C'est mignon, poétique et simple. J'aime beaucoup ce genre de BD qui illustre l'imagination débordante des enfants à partir d'une tâche aussi banale que faire les courses par exemple. L'auteur-dessinateur, dont je suis toujours sous le charme, rend cette expérience encore plus agréable. Une lecture rapide qui amusera les plus jeunes.
Être dans le vent, c'est avoir un destin de feuille morte. Écrire, c'est prendre des risques.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Elle a été réalisée par Corinne Maier pour le scénario, et par Aurélia Aurita (Hakchenda Khun) pour les dessins, les nuances de gris et les touches de rouge pour quelques objets. Il s'agit du témoignage des suites de la parution du livre Bonjour paresse : de l'art et la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise (2004) de Corinne Maier, publié par les éditions Michalon. L'autrice évoque ses premières semaines de travail au sein de l'entreprise EDF, ses démarches pour faire publier son livre, sa réception médiatique, les réactions de sa hiérarchie et le bilan financier de ce succès de libraire. Cette bande dessinée comporte cent pages, dont seules les trois dernières sont en couleur. Sa première publication date de 2015. Aurita avait déjà réalisé une bande dessinée de même nature Buzz-moi (2009), suite au succès d'ampleur plus modeste, de sa bande dessinée Fraise et chocolat, tome 1 & tome 2 (2006 & 2007).
Un chat s'étire sur son coussin : il se lève et se dirige vers le lit de Corinne. Il y grimpe, lui touche le visage avec la patte, lui miaule fortement dessus, jusqu'à ce qu'elle réagisse. le réveil se met à biper : il est sept heures du matin. Elle écrase la tête du chat comme s'il s'agissait du réveil, et envoie valdinguer ce dernier d'un ample revers de la main. Elle s'étire, récupère et chausse ses lunettes, se lève, se prépare un café et finit par verser des croquettes dans le bol du chat. Elle choisit sa tenue pour son premier jour de travail dans son nouvel emploi, et vérifie le trajet sur la carte. Dehors, un arbre perd sa dernière feuille rouge qui va tomber et s'accrocher sur le casque que Corinne Mayère est en train de mettre, avant de partir en scooter. Après quelques kilomètres, elle parvient à la direction de la recherche d'edéF. Elle pénètre sur le site, gare son scooter, entre dans les locaux et se rend au bureau où elle a rendez-vous tout en écoutant les bribes de conversation.
Casque sous le bras, Corinne Mayère arrive dans le bureau de Jean-François Poivrot qui vient de s'installer dans son fauteuil en cuir. Il lui demande de lui rappeler qui elle est. Il en conclut à haute voix que son transfert a déjà été validé par les ressources humaines. Il consulte son dossier : elle vient d'une des filiales. Il la prévient : ici, c'est différent, plus grand, plus globalisé, plus stratégique. Il faut développer une vision politique des choses. Il espère que le choc ne sera pas trop rude. Elle lui assure qu'elle est prête à relever tous les défis liés à l'ouverture des marchés à la concurrence. Il se lève d'un bond en s'exclamant : Génial ! C'est ça, c'est exactement ça qu'ils recherchent. Il faut développer une vraie culture du changement. Il en a marre de tous ces dinosaures, parce qu'ici c'est du sportif. C'est Fight Club ! Il ajoute qu'elle peut oublier la sécurité de l'emploi : si elle est nulle, il la vire. Il rajoute : c'est une blague, en fait il est super cool comme n+2. Il réfléchit et lui dit qu'elle va travailler avec Pierre Kirillovski, l'un des chefs de projets. Pour répondre à une de ses questions, il lui présente ensuite l'organigramme et lui explique en quoi il correspond à un fonctionnement MA-TRI-CIEL.
Au milieu des années 2000, le marché de l'électricité s'ouvre à la concurrence en France. La bande dessinée présente une jeune femme qui intègre la direction de recherche d'EDF, dans ce contexte, et semble découvrir le monde de l'entreprise, alors que son directeur fait état de son expérience professionnelle précédente. Dans le cours de la bande dessinée, le lecteur observe que la plupart des noms a été changée de manière transparente : eDéF pour EDF, Corinne Mayère pour Corinne Maier, Thierry Ardiçon pour Thierry Ardisson, les éditions Vantalon pour les éditions Michalon, etc., avec de temps en temps un jeu de mot également transparent tel le nom de Jean-François Poivrot pour indiquer un trait de caractère. le lecteur suppose qu'il s'agit d'une précaution pour éviter tout risque de procès, son intuition s'avérant confortée quand il découvre que Corinne a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à la suite de la parution de son livre Bonjour paresse. La structure de la bande dessinée surprend un peu car la première partie évoque l'expérience professionnelle de l'autrice au sein de l'entreprise, mais sans détailler le contenu de son livre. le lecteur peut envisager ce passage comme la mise en place de la réalisation de son livre, la suite (publication, promotion, réactions) remplissant la promesse du titre : son livre figure parmi les meilleures ventes du moment, et est même traduit à l'étranger y compris aux États-Unis. Dans la mesure où ce même livre raconte son quotidien professionnel, sa vie devient un bestseller. Pour autant, la bande dessinée ne présente pas le contenu dudit livre, ni sa tonalité.
Cette aventure éditoriale est présentée de manière linéaire et factuelle : des interactions entre Corinne Mayère et les autres personnages, les dialogues présentant aussi bien leurs réactions que les informations. Les dessins sont très agréables à l’œil : un peu doux dans une veine représentative et réaliste avec un bon degré de simplification, les nuances de gris venant donner de la consistance. Corinne apparaît immédiatement sympathique, vraisemblablement assez jeune, peut-être pas encore trentenaire. Les images montrent bien son quotidien dans sa banalité, mais aussi dans sa spécificité : son appartement assez dépouillé, les quartiers de Paris traversés en scooter, les locaux de la direction de la recherche, les bureaux et les fauteuils à roulette, la machine à café dans un couloir entièrement dépouillé, une salle de réunion impersonnelle, l'esplanade de la Défense avec la grande Arche et la tour eDéF, les locaux des éditions Vantalon, la place Vendôme avec sa colonne, et pour finir une zone montagneuse en Inde, à proximité du village rural de Bir, à l'ouest de la vallée de Joginder Nagar. Même si certaines cases donnent l'impression d'être assez dépouillées, le lecteur ne ressent pas un manque de densité en informations visuelles. Cela aboutit à une compréhension immédiate des dessins, et à une lecture facilitée et assez rapide.
Les personnages présentent la même apparence immédiate, un peu simplifiée, parfois un peu esquissée, avec des expressions de visage un peu appuyée quand il s'agit de montrer une réaction émotionnelle, et des postures qui forment un langage corporel très expressif, communiquant bien l'état d'esprit au lecteur, ou leur réaction. de la page 58 à la page 60, Corinne présente son livre dans l'émission Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, et le lecteur reconnaît facilement les invités : Laurent Baffie, Serge Raffy, Marjolaine, Arthur Jugnot et Salomé Lelouch. Par la suite, elle est amenée à croiser ou à côtoyer d'autres célébrités également facilement identifiables : Bernard Thibault (CGT), Julien Courbet, Frédéric Beigbeder, Arielle Dombasle & Bernard-Henri Lévy, Massimo Gargia, Richard Bohringer, Nicolas Sarkozy. À l'occasion d'une séquence particulière, la dessinatrice peut se lâcher en utilisant des éléments visuels spécifiques : le directeur surfant littéralement sur l'organigramme de l'entreprise et les éléments de langage associés, un jeu de chat et de la souris, un jeu de l'oie avec des cases du tourbillon médiatique, une page sans mot au cours de laquelle Corinne observe un enfant jouant avec un cerf-volant.
