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Couverture de la série Ulysse & Cyrano
Ulysse & Cyrano

Fichtre ! Il s'en est fallu de peu que j'attribue la note maximale à cet album ! sans doute ma frilosité est-elle due à sa thématique sommes toutes très classique mais même de ce point de vue, je trouve que les auteurs parviennent à faire du neuf avec du vieux. Cet album, s'il nous conte avant tout une histoire d'amitié, développe avec intelligence la thématique de l'accomplissement personnel. Choisir, c'est renoncer, disait André Gide, et cette citation résume parfaitement l'ensemble du livre. Les auteurs nous amènent ainsi à réfléchir sur nos propres choix, à réaliser la charge qui pèse sur chacun d'entre nous, résultante de nos choix de vie, et qu'il nous faudra assumer. C'est une très belle thématique, que je trouve finement développée dans le présent album. Mais ce thème ne serait rien sans les personnages qui le portent. le couple formé par Ulysse et Cyrano est extrêmement classique et il est difficile de ne pas s'attacher à ces deux gaillards. Mais ce sont les rôles secondaires qui sont à mes yeux les mieux réussis, à commencer par le père d'Ulysse, qui en présente l'antithèse parfaite et dont on se rend progressivement compte des sacrifice qu'il a dû accepter pour un prétendu confort matériel. Et puis il y a le livre objet en lui-même. Les éditions Casterman ont vu les choses en grand et non seulement l'objet présente un format impressionnant mais, en plus, les planches de Stéphane Servain sont toutes extrêmement soignées et belles à voir. Car ce n'est pas tout d'avoir un bel écrin, encore faut-il qu'il convienne au bijou qu'il renferme. Et ici, c'est le cas. Aucune planche ne m'a semblé vide, aucun décors ne m'a semblé pauvre, aucun regard ne m'a semblé creux. la richesse des planches justifie le format de la bande dessinée. Même la pagination m'a semblé parfaite. Franchement, on n'est pas passé loin du culte !

03/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Carnets de thèse
Carnets de thèse

J'ai beaucoup apprécié cette série de Tiphaine Rivière. Pour une première série je trouve que l'autrice s'en tire avec les compliments du jury (de thèse). La thématique de l'enseignement me séduit toujours. Ici l'autrice propose une vue de l'intérieure, humoristique et distanciée de son passage (allongé dans le livre) comme doctorante en littérature. Son expérience universitaire à plusieurs effet bénéfiques sur sa production. En premier lieu son récit est très bien construit. La narration est fluide, tonique et se lit très facilement, sans ennui pour un récit sans action, violence ni sexe. Ensuite Tiphaine sait nous intéresser sur ce labyrinthe kafkaïen du parcours des jeunes adultes rêvant d'apporter leur pierre à la connaissance universelle d'une façon matériellement désintéressée. J'ai souvent souri au parcours et aux états d'âme de Jeanne tout au long d'un vrai chemin de croix, plein d'humour, d'autodérision et d'une critique piquante mais jamais méchante du système universitaire français. Enfin l'autrice reste dans son sujet sans porter de jugement sur la pertinence d'un système en confrontation directe avec les notions d'efficacité ou de rentabilité. C'est bien abordé en fin d'ouvrage mais d'une façon très succincte et amusante dans le dialogue. Pour un premier ouvrage j'ai trouvé le graphisme très acceptable. Cela ne manque ni de dynamisme ni d'expressivité et si les détails sont rares, ils sont suffisamment travaillés pour créer l'ambiance adéquat des couloirs d'une Ecole ou d'une université. Une lecture fraiche et plaisante pour qui s'intéresse à cette thématique. 3.5

03/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Solitude du marathonien de la bande dessinée
La Solitude du marathonien de la bande dessinée

