Les derniers avis (31957 avis)

Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série L'Oasis
L'Oasis

"L’Oasis" de Simon Hureau est un album qui nous plonge dans… son jardin dont il décide de faire un véritable sanctuaire de biodiversité. Mais c’est plus que le sujet de son jardin dont il est question ici, c’est aussi et surtout une réflexion sur notre rapport à la nature et à l’espace personnel. Je ne suis pas certain d’être ici 100% objectif car je partage complètement sa philosophie du jardin. J’ai trouvé la narration très fluide avec un savant mélange de pratique, réflexions philosophiques et poésie. J’ai également beaucoup aimé le dessin de Simon Hureau que je découvre et que j’ai trouvé à la fois détaillé et expressif. Comme dans Les Grands Espaces de Catherine Meurisse, je trouve que la beauté et la diversité de la faune et de la flore, ainsi que les saisons qui passent sont fidèlement mis en dessin. Ces deux auteurs aiment visiblement la nature et cela se voit dans leur dessin. Je trouve ici l’auteur profondément attachant dans sa quête de transformation de son espace de vie en un écosystème riche et équilibré. Son enthousiasme et sa détermination sont très communicatifs. Plus qu’une lecture sur la nature ou le jardinage, c’est un moment de lecture apaisant que nous offre Simon Hureau.

05/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Sur la route de Banlung
Sur la route de Banlung

J'ai bien apprécié cette série qui mêle fiction et documentaire. La thématique du génocide Cambodgien est un sujet qui me touche beaucoup. La période décrite dans la série est postérieure mais dépend directement des événements que les Cambodgiens ont subi depuis près de 20 ans. A la suite du génocide perpétué par les Khmers rouges puis la guerre contre le Vietnam, il a fallu reconstruire et stabiliser les institutions du pays. Ce fut la mission de l'UNTAC (United Nation Transitional Authority in Cambodia) à laquelle a participé Jacques Rochel au moment des élections de 1993. Contrairement à l'avis précédent j'ai beaucoup aimé le scénario qui décrit les efforts des représentants de l'ONU dans un environnement pas simple. En effet des groupes de Khmers rouges n'avaient pas abdiqué surtout dans cette région du nord, berceau natal de l'ancien dictateur. La guérilla contre l'armée vietnamienne avait relégitimer ces meurtriers auprès d'une frange de la population. L'élément fiction du récit permet d'éviter une simple énumération documentaire des actions de l'ONU et introduit un élément sentimental et humain qui permet de souligner la difficulté politique de neutralité que devait absolument conserver les agents de l'ONU. Le graphisme fait le travail à mon goût. Les personnages sont un peu figés mais l'ambiance des villages est bonne. Enfin je note que Jacques Rochel ne se donne pas spécialement un bon rôle dans la série. Une belle initiative qui met en valeur un moment clé de la pacification du Cambodge grâce aux efforts de l'ONU. C'est à souligner avant le désastre du Rwanda un an plus tard.

05/06/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Paul à la maison
Paul à la maison

Michel Rabagliati, à travers sa série "Paul", nous offre un voyage intime et touchant dans la vie de son alter ego, Paul. Alter-égo car ce n’est pas à proprement parler une autobiographie même si très inspiré par la vie de l’auteur. Michel Rabagliati prend certaines libertés narratives pour enrichir les histoires et raconte des moments clés de sa propre vie, offrant ainsi une introspection sincère et personnelle à travers le prisme de la fiction. Chaque album est une tranche de vie, une fenêtre ouverte sur les moments marquants ou quotidiens, de ce personnage attachant. L’ensemble se déroule au Québec et ça n'a pas été pour rien dans mon plaisir de lecture, c’est particulièrement intéressant de rentrer dans l’intimité de nos cousins si proches et si loins en même temps. C’est la sincérité que j’apprécie peut être le plus dans ce type d’autobiographies, comme Les Petits Riens de Lewis Trondheim ou Les Imbuvables ou comment j'ai arrêté de boire de Julia Wertz. “Paul à la maison” se concentre sur une période difficile de la vie de Pau autour de la cinquantaine, il doit faire face à des défis personnels significatifs, notamment la solitude, le vieillissement, et la perte. Le ton est plus sombre et plus mélancolique que les précédents albums, ce qui reflète bien les luttes internes de Paul que Rabagliati arrive à rendre accessibles. Le dessin a beaucoup gagné en maturité même si j'ai toujours aimé ses lignes claires et épurées, je trouve qu'ici les expressions des personnages sont plus finement rendues. Il se dégage une sorte de mélancolie qui m’a touchée alors que je suis plus réceptif à la joie habituellement.

