L’Intranquille monsieur Pessoa nous offre plus qu’une simple biographie. Nicolas Barral parvient en effet à nous raconter une histoire humaine et émouvante avant tout… tout en relatant la vie de l’écrivain. Ainsi ce récit s’avère encore plus touchant qu’instructif.
Franchement, chapeau !
Si le nom de Pessoa ne m’était pas inconnu, je ne connais aucun de ses écrits. Mais qu’importe car c’est à l’homme que Nicolas Barral a réussi à m’intéresser. Pessoa est un inadapté de la vie qui s’invente mille vies, un homme lettré et cultivé qui semble ne pouvoir s’exprimer que derrière l’anonymat d’une feuille de papier. Le personnage ainsi décrit est fascinant, touchant, drôle, inaccessible, poète, humain, décalé. Et déjà, rien que pour lui, cette bande dessinée mérite d’être lue.
Mais le coup de génie de Barral aura été de ne pas nous proposer une biographie mais un vrai roman graphique. Roman dans lequel nous suivons un jeune pigiste alors que lui-même se documente sur l’écrivain. Et, plus qu’un simple portrait, c’est tout le rapport à l’écriture qui devient le sujet du livre. « Faites concis » lui dit son patron, mais comment décrire en peu de mots un tel personnage ? Sinon, en le connaissant jusque dans ses failles, en se l’appropriant et en nous délivrant l’essence même du personnage. Et alors qu’un personnage s’éteint, un autre s’éveille. « Avant d’écrire, vivez », lui dira son premier baiser, mais comment faire quand son sujet, lui, n’aura eu de cesse d’écrire pour avoir le sentiment d’exister ?
Le récit baigne dans une ambiance ouateuse, entre les vapeurs d’alcool et l’intranquilité de Pessoa, entre les rêves et la vie, entre l’écrit et le réel (mais l’écrit n’est-il pas parfois plus réel que la réalité ?), au rythme du pas de Pessoa dans les rues de Lisbonne. Plusieurs scènes font à mes yeux montre d’une grande intelligence (lorsque Pessoa demande à son coiffeur de lui décrire un ballon, par exemple) et démontrent l’importance de la littérature et de la culture. C’est une ode à l’écriture et à l’imaginaire, et pourtant un récit très terre à terre. C’est poétique, intelligent, triste et drôle à la fois.
A titre personnel, j’ai adoré !
A l’origine, Oscar et la dame rose est un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt. Roman rapidement adapté en pièce de théâtre par l’auteur lui-même puis adapté en film en 2009.
… Et malgré tout, je ne connaissais absolument pas cette histoire. Il aura donc fallu attendre cette troisième adaptation, en bande dessinée cette fois, pour que je la découvre avec ravissement. C’est le nom de Vincent Zabus qui m’a séduit dans un premier temps (parce que très sincèrement, celui d’Eric-Emmanuel Schmitt, moi, hein, pfff… (comme quoi, je suis vraiment un vieux con)), couplé à la rondeur du trait de Valérie Vernay. Du premier, j’aime l’humanité des scénarios que j’ai eu la chance de lire. De la seconde, j’aime la candeur et la fraicheur qui se dégagent de son trait.
Oscar et la dame rose est une œuvre extrêmement touchante, poétique, humaine, sensible, drôle et légère sur un sujet difficile (la mort) voire tabou (la mort d’un enfant). Sujet casse-gueule s’il en est car il est très tentant d’en faire de trop et de tomber dans le larmoyant insipide. Or, ici, j’ai trouvé son traitement tout simplement parfait. Je me suis attaché aux personnages, j’ai trouvé l’idée d’une journée équivalente à dix ans très poétique et ludique, j’ai été touché par la candeur autant que par la maturité d’Oscar, j’ai aimé cette idée de ces lettres de l’un permettant à l’autre de conserver une relative sérénité à l’heure de sa mort.
Et puis j’ai aimé la rondeur du dessin, l’harmonie des couleurs, la composition des planches, le découpage…
J’ai aimé, quoi !
En quelques années, ce duo a réussi à se singulariser dans cet exercice délicat de la biographie. Une singularisation qui se cristallise sous différents aspects.
Tout d’abord les couvertures, qui mettent le personnage choisi en évidence sur un fond blanc. Et comme le format et la forte pagination demeurent des constantes, ces biographies, dont Anita Conti est le dernier exemple en date, sortent de la masse.
Ensuite la structure. Car à l’image des précédents opus, cette biographie d’Anita Conti s’avère extrêmement facile à lire. Le découpage en chapitres de longueur variable est véritablement addictif et le ton employé, toujours léger et positif, nous incite lui aussi à poursuivre notre lecture. Cette biographie prend ainsi la forme d’une succession d’instantanés qui nous permettent de comprendre le personnage, de nous y attacher et surtout de la suivre une vie durant sans ressentir de lassitude.
Le dessin de Catel amplifie encore cette impression de facilité et de positivité. Les personnages sont souvent souriants, le trait est souple et épuré, la mise en page est aérée. Tous ces éléments contribuent à alléger cette lecture, qui n’en demeure pas moins une biographie rigoureuse.
