fils de James Gordon (le commissaire de police principal de Gotham) et de Barbara Eileen Gordon. Ceci préoccupe énormément son père et Barbara Gordon, sa cousine (Oracle, ex-Batgirl). La première partie consacrée à ces ventes aux enchères permet d'établir la relation entre Batman et James Gordon. Par le biais de l'imagination de Snyder, ce Batman est un homme d'action intelligent disposant de quelques gadgets aussi utiles que providentiels. le lecteur découvre également que Dick Grayson entretient une relation spécifique avec Gotham et ses réflexions intérieures montrent en quoi il n'est pas Bruce Wayne. Cette partie est illustrée par Jock (il s'est fait connaître avec The Losers). Il utilise un style anguleux à fort encrage. Cela confère une certaine noirceur au récit et une forme de sériosité bien adaptée. Mais il apparaît que Jock a diminué la densité d'informations qu'il insère dans ses cases, à commencer par les décors. Snyder et Jock aiment bien les pleines pages et les scènes d'action spectaculaires. Cependant, elles ne sont pas toutes convaincantes, avec des illustrations qui mettent plus en évidence l'impossibilité de ce qui est décrit qu'un véritable exploit. La partie suivante introduit James Gordon junior en bonne et due forme. Et le récit accorde une grande place à son père et sa cousine, parfois même plus qu'à Batman. Jock cède la place à Francesco Francavilla (déjà vu dans Zorro ou Black Panther, the man without fear), avant de revenir. Ils alternent ainsi suivant les épisodes, puis suivant les séquences pour les 2 derniers épisodes. le récit glisse franchement vers le thriller psychologique, entrecoupé de passages plus superhéros impliquant Batman avec une apparition de Red Robin (Tim Drake). En lisant ces deux derniers tiers du tome, il est difficile de ne pas penser à Batman Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli. Pour commencer, James Gordon junior constitue une présence déterminante dans Year one, comme ici, et Snyder fait référence à l'enlèvement du nourrisson et sa possible conséquence sur son développement psychique et physiologique. En tant que fan, il est difficile de résister à de tels sous-entendus ; en tant que profane, il vaut mieux lire Year one avant. Il est visible également que Snyder établit un contrepoint (assez lâche) entre les pages consacrées à Gordon, et celles consacrées à Batman (comme Miller dans Year one). En outre le style de Francavilla se situe à mi-chemin entre celui de Mazzucchelli et celui de Matt Wagner dans Batman and the monster men. La filiation avec Year one s'étend à toutes les pages aussi bien pour la forme du scénario, que les évocations événements, ou le style graphique. le thriller est vraiment prenant, mais il relègue Batman au second plan (et ses péripéties restent capilotractées). Scott Snyder aidé par ses deux illustrateurs raconte un thriller angoissant impliquant directement James Gordon et Barbara Gordon, et plus ou moins directement (en fonction des séquences) Batman. Il a l'art et la manière d'incorporer et de développer intelligemment et avec pertinence des références aux récits essentiel à la mythologie de Batman (vous pouvez aussi réviser The killing joke et Un deuil dans la famille). Mais il a une fâcheuse propension à privilégier le spectaculaire sur la solidité du récit, ce qui créée 2 ou 3 passages un peu gauches. Enfin, même en acceptant que le criminel sadique a le cerveau très dérangé, sa logorrhée finale pour tout expliquer et justifier apparaît comme un artifice maladroit pour tout exposer. Dans le cadre de la relance totale de leur ligne en septembre 2011 (opération baptisée New 52), DC Comics a confié la série Batman à Scott Snyder ; le début est réédité dans La cours des hiboux (épisodes 1 à 6) avec des dessins de Greg Capullo.
