Les derniers avis (31945 avis)

Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Adabana
Adabana

Belle surprise que ce manga ! Je n'ai pas l'habitude de lire ce genre d'intrigue en format manga, et franchement j'ai passé un très bon moment. C'est une enquête psychologique centrée sur une détenue, mêlant des avocats bienveillants : j'ai vu pas mal de films dans ce style que j'apprécie beaucoup et ici, c'est à nouveau assez original. Je n'ai pas remarqué d'incohérences, ce qui renforce la crédibilité du récit. On ne s'ennuie pas et les 3 tomes se lisent comme un long film découpé en 3 chapitres bien structurés. Les thèmes abordés dans le manga sont d'actualité, comme la pornographie non consentie, la pression psychologique d'un proche, le chantage... On devine quelques éléments de l'intrigue, mais ça n'enlève rien à la force du récit. Puis j'ai été surpris par la fin. Je m'attendais à quelque chose de plus happy, de plus facile, de la surenchère et au final, le ton reste assez réaliste, ce qui m'a particulièrement plu. Le dessin est classique pour les personnages de manga, mais il y a un très beau travail sur les décors et les objets, qui sont très réalistes et détaillés. L'achat vaut le coup. On passe un bon moment. 3.5 que j’arrondis volontiers à 4.

04/08/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Gisèle Halimi - Une jeunesse tunisienne
Gisèle Halimi - Une jeunesse tunisienne

Gisèle Halimi faisait partie de ces noms que je lisais de temps à autres dans des livres français et je ne pense pas que je comprenais l'importance de cette femme avant de lire cette BD qui contient un dossier résumant les combats de sa vie. Cette biographie s'attarde sur la jeunesse en Tunisie d'Halimi durant la colonisation française. On va voir comment les injustices ont forgé son caractère. Discriminée parce que juive, ce n'est pas mieux à la maison où elle grandit au sein d'une famille traditionaliste, ce qui inclut que les filles ont moins de droits que les garçons. Le récit est simple et efficace. On traverse les années sans que cela n'aille trop vite et on résume bien ce qui j'imagine ont été les moments les plus importants de son enfance. J'ai bien aimé le dessin aussi. Maintenant j'ai bien envie de découvrir sa vie une fois qu'elle est adulte !

04/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Mister Wonderful
Mister Wonderful