05/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Racines (Lou Lubie)
Racines (Lou Lubie)

Bon bah encore un très bon album de la part de Lou Lubie, je suis ravi d’être blasé ;) On retrouve sa patte fluide, drôle et didactique. J’aime sa façon de s’emparer de sujets divers et variés, à chaque fois je trouve son traitement complet et original. Ici l’objet de l’album peut paraître « futile » mais se révèle passionnant à suivre (et c’est un mec qui n’a plus grand chose sur le caillou qui vous le dit). J’ai appris de nombreuses choses sur un univers que je ne soupçonnais pas, la narration de l’auteure est toujours aussi agréable. L’héroïne est attachante et son parcours soulève bien d’autres questions sur la société ou sur l’identité. C’est toujours aussi fin et intelligent. Chapeau. Un chouette album très bien réalisé, j’encourage sa lecture. Petit bonus, la couverture est très classe avec son effet relief. Petit coup de cœur perso, ça m’a ouvert les yeux sur le temps « Salle de bain » de mes nièces, deux ados métisses adorables. Un album qui va faire le tour de la famille.

04/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Deathlok - L'intégrale
Deathlok - L'intégrale

Intelligence artificielle dans un cyborg - Ce tome contient les épisodes 25 à 28 et 30 à 36 d'Astonishing Tales (1974 à 1976), Marvel team-up 46 (1976), Marvel Spotlight 33 (1977), Marvel two-in-one 27 (1977) et 54 (1979), et Captain America 286 à 288 (1983/1984). La parution de ces épisodes débute en 1974, et s'achève en 1984. Cette série commence dans un futur post-apocalyptique et est au départ le fruit de l'imagination de Rich Buckler (scénario et dessins) aidé par Doug Moench pour les dialogues. À partir d'Astonishing Tales 32, Bill Mantlo remplace Moench aux dialogues et aide à fluidifier la narration. Pour les illustrations, Buckler se fait aider par Keith Pollard et Klaus Janson. À partir de Marvel Team-up, Buckler abandonne Deathlok, et le personnage passe par les mains de Bill Mantlo (sans Buckler), David Anthony Kraft et Marv Wolfman, avant que JM DeMatteis n'apporte une résolution à l'histoire dans les pages de Captain America, 7 ans plus tard. - Astonishing Tales 25 à 28 & 30 à 36 (scénario & dessins de Rich Buckler, dialogues de Doug Moench, puis Bill Mantlo pour 32 à 35, encrage de Pablo Marcos, puis Klaus Janson à partir de 31) - Dans un futur proche (1990, à l'époque où paraissent ces épisodes), Deathlok est un cyborg fabriqué à partir du corps de Luther Manning. Dans ce futur dystopique où New York est en ruines et peuplée de cannibales, Deathlok effectue des missions d'exécution pour le compte de l'armée américaine dirigée par Simon Ryker. Mais Deathlok n'est pas la parfaite machine à tuer sans état d'âme, car dans le corps du cyborg cohabitent une intelligence artificielle et l'esprit de Manning. Ce dernier va se révolter contre sa programmation et lutter contre Riker. Dans l'introduction (4 pages), Rich Buckler s'amuse à lister en quoi cette série était innovante à l'époque de sa parution, par rapport aux comics de l'époque. À la lecture aujourd'hui, elle reste remarquable. Pour être honnête, ce qui frappe d'abord, ce sont les maladresses spécifiques aux années 1970 : bulles de pensées explicatives, décors pas toujours présents ou assez réalistes, structure du récit un peu gauche par endroit, voire laborieuse. En effet Buckler avait créé un environnement assez développé