Mal-être, malaise et maladresse d'un individu ordinaire - Ce tome contient une suite de scénettes de nature autobiographique. Sa première édition VO date de 2020, dans un format original : à l'identique d'un carnet de note, avec une couverture toilée. C'est l'œuvre d'Adrian Tomine, pour les histoires et les dessins. À Fresno en 1982, le jeune Adrian Tomine, 8 ans, se tient devant la classe avec la maîtresse dans son dos et il se présente. Elle lui demande de parler de ses hobbies. Il répond qu'il dessine des bandes dessinées, et qu'il en collectionne. Elle lui demande ce qu'il veut devenir quand il sera grand. Réponse : un bédéiste célèbre, ce qui suscite quelques rires dans la classe. Elle lui demande : célèbre comme Walt Disney ? Et lui répond : non comme John Romita. Sentant la question venir, il se lance dans une présentation de qui est cet artiste qui a dessiné le plus Spider-Man, après que Steve Ditko soit parti. La maîtresse l'interrompt alors que les rires ont repris. Adrian se redresse et les traite d'idiots stupides. La maitresse calme tout le monde, mais le garçon paye cher sa hardiesse lors des récréations suivantes, subissant des humiliations chaque jour. Puis un midi, un autre garçon de sa classe vient s'assoir à côté de lui pendant le repas et lui demande s'il lit des comics. Adrian se lance dans une liste des différentes séries qu'il suit, toutes des Marvel, et il finit par interrompre en demandant à son interlocuteur si ce ne serait pas la maîtresse qui lui aurait demandé de lui adresser la parole. San Diego, en 1995, à bord d'un avion. Adrian Tomine est assis à une place côté hublot et il se dit qu'il leur a bien prouvé : il avait dit qu'il allait devenir un bédéiste célèbre et c'est chose faite. Il a bien conscience que pour y arriver il a dû consacrer toute son enfance et son adolescence à développer son art et à le peaufiner. Mais ça en valait le coup. Il ressort une critique de sa poche : elle qualifie sa dernière œuvre de meilleure bande dessinée réaliste du moment. Il jette également un coup d'œil à la petite phrase de Daniel Clowes : Drawn + Quarterly conserve intact la perfection de leur catalogue en signant le petit prodige des mini-comics. Une fois débarqué, il se rend à la convention et y retrouve Eric le représentant de son éditeur qui lui tend le dernier numéro du Comics Journal, en le prévenant que leur critique n'est pas très tendre. Adrian lui répond que c'est un honneur d'être étrillé par le magazine littéraire de référence sur les comics. le soir, dans sa chambre d'hôtel, il lit l'article et il en pleure allongé par terre. Puis il ressort pour participer à la réception organisée à l'hôtel et il reprend confiance car il est vraiment parmi ses pairs. Il grince un peu des dents quand un collègue lui dit qu'il était plutôt bon jusqu'à ce qu'il se mette à imiter Clowes. Tomine rit poliment et baisse la tête. Un autre professionnel rejoint le groupe et découvre qui est Adrian. Il commence à le prendre à parti sur la manière dont Adrian a laissé tomber son précédent éditeur, tout ça pour un gros contrat avec D+Q. Il le met en garde sur les risques encourus à trahir ainsi des partenaires commerciaux. Adrian remonte dans sa chambre et s'écroule sur le lit en pleurant. 26 petites histoires entre 2 et 7 pages avec une exception pour la dernière qui en compte 33, toutes centrées sur l'auteur qui se met en scène dans chaque page, avec ses inquiétudes, ses névroses, ses angoisses, son mal-être, son manque de confiance en lui, la dépréciation de son métier par les autres, et parfois même par ses pairs, son comportement gauche d'inadapté social, son caractère hypocondriaque, etc. Tout est fait pour donner la sensation d'une vision égocentrique. L'objet est séduisant une sorte de carnet de notes avec des pages à petit carreau, recelant les pensées intimes de l'auteur. Les dessins sont réalisés avec des détourages au trait fin non repassé, avec quelques solutions de continuité dans les contours. le degré de réalisme est assez élevé, dans la représentation des environnements quand ils sont présents, et pour celles des personnages. L'artiste applique une simplification des visages qui rend les personnages plus expressifs, et plus immédiatement sympathiques. Il utilise souvent des plans taille et des plans poitrine pour se représenter en train de parler sur un fond vide, facilitant ainsi la projection du lecteur dans cet avatar de papier. Cette simplicité apparente crée à la fois une proximité avec Adrian et ses proches, et une facilité d'accès qui confine à l'évidence naturelle. le lecteur se sent à chaque fois impliqué dans ces moments banals et ordinaires, en pleine empathie avec le narrateur, adoptant son état d'esprit sans y penser. de ce point de vue, ces scénettes sont une totale réussite en termes de comics autobiographique : dans la peau d'Adrian Tomine. À chaque fois, le pauvre Adrian Tomine se retrouve dans une situation sociale