Relation de confiance - Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome, indépendante de toute autre, écrite, dessinée, encrée, mise en couleurs et lettrée par Daniel Clowes, initialement parue en 2011. Ce créateur est également l'auteur de Comme un gant de velours pris dans la fonte, Ghost world, David Boring, Ice Haven, Wilson. La présente histoire a fait l'objet d'une prépublication dans le New York Time Magazine, en 2007/2008. Clowes a rajouté quelques planches par rapport à cette parution en feuilleton. Dans un café, dans une banlieue anonyme, Marshall (un quadragénaire) attend son rendez-vous. Ce dernier a été arrangé par un couple d'amis (Yuki & Tim). Alors que s'ouvre la première scène, elle a 9 minutes de retard. Il contemple une femme attablée non loin de lui, seule également et semblant attendre également. Il la trouve séduisante, tout en se disant que si elle est encore seule, c'est qu'elle doit avoir un défaut d'une nature ou d'une autre (physique ou psychologique). Convaincu que cette femme est trop belle pour être Natalie (celle qu'il attend), il continue de promener son regard sur les autres clientes, et remarque une femme d'une cinquantaine d'années qu'il trouve beaucoup trop marquée par l'âge. Natalie finit par arriver, avec près d'une heure de retard. Natalie et Marshall font connaissance et décide d'aller manger ensemble. le récit se termine au cours de la matinée suivante. Tout du long, le lecteur a accès aux pensées intérieures de Marshall qui se surimposent parfois aux dialogues, masquant ce qui est dit par les personnages. Il s'agit d'une histoire d'environ 70 pages dont l'intrigue se résume à la rencontre entre Natalie et Marshall, leurs discussions, une soirée et une décision de se revoir en suspens. L'intérêt se trouve donc dans la vie intérieure de Marshall, la façon dont il aborde cette rencontre, ce qu'il souhaite en retirer, ses angoisses, ses névroses, son manque de confiance en lui, etc. Daniel Clowes le décrit comme un raté. le lecteur comprend à demi-mots que Marshall ne dispose pas de beaucoup d'argent, voire qu'il est au chômage. Il a été marié pendant plusieurs années, mais sa femme l'a cocufié avec plusieurs de ses meilleurs copains, à tel point qu'il n'a plus d'ami. Tout cela l'a conduit à une forme d'isolement tel qu'il commence à éprouver des difficultés à s'exprimer dans des situations de la vie de tous les jours, telles que récupérer son linge chez le teinturier. Il porte des lunettes à verre épais, et en plus il a un début de calvitie naissante (discrète mais bien réelle). Ce rendez-vous constitue une forme de dernière chance pour tisser des liens affectifs avec une autre personne (et plus si affinités). L'enjeu pour Clowes est d'arriver à dépeindre Marshall comme un individu quelconque, sans attrait, mais pas sans personnalité. L'accès à ses pensées intérieures permet d'éviter la banalité générique, de découvrir toute l'étendue de ses appréhensions et leurs natures. Marshall n'a plus d'illusion sur l'amour romantique, il a conscience que la personne qu'il va rencontrer aura elle aussi un vécu, vraisemblablement pas heureux en amour, que malgré sa détresse affective, il n'y a pas de raison qu'elle s'attache à lui… ou au contraire que Natalie le voit comme une bouée de secours à laquelle s'agripper coûte que coûte. le récit est donc aux antipodes du conte de fée, mais il ne verse pas dans le glauque non plus. Marshall et Natalie n'ont rien de désespéré au point d'en devenir suicidaire. L'un comme l'autre s'investissent pour entamer une relation affective, sans être très doués ni l'un ni l'autre (sinon ils n'en seraient pas là). Pour illustrer ce premier contact entre 2 individus légèrement névrosés (mais pas plus que beaucoup d'humains), maladroits et ayant du mal à conduire une conversation banale, Daniel Clowes utilise un style plutôt réaliste, assez simplifié. Cela donne des cases immédiatement lisibles, des visages simplement esquissés, sans que cela ne nuise à leur expressivité. Les décors n'ont rien de photoréaliste, mais Clowes prend grand soin de les dessiner dans presque chaque case, et d'y insérer assez de détails pour qu'ils soient singuliers, et non génériques ou passepartout. Par exemple les voitures ressemblent plus à de vagues esquisses qu'à un modèle reconnaissable. Cela n'empêche Clowes de donner des tenues vestimentaires réalistes à ses personnages, et d'inclure des éléments de décors rendant chaque coin de rue, chaque pièce à vivre particulier grâce à quelques détails. S'il est peu probable que le lecteur tombe en admiration devant une case ou une page, les dessins portent leur part de narration, sans tirer le récit vers le bas. Le lecteur est donc aux côtés de Marshall, bénéficiant de ses réflexions intimes, partageant ses doutes, ses atermoiements, le constat de ses maladresses, son manque de confiance en lui, ses questionnements sur la personne qu'il a en face de lui. Daniel Clowes écrit et décrit tout cela avec un ton adulte, sans mépriser son personnage, sans grande considération non plus. L'empathie fonctionne bien vis-à-vis de ce monsieur pathétique, sans être ridicule. Mais au fil des pages, le lecteur se rend compte que le cynisme de Marshall reste superficiel, que la réflexion sur la nature des relations entre homme et femme ne va pas au-delà des appréhensions de Marshall, assez banales. Le personnage incarne toute l'indécision, l'apathie d'un perdant qui n'a rien de magnifique ni de tragique. Daniel Clowes décrit des névroses très basiques, sans réflexion existentielle révélatrice de par leur mise en scène, ou leur point de vue.

03/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Journal d'un album
Journal d'un album

