C'est tout à fait le genre de BD que j'adore.
Tout d'abord, le thème est intéressant même s'il est vrai qu'il n'est pas très original. Combien de chef-d'oeuvres, et je ne parle pas de BD, parlent de cette époque ? (La vie est belle, Le vieux fusil, Un sac de bille...) ?
L'histoire nous plonge au coeur de la vie de Joseph, cet orphelin juif, à un tournant de sa vie. Il est obligé de fuir sa maison et ses amis pour se cacher, seul. J'ai souvent été émue : lors des adieux déchirants de Joseph à sa "famille", lors des railleries si cruelles des enfants, quand se développe l'amitié entre Joseph et Auguste...
Quant au dessin, il sublime l'histoire. J'aime énormément ce type de dessin, façon "dessin animé", avec de magnifiques couleurs adaptées à l'histoire. Les visages sont très expressifs, les cadrages originaux.
Au final, une magnifique BD dont j'ai hâte de découvrir la suite. Si la fin est tout aussi belle que le 1er tome, cette série gagnera alors peut-être sa 5ème étoile...
A découvrir d'urgence !
"Gaston Lagaffe" ou l’employé « modèle »...
Franquin a donné vie à un personnage follement attachant et profondément humain, un archétype de l’antihéros. Les gags de cet employé de bureau flémard et gaffeur sont tordants. Alors oui, il est paresseux, mais d’un autre côté, il est serviable envers ses amis, et très imaginatif surtout en ce qui concerne ses inventions délirantes. Personnellement, je ne suis pas un inconditionnel des aventures de Spirou et Fantasio et pour moi, le vrai chef d’œuvre de Franquin c’est Gaston.
Au dessin Franquin est un vrai génie avec un style bien à part qui en a inspiré plus d’un. Sur les premiers tomes le trait est fin, clair et très épuré, et ensuite il devient plus fouillis, plus ... comment dire... chaotique, et les planches gagnent énormément en vie et en mouvement. Le style Franquin contrairement à Hergé, c’est d’apporter du dynamisme et de l’énergie avec de SAVANT gribouillis.
Les couleurs de studio (Léonardo entre autres), sont tout ce qu’il y a de plus classique dans la BD franco-belge de l’époque.
Encore une fois je viens donner mon avis sur une série, en ayant pris le temps de lire les avis des uns et des autres sans exception.
Je pourrai reprendre mot pour mot, et à mon compte, l'avis de l'Ymagier, mais je voudrais apporter un complément que les détracteurs de cette série (leur avis est pour moi tout aussi respectable) devraient examiner :
Pour moi, la seule façon d'apprécier "Cédric", c'est d'avoir eu des enfants de cet age, et c'est seulement là que l'on peut apprécier toute la finesse, le réalisme, et la fantaisie de ces petites histoires courtes, réels moments de vie.
C'est beaucoup plus moderne (par rapport à l'époque actuelle) que Boule et Bill, que j'apprécie tout autant, mais qui me font moins rire, parce que, dans ce cas, on est plus proche du style conventionnel des années 60/70.
Il ne faut pas non plus oublier que les gags, voulus ou pas, réels ou pas, sont, à cet age, souvent répétitifs, mais avec des facettes changeantes à chaque fois, que l'on trouve dans ces répétitions qui choquent certains d'entre nous. Sur ce plan là aussi, Cauvin a bien observé cette tranche d'age de l'enfance, sans tomber dans la caricature.
N'oublions pas que, si les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures, certains gags ne donnent toute leur saveur, que dans la récursivité.
De vrais moments de rigolade naturelle !
Raymond
On parle beaucoup de manga en mal mais pourquoi ne pas le prendre comme de la bande dessinée tout simplement... Le rejeter en bloc serait une erreur et la preuve en est ce titre "Planètes". Il existe des titres réellement intéressants et surprenants qui valent la peine d'être lus.
