La lecture de cette BD était une expérience intense. L’histoire de Constance, un enfant élevé dans un manoir par des grands-parents cruels, m’a vraiment touché. La grand-mère est particulièrement odieuse, et le grand-père, bien que lâche, est aussi une victime de cette situation.
Le dessin en noir et blanc, avec ses hachures, crée une atmosphère oppressante qui colle parfaitement à l’histoire. Chaque page est remplie de détails qui rendent le récit encore plus réaliste et poignant.
Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les révélations surprenantes tout au long de l’histoire. Elles ajoutent une profondeur et une complexité qui m’ont vraiment impressionné. Malgré la noirceur du sujet, il y a aussi des moments d’humour qui allègent un peu l’ambiance.
Très forte cette petite BD qui nous plonge dans l'esprit intime d'une femme en pleine lutte contre elle-même.
Les illustrations exprimant ses pensées sont magnifiquement bien trouvées et originales, c'est ce qui m'a vraiment le plus plu dans cette lecture. D'autant plus que le style au crayon fusain est superbe.
Le récit est poignant, aaaah ce fameux double que nous portons tous en nous à des degrés divers, je le connais bien... J'ai beaucoup apprécié l'approche originale de l'auteure pour raconter cette lutte intérieure, tout comme l'originalité du dessin. La coopération entre les deux autrices ne pouvait pas être meilleure.
Le témoignage met également en lumière l'importance de la communication entre amis. Souvent, nous craignons de vexer l'autre ou, à l'inverse, sommes trop susceptibles aux remarques. Pourtant, exprimées avec bienveillance ces paroles/"remarques" ne peuvent être que positives. Combien de fois n'osons-nous pas signaler à un ami un petit désagrément, comme un morceau de nourriture coincé entre les dents ou une mauvaise haleine ? Ce genre de franchise pourrait éviter bien des malaises. Pour les sujets plus sérieux, il en va de même : il faut savoir choisir le bon moment et avoir une bonne approche, mais la communication reste essentielle, pas seulement dans les relations de couple.
Une BD à partager !
BD historique sur l'inquisition alternant le chaud et le tiède.
Elle peut, comme bien des BD historiques, narrer classiquement et relativement platement son intrigue ; et plus loin prendre une inattendue ampleur quand elle décrit les évolutions parallèles des deux personnages principaux et notamment comment un érudit intègre une pensée davantage politique que scientifique. L'ampleur et le vertige s'estompent malheureusement assez vite dès lors que la clarification des enjeux et positionnement est actée. On se prend à rêver d'un scénario autrement plus trouble et des frontières moins nettes, d'un côté entre médecine douce et sorcellerie, de l'autre entre érudition et manipulation du savoir par soif de pouvoir. Mais ce que cette BD perd, en nuances donc, mais aussi en hauteur et profondeur (maigre discours sur le détournement d'une invention et son accaparement par le clergé), elle l'échange contre une belle conduite de son intrigue, originalement féminine et humaniste.
Les illustrations sont propres, élégamment colorisées, les personnages principaux évidemment très beaux.
Une lecture agréable, une belle BD jusque dans son édition, que l'on eût aimée plus belle encore.
La joie, c’est tout ce qui consiste à remplir une puissance.
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Ce tome est un recueil de scénettes de deux pages, chacune consacrée à un philosophe différent, qui était initialement parues dans Philosophie Magazine. Il comprend quarante-six entrées, toutes réalisées par Catherine Meurisse, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il se termine par une liste alphabétique des quarante-six philosophes ainsi évoqués. Les trois lignes de texte en bas de chaque deuxième page ont été rédigées par l’épicurienne Mathilde Chédru. L’autrice termine l’ouvrage en indiquant qu’elle sait qu’elle ne sait rien sinon ce qu’elle doit à René Pétillon.
Mépilation métaphysique : une dame pénètre dans l’institut de beauté Sois belle et tais-toi. Elle passe en cabine pour se déshabiller et va s’allonger pour une épilation des jambes puis du maillot. Dans le même temps, le récitatif invite à commencer par la considération des choses les plus communes, à savoir les corps qu’on touche et qu’on voit. Prendre par exemple un morceau de cire. Mais voici qu’on l’approche du feu. Ce qui y restait de sa saveur s’exhale, sa couleur change, sa figure se perd. Il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? il faut avouer qu’elle demeure et personne ne peut le nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? – Mauvaises herbes : Voltaire est assis à sa table de travail et il écrit. Ayant terminé, il part se promener dans le parc, dans un salon, dans la rue, au bal, puis il monte sur scène. Tout du long, il repense à son écrit : il faut cultiver notre jardin, en répétant cette phrase comme un mantra, jusqu’à hurler à plein poumon à l’adresse du public : Make jardin great again!
Abécédaire : bien installé dans son fauteuil, Gilles Deleuze discourt au profit de son interlocutrice. I, comme idée. L’idée traverse toutes les activités créatrices. Créer, c’est avoir une idée. L’idée, en philosophie, se présente sous forme de concepts. Un peintre n’a pas moins d’idées qu’un philosophe. L’artiste, lui, crée des percepts, c’est-à-dire un ensemble de perceptions et de sensations qui survient à ceux qui les éprouvent. D, comme désir. La philosophie du désir, ça consiste à dire aux gens : n’allez pas vous faire psychanalyser, n’interprétez jamais, expérimentez des agencements. - Les tweetées de Pascal : le philosophe est assis un banc dans un parc et il poste ses pensées sur les réseaux sociaux. L’amour-propre est un avertissement pathétique. Nous haïssons et la vérité et ceux qui la disent. Nous aimons qu’ils se trompent à notre avantage, et nous voulons être estimés d’eux. On nous traite comme nous voulons être traités. Nous voulons être flattés, on nous flatte. Nous aimons à être trompés, on nous trompe. La vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle : on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. - Langue vivante : attablé à la terrasse du café Flore, Gottlob Frege s’adresse à la jeune femme assise avec lui. Elle se plaint qu’il l’a chauffée et que finalement il refuse d’aller plus loin.
