Des coups d'un soir
-
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'un récit autobiographique, réalisé par Koren Shadmi pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs. La première édition date de 2016.
Prologue : K (Koren) et son pote Brian sont chacun assis sur une chaise devant les marches qui mènent à l'entrée de l'immeuble où se trouve leur appartement. C'est l'été : ils ont une demi-douzaine de trucs à vendre, et surtout ils regardent passer les filles. Brian trouve que c'est le paradis, K que c'est un véritable supplice chinois. Brian se lève pour aller chercher à manger, et il demande à K de ne pas vendre son Transformer sans lui. Après son départ, deux copines s'arrêtent et souhaitent savoir combien ils vendent une de leurs chaises. K et elle se mettent d'accord sur 20 dollars. Avant de partir, elle lui laisse sa carte : Michelle Rove, réalisatrice de documentaires. Brian revient et félicite K pour la vente. Un an plus tard, Michelle et K emménage ensemble, et elle apporte la chaise qu'elle avait acheté à K. 6 mois plus tard, l'acrimonie est palpable et ils rompent. C'est l'hiver : K avec son pote Brian et un autre fête son anniversaire au bar Union dans Brooklyn. K explique qu'il est encore sous le coup de sa séparation avec Michelle. Les deux autres lui font observer qu'il y a plein de filles libres dans le bar qui est un lieu de rendez-vous bien connu, qu'il n'a pas à chercher un nouveau grand amour, mais qu'il peut chercher le coup d'un soir. K répond que ce n'est pas son truc, qu'il ne pense pas comme ça. Brian lui fait observer que les femmes ici présentes cherchent exactement la même chose que lui.
De retour dans leur colocation, Brian pousse K de son ordinateur et lui ouvre un compte sur le site de rencontre Lovebug. Puis il réinstalle K devant le clavier et lui intime de compléter son profil. Il lui donne des conseils sur comment remplir en utilisant les statistiques de réussite des profils, sur la photographie à mettre dans son profil. Il ne reste plus qu'à attendre. Le lendemain soir, K n'a eu aucune réponse. Brian lui demande combien de messages il a envoyés : K répond 3. Son copain lui explique qu'il doit en envoyer au moins 60, et tous différents, personnalisés en fonction du profil de la dame. K se lance et en écrit 42 de plus. Il finit par avoir une réponse. Quelques jours plus tard, une femme lui indique qu'elle est au Mamma Bar et qu'il peut venir la rejoindre. Il hésite, Brian l'admoneste en lui disant qu'il doit y aller tout de suite. K répond qu'il arrive dans 15 minutes. Il rentre dans le bar et voit une jolie jeune femme au comptoir en train de descendre une bière. Il l'aborde : c'est bien elle. Il lui demande si elle a apprécié l'exposition sur les vins qu'elle est allée voir. Il sent l'odeur de l'alcool dans l'haleine de son interlocutrice. Elle fait une remarque sur les chaussures de K qu'elle trouve un peu féminine. Ils parlent de la gentrification du quartier. Elle accepte d'aller chez lui, tout en continuant à se montrer un peu sarcastique. Arrivée chez lui, elle lui demande s'il a quelque chose à boire. Ils s'allongent sur le canapé et elle enlève son teeshirt.
Le sous-titre est clair : les confessions d'un dragueur en série. Le lecteur suite K pendant un an de son premier rendez-vous au rendez-vous numéro 75. L'auteur ne montre pas les 75 rendez-vous, mais quand même 24. Le principe du récit est simple : K s'est fait plaquer, son copain l'incite à tester un site de rencontres, et K se prend au jeu, jusqu'à enchaîner les rencontres. Il a peine à croire à la facilité avec laquelle tout ça se passe quand il se rend compte qu'il a réussi à coucher avec 3 femmes différentes en 3 nuits, chose qui ne lui était jamais arrivé. Le titre est également explicite : K va devenir dépendant à ces conquêtes d'un soir, au sexe facile. Le lecteur est donc témoin du comportement d'un individu en proie à une addiction. Pourtant, il n'y pas de leçon de morale, à peine un regard moral sur ces pratiques. K n'est pas un monstre. Il rencontre des jeunes femmes consentantes. Il n'y a pas de rapport de force ou de manipulations malsaines, d'abus de faiblesse, ou de rapport non consenti. Le personnage est bien fait de sa personne, sans être un Apollon. Il choisit des jeunes femmes également bien faites de leur personne, selon ses critères de beauté, avec un fétichisme pour une rencontre (coucher avec une culturiste) mais pas pour les autres. Il n'y a aucune déviance sexuelle, aucune tromperie de part et d'autre sur la nature de la relation recherchée.
Pour raconter son histoire, Koren Shadmi dessine dans un registre réaliste avec un bon niveau de détails. Il représente très régulièrement les lieux où évoluent les personnages, la plupart relevant du quotidien. Le lecteur suit donc K dans des bars, dans son appartement en colocation, à une exposition d'art africain, dans un parc (une erreur tactique), dans un sexshop (une demoiselle un peu fofolle), dans un cinéma, dans un parc avec sa sœur, sur son lieu de travail (un studio d'animation). À chaque fois, il s'agit d'endroits avec des détails particuliers qui rendent les lieux plausibles et uniques. Les personnages se positionnent en fonction des meubles et des accessoires, interagissant avec le décor. Le passage le plus exotique se déroule à Atlantic City pour un week-end avec May, à jouer au Casino et à se promener le long de la plage. L'artiste se concentre sur l'objectif que le lecteur comprenne où se trouvent les personnages, sans passer en mode tourisme avec un luxe de détails qui seraient hors de propos. Il réalise lui-même sa mise en couleurs avec des couleurs douces un peu foncées, apportant plus de matière à chaque surface, sans utiliser d'effets spéciaux propres à l'infographie.
Le dessinateur utilise une approche naturaliste pour les personnages. Il n'exagère pas leur anatomie, ni leurs gestes. Le lecteur remarque qu'il adoucit les traits de leur visage pour les rendre plus expressifs, souvent sympathiques. C'est encore plus vrai pour le visage de K, très épuré, avec des airs qui évoquent parfois Woody Allen jeune. Il n'hésite pas à représenter la nudité y compris de face : il n'y a pas d'hypocrisie visuelle par rapport au sujet du récit. Pourtant les parties de jambes en l'air ne dégagent pas d'érotisme, et n'ont rien de pornographique. Il n'y a pas de gros plan de pénétration, ni sur les organes génitaux. Les rapports sont montrés en une page ou moins et comme étant une occupation tout ce qu'il y a de plus naturelle, quasiment dépourvue de toute charge affective. Cela n'empêche pas K de se montrer toujours respectueux de sa partenaire du soir, et que chacune se comporte de manière différente. Du coup, le lecteur se rend compte qu'il ne sent pas dans une position de voyeur, mais d'observateur d'un moment banal de la vie de K. Il peut admirer des corps féminins différents, il peut comprendre le désir de K, sans pour autant l'éprouver lui-même. C'est un phénomène assez étrange, comme si l'abondance de relations en venait à les rendre insignifiantes sur le plan du désir. Le dessinateur rend admirablement bien compte de la diversité des femmes, de leur individualité, prenant soin de leur attribuer des tenues vestimentaires adaptées aux conditions climatiques et à leur personnalité.
Le lecteur peut s'interroger sur le fait que le personnage principal ne soit appelé que par la lettre K, l'initiale du prénom de l'auteur. Mais rien ne permet de savoir s'il s'agit d'un récit autobiographique plus ou moins fidèle, d'une autofiction ou d'une complète fiction. Le titre et le sous-titre indique que le lecteur va observer un individu devenant dépendant, mais l'auteur ne va pas jusqu'à la déchéance, il ne sort pas de la normalité d'un jeune homme ayant décidé de prendre du bon temps. K profite des bons conseils de son ami Brian qui a plus d'expérience que lui. D'ailleurs tout du long, Brian est un plus gros consommateur que son pote, allant jusqu'à se créer un deuxième profil pour séduire des femmes qui ne seraient pas attirées par son profil initial. En fonction de ses propres convictions morales (et de sa santé), le lecteur se retrouve libre de porter le jugement qu'il veut sur la vie de K, car il n'y a que des adultes consentants. Les femmes ne se comportent pas en victime, ni même en victime consentante, et l'une d'elle utilise le corps de K quasiment comme un objet, uniquement soucieuse de son propre plaisir. Cette vie de bâton de chaise semble bien convenir à Brian, avec finalement peu de mauvaises surprises. Finalement la notion d'addiction reste sous-jacente, et l'auteur donne l'impression de forcer la dose pour le rencart 70, car il conserve un ton léger tout le long du récit. Pour autant, le dénouement ne tombe pas à plat. Il n'y a pas de justice immanente ni de punition morale. Il y a une situation qui met en lumière les limites affectives de relations de ce type.