Je m'attendais à des critiques, mais pas de cet ordre - Il s'agit du premier tome hors-série accompagnant la sortie de l'album Monsieur Jean, tome 3 : Les femmes et les enfants d'abord (1994), des mêmes auteurs. Ce tome peut se lire sans avoir lu un seul album de la série Monsieur Jean. Il exhale plus de saveurs si le lecteur connaît la série. Sa première publication date de 1994. Il a également été réalisé par Philippe Dupuy et Charles Berberian, toutefois dans cet ouvrage chacun réalise seul ses propres pages, et non à quatre mains comme les albums de la série. Il s'agit d'un ouvrage en noir & blanc, édité par L'Association alors que les albums Monsieur Jean ont été publiés par Les Humanoïdes Associés. Il comprend cent-vingt-huit pages de bande dessinée. Mercredi 11 août 1993, Charles Berberian se trouve dans un taxi et le chauffeur lui raconte une anecdote : un type qui monte dans son taxi et qui lui demande de le ramener chez lui, puis qui s'endort sans avoir donné l‘adresse, rond comme une queue de pelle. Impossible de le réveiller, et le chauffeur ne sait pas où il habite, forcément. du coup, il a roulé pendant trois heures, le temps qu'il émerge, et le compteur tournait pendant ce temps-là, forcément. Il a même pris un autre client pendant que l'autre poivrot ronflait, client qui faisait une drôle de tête, mais en même temps, il était trop content de trouver un tacot à trois heures du mat'. Charles imagine le chauffeur sur la scène de l'Olympia en train de raconter sa blague à un public hilare. Il se lance à son tour, avec une histoire : il monte dans un taxi et le chauffeur n'arrête pas de se racler la gorge. Au bout de cinq minutes, ça lui remonte dans le nez, du coup les clients ont droit à une vidange complète du nez à coups de raclements et de reniflements sonores. le chauffeur reste sans réaction, sans même sourire. Quelques jours plus tard, Berberian est en train de dessiner cette scène pour le journal de l'album. Son épouse Anne vient le regarder, en tenant leur fille Nina par la main, elle-même tenant un biberon. Charles s'interrompt, et ils passent dans leur chambre, Anne demandant s'il parle déjà d'elle, des vacances, du fait qu'ils soient en vacances chez sa mère à elle dans le Quercy. Ils sortent voir les animaux dehors, avec leur fille dans les bras de son père. Ils sont donc en vacances dans le Quercy, chez Viviane la mère d'Anne, et c'est là qu'il a commencé son journal. Ils observent les poules et les cochons. Certes tout ce qu'il raconte là n'a rien à voir avec Monsieur Jean, mais c'est-à-dire qu'avec le chauffeur de taxi, ils en sont venu à parler bandes dessinées, et il a dit des trucs pas idiots à ce sujet, en gros que Charles faisait des bêtises. Ça lui évoque Astérix et Obélix. Il se souvient qu'il se marrait bien en lisant ça, il se demande où ils vont chercher toutes ces bêtises, pas vrai ? Charles éprouve la sensation que le chauffeur le punit en le fouettant. Il explique que pour trouver ces bêtises, il regarde autour de lui, il observe les gens et il en fait des histoires. Au bout de quelques pages, le lecteur comprend que le titre est à prendre littéralement : Dupuy & Berberian ont documenté leur processus de réalisation du troisième album de la série Monsieur Jean, sous la forme d'un album de bande dessinée. le présent ouvrage se compose de quatre parties. La première réalisée par Charles Berberian, de quarante-et-une pages, composée de trois chapitres. La deuxième réalisée par Philippe Dupuy, comprenant quarante-huit pages, et se composant de quatre chapitres. Enfin une autre partie réalisée par Berberian comptant quatorze pages, et une dernière réalisée par Dupuy, de douze pages. Chaque auteur raconte donc sa tranche de vie correspondant à la gestation de l'album, depuis les premières idées jetées par Berberian, jusqu'à la parution du tome trois de la série Monsieur Jean et à la dernière question : quel éditeur pour le Journal d'un album ? Comme dans toute autobiographie, même si celle-ci est croisée, le lecteur sait que les auteurs ont retenu des moments choisis, et les présentent comme ils l'entendent. L'un comme l'autre l'évoque de front ou de manière incidente : que raconter ? Un trajet en taxi, des anecdotes familiales, les discussions avec les fondateurs de la maison d'édition l'Association (Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Matt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas), et bien sûr quelques-unes de leurs interrogations, de leurs doutes, des difficultés créatrices, mais aussi des difficultés matérielles, l'éditeur Les Humanos traversant une période difficile sur le plan financier et sur le plan juridique. Il suffit donc au lecteur de savoir que l'appellation Dupuy & Berberian recouvre un duo de bédéistes, que leur personnage principal se nomme Monsieur Jean, et que sa série se focalise sur des moments de sa vie parisienne. Charles apparaît comme un monsieur sympathique, pas trop angoissé, ne sachant pas trop comment commencer son journal, ce qui nourrit les premières scènes. Il représente ses personnages de manière semi-réaliste, avec un trait de contour un peu fin, et une apparence qui s'apparente de près à celles