inconfortable, surtout parce qu'il la vit comme telle, car finalement sans danger physique ou psychologique. le lecteur se prend d'affection pour son avatar de papier, un tout jeune homme qui prend de l'âge progressivement, sa silhouette évoluant discrètement que ce soit sa ligne de cheveux, ou sa morphologie. Il rencontre des êtres humains aussi normaux que banals, d'âge différent. S'il est familier des bédéistes indépendants canadiens publiés par le même éditeur, le lecteur peut en identifier un ou deux, à commencer par Seth, nom de plume de Grégory Gallant. Il utilise une direction d'acteur de type naturaliste, avec capacité extraordinaire à retranscrire les petits riens du quotidien, un geste, une mimique, une posture, et bien sûr un état d'esprit. Il n'exagère ni le langage corporel, ni les expressions du visage. Il est aussi à l'aise et aussi convaincant pour montrer Adrian absolument confus et gêné au-delà du possible après avoir émis des bruits répugnants dans les toilettes, alors qu'une jeune femme l'attend sur le canapé du salon dans la pièce d'à côté, que le même individu également affreusement gêné par sa fille faisant une comédie dans sa poussette, dans un centre commercial, avec une vieille dame autoritaire venant faire la leçon aux parents laxistes. du coup, le lecteur se laisse gentiment porter par cette narration visuelle tranquille et attentionnée, même si ces scènes de la vie quotidiennes ne comportent pas d'intrigue. Scénette après scénette, le lecteur se dit qu'il n'éprouve aucune difficulté à ressentir de l'empathie pour cet individu un peu timoré, plutôt sûr de son talent, et en même temps manquant totalement d'assurance. Il le voit prendre de l'âge insensiblement au fur et à mesure que les années passent, et continuer de s'inquiéter pour les mêmes choses, ou pour de nouvelles. Quelquefois, il se dit que Adrian se fait des nœuds au cerveau pour rien, à essayer d'éviter le regard éventuellement négatif des autres. D'autres fois, il compatît avec la situation qu'il subit : une personne qui lui succède au micro sur l'estrade et qui tourne en dérision sa qualité de dessinateur qui a ramené des images pour distraire le public, ou bien le canular du festival international de la bande dessinée, avec l'annonce d'un faux palmarès de nominé en 2016 au nombre desquels se trouve Tomine. Oui, parfois, il s'agit d'une réaction infantile ou immature comme de verser des larmes à la lecture d'une critique assassine. Encore qu'il s'agit aussi d'une réelle sensibilité à fleur de peau. Il peut également s'agir d'une petite vexation comme Frank Miller ne parvenant pas à prononcer son nom de famille lors d'une remise de prix. Et que dire de cette après-midi passée dans une boutique de comics avec Seth à attendre en vain qu'une personne se présente pour faire dédicacer un ouvrage, et se rendre compte que les seuls qui viennent sont des amis du propriétaire qui leur a demandé de passer, et qui n'ont jamais ouvert un seul de ces comics. Il se produit alors deux réactions chez le lecteur. Tout d'abord, il éprouve de la compassion pour Adrian Tomine, en plus de l'empathie. L'auteur ne se présente pas sous un jour avantageux : au contraire toutes ces histoires font ressortir comme il est gauche au moins pire, comme il est anxieux et presque pétochard au pire. Si tous les récits sont centrés sur lui, il n'en sort pas grandi, et ce n'est pas de l'autopromotion. du coup, ce n'est pas à proprement parler de l'égocentrisme, mais plutôt quelqu'un qui parle de ce qu'il connaît le mieux : sa vie. Il règne un humour doux et discrètement dépréciateur qui neutralise toute forme d'autopromotion et d'autocélébration. La seconde réaction vient avec l'effet cumulatif de ces scènes de la vie ordinaire d'un bédéiste : le lecteur n'est pas que dans l'intimité d'Adrian, il est aussi à ses côtés pour sa vie sociale, pour tout ce qui est lié à son métier, et à sa célébrité toute relative. D'ailleurs, l'auteur a mis une phrase de Daniel Clowes en exergue relative à la célébrité d'un auteur de BD : C'est comme d'être le joueur de badminton le plus célèbre. Tout y passe : de fan collant inquiétant, à la lecture publique pathétique, en passant par la caméra qui le suit dans les allées du festival d'Angoulême alors qu'il ne comprend rien aux animations du fait de la barrière de la langue, par le cuistot qui l'a reconnu et lui fait servir une pizza au Nutella comme dessert alors qu'il est allergique aux noix et qu'en plus il doit la payer. Que peut-il y avoir de plus narcissique qu'une petite bande dessinée où l'auteur se regarde le nombril en mettant en scène ses angoisses insignifiantes, ses petites névroses ? Certes, toutefois la douceur et la justesse de la narration visuelle séduisent et divertissent le lecteur. En outre, ce manque d'assurance proche d'être maladif résonne chez le lecteur sur ses propres inquiétudes, et lui permet d'observer l'écosystème de l'auteur de BD.