Enfin toutes les biographies de ce duo se focalisent sur des personnages féminins. Anita Conti ne fait pas exception. Et je suis très heureux que cet album lui soit consacré car c’est un personnage digne d’intérêt, précurseur dans bien des domaines (pêche durable, aquaculture, réduction du gaspillage, etc…). Tous ces aspects, ainsi que les multiples rencontres qui ont jalonné sa vie, sont clairement évoqués dans la bande dessinée. L'épais dossier proposé en fin d'album permet d'encore plus creuser le sujet, en reprécisant certains événements et leur chronologie exacte ou en proposant de courtes biographies complémentaires centrées sur des personnages secondaires du récit. Mais là encore, les auteurs parviennent à faire montre de légèreté. Ce dossier peut ainsi se picorer selon l'envie du lecteur.
En clair, je demeure fan des biographies que signent Bocquet et Catel. Le seul reproche que je pourrais leur faire est le caractère parfois un peu trop hagiographique de leurs biographies. Petit défaut auquel n'échappe pas cet opus mais que je suis prêt à pardonner s'il permet d'intéresser un plus large panel de lecteurs à la trajectoire de cette femme inspirante.
J’ai lu cet album dans la foulée de Pauline à Paris, et j’en ressors avec la même satisfaction.
Il faut dire que « Gaston en Normandie » reprend les mêmes codes narratifs et iconographiques. Et qu’il est presque la suite de « Pauline à la plage ». En effet, il commence où le précédent album finissait, à savoir au moment du débarquement en Normandie de juin 1944.
Benoit Vidal a pris conscience qu’il lui fallait compléter son enquête familiale en interrogeant Gaston (son père), pour croiser sa vision avec celle de Pauline (sa grand-mère donc). Comme pour le précédent album, j’ai bien aimé l’utilisation de photos (d’époque ou datée de l’interview de Pauline ou de Gaston) et de documents divers et variés, parfois réutilisés avec un cadrage différent. Ça ne fait jamais artificiel, et ça complète très bien le récit.
Un récit familial certes. Mais ici plus que dans « Pauline à Paris », le récit familial s’estompe quelque peu derrière quelque chose de plus large : c’est la vision « ordinaire » d’un événement « extraordinaire », c’est aussi petite et grande histoire s’imbriquant, un pan de l’histoire nationale qui est éclairé.
J’apprécie aussi encore une fois la façon de Vidal de se questionner sur ces témoignages, sur ce qu’ils recèlent de « reconstruction », en les confrontant quand c’est possible avec des archives.
Au final ce travail de longue haleine (interviews et retranscription ; recherche d’archives et de documents iconographiques ; construction scénaristique et rédaction) permet au lecteur de toucher de près l’Histoire, et à Vidal de combler les trous, les non-dits, les flous de son histoire familiale.
Une belle réussite.
Note réelle 3,5/5
Et bien, en voilà un album qu’il est chouette.
On retrouve à la barre la même équipe que sur Le Pré derrière l'église dans un registre similaire mais néanmoins bien différent.
Similaire car le récit fait à nouveau la part belle (même principalement) aux animaux qui parlent.
Et différent, dans le cadre bien sûr, mais surtout au niveau du public visé, un récit qui s’adresse principalement aux plus jeunes mais je suis loin d’avoir boudé mon plaisir.
J’ai démarré ma lecture sans grosses attentes mais j’ai trouvé le résultat plus que réussi. En fait, il y a ce petit plus qui était absent d’œuvres comme Puppy knight ou encore La Saga d'Atlas et Axis … mine de rien ça fait toute la différence sur le plaisir de lecture.
Crisse recycle quelques idées aperçues dans Kookabura avec la mythologie aborigène, le tout est rondement mené pour un one shot.
Le côté niais est très discret, l’aventure est menée tambour battant et se révèle assez dense entre nombreuses péripéties et rencontres. On ajoute à ça une pointe d’humour et un graphisme qu’on ne présente plus.
Bref bien bien sympa à suivre, une BD que l’on peut piquer à ses enfants.
Ce qui ressort de Saison Brune, c’est la manière dont Philippe Squarzoni mêle sa réflexion personnelle à une analyse factuelle des enjeux climatiques. Ce n’est pas juste un documentaire illustré, mais aussi un témoignage intime de son propre cheminement face à l’urgence climatique. Pour quelqu’un qui s’est déjà bien renseigné sur le sujet, certaines données paraissent un peu obsolètes (production des panneaux solaires, électrification des voitures et son impact sur la demande en électricité à venir etc.) mais c'est aussi intéressant de voir ce qui a évolué depuis 2018 (6 ans quand même). Mais ce n’est pas ça qui marque le plus. Ce qui fait la force de l’album, c’est la réflexion sociale qu’il propose et la question de savoir ce que chacun peut faire, à son niveau. Squarzoni ne se limite pas à un constat froid, il interroge aussi ses propres actions. Ça résonne beaucoup avec des réflexions que j’ai pu avoir moi-même.
