Les derniers avis (32245 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Crépuscule des Idiots
Le Crépuscule des Idiots

J'avais déjà lu cette BD il y a quelques temps, mais la relecture fut aussi intéressante qu'amusante. Sous une histoire de singes et de religions, personne n'est dupe comme lecteur : c'est bel et bien de l'humanité dont il est question. De l'humanité toujours plus bête dans sa foi ... L'auteur développe un propos clairement militant, et dans le sens de l'agnosticisme. La BD, sous couvert de moments humoristiques, reste résolument sombre. Son final en est la preuve la plus éclatante. D'autre part, c'est bien une noirceur qui imprègne le récit, celle du reflet de notre propre bêtise. Le récit s'approche grandement de la religion par un prisme catholique, plus à même d'être compris par un lecteur occidental, et c'est tant mieux. Les métaphores sont évidentes, les références sont claires, les images limpides. L'auteur joue de son dessin pour ajouter au propos. Ce sont des environnements grands mais vides, dans lesquels les singes prennent toute la place, tandis que l'hiver reste présent la majeure partie du récit. C'est pas subtil dans le traitement des saisons (l'hiver du malheur, le printemps de l'espoir ...) mais c'est parfois bon de laisser la subtilité au vestiaire. Parce que mine de rien, la BD a une critique acide mais juste. Il y a des personnages pour lesquels j'ai été triste, une fin franchement noire et amère, mais surtout une série de dernières planches qui ajoutent une petite blague qui n'en est pas une, débordant du récit pour faire une vraie réflexion sur la religion. Si même Dieu nous estimes trop con ... La BD est impeccable dans son traitement, dans le déroulé et dans son propos. C'est le genre que j'adore parce que le message est fort mais nécessaire, un peu à l'instar de Ce qu'il faut de terre à l'homme, détournant une histoire pour en faire une fable sur un sujet, où la fin tente d'extrapoler le propos. Efficace, donc, juste et pertinente, je trouve que cette BD est excellente. PS : j'ajouterais juste que pour une BD sur la religion, elle ne se contente pas d'être bêtement anti-religieuse, la toute fin le montrant bien, mais appelle les croyants à arrêter de lever leur mains pour prier et plutôt se sortir les doigts pour agir. Mais surtout pour réfléchir et ne pas suivre bêtement le premier prêcheur qui passe. Un message qui est aussi pertinent pour les religions que pour pleins d'autres croyances ...

23/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Pauline à Paris
Pauline à Paris

Je découvre le travail de Benoit Vidal – tout du moins en matière de roman-photo – et c’est plutôt une lecture agréable. En particulier il réussit très bien son mélange de photos (sa grand-mère prise sous tous les angles lorsqu’il l’interroge, quelques lieux divers, un platane, etc.) et de documents d’époque (fin XIXème, début XXème, jusqu’à aujourd’hui : cartes postales, gravures, journaux, photos, tableaux, etc.). Le rendu est chouette, dynamique, il ne se contente pas d’aligner des photos et d’improviser ensuite le texte, il y a de réels efforts de mise en pages, de construction, et le côté hétéroclite de l’ensemble m’a plu. L’auteur a interviewé sa grand-mère, Pauline donc, qui lui raconte la vie d’une autre vieille femme, de sa fille, tout au long du siècle. Au travers de ce récit, c’est aussi sa grand-mère que Vidal découvre et met en avant (d’ailleurs, il fait régulièrement des pauses pour analyser le récit, les témoignages, qu’il questionne, de façon intéressante). Et c’est aussi une certaine histoire de France qui nous est donnée à voir, l’évolution d’une société, au travers de la vie de quelques anonymes. On a même droit à une vision de l’intérieur des terres du débarquement de Normandie sur la fin ! Une lecture plaisante. La mise en page et l’iconographie permettent de pallier au manque de consistance de certains passages, aux détails un peu personnels et pas toujours captivants : mais au final, c’est une chouette lecture. Merci encore aux éditions Flblb d’éditer ce genre d’ouvrage hors norme. Note réelle 3,5/5.