et une direction générale claire, mais épisode par épisode, certaines scènes se suivent sans transition de manière heurtée. de la même manière la responsabilité des illustrations devient un peu lourde au fur et à mesure des épisodes, et le lecteur constate que la qualité fluctue en fonction du temps dont dispose Buckler pour boucler son épisode. Par contre avec l'arrivée de Klaus Janson, les illustrations acquièrent une substance étonnante renforcée par la mise en couleurs nuancée, également effectuée par Janson. À condition de ne pas être allergique à ces défauts, le lecteur découvre une histoire qui sort du moule habituel des comics. Pour commencer, cette histoire ne se déroule pas dans l'univers partagé Marvel (616), ni même dans le futur d'une de ses réalités alternatives. Ensuite, Deathlok n'est ni un bon, ni un méchant. Il a une motivation claire : récupérer un corps biologique, et tous les moyens sont bons pour y arriver, y compris tuer des adversaires. Ensuite Buckler imagine des années avant tout le monde la cohabitation d'un esprit humain dans un corps de machine développée comme un supersoldat. Même à l'ère d'internet et des smartphones, il est saisissant de constater à quel point Buckler (avec l'aide de Moench) a su anticiper la perception de la réalité augmentée par l'accès immédiat à une intelligence artificielle. 40 ans plus tard, le combat dans le cyberespace entre Deathlok et Ryker tient encore la route, alors que depuis de nombreux scénaristes se sont rendus ridicules en essayant de faire la même chose. Le personnage de Luther Manning devient vite attachant car sa motivation est originale et crédible, et il se comporte en adulte. Les dialogues internes entre Manning et l'intelligence artificielle (en abrégé IA) sont un peu parfois un peu gauche, mais plus souvent intelligent. Petit défaut : Buckler use plusieurs lettreurs avant d'en trouver un capable de dessiner une fonte convaincante pour les phrases de l'IA (c'était une époque où les ordinateurs n'existaient pas encore). Moench a une idée de génie : il rajoute une troisième voie à l'intérieur de Deathlok qui est écrite en flux de pensées poétiques. Cette voix est expliquée par la suite et elle introduit une variable non maîtrisée et irrésistible dans le personnage. Elle symbolise la possibilité d'une intégration entre homme et IA, une évolution de la conscience du personnage, et une vision d'avenir d'une société numérique. Au fur et à mesure des épisodes, Buckler a des fulgurances pour la mise en page, ce qui aboutit à des scènes d'action visuellement inoubliables. du début à la fin, il prend grand soin de dessiner Deathlok sous un jour inhumain, avec des chairs à la limite de la putréfaction (dégénérescence renforcée par le choix des couleurs de Janson). Sa vision d'un New York ravagé et dangereux est assez convaincante pour que le lecteur puisse s'immerger dans cet environnement désolé. Cette histoire mérite 4 étoiles grâce à son approche adulte de la narration et à ses intuitions d'anticipation, malgré les défauts liés à son époque et à la rapidité de son exécution. Et puis tout s'arrête avec l'épisode 36. Deathlok est venu à bout de Simon Ryker, mais une nouvelle menace est apparue (Hellinger), ainsi que Godwulf, un nouveau personnage aussi mystérieux que charismatique. - Marvel Team-Up 46 (scénario de Bill Mantlo, dessins de Sal Buscema, encrage de Mike Esposito), Marvel Spotlight 33 (scénario de David Anthony Kraft, dessins de Buckler, Mike Nasser, Arvell Jones et Klaus Janson), Marvel Two in One 27 (scénario de Marv Wolfman, dessins de Ron Wilson, encrage de Pablo Marcos) - La série Astonishing Tales a été supprimée et Deathlok rencontre Spider-Man déplacé dans le temps, puis Demon Slayer (Eric Simon Payne, créé par David Kraft dans Essential Defenders 3) dans la continuité Marvel de l'époque. Puis il est manipulé par Fixer pour assassiner le président Jimmy Carter. Dans ces 3 épisodes de transition, Deathlok se retrouve face à Spider-Man, puis à l'époque actuelle (celle de 1977) de l'univers partagé 616. Il apparaît comme une pièce rapporté avec un caractère trop affirmé pour bien s'intégrer à ce nouvel environnement. Au point que dans le dernier épisode, il ne subsiste plus qu'un robot sans âme, manipulé par le supercriminel du jour (la personnalité de Manning ayant été submergée par l'IA). Vraisemblablement Marvel souhaitait préserver le personnage, peut être le temps de trouver une solution pour lui donner une nouvelle série (ou pas, Buckler ne donne aucune information sur les raisons de l'arrêt de la série). 1 étoile. - Marvel Two in One (scénario de Mark Guenwald et Ralph Macchio, dessins de John Byrne, encrage de Joe Sinnott) - Deathlok refait une apparition, toujours manipulé, cette fois pour saboter le projet Pegasus. Cet épisode a également été réédité dans The Thing - Project Pegasus. Gruenwald se souvient de ce personnage atypique et s'en sert comme de chair à canon dans sa narration au long cours du Projet Pegasus. Byrne se trompe sur l'apparence de son visage. À nouveau Deathlok n'est plus qu'un dispositif narratif sans âme. 3 étoiles pour une aventure sympahique de Ben Grimm. - Captain America 286 à 288 (scénario de JM DeMatteis, dessins de Mike Zeck, encrage de John Beatty) - Deathlok est à nouveau manipulé et lâché dans la nature, alors que Godwulf a envoyé un clone de Luther Manning à sa recherche. Captain America se retrouve sur leur chemin et accepte d'aller aider la rébellion en 1991, contre Hellinger, dans le monde de Deathlok 7 ans plus tard, JM DeMatteis apporte une conclusion satisfaisante à l'histoire laissée en suspens dans Astonishing Tales 36. Ces épisodes se lisent avec grand plaisir car DeMatteis a bien fait ses devoirs: la personnalité abrasive et adulte de Luther Manning ressort intacte. À nouveau il n'hésite pas à tuer ses adversaires et à manipuler Captain America pour ne pas lui laisser le choix. Évidemment il s'agit de la série de Captain America, mais DeMatteis consacre un bon tiers des pages à Deathlok. Il joue admirablement bien sur le contraste entre les 2 personnages, mais aussi sur les points communs et la conclusion est acceptable pour les fans de Deathlok, bien qu'un peu rapide. Les illustrations de Zeck et Beatty sont très agréables à lire car elles sont dynamiques et vont à l'essentiel, sans transformer Deathlok en un superhéros de plus. Par contre la dimension d'anticipation a disparu. 4 étoiles. Le tome s'achève avec une histoire courte (6 pages) écrites par David Anthony Kraft et illustrée par Michael Golden (initialement parue dans Marvel Fanfare 4 en 1982) mettant en scène Deathlok lors de sa programmation par l'équipe de Ryker. Il y a encore une interview de Moench et Buckler (1,5 pages) des crayonnés de Buckler (4 pages), et une parodie en 2 pages dessinées par George Perez et Mike Esposito.