La couverture semble promettre un récit sulfureux dans le genre : j'étais un accro des sites de rencontre. La lecture s'avère beaucoup plus agréable, dépourvu de côté malsain ou moralisateur. La narration visuelle se fait par des pages à l'ambiance douce, avec des dessins précis sans prétention photographique, et des personnages très incarnés, y compris les conquêtes d'un soir. Il n'y a pas d'hypocrisie visuelle sur le sujet, la nudité étant une évidence au vu du type de récit. Koren Shadmi ne diabolise à aucun moment ni le personnage ni la pratique, et le ton reste amusé, sans condescendance. Le lecteur est libre de se faire son opinion sur ce type de vie.
L'avis de Paco résume franchement bien l'album. Pour une BD sur le Bataclan et son massacre, elle est étonnamment "sobre" mais efficace. Se concentrant plus sur l'après et revenant sur l'évènement par petites touches seulement, découpant cet épisode à chaque fois que Sophie le raconte une nouvelle fois.
Le dessin est là aussi clair et efficace, sachant représenter tout ce qui affecte Sophie après l'évènement, retranscrivant les différents traumatismes qu'elle vit chaque jour alors que le temps passe. C'est d'autant plus efficace que le graphisme mignon contraste avec la fureur de l'évènement et surtout la vision qu'elle en a. Cette retranscription participe au ressenti et l'angoisse qui l'assaille.
La BD ne se contente pas des évènements et revient surtout sur le long parcours, très complexe, que Sophie dû affronter ensuite : l'hôpital, le retour à la vie normale, les psys et les galères, la souffrance physique, morale, comment elle dut batailler pour une indemnité, le manque de compassion et surtout la solitude dans laquelle elle se retrouva ensuite. Personne ne l'a aidé, et semble-t-il ne l'a même envisagé. C'est en lisant que je me suis rendu compte qu'elle a eut une chance énorme d'avoir un entourage proche et solide sur lequel compter. Je n'ose imaginer le calvaire que ce fut pour ceux qui étaient désespérément seuls.
C'est une très bonne BD sur les traumatismes d'un attentat, la vie qui doit continuer et la façon dont notre société tente de balayer sous le tapis la poussière des survivants. La BD est triste mais optimiste et sa violence est tempéré par les auteurs, ce qui la rend lisible et accessible. Je la déconseille quand même aux personnes sensibles, l'ensemble reste lourd. Mais très franchement bon.
Dans la même veine que Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C. ou Le Monde sans fin, cette BD de Lécroart se veut un petit aperçu de la situation du changement climatique à l'aulne des connaissances actuelles. Et oui, c'est pas le genre de truc qu'on doit lire lorsqu'on se sent mal, parce que ça met toujours une petite claque au moral.
"Urgence climatique" est une BD moins dense et moins précise que les deux autres mentionnées ci-dessus, et ce n'est sans doute pas plus mal. Parce qu'elle remet aussi en perspective les faits avec une question politique, ciblant clairement le capitalisme, le libéralisme et le libre-échange comme des monstres à abattre pour sauver nos vies. Un choix judicieux !
Je ne m'attendais pas à ce que Lécroart soit investigateur dans ce domaine, plus habitué que je suis à ses BD de l'OuBaPo ou ses gags dans Fluide Glacial. Et pourtant tout cela passe parfaitement bien, parce que son style est précis dans les personnages et permet l'utilisation facile de caricature, de rôles stéréotypés ou de schémas qui s'intègrent bien. D'autre part, parce qu'il joue sur des couleurs avec lesquels l'auteur joue pour donner du relief au dessin et accrocher l’œil malgré une abondance de texte.
Niveau contenu, c'est un long échange entre Lécroart et son ami Ivar Ekeland qui permets de cerner plusieurs aspects du changement climatique. Comme à chaque fois plusieurs choses reviennent et les auteurs ne se cachent pas de la résonance entre leur message et celui de Jancovici qui est une source d'inspiration cité. La BD sera donc redondante avec d'autres ouvrages plus pointu ou détaillé sur le sujet, mais elle est assez bien faite pour donner un aperçu global du sujet et inviter à creuser d'autant plus ensuite. Une introduction déjà détaillé, peut-être moins factuel mais ajoutant la dimension politique de Ekeland que j'apprécie beaucoup : arrêter de croire dans les sirènes du Néo-libéralisme et enfin accepter que le capitalisme est un système qui nous conduit dans le mur.
Comme souvent dans les productions de ce genre, la BD finit sur une liste de projets qui voient le jour et donnent espoir. Ces milliers de gouttes d'eau dans un océan de problèmes sont le signe que quelque chose change. La BD est écrite durant la pandémie de Covid et je constate après celle-ci que si l'espoir de voir le monde changer brutalement a disparu, il y a néanmoins beaucoup de petits détails qui sont apparus, beaucoup de gens ont eu une prise de conscience et des nouveautés sortent chaque jour. Le changement climatique est désormais partout dans les discours et les initiatives se multiplient, surtout localement. La fin est d'ailleurs claire là-dessus : ce n'est probablement pas la génération élevé à la voiture/télé/avion qui va changer le monde, mais les jeunes informés.
Le travail est donc titanesque mais curieusement plus je m'informe, plus je retrouve espoir. Une BD qui fait ce qu'elle a à faire d'une bonne façon et ouvre à plus de détails qui seront à retrouver dans toutes les BD déjà sorties sur ce sujet, et sans aucun doute sur toutes celles qui vont arriver. "Urgence climatique" s'inscrit dans la lignée des BD à fort caractère informatif que je ne peux que conseiller au grand nombre.
J'ai vraiment adoré cette BD, au point d'y penser longtemps après l'avoir lu, même en m'endormant.
Tout d'abord, il est important de préciser qu'il s'agit ici de trouble dissociatif de la personnalité et non de schizophrénie, une confusion courante (le personnage de Lubin lui-même fait cette amalgame avant de rencontrer la thérapeute).
Le sujet traité avec une touche de science-fiction, m'a beaucoup plu. J'imagine bien une adaptation en film ! d'ailleurs, ça m'a beaucoup fait penser à l'un de mes films préférés, 'Click', surtout vers la fin.
J'ai bien aimé le style de dessin. Le fameux pot de peinture qui simplifie la colorisation est bien utilisé même si je ne suis pas fan de cette technique, cela dit le travail d'ombrage est plus détaillé que dans d'autres BD similaires. La lecture est fluide, rapide et agréable.
Je ne me suis pas ennuyé du tout. Bien que j'aurais préféré une autre conclusion, j'ai été surpris par cette fin inattendue que j'ai finalement appréciée, car l'auteur nous emmène là où on ne s'attend pas, loin d'un happy end classique. Par contre, j'ai été un peu déçu de ne pas voir une journée du point de vue de "l'autre", mais ça apporte une certaine originalité à la narration, donc pourquoi pas.
Je m'étais aussi beaucoup attaché à Tamara, ressentant souvent des pincements au cœur lors des séparations.C'était un personnage que j'aurais voulu voir d'avantage dans la lutte pour soutenir Lubin1.
Bref, l'histoire m'a touché, c'est une très belle BD avec un scénario original, ce genre de lecture ça fait plaisir !
Avec cette série vous plongerez allégrement dans un univers où la nature se déchaîne et où personne n’est à l’abri !
L’histoire se déroule sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord. Un tigre de Sibérie, blessé par un braconnier, se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim, mais plutôt par vengeance. Le sang de ses victimes donnera un peu de rouge dans cette taïga sibérienne immaculée !
Les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, les agents du Centre du Tigre de l’Amur et les groupes environnementaux ne sont pas en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse. Inspirée de faits réels, cette série fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. L’horreur peut surgir à tout instant !
Au-delà de cette traque impitoyable, le graphisme d’Alex Macho va vous scotcher ! Les paysages hivernaux sont incroyablement beaux. Quant à l’histoire, cela part dans tous les sens pour mieux vous perdre. C’est délicieux de s’égarer dans cette taïga sibérienne.