Graphiquement, le dessin est précis, presque clinique, en noir et blanc. Il accompagne bien le ton sérieux de l’ouvrage. Ce trait net, sans fioriture, sert le propos documentaire. C’est un dessin qui ne cherche pas à embellir la réalité, mais plutôt à la rendre lisible. Personnellement j'adore.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la réflexion sociale et personnelle qu’on trouve tout au long de l’album. Squarzoni ne se contente pas de dénoncer les chiffres et les faits, il aborde aussi les conséquences sociales des changements climatiques et les contradictions individuelles. On sent qu’il est habité par ce questionnement, et ça donne une dimension plus humaine à l’œuvre. Ce n’est pas juste une BD qui aligne des données, c’est aussi une réflexion sur ce qu’on peut faire, ou ne pas faire, à titre personnel. Ça va au-delà de la simple vulgarisation.
Et même si le sujet est dense, Squarzoni réussit à apporter un peu de légèreté. Les pubs et fausses pubs disséminées dans l’album créent des moments de respiration. C’est une belle manière de détendre l’atmosphère sans dénaturer le propos. Ces inserts décalés permettent de prendre un peu de recul, tout en renforçant l’ironie de notre société de consommation face aux enjeux climatiques.
Pour un néophyte, l’album offre une bonne vulgarisation, bien structurée, mais pour ceux qui ont déjà creusé la question, la véritable valeur de Saison Brune réside dans la réflexion sociale et personnelle qu’il propose. C’est cet aspect qui rend l’album pertinent pour tous.
3.5
Seconde adaptation d'un roman par Pitz que je lis et j'ai mieux aimé que La Bobine d'Alfred. Il faut dire que ce roman semble s'adresse à un public plus vieux et on n'est pas dans un récit jeunesse au scénario convenu que n'importe quel adulte a vu au moins 100 fois lorsqu'il était lui-même jeune.
On suit notre héros, un pauvre ado qui déménage dans un petit village qu'il n'aime pas et qui vit sous le joute d'un père tyrannique. Je ne savais pas trop quoi penser du scénario et petit à petit je me suis mis à trouver que c'était captivant de suivre la vie de cet adolescent ayant des problèmes. Le rythme est un peu lent, mais efficace. C'est intéressant de voir comment avec l'aide des autres, notre héros va finir par s'en sortir. Le seul ombre au tableau est que je trouve que la manière dont lui et ses frères vont se débarrasser de leur père m'a semblé un peu trop facile.
Le dessin est pas mal même si parfois j'avais de la difficulté à différencier le héros et un de ses deux grands frères.
Merlusse est un des premiers titres mis en BD dans la nouvelle collection pilotée par Scotto et Stoffel sur les œuvres de Pagnol. Titre peu connu, ce n'est pas un roman mais un scénario des années 30, il paraît entre La Gloire de mon Père et Topaze un sacré défi !
Je ne connaissais pas du tout l'histoire et j'ai été favorablement surpris malgré un graphisme qui m'a moyennement séduit.
J'ai l'impression que Pagnol s'est amusé à revisiter le conte de Noël de Dickens dans une sorte de miroir inversé amusant. Merlusse est l'anti Scrooge même si au début il y a des points de ressemblance. Surtout le scénario de Pagnol prend plaisir aux contrepieds ( On est pas loin du Vélodrome non?).
Dans un lycée Thiers que Pagnol connaît bien, un groupe d'élèves se retrouve seul pour une veillée de Noël dans un dortoir surveillé par le terrrible Blanchard alias Merlusse ancien du Tonkin à la balafre digne du plus grand des pirates. Sauf que ces enfants sont tous issus de parents très riches.
Riches mais délaissés et on ne peut qu'avoir de la sympathie pour ces gamins oubliés qui compensent par des blagues potaches. Scrooge le richissime avait eu besoin d'une vraie leçon pour lui ouvrir le cœur pas Merlusse petit prof méridional.
Un conte qui rebondit sur celui de Dickens bien plus subtil qu'il n'y paraît pour aller au-delà des apparences. Scotto et Stoffel délivrent un scénario très fluide et de plus en plus intéressant au fil de la lecture.
J'ai moins accroché au graphisme de Dan que celui de Tanco (pour d'autres opus). Toutefois Dan réussit bien le personnage sévère de Merlusse. De plus il y a la difficulté de proposer une ambiance de Marseille l'hiver dans un espace clos. . C'est presque contre nature en comparaison des ambiances lumineuses des campagnes environnantes.
Je pousse un peu ma note malgré cette réserve graphique mais ce fut une découverte agréable dans une collection que j'apprécie de plus en plus.
3.5
J'ai bien aimé cet album même si comme l'indique si bien Ro, la fin est un peu frustrante. J'aurais aimé que des éléments du scénario soient plus développé et aussi voir ce que va faire le héros après avoir apprit toutes ses choses. On dirait presque une longue introduction à une série, mais c'est censé être un one-shot.
En tout cas, malgré ce coté frustrant, l'album est très bon. Le scénario est captivant. Je me suite tout de suite identifié au personnage principal qui comme moi découvrait une nouvelle culture à la fois captivante et intrigante. On voit aussi que le héros semble avoir des choses à cacher et ce mystère rend le scénario encore plus passionnant.