02/06/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Il était une fois le jeu vidéo
Il était une fois le jeu vidéo

Le jeu video fascine depuis sa création, dans les années 1970 (ou à peu près). Nombreux sont les livres, mooks, magazines, qui en parlent. La BD aussi a livré quelques albums sur le sujet. Jean Zeid, geek de son état, auteur ou coauteur de livres sur différentes déclinaisons et animateur radio, a proposé aux Arènes d'en faire un nouveau, qui ferait un large tour d'horizon de la question. Sont bien sûr évoqués la prémices du sujet, dans les universités américaines, les principaux studios de développement, les constructeurs d'ordinateurs et de consoles, les jeux qui ont révolutionné le media, mais aussi les passerelles avec le cinéma, la littérature, et enfin la question éthique qui découle de la pratique des jeux vidéo. Le tout enrobé par une histoire mettant en scène les deux auteurs, lesquels se retrouvent prisonniers des différents univers des jeux video. C'est ma foi très intéressant, j'ai même repéré le nom de divers jeux que je ne connaissais pas, et les planches mettant en scène les deux auteurs offrent des pauses bienvenues dans l'exposé de Jean Zeid. Emilie Rouge, dont c'est le premier album en tant que dessinatrice, manque encore de maturité dans son trait, mais elle s'applique sur les reproductions d'environnements vidéoludiques ou de design des machines, gage de sérieux de l'ensemble.