04/06/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Conan le Barbare - Les Clous rouges
Conan le Barbare - Les Clous rouges

Pour moi, le meilleur Conan juste devant "Le Colosse Noir" de Roy Thomas et John Buscema. Ce comics est une adaptation d'une nouvelle de Robert E. Howard. Les aventures de Conan ont été publié dans le pulp Weird Tales de 1932 à 1935. En 1970, la maison des idées sous l'impulsion de Roy Thomas au scénario et Barry Windsor-Smith au dessin sort les premieres aventures de Conan le barbare. Le succès est au rendez-vous. Un succès qui incombe aux deux artistes. Ce comics reprend les trois chapitres publiés dans les numéros 2 et 3 de Savage Tales en 1973 et 1974. Un récit violent, mais peut-il en être autrement avec Conan, non dénué d'intérêts. Effectivement, une intrigue qui sous un récit simpliste à première vue, pointe du doigt la futilité de la civilisation, de sa décadence qui ne peut que la mener à une destruction inexorable. A méditer. Conan sera accompagné par la jolie Valéria, et cela va occasionner dans le premier chapitre à quelques répliques cinglantes dans la bouche de notre barbare, dont le "hâte toi ! Une femme à la course ressemble toujours à une chamelle pleine !". Un duo détonnant et complémentaire. Un récit bien construit, captivant, avec son lot de rebondissements. Roy Thomas a su cerner l'essence même des récits d'Howard, il marquera de son empreinte le personnage jusqu'à nos jours. Un succès qui doit aussi beaucoup à Barry Windsor-Smith (Monstres), un style reconnaissable au premier coup d'œil. Un trait fin et dynamique mêlant sauvagerie et sensualité. Le gros plus de cet album c'est que BWS encre ses esquisses et ça, ça fait une sacrée différence. Sublime. Le Conan de BWS est différent de celui que l'on connaît aujourd'hui, le sien était moins mastoc, plus félin. Un changement dut à la reprise du personnage par John Buscema. Il existe des éditions en couleur, mais je vous conseille la version en noir et blanc pour apprécier à sa juste valeur l'immense talent de BWS. Toujours autant de plaisir après ma relecture. Un indispensable pour les aficionados du cimmérien. Barry Windsor-Smith est une mine d'or et ce comics une de ses plus belles pépites.

04/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Toute la Poussière du Chemin
Toute la Poussière du Chemin

J'aime bien le travail de Wander Antunes et ici encore je n'ai pas été déçu. On peut lui reprocher que le road trip de Tom fait un peu catalogue des situations les plus injustes et dramatiques qu'ont connu les USA de Roosevelt au début des années 30. Il reprend ainsi la thématique raciste déjà lue dans Big Bill est mort mais il montre que la violence n'était pas qu'une couleur de peau dans des années où le chacun pour soi avait pignon sur rue. Même si les personnages sont très stéréotypés voire manichéens ; la construction du récit de Antunes fait passer ce défaut. L'auteur a su toucher une corde sensible du parent que je suis en envoyant des enfants isolés sur les routes pleines de périls. Le récit ne propose pas de pause dans l'intensité dramatique qui atteint son paroxysme dans un récit à trous d'un Morgan mourant. Pourtant l'auteur rééquilibre son récit par un final qui rappelle l'espoir de se relever. Le graphisme de Jaime Martin est un peu brutal avec ses traits épais et sa coloration blafarde mais cela donne une ambiance très sombre qui convient parfaitement au récit. Une lecture prenante, rapide et touchante que j'ai bien appréciée.

04/06/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Petits Ruisseaux
Les Petits Ruisseaux

J’aime beaucoup Rabaté pour sa sensibilité, son humanité et son regard touchant sur la vie. Ici il aborde le sujet du vieillissement dans une histoire à la fois simple et profondément émouvante. J’avais été un peu spoilé car j’ai vu le film (que j’ai adoré) avant de lire la BD. L’histoire suit Émile, un retraité veuf qui mène une vie tranquille en campagne. Sa routine est bouleversée lorsqu’il découvre que son ami Edmond, récemment décédé, avait une vie amoureuse et sexuelle riche et secrète. Inspiré par les aventures posthumes de son ami, Émile décide de sortir de sa coquille et de vivre pleinement, en explorant de nouvelles relations et en redécouvrant sa propre sexualité. Rabaté dépeint le vieillissement non pas comme une fin, mais comme une période de la vie où l’on peut encore découvrir et éprouver des choses nouvelles. Il brise les stéréotypes en montrant que les personnes âgées ont des désirs et des aspirations. Le récit explore l’amour et la sexualité à un âge avancé, un sujet rarement abordé, encore moins en format BD. J’aime beaucoup la manière dont Rabaté traite ces thèmes avec respect et humour, sans tomber dans le voyeurisme. Comme d’habitude avec cet auteur, les relations entre les personnages sont authentiques et touchantes. Le style graphique de Rabaté dans Les Petits Ruisseaux est caractérisé par des dessins simples mais expressifs, avec une utilisation judicieuse des couleurs. Les lignes claires et épurées permettent de se concentrer sur les expressions et les émotions des personnages. Les décors, souvent minimalistes, mettent en valeur l’atmosphère paisible. La mise en page est fluide, facilitant la lecture et l’immersion dans l’histoire. L’atmosphère de Les Petits Ruisseaux est à la fois douce et mélancolique. Le ton est empreint de nostalgie, mais aussi d’espoir et de légèreté. Rabaté mélange habilement l’humour et l’émotion, rendant l’histoire accessible et émouvante sans jamais être moralisatrice ou sentimentale. Les Petits Ruisseaux est une ode à la vie dans toute sa complexité et sa beauté. C’est un rappel que chaque étape de la vie est précieuse et mérite d’être vécue pleinement. Ce sont un film et une BD qui me resteront et c’est un véritable coup de coeur pour moi.