"Planètes" c'est un condensé d'humour, d'aventures et de réflexion sur l'Homme. On peut même aller un peu plus loin en parlant de réflexion sur la place de l'homme dans l'univers, sur sa fonction et sur le comment gérer sa vie. Ca parait très intello comme ça mais on se laisse aller à réfléchir sans s'en rendre compte !
Makoto Yukimura nous immerge dans le quotidien d'une patrouille de ramasseurs de déchets... spatiaux ! On assiste ainsi à des tranches de vie de chacun des héros et on aperçoit leurs déceptions, leurs attentes, leurs espoirs, leurs exaspérations, leurs envies,... (Le cas clope où une des héroïnes cherchent à tout prix un coin pour fumer est d'actualité !). Les dessins et surtout certaines perspectives sont très accrocheurs et fichtrement bien faits. Pour en revenir à ma lecture, je me suis totalement plongé dedans, occultant quasiment tout autour de moi pour capter l'essentiel de cette oeuvre. Et je suis un peu jaloux du plaisir que ressentiront les lecteurs qui ne connaissent pas encore cette bande dessinée (enfin j'aimerai bien réeffacer ma lecture pour le re-découvrir).
Je ne sais pas pour vous mais parfois il s'installe une espèce de déception, de dépression après une lecture aussi prenante. On a envie d'en parler et de faire partager ce qu'on a lu, mais les gens autour de vous ne peuvent saisir ce que vous ressentez. Peut-être une peur de ne pas retrouver quelque chose d'aussi bien...
Poétique, frais et sensible.
Ne me cherchez pas, je suis encore dans l'espace.
Quand j'ai feuilleté par curiosité cet album, je me suis demandé durant quelques secondes si c'était vraiment une BD. Je croyais en effet parcourir un recueil d'illustrations semblables à des affiches publicitaires à la façon du début du 20e siècle, réalisées en utilisant un graphisme proche des animations shockwave, à base d'aplats de couleurs et de formes géométriques et contrastées.
Mais quand je l'ai lu pour de bon, Rapide Blanc s'est révélé non seulement être une vraie BD mais en outre un récit prenant et intéressant doté d'une narration et d'un graphisme aussi originaux et réussis l'un que l'autre.
Comme dit plus haut, le graphisme est proche du design publicitaire du début du 20e siècle. Les couleurs sont dans des teintes chaudes, marron et orangées. Le style est teinté Art Déco, les compositions sont très esthétiques et agréables à lire comme à regarder.
La narration est réalisée à l'aide d'une image unique par page, mais ces images sont souvent très parlantes qu'elles soient muettes ou qu'au contraire elles incluent des textes qui s'assimilent dans leur décor. En effet, certaines images que l'on croit dénuées de texte narratif les présentent en réalité de manière plus ou moins dissimulés ou du moins élégamment inclus dans les éléments de l'image, texte écrit en générique du film pour raconter que le soir les gens allaient au cinéma, narration sous forme d'indication des étages d'un ascenseur pour décrire l'immeuble où la scène va se passer, et autres exemples qu'il vaut mieux voir de soi-même pour bien comprendre.
Bref, c'est une BD au graphisme de toute beauté et surtout joliment rétro et original.
Quant à l'histoire, c'est celle d'une petite ville artificielle créée dans les années 30 au fin fond du Québec par la société qui allait construire et exploiter le barrage de Rapide-Blanc. Ce n'est finalement rien d'autre qu'un documentaire mais la narration est fluide et emphasée, transformant les simples faits en une belle épopée des temps modernes, une utopie de ville où tout est pour le mieux. C'est véridique et beau à la fois. Et la simple petite anecdote de ce fameux brochet légendaire, Le Général, suffit à donner une humanité et même un certain humour à ce récit.