Deux albums captivants qui mêlent nature sauvage, vengeance et suspens. Un thriller remarquable avec de nombreux rebondissements. Je ne peux que recommander de lire ces deux albums bien au chaud chez soi. Frissons garantis.
Sympathiques aventures de superhéros premier degré et sans prétention
-
Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable spécifique des personnages. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits Alan Davis, dessinés et encrés par Paul Renaud, avec une mise en couleurs réalisées par Paul Mounts (épisodes 1 & 2) et Stéphane Paitreau (épisodes 3 & 4). Les couvertures ont été réalisées par Renaud, les couvertures alternatives par Alan Davis (*4), David Nakayama, InHyuk Lee, Kevin Nowlan, Stephen Mooney.
Pendant l'hiver 1944, en France, les Invaders (Captain America, Namor, Human Torch) découvrent les restes d'une troupe de soldats américains gisant morts dans la neige. le char qui les accompagnait est éventré. Entendant une voix, ils se retournent et se retrouvent face à Oberführer Okkulte, le nazi à la tête de la division de recherches mystiques d'Hitler. Il effectue un geste et libère une vrille d'énergie verte qui a pour effet d'animer le statuaire du cimetière où ils se trouvent. Il apparaît une ou deux runes sur chaque statue : elles bougent et attaquent les trois superhéros. Ceux-ci se défendent vaillamment, mais Captain America est bien vite débordé par les statues qui se jettent sur lui. Étant lui-même en difficulté, Namor se retourne quand il entend un énorme cri de rage et a la surprise de découvrir que Captain America (Steve Rogers) s'est transformé en énorme géant vert bardé de muscles. Même Okkulte ne comprend pas ce qui se passe, et il s'enfuit sur un cheval de pierre. Les runes sur les statues s'estompent, les Invaders achèvent de les détruire et Captain America reprend sa forme normale, tout en ayant l'impression que la présence de Namor vacille un instant laissant apercevoir une autre version de Namor.
Des décennies plus tard dans le désert de l'Arizona, les Défenseurs (Valkyrie, Namor, Hulk, Silver Surfer) sont sur les traces du sorcier Cyrus Black qui a enlevé Doctor Strange. Ils découvrent le sorcier avec de nombreux individus en robe pourpre, et une rune verte sur le front, indiquant qu'ils sont sous sa domination mentale. Dans le plan spirituel, Doctor Strange est entravé par des liens d'énergie verte aux poings et aux chevilles, alors que Cyrus Black fanfaronne de sa victoire. Mais Strange lui déclare qu'il sait qu'il a utilisé l'ichor infernal de Ish'Izog, tout en se libérant de ses entraves. Il les ramène sur le plan de la réalité, et l'affrontement magique commence entre eux. Pendant ce temps-là, les autres Défenseurs essayent de contenir les membres de la secte qui veulent venir en aide à leur maître, tout en prenant bien soin de ne pas les blesser car ils n'agissent pas sciemment, ils ne sont pas maîtres de leurs actes. En particulier, Hulk est très fier de lui de parvenir à se contenir, à doser sa force. Strange finit par parvenir à défaire Cyrus Black, mais plusieurs parties de l'ichor restent actives à différents endroits du monde, dont une à Manhattan, juste dans le manoir des Vengeurs.
A priori, une histoire alléchante, avec un scénariste très traditionnel, sachant écrire des histoires de superhéros classiques, et un dessinateur aux cases dynamiques faisant penser aux planches d'Alan Davis. La première séquence met en scène une version canonique de chacun des superhéros, avec juste une version un peu personnalisée du costume de Captain America. le lecteur remarque les caractéristiques classiques de la narration typique des superhéros : des environnements en arrière-plan représentés qu'en ouverture de scène ou en rappel dans une case, avec des éléments de décor (par exemple le statuaire) représentés en tant que de besoin, et un investissement focalisé sur les personnages, avec une représentation soignée de leurs costumes. S'il est familier d'Alan Davis, le lecteur retrouve ses poses pour les personnages et les découpages de case en trapèze pour accompagner les mouvements. Paul Renaud ne reprend pas les tics graphiques de l'artiste, mais compose ses pages dans l'esprit de Davis, avec un résultat très réussi, pour une narration visuelle de type superhéros classique dans une apparence moderne et intemporelle. La mise en couleurs de Mounts puis Paitreau vient nourrir les dessins en rehaussant les reliefs des surfaces détourées, et en mettant en oeuvre des effets spéciaux pour l'utilisation des superpouvoirs. En outre, elle installe discrètement une ambiance lumineuse particulière pour certaines scènes, avec une palette de couleurs teintée par une nuance en particulier.
Lors de la séquence suivante, le lecteur constate que le scénariste a choisi de mettre en scène des versions un peu anciennes des différentes équipes. Toro n'a pas encore rejoint les Envahisseurs. Les défenseurs n'ont pas encore recruté Nighthawk (Kyle Richmond). Tony Stark porte son armure rouge & or des années 1970. Cela donne une patine vintage au récit, déconnecté de la continuité du moment de sa parution, s'inscrivant dans l'âge d'or de Marvel, avant les traces laissées par la noirceur (plus ou moins factice) des années 1990. Ce choix de version des personnages induit dans l'esprit du lecteur qu'il s'agit d'une histoire plus d'aventures traditionnelles à prendre au premier degré que d'une réflexion postmoderne sur le sens des superhéros dans un monde complexe. La dynamique de base repose sur la recherche des ichors maléfiques, le lecteur met donc son cerveau en mode divertissement, sans autre ambition que de passer un bon moment en regardant des personnages improbables résoudre leurs problèmes à coup de poing dans des affrontements colorés. de ce point de vue, Paul Renaud met en oeuvre une narration visuelle totalement en phase, comme si Davis avait illustré lui-même son histoire. Il maîtrise parfaitement l'apparence de chaque superhéros, ainsi que le langage corporel qui lui est associé, les utilisations et les manifestations de ses superpouvoirs, le spectacle qu'ils génèrent. L'horizon d'attente du lecteur est comblé : les postures altières de Namor, les énergies magiques maniées par Doctor Strange, la masse musculaire impossible de Hulk et la force de ses coups, l'aspect très métallique d'Iron Man, le corps étiré de Mister Fantastic, la silhouette comique de Peter Porker Amazing Spider-Ham, etc. Effectivement, Alan Davis ne se prive pas pour faire intervenir de nombreux personnages, et Paul Renaud réalise un travail remarquable pour se conformer à l'apparence de tous ces personnages Marvel, pour les placer de manière intelligente, sans qu'ils ne se marchent sur les pieds, avec de temps à autre une influence discrète en provenance d'un autre artiste (par exemple, impossible de résister à la douceur du visage de Wanda dessiné à la manière de Jim Cheung).
Le lecteur se laisse donc emporter d'une rencontre improbable à une autre, passant des Invaders aux Defenders, puis aux Avengers, passant d'un supercriminel à un autre, avec une apparition indispensable du Gardien (Uatu) pour indiquer que c'est une menace d'envergure au moins galactique qui met en péril la réalité elle-même, comme au bon vieux temps des aventures des Fantastic Four de Jack Kirby & Stan Lee. Les auteurs passent une vitesse encore supérieure au cours de l'épisode 3. Alors qu'Iron Man met en marche un appareil brisant la barrière entre cette réalité et une autre, un véhicule en forme de fusée avec des roues franchit le portal, évoquant fortement Satanas & Diabolo de Les Fous du volant , et Lady Pénélope n'est pas très loin… suivie par un petit diablotin rouge et une souris anthropomorphe avec les pouvoirs de Superman. Ça ne va pas en s'améliorant, alors que le récit mélange superhéros et éléments loufoques. À nouveau, l'artiste sait entremêler les superhéros classiques et imposants avec des personnages issus de dessins animés pour enfants, sans solution de continuité, sans nécessité de supplément de suspension consentie d'incrédulité, sans effondrement de la tension narrative faute d'incongruités trop grosses. Voire, il est possible de trouver un lien logique avec le personnage de Hulk, auquel Davis donne des raisonnements d'enfant, conformément à sa version des années 1970. Le lecteur laisse son âme d'enfant prendre le dessus et profite du spectacle, de la narration visuelle solide, d'un amusement nature et bon enfant. Il peut aussi voir ces aventures comme une forme de commentaire (s'il n'arrive vraiment pas à faire taire l'adulte en lui) sur la concurrence que se livrent les superhéros de papier, et les personnages de dessin animé, ainsi que sur le nombre de recombinaison infini de personnages déjà existants (en particulier dans les personnages amalgamés).