Le titre constitue une déclinaison de l’ouvrage Humain, trop humain, un livre pour esprits libres (1878/1886) écrit par Friedrich Nietzsche (1844-1900), avec une connotation féminine L’autrice réalise quarante-six scénettes, mettant en scène des philosophes de tout horizon, de Héraclite (-550 à -480) à Jean Baudrillard (1929-2007), en passant par René Descartes ou Gottlob Fregge. Elle intègre également un mythe, celui d’Ulysse, et les trois singes de la sagesse. Chaque philosophe dispose de ses deux pages en vis-à-vis, une courte mise en scène indépendante de toutes les autres, avec un titre, une forme d’intrigue, une chute, et trois lignes en bas de la deuxième page, la première indiquant son nom, son métier, ses dates de naissance et de mort, les deux suivantes exposant de manière très synthétique le concept mis en scène et l’ouvrage dans lequel il apparaît. Chaque page est constituée de cases alignées en bande, leur nombre pouvant varier d’un unique dessin en double page pour Edmund Husserl (1859-1938), à deux pages en gaufrier de trois bandes de trois cases chacune pour chaque page dans l’entrée consacrée à René Descartes (1596-1650). Une poignée d’entrées sont construites sur des cases de la largeur de la page, telle celle de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Pour chaque présentation, l’autrice choisit un thème précis ou un concept de l’œuvre du philosophe considéré. Dans la majeure partie d’entre elles, elle prend le parti de mettre en scène ledit philosophe en train d’énoncer ce principe, en reprenant un texte extrait de son œuvre. Ainsi Søren Kierkegaard déclame ses idées sur le concept de l’angoisse, en haut d’un promontoire rocheux, écouté par une femme dont la randonnée l’a amenée là. Elle peut également adapter le discours en y insérant des thèmes modernes, comme le développement d’Aristote (-384 à -322) sur le logos, appliqué aux logos des marques.
Sans surprise, le lecteur retrouve quelques grands classiques. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, d’Aristote (-550 à -480) : elle l’éclaire avec une dimension écologique, l’eau claire et pure du fleuve devenant un dépotoir pour déchets de toute sorte. La réflexion d’Henri Bergson (1859-1941) sur le rire donne lieu à une transposition sous forme de numéros de stand-up interprétés par d’autres philosophes. Emmanuel Kant (1724-1804) n’hésite pas à se donner en spectacle au karaoké ce qui permet d’illustrer sa vie studieuse et routinière, entièrement consacrée à ses recherches. Catherine Meurisse choisit également d’autres philosophes à la pensée complexe, et moins dissouts dans la culture populaire. En pages 30 & 31, le lecteur voit une femme enceinte s’allonger sur la table d’un médecin pour une échographie. Les traits de contour restent légers et secs pour définir rapidement les deux silhouettes féminines, l’appareil médical, le lit, et l’écran sur lequel apparaît le fœtus en train d’écrire. Il évoque le point de vue du philosophe sur la mort : l’être humain ne court pas vers la mort, il fuit la catastrophe de la naissance. La mise en scène fait apparaître la force transgressive d’un tel point de vue au regard de la médecine moderne entièrement tournée vers la facilitation de ce qui est qualifiée de catastrophe. Le lecteur se dit que Catherine Meurisse n’a pas choisi ce philosophe et ce concept par hasard, qu’il répond à la pensée dominante visant à sacraliser toute vie.
Dix pages plus loin, 40 & 41, le lecteur découvre l’avatar de l’autrice assise à une table de jardin dans un paysage campagnard vallonné. Face à elle se tient un monsieur qui lui expose sa théorie sur l’essence de l’homme, le Dasein. Elle intègre un élément humoristique jouant sur le personnage Charlie, créé par Martin Handford (Où est Charlie ?), tout en retranscrivant le caractère ardu de sa pensée qui remet fondamentalement en question la manière même de poser le problème de l’être et de sa vérité. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut voir dans cette démarche la volonté de l’autrice de dire, d’exposer la difficulté d’accessibilité de l’œuvre de certains philosophes qui n’en sont pas moins fascinants pour autant. Il en va de même avec le petit théâtre d’Edmund Husserl (1859-1938) qui expose ses difficultés pour faire apparaître aux spectateurs venus à son petit théâtre dans un parc, un nouveau mouvement de pensée philosophique qui, avant lui, était comprise comme la science de l’apparaître, mais que désormais il voudrait présenter comme la science de ce qui n’apparaît justement pas à première vue, une phénoménologie de l’inapparent. Le lecteur en vient à se demander si cette mise en scène du philosophe en prestidigitateur ne constituerait pas un commentaire pince-sans-rire de l’autrice, elle-même se demandant si cette phénoménologie sortie du chapeau ne serait pas à la fois séduisante et un tour de passe-passe.
Avec le titre, l’autrice affiche un point de vue d’humaine. Le lecteur sourit en découvrant que l’exposé de René Descartes s’adresse à une femme qui partage son lit, et se déroule alors que le lecteur la suit au salon de beauté pour se faire épiler : il y a effectivement une composante féminine. Dans la troisième histoire, Deleuze s’adresse à une ophtalmologiste. Dans la cinquième, Frege prend un café en terrasse avec une femme qui s’énerve parce qu’il l’a allumée et qu’il se montre froid et distant. La sixième séquence est consacrée à Denis Diderot et à son discours sur les femmes. Ça commence fort : Les femmes : Impénétrables dans la dissimulation, cruelles dans la vengeance, sans scrupules sur les moyens de réussir. Animées d’une haine profonde contre le despotisme de l’homme. Les femmes portent au-dedans d’elles-mêmes un organe susceptible de spasmes terribles disposant d’elles, et suscitant dans leur imagination des fantômes de toute pièce. Les idées de justice, de vertu, de vice, de bonté, de méchanceté nagent à la surface de leur âme. Plus civilisées que nous en dehors, elles sont restées de vraies sauvages en dedans, toutes machiavéliques. Le symbole des femmes en général est celui de l’Apocalypse, sur le front de laquelle il est écrit : mystère. La chute de l’histoire montre trois femmes débranchant cet automate et rédigeant l’article sur le clitoris dans la Nouvelle Encyclopédie. La position du philosophe est traitée avec humour. Il en va de même pour l’évocation de la condition féminine par Saint Augustin (354-430, Augustin d’Hippone), au travers du mythe d’Ulysse, par Fénelon (Fénelon (1651-1715, François de Salignac de la Mothe-Fénelon), par Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). L’autrice s’amuse bien également dans les deux pages consacrées à Simone de Beauvoir (1908-1986), pour renverser les rôles avec Jean-Paul Sartre. Le lecteur ne peut que constater l’actualité des propos de Simone Weil (1909-1943) sur l’absence de sens du travail à la chaîne.