04/06/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)
Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)

Voilà une reprise qui a fait couler beaucoup d'encre et je suis ravi de lire beaucoup de modération et d'objectivité dans les critiques précédentes. J'ai en effet trouvé dans d'autres endroits la critique très sévère avec Delaf. Oui ce n'est pas Franquin, oui il touche à la légende mais 1/ ce n'est pas la première fois que ca arrive chez Dupuis quand même ? et 2/ objectivement, Delaf a fait du bon boulot. On voit que Delaf s'y est attelé avec beaucoup de respect et je ne sais franchement pas si j'aurais vu une différence à l'aveugle, sans savoir. Je trouve que Delaf a su capter l'essence de Gaston, car il ne s'agit pas de que de gags absurdes, il y a du charme en plus que Delaf a su maintenir de mon point de vue. Sur l'aspect graphique, ce n'était pas une mince affaire de reprendre Franquin et je trouve qu'on est bien dans le même esprit, avec peut être une petite touche de modernité. Oui ce n'est pas exactement le même dessin, mais c'est inévitable. La reprise de Gaston par Delaf est une agréable surprise, un hommage respectueux et rafraîchissant à un classique intemporel.

04/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Inhumain
Inhumain

Un humain doit s'accomplir individuellement, sinon ce n'est qu'une fourmi. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2020. Elle a été réalisée par Valérie Mangin & Denis Bajram pour le scénario, par Thibaud de Rochebrune pour les dessins, l'encrage et la mise en couleurs. Il s'agit d'une bande dessinée de 94 pages. Une petite navette spatiale en provenance d'une arche de colonisation arrive à proximité d'une planète plongée dans l'obscurité, avec une zone rougeoyante à sa surface. À son bord se trouve 5 membres d'équipages humains et un robot : la capitaine, Miller, Tafsir, la docteure Malika, Hiroshi et l'androïde Ellis. Cette dernière s'inquiète des ordres déconcertants de la capitaine. Peu de temps après le vaisseau traverse l'atmosphère de la planète et coule dans ses eaux, à proximité de la zone rougeoyante. Comprenant que leur navette s'enfonce dans l'océan, les membres de l'équipage revêtent leur combinaison pour sortir, bien qu'ils aient constaté la présence de créatures monstrueuses évoquant un croisement entre des méduses et des pieuvres géantes. le vaisseau explose alors que Miller ne parvient pas à en sortir et il meurt. Les autres se retrouvent vite encerclés par les créatures aquatiques. Il leur faut un peu de temps pour se rendre compte qu'elles ne les attaquent pas, mais qu'au contraire, elles les aident à gagner la surface, les sauvant ainsi de la noyade. Plus surprenant encore, elles remontent également le cadavre de Miller, qu'elles déposent sur la grève. Les quatre survivants et le robot commencent à réfléchir sur qu'ils peuvent faire. Analyser l'air pour savoir s'il est respirable par des humains, puis se mettre en quête de nourriture. L'activité volcanique génère une lueur rougeâtre qui illumine assez la nuit pour qu'ils se rendent compte que se tiennent devant eux plusieurs dizaines d'êtres humains nus. La capitaine retire alors le casque de sa combinaison comprenant que l'air est respirable. Quelques individus s'avancent vers eux et leur prennent gentiment un gant, un casque. Les cinq rescapés suivent les autochtones vers une zone dégagée entourée d'habitations basses en forme de dôme. Ils ont remarqué des ossements humains accrochés à des pics autour du campement. Un ancien leur adresse la parole, parlant la même langue qu'eux et leur demandant d'où ils viennent. La capitaine explique qu'ils viennent de l'arche colonisatrice Alma Mater, son commandant les a envoyés en reconnaissance à la recherche d'une planète habitable. C'est maintenant l'heure de manger. Une femme apporte un bol avec de la nourriture aux cinq voyageurs. Ellis se livre à une analyse de son contenu : un aliment comestible, végétal, riche en