Le dessin est simple et efficace avec une belle coloration.
Attention, sujet explosif !
Jusqu’où iront-ils ? L’attaque de l’armée israélienne contre la prison à ciel ouvert qu’est Gaza, attaque qui s’apparente de plus en plus à un génocide, prendra-t-elle fin un jour ? C’est la question que tout le monde se pose, au-delà des opinions… Alors que plus le temps passe, que plus les promesses de Netanyahou de ramener les derniers otages israéliens sains et saufs et de détruire le Hamas apparaissent comme une vaste escroquerie, les États-Unis et l’Europe font preuve d’un silence assourdissant et d’une quasi bienveillance à l’égard de la politique militaire de l’État juif. Lassé de se sentir impuissant, comme tous ceux que la situation révolte, Joe Sacco vient de publier « Guerre à Gaza », un ouvrage corrosif d’une trentaine de pages pour nous livrer sa vision des choses.
Le plus talentueux des bédéistes-reporters ayant souvent traité de la situation dans cette région du monde, avec notamment Palestine et "Gaza 1956", il avait assurément la plus grande légitimité pour s’exprimer sur les massacres conduits par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou depuis les attentats du 7 octobre 2023. Ouvrage réalisé dans l’urgence, « Guerre à Gaza » est d’un format qui le rapproche d’un fascicule, mais où l’auteur dit exactement tout ce qui lui pèse sur le cœur concernant ce conflit, sans nul doute le plus grave depuis la création de l’État hébreu en 1956.
L’auteur semble avoir trempé sa plume et son pinceau dans l’acide pour exprimer une rage dopée par son impuissance face à la tragédie qui frappe Gaza et ses habitants, mais aussi sa révolte vis-à-vis de l’hypocrisie de son pays, les États-Unis (derrière lesquels s’abrite l’Europe, soit dit en passant), qui n’ont cessé d’envoyer de l’aide armée au gouvernement israélien depuis le début des bombardements, qui ont déjà fait plus de 30.000 victimes civiles. Au-delà du principal dirigeant concerné, Netanyahou, autant dire que Joe Biden en prend pour son grade. Son image de papy-gâteau (parfois plus gâteux que gâteau, il faut bien le dire) est violemment étrillée par Sacco, qui le montre sous un jour des plus cyniques en dénonçant les hypocrisies et la mauvaise foi de la Maison blanche, lorsque son porte-parole John Kirby annonce sans rire que les USA « pourraient aussi revendiquer le titre de principal bienfaiteur humanitaire ».
Le dessin de Joe Sacco accompagne avec véhémence cette dénonciation de ce qui apparaît de plus en plus comme un crime contre l’humanité. La violence de certains passages très réalistes — le plus souvent des images d’immeubles dévastés ou de ruines — est parallèlement transcendée par un onirisme féroce, qui n’en est pas moins une injonction adressée aux puissants de ce monde à réfléchir sur leur inaction, laquelle s’apparente dans le cas présent à de la complicité. On aimerait croire que le choc de ces images pourrait produire l’électrochoc escompté des cerveaux… Pour mieux décrire le malaise qui le ronge, l’auteur se met en scène au sortir d’un cauchemar paranoïaque, culpabilisant d’avoir contribué à financer par ses impôts une bombe décimant des enfants gazaouis, tout en constatant la politique sociale désastreuse dans son propre pays.
Ce qui semble également ulcérer Joe Sacco est que « dans le monde d’aujourd’hui, dire que l’on veut arrêter un génocide est considéré comme un discours de haine. Tandis que diffamer ceux qui veulent l’arrêter est un discours rémunéré. » Un postulat que l’on peut parfaitement vérifier dans la France de Macron, où la présidente de l’Assemblée elle-même n’hésite pas à afficher un pin’s du drapeau israélien, et où ceux qui émettent la moindre critique vis-à-vis de la politique d'Israël sont rapidement ostracisés, quand ils ne sont pas purement et simplement taxés d’extrémistes « islamo-gauchistes » voire antisémites par les canaux politico-médiatiques de droite. Pourtant, on se dit que ces ficelles langagières devraient finir par se voir tant elles ressemblent à des cordes grossières. En attendant, tant qu’il y aura des voix pour s’élever contre cette situation, on se dit que l’espoir reste permis.