La philosophie en bande dessinée constitue un défi pour rendre compte de la complexité et de la richesse de la pensée, de son cheminement. Catherine Meurisse relève le défi, avec la gageure qui est de le faire en deux pages par philosophe. Dans un premier temps, le lecteur peut éprouver une sensation de désappointement : mettre en scène le philosophe, lui faire dire un extrait de son œuvre, et le faire interagir avec une interlocutrice ou avec son environnement pour arriver à une chute en forme de gag. Il lui faut un peu de temps pour ressentir l’effet cumulatif : le choix des philosophes entre évidence et complexité, la mise en scène très synthétique de sa pensée sur un concept bien cadré, l’interaction entre la mise en situation et ledit concept, la variété des thèmes abordés dont certains très ambitieux, et des situations correspondantes. La personnalité de l’autrice se devine en filigrane dans le choix des philosophes, le choix des concepts, la forme d’humour toujours gentille, et les piques bien méritées sur quelques philosophes livrant leur réflexion sur la femme.
3.5
Cela faisait des années que je connaissais cette série sans l'avoir lue. En effet, le dessin de Neaud ne me séduit pas du tout, je ne suis pas très fan de la manière dont il dessine les visages et en plus les albums réunis font des centaines de pages. J'ai fini par sauter le pas avec la réédition de Delcourt qui contient des pages inédites, dont une postface où l'auteur explique que si tout va bien il va y avoir une suite en 2023....Et ben un an plus tard toujours rien !
L'auteur se met à nu et montre ce qu'était sa vie dans les années 90. J'ai trouvé cela intéressant parce que j'étais un gamin à cette époque, alors j'ai traversé cette décennie en ignorant plein de choses. J'ai bien aimé le côté sans concession, l'auteur n'a pas une langue de bois et n'a aucun problème à montrer les défauts de ses proches et les siens. Mes passages préférés sont lorsqu'il parle de ce que c'était d'être homosexuel à l'époque (les gens 'tolérants' en prennent pour leur grade) et lorsqu'il montre à quoi ressemblait le milieu de la BD indépendante dans les années 90.
Honnêtement, je pensais à un moment mettre un coup de cœur, mais il y aussi des passages qui m'ont un peu ennuyé, notamment le voyage dans la première partie du tome 4. C'est vraiment une lecture dont mon intérêt variait selon les chapitres. Et puis aussi je ne suis toujours pas fan du dessin. Mais bon cela reste un classique du genre autobiographique et c'est à lire si on aime ce genre de BD.
Un vrai plan machiavélique
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Ce tome fait suite à le gant de l'infini. Il contient les 6 épisodes de la minisérie Infinity War (parue en 1992).
Quelque part dans notre plan d'existence, Thanos se rend compte que l'univers est soumis à d'étranges fluctuations d'énergie. Il se rend à un point de dysharmonie et contemple le spectacle d'Eternity plongé dans un coma, avec à son chevet Galactus qui s'interroge sur les raisons de cet état. Sur Terre les superhéros sont soumis à l'attaque de leur double déformé ; ça commence par Spider-Man, ça continue avec Mister Fantastic, Wolverine, Iron Man, Hawkeye, etc. Mister Fantastic convoque tous les superhéros au Baxter Building pour les informer de la situation et de qu'il a découvert. Thanos s'en va quérir de l'aide auprès de l'Infinity Watch : Adam Warlock, Pip, Gamora, Drax et Moondragon (Heather McDonald, la fille de Drax, enfin d'une certaine manière).
On prend les mêmes que dans Le gant de l'infini, et on recommence ? Oui et non.
Oui, Jim Starlin reprend donc les principaux personnages de Infinity gauntlet et reprend une trame similaire : l'existence de la réalité est en danger, un être presqu'omnipotent souhaite la remodeler à son image. le nombre de personnages d'envergure universelle est plus réduit, même si la menace reste à l'échelle de celle d'Infinity Gauntlet. de manière analogue, il est possible de prendre un plaisir un peu pervers au rôle secondaire joué par la pléthore de superhéros. Dès le départ, il est évident qu'ils ne sont pas de taille, de Spider-Man aux X-Men, en passant par Thor ou Hulk. Et c'est vrai que c'est assez rigolo de les voir patauger en masse au milieu d'un plan machiavélique démesuré. le lecteur ne peut par contre que constater que Starlin reprend à nouveau l'idée de Jim Shooter issue des Les guerres secrètes quant au rôle de Doctor Doom.
Non, Jim Starlin a choisi un nouvel ennemi (que reconnaîtront facilement ceux qui ont lu les épisodes de Warlock) généré par les actions de Warlock dans Le gant de l'Infini, et l'enjeu cette fois-ci est de déterminer quel est l'objectif de cet détraqué. Cette partie d'échecs en aveugle se révèle intrigante de bout en bout. La position d'Adam Warlock est toujours aussi ambiguë vis-à-vis des superhéros, d'autant que son alliance avec Thanos le rend encore plus suspect. En plus, Warlock semble atteint d'une forme de langueur qui le relègue souvent au second plan, encore plus que dans Infinity Gauntlet. le final s'avère spectaculaire à souhait, mais aussi curieusement hermétique. Passé le dispositif narratif qui rend l'avantage aux héros, le combat final est plus frustrant que révélateur ou même cathartique.
L'ensemble de la série est illustré par Ron Lim, encré par al Milgrom. Ce dernier fait un excellent travail pour faire ressortir les personnages les uns par rapport aux autres dans les scènes de foule et pour conférer un minimum de texture aux décors. Ron Lim est dans un mode stakhanoviste, aggravé par certaines caractéristiques du scénario. Pour commencer il semble qu'un personnage sur deux soit en train de montrer ses dents. J'ai rarement vu autant d'individus avec les lèvres retroussées dans un rictus artificiel (sauf peut être quand Sal Buscema dessinait plus vite que son ombre). Certes Ron Lim devait rendre un numéro double par mois, mais quand même ce raccourci graphique sur les expressions des visages lasse très vite. le deuxième souci de Ron Lim apparaît justement dans les scènes de foule. À plusieurs reprises, des superhéros en grand nombre se mettent à taper sur ce qu'ils ont sous la main (leurs dopplegängers vicieux, ou l'Infinity Watch) et Ron Lim se contente de les empiler les uns sur les autres jusqu'à ce qu'il ait rempli les pages. Il n'arrive pas à concevoir une mise en scène dans laquelle chacun serait en train d'accomplir un mouvement logique. Ce défaut de conception souligne l'artificialité de ce type de scènes qui se contente de montrer plein de superhéros s'apprêtant à frapper, sans jamais développer le combat.