Dark Night - Une histoire vraie
Traumatisme - Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle est initialement parue en 2016, sans prépublication. le scénariste en est Paul Dini. Eduard Risso a réalisé les dessins, l'encrage et la mise en couleurs. le lettrage a été confié à Todd Klein. Paul Dini est connu pour avoir été, entre autres, le producteur et le scénariste de la série Batman, la série animée. Eduardo Risso est connu pour avoir été le dessinateur de la série 100 bullets (écrite par Brian Azzarello). L'histoire s'ouvre avec un dessin pleine page montrant la tête de Paul Dini couverte de bandage, alors qu'il est allongé sur un lit d'hôpital, une perfusion dans le bras. Dans la page suivante, il se tient debout devant un grand tableau, avec un petit morceau de papier dans une main, indiquant qu'il va expliquer comment il a été agressé il y a quelques années, et quel rapport cet acte entretient avec Batman. Pour cette présentation (filmée par une petite caméra vidéo), il dispose des petits carrés de papiers avec un dessin esquissé dessus, sur le tableau, en les alignant rangée par rangée. Paul Dini commence par évoquer son enfance de garçon un peu en retrait, ni premier de la classe, ni remarquable, sa découverte des oeuvres de fiction, de Lewis Carroll à Edgar Rice Burroughs, jusqu'à son premier comics de Batman et la série télévisée Batman la série TV avec Adam West et Burt Ward. Quelques années plus tard, Paul Dini a commencé sa carrière dans l'animation sous la houlette d'Alan Burnett. Il exerce le métier de ses rêves. Il voit Vivian une starlette de temps à autre, et sa psychothérapeute régulièrement. Voilà un récit bien étrange ! La couverture semble promettre une histoire de Batman assez noire, avec la présence du Joker, et la victime d'une agression, c'est-à-dire la promesse d'une aventure avec une réflexion sur de statut de victime, ou sur la violence de rue, la brutalité arbitraire d'une banale agression. La quatrième de couverture évoque un fait réel, une agression de rue, banale et horrible. La page d'ouverture installe immédiatement un malaise quant à la gravité des blessures subies lors de cette agression. La page suivante installe un mode narratif assez particulier, puisque Paul Dini raconte lui-même sa propre histoire, comme s'il s'adressait à une assistance invisible, ce qui est à la fois une métaphore de la lecture, mais aussi une évidence qu'il s'adresse au lecteur, à tous les lecteurs invisibles pour lui lorsqu'il écrit ce récit. De fait, le lecteur est invité à découvrir la vie personnelle de Paul Dini, l'agression en elle-même n'intervenant que vers le tiers du récit, alors qu'elle a été clairement annoncée par la première page, et par l'argument en quatrième de couverture. Il découvre un jeune garçon devant faire avec le fait qu'il ne serait jamais un premier de la classe ou un beau gosse dans les yeux des filles. Il découvre également un récit très autocentré, sans beaucoup de prise de recul sur soi-même, avec un soupçon d'auto apitoiement. Paul Dini n'est pas un individu à proprement parler désagréable, juste un être humain imparfait, pas très doué pour la vie en société, mais qui accapare le premier rôle dans son propre récit, se mettant en scène comme centre d'intérêt, ce qui semble d'autant plus futile qu'il dispose déjà d'une forme de célébrité et d'une véritable reconnaissance du public pour le dessin animé Batman. Il semble quémander encore plus d'attention, en montrant les aspects ratés de sa vie. Si le lecteur a déjà lu la série 100 Bullets, il associe à jamais les dessins d'Eduardo Risso à ce récit tentaculaire très noir, c'est-à-dire un polar urbain, violent et brutal. Ici les dessins sont agréables, mais ils ne jouent pas vraiment sur les forces de l'artiste. le scénario contient de nombreuses scènes de dialogue, dans lesquelles Risso alterne régulièrement champ et contrechamp, sans concevoir de mise en scène plus élaborée. Il représente des individus ordinaires, aisément reconnaissables, aux morphologies diverses et réalistes. Les environnements sont plus ou moins détaillés en fonction de ce que leur description peut apporter à la séquence. Il a abandonné ses aplats de noir massifs et élégants, au profit d'une mise en couleur parfois pastel, parfois très claire, avec quelques lavis discrets par endroit. Enfin, il faut attendre la page 65 pour avoir droit