Alan Davis reste fidèle à ses convictions et ses amours, en écrivant un récit d'aventures spectaculaires, sans pathos exagéré, sans violence sadique, sans méchanceté torturée. Il a trouvé en la personne de Paul Renaud, un artiste en phase avec sa vision, réalisant des planches dans l'esprit de celles de Davis, mais sans faire pareil en moins bien, en faisant dans le même esprit avec les mêmes qualités de dynamisme et de spectacle. Le lecteur profite donc de cette lecture au premier degré avec des personnages dans une version de plusieurs décennies passées, ce qui les rend intemporels, dans une aventure sans prétention ce qui déculpabilise le lecteur, pour une intrigue échevelée qui passe tout seul grâce à la narration visuelle entraînante, avec une possibilité d'y voir un métacommentaire gentil qui conforte le lecteur dans son choix de ne pas bouder son plaisir.
Je n'aurais probablement jamais lu cette BD sans l'avoir dénichée dans ma bibliothèque locale, et je l'ai laissé trainer jusqu'à ce que ma copine la lise et me dise qu'elle a eu les larmes aux yeux sur les dernières pages.
Et après lecture, je confirme que c'est franchement bien foutu comme BD. Le départ est lent, tout comme la BD, mais il ne m'a pas fallu une dizaine de pages pour être plongé dans le récit de la vie de Merel, femme vivant seule avec son élevage de canard. Et progressivement, c'est l'engrenage infernal. L'ensemble est très bien tenu dans le ton autant que dans la mécanique : un couple en rupture, une femme aigrie, un jeune garçon qui ne comprends pas ce qui se passe, des jeunes qui s'ennuient, la rumeur qui enfle ... C'est lent mais implacable et j'ai trouvé le tout très juste. Ce n'est jamais l'explosion libératrice, tout est larvé, insidieux. Les comportements, les chuchotis, les petits riens qui rendent l'ostracisme tangible, l'exclusion insupportable. Jusqu'à des gestes irréversibles.
L'autrice maitrise son sujet et j'en suis très satisfait. Merel ne tombe jamais dans la vengeance froide, restant dans un dédain héroïque qui l'humanise beaucoup, puisque sa retenue est avant tout une compréhension de ce qui se joue. Les enfants écoutent les parents, les jeunes agissent comme des imbéciles parce qu'ils n'ont personne qui les encadrent, les adultes écoutent les ragots parce que c'est plus simple que de réfléchir. L'ambiance petit village est très bien retranscrite, entre les amitiés qui virent sur des sous-entendus et le petit microcosme où tout le monde se connait. L'ambiance buvette du stade, matchs qui rythment la vie du journal local, les petites trahisons... C'est tellement crédible que je revoyais des évènements de ma jeunesse dans un petit village.
Le tout avec un dessin faussement naïf qui allie une représentation du village sentant bon la boue sur les bottes, mais aussi un coup de crayon expert dans les regards, les attitudes, les silences. Sous un aspect facile d'accès, l'autrice maitrise son trait pour capter l'attention et faire parler les détails. Honnêtement, si c'est une première BD je trouve ça incroyablement prometteur !
Ce qui me fait beaucoup aimer la BD, c'est le personnage de Merel, qui endosse le rôle de la sorcière en l'encaissant malgré les coups durs et veut montrer qu'elle n'a rien à se faire pardonner, mais qu'elle a beaucoup à offrir.
En somme, sur une banale histoire de couple qui marche mal, Clara Lodewick donne une belle histoire de comportements humains. Sous des aspects de quotidien banal, c'est la cruauté des relations sociales et de ce qu'on est prêt à faire aux autres. Enfant, il y avait aussi le vieux fou ou la sorcière de mon village, souvent des gens seuls, vieux et à l'écart -volontairement ou non. Dans cette BD, c'est eux qui sont au centre, et c'est bien plus riche que des histoires sordides qu'on se répète étant gamin.
Je ne garde que des vagues souvenirs d'Universal War One, donc je ne peux pas trop juger de la comparaison.
Premier tome d'une trilogie, cette histoire met en scènes 6 assassins condamnés auxquels est offert une chance de rédemption, à condition qu'ils acceptent une mission suicide : passer de l'autre côté d'une espère de mur organique noir sur une planète où un régime dictatorial suppose des sources d'énergies illimitées.
Globalement c'est assez positif : les dessins sont beaux, il y a même quelques petites scènes assez époustouflantes visuellement. Les personnages ont leur propre identité, et quelques flash-backs permettent de les poser très facilement (beaucoup de BDs actuelles échouent lamentablement sur ce point, je me permet donc de souligner la chose quand elle se présente), et les combats sont aussi rythmés que lisibles. Le tout avec des monstres affamés du plus bel effet. Enfin, on a quelques petites surprises, bien qu'un peu faciles certes, qui dynamisent l'ensemble.
Là où cela se gâte un peu, c'est au niveau de certains choix éditoriaux:
-On ne sait quasiment rien de la société dictatoriale que les condamnés sont invités à faire tomber à la fin, cette invitation tombe donc comme un cheveu sur la soupe et laisse assez indifférent. On aurait aimé que le même soin apporté à poser les persos eut été appliqué à poser la société dans laquelle ils évoluent
-Aucun des condamnés, pour le moment, ne nous apparaît totalement méprisable: même le tueur à gages du groupe a un côté humain inattendu. Certes, même le pire monstre a une humanité, mais cela semble assez forcé, aucun ne semble être un vrai salopard
-Enfin, il y a un sous-texte / un message religieux qui inquiète un peu, à coups de prophéties et autres : déjà pareil, on ne nous pose pas davantage les croyances de cette société. Ensuite, on ne comprend pas trop pourquoi ces personnages auraient des visions ou seraient des prophètes...Reste à voir comment cela sera amené dans les deux tomes suivants, cela peut donner du bon ou du très mauvais.
Ma note actuelle est de 4/5 car malgré ces tempéraments, cette série apparaît prometteuse. La note peut descendre en fonction des tomes suivants.
Etonnante mise en scène de la destinée du premier champion du monde de boxe noir !
Outre la personnalité de Jack Johnson, c’est vraiment cette structure faite de multiples tableaux qui m’aura le plus marqué. Le procédé est très original (grandes illustrations, phrases mises en avant, mise en page plus souvent éclatée qu’à son tour, textes qui ressemblent à de courts articles de journaux), désarçonne dans un premier temps mais devient vite addictif. A un point tel que je n’ai pas su abandonner l’objet avant d’en avoir lu la dernière ligne.
La narration à la première personne est soignée et permet de dresser un portrait saisissant de Jack Johnson. Le boxeur nous est présenté avec ses forces et ses faiblesses : un être blessé et blessant, hautain et fragile, arrogant, violent, provocateur et pourtant touchant. Tout au long du combat qui va le voir conserver son titre de champion du monde, il nous parle de lui, de sa jeunesse, des obstacles qu’il aura dû franchir, de ses amours, de ses ambitions. Le combat reste pourtant toujours au premier plan, rythmé par les insultes racistes du public ou du clan adverse. On comprend sa rage même si celle-ci n’excuse pas tous ses agissements.
Le dessin alterne grandes illustrations et passages plus classiques. Il s’agit véritablement d’une mise en scène du texte, dans un style en noir et blanc très soigné. C’est sec, parfois agressif, toujours adapté au sujet.
Grand coup de chapeau à Sidonie Van Den Dries, la traductrice, car il s’agissait véritablement d’un défi. Adrian Matejka est d’ailleurs crédité sur l’album en qualité de poète et non de scénariste (et même s’il s’agit d’une poésie en prose, je comprends parfaitement ce choix).
Je ressors de ma lecture véritablement marqué. La trajectoire de Jack Johnson méritait déjà qu’on s’y attarde mais la mise en scène des auteurs apporte quelque chose en plus qui fait de cet album une œuvre forte et originale. Un coup de cœur, pour ma part.