02/06/2024 (modifier)
Par Montane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Elektra (Delcourt)
Elektra (Delcourt)

A la fin des années 80, 2 auteurs ont révolutionné le monde du comics: Alan Moore avec Watchmen et Frank Miller avec The Dark Night Returns et Electra Assassin. Je comprends que certains puissent être désarçonnés par cette histoire tant elle est novatrice. Novatrice par le scénario: énormément de « Off », avec l’utilisation d’un vocabulaire très cru dans une histoire foisonnante où se croisent une Ninja conditionnée à abattre une créature monstrueuse qui aurait pris les traits d’un futur président des États Unis. Une sorte de JFK en puissance au sourire « ultra brite », des agents secrets Américains reconstruits de toute pièce par une société qui en fait des sur hommes. Un président Americain en fonction représenté sous les traits d’un Nixon obsédé par la bombe atomique qu’il dit pouvoir activer a tout moment. Le tout sur fond de régîmes Sud Américain déstabilisés par les services secrets des États Unis, qui dans les années 80 avaient encore la phobie d’inavoué des régimes communistes à leurs portes. Si Elektra agit et combat, elle ne parle jamais tel l’agent tueur qu’elle est devenue. Seule référence au monde des comics classique, son idylle brève avec Daredevil sur lequel Frank Miller s’est longuement attardé par ailleurs chez Marvel. Cette mini série est également novatrice par le dessin de Bill Sienkiewicz: des dessins qui semblent être réalisés en couleurs directes, des collages également puisque la tête du futur président Ken Wind est systématiquement représentée par une photo ou on le voit avec un sourire figé. Je me souviens qu à la fin des années 80 ce graphisme a vraiment été un choc visuel pour beaucoup, et c’est toujours le cas aujourd’hui. Un classique que les amateurs de Comics doivent avoir lu au moins une fois dans leur vie.

02/06/2024 (modifier)
Par Phoenix
Note: 4/5
Couverture de la série Aime ton prochain
Aime ton prochain

Une histoire d'amour complétement folle, dérangée et dérangeante. Mido Saki s'est entiché d'un certain Kazumi Ichinose, et elle va pas la lâcher ! Séquestration de ses petites amies, mutilation au cutter de celles-ci pour les "punir" d'avoir fréquenté "son homme"... Mido finit par promettre qu'elle ne s'en prendrait plus à elles en échange de son amour (feint, bien sûr) exclusif. Mido est terrifiante... Et jusqu'à la fin, on ne comprend pas pourquoi elle est si méchante ?! Et Kazumi se sacrifie pour le plus grand nombre bon gré mal gré. Le fait est que cette meurtrière est amoureuse pour de vrai (à sa façon). Mido veut aussi fonder une famille. Elle désire demander Kazumi en mariage et a prévu une pièce de séquestration/salle de torture dans sa nouvelle maison au cas où il refuserait. Elle est folle, elle est dangereuse, mais on peut éprouver de la compassion pour elle. Kazumi a vraiment été à bout. Après avoir vu torturer toutes celles qu'il a aimées un jour, et s'être lui aussi fait "charcuter"... Le hic c'est que Mido est intelligente et elle déjoue la plupart de ses plans. Qui sera la plus smart ? Au final, encore un cliffhanger (Y'en à beaucoup !). Une histoire "d'amour" lente et profonde, avec un avertissement sur "l'amour nuisible" comme tout sentiment trop fort...

02/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Enquêtes de Machiavel
Les Enquêtes de Machiavel

J'ai beaucoup apprécié la lecture des deux premiers tomes de cette série naissante. Chacun des tomes peut être lu comme une histoire complète. Jean-Marc Rivière nous installe dans ce XVème siècle florentin finissant après le règne des Médicis qui a tant marqué l'histoire. L'auteur nous invite à suivre le célèbre penseur florentin dans une jeunesse tumultueuse au cœur de la vie politique florentine. Les deux scénarii sont finement travaillés pour nous éclairer sur l'imbroglio politique qui régnait en "Italie" entre les différentes cités. Le premier opus revient sur les circonstances qui ont conduit Jérôme Savonarole au bûcher. Le second opus se dirige vers le siège de Pise par les troupes florentine. Le récit mêle une fiction autour de meurtres à élucider par Soderini et son secrétaire Niccolò Machiavel encore jeune homme. Ces intrigues ne servent que de prétextes pour nous plonger dans les méandres compliqués de la vie politique florentine et des rivalités qui existaient entre les cités sans oublier les appétits français sur la région. Le récit est très bien mené, clair et sans temps morts. Il n'y a ni bons ni méchants mais des rivalités politiques qui pouvaient conduire à la mort. Le dessin de Gabriel Andrade Jr se régale de la beauté des architectures florentines. Les différents monuments sont décrits avec beaucoup de précision et de détails. Les prises de vues sont variées et donnent une impression aérienne aux divers plans. Les personnages aux costumes recherchés ne sont pas en reste. C'est dynamique, expressif et très vivant. Une très belle mise en couleur qui joue sur les luminosités complète une série bien réalisée jusqu'à présent. Une série historique très agréable à lire.