Le lecteur découvre les différentes phases de la célébrité rapide de Corinne Maier. Cela commence avec la rédaction de son livre sur le temps du travail, avec des impressions sur le photocopieur pour les envois servant à démarcher les éditeurs. À compter de la page 45, la mécanique est enclenchée : Corinne va rencontrer son éditeur, et le récit passe à la phase préalable à la publication. Puis vient le temps de la promotion, de la télévision, à la radio, en passant par la une du journal le Monde, les émissions débats, etc. S'il est curieux, le lecteur peut aller visionner son passage à Tout le monde en parle, sur un site de vidéos en ligne, ce qui lui permet de se faire une idée plus réelle de l'autrice. Il s'aperçoit qu'elle fait preuve de plus de répartie que ne le laisse supposer la bande dessinée, et que le contenu de son livre doit être plus subversif qu'une simple satire comique du monde de l'entreprise. L'autrice a choisi de mener sa biographie au-delà de l'exposition médiatique, jusqu'à ce que ce soufflé retombe et qu'il soit question de faire un bilan financier. Il découvre la procédure disciplinaire à laquelle elle doit faire face, la manière dont son éditeur tire profit de cette manne financière inespérée, et sa rencontre avec Richard Bohringer qui semble l'avoir beaucoup impressionnée par son authenticité, au milieu de la faune people parisienne. En effet, les représentants de celle-ci sont traités avec la même condescendance que la clique d'imposteurs qui composent son milieu professionnel.
Le titre promet de découvrir l'envers du décor : la vie d'une autrice dont un ouvrage devient un bestseller. La narration visuelle s'avère d'une accessibilité optimale avec une densité d'information au dosage parfait pour donner vie aux personnages avec une apparence spécifique, les faire évoluer dans des lieux identifiables, et permettre de reconnaître les célébrités. L'autrice (à double titre) raconte comment elle a vécu les choses de l'intérieur, en édulcorant peut-être un tantinet l'acidité de son livre, tout en faisant bien ressortir la pression qui pèse sur elle, à la fois professionnelle, à la fois pour assurer la promotion de son ouvrage, à la fois médiatique et même financière. Le lecteur en ressort avec le sourire contenté d'avoir pu ainsi partager ce quart d'heure de gloire de Corinne Maier qui en aura d'autres par la suite.
Un combat perdu d'avance
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L'édition de 2010 contient l'épisode 34 de la série Captain Marvel (daté de septembre 1974), les épisodes 1 & 2 de Marvel Spotlight (datés de juillet et août 1979), et la première Marvel Graphic Novel intitulée Death of Captain Marvel (avril 1982).
Captain Marvel 34 - (scénario et dessins de Jim Starlin, dialogues de Steve Englehart et encrage de Jack Abel) - Rick Jones et Mar-Vell partagent leur existence sur terre : quand l'un est parmi les humains, l'autre séjourne dans la Zone Négative (celle d'Annihilus). le combat contre Thanos vient de s'achever et il est temps pour Rick Jones de reprendre la route pour lancer sa carrière de chanteur et guitariste. Malheureusement dès la première partie du voyage, il croise un camion détourné par Nitro (un supercriminel qui peut se faire exploser, c'est sa première apparition) et Captain Marvel doit intervenir. C'est le dernier épisode de la série écrit et dessiné par Jim Starlin. Il avait commencé comme dessinateur au numéro 25, et était devenu co-scénariste dès l'épisode suivant. Ici, il donne la direction de la série pour après son départ. Starlin a toujours son style de dessins assez détaillés, avec une prédilection pour les visages dessinés en contreplongée de trois quarts. L'encreur est minutieux. le scénario fait la part belle aux personnages, et au combat. Cet épisode a été inclus du fait de l'importance de la rencontre avec Nitro pour la suite.
Marvel Spotlight 1 & 2 - (scénario de Doug Moench, dessins de Pat Broderick, encrés par Bruce Patterson) - Captain Marvel et Drax font équipe (avec Rick Jones sorti de la zone négative et sa copine du moment) pour aller sauver les habitants de Titan, l'un des satellites de Jupiter. Thanos a corrompu ISAAC (l'intelligence artificielle qui gère la machinerie rendant la vie possible sur Titan) qui a décidé d'éradiquer la vie sur le satellite. Il s'en suit un affrontement difficile au cours duquel Captain Marvel utilise son éveil cosmique d'une manière originale. Ces 2 épisodes sont inclus pour expliquer au lecteur ce qu'est Titan, qui sont ses habitants dont Mentor (A'lars), Eros et Elysius. Doug Moench est très bavard dans ses bulles (il décrit ce qui est en train de se passer à l'image), Broderick et Patterson réalisent des dessins minutieux, peut être un peu surchargés, mais encore tout à fait regardables.
Death Of Captain Marvel - (scénario, dessins et encrage de Jim Starlin) - Captain Marvel a pris sa retraite sur Titan (lassé d'être un guerrier). Il est en train d'enregistrer ses mémoires. Il accompagne Mentor qui veut récupérer le corps de son fils dans une arche spatiale abandonnée. Une escarmouche s'en suit au cours de laquelle l'attitude de Captain Marvel montre qu'il est malade. de retour sur Titan, Mentor charge ISAAC de lui faire un check-up. le diagnostic le condamne à l'échéance de quelques mois, les superhéros vont se mobiliser pour tenter de le sauver.
En 1982, Marvel souhaite lancer un nouveau format de comics, équivalent à nos albums français mais en cartonné souple. Starlin ouvre le bal avec la mort d'un héros, mais sans supercriminel. Ce créateur a su créer sa niche chez Marvel et il a laissé des créations qui ont connu une belle carrière avec ou sans lui. Thanos est arrivé pour les premières fois dans les pages d'Iron Man, puis il est très vite passé dans les pages de Captain Marvel. Ensuite Starlin s'est emparé d'un personnage encore plus obscur pour une odyssée spatiale entrelacée de philosophie ; Adam Warlock. Et le voici qui vient mettre un terme à la carrière de Mar-Vell qui en 2010 n'a toujours pas été ressuscité (une exception dans le monde des comics).
Pour cette histoire, Starlin construit son scénario en passant par les différentes étapes liées à la découverte d'une maladie mortelle : prise de conscience, refus plus ou moins marqué, marchandage, légère déprime et acceptation (les 5 étapes théorisées par Elizabeth Kübler-Ross). Il présente les réactions de Marvell et celles de ses proches. Il inclut quelques scènes de combat qui sont plus métaphoriques qu'autre chose, qui servent l'histoire, qui enrichissent la mythologie développée autour de Thanos et qui légitiment qu'il s'agit d'une histoire de superhéros. Il s'agit donc avant tout d'un récit autour de la mort d'un malade. Starlin sait faire naître des émotions adultes qui élèvent le récit au dessus du ridicule inhérent à ces gugusses en collant moulant (en particulier Marvel qui passe la moitié du récit avec son masque sur le visage même quand il n'est qu'avec Elysius, sa compagne).
À l'origine, les Marvel Graphic Novels étaient dans un format plus grand et cette édition est dans un format comics traditionnel. de ce fait les dessins peuvent apparaître comme un peu tassés. Les illustrations de Starlin présentent une sensibilité assez européenne, avec quelques clins d'œil discrets à Moebius (dans les décors en particulier). Ils comprennent également une forte influence de Kirby (perceptible dans la force des coups de poings échangés). Les scènes de dialogue abondent et elles bénéficient d'une mise en scène assez travaillée pour ne pas être lassantes. À deux reprises, Starlin convoquent une flopée de superhéros de l'époque au chevet de Marvel, et il n'est pas sûr que vous les reconnaîtrez tous (qui se souvient de Isaac Christians ou d'Eric Symon Paine ?).
Avec ce récit, Starlin utilise les superhéros pour se concentrer sur la mort imminente et inéluctable d'un proche. Même si cette incursion du réel dans ce monde artificiel peu sembler incongrue, cet auteur met en scène la frustration et les regrets afférents avec justesse.
Une jeune enquêtrice qui n'a pas froid aux yeux
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Ayant découvert Bee (une jeune femme) dans Motel Art Improvement Service (sa deuxième aventure), il était logique que je m'intéresse à sa première aventure qui est l'objet de ce tome paru en 2002.