à une véritable séquence de Batman, et elle ne dure que 4 pages (mais elle est graphiquement magnifique). Pendant cette première moitié de récit, Paul Dini se sert des personnages de fiction (essentiellement Batman et ses ennemis) comme d'une métaphore directe de ses états d'esprit. Par exemple, Batman est un homme dur et analytique qui vient se moquer des faiblesses de Paul Dini, Joker est un individu qui se sert de son empathie pour appuyer là où ça fait mal, pour montrer à quel point Dini se berce d'illusions. Cet emploi des personnages est amusant, mais finalement très basique et il n'ajoute pas grand à chose à la narration, si ce n'est d'insister sur une forme d'infantilisme de la part de Paul Dini en tant que créateur. Le lecteur est donc pris par surprise par la séquence dont il connaît déjà l'existence : l'agression de Paul Dini. Si elle est bien mise en avant comme étant le point central du récit, en fait le lecteur n'a aucune idée de la manière dont elle se produit, juste une idée des conséquences. Pour ces pages éprouvantes, Eduardo Risso passe en mode 100 Bullets. Cela ne veut pas dire qu'il exagère la violence pour la rendre attractive. Cela veut dire qu'il abandonne les couleurs plus sophistiquées, pour revenir à des aplats unis, et qu'il utilise des aplats de noir massifs. Bizarrement, l'effet qui en découle n'est pas de transformer cette séquence en spectacle, mais plutôt de montrer la brutalité des coups, et de laisser les détails à l'imagination du lecteur. Ce parti pris s'avère diablement efficace, terrifiant. Étrangement passée cette séquence, le lecteur acquiert un regard très différent sur Paul Dini. Il ne voit plus dans le personnage mis en scène, un avatar d'un scénariste un peu narcissique, il voit la victime d'une agression de rue. Dini et Risso montrent à quel point cette agression physique est arbitraire, à quel point le personnage en est affecté. Cet acte ayant eu lieu dans les années 1990, le lecteur n'a pas de doute sur le fait que Paul Dini va mieux depuis, mais le récit est au présent. Or les réactions dudit personnage n'ont pas grand-chose de prévisible. En outre, finalement, le scénariste a bien fait son travail puisque le lecteur a fini par s'attacher au personnage, comme à une connaissance avec il a assez papoté pour apprendre à découvrir son caractère, ses envies, ses difficultés, ses névroses. du coup, les séquences suivantes montrent un individu très réel qui doit gérer la situation. Paul Dini poursuit sa narration du même ton que le début du récit, avec une approche très terre à terre. Que se passe-t-il juste après avoir été roué de coups ? Eh bien non, la police n'arrive pas comme par magie. Il n'y a pas d'âme charitable qui surgit inopinément pour l'aider à se relever ou pour appeler une ambulance. Vivian (avec qui il venait de dîner dans un restaurant) ne revient pas sur ses pas comme par magie. Si le lecteur a une vague notion du système de soins aux États-Unis, il sait également que ça peut être compliqué. Paul Dini (en tant que scénariste) n'enjolive pas la suite, ne se donne pas le beau rôle, ne part pas dans une quête vengeresse pour apprendre à vivre aux coupables. le lecteur s'aperçoit également que le rôle des personnages de fiction (toujours Batman et ses ennemis) a changé. Bien sûr cette agression a changé le rapport que Paul Dini entretient avec ses amis imaginaires, et cela se ressent dans la nouvelle fonction qu'ils remplissent. Eduardo Risso reprend son mode de dessin précédent, avec des lavis ténus, des dessins à la densité variable en fonction de la séquence, et des personnages rendus avec une approche aménagée également. Paul Dini apparaît comme un être humain normal, toujours pourvu d'un embonpoint et d'une silhouette qui atteste d'une aversion marquée pour la pratique du sport. À l'opposé sa psychothérapeute dispose d'une silhouette parfaite, avec un chemisier échancré, une jupe courte et des escarpins à haut talon. Les autres protagonistes si situent visuellement plutôt vers l'aspect ordinaire de Dini. L'artiste continue à penser ses prises de vue de manière à éviter un effet d'accumulation de têtes en train de parler sur fond vide, car le script repose essentiellement sur des dialogues, avec peu d'action (mais des changements de scène). Risso s'acquitte donc de sa mission de montrer où se déroule chaque séquence, ce que font les