23/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Ralph Azham
Ralph Azham

Si on peut bien reconnaitre un talent (parmi d'autres) à Lewis Trondheim c'est cette maîtrise des anti-héros. Etant tombé à court de nouveaux Donjons, je me suis lancé dans cette nouvelle série fantasy qui est régulièrement vue comme un classique mais pas un classique de la fantasy, entendons nous bien. On reconnait évidemment la patte de Trondheim avec les personnages animaliers et cet humour grinçant et absurde. C'est entre autres ce que je venais chercher et j'ai été servi. J’étais aussi curieux de voir comment il allait renouveler ce genre qu’il maîtrise si bien. Et clairement, Ralph Azham ne m'a pas déçu. Ralph, anti-héros par excellence, est un personnage à la fois agaçant et attachant. Ce qui le rend si captivant, c’est qu’il ne cherche pas à plaire. Il traîne sa nonchalance et son sarcasme avec une certaine désinvolture, un peu comme s’il était en décalage permanent avec les attentes de son monde. C’est un peu le loser de l’histoire, mais un loser auquel on s’attache, d'autant plus qu'il évolue, passant du jeune sarcastique désabusé à quelqu’un de plus mature, plus conscient de ses responsabilités. Ce développement donne de la profondeur à un récit qui pourrait autrement se contenter d’être léger. Le dessin de Trondheim, avec ses lignes simples et ses personnages expressifs, fonctionne bien dans cet univers de fantasy. Brigitte Findakly, à la colorisation, sublime vraiment le tout avec des palettes qui varient selon les moments d’émotion ou d’action. Ce n’est pas du grand art, mais ça donne une vraie identité visuelle à la série, un côté accessible. Et comme d'habitude, ce sont les dialogues qui font particulièrement mouche. Chaque réplique est bien sentie, souvent drôle, avec ce petit côté décalé qu’on attend de Trondheim. L’univers est aussi bien pensé, avec ses artefacts magiques, ses pouvoirs bizarres et une trame de fond qui touche à des thèmes plus sérieux comme la politique, la religion et le pouvoir. On sent que Trondheim aime jouer avec les codes du genre, sans pour autant trop s’y attarder. Cela dit, quelques longueurs se font sentir à certains moments, et certaines intrigues secondaires traînent un peu. Parfois, on a l’impression que les rebondissements s’enchaînent trop vite, sans vraiment donner le temps de creuser certains aspects de l’histoire. Mais dans l’ensemble, on ne s’ennuie pas vraiment, et la série parvient à maintenir un bon équilibre. Ce n’est pas le chef-d’œuvre du siècle, mais c’est une lecture agréable, divertissante, et parfois même touchante. Si vous aimez les univers un peu barrés où l’anti-héros a toute sa place, vous trouverez probablement votre bonheur ici.

23/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Les Illuminés
Les Illuminés

Je connaissais le duo Rimbaud-Verlaine, un peu comme tout le monde, mais n'avait jamais entendu parler du trio Rimbaud-Verlaine-Nouveau. On se retrouve ici plongé au cœur de la vie de ces poètes, à une période particulièrement intense, marquée par les tensions, les voyages, et bien sûr, la création du manuscrit des Illuminations. Et le moins que l'on puisse dire est que l'on y plonge bien. Dytar et Bollée parviennent à rendre compte de cette fougue et de l’aspect chaotique de leur existence, tout en évitant le piège de l’hagiographie (que je redoutais vraiment au départ). Visuellement, c’est beau. Dytar a un vrai talent pour capturer des ambiances. Contrairement à Noirdesir, j'ai bien aimé le choix des deux ou trois bandes horizontales qui découpent les pages permettent de suivre simultanément les parcours des protagonistes. Côté scénario, l’histoire est bien construite, même si on ne peut pas dire qu’elle révolutionne le genre. On est sur une biographie romancée, mais c’est fait avec subtilité. La mise en lumière de Germain Nouveau, souvent oublié au profit de ses deux compères plus célèbres, est un vrai plus. Le récit met en avant ses doutes, son retrait progressif de la scène littéraire, contrastant avec l’intensité de Rimbaud et Verlaine. Une très bonne manière de découvrir ou redécouvrir ce trio.

23/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ailefroide - Altitude 3954
Ailefroide - Altitude 3954