Bee (à peine 18 ans dans cette histoire) travaille comme assistante dans un laboratoire photographique. Elle reçoit les clients, réceptionne leur pellicule et effectue le développement avec sa grosse machine. Ayant décidé d'arrêter ses études, Bee a trouvé un emploi qui lui permet de s'introduire dans la vie privée des clients. Elle visionne chacun des clichés et se fait un double de ceux qui titillent sa curiosité. Elle les met de coté et les fait découvrir à Lyla sa meilleure amie qui est à la fac. Parmi les photos qu'elle sélectionne, il y a les petites amies qui posent en sous-vêtements pour les copains, les spectacles de striptease, et le grand classique de la copine photographiée sur les toilettes. Bee a le sens de la transgression. Et de temps en temps, elle a sous les yeux une perle, tels les corps restaurés par un expert en thanatopraxie (préparation des cadavres pour les funérailles). Et puis un jour, elle visionne une pellicule contenant le corps d'une femme dans une baignoire dont l'eau est saturée de sang. La disposition de la femme et le comportement étrange du propriétaire des photos l'incitent à lâcher la bride à sa curiosité naturelle. Elle retrouve l'adresse du monsieur, l'épie par sa fenêtre, demande à un chauffeur de taxi (Rodney Plaster) de le suivre dans ses déplacements en voiture, etc.
Dès cette première histoire, tout le style de Jason Little est en place, et toute la personnalité de Bee rayonne. Si Little n'a jamais exercé l'emploi occupé par Bee, je n'y ai vu que du feu. Il capte immédiatement l'attention du lecteur avec ce voyeurisme simple et plausible qui consiste à contempler les photographies personnelles de parfaits inconnus dans leur intimité. Cet emploi donne tout de suite une étrangeté et un caractère particulier à Bee. Little le montre de façon anodine et magistrale lorsque Bee est assise dans le bus en train de contempler ses choix et que sa voisine jette un coup d'oeil et aperçoit des photographies de ce qui semble être des cadavres. Bee dispose de connaissances qui la place naturellement à part du commun des mortels. Sa nature inquisitrice et optimiste la range dans la catégorie des héroïnes de roman pour jeunesse : une jeune femme courageuse, pleine de ressources, mais sans que Little n'en fasse une experte en arts martiaux, ou une détective intuitive qui ridiculise la police.
Il est impossible de résister au charme plein de fraîcheur de cette demoiselle. Attention, elle n'est pas naïve ou fleur bleue pour autant, il ne s'agit pas d'un roman de la Comtesse de Ségur ou de Enid Blyton. Bee se confronte à des manifestations très réelles de la mort naturelle (ou criminelle), à une exposition d'art contemporain peu ragoûtante, au syndrome de Münchhausen par procuration, et à une tentative de séduction de sa part. La bonne humeur de Bee ne doit pas faire croire que cette aventure soit à classer dans le rayon jeunesse. Jason Little expose également la démarche artistique et conceptuelle d'un photographe assez particulier, ce qui éloigne encore Bee des aventures palpitantes et proprettes de Marion Duval.
Le style des illustrations pourrait également faire penser à une cousine assez proche de Tintin, avec des dessins simples et des couleurs assez vives. Cette orientation graphique permet de dédramatiser certains visuels tels qu'une photographie prise lors d'un accouchement, un adepte du skate nudiste avec tout le matériel à l'air, un cadavre de chien entièrement dépecé, ou un jeu dangereux avec une seringue. Jason Little choisit d'adoucir ses dessins (il arrondit même les angles des cases), mais il n'affadit pas sa vision. Chaque individu présente des particularités physiques qui évitent au lecteur d'avoir l'impression de voir défiler des mannequins dans une mauvaise sitcom. Il semble également que Little se soit inspiré d'un quartier de New York qu'il connaît bien pour situer son action. Son ouvrage se présente en format paysage ce qui ajoute un petit air décalé à la lecture. Il alterne régulièrement les séquences de dialogues, avec les séquences d'action, parfois muettes. Et il ya toujours un détail ou deux dans chaque case qui viennent enrichir la lecture, personnaliser chaque endroit.
Bien sûr, cette histoire présente une ou deux imperfections. Little se complaît à une ou deux reprises à insister sur la question de la nudité du corps humain et la dernière scène occupe à elle seule 50 pages entièrement dédiée à l'action pour un changement de rythme qui semble un peu forcé. Mais au global, cette histoire impressionne par sa vivacité, sa façon d'aborder des questions délicates sans avoir l'air d'y toucher, son utilisation du voyeurisme qui fait penser une ou deux fois au maître Alfred Hitchcock dans Fenêtre sur cour. Jason Little réussit un numéro d'équilibriste entre le récit d'aventure, la candeur de la jeunesse et des thèmes adultes.
Ahlala ... Magnifique !
Comme souvent avec Carole Maurel d'ailleurs, dont j'adore toujours autant le dessin et l'utilisation des couleurs. Je ne pense pas que c'est la plus grande artiste vivante, mais indéniablement c'est une de celle que je suis le plus assidument pour ses productions. Elle a un coup de crayon que j'adore, une manière qui semble toujours d'une douceur infinie de croquer les visages, et puis cette colorisation ! Des couleurs chaudes, les jeux de contrastes entre les planches, dans les planches ! C'est toujours un régal visuel, je ne m'en lasse pas.
Ici, la dessinatrice s'est adjoint le concours de Elodie Font, que j'avoue ne pas connaitre, et qui réussie à merveille à retranscrire son parcours de femme aimant les femmes, dans une société qui ne favorise pas ce genre de relations. J'ai déjà lu pas mal de textes sur l'homosexualité, la découverte de celle-ci par les concernés, les échecs, les tensions, les luttes ... Mais c'est toujours aussi agréable de lire un récit qui donne envie de croire que demain sera meilleur. J'irais même plus loin : en tant qu'hétéro, ce récit m'a ému jusqu'à mouiller mes yeux et donne furieusement envie de revivre une jeunesse amoureuse ! C'est dire le travail accompli sur la narration !
La BD est excellente, je dois le dire. Tout concours à faire ressortir les états d'âme de Elodie, à faire comprendre la difficulté qu'elle a eu à se vivre comme lesbienne, mais aussi à découvrir sa propre homophobie et son rapport avec les LGBT, la violence que fut le mariage pour tous et les échecs qu'elle vécue en tant que personne amoureuse ... Comme tant d'autres, hétéro ou non. La BD ne présente pas un parcours atypique, elle présente un parcours ordinaire d'une femme. Une femme qui a du apprendre à sortir de la norme insidieusement imposée.
Que ce soit à lire comme une œuvre féministe, LGBT, pro-liberté, dans tout les cas c'est un récit incroyablement inspirant. Et qui donne un peu foi en l'avenir, même si tout ne semble pas devenir plus rose ... Un rose dont nous aurions bien besoin pourtant !
A titre personnel, j'ai été intéressé par les mouvements LGBT avec la lecture du Le Bleu est une couleur chaude, mais c'est vraiment avec le mariage pour tous que j'ai découvert avec horreur et effroi ce qu'on pouvait penser de personnes qui s'aiment. La BD en parle d'ailleurs et je suis d'accord sur l'impact que ces manifestations colossales ont pu avoir, autant en libérant une parole homophobe qu'en soudant un peu plus tout ceux qui se sentaient en désaccord profond avec ce discours rétrograde. Et la BD m'a fait ressentir ce passage là, ce souffle de renouveau. Espérons qu'il dure éternellement !
Les avis étant déjà extrêmement nombreux, je ne vais donc pas en rajouter trop.
Allons à l'essentiel, pour celles et ceux qui hésitent à faire l'acquisition de ces deux volumes (ou de l'intégrale en un seul volume, de plus grande taille, avec par contre, une couverture moins réussie selon moi), je vous recommanderais d'y aller les yeux fermés, tant je ne pense pas possible que l'on puisse regretter une telle acquisition.
L'histoire en elle-même est d'une facture assez classique, si ce n'est peut-être l'époque à laquelle les évènements se déroulent, mais c'est vraiment le travail de Rosinski au dessin qui fait, selon moi, que cette BD est si particulière, et se distingue dès le départ en vous emportant dans ce Paris du XIXème.