Les reproches que je pourrais faire cependant sont que le récit traîne un peu en longueur vers le milieu. Quand on a bien compris que la vie dans cette ville était très agréable, on finit par se lasser légèrement de voir que oui, en plus, les habitants pouvaient aussi aller se baigner ou voyager en voiture. En outre, dès le début, on imagine bien quelle sera la fin hélas prévisible de cette aventure humaine. Et finalement, tout le monde n'est peut-être pas prêt à s'acheter une BD au prix relativement élevé qui ne soit qu'un très beau documentaire sur une ville champignon où il faisait bon vivre.
Ceci dit, face à la beauté et à l'originalité des planches et de la narration, face à ce récit à la fois intéressant et émouvant sur la fin, j'ai eu un petit coup de coeur et vous en conseille vraiment la lecture.
Attention, voilà une BD qui va marquer l'histoire du genre.
Encore une fois, Nancy Peña réinvente le conte, à partir de motifs simples, pour nous emmener dans un tourbillon de poésie, de grâce et de passion. Le point de départ ? Alice au pays des merveilles, probablement, un puisard symbolique où pas mal d'auteurs sont déjà venus s'abreuver pour livrer de nombreux chefs-d'oeuvres. Mais elle a également su mêler inextricablement des légendes japonaises avec une trame propre à l'époque victorienne. Le motif du canevas est décidément un élément-phare de l'oeuvre de Nancy Peña.
Son histoire est envoûtante, et nous emmène sur des rivages inconnus, enivrants, charmants.
Son utilisation du noir et blanc est vraiment exceptionnelle pour illustrer ce conte étrange, car par moments on ne sait distinguer la réalité du décor, l'action réelle du motif d'un kimono...
Mais attention, car "le Chat du kimono" ne peut se saisir dès la première tentative. Il est espiègle, malin, et très complexe. Plusieurs lectures seront sans doute nécessaires pour en saisir toute la saveur (en civet ?).
De la pure poésie.
A la lecture de cet album, "Wisher" n'a pas révolutionné mon émoi de lecteur... mais c'est quand même une histoire qui se défend plus que bien.
J'ai eu ici affaire à une sorte "d'urban fantasy" ; un univers décalé où apparaissent des créatures de contes et légendes dans notre vie de tous les jours.
Un bon postulat, d'ailleurs : suite au suicide inopiné d'un de ses amis, un jeune homme -Nigel, à la fin de l'enterrement- apprend d'un curieux gamin qu'il connaîtrait le mobile de ce geste. Un gamin ?... plutôt un gobelin qui se cache dans les sous-sols de Londres. Leur nombre ne cessant de diminuer, seul un djinn pourrait sauver leur espèce. Et ce serait Nigel...
Et c'est parti pour une histoire d'elfes et autres créatures traquées par les humains, par la section "paranormale" des services secrets britanniques -le fameux MI-10-...
Une histoire originale, qui montre un vrai punch ; bien que j'aie constaté quelques références de temps en temps.
De Vita et Latour sont parvenus à créer une vraie alchimie entre les décors et les intervenants ; qu'ils soient personnages réalistes ou êtres fantastiques. Très bon point.
Je me suis laissé tenter. Je ne le regrette pas. J'ai ici eu affaire à un album qui privilégie la qualité d'un récit ; tant au textuel qu'au graphisme. Et c'est assez rare pour que je le mentionne.
Comme l'écrit l'éditeur : "Oserez-vous pousser les portes de l'imaginaire et libérer les chimères ?". N'ayez pas peur de le faire ; avec Nigel vous êtes entre de bonnes mains.
Je ne vais pas décrire une nouvelle fois les personnages des Carroulet.
Je viens de lire "Nicotine crime", troisième tome de la série, sorti au seuil. Le ton est toujours aussi vif. On suit avec grand plaisir la vie de cette famille un peu beauf sur les bords et surtout les aventures de Bébert, l'aîné, qui collectionne les bêtises. Dans ce tome, la maman essaie d'arrêter de fumer et ceci donne lieu à des situations assez cocasses qui font (presque toujours) mouche.