J'ai adoré lire cette BD :
+ Très bon scénario, surprenant, haletant
+ Bien dessiné
+ Univers Western que j'adore
+ Personnages nuancés : pas de gentils / méchants
- J'aurais aimé en savoir un peu plus sur les personnages / un peu court selon moi
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Love Addict - Confessions d'un tombeur en série
Des coups d'un soir - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'un récit autobiographique, réalisé par Koren Shadmi pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs. La première édition date de 2016. Prologue : K (Koren) et son pote Brian sont chacun assis sur une chaise devant les marches qui mènent à l'entrée de l'immeuble où se trouve leur appartement. C'est l'été : ils ont une demi-douzaine de trucs à vendre, et surtout ils regardent passer les filles. Brian trouve que c'est le paradis, K que c'est un véritable supplice chinois. Brian se lève pour aller chercher à manger, et il demande à K de ne pas vendre son Transformer sans lui. Après son départ, deux copines s'arrêtent et souhaitent savoir combien ils vendent une de leurs chaises. K et elle se mettent d'accord sur 20 dollars. Avant de partir, elle lui laisse sa carte : Michelle Rove, réalisatrice de documentaires. Brian revient et félicite K pour la vente. Un an plus tard, Michelle et K emménage ensemble, et elle apporte la chaise qu'elle avait acheté à K. 6 mois plus tard, l'acrimonie est palpable et ils rompent. C'est l'hiver : K avec son pote Brian et un autre fête son anniversaire au bar Union dans Brooklyn. K explique qu'il est encore sous le coup de sa séparation avec Michelle. Les deux autres lui font observer qu'il y a plein de filles libres dans le bar qui est un lieu de rendez-vous bien connu, qu'il n'a pas à chercher un nouveau grand amour, mais qu'il peut chercher le coup d'un soir. K répond que ce n'est pas son truc, qu'il ne pense pas comme ça. Brian lui fait observer que les femmes ici présentes cherchent exactement la même chose que lui. De retour dans leur colocation, Brian pousse K de son ordinateur et lui ouvre un compte sur le site de rencontre Lovebug. Puis il réinstalle K devant le clavier et lui intime de compléter son profil. Il lui donne des conseils sur comment remplir en utilisant les statistiques de réussite des profils, sur la photographie à mettre dans son profil. Il ne reste plus qu'à attendre. Le lendemain soir, K n'a eu aucune réponse. Brian lui demande combien de messages il a envoyés : K répond 3. Son copain lui explique qu'il doit en envoyer au moins 60, et tous différents, personnalisés en fonction du profil de la dame. K se lance et en écrit 42 de plus. Il finit par avoir une réponse. Quelques jours plus tard, une femme lui indique qu'elle est au Mamma Bar et qu'il peut venir la rejoindre. Il hésite, Brian l'admoneste en lui disant qu'il doit y aller tout de suite. K répond qu'il arrive dans 15 minutes. Il rentre dans le bar et voit une jolie jeune femme au comptoir en train de descendre une bière. Il l'aborde : c'est bien elle. Il lui demande si elle a apprécié l'exposition sur les vins qu'elle est allée voir. Il sent l'odeur de l'alcool dans l'haleine de son interlocutrice. Elle fait une remarque sur les chaussures de K qu'elle trouve un peu féminine. Ils parlent de la gentrification du quartier. Elle accepte d'aller chez lui, tout en continuant à se montrer un peu sarcastique. Arrivée chez lui, elle lui demande s'il a quelque chose à boire. Ils s'allongent sur le canapé et elle enlève son teeshirt. Le sous-titre est clair : les confessions d'un dragueur en série. Le lecteur suite K pendant un an de son premier rendez-vous au rendez-vous numéro 75. L'auteur ne montre pas les 75 rendez-vous, mais quand même 24. Le principe du récit est simple : K s'est fait plaquer, son copain l'incite à tester un site de rencontres, et K se prend au jeu, jusqu'à enchaîner les rencontres. Il a peine à croire à la facilité avec laquelle tout ça se passe quand il se rend compte qu'il a réussi à coucher avec 3 femmes différentes en 3 nuits, chose qui ne lui était jamais arrivé. Le titre est également explicite : K va devenir dépendant à ces conquêtes d'un soir, au sexe facile. Le lecteur est donc témoin du comportement d'un individu en proie à une addiction. Pourtant, il n'y pas de leçon de morale, à peine un regard moral sur ces pratiques. K n'est pas un monstre. Il rencontre des jeunes femmes consentantes. Il n'y a pas de rapport de force ou de manipulations malsaines, d'abus de faiblesse, ou de rapport non consenti. Le personnage est bien fait de sa personne, sans être un Apollon. Il choisit des jeunes femmes également bien faites de leur personne, selon ses critères de beauté, avec un fétichisme pour une rencontre (coucher avec une culturiste) mais pas pour les autres. Il n'y a aucune déviance sexuelle, aucune tromperie de part et d'autre sur la nature de la relation recherchée. Pour raconter son histoire, Koren Shadmi dessine dans un registre réaliste avec un bon niveau de détails. Il représente très régulièrement les lieux où évoluent les personnages, la plupart relevant du quotidien. Le lecteur suit donc K dans des bars, dans son appartement en colocation, à une exposition d'art africain, dans un parc (une erreur tactique), dans un sexshop (une demoiselle un peu fofolle), dans un cinéma, dans un parc avec sa sœur, sur son lieu de travail (un studio d'animation). À chaque fois, il s'agit d'endroits avec des détails particuliers qui rendent les lieux plausibles et uniques. Les personnages se positionnent en fonction des meubles et des accessoires, interagissant avec le décor. Le passage le plus exotique se déroule à Atlantic City pour un week-end avec May, à jouer au Casino et à se promener le long de la plage. L'artiste se concentre sur l'objectif que le lecteur comprenne où se trouvent les personnages, sans passer en mode tourisme avec un luxe de détails qui seraient hors de propos. Il réalise lui-même sa mise en couleurs avec des couleurs douces un peu foncées, apportant plus de matière à chaque surface, sans utiliser d'effets spéciaux propres à l'infographie. Le dessinateur utilise une approche naturaliste pour les personnages. Il n'exagère pas leur anatomie, ni leurs gestes. Le lecteur remarque qu'il adoucit les traits de leur visage pour les rendre plus expressifs, souvent sympathiques. C'est encore plus vrai pour le visage de K, très épuré, avec des airs qui évoquent parfois Woody Allen jeune. Il n'hésite pas à représenter la nudité y compris de face : il n'y a pas d'hypocrisie visuelle par rapport au sujet du récit. Pourtant les parties de jambes en l'air ne dégagent pas d'érotisme, et n'ont rien de pornographique. Il n'y a pas de gros plan de pénétration, ni sur les organes génitaux. Les rapports sont montrés en une page ou moins et comme étant une occupation tout ce qu'il y a de plus naturelle, quasiment dépourvue de toute charge affective. Cela n'empêche pas K de se montrer toujours respectueux de sa partenaire du soir, et que chacune se comporte de manière différente. Du coup, le lecteur se rend compte qu'il ne sent pas dans une position de voyeur, mais d'observateur d'un moment banal de la vie de K. Il peut admirer des corps féminins différents, il peut comprendre le désir de K, sans pour autant l'éprouver lui-même. C'est un phénomène assez étrange, comme si l'abondance de relations en venait à les rendre insignifiantes sur le plan du désir. Le dessinateur rend admirablement bien compte de la diversité des femmes, de leur individualité, prenant soin de leur attribuer des tenues vestimentaires adaptées aux conditions climatiques et à leur personnalité. Le lecteur peut s'interroger sur le fait que le personnage principal ne soit appelé que par la lettre K, l'initiale du prénom de l'auteur. Mais rien ne permet de savoir s'il s'agit d'un récit autobiographique plus ou moins fidèle, d'une autofiction ou d'une complète fiction. Le titre et le sous-titre indique que le lecteur va observer un individu devenant dépendant, mais l'auteur ne va pas jusqu'à la déchéance, il ne sort pas de la normalité d'un jeune homme ayant décidé de prendre du bon temps. K profite des bons conseils de son ami Brian qui a plus d'expérience que lui. D'ailleurs tout du long, Brian est un plus gros consommateur que son pote, allant jusqu'à se créer un deuxième profil pour séduire des femmes qui ne seraient pas attirées par son profil initial. En fonction de ses propres convictions morales (et de sa santé), le lecteur se retrouve libre de porter le jugement qu'il veut sur la vie de K, car il n'y a que des adultes consentants. Les femmes ne se comportent pas en victime, ni même en victime consentante, et l'une d'elle utilise le corps de K quasiment comme un objet, uniquement soucieuse de son propre plaisir. Cette vie de bâton de chaise semble bien convenir à Brian, avec finalement peu de mauvaises surprises. Finalement la notion d'addiction reste sous-jacente, et l'auteur donne l'impression de forcer la dose pour le rencart 70, car il conserve un ton léger tout le long du récit. Pour autant, le dénouement ne tombe pas à plat. Il n'y a pas de justice immanente ni de punition morale. Il y a une situation qui met en lumière les limites affectives de relations de ce type. La couverture semble promettre un récit sulfureux dans le genre : j'étais un accro des sites de rencontre. La lecture s'avère beaucoup plus agréable, dépourvu de côté malsain ou moralisateur. La narration visuelle se fait par des pages à l'ambiance douce, avec des dessins précis sans prétention photographique, et des personnages très incarnés, y compris les conquêtes d'un soir. Il n'y a pas d'hypocrisie visuelle sur le sujet, la nudité étant une évidence au vu du type de récit. Koren Shadmi ne diabolise à aucun moment ni le personnage ni la pratique, et le ton reste amusé, sans condescendance. Le lecteur est libre de se faire son opinion sur ce type de vie.