Je me dois de préciser que je ne suis pas spécialement fan de Thorgal (si, si, ça existe des gens comme moi ! ), mais j'adore par contre le travail de Rosinski, dans ses autres oeuvres, on pense au 'Chninkel' bien sûr, à 'Western' aussi, et donc à 'Skarbek' ici, toutes dans des styles finalement assez différents (je n'ai jamais lu Buddy Longway).
Ici, le dessin, avec des petites touches impressionnistes, est vraiment particulièrement réussi, et donne à cette histoire une atmosphère très particulière, qui est pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à la lire.
Les clins d'oeil entre personnages réels, romans ayant également été écrits à l'époque, la réalité de l'époque, et l'histoire qui nous est comptée sont aussi plutôt bien vus, et renforcent la crédibilité de l'ensemble.
Seul petit bémol selon moi, la fin en tiroirs, un peu alambiquée, où, à force de prendre plaisir à jouer avec le lecteur, à le dérouter ou à le surprendre, etc, on finit, me semble-t-il par perdre un peu en crédibilité, ou en efficacité. Bref, je n'en dis pas plus pour ne pas divulgâcher, comme on dit.
Je mets donc 4,5/5 au premier tome, qui a, de très loin, ma préférence, et 3,5 pour la suite un peu moins maîtrisée, soit un solide 4/5 pour l'ensemble.
Mais, oui, clairement, une vraie belle BD, n'hésitez pas !
Mon ressenti tend vers le 3,5 mais j’arrondis de bon cœur au supérieur.
Je trouve cette série de très bonne facture, elle s’adresse certes aux plus jeunes mais je n’ai pas boudé mon plaisir.
Aurélien Ducoudray, que j’apprécie beaucoup, crée une sorte de pont entre Walking Dead et Seuls. Nous suivrons ainsi une bande d’adolescents face à une apocalypse zombies.
De part l’âge de nos protagonistes, le récit est plutôt bon enfant (à la Goonies) mais possède quelques touches de noirceurs bienvenues. En tout cas, le récit est dynamique, rythmé et rempli haut la main son contrat détente.
Un premier tome un peu gentillet mais qui place bien l’ambiance et les acteurs ; un deuxième très bon qui surprendra positivement et qui peut déjà servir de conclusion ; et enfin un dernier tome, toujours aussi sympa, qui se démarque en proposant un autre environnement et qui boucle la boucle.
Les thématiques de l’histoire sont sympas mais le plaisir de lecture vient tout autant de la partie graphique. Jocelyn Joret, que j’avais déjà croisé sur l’excellent Nées Rebelles, fournit un superbe boulot : trait, couleurs, planches … il y a vraiment une belle énergie. En plus, les albums proposent une belle pagination pour en profiter davantage, mention également pour les bonus de fin (jeux, couvertures pastiches, recherches …) toujours agréables.
Bref une trilogie rondement menée, loin d’être indispensable mais bien plaisante niveau péripéties. Un cocktail un peu atypique mélangeant action, humour et qui ne se perd pas en cours de route. Il y a du soin apporté à l’ouvrage.
Comme Bamikélé, je m'étonne du peu d'avis autour de cette série qui est pour moi un classique.
Sur une idée de Lewis Trondheim, cette série nous immerge dans le quotidien déjanté d’un atelier de bande dessinée fictif (après vérification et d'accord avec Ro, c'est bien dommage), et peuplé de pointures comme Pedrosa, Bianco, Nob, et bien d’autres. Sur le principe de cadavre exquis, on suit les tribulations de cette communauté en huis clos. Les gags, publiés initialement dans le Journal de Spirou, sont rassemblés dans des albums au format paysage (je découvre qu'on l'appelle "italien") assez étonnant.
On obtient une succession de strips hilarants et souvent absurdes, mais sans tomber dans le lourd (enfin c'est subjectif et je dois avouer que j'ai trouvé l'humour scato de Tebo un peu borderline, même si j'aime l'humour de répétition qui s'en suit). Ca chambre gentiment et avec esprit en appuyant sur la caricature des auteurs (Trondheim en contremaitre stakhanoviste, Neel et sa marionnette, Pedrosa le syndicaliste, Bianco et la peur de Maître Trondheim etc.). Cette dynamique de “réponse du berger à la bergère” crée une véritable cohésion de groupe et une ambiance joyeusement chaotique.
Cela permet également d’aborder des sujets plus sérieux avec légèreté, comme les défis du métier, les impératifs commerciaux et même des sujets plus douloureux comme les attentats à Charlie Hebdo.
Chaque auteur apporte sa patte unique, allant du réalisme au cartoonesque, et les dessins passent des personnages humains aux animaux avec une fluidité surprenante. Les passages où les auteurs se lancent dans des délires collectifs, comme la création d’une émission de télé-réalité ou les séjours à Angoulême, sont particulièrement mémorables.
Pour moi, il s'agit d'une série incontournable pour tous les amateurs de bande dessinée. C’est une lecture rafraîchissante et drôle, une bouffée d’air frais et de bonne humeur.
Une petite série noire prenant pour cadre un environnement urbain et orienté road movie, ça vous tente ?
Voici un chouette one shot au scénario bien plus malin qu'il n'y parait au premier abord... Quelque part ça m'a rappelé le cultissime film "Pas de problème" de Georges Lautner où Miou-Miou tente de planquer un cadavre arrivé par hasard chez elle en le promenant dans une voiture. Ici, le corps à faire disparaitre est également tout aussi gênant et les 3 potes vont devoir ruser entre vieilles combines et désorganisation totale pour éviter la taule...
Ce qui est fortement attractif est tout d'abord le dessin atypique de Cha : un trait précis, des trognes sans nez et une mise en scène hors pair. Afin d'étoffer le récit, quelques flashbacks s'intercalent en couleur alors que les situations présentes sont en noir et blanc avec quelques touches subtiles d'orange sur certains objets comme le véhicule. C'est à la fois malin et attrayant. Les dialogues sont également bien inspirés avec quelques touches d'humour noir et un rythme sans failles. La fin réserve son lot de révélations et quelques retournements de situation dont une fin à la fois ouverte et surtout ironique.
Le seul problème de ce livre c'est qu'on souhaiterait bien un rab supplémentaire de cette pizza sanglante mais appétissante !
J’ai trouvé que cette BD est à la fois captivante et dérangeante. Elle mélange habilement autobiographie et enquête journalistique. Backderf, qui a fréquenté Jeffrey Dahmer au lycée, nous livre un récit introspectif sur les dernières années de Dahmer avant qu’il ne sombre dans la folie meurtrière. En utilisant ses souvenirs personnels et les témoignages recueillis ultérieurement, Backderf reconstitue minutieusement la descente aux enfers de Dahmer, sans jamais tomber dans le sensationnalisme.
Le scénario de cette BD est remarquablement bien construit. Backderf parvient à montrer la dégradation progressive du comportement de Dahmer à travers des détails subtils que personne n’a su ou voulu interpréter à l’époque. Il met en lumière les signaux d’alarme ignorés et la lente transformation de Dahmer en monstre.
Les dessins de Backderf sont très particuliers, avec un style presque caricatural dans une veine de comics underground américains. Les personnages semblent parfois raides, ce qui ajoute une couche de malaise à l’histoire. Les plans en contre-plongée et les regards perturbants de Dahmer sont particulièrement efficaces pour créer une atmosphère de tension.
L’absence de sensationnalisme est l’une des grandes forces de cette BD. Backderf ne cherche ni à excuser ni à condamner son ancien camarade de classe. Il présente les faits de manière brute, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions. Cette approche objective rend le récit encore plus puissant de mon point de vue.
Malgré la qualité indéniable de l’histoire et de la recherche documentaire, on peut trouver que le style graphique de Backderf met un peu de distance avec les personnages, ce qui rend l’attachement plus difficile. C’est aussi peut être juste un point de vue français peu habitué à ce style graphique.
Au final, je trouve que cette BD offre une perspective intéressante sur les la complexité de la nature humaine et les effets de l’indifférence sociale.