A noter que ce tome est sorti dans un format plus grand et en couleur (les autres étant en noir et blanc).
On dit parfois : "No sex, no future..."
Mais ceux que l'on appelle "les vieux" (que nous serons un jour) y pensent-ils souvent ?...
Rabaté m'a ici emmené "visiter" les pensées coquines de deux copains à la retraite. Et j'ai pris plaisir à m'immiscer, par l'esprit, entre ces deux pépères.
Il faut dire que l'un des deux taquine encore autant la veuve que la truite ; ce qui laisse ainsi souvent pantois son vieux pote...
Rabaté aurait pu m'embarquer, me narrer une histoire "gnangnan" sur l'attrait du sexe opposé au troisième âge. Ben non !... avec son style et son humour, il m'a pris encore -et réellement- à contre-pied.
Un album qui m'a étonné... et aussi ému.
J'ai plus (trop) peur de vieillir si c'est dans ces conditions... Acré papys, va...
Je me suis parfois posé la question de savoir si certaines bandes dessinées auraient le "don" de pouvoir rendre quelqu'un de meilleur, de modifier même la perception de la vie ?...
La lecture des albums de Larcenet m'en a un peu persuadé.
Ce véritable auteur-créateur arrive à faire que cet espèce de concentré d'émotions qu'il me distille ne me paraît jamais surfait ou éventuellement fabriqué.
J'ai suivi avec intérêt -et, je l'avoue, une sorte d'attention parfois touchante- cette chronique de la vie quotidienne où rien de vraiment extraordinaire ne se passe. Sauf ces quelques moments où l'on célèbre quelque chose et que l'on pourrait trouver "banals" ou "bêtes" ; qu'ils soient tristes ou joyeux.
Mais c'est peut-être ça : "ce qui est précieux"... et dont on gardera souvent un souvenir, même futile...
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L'Envolée sauvage
C'est tout à fait le genre de BD que j'adore. Tout d'abord, le thème est intéressant même s'il est vrai qu'il n'est pas très original. Combien de chef-d'oeuvres, et je ne parle pas de BD, parlent de cette époque ? (La vie est belle, Le vieux fusil, Un sac de bille...) ? L'histoire nous plonge au coeur de la vie de Joseph, cet orphelin juif, à un tournant de sa vie. Il est obligé de fuir sa maison et ses amis pour se cacher, seul. J'ai souvent été émue : lors des adieux déchirants de Joseph à sa "famille", lors des railleries si cruelles des enfants, quand se développe l'amitié entre Joseph et Auguste... Quant au dessin, il sublime l'histoire. J'aime énormément ce type de dessin, façon "dessin animé", avec de magnifiques couleurs adaptées à l'histoire. Les visages sont très expressifs, les cadrages originaux. Au final, une magnifique BD dont j'ai hâte de découvrir la suite. Si la fin est tout aussi belle que le 1er tome, cette série gagnera alors peut-être sa 5ème étoile... A découvrir d'urgence !
Gaston Lagaffe
"Gaston Lagaffe" ou l’employé « modèle »... Franquin a donné vie à un personnage follement attachant et profondément humain, un archétype de l’antihéros. Les gags de cet employé de bureau flémard et gaffeur sont tordants. Alors oui, il est paresseux, mais d’un autre côté, il est serviable envers ses amis, et très imaginatif surtout en ce qui concerne ses inventions délirantes. Personnellement, je ne suis pas un inconditionnel des aventures de Spirou et Fantasio et pour moi, le vrai chef d’œuvre de Franquin c’est Gaston. Au dessin Franquin est un vrai génie avec un style bien à part qui en a inspiré plus d’un. Sur les premiers tomes le trait est fin, clair et très épuré, et ensuite il devient plus fouillis, plus ... comment dire... chaotique, et les planches gagnent énormément en vie et en mouvement. Le style Franquin contrairement à Hergé, c’est d’apporter du dynamisme et de l’énergie avec de SAVANT gribouillis. Les couleurs de studio (Léonardo entre autres), sont tout ce qu’il y a de plus classique dans la BD franco-belge de l’époque.