02/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Nick Carter et André Breton - Une enquête surréaliste
Nick Carter et André Breton - Une enquête surréaliste

C'est difficile de détruire des poèmes. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2019. Elle a été réalisée par David B. pour le scénario le dessin, l'encrage et les nuances de gris. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, contenant 50 planches. Elle se présente en format à l'italienne. Elle commence par une préface de l'auteur, évoquant le roman feuilleton ayant pour héros Nick Carter, el grand détective américain, créé en 1886 par l'écrivain John Russell Coryell (1851-1924), et son ennemi récurrent le docteur Quartz, ainsi que son adoption par certains artistes surréalistes. Son nom est Nick Carter, il est détective. Il a combattu les pires criminels du monde : le docteur Quartz, les Poignardeurs, l'Écorchée, le Tigre à face humaine, le Grand Nain, les Rampants, le Dévoreur, la Bande des Treize, le Cercueil, le général de la Nuit… Il est très ami avec certains peintres et poètes du groupe surréaliste. Carter est engagé en 1931 par André Breton qui traverse une mauvaise période. Il avait des problèmes d'argent, sa compagne l'avait quitté, il était rejeté par le parti communiste, le groupe surréaliste avait explosé. Breton pensait qu'on lui avait dérobé quelque chose sans pouvoir le nommer précisément. Il lui a parlé de la beauté, de convulsions, d'or… et Carter est reparti avec un dossier plein de mystères. Il a commencé son enquête en allant interroger le poète Robert Desnos. Lors de la rupture avec Breton, il avait été un des plus violents. Breton avait reçu des lettres et des coups de fil anonymes, des couronnes mortuaires et des cercueils. Carter s'est glissé dans les petites rues des Halles où Desnos habitait. Lorsque Nick Carter est arrivé chez Desnos, ce dernier était en train de dormir. Il était un grand rêveur. C'était la première fois que Carter interrogeait un homme qui dormait ; heureusement, il était de ceux qui révélaient plus de choses en dormant qu'éveillés. Selon lui, personne n'avait rien volé à Breton, il avait lui-même dressé ses amis contre lui. le surréalisme était mort et pourrissait avec son créateur. Carter savait qu'il n'en tirerait rien de plus et il est sorti. Des rêves sillonnaient la nuit des Halles et le traversaient. Il avait l'impression d'être suivi. Il voulait continuer son enquête en interrogeant Nadja, l'ancienne maîtresse de Breton, c'était une femme entretenue, et elle avait trempé dans une affaire de drogue. le hic, c'était qu'après sa séparation d'avec André Breton, elle avait sombré dans la folie et avait été internée dans une maison de fou à Bailleul, dans le nord de la France. Objet bédéique non identifié ? La couverture annonce déjà la couleur (même si la BD est en noir & blanc) : André Breton (1896-1966), poète et écrivain français, le principal animateur et le principal théoricien du mouvement artistique appelé Surréalisme. Un créateur prônant l'utilisation de toutes les forces psychiques de l'être humain libérées du carcan de la raison. Pas facile de se montrer à la hauteur d'un tel programme en bande dessinée, presque cent ans après la création du mouvement. Certes, David B. (de son vrai nom Pierre-François Beauchard) n'est pas le premier venu, auteur entre autres de L'Ascension du Haut Mal (1996-2003), avec une carrière de plus de 50 bandes dessinées. Il est vraisemblable que le lecteur ne s'intéresse a priori à cette bande dessinée que s'il a déjà un goût pour le surréalisme ou pour l'auteur, ce dernier servant alors de passeur vers un courant artistique par le biais d'une bande dessinée. La forme est assez particulière puisque l'ouvrage se distingue des autres du fait qu'il soit en format à l'italienne, plutôt qu'en format paysage, et que chaque page est construite sur la base d'une case unique. Chacune des planches se présente de la même manière : un dessin en pleine page, le numéro inscrit dedans à un endroit variable, un titre courant sur la forme d'une bannière, ou de plusieurs étiquettes (seule la planche numérotée 8 ne dispose pas de titre), un texte de deux ou trois lignes en dessous de la case. Il ne fait nul doute qu'il s'agit bien d'une bande dessinée car il y a une histoire qui est racontée tout du long dans un ordre chronologique, avec un personnage central (Nick Carter) et un personnage auquel il est fait référence à presque toutes les pages (André Breton). le lecteur s'immerge dans une narration séquentielle mariant textes et images… … Mais il peut vite avoir l'impression qu'il lui suffit de lire les bandeaux de texte apposés en bas de chaque page pour suivre l'intrigue. L'auteur a choisi un fil conducteur simple et accessible : une enquête pour retrouver ce qui a été volé à André Breton, le client de Nick Carter. de fil en aiguille, le détective se retrouve à côtoyer des membres de la pègre, à servir de garde du corps à son client, à se défendre contre les attaques du docteur Quartz et même de certains surréalistes, à suivre son client dans ses pérégrinations. Au fil des pages, le lecteur lit le nom d'un nombre impressionnant d'artistes de ce mouvement : Robert Desnos, Paul Éluard, Salvador Dalí, Louis Aragon, René Magritte, René Crevel, Toyen (Marie ?ermínová), Vít?zslav Nezval, Frida Kahlo, Max Ernst, Man Ray, Yves Tanguy et quelques autres. Ces rencontres ou ces évocations constituent autant d'hommage au mouvement surréalistes et aux créateurs qui l'ont composé, qui en ont fait partie. le déroulement chronologique du récit sert aussi à apporter des éléments biographiques choisis sur la vie d'André Breton, retraçant ainsi sa vie, mais pas sous l'angle de ses œuvres, sous l'angle de ses relations avec les autres surréalistes, et de ses voyages. L'intrigue surprend le lecteur parce que les rebondissements entremêlent des crimes (trafic de drogues, meurtres, enlèvement par exemple), et quelques éléments surnaturels. Parmi ces derniers : des individus se donnant des noms étranges reflétant une caractéristique physique ou comportementale, des rêveurs et leurs rêves, un revolver à cheveux blancs, un rite magique, la méthode d'Hervey de Saint Denis (1822-1892) pour diriger les rêves… Du coup, le lecteur voit bien qu'il a tendance à lire les bandeaux de texte en premier et à se dire que ça lui suffit pour comprendre et suivre l'intrigue. Sauf que comme les bandeaux sont placés en bas de chaque page, il voit quand même en passant l'image… Sauf que ces images sont très chargées en traits, en aplats de noir, en personnages, en accessoires, et qu'il ne peut pas en saisir la composition globale en un seul coup d'œil. En outre, il a acheté une bande dessinée et il compte bien bénéficier de dessins, donc forcément, il les regarde. Il se prend aussi au jeu très immédiat de repérer le numéro de chapitre (parfois bien assimilé dans la composition globale de la page), ainsi que de prendre connaissance du titre de cette page en essayant de voir en quoi il se rattache au bandeau de texte. Il est sensible à cette dimension ludique dès la première page, parce qu'il lui faut comprendre comment fonctionne cette bande dessinée, quel est le rapport entre le texte et le dessin, ce que chacun raconte. Dès la première illustration, le surréalisme règne en maître : Nick Carter a six bras chacun tenant une arme de poing, la dizaine d'ennemis représentés ont tous une difformité plus ou moins possible dans le monde réel. Cela place l'image dans le registre de l'imaginaire, de la représentation fantasmée, d'une représentation mentale projetant dans le monde réel des qualités supposées, projetant les attributs du nom ronflant de chaque ennemi sur son physique. En fonction de sa sensibilité, le lecteur fait un blocage sur ce mode narratif un peu éclaté, ou bien il apprécie cette dimension ludique, et il devient participatif. En fonction des pages, il regarde d'abord l'illustration, ou il parcourt le bandeau de texte en premier. Il cherche le numéro de page / chapitre, ou bien le titre, ou au contraire, il n'y prête aucune attention. Il prend le temps de regarder chaque image et il apprécie l'inventivité de David B., sa manière d'inviter des objets et des accessoires saugrenus, sa capacité à rapprocher des éléments hétéroclites pour créer une association poétique, sa faculté à illustrer la situation avec des visuels premier degré, ou au contraire métaphoriques. le lecteur peut s'amuser à relever ce qui l'étonne le plus : des bras armés d'un pistolet, sortant d'une enveloppe, des volutes de fumée pourrissante, la pioche des creuseurs, un individu à six bras 2 courts et 4 longs, un revolver à cheveux blancs, des masques africains, des seins géants à la fenêtre, des spectres intangibles, un tiroir pubien, Frida Kahlo chevauchant le squelette d'un cheval dans la cage thoracique duquel un homme est prisonnier, une armée de robots, etc. Il remarque que certains objets reviennent comme des leitmotivs, à commencer par les couteaux tranchants. Les images combinent des formes oniriques et psychanalytiques avec les situations réelles et concrètes, pour une représentation de la pensée, entre naïveté et associations inconscientes, générées autant par les mots du langage que par les images similaires. David B. rend hommage au surréalisme au travers de la biographie choisie de son penseur André Breton, avec des images surréalistes. Il a conçu une forme bédéique originale qui pourra déconcerter certains, mais qui fonctionne bien suivant le principe du surréalisme, des automatismes psychiques, développant une trame solide.