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La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
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Adam Quichotte
C'est mignon, poétique et simple. J'aime beaucoup ce genre de BD qui illustre l'imagination débordante des enfants à partir d'une tâche aussi banale que faire les courses par exemple. L'auteur-dessinateur, dont je suis toujours sous le charme, rend cette expérience encore plus agréable. Une lecture rapide qui amusera les plus jeunes.
Ma vie est un best seller
Être dans le vent, c'est avoir un destin de feuille morte. Écrire, c'est prendre des risques. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Elle a été réalisée par Corinne Maier pour le scénario, et par Aurélia Aurita (Hakchenda Khun) pour les dessins, les nuances de gris et les touches de rouge pour quelques objets. Il s'agit du témoignage des suites de la parution du livre Bonjour paresse : de l'art et la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise (2004) de Corinne Maier, publié par les éditions Michalon. L'autrice évoque ses premières semaines de travail au sein de l'entreprise EDF, ses démarches pour faire publier son livre, sa réception médiatique, les réactions de sa hiérarchie et le bilan financier de ce succès de libraire. Cette bande dessinée comporte cent pages, dont seules les trois dernières sont en couleur. Sa première publication date de 2015. Aurita avait déjà réalisé une bande dessinée de même nature Buzz-moi (2009), suite au succès d'ampleur plus modeste, de sa bande dessinée Fraise et chocolat, tome 1 & tome 2 (2006 & 2007). Un chat s'étire sur son coussin : il se lève et se dirige vers le lit de Corinne. Il y grimpe, lui touche le visage avec la patte, lui miaule fortement dessus, jusqu'à ce qu'elle réagisse. le réveil se met à biper : il est sept heures du matin. Elle écrase la tête du chat comme s'il s'agissait du réveil, et envoie valdinguer ce dernier d'un ample revers de la main. Elle s'étire, récupère et chausse ses lunettes, se lève, se prépare un café et finit par verser des croquettes dans le bol du chat. Elle choisit sa tenue pour son premier jour de travail dans son nouvel emploi, et vérifie le trajet sur la carte. Dehors, un arbre perd sa dernière feuille rouge qui va tomber et s'accrocher sur le casque que Corinne Mayère est en train de mettre, avant de partir en scooter. Après quelques kilomètres, elle parvient à la direction de la recherche d'edéF. Elle pénètre sur le site, gare son scooter, entre dans les locaux et se rend au bureau où elle a rendez-vous tout en écoutant les bribes de conversation. Casque sous le bras, Corinne Mayère arrive dans le bureau de Jean-François Poivrot qui vient de s'installer dans son fauteuil en cuir. Il lui demande de lui rappeler qui elle est. Il en conclut à haute voix que son transfert a déjà été validé par les ressources humaines. Il consulte son dossier : elle vient d'une des filiales. Il la prévient : ici, c'est différent, plus grand, plus globalisé, plus stratégique. Il faut développer une vision politique des choses. Il espère que le choc ne sera pas trop rude. Elle lui assure qu'elle est prête à relever tous les défis liés à l'ouverture des marchés à la concurrence. Il se lève d'un bond en s'exclamant : Génial ! C'est ça, c'est exactement ça qu'ils recherchent. Il faut développer une vraie culture du changement. Il en a marre de tous ces dinosaures, parce qu'ici c'est du sportif. C'est Fight Club ! Il ajoute qu'elle peut oublier la sécurité de l'emploi : si elle est nulle, il la vire. Il rajoute : c'est une blague, en fait il est super cool comme n+2. Il réfléchit et lui dit qu'elle va travailler avec Pierre Kirillovski, l'un des chefs de projets. Pour répondre à une de ses questions, il lui présente ensuite l'organigramme et lui explique en quoi il correspond à un fonctionnement MA-TRI-CIEL. Au milieu des années 2000, le marché de l'électricité s'ouvre à la concurrence en France. La bande dessinée présente une jeune femme qui intègre la direction de recherche d'EDF, dans ce contexte, et semble découvrir le monde de l'entreprise, alors que son directeur fait état de son expérience professionnelle précédente. Dans le cours de la bande dessinée, le lecteur observe que la plupart des noms a été changée de manière transparente : eDéF pour EDF, Corinne Mayère pour Corinne Maier, Thierry Ardiçon pour Thierry Ardisson, les éditions Vantalon pour les éditions Michalon, etc., avec de temps en temps un jeu de mot également transparent tel le nom de Jean-François Poivrot pour indiquer un trait de caractère. le lecteur suppose qu'il s'agit d'une précaution pour éviter tout risque de procès, son intuition s'avérant confortée quand il découvre que Corinne a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à la suite de la parution de son livre Bonjour paresse. La structure de la bande dessinée surprend un peu car la première partie évoque l'expérience professionnelle de l'autrice au sein de l'entreprise, mais sans détailler le contenu de son livre. le lecteur peut envisager ce passage comme la mise en place de la réalisation de son livre, la suite (publication, promotion, réactions) remplissant la promesse du titre : son livre figure parmi les meilleures ventes du moment, et est même traduit à l'étranger y compris aux États-Unis. Dans la mesure où ce même livre raconte son quotidien professionnel, sa vie devient un bestseller. Pour autant, la bande dessinée ne présente pas le contenu dudit livre, ni sa tonalité. Cette aventure éditoriale est présentée de manière linéaire et factuelle : des interactions entre Corinne Mayère et les autres personnages, les dialogues présentant aussi bien leurs réactions que les informations. Les dessins sont très agréables à l’œil : un peu doux dans une veine représentative et réaliste avec un bon degré de simplification, les nuances de gris venant donner de la consistance. Corinne apparaît immédiatement sympathique, vraisemblablement assez jeune, peut-être pas encore trentenaire. Les images montrent bien son quotidien dans sa banalité, mais aussi dans sa spécificité : son appartement assez dépouillé, les quartiers de Paris traversés en scooter, les locaux de la direction de la recherche, les bureaux et les fauteuils à roulette, la machine à café dans un couloir entièrement dépouillé, une salle de réunion impersonnelle, l'esplanade de la Défense avec la grande Arche et la tour eDéF, les locaux des éditions Vantalon, la place Vendôme avec sa colonne, et pour finir une zone montagneuse en Inde, à proximité du village rural de Bir, à l'ouest de la vallée de Joginder Nagar. Même si certaines cases donnent l'impression d'être assez dépouillées, le lecteur ne ressent pas un manque de densité en informations visuelles. Cela aboutit à une compréhension immédiate des dessins, et à une lecture facilitée et assez rapide. Les personnages présentent la même apparence immédiate, un peu simplifiée, parfois un peu esquissée, avec des expressions de visage un peu appuyée quand il s'agit de montrer une réaction émotionnelle, et des postures qui forment un langage corporel très expressif, communiquant bien l'état d'esprit au lecteur, ou leur réaction. de la page 58 à la page 60, Corinne présente son livre dans l'émission Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, et le lecteur reconnaît facilement les invités : Laurent Baffie, Serge Raffy, Marjolaine, Arthur Jugnot et Salomé Lelouch. Par la suite, elle est amenée à croiser ou à côtoyer d'autres célébrités également facilement identifiables : Bernard Thibault (CGT), Julien Courbet, Frédéric Beigbeder, Arielle Dombasle & Bernard-Henri Lévy, Massimo Gargia, Richard Bohringer, Nicolas Sarkozy. À l'occasion d'une séquence particulière, la dessinatrice peut se lâcher en utilisant des éléments visuels spécifiques : le directeur surfant littéralement sur l'organigramme de l'entreprise et les éléments de langage associés, un jeu de chat et de la souris, un jeu de l'oie avec des cases du tourbillon médiatique, une page sans mot au cours de laquelle Corinne observe un enfant jouant avec un cerf-volant. Le lecteur découvre les différentes phases de la célébrité rapide de Corinne Maier. Cela commence avec la rédaction de son livre sur le temps du travail, avec des impressions sur le photocopieur pour les envois servant à démarcher les éditeurs. À compter de la page 45, la mécanique est enclenchée : Corinne va rencontrer son éditeur, et le récit passe à la phase préalable à la publication. Puis vient le temps de la promotion, de la télévision, à la radio, en passant par la une du journal le Monde, les émissions débats, etc. S'il est curieux, le lecteur peut aller visionner son passage à Tout le monde en parle, sur un site de vidéos en ligne, ce qui lui permet de se faire une idée plus réelle de l'autrice. Il s'aperçoit qu'elle fait preuve de plus de répartie que ne le laisse supposer la bande dessinée, et que le contenu de son livre doit être plus subversif qu'une simple satire comique du monde de l'entreprise. L'autrice a choisi de mener sa biographie au-delà de l'exposition médiatique, jusqu'à ce que ce soufflé retombe et qu'il soit question de faire un bilan financier. Il découvre la procédure disciplinaire à laquelle elle doit faire face, la manière dont son éditeur tire profit de cette manne financière inespérée, et sa rencontre avec Richard Bohringer qui semble l'avoir beaucoup impressionnée par son authenticité, au milieu de la faune people parisienne. En effet, les représentants de celle-ci sont traités avec la même condescendance que la clique d'imposteurs qui composent son milieu professionnel. Le titre promet de découvrir l'envers du décor : la vie d'une autrice dont un ouvrage devient un bestseller. La narration visuelle s'avère d'une accessibilité optimale avec une densité d'information au dosage parfait pour donner vie aux personnages avec une apparence spécifique, les faire évoluer dans des lieux identifiables, et permettre de reconnaître les célébrités. L'autrice (à double titre) raconte comment elle a vécu les choses de l'intérieur, en édulcorant peut-être un tantinet l'acidité de son livre, tout en faisant bien ressortir la pression qui pèse sur elle, à la fois professionnelle, à la fois pour assurer la promotion de son ouvrage, à la fois médiatique et même financière. Le lecteur en ressort avec le sourire contenté d'avoir pu ainsi partager ce quart d'heure de gloire de Corinne Maier qui en aura d'autres par la suite.