Cédric
Encore une fois je viens donner mon avis sur une série, en ayant pris le temps de lire les avis des uns et des autres sans exception. Je pourrai reprendre mot pour mot, et à mon compte, l'avis de l'Ymagier, mais je voudrais apporter un complément que les détracteurs de cette série (leur avis est pour moi tout aussi respectable) devraient examiner : Pour moi, la seule façon d'apprécier "Cédric", c'est d'avoir eu des enfants de cet age, et c'est seulement là que l'on peut apprécier toute la finesse, le réalisme, et la fantaisie de ces petites histoires courtes, réels moments de vie. C'est beaucoup plus moderne (par rapport à l'époque actuelle) que Boule et Bill, que j'apprécie tout autant, mais qui me font moins rire, parce que, dans ce cas, on est plus proche du style conventionnel des années 60/70. Il ne faut pas non plus oublier que les gags, voulus ou pas, réels ou pas, sont, à cet age, souvent répétitifs, mais avec des facettes changeantes à chaque fois, que l'on trouve dans ces répétitions qui choquent certains d'entre nous. Sur ce plan là aussi, Cauvin a bien observé cette tranche d'age de l'enfance, sans tomber dans la caricature. N'oublions pas que, si les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures, certains gags ne donnent toute leur saveur, que dans la récursivité. De vrais moments de rigolade naturelle ! Raymond
Planètes
On parle beaucoup de manga en mal mais pourquoi ne pas le prendre comme de la bande dessinée tout simplement... Le rejeter en bloc serait une erreur et la preuve en est ce titre "Planètes". Il existe des titres réellement intéressants et surprenants qui valent la peine d'être lus. "Planètes" c'est un condensé d'humour, d'aventures et de réflexion sur l'Homme. On peut même aller un peu plus loin en parlant de réflexion sur la place de l'homme dans l'univers, sur sa fonction et sur le comment gérer sa vie. Ca parait très intello comme ça mais on se laisse aller à réfléchir sans s'en rendre compte ! Makoto Yukimura nous immerge dans le quotidien d'une patrouille de ramasseurs de déchets... spatiaux ! On assiste ainsi à des tranches de vie de chacun des héros et on aperçoit leurs déceptions, leurs attentes, leurs espoirs, leurs exaspérations, leurs envies,... (Le cas clope où une des héroïnes cherchent à tout prix un coin pour fumer est d'actualité !). Les dessins et surtout certaines perspectives sont très accrocheurs et fichtrement bien faits. Pour en revenir à ma lecture, je me suis totalement plongé dedans, occultant quasiment tout autour de moi pour capter l'essentiel de cette oeuvre. Et je suis un peu jaloux du plaisir que ressentiront les lecteurs qui ne connaissent pas encore cette bande dessinée (enfin j'aimerai bien réeffacer ma lecture pour le re-découvrir). Je ne sais pas pour vous mais parfois il s'installe une espèce de déception, de dépression après une lecture aussi prenante. On a envie d'en parler et de faire partager ce qu'on a lu, mais les gens autour de vous ne peuvent saisir ce que vous ressentez. Peut-être une peur de ne pas retrouver quelque chose d'aussi bien... Poétique, frais et sensible. Ne me cherchez pas, je suis encore dans l'espace.