En soit, La guerre de l'infini est une histoire avec une intrigue moteur efficace et une exécution narrative et graphique un peu basique. Ce crossover marque aussi le début de la forme moderne des crossovers : une histoire de base, avec des répercussions dans la majorité des titres mensuels du moment. Heureusement, les épisodes mensuels n'apportaient rien à l'intrigue principale. Il y a également une disparition des civils : l'être humain normal n'a plus aucune espèce d'importance dans ces affrontements très exclusifs où seuls les superhéros et les supercriminels sont admis.
Globalement, ce tome propose une aventure épique et cosmique qui ne se contente pas de ressasser les mêmes idées que Le gant de l'Infini, même s'il y a plus que des ressemblances. Warlock finit de réparer ses erreurs dans La croisade de l'Infini.
Cet album est le récit du chantier d'une maison à Barcelone de son idée initiale jusqu'à la remise des clés. Et il est presque idyllique tant le projet est ambitieux, sa réalisation se passe sans réel accroc et le résultat est une réussite. En plus, à part ce chantier et la manière dont la jeune architecte qui s'en charge l'appréhende de bout en bout, il n'y a pas vraiment d'histoire à côté de cela. Pas de quoi passionner les foules donc. Pourtant, le chef de projet que je suis a vraiment apprécié découvrir cet univers, sa complexité et le travail que représente l'ensemble de bout en bout.
On découvre l'intérieur d'un cabinet d'architecte à succès, la manière dont il fonctionne, la manière dont une jeune recrue va prendre en main son chantier, les discussions avec sa cliente, les maints changements avant la finalisation du plan et la demande de permis de construire, les nombreux artisans impliqués et la façon de devoir les gérer, les menus soucis à droite à gauche... C'est intéressant et suffisamment rythmé pour ne jamais ennuyer. Le ton reste léger, avec quelques touches pas vraiment humoristiques mais qui divertissent suffisamment pour ne pas y voir un documentaire mais bien plutôt une aventure humaine. Quant au dessin, il est fort sympathique et j'ai apprécié de découvrir la vision détaillé et le plan de la maison à la fin de l'histoire. Il y a quelques idées sympa dans sa réalisation.
Bref, j'ai bien aimé cette lecture, qui ne passionnera probablement pas tout le monde mais parler aux personnes intéressées par l'architecture et la conduite de projet en général.
J'avais cette BD dans l'oeil après l'avis de Calimeranne et parce qu'elle m'a fait rencontrer l'auteur au festival BDciné de Illzach. D'ailleurs j'avais tellement bien écouté que je croyais que la BD parlait des chercheurs d'or et de la pollution à l'arsenic de ces enragés ...
Mais pas du tout, c'est bel et bien une BD sur la forêt d'Amérique centrale, celle qui se fait déboiser pour produire le bœuf de nos hamburgers. Miam ! La BD m'a surprise par sa rapidité : ce n'est "que" une découverte du fleuve au Honduras, la remontée de celui-ci dans le cadre du tournage d'un documentaire. Le documentaire en question est parfaitement secondaire, l'intérêt est de découvrir l'Amérique central et son melting pot de population, ainsi que la forêt tropicale et sa déforestation. Alors que je m'attendais à un documentaire lourd et documenté, c'est bien plus léger et instructif. Pas de grand moment d'explications, même s'il y en a, et une part belle laissée à l'ambiance, les décors, les animaux. On sent que c'est aussi une BD qui veut nous montrer la beauté qui s'abîme bien vite, hélas.
C'est une petite découverte, présentant des ethnies qui m'ont rappelées le Guatemala (qui connait les mêmes problématiques d'ailleurs) : Garifundas notamment, mais aussi ethnie amérindienne. Et la BD reste assez légère pour qu'une lecture soit distrayante mais instructive. Par contre, je tire mon chapeau sur le message bien présent dans la BD et dont le final est grandiose ! Une magnifique histoire de l'Histoire et de notre période. Une conclusion qui s'impose d'elle même et une ouverture formidable.
La BD n'est pas le documentaire du siècle mais je la trouve très bien faite, et surtout impactante. La force du message final passe très bien, d'autant plus que la découverte de la situation est progressive et mélangée à la beauté des espaces. J'en ressors par contre avec la même conclusion que La Pieuvre - Quatorze ans de lutte contre la Mafia : la Mafia est une horreur responsable de bien trop de malheur.
J'ai adoré cette BD. Ayant beaucoup apprécié Perdus dans le futur et attendant la suite avec impatience, j'ai décidé de lire les autres BD de Damián et j'en suis très satisfait ! Cette histoire est vraiment réussie et m'a particulièrement touché car elle me rappelle des souvenirs d'enfance de ce type d'aventure qui marque l'esprit à tout jamais. Comme Ro, c'est quelque chose que j'aimerais beaucoup partager avec mes futurs enfants ou ceux des autres.
Dans une génération de plus en plus connectée dès le plus jeune âge, cette BD aborde parfaitement le sujet sans dénigrer le monde du jeu vidéo. Elle rappelle que les enfants (et les adultes) peuvent aussi s'épanouir autrement en revenant un peu aux sources. J'ai particulièrement apprécié l'apport à la fois instructif et ludique des missions que la Reine louve confie au jeune garçon.
Vraiment, chapeau bas pour cette histoire qui, je l'espère, inspirera de nombreux parents.
Le dessin est particulier et bien que ma première impression n'était pas des plus positives, on s'y habitue rapidement et c'est franchement original. Je l'ai d'autant plus apprécié grâce à cette lecture que j'ai adoré.
C'est donc une BD jeunesse à mettre entre les mains de tous les parents avant tout !
C'est mignon, poétique et simple. J'aime beaucoup ce genre de BD qui illustre l'imagination débordante des enfants à partir d'une tâche aussi banale que faire les courses par exemple. L'auteur-dessinateur, dont je suis toujours sous le charme, rend cette expérience encore plus agréable. Une lecture rapide qui amusera les plus jeunes.