Et dire que j'ai failli passer à côté de l'oeuvre de Jean-Marc Rochette parce que je n'ai pas accroché de prime abord avec son dessin en feuilletant cette BD parmi tant d'autres en librairie. Après la lecture de Le Loup qui m'a totalement conquis, j'ai attaqué ce récit personnel qui raconte son parcours d’adolescent à Grenoble, fasciné par l’escalade et les sommets des Alpes. Il y décrit comment, lassé par les cours du lycée, il trouve dans la montagne une échappatoire et une vocation qui façonneront une partie de sa vie. J'aime beaucoup cette manière authentique de raconter la montagne. Rochette ne se contente pas de dessiner des paysages, il nous fait ressentir la rudesse des sommets, l’exaltation de l’ascension, mais aussi la proximité de la mort, toujours présente à chaque faux pas. Le style de Rochette est parfois brut, sans fioritures, mais il capture à merveille l’essence de la montagne : immuable, dangereuse, mais terriblement attirante. Les teintes bleues et blanches dominent, évoquant la pureté des glaciers et le ciel infini, tandis que les personnages, presque secondaires face à l’immensité, sont représentés avec une simplicité touchante. Le récit est un mélange de souvenirs d’ascensions, de rêves brisés et de moments d’euphorie. À travers l’histoire de Rochette, c’est toute une génération d’alpinistes qu’on entrevoit, avec leurs défis, leurs doutes, mais aussi leur soif de liberté et d’absolu. Il y a une sincérité dans cette quête de soi-même à travers la montagne, qui m’a beaucoup touché. On ressent cette tension constante entre l’appel du sommet et le danger, entre la passion et la réalité. Rochette ne cherche pas à enjoliver son récit, au contraire, il expose ses failles, ses moments de faiblesse, ce qui rend cette histoire encore plus humaine et accessible. Un gros coup de coeur donc qui fait suite à Le Loup et avant de poursuivre avec La Dernière Reine

23/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Le Royal Fondement - L'Histoire vraie de la face cachée du Roi Soleil
Le Royal Fondement - L'Histoire vraie de la face cachée du Roi Soleil

Philippe Charlot livre un scénario divertissant, plein de verve, où les dialogues assez truculents s’enchaînent avec fluidité. Eric Hubsch, au dessin, donne vie à cette époque avec un trait semi-réaliste, caricatural juste ce qu’il faut, qui apporte une légèreté bienvenue à une intrigue qui aurait pu basculer dans le graveleux. Le traitement du roi est particulièrement savoureux, oscillant entre majesté et vulnérabilité, rappelant à quel point la grandeur peut se trouver rabaissée par les aléas du corps humain. L’histoire s’appuie sur des faits réels tout en les agrémentant d’une touche de fantaisie, ce qui rend la lecture à la fois instructive et amusante. Le personnage de Geoffroy, en quête d’ascension sociale, est bien croqué, même si son parcours reste assez classique. Sa vivacité et son habileté à saisir les opportunités sont au cœur du récit, mais son évolution prend un détour un peu attendu, perdant parfois en surprise. Le dessin, lui, est soigné, avec des décors fidèles à l’époque de Versailles, et une utilisation subtile des expressions des personnages pour renforcer l’humour et le côté cocasse de la situation. Quelques scènes auraient pu bénéficier de plus de détails, notamment dans les moments plus tendus, mais dans l’ensemble, le style graphique sert bien l’histoire. Les pages finales, avec un dossier historique, sont un vrai plus pour ceux qui veulent approfondir les faits relatés dans l’intrigue, notamment sur la fameuse opération du roi et la possible origine française de l’hymne britannique “God Save the King”. Je suis sorti de ma lecture diverti, mais avec une légère frustration, comme si tout avait été trop rapidement survolé. Cela dit, pour une bande dessinée qui joue sur l’humour historique, Le Royal Fondement remplit parfaitement son rôle, en nous offrant une tranche d’Histoire décalée et bien menée.

23/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Alicia - Prima Ballerina Assoluta
Alicia - Prima Ballerina Assoluta

Perso j'ai vraiment aimé la lecture de ce roman qui s'appuie sur le personnage hors norme d'Alicia Alonso. Premier point avec cette série nous sommes très loin de la biographie hagiographique de la danseuse étoile cubaine. On peut même un peu chicaner sur la partie jeunesse de la danseuse par rapport à sa bio officielle. Le scénario d'Eileen Hofer a choisi un autre angle d'attaque qui m'a beaucoup plu. La thématique de la "réappropriation d'une culture d'élite"p89 (par le peuple) reste l'épine dorsale du récit. Le ballet de danse classique est le symbole même de l'image d'une culture bourgeoise voire aristocratique réservée à un petit nombre. J'ai trouvé vraiment intéressant de montrer cette culture de la danse enracinée dans un Cuba contemporain post Castro. Ma culture de danse est si faible que je ne sais pas si les autrices s'appuient sur une réalité mais je trouve le sujet orignal et peu visité. Les passages de danse classique sont assez rares car les autrices préfèrent au récit hagiographique convenu des bio officielles un récit plus aigre-doux d'une société cubaine en mutation. Entre dénonciation d'un régime totalitaire basé sur la délation et la sympathie pour une population résiliente et pleine de vitalité , de couleur et de soleil les autrices trouvent un bon équilibre tout au long du récit. Il y a même plusieurs passages remplis d'un humour gentil très plaisant. Les autrices se permettent même d'égratigner l'image du mythe Alicia . Est-ce à juste titre ou pas je ne saurais y répondre. J'ai bien aimé le graphisme type crayons de couleur proposé par Mayalen Goust. C'est fluide et léger comme une arabesque. Les scènes de danse classique ou de cabaret sont vraiment aériennes et élégantes. Les extérieurs de La Havane sont réussis mais malheureusement trop rares à mon goût. Cela donne envie d'y faire un tour. Une lecture récréative très plaisante.