Rapide Blanc
Quand j'ai feuilleté par curiosité cet album, je me suis demandé durant quelques secondes si c'était vraiment une BD. Je croyais en effet parcourir un recueil d'illustrations semblables à des affiches publicitaires à la façon du début du 20e siècle, réalisées en utilisant un graphisme proche des animations shockwave, à base d'aplats de couleurs et de formes géométriques et contrastées. Mais quand je l'ai lu pour de bon, Rapide Blanc s'est révélé non seulement être une vraie BD mais en outre un récit prenant et intéressant doté d'une narration et d'un graphisme aussi originaux et réussis l'un que l'autre. Comme dit plus haut, le graphisme est proche du design publicitaire du début du 20e siècle. Les couleurs sont dans des teintes chaudes, marron et orangées. Le style est teinté Art Déco, les compositions sont très esthétiques et agréables à lire comme à regarder. La narration est réalisée à l'aide d'une image unique par page, mais ces images sont souvent très parlantes qu'elles soient muettes ou qu'au contraire elles incluent des textes qui s'assimilent dans leur décor. En effet, certaines images que l'on croit dénuées de texte narratif les présentent en réalité de manière plus ou moins dissimulés ou du moins élégamment inclus dans les éléments de l'image, texte écrit en générique du film pour raconter que le soir les gens allaient au cinéma, narration sous forme d'indication des étages d'un ascenseur pour décrire l'immeuble où la scène va se passer, et autres exemples qu'il vaut mieux voir de soi-même pour bien comprendre. Bref, c'est une BD au graphisme de toute beauté et surtout joliment rétro et original. Quant à l'histoire, c'est celle d'une petite ville artificielle créée dans les années 30 au fin fond du Québec par la société qui allait construire et exploiter le barrage de Rapide-Blanc. Ce n'est finalement rien d'autre qu'un documentaire mais la narration est fluide et emphasée, transformant les simples faits en une belle épopée des temps modernes, une utopie de ville où tout est pour le mieux. C'est véridique et beau à la fois. Et la simple petite anecdote de ce fameux brochet légendaire, Le Général, suffit à donner une humanité et même un certain humour à ce récit. Les reproches que je pourrais faire cependant sont que le récit traîne un peu en longueur vers le milieu. Quand on a bien compris que la vie dans cette ville était très agréable, on finit par se lasser légèrement de voir que oui, en plus, les habitants pouvaient aussi aller se baigner ou voyager en voiture. En outre, dès le début, on imagine bien quelle sera la fin hélas prévisible de cette aventure humaine. Et finalement, tout le monde n'est peut-être pas prêt à s'acheter une BD au prix relativement élevé qui ne soit qu'un très beau documentaire sur une ville champignon où il faisait bon vivre. Ceci dit, face à la beauté et à l'originalité des planches et de la narration, face à ce récit à la fois intéressant et émouvant sur la fin, j'ai eu un petit coup de coeur et vous en conseille vraiment la lecture.
Le chat du kimono
Attention, voilà une BD qui va marquer l'histoire du genre. Encore une fois, Nancy Peña réinvente le conte, à partir de motifs simples, pour nous emmener dans un tourbillon de poésie, de grâce et de passion. Le point de départ ? Alice au pays des merveilles, probablement, un puisard symbolique où pas mal d'auteurs sont déjà venus s'abreuver pour livrer de nombreux chefs-d'oeuvres. Mais elle a également su mêler inextricablement des légendes japonaises avec une trame propre à l'époque victorienne. Le motif du canevas est décidément un élément-phare de l'oeuvre de Nancy Peña. Son histoire est envoûtante, et nous emmène sur des rivages inconnus, enivrants, charmants. Son utilisation du noir et blanc est vraiment exceptionnelle pour illustrer ce conte étrange, car par moments on ne sait distinguer la réalité du décor, l'action réelle du motif d'un kimono... Mais attention, car "le Chat du kimono" ne peut se saisir dès la première tentative. Il est espiègle, malin, et très complexe. Plusieurs lectures seront sans doute nécessaires pour en saisir toute la saveur (en civet ?). De la pure poésie.