personnages, à quoi ils ressemblent, portant ainsi tout le poids de la description pour soulager les dialogues de cette partie. Dans la mesure où cette histoire correspond à une comédie dramatique, il s'astreint à se montrer naturaliste, ce qui diminue l'intensité dramatique de ses pages par rapport à son travail sur 100 Bullets. La deuxième partie du récit est tout aussi autocentrée sur l'avatar de Paul Dini, pourtant elle ne produit pas du tout le même effet que la première. le scénariste ne raconte pas sa propre histoire comme s'il avait soudain eu une révélation suite à son agression. Il montre ses réactions, ses différents états d'esprit, ses relations avec ses porches. Le lecteur prend conscience que la première partie assez narcissique était indispensable pour que l'avatar de Paul Dini existe en tant que personne dans cette deuxième partie. Il assiste aux conséquences sur un individu pleinement développé, avec son caractère et son histoire personnelle. Cela évite au récit d'être une enfilade de généralités. En même temps, il éprouve une réelle empathie vis-à-vis de Paul Dini, car les sentiments qu'il évoque parlent à tout être humain. En outre, ce récit ne se limite pas à un fait divers horrible mais banal. Au travers de l'ensemble du récit, le lecteur voit émerger les valeurs morales de Paul Dini, une partie de ses mécanismes psychologiques (sa motivation, sa façon de supporter le milieu environnant, sa façon de faire son deuil de certaines illusions, la manière dont il accepte le traumatisme qu'il a subi). Même si les quelques séquences chez la psychothérapeute évoquent une partie de ces mécanismes, l'auteur se tient à l'écart du vocabulaire propre à la psychanalyse, préférant montrer plutôt que d'expliquer, ce qui rend la projection du lecteur d'autant plus facile et émotionnelle. La lecture de ce récit débute sur un double malentendu : celui de la promesse de la couverture sur le rôle de Batman, et celui relatif à l'objet du récit. En outre, un lecteur de 100 Bullets peut avoir un certain a priori sur la tonalité de la narration visuelle. Sous réserve de réussir à dépasser ces attentes et de lire le récit pour ce qu'il est, le lecteur se retrouve à côtoyer un individu aussi normal qu'unique, exerçant un métier qui fait rêver. Au travers de l'épreuve qu'il traverse, l'auteur évoque la condition humaine de manière très concrète, avec des émotions et des choix vécus par tout être humain, à un degré ou un autre.
Le Photographe
J’ai été immédiatement absorbé par l’histoire de Didier Lefèvre et son voyage en Afghanistan. La manière dont la bande dessinée mélange les photographies et les dessins crée une expérience unique qui nous transporte au coeur de l’action. Les images et les récits de la mission de Médecins Sans Frontières m’ont touché. C’est une représentation puissante de la réalité de la guerre et de l’impact sur les populations locales. Cette œuvre m’a appris beaucoup sur l’Afghanistan, une terre lointaine et ses habitants. Elle souligne l’importance du travail humanitaire et pourrait inspirer de futures vocations. Malgré quelques photos difficiles à déchiffrer, le contraste entre le noir et blanc des photos et les couleurs des dessins est frappant. Cela renforce l’authenticité du récit. Cette bande dessinée est riche en enseignements et émotions, malgré de petites imperfections visuelles. C’est une lecture que je recommande vivement pour sa capacité à ouvrir les yeux sur des réalités souvent méconnues.
Jonathan
Jonathan, avec sa quête d’identité et sa soif de liberté, est un héros qui inspire. Les personnages secondaires sont tout aussi fascinants, chacun apportant sa propre histoire et sa vision du monde. Le trait de Cosey évolue au fil des tomes, passant d’un style plus grossier à un dessin raffiné qui rend hommage aux paysages et à la culture de l’Himalaya. Chaque volume est une aventure en soi, mais l’ensemble forme une trame narrative cohérente et captivante1. Les histoires sont bien construites, mêlant action et réflexion. La série m’a fait ressentir une gamme d’émotions, de la surprise à la mélancolie, et m’a même donné envie de partir à l’aventure. C’est une œuvre qui reste avec vous longtemps après la lecture. En somme, “Jonathan” est une série qui allie aventure, humanisme et beauté artistique. Elle invite à la réflexion et offre une évasion dans un monde à la fois réel et poétique.