Après le 13 novembre
L'avis de Paco résume franchement bien l'album. Pour une BD sur le Bataclan et son massacre, elle est étonnamment "sobre" mais efficace. Se concentrant plus sur l'après et revenant sur l'évènement par petites touches seulement, découpant cet épisode à chaque fois que Sophie le raconte une nouvelle fois. Le dessin est là aussi clair et efficace, sachant représenter tout ce qui affecte Sophie après l'évènement, retranscrivant les différents traumatismes qu'elle vit chaque jour alors que le temps passe. C'est d'autant plus efficace que le graphisme mignon contraste avec la fureur de l'évènement et surtout la vision qu'elle en a. Cette retranscription participe au ressenti et l'angoisse qui l'assaille. La BD ne se contente pas des évènements et revient surtout sur le long parcours, très complexe, que Sophie dû affronter ensuite : l'hôpital, le retour à la vie normale, les psys et les galères, la souffrance physique, morale, comment elle dut batailler pour une indemnité, le manque de compassion et surtout la solitude dans laquelle elle se retrouva ensuite. Personne ne l'a aidé, et semble-t-il ne l'a même envisagé. C'est en lisant que je me suis rendu compte qu'elle a eut une chance énorme d'avoir un entourage proche et solide sur lequel compter. Je n'ose imaginer le calvaire que ce fut pour ceux qui étaient désespérément seuls. C'est une très bonne BD sur les traumatismes d'un attentat, la vie qui doit continuer et la façon dont notre société tente de balayer sous le tapis la poussière des survivants. La BD est triste mais optimiste et sa violence est tempéré par les auteurs, ce qui la rend lisible et accessible. Je la déconseille quand même aux personnes sensibles, l'ensemble reste lourd. Mais très franchement bon.
Urgence climatique
Dans la même veine que Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C. ou Le Monde sans fin, cette BD de Lécroart se veut un petit aperçu de la situation du changement climatique à l'aulne des connaissances actuelles. Et oui, c'est pas le genre de truc qu'on doit lire lorsqu'on se sent mal, parce que ça met toujours une petite claque au moral. "Urgence climatique" est une BD moins dense et moins précise que les deux autres mentionnées ci-dessus, et ce n'est sans doute pas plus mal. Parce qu'elle remet aussi en perspective les faits avec une question politique, ciblant clairement le capitalisme, le libéralisme et le libre-échange comme des monstres à abattre pour sauver nos vies. Un choix judicieux ! Je ne m'attendais pas à ce que Lécroart soit investigateur dans ce domaine, plus habitué que je suis à ses BD de l'OuBaPo ou ses gags dans Fluide Glacial. Et pourtant tout cela passe parfaitement bien, parce que son style est précis dans les personnages et permet l'utilisation facile de caricature, de rôles stéréotypés ou de schémas qui s'intègrent bien. D'autre part, parce qu'il joue sur des couleurs avec lesquels l'auteur joue pour donner du relief au dessin et accrocher l’œil malgré une abondance de texte. Niveau contenu, c'est un long échange entre Lécroart et son ami Ivar Ekeland qui permets de cerner plusieurs aspects du changement climatique. Comme à chaque fois plusieurs choses reviennent et les auteurs ne se cachent pas de la résonance entre leur message et celui de Jancovici qui est une source d'inspiration cité. La BD sera donc redondante avec d'autres ouvrages plus pointu ou détaillé sur le sujet, mais elle est assez bien faite pour donner un aperçu global du sujet et inviter à creuser d'autant plus ensuite. Une introduction déjà détaillé, peut-être moins factuel mais ajoutant la dimension politique de Ekeland que j'apprécie beaucoup : arrêter de croire dans les sirènes du Néo-libéralisme et enfin accepter que le capitalisme est un système qui nous conduit dans le mur. Comme souvent dans les productions de ce genre, la BD finit sur une liste de projets qui voient le jour et donnent espoir. Ces milliers de gouttes d'eau dans un océan de problèmes sont le signe que quelque chose change. La BD est écrite durant la pandémie de Covid et je constate après celle-ci que si l'espoir de voir le monde changer brutalement a disparu, il y a néanmoins beaucoup de petits détails qui sont apparus, beaucoup de gens ont eu une prise de conscience et des nouveautés sortent chaque jour. Le changement climatique est désormais partout dans les discours et les initiatives se multiplient, surtout localement. La fin est d'ailleurs claire là-dessus : ce n'est probablement pas la génération élevé à la voiture/télé/avion qui va changer le monde, mais les jeunes informés. Le travail est donc titanesque mais curieusement plus je m'informe, plus je retrouve espoir. Une BD qui fait ce qu'elle a à faire d'une bonne façon et ouvre à plus de détails qui seront à retrouver dans toutes les BD déjà sorties sur ce sujet, et sans aucun doute sur toutes celles qui vont arriver. "Urgence climatique" s'inscrit dans la lignée des BD à fort caractère informatif que je ne peux que conseiller au grand nombre.
Ces jours qui disparaissent
J'ai vraiment adoré cette BD, au point d'y penser longtemps après l'avoir lu, même en m'endormant. Tout d'abord, il est important de préciser qu'il s'agit ici de trouble dissociatif de la personnalité et non de schizophrénie, une confusion courante (le personnage de Lubin lui-même fait cette amalgame avant de rencontrer la thérapeute). Le sujet traité avec une touche de science-fiction, m'a beaucoup plu. J'imagine bien une adaptation en film ! d'ailleurs, ça m'a beaucoup fait penser à l'un de mes films préférés, 'Click', surtout vers la fin. J'ai bien aimé le style de dessin. Le fameux pot de peinture qui simplifie la colorisation est bien utilisé même si je ne suis pas fan de cette technique, cela dit le travail d'ombrage est plus détaillé que dans d'autres BD similaires. La lecture est fluide, rapide et agréable. Je ne me suis pas ennuyé du tout. Bien que j'aurais préféré une autre conclusion, j'ai été surpris par cette fin inattendue que j'ai finalement appréciée, car l'auteur nous emmène là où on ne s'attend pas, loin d'un happy end classique. Par contre, j'ai été un peu déçu de ne pas voir une journée du point de vue de "l'autre", mais ça apporte une certaine originalité à la narration, donc pourquoi pas. Je m'étais aussi beaucoup attaché à Tamara, ressentant souvent des pincements au cœur lors des séparations.C'était un personnage que j'aurais voulu voir d'avantage dans la lutte pour soutenir Lubin1. Bref, l'histoire m'a touché, c'est une très belle BD avec un scénario original, ce genre de lecture ça fait plaisir !
Féroce (Muro Harriet)
Avec cette série vous plongerez allégrement dans un univers où la nature se déchaîne et où personne n’est à l’abri ! L’histoire se déroule sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord. Un tigre de Sibérie, blessé par un braconnier, se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim, mais plutôt par vengeance. Le sang de ses victimes donnera un peu de rouge dans cette taïga sibérienne immaculée ! Les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, les agents du Centre du Tigre de l’Amur et les groupes environnementaux ne sont pas en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse. Inspirée de faits réels, cette série fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. L’horreur peut surgir à tout instant ! Au-delà de cette traque impitoyable, le graphisme d’Alex Macho va vous scotcher ! Les paysages hivernaux sont incroyablement beaux. Quant à l’histoire, cela part dans tous les sens pour mieux vous perdre. C’est délicieux de s’égarer dans cette taïga sibérienne. Deux albums captivants qui mêlent nature sauvage, vengeance et suspens. Un thriller remarquable avec de nombreux rebondissements. Je ne peux que recommander de lire ces deux albums bien au chaud chez soi. Frissons garantis.