22/09/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Tant pis pour l'amour, ou comment j'ai survécu à un manipulateur
Tant pis pour l'amour, ou comment j'ai survécu à un manipulateur

Ouch, cette lecture est violente. Mais elle est aussi incroyable, tant par le propos que par le recul dont l'autrice à su faire preuve dans son récit. La BD traite de la relation de Sophie Lambda avec Marcus, un acteur parisien qu'elle a rencontré et avec laquelle elle file le parfait amour. Jusqu'au drame ... Si le sujet de la BD est clair dès le début, je dois dire que vivre la relation de l'intérieur est horrible. Le dessin, la colorisation et la pagination joue sur la violence de ce qu'elle subit, verbale et mentale. La relation s'arrête vite, d'ailleurs, heureusement pour elle (enfin, vite ...) mais il est facile d'imaginer ce qu'aurait pu être une telle relation étalée sur le temps long. Un véritable cauchemar que l'autrice nous fait vivre de l'intérieur pendant la première moitié du livre, avant de passer à une deuxième partie explicative. Et cette dernière est excellente, très complète et cernant son sujet. Il y a bien des passages techniques, mais la vulgarisation est assez incroyable. Je n'a jamais été arrêté par le propos et la lecture est toujours fluide, c'est remarquable ! D'ailleurs ce passage permet de remettre à plat bien des choses, mais aussi pour l'autrice de montrer comment une telle relation peut arriver. Comme souvent, les pires connards sauront trouver leurs proies ... La BD est une excellente mise en relation avec tout ce que des femmes (et des hommes) peuvent vivre. La violence de ces relations détruit sans doute bien plus de choses que l'on imagine. Maintenant, cette BD est aussi une douloureuse piqure de rappel : des acteurs que l'on apprécie peuvent être la pire des merdes humaines. Récemment une grosse vague de dénonciation de ces comportements ont eu lieu à propos des Youtubeurs, des grands noms de la télé, de l'Eglise sont révélés, mais la BD est une excellente façon de se rappeler qu'aucune classe sociale, aucun métier n'est épargné par les connards. L'acteur que vous appréciez est peut-être ce genre d'ordure. A titre personnel, j'ai reconnu complètement dans cette BD la relation qu'une amie à moi a pu avoir, il y a quelques années. Elle s'en est sortie, heureusement, et plutôt bien, mais je pense que de savoir que les ventes de "Tant pis pour l'amour" sont constantes indique bien que le sujet est d'actualité, brulante d'ailleurs. L'autrice à fait un travail que je comparerais sans retenue à celui de Lou Lubie, et je pense qu'il est désormais essentiel de l'avoir fait. Ce n'est qu'une histoire, pas une thèse, pas un développement social du manipulateur. Mais c'est déjà énorme, c'est suffisant pour beaucoup qui pourront se reconnaitre, c'est crucial pour des milliers de gens non-touchés qui pourront peut-être le détecter dans leurs entourages. Et enfin, c'est sans doute salutaire que des gens ayant lu cette BD se remettent en question, parce qu'une remise en question n'est jamais mauvaise mais pourrait bien améliorer la vie des autres. Et rien que pour ça, cette BD mérite d'être lue. Une réussite totale, en ce qui me concerne.

22/09/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série D'or et d'oreillers
D'or et d'oreillers