Le Voyage en Italie
J’ai été captivé par la complexité des personnages, Art et Ian, dont les vies ont été marquées par la guerre du Vietnam. Leur amitié indéfectible et leur amour pour Shirley ajoutent une dimension émotionnelle forte à l’histoire. L’intrigue m’a semblé bien ficelée, avec des flashbacks qui s’intègrent naturellement au récit. Les thèmes de l’amour, de la guerre et de l’adoption sont traités avec finesse. Le style de dessin de Cosey, bien que simple, est efficace pour transmettre les émotions et l’ambiance des lieux, que ce soit les rizières du Vietnam ou les paysages italiens. La conclusion de l’histoire laisse une impression durable. Elle est subtile et invite à la réflexion sur les choix de vie et les conséquences de nos actions. En somme, cette bande dessinée offre une expérience de lecture riche en émotions et en réflexions, malgré quelques petites longueurs par moments.
A la recherche de Peter Pan
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont l’auteur, Cosey, a su créer une atmosphère unique, mêlant la beauté des paysages enneigés à la tension d’un village menacé par un glacier. Les dessins sont magnifiques, avec des couleurs qui rendent parfaitement la lumière et l’ombre de la montagne. Le personnage principal, Woodworth, est attachant et son pèlerinage sur la tombe de son demi-frère ajoute une touche émotionnelle à l’histoire. De plus, les références à Peter Pan de James M. Barrie apportent une dimension littéraire intéressante. Cependant, la fin m’a semblé un peu précipitée, surtout en ce qui concerne l’histoire d’amour et la résolution des mystères du village. J’aurais aimé que ces éléments soient davantage développés. En somme, je donne une note de 4 sur 5 à cette bande dessinée. Elle offre un voyage captivant et une expérience de lecture agréable, malgré une conclusion qui aurait pu être plus approfondie. C’est une œuvre que je recommande pour son ambiance et son illustration de la vie dans un village de montagne au début du XXe siècle.
Tananarive
Aux vues des différentes critiques, je me doutais bien que ça allait être un bon album mais je dois dire que ça a même dépassé mes attentes. Au début j’étais un peu dubitatif sur l’histoire mais elle se révèle très agréable et prenante, le personnage du notaire est sympathique comme tout et j’ai apprécié les révélations autour du voisin aventurier. C’est feel good et pas manichéen, du bon boulot de la part du scénariste. Je découvre ce dernier mais je vais volontiers me pencher sur ses autres productions. Concernant la partie graphique, si je connaissais bien le trait de Sylvain Vallée, il ne m’avait jamais autant enthousiasmé. D’habitude je ne suis pas fan de ses têtes mais là je n’ai rien à dire, à aucun moment je n’ai senti de gêne, les personnages sont à l’image de leur caractère, ils sont tous bien croqués. Pourtant le dessinateur ne change pas grand chose de son style habituel mais je sais pas, ça m’a semblé plus réussi, je lui trouve même des accroissances avec celui de Plessix pour la tête de notre héros. La narration et découpage sont impeccables pour nous immerger dans ce road-trip nordique. Je précise la localisation car rarement j’ai vu ma région aussi bien représentée, c’est le petit bonus en sus. Je me suis vraiment régalé avec ce point, reconnaissant de nombreux endroits et paysages (mention pour la halte Calaisienne). Ce qui lui vaut d’ailleurs le petit coup de cœur. Un tome qui a fait le tour de mon entourage et qui se déguste avec plaisir, qu’on habite la région ou non d’ailleurs, une bonne lecture rafraîchissante. De la « fausse » aventure qui fait voyager.