Avengers / Defenders - Tarot
Sympathiques aventures de superhéros premier degré et sans prétention - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable spécifique des personnages. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits Alan Davis, dessinés et encrés par Paul Renaud, avec une mise en couleurs réalisées par Paul Mounts (épisodes 1 & 2) et Stéphane Paitreau (épisodes 3 & 4). Les couvertures ont été réalisées par Renaud, les couvertures alternatives par Alan Davis (*4), David Nakayama, InHyuk Lee, Kevin Nowlan, Stephen Mooney. Pendant l'hiver 1944, en France, les Invaders (Captain America, Namor, Human Torch) découvrent les restes d'une troupe de soldats américains gisant morts dans la neige. le char qui les accompagnait est éventré. Entendant une voix, ils se retournent et se retrouvent face à Oberführer Okkulte, le nazi à la tête de la division de recherches mystiques d'Hitler. Il effectue un geste et libère une vrille d'énergie verte qui a pour effet d'animer le statuaire du cimetière où ils se trouvent. Il apparaît une ou deux runes sur chaque statue : elles bougent et attaquent les trois superhéros. Ceux-ci se défendent vaillamment, mais Captain America est bien vite débordé par les statues qui se jettent sur lui. Étant lui-même en difficulté, Namor se retourne quand il entend un énorme cri de rage et a la surprise de découvrir que Captain America (Steve Rogers) s'est transformé en énorme géant vert bardé de muscles. Même Okkulte ne comprend pas ce qui se passe, et il s'enfuit sur un cheval de pierre. Les runes sur les statues s'estompent, les Invaders achèvent de les détruire et Captain America reprend sa forme normale, tout en ayant l'impression que la présence de Namor vacille un instant laissant apercevoir une autre version de Namor. Des décennies plus tard dans le désert de l'Arizona, les Défenseurs (Valkyrie, Namor, Hulk, Silver Surfer) sont sur les traces du sorcier Cyrus Black qui a enlevé Doctor Strange. Ils découvrent le sorcier avec de nombreux individus en robe pourpre, et une rune verte sur le front, indiquant qu'ils sont sous sa domination mentale. Dans le plan spirituel, Doctor Strange est entravé par des liens d'énergie verte aux poings et aux chevilles, alors que Cyrus Black fanfaronne de sa victoire. Mais Strange lui déclare qu'il sait qu'il a utilisé l'ichor infernal de Ish'Izog, tout en se libérant de ses entraves. Il les ramène sur le plan de la réalité, et l'affrontement magique commence entre eux. Pendant ce temps-là, les autres Défenseurs essayent de contenir les membres de la secte qui veulent venir en aide à leur maître, tout en prenant bien soin de ne pas les blesser car ils n'agissent pas sciemment, ils ne sont pas maîtres de leurs actes. En particulier, Hulk est très fier de lui de parvenir à se contenir, à doser sa force. Strange finit par parvenir à défaire Cyrus Black, mais plusieurs parties de l'ichor restent actives à différents endroits du monde, dont une à Manhattan, juste dans le manoir des Vengeurs. A priori, une histoire alléchante, avec un scénariste très traditionnel, sachant écrire des histoires de superhéros classiques, et un dessinateur aux cases dynamiques faisant penser aux planches d'Alan Davis. La première séquence met en scène une version canonique de chacun des superhéros, avec juste une version un peu personnalisée du costume de Captain America. le lecteur remarque les caractéristiques classiques de la narration typique des superhéros : des environnements en arrière-plan représentés qu'en ouverture de scène ou en rappel dans une case, avec des éléments de décor (par exemple le statuaire) représentés en tant que de besoin, et un investissement focalisé sur les personnages, avec une représentation soignée de leurs costumes. S'il est familier d'Alan Davis, le lecteur retrouve ses poses pour les personnages et les découpages de case en trapèze pour accompagner les mouvements. Paul Renaud ne reprend pas les tics graphiques de l'artiste, mais compose ses pages dans l'esprit de Davis, avec un résultat très réussi, pour une narration visuelle de type superhéros classique dans une apparence moderne et intemporelle. La mise en couleurs de Mounts puis Paitreau vient nourrir les dessins en rehaussant les reliefs des surfaces détourées, et en mettant en oeuvre des effets spéciaux pour l'utilisation des superpouvoirs. En outre, elle installe discrètement une ambiance lumineuse particulière pour certaines scènes, avec une palette de couleurs teintée par une nuance en particulier. Lors de la séquence suivante, le lecteur constate que le scénariste a choisi de mettre en scène des versions un peu anciennes des différentes équipes. Toro n'a pas encore rejoint les Envahisseurs. Les défenseurs n'ont pas encore recruté Nighthawk (Kyle Richmond). Tony Stark porte son armure rouge & or des années 1970. Cela donne une patine vintage au récit, déconnecté de la continuité du moment de sa parution, s'inscrivant dans l'âge d'or de Marvel, avant les traces laissées par la noirceur (plus ou moins factice) des années 1990. Ce choix de version des personnages induit dans l'esprit du lecteur qu'il s'agit d'une histoire plus d'aventures traditionnelles à prendre au premier degré que d'une réflexion postmoderne sur le sens des superhéros dans un monde complexe. La dynamique de base repose sur la recherche des ichors maléfiques, le lecteur met donc son cerveau en mode divertissement, sans autre ambition que de passer un bon moment en regardant des personnages improbables résoudre leurs problèmes à coup de poing dans des affrontements colorés. de ce point de vue, Paul Renaud met en oeuvre une narration visuelle totalement en phase, comme si Davis avait illustré lui-même son histoire. Il maîtrise parfaitement l'apparence de chaque superhéros, ainsi que le langage corporel qui lui est associé, les utilisations et les manifestations de ses superpouvoirs, le spectacle qu'ils génèrent. L'horizon d'attente du lecteur est comblé : les postures altières de Namor, les énergies magiques maniées par Doctor Strange, la masse musculaire impossible de Hulk et la force de ses coups, l'aspect très métallique d'Iron Man, le corps étiré de Mister Fantastic, la silhouette comique de Peter Porker Amazing Spider-Ham, etc. Effectivement, Alan Davis ne se prive pas pour faire intervenir de nombreux personnages, et Paul Renaud réalise un travail remarquable pour se conformer à l'apparence de tous ces personnages Marvel, pour les placer de manière intelligente, sans qu'ils ne se marchent sur les pieds, avec de temps à autre une influence discrète en provenance d'un autre artiste (par exemple, impossible de résister à la douceur du visage de Wanda dessiné à la manière de Jim Cheung). Le lecteur se laisse donc emporter d'une rencontre improbable à une autre, passant des Invaders aux Defenders, puis aux Avengers, passant d'un supercriminel à un autre, avec une apparition indispensable du Gardien (Uatu) pour indiquer que c'est une menace d'envergure au moins galactique qui met en péril la réalité elle-même, comme au bon vieux temps des aventures des Fantastic Four de Jack Kirby & Stan Lee. Les auteurs passent une vitesse encore supérieure au cours de l'épisode 3. Alors qu'Iron Man met en marche un appareil brisant la barrière entre cette réalité et une autre, un véhicule en forme de fusée avec des roues franchit le portal, évoquant fortement Satanas & Diabolo de Les Fous du volant , et Lady Pénélope n'est pas très loin… suivie par un petit diablotin rouge et une souris anthropomorphe avec les pouvoirs de Superman. Ça ne va pas en s'améliorant, alors que le récit mélange superhéros et éléments loufoques. À nouveau, l'artiste sait entremêler les superhéros classiques et imposants avec des personnages issus de dessins animés pour enfants, sans solution de continuité, sans nécessité de supplément de suspension consentie d'incrédulité, sans effondrement de la tension narrative faute d'incongruités trop grosses. Voire, il est possible de trouver un lien logique avec le personnage de Hulk, auquel Davis donne des raisonnements d'enfant, conformément à sa version des années 1970. Le lecteur laisse son âme d'enfant prendre le dessus et profite du spectacle, de la narration visuelle solide, d'un amusement nature et bon enfant. Il peut aussi voir ces aventures comme une forme de commentaire (s'il n'arrive vraiment pas à faire taire l'adulte en lui) sur la concurrence que se livrent les superhéros de papier, et les personnages de dessin animé, ainsi que sur le nombre de recombinaison infini de personnages déjà existants (en particulier dans les personnages amalgamés). Alan Davis reste fidèle à ses convictions et ses amours, en écrivant un récit d'aventures spectaculaires, sans pathos exagéré, sans violence sadique, sans méchanceté torturée. Il a trouvé en la personne de Paul Renaud, un artiste en phase avec sa vision, réalisant des planches dans l'esprit de celles de Davis, mais sans faire pareil en moins bien, en faisant dans le même esprit avec les mêmes qualités de dynamisme et de spectacle. Le lecteur profite donc de cette lecture au premier degré avec des personnages dans une version de plusieurs décennies passées, ce qui les rend intemporels, dans une aventure sans prétention ce qui déculpabilise le lecteur, pour une intrigue échevelée qui passe tout seul grâce à la narration visuelle entraînante, avec une possibilité d'y voir un métacommentaire gentil qui conforte le lecteur dans son choix de ne pas bouder son plaisir.