A ce titre, Monsieur Sacco, comme les rares voix qui cherchent à se faire entendre — on peut évoquer Dominique de Villepin, tout récemment —, si l’on exclut ceux dont le discours est déjà habilement décrédibilisé, mérite toute la reconnaissance des citoyens du monde qui croient encore aux forces humanistes de progrès et du vivre ensemble. A l’inverse de nos hypocrites démocraties pour qui de lucratives politiques d’armements peuvent bien justifier des barbaries occasionnelles et localisées contre des « animaux humains ». Et parce qu’on ne peut parler ni de génocide ni de légitime défense, Sacco, de façon à la fois ironique et désabusée, propose cet oxymore approprié : « auto-défense génocidaire ». Afin peut-être d’alimenter la réflexion au sein de chaque camp, à défaut de les réconcilier…
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L'Intranquille monsieur Pessoa
L’Intranquille monsieur Pessoa nous offre plus qu’une simple biographie. Nicolas Barral parvient en effet à nous raconter une histoire humaine et émouvante avant tout… tout en relatant la vie de l’écrivain. Ainsi ce récit s’avère encore plus touchant qu’instructif. Franchement, chapeau ! Si le nom de Pessoa ne m’était pas inconnu, je ne connais aucun de ses écrits. Mais qu’importe car c’est à l’homme que Nicolas Barral a réussi à m’intéresser. Pessoa est un inadapté de la vie qui s’invente mille vies, un homme lettré et cultivé qui semble ne pouvoir s’exprimer que derrière l’anonymat d’une feuille de papier. Le personnage ainsi décrit est fascinant, touchant, drôle, inaccessible, poète, humain, décalé. Et déjà, rien que pour lui, cette bande dessinée mérite d’être lue. Mais le coup de génie de Barral aura été de ne pas nous proposer une biographie mais un vrai roman graphique. Roman dans lequel nous suivons un jeune pigiste alors que lui-même se documente sur l’écrivain. Et, plus qu’un simple portrait, c’est tout le rapport à l’écriture qui devient le sujet du livre. « Faites concis » lui dit son patron, mais comment décrire en peu de mots un tel personnage ? Sinon, en le connaissant jusque dans ses failles, en se l’appropriant et en nous délivrant l’essence même du personnage. Et alors qu’un personnage s’éteint, un autre s’éveille. « Avant d’écrire, vivez », lui dira son premier baiser, mais comment faire quand son sujet, lui, n’aura eu de cesse d’écrire pour avoir le sentiment d’exister ? Le récit baigne dans une ambiance ouateuse, entre les vapeurs d’alcool et l’intranquilité de Pessoa, entre les rêves et la vie, entre l’écrit et le réel (mais l’écrit n’est-il pas parfois plus réel que la réalité ?), au rythme du pas de Pessoa dans les rues de Lisbonne. Plusieurs scènes font à mes yeux montre d’une grande intelligence (lorsque Pessoa demande à son coiffeur de lui décrire un ballon, par exemple) et démontrent l’importance de la littérature et de la culture. C’est une ode à l’écriture et à l’imaginaire, et pourtant un récit très terre à terre. C’est poétique, intelligent, triste et drôle à la fois. A titre personnel, j’ai adoré !
Oscar et la dame rose
A l’origine, Oscar et la dame rose est un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt. Roman rapidement adapté en pièce de théâtre par l’auteur lui-même puis adapté en film en 2009. … Et malgré tout, je ne connaissais absolument pas cette histoire. Il aura donc fallu attendre cette troisième adaptation, en bande dessinée cette fois, pour que je la découvre avec ravissement. C’est le nom de Vincent Zabus qui m’a séduit dans un premier temps (parce que très sincèrement, celui d’Eric-Emmanuel Schmitt, moi, hein, pfff… (comme quoi, je suis vraiment un vieux con)), couplé à la rondeur du trait de Valérie Vernay. Du premier, j’aime l’humanité des scénarios que j’ai eu la chance de lire. De la seconde, j’aime la candeur et la fraicheur qui se dégagent de son trait. Oscar et la dame rose est une œuvre extrêmement touchante, poétique, humaine, sensible, drôle et légère sur un sujet difficile (la mort) voire tabou (la mort d’un enfant). Sujet casse-gueule s’il en est car il est très tentant d’en faire de trop et de tomber dans le larmoyant insipide. Or, ici, j’ai trouvé son traitement tout simplement parfait. Je me suis attaché aux personnages, j’ai trouvé l’idée d’une journée équivalente à dix ans très poétique et ludique, j’ai été touché par la candeur autant que par la maturité d’Oscar, j’ai aimé cette idée de ces lettres de l’un permettant à l’autre de conserver une relative sérénité à l’heure de sa mort. Et puis j’ai aimé la rondeur du dessin, l’harmonie des couleurs, la composition des planches, le découpage… J’ai aimé, quoi !