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La lecture de cette BD était une expérience intense. L’histoire de Constance, un enfant élevé dans un manoir par des grands-parents cruels, m’a vraiment touché. La grand-mère est particulièrement odieuse, et le grand-père, bien que lâche, est aussi une victime de cette situation. Le dessin en noir et blanc, avec ses hachures, crée une atmosphère oppressante qui colle parfaitement à l’histoire. Chaque page est remplie de détails qui rendent le récit encore plus réaliste et poignant. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les révélations surprenantes tout au long de l’histoire. Elles ajoutent une profondeur et une complexité qui m’ont vraiment impressionné. Malgré la noirceur du sujet, il y a aussi des moments d’humour qui allègent un peu l’ambiance.
Moi en double
Très forte cette petite BD qui nous plonge dans l'esprit intime d'une femme en pleine lutte contre elle-même. Les illustrations exprimant ses pensées sont magnifiquement bien trouvées et originales, c'est ce qui m'a vraiment le plus plu dans cette lecture. D'autant plus que le style au crayon fusain est superbe. Le récit est poignant, aaaah ce fameux double que nous portons tous en nous à des degrés divers, je le connais bien... J'ai beaucoup apprécié l'approche originale de l'auteure pour raconter cette lutte intérieure, tout comme l'originalité du dessin. La coopération entre les deux autrices ne pouvait pas être meilleure. Le témoignage met également en lumière l'importance de la communication entre amis. Souvent, nous craignons de vexer l'autre ou, à l'inverse, sommes trop susceptibles aux remarques. Pourtant, exprimées avec bienveillance ces paroles/"remarques" ne peuvent être que positives. Combien de fois n'osons-nous pas signaler à un ami un petit désagrément, comme un morceau de nourriture coincé entre les dents ou une mauvaise haleine ? Ce genre de franchise pourrait éviter bien des malaises. Pour les sujets plus sérieux, il en va de même : il faut savoir choisir le bon moment et avoir une bonne approche, mais la communication reste essentielle, pas seulement dans les relations de couple. Une BD à partager !
L'Imprimerie du diable
BD historique sur l'inquisition alternant le chaud et le tiède. Elle peut, comme bien des BD historiques, narrer classiquement et relativement platement son intrigue ; et plus loin prendre une inattendue ampleur quand elle décrit les évolutions parallèles des deux personnages principaux et notamment comment un érudit intègre une pensée davantage politique que scientifique. L'ampleur et le vertige s'estompent malheureusement assez vite dès lors que la clarification des enjeux et positionnement est actée. On se prend à rêver d'un scénario autrement plus trouble et des frontières moins nettes, d'un côté entre médecine douce et sorcellerie, de l'autre entre érudition et manipulation du savoir par soif de pouvoir. Mais ce que cette BD perd, en nuances donc, mais aussi en hauteur et profondeur (maigre discours sur le détournement d'une invention et son accaparement par le clergé), elle l'échange contre une belle conduite de son intrigue, originalement féminine et humaniste. Les illustrations sont propres, élégamment colorisées, les personnages principaux évidemment très beaux. Une lecture agréable, une belle BD jusque dans son édition, que l'on eût aimée plus belle encore.
Humaine, trop humaine
La joie, c’est tout ce qui consiste à remplir une puissance. - Ce tome est un recueil de scénettes de deux pages, chacune consacrée à un philosophe différent, qui était initialement parues dans Philosophie Magazine. Il comprend quarante-six entrées, toutes réalisées par Catherine Meurisse, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il se termine par une liste alphabétique des quarante-six philosophes ainsi évoqués. Les trois lignes de texte en bas de chaque deuxième page ont été rédigées par l’épicurienne Mathilde Chédru. L’autrice termine l’ouvrage en indiquant qu’elle sait qu’elle ne sait rien sinon ce qu’elle doit à René Pétillon. Mépilation métaphysique : une dame pénètre dans l’institut de beauté Sois belle et tais-toi. Elle passe en cabine pour se déshabiller et va s’allonger pour une épilation des jambes puis du maillot. Dans le même temps, le récitatif invite à commencer par la considération des choses les plus communes, à savoir les corps qu’on touche et qu’on voit. Prendre par exemple un morceau de cire. Mais voici qu’on l’approche du feu. Ce qui y restait de sa saveur s’exhale, sa couleur change, sa figure se perd. Il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? il faut avouer qu’elle demeure et personne ne peut le nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? – Mauvaises herbes : Voltaire est assis à sa table de travail et il écrit. Ayant terminé, il part se promener dans le parc, dans un salon, dans la rue, au bal, puis il monte sur scène. Tout du long, il repense à son écrit : il faut cultiver notre jardin, en répétant cette phrase comme un mantra, jusqu’à hurler à plein poumon à l’adresse du public : Make jardin great again! Abécédaire : bien installé dans son fauteuil, Gilles Deleuze discourt au profit de son interlocutrice. I, comme idée. L’idée traverse toutes les activités créatrices. Créer, c’est avoir une idée. L’idée, en philosophie, se présente sous forme de concepts. Un peintre n’a pas moins d’idées qu’un philosophe. L’artiste, lui, crée des percepts, c’est-à-dire un ensemble de perceptions et de sensations qui survient à ceux qui les éprouvent. D, comme désir. La philosophie du désir, ça consiste à dire aux gens : n’allez pas vous faire psychanalyser, n’interprétez jamais, expérimentez des agencements. - Les tweetées de Pascal : le philosophe est assis un banc dans un parc et il poste ses pensées sur les réseaux sociaux. L’amour-propre est un avertissement pathétique. Nous haïssons et la vérité et ceux qui la disent. Nous aimons qu’ils se trompent à notre avantage, et nous voulons être estimés d’eux. On nous traite comme nous voulons être traités. Nous voulons être flattés, on nous flatte. Nous aimons à être trompés, on nous trompe. La vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle : on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. - Langue vivante : attablé à la terrasse du café Flore, Gottlob Frege s’adresse à la jeune femme assise avec lui. Elle se plaint qu’il l’a chauffée et que finalement il refuse d’aller plus loin. Le titre constitue une déclinaison de l’ouvrage Humain, trop humain, un livre pour esprits libres (1878/1886) écrit par Friedrich Nietzsche (1844-1900), avec une connotation féminine L’autrice réalise quarante-six scénettes, mettant en scène des philosophes de tout horizon, de Héraclite (-550 à -480) à Jean Baudrillard (1929-2007), en passant par René Descartes ou Gottlob Fregge. Elle intègre également un mythe, celui d’Ulysse, et les trois singes de la sagesse. Chaque philosophe dispose de ses deux pages en vis-à-vis, une courte mise en scène indépendante de toutes les autres, avec un titre, une forme d’intrigue, une chute, et trois lignes en bas de la deuxième page, la première indiquant son nom, son métier, ses dates de naissance et de mort, les