La Mort de Captain Marvel
Un combat perdu d'avance - L'édition de 2010 contient l'épisode 34 de la série Captain Marvel (daté de septembre 1974), les épisodes 1 & 2 de Marvel Spotlight (datés de juillet et août 1979), et la première Marvel Graphic Novel intitulée Death of Captain Marvel (avril 1982). Captain Marvel 34 - (scénario et dessins de Jim Starlin, dialogues de Steve Englehart et encrage de Jack Abel) - Rick Jones et Mar-Vell partagent leur existence sur terre : quand l'un est parmi les humains, l'autre séjourne dans la Zone Négative (celle d'Annihilus). le combat contre Thanos vient de s'achever et il est temps pour Rick Jones de reprendre la route pour lancer sa carrière de chanteur et guitariste. Malheureusement dès la première partie du voyage, il croise un camion détourné par Nitro (un supercriminel qui peut se faire exploser, c'est sa première apparition) et Captain Marvel doit intervenir. C'est le dernier épisode de la série écrit et dessiné par Jim Starlin. Il avait commencé comme dessinateur au numéro 25, et était devenu co-scénariste dès l'épisode suivant. Ici, il donne la direction de la série pour après son départ. Starlin a toujours son style de dessins assez détaillés, avec une prédilection pour les visages dessinés en contreplongée de trois quarts. L'encreur est minutieux. le scénario fait la part belle aux personnages, et au combat. Cet épisode a été inclus du fait de l'importance de la rencontre avec Nitro pour la suite. Marvel Spotlight 1 & 2 - (scénario de Doug Moench, dessins de Pat Broderick, encrés par Bruce Patterson) - Captain Marvel et Drax font équipe (avec Rick Jones sorti de la zone négative et sa copine du moment) pour aller sauver les habitants de Titan, l'un des satellites de Jupiter. Thanos a corrompu ISAAC (l'intelligence artificielle qui gère la machinerie rendant la vie possible sur Titan) qui a décidé d'éradiquer la vie sur le satellite. Il s'en suit un affrontement difficile au cours duquel Captain Marvel utilise son éveil cosmique d'une manière originale. Ces 2 épisodes sont inclus pour expliquer au lecteur ce qu'est Titan, qui sont ses habitants dont Mentor (A'lars), Eros et Elysius. Doug Moench est très bavard dans ses bulles (il décrit ce qui est en train de se passer à l'image), Broderick et Patterson réalisent des dessins minutieux, peut être un peu surchargés, mais encore tout à fait regardables. Death Of Captain Marvel - (scénario, dessins et encrage de Jim Starlin) - Captain Marvel a pris sa retraite sur Titan (lassé d'être un guerrier). Il est en train d'enregistrer ses mémoires. Il accompagne Mentor qui veut récupérer le corps de son fils dans une arche spatiale abandonnée. Une escarmouche s'en suit au cours de laquelle l'attitude de Captain Marvel montre qu'il est malade. de retour sur Titan, Mentor charge ISAAC de lui faire un check-up. le diagnostic le condamne à l'échéance de quelques mois, les superhéros vont se mobiliser pour tenter de le sauver. En 1982, Marvel souhaite lancer un nouveau format de comics, équivalent à nos albums français mais en cartonné souple. Starlin ouvre le bal avec la mort d'un héros, mais sans supercriminel. Ce créateur a su créer sa niche chez Marvel et il a laissé des créations qui ont connu une belle carrière avec ou sans lui. Thanos est arrivé pour les premières fois dans les pages d'Iron Man, puis il est très vite passé dans les pages de Captain Marvel. Ensuite Starlin s'est emparé d'un personnage encore plus obscur pour une odyssée spatiale entrelacée de philosophie ; Adam Warlock. Et le voici qui vient mettre un terme à la carrière de Mar-Vell qui en 2010 n'a toujours pas été ressuscité (une exception dans le monde des comics). Pour cette histoire, Starlin construit son scénario en passant par les différentes étapes liées à la découverte d'une maladie mortelle : prise de conscience, refus plus ou moins marqué, marchandage, légère déprime et acceptation (les 5 étapes théorisées par Elizabeth Kübler-Ross). Il présente les réactions de Marvell et celles de ses proches. Il inclut quelques scènes de combat qui sont plus métaphoriques qu'autre chose, qui servent l'histoire, qui enrichissent la mythologie développée autour de Thanos et qui légitiment qu'il s'agit d'une histoire de superhéros. Il s'agit donc avant tout d'un récit autour de la mort d'un malade. Starlin sait faire naître des émotions adultes qui élèvent le récit au dessus du ridicule inhérent à ces gugusses en collant moulant (en particulier Marvel qui passe la moitié du récit avec son masque sur le visage même quand il n'est qu'avec Elysius, sa compagne). À l'origine, les Marvel Graphic Novels étaient dans un format plus grand et cette édition est dans un format comics traditionnel. de ce fait les dessins peuvent apparaître comme un peu tassés. Les illustrations de Starlin présentent une sensibilité assez européenne, avec quelques clins d'œil discrets à Moebius (dans les décors en particulier). Ils comprennent également une forte influence de Kirby (perceptible dans la force des coups de poings échangés). Les scènes de dialogue abondent et elles bénéficient d'une mise en scène assez travaillée pour ne pas être lassantes. À deux reprises, Starlin convoquent une flopée de superhéros de l'époque au chevet de Marvel, et il n'est pas sûr que vous les reconnaîtrez tous (qui se souvient de Isaac Christians ou d'Eric Symon Paine ?). Avec ce récit, Starlin utilise les superhéros pour se concentrer sur la mort imminente et inéluctable d'un proche. Même si cette incursion du réel dans ce monde artificiel peu sembler incongrue, cet auteur met en scène la frustration et les regrets afférents avec justesse.