Anita Conti
En quelques années, ce duo a réussi à se singulariser dans cet exercice délicat de la biographie. Une singularisation qui se cristallise sous différents aspects. Tout d’abord les couvertures, qui mettent le personnage choisi en évidence sur un fond blanc. Et comme le format et la forte pagination demeurent des constantes, ces biographies, dont Anita Conti est le dernier exemple en date, sortent de la masse. Ensuite la structure. Car à l’image des précédents opus, cette biographie d’Anita Conti s’avère extrêmement facile à lire. Le découpage en chapitres de longueur variable est véritablement addictif et le ton employé, toujours léger et positif, nous incite lui aussi à poursuivre notre lecture. Cette biographie prend ainsi la forme d’une succession d’instantanés qui nous permettent de comprendre le personnage, de nous y attacher et surtout de la suivre une vie durant sans ressentir de lassitude. Le dessin de Catel amplifie encore cette impression de facilité et de positivité. Les personnages sont souvent souriants, le trait est souple et épuré, la mise en page est aérée. Tous ces éléments contribuent à alléger cette lecture, qui n’en demeure pas moins une biographie rigoureuse. Enfin toutes les biographies de ce duo se focalisent sur des personnages féminins. Anita Conti ne fait pas exception. Et je suis très heureux que cet album lui soit consacré car c’est un personnage digne d’intérêt, précurseur dans bien des domaines (pêche durable, aquaculture, réduction du gaspillage, etc…). Tous ces aspects, ainsi que les multiples rencontres qui ont jalonné sa vie, sont clairement évoqués dans la bande dessinée. L'épais dossier proposé en fin d'album permet d'encore plus creuser le sujet, en reprécisant certains événements et leur chronologie exacte ou en proposant de courtes biographies complémentaires centrées sur des personnages secondaires du récit. Mais là encore, les auteurs parviennent à faire montre de légèreté. Ce dossier peut ainsi se picorer selon l'envie du lecteur. En clair, je demeure fan des biographies que signent Bocquet et Catel. Le seul reproche que je pourrais leur faire est le caractère parfois un peu trop hagiographique de leurs biographies. Petit défaut auquel n'échappe pas cet opus mais que je suis prêt à pardonner s'il permet d'intéresser un plus large panel de lecteurs à la trajectoire de cette femme inspirante.
Gaston en Normandie
J’ai lu cet album dans la foulée de Pauline à Paris, et j’en ressors avec la même satisfaction. Il faut dire que « Gaston en Normandie » reprend les mêmes codes narratifs et iconographiques. Et qu’il est presque la suite de « Pauline à la plage ». En effet, il commence où le précédent album finissait, à savoir au moment du débarquement en Normandie de juin 1944. Benoit Vidal a pris conscience qu’il lui fallait compléter son enquête familiale en interrogeant Gaston (son père), pour croiser sa vision avec celle de Pauline (sa grand-mère donc). Comme pour le précédent album, j’ai bien aimé l’utilisation de photos (d’époque ou datée de l’interview de Pauline ou de Gaston) et de documents divers et variés, parfois réutilisés avec un cadrage différent. Ça ne fait jamais artificiel, et ça complète très bien le récit. Un récit familial certes. Mais ici plus que dans « Pauline à Paris », le récit familial s’estompe quelque peu derrière quelque chose de plus large : c’est la vision « ordinaire » d’un événement « extraordinaire », c’est aussi petite et grande histoire s’imbriquant, un pan de l’histoire nationale qui est éclairé. J’apprécie aussi encore une fois la façon de Vidal de se questionner sur ces témoignages, sur ce qu’ils recèlent de « reconstruction », en les confrontant quand c’est possible avec des archives. Au final ce travail de longue haleine (interviews et retranscription ; recherche d’archives et de documents iconographiques ; construction scénaristique et rédaction) permet au lecteur de toucher de près l’Histoire, et à Vidal de combler les trous, les non-dits, les flous de son histoire familiale. Une belle réussite. Note réelle 3,5/5
Uluru
Et bien, en voilà un album qu’il est chouette. On retrouve à la barre la même équipe que sur Le Pré derrière l'église dans un registre similaire mais néanmoins bien différent. Similaire car le récit fait à nouveau la part belle (même principalement) aux animaux qui parlent. Et différent, dans le cadre bien sûr, mais surtout au niveau du public visé, un récit qui s’adresse principalement aux plus jeunes mais je suis loin d’avoir boudé mon plaisir. J’ai démarré ma lecture sans grosses attentes mais j’ai trouvé le résultat plus que réussi. En fait, il y a ce petit plus qui était absent d’œuvres comme Puppy knight ou encore La Saga d'Atlas et Axis … mine de rien ça fait toute la différence sur le plaisir de lecture. Crisse recycle quelques idées aperçues dans Kookabura avec la mythologie aborigène, le tout est rondement mené pour un one shot. Le côté niais est très discret, l’aventure est menée tambour battant et se révèle assez dense entre nombreuses péripéties et rencontres. On ajoute à ça une pointe d’humour et un graphisme qu’on ne présente plus. Bref bien bien sympa à suivre, une BD que l’on peut piquer à ses enfants.