deux suivantes exposant de manière très synthétique le concept mis en scène et l’ouvrage dans lequel il apparaît. Chaque page est constituée de cases alignées en bande, leur nombre pouvant varier d’un unique dessin en double page pour Edmund Husserl (1859-1938), à deux pages en gaufrier de trois bandes de trois cases chacune pour chaque page dans l’entrée consacrée à René Descartes (1596-1650). Une poignée d’entrées sont construites sur des cases de la largeur de la page, telle celle de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Pour chaque présentation, l’autrice choisit un thème précis ou un concept de l’œuvre du philosophe considéré. Dans la majeure partie d’entre elles, elle prend le parti de mettre en scène ledit philosophe en train d’énoncer ce principe, en reprenant un texte extrait de son œuvre. Ainsi Søren Kierkegaard déclame ses idées sur le concept de l’angoisse, en haut d’un promontoire rocheux, écouté par une femme dont la randonnée l’a amenée là. Elle peut également adapter le discours en y insérant des thèmes modernes, comme le développement d’Aristote (-384 à -322) sur le logos, appliqué aux logos des marques. Sans surprise, le lecteur retrouve quelques grands classiques. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, d’Aristote (-550 à -480) : elle l’éclaire avec une dimension écologique, l’eau claire et pure du fleuve devenant un dépotoir pour déchets de toute sorte. La réflexion d’Henri Bergson (1859-1941) sur le rire donne lieu à une transposition sous forme de numéros de stand-up interprétés par d’autres philosophes. Emmanuel Kant (1724-1804) n’hésite pas à se donner en spectacle au karaoké ce qui permet d’illustrer sa vie studieuse et routinière, entièrement consacrée à ses recherches. Catherine Meurisse choisit également d’autres philosophes à la pensée complexe, et moins dissouts dans la culture populaire. En pages 30 & 31, le lecteur voit une femme enceinte s’allonger sur la table d’un médecin pour une échographie. Les traits de contour restent légers et secs pour définir rapidement les deux silhouettes féminines, l’appareil médical, le lit, et l’écran sur lequel apparaît le fœtus en train d’écrire. Il évoque le point de vue du philosophe sur la mort : l’être humain ne court pas vers la mort, il fuit la catastrophe de la naissance. La mise en scène fait apparaître la force transgressive d’un tel point de vue au regard de la médecine moderne entièrement tournée vers la facilitation de ce qui est qualifiée de catastrophe. Le lecteur se dit que Catherine Meurisse n’a pas choisi ce philosophe et ce concept par hasard, qu’il répond à la pensée dominante visant à sacraliser toute vie. Dix pages plus loin, 40 & 41, le lecteur découvre l’avatar de l’autrice assise à une table de jardin dans un paysage campagnard vallonné. Face à elle se tient un monsieur qui lui expose sa théorie sur l’essence de l’homme, le Dasein. Elle intègre un élément humoristique jouant sur le personnage Charlie, créé par Martin Handford (Où est Charlie ?), tout en retranscrivant le caractère ardu de sa pensée qui remet fondamentalement en question la manière même de poser le problème de l’être et de sa vérité. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut voir dans cette démarche la volonté de l’autrice de dire, d’exposer la difficulté d’accessibilité de l’œuvre de certains philosophes qui n’en sont pas moins fascinants pour autant. Il en va de même avec le petit théâtre d’Edmund Husserl (1859-1938) qui expose ses difficultés pour faire apparaître aux spectateurs venus à son petit théâtre dans un parc, un nouveau mouvement de pensée philosophique qui, avant lui, était comprise comme la science de l’apparaître, mais que désormais il voudrait présenter comme la science de ce qui n’apparaît justement pas à première vue, une phénoménologie de l’inapparent. Le lecteur en vient à se demander si cette mise en scène du philosophe en prestidigitateur ne constituerait pas un commentaire pince-sans-rire de l’autrice, elle-même se demandant si cette phénoménologie sortie du chapeau ne serait pas à la fois séduisante et un tour de passe-passe. Avec le titre, l’autrice affiche un point de vue d’humaine. Le lecteur sourit en découvrant que l’exposé de René Descartes s’adresse à une femme qui partage son lit, et se déroule alors que le lecteur la suit au salon de beauté pour se faire épiler : il y a effectivement une composante féminine. Dans la troisième histoire, Deleuze s’adresse à une ophtalmologiste. Dans la cinquième, Frege prend un café en terrasse avec une femme qui s’énerve parce qu’il l’a allumée et qu’il se montre froid et distant. La sixième séquence est consacrée à Denis Diderot et à son discours sur les femmes. Ça commence fort : Les femmes : Impénétrables dans la dissimulation, cruelles dans la vengeance, sans scrupules sur les moyens de réussir. Animées d’une haine profonde contre le despotisme de l’homme. Les femmes portent au-dedans d’elles-mêmes un organe susceptible de spasmes terribles disposant d’elles, et suscitant dans leur imagination des fantômes de toute pièce. Les idées de justice, de vertu, de vice, de bonté, de méchanceté nagent à la surface de leur âme. Plus civilisées que nous en dehors, elles sont restées de vraies sauvages en dedans, toutes machiavéliques. Le symbole des femmes en général est celui de l’Apocalypse, sur le front de laquelle il est écrit : mystère. La chute de l’histoire montre trois femmes débranchant cet automate et rédigeant l’article sur le clitoris dans la Nouvelle Encyclopédie. La position du philosophe est traitée avec humour. Il en va de même pour l’évocation de la condition féminine par Saint Augustin (354-430, Augustin d’Hippone), au travers du mythe d’Ulysse, par Fénelon (Fénelon (1651-1715, François de Salignac de la Mothe-Fénelon), par Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). L’autrice s’amuse bien également dans les deux pages consacrées à Simone de Beauvoir (1908-1986), pour renverser les rôles avec Jean-Paul Sartre. Le lecteur ne peut que constater l’actualité des propos de Simone Weil (1909-1943) sur l’absence de sens du travail à la chaîne. La philosophie en bande dessinée constitue un défi pour rendre compte de la complexité et de la richesse de la pensée, de son cheminement. Catherine Meurisse relève le défi, avec la gageure qui est de le faire en deux pages par philosophe. Dans un premier temps, le lecteur peut éprouver une sensation de désappointement : mettre en scène le philosophe, lui faire dire un extrait de son œuvre, et le faire interagir avec une interlocutrice ou avec son environnement pour arriver à une chute en forme de gag. Il lui faut un peu de temps pour ressentir l’effet cumulatif : le choix des philosophes entre évidence et complexité, la mise en scène très synthétique de sa pensée sur un concept bien cadré, l’interaction entre la mise en situation et ledit concept, la variété des thèmes abordés dont certains très ambitieux, et des situations correspondantes. La personnalité de l’autrice se devine en filigrane dans le choix des philosophes, le choix des concepts, la forme d’humour toujours gentille, et les piques bien méritées sur quelques philosophes livrant leur réflexion sur la femme.