des personnages de la série Monsieur Jean, gros nez compris. Les dessins comprennent un degré de caricature, avec des contours pas toujours très droits, comme mal assurés ou réalisés rapidement, un air de bande dessinée indépendante, ou un dessinateur peu porté sur l'application du travail d'encrage, ou encore une bande dessinée conservant sa spontanéité. le lecteur suit bien volontiers cet auteur dans la banalité de son métier et de sa vie de famille, mais aussi dans l'exotisme de la profession de bédéiste. Outre le fait que le personnage principal change, le lecteur remarque bien le passage d'un auteur à l'autre car le trait de Dupuy est plus appuyé, plus gras, plus agréable à la vue. Dans le même temps, il identifie également tout de suite la parenté avec les dessins de la série Monsieur Jean, même si ce dessinateur-là n'affuble pas ses personnages de gros nez. Il se révèle être également un excellent conteur, par exemple cette page où il évoque la vie de son père en seulement six cases. En comparant ces planches-ci avec celles de la première partie, il peut se faire une vague idée de ce qu'apportent un dessinateur et l'autre. Il constate que pour l'un, comme pour l'autre, les personnages représentés arborent tous un air sympathique, sans être nunuches, mais sans agressivité. L'un et l'autre savent poser un décor en quelques traits, tout en intégrant des éléments spécifiques qui rendent unique la ferme de Viviane dans le Quercy, ou permettent de reconnaître au premier coup d'œil, la gare Montparnasse. Ils utilisent avec la même aisance le glissement vers l'exagération visuelle, que ce soit avec Charles enfant, ou la mégalomanie débridée de Charles représenté par Phillipe lors qu'il abat une quantité de pages de Monsieur Jean, tout seul. Cette lecture exhale un peu plus de saveurs pour celui qui a lu le tome trois de la série : il peut alors faire le lien avec une ou deux anecdotes de la vie personnelle de l'un ou de l'autre, et une aventure de Jean, ou bien encore identifier la métaphore du château assiégé par des femmes qui lancent des bébés aux soldats qui montent la garde sur les remparts. Au cours des séquences, Charles comme Philippe s'interroge sur leur rapport à la création, de manière superficielle, et plus sur leur comportement, leur mode de vie. Ça commence avec Charles qui estime qu'il est un adolescent attardé, ou même un enfant attardé à collectionner des figurines des Simpson, à accumuler des bandes dessinées (jusqu'à garder de vieux albums de Ric Hochet) alors que son appartement est plein à craquer. Ça continue avec Philippe qui trouve qu'il n'arrive pas à se faire à son âge, la trentaine : il continue à acheter des casquettes, à se balader en blouson et tee-shirt, voire même en baskets, comme un adolescent boutonneux, et à dépenser son argent en cinéma et en restaurants, alors qu'à trente-trois ans il devrait consacrer son argent à élever ses enfants (à son âge, son père avait quatre enfants). L'épilogue de Charles le met en scène comme Robin, Philippe jouant le rôle de Batman, en costume l'un et l'autre. Il est question de leur amitié et de leur collaboration professionnelle, des incertitudes sur la parution de l'album de Monsieur Jean, et de leur rémunération. Il cite un passage d'un livre de Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète français d'origine iranienne : À force de me situer à côté, en indiscipline et de la peinture et de l'écriture, prétendant à la transversalité, j'en suis venu à croire, comme le tireur à l'arc aux yeux fermés, que la pensée est à la fois flèche et but, et qu'il est donc inutile et distrayant de se préoccuper de quelle nature sont la flèche et le but, car seul d'arquer son arc sans décocher la flèche suffit. Charles s'interroge sur la beauté du geste, celui de dessiner et sur sa finalité. Puis Philippe évoque les étapes successives pour finir les planches de l'album jusqu'à sa parution : un vrai jeu de l'oie où le passage d'une case à la suivante est tributaire d'événements arbitraires, totalement indépendants des auteurs, à commencer par la santé financière de leur éditeur. Charles Berberian et Philippe Dupuy ont fait le projet de réaliser un album de leur série Monsieur Jean, le troisième tome, et d'en documenter le processus sous la forme d'un journal à la narration libre, et séparée, chacun produisant ses chapitres seul, de son côté. Ils exposent leurs doutes sur la nature nombriliste d'une telle démarche, et réalisent des pages assez proches graphiquement de la série. Ils plongent le lecteur dans leur quotidien, au travers de morceaux choisis, et mis en scène, une autre forme de construction que celle de Monsieur Jean, mais pas une œuvre spontanée et sans réflexion ou formalisation. Le tout invite le lecteur aux côtés du quotidien de deux bédéistes, avec des personnalités différentes, des narrations visuelles assez proches, pour des tranches de vie banales dans ce qu'elles ont de pragmatique, mais aussi uniques car intrinsèquement liées à eux, à leur situation personnelle du moment, à leur l'étape qu'ils effectuent dans leur métier, à la fois une étape pour grandir, à la fois un reflet de la fragilité de l'artisanat.