Saison brune
Ce qui ressort de Saison Brune, c’est la manière dont Philippe Squarzoni mêle sa réflexion personnelle à une analyse factuelle des enjeux climatiques. Ce n’est pas juste un documentaire illustré, mais aussi un témoignage intime de son propre cheminement face à l’urgence climatique. Pour quelqu’un qui s’est déjà bien renseigné sur le sujet, certaines données paraissent un peu obsolètes (production des panneaux solaires, électrification des voitures et son impact sur la demande en électricité à venir etc.) mais c'est aussi intéressant de voir ce qui a évolué depuis 2018 (6 ans quand même). Mais ce n’est pas ça qui marque le plus. Ce qui fait la force de l’album, c’est la réflexion sociale qu’il propose et la question de savoir ce que chacun peut faire, à son niveau. Squarzoni ne se limite pas à un constat froid, il interroge aussi ses propres actions. Ça résonne beaucoup avec des réflexions que j’ai pu avoir moi-même. Graphiquement, le dessin est précis, presque clinique, en noir et blanc. Il accompagne bien le ton sérieux de l’ouvrage. Ce trait net, sans fioriture, sert le propos documentaire. C’est un dessin qui ne cherche pas à embellir la réalité, mais plutôt à la rendre lisible. Personnellement j'adore. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la réflexion sociale et personnelle qu’on trouve tout au long de l’album. Squarzoni ne se contente pas de dénoncer les chiffres et les faits, il aborde aussi les conséquences sociales des changements climatiques et les contradictions individuelles. On sent qu’il est habité par ce questionnement, et ça donne une dimension plus humaine à l’œuvre. Ce n’est pas juste une BD qui aligne des données, c’est aussi une réflexion sur ce qu’on peut faire, ou ne pas faire, à titre personnel. Ça va au-delà de la simple vulgarisation. Et même si le sujet est dense, Squarzoni réussit à apporter un peu de légèreté. Les pubs et fausses pubs disséminées dans l’album créent des moments de respiration. C’est une belle manière de détendre l’atmosphère sans dénaturer le propos. Ces inserts décalés permettent de prendre un peu de recul, tout en renforçant l’ironie de notre société de consommation face aux enjeux climatiques. Pour un néophyte, l’album offre une bonne vulgarisation, bien structurée, mais pour ceux qui ont déjà creusé la question, la véritable valeur de Saison Brune réside dans la réflexion sociale et personnelle qu’il propose. C’est cet aspect qui rend l’album pertinent pour tous.
Jusqu'ici tout va bien (Pitz)
3.5 Seconde adaptation d'un roman par Pitz que je lis et j'ai mieux aimé que La Bobine d'Alfred. Il faut dire que ce roman semble s'adresse à un public plus vieux et on n'est pas dans un récit jeunesse au scénario convenu que n'importe quel adulte a vu au moins 100 fois lorsqu'il était lui-même jeune. On suit notre héros, un pauvre ado qui déménage dans un petit village qu'il n'aime pas et qui vit sous le joute d'un père tyrannique. Je ne savais pas trop quoi penser du scénario et petit à petit je me suis mis à trouver que c'était captivant de suivre la vie de cet adolescent ayant des problèmes. Le rythme est un peu lent, mais efficace. C'est intéressant de voir comment avec l'aide des autres, notre héros va finir par s'en sortir. Le seul ombre au tableau est que je trouve que la manière dont lui et ses frères vont se débarrasser de leur père m'a semblé un peu trop facile. Le dessin est pas mal même si parfois j'avais de la difficulté à différencier le héros et un de ses deux grands frères.
Merlusse
Merlusse est un des premiers titres mis en BD dans la nouvelle collection pilotée par Scotto et Stoffel sur les œuvres de Pagnol. Titre peu connu, ce n'est pas un roman mais un scénario des années 30, il paraît entre La Gloire de mon Père et Topaze un sacré défi ! Je ne connaissais pas du tout l'histoire et j'ai été favorablement surpris malgré un graphisme qui m'a moyennement séduit. J'ai l'impression que Pagnol s'est amusé à revisiter le conte de Noël de Dickens dans une sorte de miroir inversé amusant. Merlusse est l'anti Scrooge même si au début il y a des points de ressemblance. Surtout le scénario de Pagnol prend plaisir aux contrepieds ( On est pas loin du Vélodrome non?). Dans un lycée Thiers que Pagnol connaît bien, un groupe d'élèves se retrouve seul pour une veillée de Noël dans un dortoir surveillé par le terrrible Blanchard alias Merlusse ancien du Tonkin à la balafre digne du plus grand des pirates. Sauf que ces enfants sont tous issus de parents très riches. Riches mais délaissés et on ne peut qu'avoir de la sympathie pour ces gamins oubliés qui compensent par des blagues potaches. Scrooge le richissime avait eu besoin d'une vraie leçon pour lui ouvrir le cœur pas Merlusse petit prof méridional. Un conte qui rebondit sur celui de Dickens bien plus subtil qu'il n'y paraît pour aller au-delà des apparences. Scotto et Stoffel délivrent un scénario très fluide et de plus en plus intéressant au fil de la lecture. J'ai moins accroché au graphisme de Dan que celui de Tanco (pour d'autres opus). Toutefois Dan réussit bien le personnage sévère de Merlusse. De plus il y a la difficulté de proposer une ambiance de Marseille l'hiver dans un espace clos. . C'est presque contre nature en comparaison des ambiances lumineuses des campagnes environnantes. Je pousse un peu ma note malgré cette réserve graphique mais ce fut une découverte agréable dans une collection que j'apprécie de plus en plus.
Le Visage de Pavil
3.5 J'ai bien aimé cet album même si comme l'indique si bien Ro, la fin est un peu frustrante. J'aurais aimé que des éléments du scénario soient plus développé et aussi voir ce que va faire le héros après avoir apprit toutes ses choses. On dirait presque une longue introduction à une série, mais c'est censé être un one-shot. En tout cas, malgré ce coté frustrant, l'album est très bon. Le scénario est captivant. Je me suite tout de suite identifié au personnage principal qui comme moi découvrait une nouvelle culture à la fois captivante et intrigante. On voit aussi que le héros semble avoir des choses à cacher et ce mystère rend le scénario encore plus passionnant. Le dessin est simple et efficace avec une belle coloration.