Journal
3.5 Cela faisait des années que je connaissais cette série sans l'avoir lue. En effet, le dessin de Neaud ne me séduit pas du tout, je ne suis pas très fan de la manière dont il dessine les visages et en plus les albums réunis font des centaines de pages. J'ai fini par sauter le pas avec la réédition de Delcourt qui contient des pages inédites, dont une postface où l'auteur explique que si tout va bien il va y avoir une suite en 2023....Et ben un an plus tard toujours rien ! L'auteur se met à nu et montre ce qu'était sa vie dans les années 90. J'ai trouvé cela intéressant parce que j'étais un gamin à cette époque, alors j'ai traversé cette décennie en ignorant plein de choses. J'ai bien aimé le côté sans concession, l'auteur n'a pas une langue de bois et n'a aucun problème à montrer les défauts de ses proches et les siens. Mes passages préférés sont lorsqu'il parle de ce que c'était d'être homosexuel à l'époque (les gens 'tolérants' en prennent pour leur grade) et lorsqu'il montre à quoi ressemblait le milieu de la BD indépendante dans les années 90. Honnêtement, je pensais à un moment mettre un coup de cœur, mais il y aussi des passages qui m'ont un peu ennuyé, notamment le voyage dans la première partie du tome 4. C'est vraiment une lecture dont mon intérêt variait selon les chapitres. Et puis aussi je ne suis toujours pas fan du dessin. Mais bon cela reste un classique du genre autobiographique et c'est à lire si on aime ce genre de BD.
Thanos - La Guerre de l'Infini
Un vrai plan machiavélique - Ce tome fait suite à le gant de l'infini. Il contient les 6 épisodes de la minisérie Infinity War (parue en 1992). Quelque part dans notre plan d'existence, Thanos se rend compte que l'univers est soumis à d'étranges fluctuations d'énergie. Il se rend à un point de dysharmonie et contemple le spectacle d'Eternity plongé dans un coma, avec à son chevet Galactus qui s'interroge sur les raisons de cet état. Sur Terre les superhéros sont soumis à l'attaque de leur double déformé ; ça commence par Spider-Man, ça continue avec Mister Fantastic, Wolverine, Iron Man, Hawkeye, etc. Mister Fantastic convoque tous les superhéros au Baxter Building pour les informer de la situation et de qu'il a découvert. Thanos s'en va quérir de l'aide auprès de l'Infinity Watch : Adam Warlock, Pip, Gamora, Drax et Moondragon (Heather McDonald, la fille de Drax, enfin d'une certaine manière). On prend les mêmes que dans Le gant de l'infini, et on recommence ? Oui et non. Oui, Jim Starlin reprend donc les principaux personnages de Infinity gauntlet et reprend une trame similaire : l'existence de la réalité est en danger, un être presqu'omnipotent souhaite la remodeler à son image. le nombre de personnages d'envergure universelle est plus réduit, même si la menace reste à l'échelle de celle d'Infinity Gauntlet. de manière analogue, il est possible de prendre un plaisir un peu pervers au rôle secondaire joué par la pléthore de superhéros. Dès le départ, il est évident qu'ils ne sont pas de taille, de Spider-Man aux X-Men, en passant par Thor ou Hulk. Et c'est vrai que c'est assez rigolo de les voir patauger en masse au milieu d'un plan machiavélique démesuré. le lecteur ne peut par contre que constater que Starlin reprend à nouveau l'idée de Jim Shooter issue des Les guerres secrètes quant au rôle de Doctor Doom. Non, Jim Starlin a choisi un nouvel ennemi (que reconnaîtront facilement ceux qui ont lu les épisodes de Warlock) généré par les actions de Warlock dans Le gant de l'Infini, et l'enjeu cette fois-ci est de déterminer quel est l'objectif de cet détraqué. Cette partie d'échecs en aveugle se révèle intrigante de bout en bout. La position d'Adam Warlock est toujours aussi ambiguë vis-à-vis des superhéros, d'autant que son alliance avec Thanos le rend encore plus suspect. En plus, Warlock semble atteint d'une forme de langueur qui le relègue souvent au second plan, encore plus que dans Infinity Gauntlet. le final s'avère spectaculaire à souhait, mais aussi curieusement hermétique. Passé le dispositif narratif qui rend l'avantage aux héros, le combat final est plus frustrant que révélateur ou même cathartique. L'ensemble de la série est illustré par Ron Lim, encré par al Milgrom. Ce dernier fait un excellent travail pour faire ressortir les personnages les uns par rapport aux autres dans les scènes de foule et pour conférer un minimum de texture aux décors. Ron Lim est dans un mode stakhanoviste, aggravé par certaines caractéristiques du scénario. Pour commencer il semble qu'un personnage sur deux soit en train de montrer ses dents. J'ai rarement vu autant d'individus avec les lèvres retroussées dans un rictus artificiel (sauf peut être quand Sal Buscema dessinait plus vite que son ombre). Certes Ron Lim devait rendre un numéro double par mois, mais quand même ce raccourci graphique sur les expressions des visages lasse très vite. le deuxième souci de Ron Lim apparaît justement dans les scènes de foule. À plusieurs reprises, des superhéros en grand nombre se mettent à taper sur ce qu'ils ont sous la main (leurs dopplegängers vicieux, ou l'Infinity Watch) et Ron Lim se contente de les empiler les uns sur les autres jusqu'à ce qu'il ait rempli les pages. Il n'arrive pas à concevoir une mise en scène dans laquelle chacun serait en train d'accomplir un mouvement logique. Ce défaut de conception souligne l'artificialité de ce type de scènes qui se contente de montrer plein de superhéros s'apprêtant à frapper, sans jamais développer le combat. En soit, La guerre de l'infini est une histoire avec une intrigue moteur efficace et une exécution narrative et graphique un peu basique. Ce crossover marque aussi le début de la forme moderne des crossovers : une histoire de base, avec des répercussions dans la majorité des titres mensuels du moment. Heureusement, les épisodes mensuels n'apportaient rien à l'intrigue principale. Il y a également une disparition des civils : l'être humain normal n'a plus aucune espèce d'importance dans ces affrontements très exclusifs où seuls les superhéros et les supercriminels sont admis. Globalement, ce tome propose une aventure épique et cosmique qui ne se contente pas de ressasser les mêmes idées que Le gant de l'Infini, même s'il y a plus que des ressemblances. Warlock finit de réparer ses erreurs dans La croisade de l'Infini.