protéines. Ils mangent sans crainte, sauf Ellis un robot qui n'a pas besoin de sustenter. Elle note qu'ils disposent d'objets en plastique, et en métal usiné. Une fois le repas terminé, une autre indigène leur indique qu'il faut dormir maintenant. Ils essayent d'engager la conversation sur leur origine, sur les créatures marines, peut-être dressées. Mais ils n'obtiennent que des réponses brèves sans information, et le rappel que c'est l'heure d'aller se coucher. Ils obtempèrent, tout en passant devant ces squelettes exposés sur des piques. Une fois dans l'habitation qui leur a été attribuée, ils se demandent si Miller sera aussi exposé sur une pique, s'il y a des rites funéraires dans cette communauté. Enfin, Hiroshi va monter la garde avec Ellis pour la nuit. Les époux Valérie Mangin (scénariste de la série Alix Senator) & Denis Bajram (scénariste d'Universal War) ont déjà collaboré sur d'autres histoires comme Abymes (2013, 3 tomes avec Griffo et Loïc Malnati), Expérience Mort (2014-2016, 4 tomes avec Jean-Michel Ponzio). Ici, ils ont réalisé une histoire de science-fiction, complète en 1 tome. le lecteur découvre rapidement que le récit fonctionne sur une mécanique pour partie d'enquête, pour partie de thriller. Il s'agit pour les 5 voyageurs de découvrir d'où proviennent les êtres humains de la communauté qui les a accueillis, et de comprendre comment fonctionne leur société. le temps est compté car il y a une force inconnue à l’œuvre qui sape leur volonté de bien étrange manière, avec des conséquences incapacitantes. le lecteur suit donc Ellis, la capitaine, Tafsir, Malika et Hiroshi dans leur exploration pour découvrir ce qu'il en est. Les auteurs font en sorte que chaque personnage a un rôle ou une profession qui le définit, et le distingue des autres. L'artiste fait en sorte de leur donner des traits différenciés de manière que le lecteur les reconnaisse au premier coup d’œil. Ils n'ont pas une personnalité très marquée, essentiellement un unique trait de caractère lié à leur métier pour le soldat Hiroshi, à la prise de décision pour la capitaine, à la curiosité scientifique. Pour autant, l'empathie fonctionne parce que le lecteur se retrouve confronté au mystère de cette communauté, de la même manière que les voyageurs. Comme eux, ils se demandent quoi faire, quel degré de méfiance il faut avoir, comment s'y prendre pour comprendre les valeurs et les coutumes de cette société, et à quel moment il sera possible d'envisager la probabilité de l'établissement de l'envoi d'un message de détresse à l'arche colonisatrice, ou la nécessité de se résigner à un long séjour sur cet atoll. La couverture promet un mystère : celui d'un explorateur spatial face à une communauté primitive. En y prêtant un peu plus attention, le lecteur se rend compte que les personnages sur le rivage sont nus pour la plupart. C'est un choix assez risqué, car vite perçu comme politiquement incorrect, mais qui reflète totalement l'intérieur de la bande dessinée. Car, oui, il y a bien une communauté de gens qui vivent dans le plus simple appareil et ils sont dessinés avec le même naturel que sur la couverture, avec la même distance. du coup, cela n'a rien d'érotique, tout en étant une caractéristique essentielle de ladite communauté. le lecteur prend ainsi conscience de l'habileté de l'artiste à intégrer un élément visuel pouvant facilement s'avérer tendancieux et prêter le flanc à la critique. Tout du long de l'histoire, il va pouvoir se régaler de visions inattendues et spectaculaires. Sans tout dévoiler, il est possible de prendre deux exemples. le passage sous-marin dans une eau rendue rouge par l'activité volcanique est magnifique, les angles de prise de vue rendant bien compte de l'inquiétude des astronautes face à ces créatures marines dont ils ignorent tout des intentions. Lors de leurs explorations, ils découvrent des cultures en terrasse, sous une lumière artificielle, dans une lumière splendide, avec un très bel effet de