The New Deal
L'affaire du collier… de chien - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle est parue directement sous la forme d'un récit complet en 2015, sans prépublication. Elle est l'œuvre de Jonathan Case, un auteur complet : scénario, dessins, encrage, mise en œuvre d'une unique couleur bleu-gris par le biais de lavis. Il est également le dessinateur de Green River killer, et l'auteur complet de Dear creature. L'histoire se déroule à New York en 1936. Frank O'Malley est un garçon d'ascenseur au Waldorf Astoria. Il distribue des tracts dans la rue pour promouvoir une représentation de Macbetth de Shakespeare, interprétée par des afro-américains. Il conseille à son oncle Pack d'être moins agressif envers les passants lorsqu'il essaye de leur vendre des pommes à l'unité, (6 cents la pomme). Lorsque l'heure est venue, il se rend à son travail au Waldorf où il croise Gil (un autre garçon d'ascenseur) qui lui reproche d'être en retard. O'Malley commence par prendre en charge les bagages de 2 hommes d'affaire qui ont retenu une chambre au dernier étage. le grand bond ne lui donne pas de pourboire, mais lui demande d'aller faire le plein de son étui à cigarettes, avec des Chesterfield. En se rendant au buraliste de l'hôtel, O'Malley aperçoit une porte de chambre ouverte, avec un coffre à bijoux ouvert bien en évidence. La tentation est trop forte, mais il se fait surprendre par Theresa Harris (une femme de ménage de couleur) qui lui intime de tout laisser en ordre. En redescendant, il a la mauvaise surprise de voir que Jack Helmer est de retour pour prendre une chambre à l'hôtel. Il lui doit encore 400 dollars perdus au poker. Helmer le repère immédiatement. Un peu plus tard, O'Malley aide une cliente magnifique (Nina Booth) à amener ses bagages jusqu'à sa chambre. L'éditeur Dark Horse entretient une ligne de comics originaux, favorisant des créateurs indépendants. La curiosité du lecteur est donc éveillée par chaque ouvrage de cette collection, d'autant plus qu'il en parait assez peu. En feuilletant rapidement cette bande dessinée, le lecteur apprécie le dessin naturaliste sans être chargé, le parti pris de se restreindre à une seule couleur, et des images descriptives, sans être photographiques. L'auteur a choisi de raconter une sorte d'aventure, de type réaliste : un vol dans un grand hôtel. L'enquête est menée hors champ du récit, ce dernier se focalisant d'abord sur Frank O'Malley, puis sur Theresa Harris. le premier est un jeune homme appartenant au prolétariat, devant se soumettre aux exigences des clients qui le considèrent comme un larbin. Il présente un caractère enjoué, agréable avec Theresa, plein d'entrain. Sans qu'il soit besoin d'explication ou de longue exposition, le lecteur comprend que son statut d'employé est révocable à la première plainte, et qu'il ne doit pas toucher lourd. C'est un jeune homme sympathique qui génère immédiatement de l'empathie, malgré son inclination à être tenté par un petit larcin. Le premier rôle féminin suscite encore plus la sympathie. Comme pour O'Malley, le lecteur n'apprend rien sur son histoire personnelle, juste sa situation présente : employée de couleurs à une tâche subalterne dans un grand hôtel, soumise au racisme quotidien et banal. Elle aussi joue son emploi à chaque remarque d'un client. Dans son temps libre, elle est actrice de théâtre dans une troupe amateur appelée Mercury Theatre et dirigée par un jeune Orson Welles (authentique) qui monte une représentation de Macbeth. Le lecteur un peu curieux apprécie la qualité des références historiques discrètes qui parsèment le récit. Orson Welles a effectivement dirigé cette troupe de théâtre pour monter ladite pièce dans une version avec une distribution entièrement afro-américaine (appelée Vaudou Macbeth), et la mise en scène a servi de base pour son adaptation cinématographique Macbeth de 1948. Il apparait Canada Lee, un véritable acteur de l'époque, défenseur des droits des noirs américains. Jonathan Case met également en scène le racisme ordinaire de l'époque, sans misérabilisme. Le temps investi pour les recherches se voit également dans les dessins. le regard du lecteur s'attarde sur les tenues vestimentaires d'époque, sur les accessoires tels que les valises ou les malles de voyage, ou encore sur les modèles de voiture. Jonathan Case ne joue pas la surenchère en termes d'éléments d'époque authentique. Il privilégie des dessins lisibles, tout en maintenant une densité d'informations visuelles satisfaisante. Il simplifie