Guerre à Gaza
Attention, sujet explosif ! Jusqu’où iront-ils ? L’attaque de l’armée israélienne contre la prison à ciel ouvert qu’est Gaza, attaque qui s’apparente de plus en plus à un génocide, prendra-t-elle fin un jour ? C’est la question que tout le monde se pose, au-delà des opinions… Alors que plus le temps passe, que plus les promesses de Netanyahou de ramener les derniers otages israéliens sains et saufs et de détruire le Hamas apparaissent comme une vaste escroquerie, les États-Unis et l’Europe font preuve d’un silence assourdissant et d’une quasi bienveillance à l’égard de la politique militaire de l’État juif. Lassé de se sentir impuissant, comme tous ceux que la situation révolte, Joe Sacco vient de publier « Guerre à Gaza », un ouvrage corrosif d’une trentaine de pages pour nous livrer sa vision des choses. Le plus talentueux des bédéistes-reporters ayant souvent traité de la situation dans cette région du monde, avec notamment Palestine et "Gaza 1956", il avait assurément la plus grande légitimité pour s’exprimer sur les massacres conduits par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou depuis les attentats du 7 octobre 2023. Ouvrage réalisé dans l’urgence, « Guerre à Gaza » est d’un format qui le rapproche d’un fascicule, mais où l’auteur dit exactement tout ce qui lui pèse sur le cœur concernant ce conflit, sans nul doute le plus grave depuis la création de l’État hébreu en 1956. L’auteur semble avoir trempé sa plume et son pinceau dans l’acide pour exprimer une rage dopée par son impuissance face à la tragédie qui frappe Gaza et ses habitants, mais aussi sa révolte vis-à-vis de l’hypocrisie de son pays, les États-Unis (derrière lesquels s’abrite l’Europe, soit dit en passant), qui n’ont cessé d’envoyer de l’aide armée au gouvernement israélien depuis le début des bombardements, qui ont déjà fait plus de 30.000 victimes civiles. Au-delà du principal dirigeant concerné, Netanyahou, autant dire que Joe Biden en prend pour son grade. Son image de papy-gâteau (parfois plus gâteux que gâteau, il faut bien le dire) est violemment étrillée par Sacco, qui le montre sous un jour des plus cyniques en dénonçant les hypocrisies et la mauvaise foi de la Maison blanche, lorsque son porte-parole John Kirby annonce sans rire que les USA « pourraient aussi revendiquer le titre de principal bienfaiteur humanitaire ». Le dessin de Joe Sacco accompagne avec véhémence cette dénonciation de ce qui apparaît de plus en plus comme un crime contre l’humanité. La violence de certains passages très réalistes — le plus souvent des images d’immeubles dévastés ou de ruines — est parallèlement transcendée par un onirisme féroce, qui n’en est pas moins une injonction adressée aux puissants de ce monde à réfléchir sur leur inaction, laquelle s’apparente dans le cas présent à de la complicité. On aimerait croire que le choc de ces images pourrait produire l’électrochoc escompté des cerveaux… Pour mieux décrire le malaise qui le ronge, l’auteur se met en scène au sortir d’un cauchemar paranoïaque, culpabilisant d’avoir contribué à financer par ses impôts une bombe décimant des enfants gazaouis, tout en constatant la politique sociale désastreuse dans son propre pays. Ce qui semble également ulcérer Joe Sacco est que « dans le monde d’aujourd’hui, dire que l’on veut arrêter un génocide est considéré comme un discours de haine. Tandis que diffamer ceux qui veulent l’arrêter est un discours rémunéré. » Un postulat que l’on peut parfaitement vérifier dans la France de Macron, où la présidente de l’Assemblée elle-même n’hésite pas à afficher un pin’s du drapeau israélien, et où ceux qui émettent la moindre critique vis-à-vis de la politique d'Israël sont rapidement ostracisés, quand ils ne sont pas purement et simplement taxés d’extrémistes « islamo-gauchistes » voire antisémites par les canaux politico-médiatiques de droite. Pourtant, on se dit que ces ficelles langagières devraient finir par se voir tant elles ressemblent à des cordes grossières. En attendant, tant qu’il y aura des voix pour s’élever contre cette situation, on se dit que l’espoir reste permis. A ce titre, Monsieur Sacco, comme les rares voix qui cherchent à se faire entendre — on peut évoquer Dominique de Villepin, tout récemment —, si l’on exclut ceux dont le discours est déjà habilement décrédibilisé, mérite toute la reconnaissance des citoyens du monde qui croient encore aux forces humanistes de progrès et du vivre ensemble. A l’inverse de nos hypocrites démocraties pour qui de lucratives politiques d’armements peuvent bien justifier des barbaries occasionnelles et localisées contre des « animaux humains ». Et parce qu’on ne peut parler ni de génocide ni de légitime défense, Sacco, de façon à la fois ironique et désabusée, propose cet oxymore approprié : « auto-défense génocidaire ». Afin peut-être d’alimenter la réflexion au sein de chaque camp, à défaut de les réconcilier…