03/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) ?
Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) ?

Visite organisée de 10 jours en Israël - Il s'agit d'un récit autobiographique sur la découverte d'Israël en 10 jours par une jeune femme. Sarah Glidden a 27 ans quand elle décide de profiter d'un programme de découverte d'Israël financé par des donateurs pour faire découvrir le pays à de jeunes juifs du monde entier (programme appelé Taglit). le principe est le suivant : sous réserve que l'individu puisse justifier de son judaïsme (au moins culturel par un parent juif), il bénéficie d'un séjour en groupe avec guide de 10 jours, tous frais payés. le récit commence le jour du départ, avec les derniers objets à mettre dans la valise, puis les retrouvailles avec sa copine Melissa à l'aéroport et la prise en charge au sein du groupe. Sarah Glidden met en scène un compte-rendu des différents déplacements du groupe, des commentaires des différents guides, des lieux visités, de ses réactions par rapport à ce qu'elle voit, ce qu'on lui raconte et les individus qu'elle rencontre. le récit se termine le lendemain de son départ d'Israël. Sarah Glidden joue la carte de la sincérité tout au long de ce récit. Elle explique rapidement dans quel état d'esprit elle s'est inscrite à ce programme : des convictions politiques plutôt de gauche (la gauche américaine, tout est relatif), une culture juive peu approfondie (elle ne semble pas pratiquante) et un a priori négatif envers l'état d'Israël qui pratique une politique agressive vis-à-vis de ses voisins. le récit est linéaire, il suit les différentes étapes du voyage : un kibboutz, le plateau du Golan, le lac de Tibériade, Tel Aviv et Jaffa, le camp des Bédouins et Massada, et pour terminer Jérusalem avec ses différents quartiers et le Mur des Lamentations. À chaque fois, Glidden retranscrit les discours du guide et des intervenants, ainsi que ses propres réactions par rapport à ses connaissances et par rapport à ses émotions. De fait cet ouvrage comprend quelques éléments historiques limités sur Israël, limités parce que l'objectif de Glidden n'est pas de transformer son récit en cours magistral. Sont ainsi évoqués les destructions du Temple de Jérusalem, la Guerre des Six Jours, la création de cet état en 1948, l'installation des premiers pionniers au début du vingtième siècle (l'aliyah laïque à partir de 1881, la poésie de Rachel Bluwstein Sela), le sort des peuplades bédouines, le mandat britannique de 1917 à 1948, l'instauration de l'hébreu comme langue vivante, etc. Sarah Glidden a composé les souvenirs de son voyage en une découverte didactique du pays. le lecteur la suit en compagnie de sa copine Melissa, en train d'absorber ce qu'elle voit et de s'interroger sur certains des éléments. Ce récit est agréable pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Sarah Glidden n'est pas blasée et elle ne souhaite pas donner une leçon à son lecteur ou le convaincre à tout prix. Elle prend bien soin d'adopter une narration qui ne laisse pas de place à l'interprétation : c'est son expérience de voyage qui n'a pas de vocation à être universelle. Ensuite elle prend le temps d'écouter ce que les autres lui disent sans être contre par principe. Elle émet régulièrement des réserves liées à la partialité de ses interlocuteurs, mais elle prend chaque témoignage comme une pièce supplémentaire dans une situation complexe, en le présentant comme un point de vue lié à l'expérience de la personne qui s'exprime. Elle ne se focalise pas sur les figures historiques de l'état d'Israël, mais sur la vie des habitants et sur la manière dont l'histoire a façonné leur cadre de vie. Elle insère des éléments historiques et culturels qui prennent parfois le pas sur les découvertes, mais qui évitent de rester au niveau du tourisme de masse. Et elle donne envie d'en savoir plus (même à un individu comme moi pour qui l'histoire reste une corvée fastidieuse). Les 2 cases consacrées à l'hébreu comme langue vivante suscitent des questions sur les modalités pratiques de son instauration. Et elle évite les questions de religions, la plupart du temps (heureusement parce que ses explications sur la fondation du Temple de Salomon ont dû mal à intégrer la dimension religieuse sans la rendre risible). Sarah Glidden a choisi un graphisme très personnel pour mettre en image son périple à travers ce pays. Elle utilise un style qui évoque la ligne claire pour les individus et les visages. Chaque personne est reconnaissable malgré le peu de traits distinctifs. Par exemple pour distinguer Sarah de Melissa, il suffit de savoir que l'une est souvent coiffée avec une petite queue de cheval et porte un vêtement vert, et l'autre porte des lunettes et un vêtement violet. Cet aspect simpliste facilite la projection du lecteur dans ces personnages qui ne présentent pas beaucoup de traits distinctifs. Les décors sont également rendus dans des formes simples, mais toutefois assez détaillée pour l'on puisse distinguer un endroit d'un autre et reconnaître les lieux plus ou moins touristiques. de ce fait l'immersion en terre israélienne est complète, sans pour autant tomber dans les cartes postales touristiques. le dispositif graphique qui permet de contourner l'écueil du simplisme et des images naïves et enfantines, réside dans le choix de la mise en couleurs. Glidden a indiqué elle-même dans des interviews qu'elle a eu du mal à trouver la technique qui permettrait d'apporter les nuances nécessaires aux illustrations. Elle a finalement opté pour l'aquarelle dont les teintes pâles se marient parfaitement au style des dessins, tout en leur apportant une subtilité liée aux variations de teintes dans une même nuance. du coup les illustrations sortent du registre amateur et enfantin pour retranscrire les jeux de lumière et les ambiances de chaque site. Sarah Glidden a réussi à m'intéresser à ce voyage organisé, renforcé par des éléments d'histoire et de géopolitique auxquels je suis généralement hermétique. Son récit bâti sur des scènes prosaïques maintient une forme de suspense quant à l'évolution du positionnement idéologique et moral de sa narratrice. Et elle évite l'écueil de la donneuse de leçon, ainsi que celui du voyage organisé superficiel. J'ai beaucoup apprécié de découvrir avec elle une partie des aspects de ce conflit complexe et je suis même allé rechercher des renseignements complémentaires pour voir une vision plus complète de certains éléments.