les traits des visages pour les rendre plus expressifs, sans qu'ils n'en deviennent caricaturaux. Il n'y a que pour les tenues de Nina Booth qu'il se lâche un peu plus dans la fantaisie, en cohérence avec le caractère gentiment direct de cette femme. Il soigne également ses différentes coiffures. Jonathan Case commence son récit sur une base de 5 ou 4 cases par page, pour finir sur une base de 4 ou 3 cases par page. Ce nombre relativement limité de cases par page donne une narration aérée et concise, ce qui lui permet d'intégrer un bon nombre d'informations visuelles par case sans donner l'impression de gaver son lecteur. L'artiste rend chaque scène vivante que ce soit par une alternance de cadrages et un langage corporel approprié pendant les dialogues, ou par des mouvements réalistes et vifs lors des séquences d'action. le lecteur éprouve l'impression de voir évoluer des individus normaux et plausibles, sans capacité physique extraordinaire, sans comportement aberrant. Le lecteur se laisse donc porter par ces dessins agréables, cette ambiance rétro consistante et vraisemblable, et ce jeune homme plein d'allant, éprouvant un béguin pour Theresa, sans aucune arrière-pensée sur la différence de leur couleur de peau. le scénariste développe une intrigue concrète et consistante. Il y a donc un vol de bijou (un collier de chien avec des pierres précieuses a été dérobé dans l'hôtel). Il s'en suit une enquête, avec intervention de la police dans l'hôtel, interrogation du petit personnel, à commencer par la femme de chambre noire (Theresa). Mais l'histoire n'est pas racontée du point de vue de la police, elle l'est du point de vue de Frank O'Malley et de Theresa Harris. L'auteur reste dans un registre réaliste, sans intervention du surnaturel, sans exploits physiques spectaculaires. Il n'y a qu'un autre vol réalisé d'une manière qui sort de l'ordinaire, sans trop tirer sur la corde de la suspension consentie d'incrédulité. Le récit repose donc sur un double suspense : celui de l'identité du voleur, et celui de savoir comment O'Malley et Harris pourront éviter de prendre à la place du véritable coupable. En filigrane, Jonathan Case dépeint également la société de l'époque, par petites touches, sans prétendre à l'exhaustivité, sans transformer son récit en analyse sociologique, encore moins en pamphlet. Il montre la condescendance qui pèse sur Theresa Harris du fait du couleur de sa peau. Ça va de la répugnance raciste de madame Pendleton (la propriétaire du chien dont on a volé le collier précieux) aux a priori ordinaires envers cette citoyenne de seconde classe. Il faut que le lecteur ait en tête l'existence du racisme pour qu'il le reconnaisse dans certaines réactions ou certains comportements. le scénariste ne matraque par le thème. Il montre également la condition du prolétariat, la manière dont Frank O'Malley et Theresa Harris sont prisonniers d'un système de classe, sans espoir de profiter des opportunités qu'offrent le capitalisme à l'américaine. Ils sont nés pauvres. Ils sont partis pour trimer toute leur vie avec un salaire minimum, sans espoir de progression sociale. Il est évident qu'ils ne deviendront jamais des clients du Waldorf Astoria. À nouveau, le lecteur le constate par leur quotidien, sans que le scénariste ne l'explique ou ne l'expose. Le titre du récit renvoie à la politique interventionniste menée par le président américain Franklin Delano Roosevelt de 1933 à 1938, pour lutter contre les effets de la Grande Dépression aux États-Unis. Dans la première séquence, le lecteur peut voir la rémanence des effets de la Grande Dépression, dans le petit boulot exercé par l'oncle Pack : vendeur de pomme à l'unité sur un coin de trottoir. Par contre, le récit n'évoque pas nommément la politique du New Deal, ni n'en montre les effets. le plafond de verre est bien présent, et l'ascension sociale du prolétariat n'est pas au programme. le titre renvoie donc plutôt au changement de situation des 2 principaux protagonistes apporté par le dénouement. À la fin du tome, le lecteur constate qu'il a passé un très agréable moment de lecture. Les dessins sont très agréables à l'oeil, tout en restant à destination des adultes. le récit se déroule à bonne allure sans être épileptique. Les personnages sont sympathiques et humains. La narration est assez légère, sans être superficielle car elle évoque en creux une réalité sociale et historique. Entre un récit peut-être pas tout à fait assez ambitieux, et un récit intelligent et sans prétention.