Shutterbug Follies
Une jeune enquêtrice qui n'a pas froid aux yeux - Ayant découvert Bee (une jeune femme) dans Motel Art Improvement Service (sa deuxième aventure), il était logique que je m'intéresse à sa première aventure qui est l'objet de ce tome paru en 2002. Bee (à peine 18 ans dans cette histoire) travaille comme assistante dans un laboratoire photographique. Elle reçoit les clients, réceptionne leur pellicule et effectue le développement avec sa grosse machine. Ayant décidé d'arrêter ses études, Bee a trouvé un emploi qui lui permet de s'introduire dans la vie privée des clients. Elle visionne chacun des clichés et se fait un double de ceux qui titillent sa curiosité. Elle les met de coté et les fait découvrir à Lyla sa meilleure amie qui est à la fac. Parmi les photos qu'elle sélectionne, il y a les petites amies qui posent en sous-vêtements pour les copains, les spectacles de striptease, et le grand classique de la copine photographiée sur les toilettes. Bee a le sens de la transgression. Et de temps en temps, elle a sous les yeux une perle, tels les corps restaurés par un expert en thanatopraxie (préparation des cadavres pour les funérailles). Et puis un jour, elle visionne une pellicule contenant le corps d'une femme dans une baignoire dont l'eau est saturée de sang. La disposition de la femme et le comportement étrange du propriétaire des photos l'incitent à lâcher la bride à sa curiosité naturelle. Elle retrouve l'adresse du monsieur, l'épie par sa fenêtre, demande à un chauffeur de taxi (Rodney Plaster) de le suivre dans ses déplacements en voiture, etc. Dès cette première histoire, tout le style de Jason Little est en place, et toute la personnalité de Bee rayonne. Si Little n'a jamais exercé l'emploi occupé par Bee, je n'y ai vu que du feu. Il capte immédiatement l'attention du lecteur avec ce voyeurisme simple et plausible qui consiste à contempler les photographies personnelles de parfaits inconnus dans leur intimité. Cet emploi donne tout de suite une étrangeté et un caractère particulier à Bee. Little le montre de façon anodine et magistrale lorsque Bee est assise dans le bus en train de contempler ses choix et que sa voisine jette un coup d'oeil et aperçoit des photographies de ce qui semble être des cadavres. Bee dispose de connaissances qui la place naturellement à part du commun des mortels. Sa nature inquisitrice et optimiste la range dans la catégorie des héroïnes de roman pour jeunesse : une jeune femme courageuse, pleine de ressources, mais sans que Little n'en fasse une experte en arts martiaux, ou une détective intuitive qui ridiculise la police. Il est impossible de résister au charme plein de fraîcheur de cette demoiselle. Attention, elle n'est pas naïve ou fleur bleue pour autant, il ne s'agit pas d'un roman de la Comtesse de Ségur ou de Enid Blyton. Bee se confronte à des manifestations très réelles de la mort naturelle (ou criminelle), à une exposition d'art contemporain peu ragoûtante, au syndrome de Münchhausen par procuration, et à une tentative de séduction de sa part. La bonne humeur de Bee ne doit pas faire croire que cette aventure soit à classer dans le rayon jeunesse. Jason Little expose également la démarche artistique et conceptuelle d'un photographe assez particulier, ce qui éloigne encore Bee des aventures palpitantes et proprettes de Marion Duval. Le style des illustrations pourrait également faire penser à une cousine assez proche de Tintin, avec des dessins simples et des couleurs assez vives. Cette orientation graphique permet de dédramatiser certains visuels tels qu'une photographie prise lors d'un accouchement, un adepte du skate nudiste avec tout le matériel à l'air, un cadavre de chien entièrement dépecé, ou un jeu dangereux avec une seringue. Jason Little choisit d'adoucir ses dessins (il arrondit même les angles des cases), mais il n'affadit pas sa vision. Chaque individu présente des particularités physiques qui évitent au lecteur d'avoir l'impression de voir défiler des mannequins dans une mauvaise sitcom. Il semble également que Little se soit inspiré d'un quartier de New York qu'il connaît bien pour situer son action. Son ouvrage se présente en format paysage ce qui ajoute un petit air décalé à la lecture. Il alterne régulièrement les séquences de dialogues, avec les séquences d'action, parfois muettes. Et il ya toujours un détail ou deux dans chaque case qui viennent enrichir la lecture, personnaliser chaque endroit. Bien sûr, cette histoire présente une ou deux imperfections. Little se complaît à une ou deux reprises à insister sur la question de la nudité du corps humain et la dernière scène occupe à elle seule 50 pages entièrement dédiée à l'action pour un changement de rythme qui semble un peu forcé. Mais au global, cette histoire impressionne par sa vivacité, sa façon d'aborder des questions délicates sans avoir l'air d'y toucher, son utilisation du voyeurisme qui fait penser une ou deux fois au maître Alfred Hitchcock dans Fenêtre sur cour. Jason Little réussit un numéro d'équilibriste entre le récit d'aventure, la candeur de la jeunesse et des thèmes adultes.
Coming In
Ahlala ... Magnifique ! Comme souvent avec Carole Maurel d'ailleurs, dont j'adore toujours autant le dessin et l'utilisation des couleurs. Je ne pense pas que c'est la plus grande artiste vivante, mais indéniablement c'est une de celle que je suis le plus assidument pour ses productions. Elle a un coup de crayon que j'adore, une manière qui semble toujours d'une douceur infinie de croquer les visages, et puis cette colorisation ! Des couleurs chaudes, les jeux de contrastes entre les planches, dans les planches ! C'est toujours un régal visuel, je ne m'en lasse pas. Ici, la dessinatrice s'est adjoint le concours de Elodie Font, que j'avoue ne pas connaitre, et qui réussie à merveille à retranscrire son parcours de femme aimant les femmes, dans une société qui ne favorise pas ce genre de relations. J'ai déjà lu pas mal de textes sur l'homosexualité, la découverte de celle-ci par les concernés, les échecs, les tensions, les luttes ... Mais c'est toujours aussi agréable de lire un récit qui donne envie de croire que demain sera meilleur. J'irais même plus loin : en tant qu'hétéro, ce récit m'a ému jusqu'à mouiller mes yeux et donne furieusement envie de revivre une jeunesse amoureuse ! C'est dire le travail accompli sur la narration ! La BD est excellente, je dois le dire. Tout concours à faire ressortir les états d'âme de Elodie, à faire comprendre la difficulté qu'elle a eu à se vivre comme lesbienne, mais aussi à découvrir sa propre homophobie et son rapport avec les LGBT, la violence que fut le mariage pour tous et les échecs qu'elle vécue en tant que personne amoureuse ... Comme tant d'autres, hétéro ou non. La BD ne présente pas un parcours atypique, elle présente un parcours ordinaire d'une femme. Une femme qui a du apprendre à sortir de la norme insidieusement imposée. Que ce soit à lire comme une œuvre féministe, LGBT, pro-liberté, dans tout les cas c'est un récit incroyablement inspirant. Et qui donne un peu foi en l'avenir, même si tout ne semble pas devenir plus rose ... Un rose dont nous aurions bien besoin pourtant ! A titre personnel, j'ai été intéressé par les mouvements LGBT avec la lecture du Le Bleu est une couleur chaude, mais c'est vraiment avec le mariage pour tous que j'ai découvert avec horreur et effroi ce qu'on pouvait penser de personnes qui s'aiment. La BD en parle d'ailleurs et je suis d'accord sur l'impact que ces manifestations colossales ont pu avoir, autant en libérant une parole homophobe qu'en soudant un peu plus tout ceux qui se sentaient en désaccord profond avec ce discours rétrograde. Et la BD m'a fait ressentir ce passage là, ce souffle de renouveau. Espérons qu'il dure éternellement !