02/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Malpasset (causes et effets d'une catastrophe)
Malpasset (causes et effets d'une catastrophe)

Que Fréjus renaisse ! - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2014. Elle a été réalisée par Éric Corbeyran pour le scénario et par Horne Perreard pour le dessin, l'encrage et les nuances de gris. Toulon en janvier 1960, un monsieur se présente dans un pressing avec des draps encore pliés. L'employé s'en étonne car ils semblent parfaitement propres : il explique qu'il les a retrouvés dans une armoire et que lorsque la vague est passée, la boue s'est infiltrée partout. Les draps se trouvaient dans une armoire au premier étage et quand la vague a déferlé, elle a emporté tout ce qui se trouvait au rez-de-chaussée et inondé tout ce qui était à l'étage, mais personne n'est mort. À Fréjus dans le Var le 2 décembre 1959, tout le monde est confortablement installé dans son lit ou autour d'un dîner, devant son poste de radio ou la télé. À 21h13, le barrage cède libérant une vague de 60 mètres de haut. 50 millions de mètres cubes d'eau se déversent d'un seul coup dans la vallée, projetant des rochers, de la terre et des énormes blocs de béton, arrachant les arbres, anéantissant les habitations, emportant tout sur leur passage. Dix kilomètres séparent Fréjus du barrage. La vague met 25 minutes pour les parcourir avant de se jeter dans la mer. 450 personnes trouvent la mort cette nuit-là, dont près d'un tiers sont des enfants. Au matin on ne dénombre pas moins de 4.000 sinistrés. Aucune famille n'est épargnée. Tout le monde a perdu quelqu'un. Georges Sénéquier est né en 1929 et il a eu 30 ans le 30 décembre 1959, le lendemain de la rupture du barrage. À l'époque, il était technicien de la Défense Nationale. Il travaillait à l'usine de torpilles de Saint Tropez. Il était également conseiller municipal depuis peu. Pour lui et toute l'équipe municipale, Malpasset a été leur baptême du feu. Il était revenu chez lui assez tard le 02 décembre 1959, sa fille de 4 ans dormait déjà. Après le dîner, il révisait ses cours pour un examen à passer, et il a entendu comme le bruit apporté par le mistral de dizaines de trains qui passaient en même temps. Après ce boucan, la lumière s'est éteinte, il n'y avait plus d'électricité. L'énorme grondement qu'ils entendaient avec sa femme était celui de l'eau qui déferlait. Leur maison était sur une butte que l'eau a contournée. Quand il est sorti après le passage de la vague, tout avait disparu autour de la butte, tout avait été emporté. En 1959, Simone Infantolino avait 12 ans, et elle vivait avec ses parents et ses deux frères dans la vallée du Reyran. Les deux frères avaient été punis et avaient dû aller se coucher. Son père dormait aussi épuisé par sa journée de travail. La maison abritait également un frère et une belle-sœur et leurs deux filles. À un moment donné, elle a entendu un bruit incroyable, énorme affreux et il s'est rapproché. En choisissant cette bande dessinée, il est probable que le lecteur en connaisse déjà le sujet : le 2 décembre 1959, des précipitations intenses font monter l'eau de la retenue du barrage de Malpasset, au-dessus du niveau maximum, et entraîne sa rupture. Une vague de plusieurs millions de mètres cubes d'eau déferle vers la mer, s'abattant sur des habitations isolées et sur Fréjus. Les faits sont relatés en 5 pages en noir & blanc avec des nuances de gris, par des dessins en plan large (des cases de la largeur de la page) ne mettant en scène aucun être humain. Les cartouches de texte sont concis et factuels, apportant des informations très synthétiques. le chapitre 1 commence en page 12, et le mode narratif change : au temps présent (2014 parution de l'ouvrage, ou un peu avant), un premier témoin (Georges Sénéquier, 30 ans au moment des faits) s'adresse à un interlocuteur, comme s'il s'adressait en direct au lecteur, et fait part de ses souvenirs de cette nuit-là. Tout l'ouvrage est conçu ainsi : sur la base d'entretiens, ou plutôt de recueil de souvenirs, sans que l'intervieweur ne pose de questions, sans son intervention. C'est donc un dispositif très particulier, reposant essentiellement sur des cadrages plan poitrine du témoin, parfois un peu plus larges, régulièrement plus serrés. Tout l'art de l'artiste est de donner vie à ces individus, par le biais des expressions de visage, de la posture, accompagnées occasionnellement d'un geste de la main. Horne Perreard s'en sort très bien. Par la force des choses, les témoins de l'époque ont maintenant tous dépassé les 60 ans. Les cadrages permettent de se focaliser sur leur visage, de voir le calme qui vient avec l'âge, mais aussi les émotions qui prennent le dessus accompagnant un souvenir particulier, une souffrance encore vivante. le lecteur éprouve la sensation que ces survivants s'adressent directement à lui, qu'il les écoute assis à côté ou en face d'eux. Dans la postface, le scénariste explique qu'après avoir entendu ces différentes personnes, il ne pouvait plus simplement raconter les faits comme une reconstitution, que la parole de ces personnes devait primer sur tout. Cette façon de raconter s'avère parfaitement adaptée et le lecteur sent son cœur se serrer régulièrement. Ce dispositif très rigoureux ne s'avère ni figé, ni pesant. Les auteurs ont également réalisé une sorte de prologue ou d'interlude pour chacun des 3 chapitres : le prologue montrant le barrage et le parcours de la vague, la présentation de Jean-Paul Vieu qui a réalisé les photographies de la catastrophe, la présentation d'Yvon Allamand adolescent et pompiste occasionnel à la station-service de son père. Ces passages font sens permettant d'élargir un peu le propos, avec des dessins qui semblent parfois un peu léger, mais qui donnent à voir une reconstitution historique soignée en particulier pour les voitures et les trains. Par ailleurs, les témoignages sont nombreux et les intervenants avaient des âges différents au moment de la catastrophe : Annie Brodin (8 ans), Pierre Trujillo (1 jour), Denise Laugier (13 ans), Michel Ruby (8 ans), Louis Infantolino (15 ans), Fernand Martini (artisan électricien), Daniel Castelli (11 ans), Huguette Epuron (31 ans), Alfred Bertini (30 ans, employé de mairie), Michèle Guillermin (14 ans, en pensionnat), Irène Jodar (19 ans, avec un fiancé). Au fil des propos, il revient plusieurs éléments communs comme le bruit de la vague titanesque ou la coupure d'électricité. le choix de la narration n'étant pas une reconstitution ou une mise en situation, les auteurs font apparaître ces éléments communs par le biais d'une image, celles-ci pouvant se répéter lors d'un autre témoignage. Ainsi il apparaît des leitmotivs visuels comme une onomatopée pour le bruit de la vague, les phylactères vides, les couvertures, l'ampoule éteinte, le barrage rempli à ras-bord, les tuiles de toit, la locomotive, le pupitre vide, le panneau H pour Hôpital, l'arbre nu, le camion de pompier avec la grande échelle, les petites maisons de Monopoly. S'intercalant avec les plans rapprochés des survivants et les leitmotivs visuels, les auteurs intègrent sporadiquement des cases représentant la situation : les arènes de Fréjus intactes, une tombe de deux frères morts dans l'inondation, des canisses, un hélicoptère survolant la retenue d'eau, une vue aérienne le lendemain de la catastrophe, des maisons en ruine, des rues recouvertes de boue, des ruines du barrage, un verger de pêchers, etc. En début du chapitre 2, Alfred Bertini explique quelques-unes des particularités du barrage et de sa construction. Dans le chapitre 3, Georges Sénéquier évoque la gestion de la crise dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi la rupture du barrage, toujours sous cette forme de témoignage lors d'un entretien. Ainsi, les auteurs apportent des éléments de contexte, revenant sur la construction du barrage, sur l'activité économique de la région, sur la prise en charge des sinistrés. Ils réalisent un ouvrage qui n'est pas une enquête, pas une reconstruction des faits, pas un reportage des décennies plus tard. Ils ont conçu un format qui donne la parole aux survivants, qui permet à la fois de prendre du recul, les années ayant passé, à la fois de faire passer le traumatisme inimaginable vécu par ces personnes. Cela constitue à la fois un devoir de mémoire, à la fois une forme de thérapie pour des individus marqués à vie. En creux se dessine des vies bouleversées par une catastrophe arbitraire, l'impossibilité pour certains de faire leur deuil, ainsi qu'une autre époque. Avec le recul, il apparaît par exemple qu'il n'y avait aucun dispositif d'accompagnement psychologique. le lecteur a du mal à contenir ses émotions, que ce soit pour des souvenirs atroces (la jeune femme regardant depuis son balcon la vague engloutir des automobilistes qu'elle ne peut pas prévenir), ou incongrus (un homme sorti pour comprendre ce qui se passe et qui voit son voisin partir à la chasse). Il se dit que le plus horrible reste implicite : tous ces êtres humains qui sont morts dans des conditions effroyables. Voilà un ouvrage qui ne ressemble à aucun autre. Dans un premier temps, le lecteur peut avoir des doutes a priori sur un ouvrage de plus sur le sujet, sur le format très austère en apparence de la narration. Il ne faut que quelques pages pour se rendre compte de l'incroyable intelligence émotionnelle et du respect total que représente ce mode de narratif relatant la parole des survivants. Tout aussi rapidement, ses réserves s'envolent quant aux dessins : l'artiste est totalement au service du projet, sachant insuffler de la vie et de l'émotion dans chaque témoin, avec une densité d'informations visuelles et d'interaction avec les mots, qu'un simple feuilletage ne permet pas de soupçonner. Une réussite extraordinaire.