Merel
Je n'aurais probablement jamais lu cette BD sans l'avoir dénichée dans ma bibliothèque locale, et je l'ai laissé trainer jusqu'à ce que ma copine la lise et me dise qu'elle a eu les larmes aux yeux sur les dernières pages. Et après lecture, je confirme que c'est franchement bien foutu comme BD. Le départ est lent, tout comme la BD, mais il ne m'a pas fallu une dizaine de pages pour être plongé dans le récit de la vie de Merel, femme vivant seule avec son élevage de canard. Et progressivement, c'est l'engrenage infernal. L'ensemble est très bien tenu dans le ton autant que dans la mécanique : un couple en rupture, une femme aigrie, un jeune garçon qui ne comprends pas ce qui se passe, des jeunes qui s'ennuient, la rumeur qui enfle ... C'est lent mais implacable et j'ai trouvé le tout très juste. Ce n'est jamais l'explosion libératrice, tout est larvé, insidieux. Les comportements, les chuchotis, les petits riens qui rendent l'ostracisme tangible, l'exclusion insupportable. Jusqu'à des gestes irréversibles. L'autrice maitrise son sujet et j'en suis très satisfait. Merel ne tombe jamais dans la vengeance froide, restant dans un dédain héroïque qui l'humanise beaucoup, puisque sa retenue est avant tout une compréhension de ce qui se joue. Les enfants écoutent les parents, les jeunes agissent comme des imbéciles parce qu'ils n'ont personne qui les encadrent, les adultes écoutent les ragots parce que c'est plus simple que de réfléchir. L'ambiance petit village est très bien retranscrite, entre les amitiés qui virent sur des sous-entendus et le petit microcosme où tout le monde se connait. L'ambiance buvette du stade, matchs qui rythment la vie du journal local, les petites trahisons... C'est tellement crédible que je revoyais des évènements de ma jeunesse dans un petit village. Le tout avec un dessin faussement naïf qui allie une représentation du village sentant bon la boue sur les bottes, mais aussi un coup de crayon expert dans les regards, les attitudes, les silences. Sous un aspect facile d'accès, l'autrice maitrise son trait pour capter l'attention et faire parler les détails. Honnêtement, si c'est une première BD je trouve ça incroyablement prometteur ! Ce qui me fait beaucoup aimer la BD, c'est le personnage de Merel, qui endosse le rôle de la sorcière en l'encaissant malgré les coups durs et veut montrer qu'elle n'a rien à se faire pardonner, mais qu'elle a beaucoup à offrir. En somme, sur une banale histoire de couple qui marche mal, Clara Lodewick donne une belle histoire de comportements humains. Sous des aspects de quotidien banal, c'est la cruauté des relations sociales et de ce qu'on est prêt à faire aux autres. Enfant, il y avait aussi le vieux fou ou la sorcière de mon village, souvent des gens seuls, vieux et à l'écart -volontairement ou non. Dans cette BD, c'est eux qui sont au centre, et c'est bien plus riche que des histoires sordides qu'on se répète étant gamin.
Noir Horizon
Je ne garde que des vagues souvenirs d'Universal War One, donc je ne peux pas trop juger de la comparaison. Premier tome d'une trilogie, cette histoire met en scènes 6 assassins condamnés auxquels est offert une chance de rédemption, à condition qu'ils acceptent une mission suicide : passer de l'autre côté d'une espère de mur organique noir sur une planète où un régime dictatorial suppose des sources d'énergies illimitées. Globalement c'est assez positif : les dessins sont beaux, il y a même quelques petites scènes assez époustouflantes visuellement. Les personnages ont leur propre identité, et quelques flash-backs permettent de les poser très facilement (beaucoup de BDs actuelles échouent lamentablement sur ce point, je me permet donc de souligner la chose quand elle se présente), et les combats sont aussi rythmés que lisibles. Le tout avec des monstres affamés du plus bel effet. Enfin, on a quelques petites surprises, bien qu'un peu faciles certes, qui dynamisent l'ensemble. Là où cela se gâte un peu, c'est au niveau de certains choix éditoriaux: -On ne sait quasiment rien de la société dictatoriale que les condamnés sont invités à faire tomber à la fin, cette invitation tombe donc comme un cheveu sur la soupe et laisse assez indifférent. On aurait aimé que le même soin apporté à poser les persos eut été appliqué à poser la société dans laquelle ils évoluent -Aucun des condamnés, pour le moment, ne nous apparaît totalement méprisable: même le tueur à gages du groupe a un côté humain inattendu. Certes, même le pire monstre a une humanité, mais cela semble assez forcé, aucun ne semble être un vrai salopard -Enfin, il y a un sous-texte / un message religieux qui inquiète un peu, à coups de prophéties et autres : déjà pareil, on ne nous pose pas davantage les croyances de cette société. Ensuite, on ne comprend pas trop pourquoi ces personnages auraient des visions ou seraient des prophètes...Reste à voir comment cela sera amené dans les deux tomes suivants, cela peut donner du bon ou du très mauvais. Ma note actuelle est de 4/5 car malgré ces tempéraments, cette série apparaît prometteuse. La note peut descendre en fonction des tomes suivants.
Le Dernier debout - Jack Johnson, fils d’esclaves et champion du monde
Etonnante mise en scène de la destinée du premier champion du monde de boxe noir ! Outre la personnalité de Jack Johnson, c’est vraiment cette structure faite de multiples tableaux qui m’aura le plus marqué. Le procédé est très original (grandes illustrations, phrases mises en avant, mise en page plus souvent éclatée qu’à son tour, textes qui ressemblent à de courts articles de journaux), désarçonne dans un premier temps mais devient vite addictif. A un point tel que je n’ai pas su abandonner l’objet avant d’en avoir lu la dernière ligne. La narration à la première personne est soignée et permet de dresser un portrait saisissant de Jack Johnson. Le boxeur nous est présenté avec ses forces et ses faiblesses : un être blessé et blessant, hautain et fragile, arrogant, violent, provocateur et pourtant touchant. Tout au long du combat qui va le voir conserver son titre de champion du monde, il nous parle de lui, de sa jeunesse, des obstacles qu’il aura dû franchir, de ses amours, de ses ambitions. Le combat reste pourtant toujours au premier plan, rythmé par les insultes racistes du public ou du clan adverse. On comprend sa rage même si celle-ci n’excuse pas tous ses agissements. Le dessin alterne grandes illustrations et passages plus classiques. Il s’agit véritablement d’une mise en scène du texte, dans un style en noir et blanc très soigné. C’est sec, parfois agressif, toujours adapté au sujet. Grand coup de chapeau à Sidonie Van Den Dries, la traductrice, car il s’agissait véritablement d’un défi. Adrian Matejka est d’ailleurs crédité sur l’album en qualité de poète et non de scénariste (et même s’il s’agit d’une poésie en prose, je comprends parfaitement ce choix). Je ressors de ma lecture véritablement marqué. La trajectoire de Jack Johnson méritait déjà qu’on s’y attarde mais la mise en scène des auteurs apporte quelque chose en plus qui fait de cet album une œuvre forte et originale. Un coup de cœur, pour ma part.
Jusqu'au dernier
J'ai adoré lire cette BD : + Très bon scénario, surprenant, haletant + Bien dessiné + Univers Western que j'adore + Personnages nuancés : pas de gentils / méchants - J'aurais aimé en savoir un peu plus sur les personnages / un peu court selon moi