02/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé
Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé

Un album à mettre dans tous les CDI et à faire lire à toutes les jeunes filles, mais aussi les jeunes garçons, parce que cette BD est importante pour eux. Et elle l'est autant pour nous, plus vieux, d'ailleurs ! Il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est que la BD est inspirante pour les jeunes générations. Elle rappelle qu'une seule personne peut suffire à faire bouger des états, des lieux communs ou changer des lois. En fait, à changer le monde ! Les portraits présentés ici sont très bien fait, même si je ne connaissais que Greta Thunberg. Les autres sont tout aussi inspirantes et permettent de mettre en lumière les combats contemporains. Des combats qui nous concernent tous, que ce soit le climat, l'éducation des femmes, la pollution plastique, les réfugiés ou le contrôle des armes. Même si ce n'est pas ce que nous vivons, ça nous concerne directement et il est important de voir comment chacune à pu promouvoir un combat personnel jusqu'au monde entier. Les dessinateurs et dessinatrices ont fait un excellent boulot, permettant de lire sans jamais s'interrompre dans le récit. Le dessin est un support qui met en lumière mais c'est tout ce qu'on lui demande. Une BD réussie dans son sujet et dans son impact, recommandée pour tous !

02/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Bergères Guerrières
Bergères Guerrières

Franchement bien ! En effet, voilà une série qui mérite les louanges qu’elle reçoit depuis ses débuts ! Si je l’ai bien aimée, elle s’adresse quand même en priorité à un jeune lectorat, qui y trouvera forcément son bonheur. Les personnages attachants, les valeurs mises en avant, tout concourt à attirer le public cible. Et ce d’autant que la narration est bien construite. C’est dynamique, alternant passages contemplatifs et passages plus « musclés ». Des flash-backs, ainsi que les différentes étapes de l’intrigue, permettent de densifier l’intrigue et de mieux cerner les personnages et l’histoire de ce village, que l’on découvre quasi exclusivement féminin (les hommes n’étant depuis une dizaine d’années pas revenus d’une ancienne guerre). Si quelques anciennes dominent le village, ce sont essentiellement des jeunes – femmes essentiellement – qui agissent et défendent la communauté, au sein de la confrérie des bergères guerrière. En particulier Molly et ses copines. Même si un garçon les rejoint exceptionnellement (Liam, qui chevauche un gros chien hirsute aux faux airs de Pollux). Le dessin de Fléchais accompagne très bien le récit, qui s’avère une chouette lecture pour de jeunes ados. Même si les conflits sont rapidement résolus (un chouia trop vite parfois, comme ceux entre Molly et sa mère, Liam et son frère), et si personnages et bestiaires sont tout mignons, ça évite toujours d’être trop mielleux ou mièvre (il y aussi de la noirceur), et je recommande vivement cette lecture.

02/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Travail m'a tué
Le Travail m'a tué

Très bonne BD qui fait vivre de l'intérieur l'enfer du travail dans ces entreprises qui changent du tout au tout leur façon de faire, pliant aux lois du management et de l'entreprenariat à l'américaine. Jusqu'au drame que l'on a désormais en tête avec les affaires Orange ou Renault. La BD s'ouvre par le procès d'une femme d'un des suicidés, ce qui ne laisse que peu de doute sur le déroulé de l'affaire. Mais la vue de l'intérieur est glaçante : pressurisation des équipes, cloisonnement, rentabilité affiché sur chaque action, changement des logiciels sans support de formation, déplacements surprises et intempestifs, sans reconnaissance, sans primes, sans retour. Une façon de diriger qui n'aboutit qu'a des départs ou des morts,une fois le personnel suffisamment essoré. Mais derrière cette façade de rentabilité et de marché concurrentiel où tout est axé sur le rendement, le profit et la viabilité des entreprises, c'est des familles déchirées, des dépressions et sans doute un nombre incalculable de divorce, dépressions et burn-out. La BD retranscrit ça, la famille qui se délite petit à petit et qui finit par imploser. Et la souffrance, sans cesse ... La BD est rude mais salutaire à lire, pour comprendre le monde du travail aujourd'hui, ce qu'il en ressort et surtout la souffrance des humains au contact. A lire et à faire lire !

02/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série 2 expressos
2 expressos

Voilà une lecture rafraîchissante ! J'ai passé un très bon moment. Un petit café en accompagnement aurait été le summum. L'histoire est originale, j'avais une première intuition concernant un élément de l'intrigue que j'ai vite écartée, et pourtant c'était la bonne ! Content d'avoir été surpris du coup. Les deux gars m'ont bien fait rire, je ne me suis pas du tout ennuyé. Le dessin est très réussi, il se démarque des autres mangas je trouve. C'est plus réaliste, avec des traits plus doux et plus épais. Un style vraiment agréable à lire. Une histoire qui nous fait voyager et qui nous donne le sourire tout du long. On est autant intrigué par les mésaventures du jeune mari et son café infect que par la recherche du français :) Une belle histoire que je recommanderais.