Wisher
A la lecture de cet album, "Wisher" n'a pas révolutionné mon émoi de lecteur... mais c'est quand même une histoire qui se défend plus que bien. J'ai eu ici affaire à une sorte "d'urban fantasy" ; un univers décalé où apparaissent des créatures de contes et légendes dans notre vie de tous les jours. Un bon postulat, d'ailleurs : suite au suicide inopiné d'un de ses amis, un jeune homme -Nigel, à la fin de l'enterrement- apprend d'un curieux gamin qu'il connaîtrait le mobile de ce geste. Un gamin ?... plutôt un gobelin qui se cache dans les sous-sols de Londres. Leur nombre ne cessant de diminuer, seul un djinn pourrait sauver leur espèce. Et ce serait Nigel... Et c'est parti pour une histoire d'elfes et autres créatures traquées par les humains, par la section "paranormale" des services secrets britanniques -le fameux MI-10-... Une histoire originale, qui montre un vrai punch ; bien que j'aie constaté quelques références de temps en temps. De Vita et Latour sont parvenus à créer une vraie alchimie entre les décors et les intervenants ; qu'ils soient personnages réalistes ou êtres fantastiques. Très bon point. Je me suis laissé tenter. Je ne le regrette pas. J'ai ici eu affaire à un album qui privilégie la qualité d'un récit ; tant au textuel qu'au graphisme. Et c'est assez rare pour que je le mentionne. Comme l'écrit l'éditeur : "Oserez-vous pousser les portes de l'imaginaire et libérer les chimères ?". N'ayez pas peur de le faire ; avec Nigel vous êtes entre de bonnes mains.
Les Carroulet
Je ne vais pas décrire une nouvelle fois les personnages des Carroulet. Je viens de lire "Nicotine crime", troisième tome de la série, sorti au seuil. Le ton est toujours aussi vif. On suit avec grand plaisir la vie de cette famille un peu beauf sur les bords et surtout les aventures de Bébert, l'aîné, qui collectionne les bêtises. Dans ce tome, la maman essaie d'arrêter de fumer et ceci donne lieu à des situations assez cocasses qui font (presque toujours) mouche. A noter que ce tome est sorti dans un format plus grand et en couleur (les autres étant en noir et blanc).
Les Petits Ruisseaux
On dit parfois : "No sex, no future..." Mais ceux que l'on appelle "les vieux" (que nous serons un jour) y pensent-ils souvent ?... Rabaté m'a ici emmené "visiter" les pensées coquines de deux copains à la retraite. Et j'ai pris plaisir à m'immiscer, par l'esprit, entre ces deux pépères. Il faut dire que l'un des deux taquine encore autant la veuve que la truite ; ce qui laisse ainsi souvent pantois son vieux pote... Rabaté aurait pu m'embarquer, me narrer une histoire "gnangnan" sur l'attrait du sexe opposé au troisième âge. Ben non !... avec son style et son humour, il m'a pris encore -et réellement- à contre-pied. Un album qui m'a étonné... et aussi ému. J'ai plus (trop) peur de vieillir si c'est dans ces conditions... Acré papys, va...
Le combat ordinaire
Je me suis parfois posé la question de savoir si certaines bandes dessinées auraient le "don" de pouvoir rendre quelqu'un de meilleur, de modifier même la perception de la vie ?... La lecture des albums de Larcenet m'en a un peu persuadé. Ce véritable auteur-créateur arrive à faire que cet espèce de concentré d'émotions qu'il me distille ne me paraît jamais surfait ou éventuellement fabriqué. J'ai suivi avec intérêt -et, je l'avoue, une sorte d'attention parfois touchante- cette chronique de la vie quotidienne où rien de vraiment extraordinaire ne se passe. Sauf ces quelques moments où l'on célèbre quelque chose et que l'on pourrait trouver "banals" ou "bêtes" ; qu'ils soient tristes ou joyeux. Mais c'est peut-être ça : "ce qui est précieux"... et dont on gardera souvent un souvenir, même futile... Une vraiment belle série...