D'or et d'oreillers est une adaptation du roman du même nom de Flore Vesco, un roman qui a reçu plusieurs prix, dont celui du prix sorcières 2022. De sorcellerie, il sera question. De Flore Vesco, je ne connais qu'une autre adaptation en BD, De cape et de mots, et j'avais beaucoup apprécié ce conte pétillant et léger. Ici, ni pétillance, ni légèreté. De Mayalen Goust, je n'ai lu que Lisa et Mohamed, un album où elle n'a réalisé que la partie graphique et si j'avais aimé son travail, il est ici d'un autre calibre. Le lord Adrian Handerson cherche à se marier, trois sœurs issues de la bourgeoisie et leur servante, Sadima, se rendent au château. Mais la même épreuve attend chaque prétendante pour espérer épouser le lord. Un magnifique conte, il commence en empruntant à 'la princesse au petit pois' et à 'Cendrillon'. Mais il va vite bifurquer sur quelque chose de plus sombre, sensuel et terrifiant. Je suis entré de plein pied, dès la première planche, dans cette histoire qui... Je vais faire mon fainéant, je vais laisser les personnages vous présenter cette BD féministe. - Une vie d'esclave à écarter les cuisses pour un mari...: - Vous verrez, demain, à neuf heures cinquante-sept précises, je vous embrasserai. Et je mettrai la langue. - Je me suis adapté à cette situation. Papa en haut et maman à la cave. - Quelques jours plus tard, la cave était vide. J'ai compris qu'elle avait réussi à se morceler. - La mariée ira mal. - Qu'est-ce qu'on enterre dans une petite fosse ? Un petit enfant... ou un petit chat ? - Si vous étiez une femme, même fortunée, vous seriez encore prisonnière et contrainte de coucher dans le lit d'un homme que vous n'avez pas choisi. - Je ne voudrais pas que vous me demandiez comment se passe mes nuits ici et ce que je fais dans mon lit. - Il faut toujours écouter sa maman. La partie graphique m'a envoûté, elle dégage une ambiance singulière, un délicieux mélange de gothique avec une pointe de volupté et un soupçon d'épouvante. Le coup de crayon de Goust est précis, expressif et tout en rondeur, les superbes aplats de couleurs apportent aussi beaucoup au plaisir visuel et la mise en page en met plein les yeux. Regardez la galerie avec ce château à la porte d'entrée en forme de cercueil, ou alors cette ouverture sur la salle à manger qui ressemble à une bouche, où des dents sont prêtes à vous croquer. Les décors sont magnifiques, Sadima a du sex-appeal et le chat est inquiétant au possible. Très, très beau ! Pour les aficionados du genre, un conte qui surprendra avec sa touche d'originalité au milieu d'un classicisme dans sa construction. À ne pas mettre dans les mains des plus jeunes. Vous ne savez pas dépiauter un lapin ? Et bien, vous saurez après cette lecture. Gros coup de cœur graphique.

22/09/2024 (modifier)
Couverture de la série L'Étrange Voyage de R. L. Stevenson
L'Étrange Voyage de R. L. Stevenson

J'aime bien la façon dont Fabien Grolleau visite la biographie d'artistes ou de scientifiques célèbres. c'était le cas avec le peintre Chaïm Soutine dans L'Écolier en bleu ou de Henri Matisse dans Tanger sous la pluie. Ici la biographie est plus large que pour les deux précédents puisque Grolleau explore de l'enfance à la mort du grand romancier. Il y a donc forcément des impasses et des ellipses mais le récit reste très fluide avec une grande cohérence dans la thématique de l'interaction entre réalité et fiction dans la vie de Stevenson. Cela donne une narration particulière qui mêle l'historique, l'aventure et la poésie. Il y a un petit côté Jack London dans la vie de Stevenson la santé en moins. Sans être un rebelle révolutionnaire, assez courant à l'époque, Stevenson est un modèle d'anticonformisme. Acceptant la misère pour vivre ses aspirations aventureuses et littéraires bravant les convenances en allant chercher une femme mariée plus âgée au bout du monde les auteurs font découvrir un parcours d'une sincérité absolue. Ce parti pris de mélanger l'aventure de la vie du romancier avec la genèse de ses créations qui ont marqué le roman d'aventure est assez déroutant au début de la lecture mais de plus en plus plaisant au fil des pages. Grolleau fait la part belle aux influences familiales ( bonnes ou mauvaises) qui ont marqué le parcours de Stevenson. On y apprend quelques anecdotes amusantes comme la création de la carte des pirates de Long John Silver. Enfin je trouve que l'auteur a très bien réussit dans son objectif de faire passer le lecteur du monde imaginaire au monde réel en incorporant des pages de poésie( en anglais). J'ai aussi apprécié la place faite à Fanny, l'épouse, à travers les passages de son journal. Jérémie Royer utilise deux styles graphiques pour différencier Lewis et Fanny. La partie Stevenson fait appel à une ligne claire classique. Cela m'a immédiatement paru comme un hommage supplémentaire au récit d'aventures postérieurs . Certains épisodes pouvant titrer "Châteu noir en Ecosse" ou " Un Fou en Amérique". La partie Fanny tout en jolies aquarelles se concentre sur l'époque des Samoa avec un petit air exotique à la Gauguin. Cela casse le rythme avec des épisodes plus introspectifs. Une très plaisante lecture pour les fans du grand romancier et au-delà.

21/09/2024 (modifier)