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Haut Palais
Le Haut Palais

Un avenir à construire - Ce tome est le premier tome d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 et 2, initialement parus en 2018, écrits par Mike Carey, dessinés et encrés par Peter Gross qui a aussi effectué le lettrage, mis en couleurs par Fabien Alquier. Les couvertures ont été réalisées par Yuko Shimizu qui avait déjà travaillé avec Gross & Carey pour l'extraordinaire série The Unwritten. Ce commentaire porte les chapitres 1 à 6 qui forment la première saison. Dans un petit village du royaume d'Ossaniul, l'équipage de magister Cael Extat arrive. Son responsable s'entretient avec l'aubergiste pour réserver les meilleures chambres, et prévoir un repas. Il demande également la mise à disposition de son hall car le magister va recevoir les familles qui souhaitent vendre leurs enfants comme esclaves. À l'extérieur, Moth est en train de s'amuser au bord de l'eau, tout en essayant de pêcher des crabes à la demande de sa mère. Sa soeur Jet vient le chercher car leur mère leur demande de revenir. le magister Extat s'est installé à une table dans la grande salle de l'auberge, et il reçoit les habitants les uns après les autres, pendant que son intendant leur demande de ne pas trop s'approcher. Après quelques familles, c'est la mère qui se présente avec deux de ses enfants Jet et Moth. le magister remarque tout de suite que Jet est en train de devenir aveugle et il l'écarte. En revanche, il se lève pour s'approcher de Moth et lui demande de fermer les yeux, et de lui dire ce qu'il voit. Puis il lui met une pierre dans la main droite : Moth la sert et la relâche rapidement car il a la sensation qu'elle le brûle. le magister indique à la mère qu'il achète Moth, mais qu'il laisse Jet, et il lui verse l'argent séance tenante. Moth doit faire ses adieux, et Jet lui remet un bracelet fait avec une mèche de cheveux qu'elle s'est coupés récemment. Finalement l'équipage ne reste pas pour la nuit, et repart dans l'après-midi, avec une dizaine d'enfants reliés par une corde attachée à l'arrière du carrosse du magister. Son aide le prévient d'un guet-apens devant et Extat répond qu'il perçoit les malandrins en attente dans les arbres. Au passage du carrosse, ils en descendent et les menacent armés d'épées. Cael Extat descend du carrosse et s'adresse directement au brigand qui semble être le chef, ou en tout cas qui parle pour les autres. Il fait exploser son épée et son bras avec. le meneur s'écroule mort sur le sol, et les autres déguerpissent. le magister décide d'établir là le campement pour la nuit. le soir venu, il demande que Moth vienne dans sa tente et il lui raconte l'histoire de l'ascension du clan Aldercrest, pour lequel il a recruté ces esclaves. Ensuite Extat demande à Moth s'il croit en la Déesse, et le garçon répond d'une manière fuyante, tout en étant capable de réciter son catéchisme. le magister n'insiste pas plus. le lendemain, il fait arrêter l'équipage avant de passer le pont qui permet d'accéder au Haut Palais, et qu'aucune armée n'a jamais franchi. Il fait admirer la ville fortifiée au garçon. Une fois l'équipage entré dans la ville, le magister fait procéder aux choix des esclaves par les maitres de corvées. le cuistot décide de s'approprier Moth, mais Fless, la couvreuse, est plus rapide, et en plus cette fois-ci elle a la préséance sur le cuistot. Ce dernier ne prend pas bien de se faire brûler la politesse. Peter Gross et Mike Carey ont commencé à collaborer sur la série Lucifer, avant de cocréer et de réaliser la série Unwritten. Ils ont donc l'habitude de travailler ensemble, et effectivement leur coordination est parfaite, comme si cette bande dessinée avait été réalisée par un seul et unique créateur. le récit commence comme une histoire alternative se déroulant dans un bas moyen-âge, avec l'existence de la magie, mais visiblement en quantité très restreinte et d'usage limité à un tout petit nombre de personnes. Dès la première scène, le lecteur comprend qu'il va s'agir de l'histoire du jeune garçon Moth, mais sans pouvoir présager de l'ampleur du récit, qu'elle soit géographique, temporelle ou belliqueuse. Il voit donc Moth apprendre le métier de couvreur avec Fless, en commençant par les rudiments, et en travaillant d'abord au sol, avant d'aller sur les toits pour les réparer ou les entretenir. L'artiste crée une galerie de personnages facilement identifiables qui se distinguent par leur morphologie, leur visage, les habits de leur charge ou de leur condition sociale. Les contours sont tracés par un trait fin sans être cassant, avec parfois une petite touche d'exagération pour quelques individus, comme le visage de fouine de Temtoller le cuistot, ou un adolescent particulièrement costaud. L'artiste met en oeuvre un jeu d'acteur de type naturaliste, sans exagération dramatique. Il est visible que Cael Extat se fait une idée sur la