Le Chantier (Grolleau/Fabre)
Cet album est le récit du chantier d'une maison à Barcelone de son idée initiale jusqu'à la remise des clés. Et il est presque idyllique tant le projet est ambitieux, sa réalisation se passe sans réel accroc et le résultat est une réussite. En plus, à part ce chantier et la manière dont la jeune architecte qui s'en charge l'appréhende de bout en bout, il n'y a pas vraiment d'histoire à côté de cela. Pas de quoi passionner les foules donc. Pourtant, le chef de projet que je suis a vraiment apprécié découvrir cet univers, sa complexité et le travail que représente l'ensemble de bout en bout. On découvre l'intérieur d'un cabinet d'architecte à succès, la manière dont il fonctionne, la manière dont une jeune recrue va prendre en main son chantier, les discussions avec sa cliente, les maints changements avant la finalisation du plan et la demande de permis de construire, les nombreux artisans impliqués et la façon de devoir les gérer, les menus soucis à droite à gauche... C'est intéressant et suffisamment rythmé pour ne jamais ennuyer. Le ton reste léger, avec quelques touches pas vraiment humoristiques mais qui divertissent suffisamment pour ne pas y voir un documentaire mais bien plutôt une aventure humaine. Quant au dessin, il est fort sympathique et j'ai apprécié de découvrir la vision détaillé et le plan de la maison à la fin de l'histoire. Il y a quelques idées sympa dans sa réalisation. Bref, j'ai bien aimé cette lecture, qui ne passionnera probablement pas tout le monde mais parler aux personnes intéressées par l'architecture et la conduite de projet en général.
Jungle beef
J'avais cette BD dans l'oeil après l'avis de Calimeranne et parce qu'elle m'a fait rencontrer l'auteur au festival BDciné de Illzach. D'ailleurs j'avais tellement bien écouté que je croyais que la BD parlait des chercheurs d'or et de la pollution à l'arsenic de ces enragés ... Mais pas du tout, c'est bel et bien une BD sur la forêt d'Amérique centrale, celle qui se fait déboiser pour produire le bœuf de nos hamburgers. Miam ! La BD m'a surprise par sa rapidité : ce n'est "que" une découverte du fleuve au Honduras, la remontée de celui-ci dans le cadre du tournage d'un documentaire. Le documentaire en question est parfaitement secondaire, l'intérêt est de découvrir l'Amérique central et son melting pot de population, ainsi que la forêt tropicale et sa déforestation. Alors que je m'attendais à un documentaire lourd et documenté, c'est bien plus léger et instructif. Pas de grand moment d'explications, même s'il y en a, et une part belle laissée à l'ambiance, les décors, les animaux. On sent que c'est aussi une BD qui veut nous montrer la beauté qui s'abîme bien vite, hélas. C'est une petite découverte, présentant des ethnies qui m'ont rappelées le Guatemala (qui connait les mêmes problématiques d'ailleurs) : Garifundas notamment, mais aussi ethnie amérindienne. Et la BD reste assez légère pour qu'une lecture soit distrayante mais instructive. Par contre, je tire mon chapeau sur le message bien présent dans la BD et dont le final est grandiose ! Une magnifique histoire de l'Histoire et de notre période. Une conclusion qui s'impose d'elle même et une ouverture formidable. La BD n'est pas le documentaire du siècle mais je la trouve très bien faite, et surtout impactante. La force du message final passe très bien, d'autant plus que la découverte de la situation est progressive et mélangée à la beauté des espaces. J'en ressors par contre avec la même conclusion que La Pieuvre - Quatorze ans de lutte contre la Mafia : la Mafia est une horreur responsable de bien trop de malheur.
Game au vert
J'ai adoré cette BD. Ayant beaucoup apprécié Perdus dans le futur et attendant la suite avec impatience, j'ai décidé de lire les autres BD de Damián et j'en suis très satisfait ! Cette histoire est vraiment réussie et m'a particulièrement touché car elle me rappelle des souvenirs d'enfance de ce type d'aventure qui marque l'esprit à tout jamais. Comme Ro, c'est quelque chose que j'aimerais beaucoup partager avec mes futurs enfants ou ceux des autres. Dans une génération de plus en plus connectée dès le plus jeune âge, cette BD aborde parfaitement le sujet sans dénigrer le monde du jeu vidéo. Elle rappelle que les enfants (et les adultes) peuvent aussi s'épanouir autrement en revenant un peu aux sources. J'ai particulièrement apprécié l'apport à la fois instructif et ludique des missions que la Reine louve confie au jeune garçon. Vraiment, chapeau bas pour cette histoire qui, je l'espère, inspirera de nombreux parents. Le dessin est particulier et bien que ma première impression n'était pas des plus positives, on s'y habitue rapidement et c'est franchement original. Je l'ai d'autant plus apprécié grâce à cette lecture que j'ai adoré. C'est donc une BD jeunesse à mettre entre les mains de tous les parents avant tout !
Adam Quichotte
C'est mignon, poétique et simple. J'aime beaucoup ce genre de BD qui illustre l'imagination débordante des enfants à partir d'une tâche aussi banale que faire les courses par exemple. L'auteur-dessinateur, dont je suis toujours sous le charme, rend cette expérience encore plus agréable. Une lecture rapide qui amusera les plus jeunes.