02/06/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Naja
Naja

J'ai trouvé cette bande dessinée vraiment captivante, en grande partie grâce à la qualité du dessin simple qui m'a beaucoup plu et la colorisation, qui apportent une dimension supplémentaire à l'histoire. Bien que j'ai été tenté de donner 5 étoiles, la conclusion m'a quelque peu laissé sur ma faim. En effet, le dénouement m'a semblé un peu précipité dans ce dernier tome. [Sans spoiler, mais cette critique peut contenir des indices, donc à éviter si vous n'avez pas encore lu la BD] La bande dessinée est indéniablement bien réalisée, et en tant qu'amateur de ce type de scénar, que ce soit en format BD ou en film, les twist finaux m'ont surpris, oui, mais je n'ai pas trouvé ça très original et même un peu trop exagéré. En tout cas j'aurais préféré que ces éléments soient plus développés, et un tome supplémentaire n'aurait pas été de trop pour approfondir certains aspects de l'intrigue comme des personnages. Malgré ça, j'ai passé un bon moment. J'ai particulièrement apprécié la présence du narrateur, témoin mystérieux dont l'identité demeure obscure, mais qui joue habilement avec notre patience. Cela ajoute une couche de mystère et d'intrigue qui enrichit l'expérience de lecture. Une BD que je recommande.

01/06/2024 (modifier)