valeur de son statut social du fait de son maintien presque hautain, alors que Moth est très naturel, sans beaucoup de méfiance. Un autre élément essentiel pour la réussite de ce genre de récit réside dans la consistance du monde dans lequel évoluent les personnages. Il arrive qu'une ou deux cases ne comprennent que des personnages, sans décor en arrière-plan, mais il s'agit d'un usage plus destiné à faire respirer la page, que d'un raccourci pour pouvoir réaliser les planches plus vite. Comme dans leurs précédentes collaborations, les créateurs ont pensé leur narration d'une manière globale, conscient de l'importance des environnements. Effectivement, Peter Gross s'investit pour montrer au lecteur chaque lieu avec ses caractéristiques. Il commence par voir les façades des maisons autour de l'auberge, puis l'intérieur de celle-ci. Les dessins sont simples, mais les représentations ne sont ni génériques, ni inconsistantes. Il découvre ensuite le Haut Palais par une vue d'ensemble dans un dessin en double page, très minutieux, avec un urbanisme rendant plausible cette ville fortifiée. Il en aura d'autres aperçus par la suite, cette fois-ci vus de l'intérieur, avec de belles vues dégagées, quand Moth la contemple en se tenant sur un toit où il est en train de travailler. le dessinateur passe tout autant pour représenter les intérieurs du Haut Palais, avec de magnifiques endroits comme la salle avec un très bel escalier, le dortoir spartiate des jeunes esclaves, la salle d'étude de Cael Extat avec les incunables sur les rayonnages de sa bibliothèque, les cuisines avec l'énorme cheminée, les pièces oubliées vers lesquelles une voix guide Moth, le superbe jardin intérieur privé de la princesse Shurubai où elle joue au croquet avec sa suivante Lace, l'autre petite place où se recueille mère Jathi. Il n'y a que certaines zones naturelles dont la conception et la représentation semblent moins soignées. Le lecteur suit donc bien volontiers ce jeune garçon au cours des différentes étapes de son intégration dans le personnel (enfin, les esclaves) du Haut Palais, et sa découverte des manigances, des risques encourus à s'adresser aux membres du clan Aldercrest, tout en se demandant ce que lui veut Cael Extat qui l'a choisi sciemment pour des qualités qui ne sont pas explicitées. le lecteur se prépare donc à des intrigues de palais avec une couche de surnaturel. Effectivement, ces deux composantes sont présentes dans l'intrigue, de manière très progressive. Les auteurs semblent prendre leur temps pour donner de la consistance à cet environnement, par exemple en consacrant une page aux termes techniques du métier de couvreur, avec ses outils, et les différents types de tuiles. Pourquoi pas ? le lecteur se fait donc à ce rythme tranquille, suivant Moth enfant très agréable grandissant progressivement. Il sourit en voyant les auteurs mettre en œuvre des conventions de genre comme le héros qui sauve la princesse d'une chute mortelle, le garçon qui tient tête au seigneur, totalement inconscient des risques qu'il prend, les intrigues de palais perçues de manière fragmentaire par Moth, la rencontre avec la créature surnaturelle dont l'apparence sort de l'ordinaire. Il note de temps à autre un élément qui sort de ce type de moments attendus, comme la volonté de Moth d'apprendre à lire. Très progressivement, il prend conscience que Carey & Gross font évoluer Moth, de manière très naturelle. Certes il bénéficie d'un ou deux coups de pouce, mais il possède également des convictions que l'on pourrait qualifier de progressistes dans cette société, sans pour autant être anachroniques. D'une certaine manière, le lecteur assiste donc à son éveil politique, et à la manière dont il essaye de changer le monde en fonction de ses moyens. En cours de récit, Mike Carey évoque un autre métier en consacrant également une page où la femme qui l'exerce en expose les rudiments à Moth. Cela fait écho au passage consacré à l'entretien des toitures. le lecteur comprend alors que la vie de Moth n'est pas uniquement façonnée par sa position sociale, mais aussi par les technologies existantes et celles qui sont en cours de déploiement. Une autre dimension s'ajoute au récit : une des facettes de l'évolution de la société. Il apparaît alors que l'élément surnaturel reste en arrière-plan, presque superfétatoire, sauf pour ce qu'il dit du passé. Une histoire de plus de jeune garçon vendu comme esclave et s'échappant progressivement de sa condition et d'un destin tout tracé, avec une touche de magie dans un monde moyenâgeux. Oui, mais aussi un personnage principal très attachant, dans un monde consistant et palpable, avec des personnages complexes, ne pouvant pas être réduits à des bons et des méchants, et en arrière-plan, une mise en scène intelligente de l'adaptation au changement social, politique, technologique, pour un récit adulte conservant une part de merveilleux.

01/08/2024 (modifier)