La Vengeance du Comte Skarbek
Les avis étant déjà extrêmement nombreux, je ne vais donc pas en rajouter trop. Allons à l'essentiel, pour celles et ceux qui hésitent à faire l'acquisition de ces deux volumes (ou de l'intégrale en un seul volume, de plus grande taille, avec par contre, une couverture moins réussie selon moi), je vous recommanderais d'y aller les yeux fermés, tant je ne pense pas possible que l'on puisse regretter une telle acquisition. L'histoire en elle-même est d'une facture assez classique, si ce n'est peut-être l'époque à laquelle les évènements se déroulent, mais c'est vraiment le travail de Rosinski au dessin qui fait, selon moi, que cette BD est si particulière, et se distingue dès le départ en vous emportant dans ce Paris du XIXème. Je me dois de préciser que je ne suis pas spécialement fan de Thorgal (si, si, ça existe des gens comme moi ! ), mais j'adore par contre le travail de Rosinski, dans ses autres oeuvres, on pense au 'Chninkel' bien sûr, à 'Western' aussi, et donc à 'Skarbek' ici, toutes dans des styles finalement assez différents (je n'ai jamais lu Buddy Longway). Ici, le dessin, avec des petites touches impressionnistes, est vraiment particulièrement réussi, et donne à cette histoire une atmosphère très particulière, qui est pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à la lire. Les clins d'oeil entre personnages réels, romans ayant également été écrits à l'époque, la réalité de l'époque, et l'histoire qui nous est comptée sont aussi plutôt bien vus, et renforcent la crédibilité de l'ensemble. Seul petit bémol selon moi, la fin en tiroirs, un peu alambiquée, où, à force de prendre plaisir à jouer avec le lecteur, à le dérouter ou à le surprendre, etc, on finit, me semble-t-il par perdre un peu en crédibilité, ou en efficacité. Bref, je n'en dis pas plus pour ne pas divulgâcher, comme on dit. Je mets donc 4,5/5 au premier tome, qui a, de très loin, ma préférence, et 3,5 pour la suite un peu moins maîtrisée, soit un solide 4/5 pour l'ensemble. Mais, oui, clairement, une vraie belle BD, n'hésitez pas !
KidZ
Mon ressenti tend vers le 3,5 mais j’arrondis de bon cœur au supérieur. Je trouve cette série de très bonne facture, elle s’adresse certes aux plus jeunes mais je n’ai pas boudé mon plaisir. Aurélien Ducoudray, que j’apprécie beaucoup, crée une sorte de pont entre Walking Dead et Seuls. Nous suivrons ainsi une bande d’adolescents face à une apocalypse zombies. De part l’âge de nos protagonistes, le récit est plutôt bon enfant (à la Goonies) mais possède quelques touches de noirceurs bienvenues. En tout cas, le récit est dynamique, rythmé et rempli haut la main son contrat détente. Un premier tome un peu gentillet mais qui place bien l’ambiance et les acteurs ; un deuxième très bon qui surprendra positivement et qui peut déjà servir de conclusion ; et enfin un dernier tome, toujours aussi sympa, qui se démarque en proposant un autre environnement et qui boucle la boucle. Les thématiques de l’histoire sont sympas mais le plaisir de lecture vient tout autant de la partie graphique. Jocelyn Joret, que j’avais déjà croisé sur l’excellent Nées Rebelles, fournit un superbe boulot : trait, couleurs, planches … il y a vraiment une belle énergie. En plus, les albums proposent une belle pagination pour en profiter davantage, mention également pour les bonus de fin (jeux, couvertures pastiches, recherches …) toujours agréables. Bref une trilogie rondement menée, loin d’être indispensable mais bien plaisante niveau péripéties. Un cocktail un peu atypique mélangeant action, humour et qui ne se perd pas en cours de route. Il y a du soin apporté à l’ouvrage.
L'Atelier Mastodonte
Comme Bamikélé, je m'étonne du peu d'avis autour de cette série qui est pour moi un classique. Sur une idée de Lewis Trondheim, cette série nous immerge dans le quotidien déjanté d’un atelier de bande dessinée fictif (après vérification et d'accord avec Ro, c'est bien dommage), et peuplé de pointures comme Pedrosa, Bianco, Nob, et bien d’autres. Sur le principe de cadavre exquis, on suit les tribulations de cette communauté en huis clos. Les gags, publiés initialement dans le Journal de Spirou, sont rassemblés dans des albums au format paysage (je découvre qu'on l'appelle "italien") assez étonnant. On obtient une succession de strips hilarants et souvent absurdes, mais sans tomber dans le lourd (enfin c'est subjectif et je dois avouer que j'ai trouvé l'humour scato de Tebo un peu borderline, même si j'aime l'humour de répétition qui s'en suit). Ca chambre gentiment et avec esprit en appuyant sur la caricature des auteurs (Trondheim en contremaitre stakhanoviste, Neel et sa marionnette, Pedrosa le syndicaliste, Bianco et la peur de Maître Trondheim etc.). Cette dynamique de “réponse du berger à la bergère” crée une véritable cohésion de groupe et une ambiance joyeusement chaotique. Cela permet également d’aborder des sujets plus sérieux avec légèreté, comme les défis du métier, les impératifs commerciaux et même des sujets plus douloureux comme les attentats à Charlie Hebdo. Chaque auteur apporte sa patte unique, allant du réalisme au cartoonesque, et les dessins passent des personnages humains aux animaux avec une fluidité surprenante. Les passages où les auteurs se lancent dans des délires collectifs, comme la création d’une émission de télé-réalité ou les séjours à Angoulême, sont particulièrement mémorables. Pour moi, il s'agit d'une série incontournable pour tous les amateurs de bande dessinée. C’est une lecture rafraîchissante et drôle, une bouffée d’air frais et de bonne humeur.
Pizza Roadtrip
Une petite série noire prenant pour cadre un environnement urbain et orienté road movie, ça vous tente ? Voici un chouette one shot au scénario bien plus malin qu'il n'y parait au premier abord... Quelque part ça m'a rappelé le cultissime film "Pas de problème" de Georges Lautner où Miou-Miou tente de planquer un cadavre arrivé par hasard chez elle en le promenant dans une voiture. Ici, le corps à faire disparaitre est également tout aussi gênant et les 3 potes vont devoir ruser entre vieilles combines et désorganisation totale pour éviter la taule... Ce qui est fortement attractif est tout d'abord le dessin atypique de Cha : un trait précis, des trognes sans nez et une mise en scène hors pair. Afin d'étoffer le récit, quelques flashbacks s'intercalent en couleur alors que les situations présentes sont en noir et blanc avec quelques touches subtiles d'orange sur certains objets comme le véhicule. C'est à la fois malin et attrayant. Les dialogues sont également bien inspirés avec quelques touches d'humour noir et un rythme sans failles. La fin réserve son lot de révélations et quelques retournements de situation dont une fin à la fois ouverte et surtout ironique. Le seul problème de ce livre c'est qu'on souhaiterait bien un rab supplémentaire de cette pizza sanglante mais appétissante !
Mon ami Dahmer
J’ai trouvé que cette BD est à la fois captivante et dérangeante. Elle mélange habilement autobiographie et enquête journalistique. Backderf, qui a fréquenté Jeffrey Dahmer au lycée, nous livre un récit introspectif sur les dernières années de Dahmer avant qu’il ne sombre dans la folie meurtrière. En utilisant ses souvenirs personnels et les témoignages recueillis ultérieurement, Backderf reconstitue minutieusement la descente aux enfers de Dahmer, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Le scénario de cette BD est remarquablement bien construit. Backderf parvient à montrer la dégradation progressive du comportement de Dahmer à travers des détails subtils que personne n’a su ou voulu interpréter à l’époque. Il met en lumière les signaux d’alarme ignorés et la lente transformation de Dahmer en monstre. Les dessins de Backderf sont très particuliers, avec un style presque caricatural dans une veine de comics underground américains. Les personnages semblent parfois raides, ce qui ajoute une couche de malaise à l’histoire. Les plans en contre-plongée et les regards perturbants de Dahmer sont particulièrement efficaces pour créer une atmosphère de tension. L’absence de sensationnalisme est l’une des grandes forces de cette BD. Backderf ne cherche ni à excuser ni à condamner son ancien camarade de classe. Il présente les faits de manière brute, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions. Cette approche objective rend le récit encore plus puissant de mon point de vue. Malgré la qualité indéniable de l’histoire et de la recherche documentaire, on peut trouver que le style graphique de Backderf met un peu de distance avec les personnages, ce qui rend l’attachement plus difficile. C’est aussi peut être juste un point de vue français peu habitué à ce style graphique. Au final, je trouve que cette BD offre une perspective intéressante sur les la complexité de la nature humaine et les effets de l’indifférence sociale.