profondeur. Dépassée la moitié du récit, le lecteur peut également prendre la mesure de l'agencement de cet environnement très particulier, et du fait que la disposition de cette différentes parties fait sens par rapport à l'élément structurant principal. Bien sûr, comme le récit fonctionne sur le principe de la découverte d'une planète et de son peuple, le lecteur s'attend à découvrir des sites différents. C'est bien le cas, et le dessinateur leur donne à tous une identité propre, des caractéristiques spécifiques, et une ambiance particulière en leur attribuant une tonalité lumineuse à chacun, par exemple le rouge pour la phase sous-marine, le bleu chaleureux pour l'eau du lagon et pour le ciel, une teinte gris bleuté pour a nuit, le vert pour la séquence avec les cultures en terrasse. le lecteur ressent ainsi bien les différentes phases du récit, à chaque changement de lieu. le fait que Thibaud de Rochebrune réalise l'intégralité de ses planches (découpage, dessin, encrage, couleurs) leur apporte une unité et une fluidité remarquable. En particulier, il gère la densité d'information visuelle avec une intelligence impressionnante, entre ce qu'il représente, et ce qu'il suggère par le biais d'un camaïeu de couleur en fond de case. Cela donne une lecture visuelle légère avec une bonne densité d'informations, sans jamais ressentir d'impression de vide des cases, un équilibre remarquable. S'il y est sensible, le lecteur remarque également que l'artiste apporte de la variété dans sa narration visuelle en utilisant aussi bien des bandes de cases rectangulaires, que des cases de la largeur de la page, ou des cases de la hauteur de la page, en fonction de la nature de la séquence. Le lecteur emboîte donc le pas des cinq explorateurs pour découvrir le mode de fonctionnement de cette étrange communauté. Il remarque que le scénario est construit sur des étapes très claires, avec une progression quasi mécanique dans ce qui arrive aux explorateurs, l'un après l'autre, sur la base du passage en revue des quatre éléments naturels. Il retrouve le goût de Bajram pour la science-fiction claire et bien construite, et le savoir-faire d'exposition naturelle. Sa curiosité est piquée par plusieurs mystères, et son attention est captive du fait d'un rythme rapide et régulier, sans être précipité. Il repère rapidement le thème principal sous-jacent : celui de la place du libre arbitre dans une société humaine, et de la place de l'être humain dans un écosystème. À quelques reprises, il relève une remarque qui fait écho à d'autres notions. Difficile de ne pas reconnaître une philosophie spirituelle quand un autochtone explique qu'il passe sa vie à souffrir. Difficile de ne pas sourire en voyant des humains courir dans des roues de type roue pour cage de rongeur, et refuser de quitter ce système, comme un employé bossant comme un automate sans espoir de ne jamais aller nulle part. Ce passage entre d'ailleurs en résonance avec le fait que l'entité du Grand Tout aime tous ceux qui lui sont utiles. Les auteurs proposent au lecteur de suivre une bande de cinq naufragés sur une planète essentiellement aquatique, où se trouve déjà une autre communauté d'humains mais qui n'ont aucun souvenir que leurs ancêtres aient connu une autre vie. La narration visuelle semble un peu légère par endroit en surface, mais très vite elle emporte le lecteur par son dosage parfait entre densité d'informations et suggestion, avec un rythme vif et régulier. L'intrigue happe le lecteur avec ses mystères, plutôt qu'avec ses personnages, avec leur situation et l'exploration qu'ils doivent effectuer. le lecteur voit apparaître les phases mécaniques du récit, mais aussi la structure sous-jacente logique et élégante, et il voit émerger petit à petit une réflexion sur la société, mais aussi sur la construction d'une interaction entre deux communautés différentes, avec un le rôle ironique du robot, un élément non humain, mais fabriqué par des humains.

04/06/2024 (modifier)