Mes deux camarades ont su très bien cerner les qualités de ce diptyque, qui est pour le moins... imposante, avec 120 pages rien que pour le premier tome. Comme Pasukare il m'a fallu un peu de temps pour accrocher. En effet le début de l'histoire est un peu brouillé, besogneux, voire complexe. Cela s'éclaire par la suite, mais Baranko en profite pour ouvrir de nouvelles pistes narratives, qui semblent toutes très intéressantes. L'air de rien, c'est un véritable voyage dans le temps et dans l'espace, en particulier dans la civilisation égyptienne antique. On apprend beaucoup de choses, et mis à part l'utilisation un peu étrange d'Amenhotep Hapou, l'ensemble a l'air très cohérent.
Le style graphique de l'auteur n'est pas forcément très lisible ni accessible de prime abord, mais au bout de quelques pages on s'y fait. Par contre je ne suis pas convaincu que le noir et blanc soit la meilleure option pour cette histoire, un traitement des couleurs aurait pu être vraiment intéressant, sans écraser son trait.
Le second tome propose une histoire encore plus complexe, et Baranko réussit à retomber plus ou moins sur ses pieds. On entre un peu plus dans le patrimoine de l'Egypte antique, dans son histoire. Au final, l'histoire reste assez plaisante, mais souffre d'une narration un peu confuse. Le dessin de Baranko est tout de même très particulier et particulièrement efficace sur ce diptyque.
Un Arthur De Pins vraiment différent des 'Péchés mignons' tant au niveau du dessin (même s'il reste informatisé) que du scénario. Le ton est beaucoup plus philosophique et cynique. Il y a des passages excellents sur la misère des pauvres crabes qui ne peuvent pas bouger comme les autres crabes. Je suis impatient de savoir comment cela va se terminer.
Les scènes avec les humains ne sont pas mal non plus même si je préfère les scènes avec les crabes. Le seul moment un peu ennuyeux est la scène avec le caméraman et la blonde qui risque de devenir une romance sans intérêt, mais pour l'instant ça ne prend pas beaucoup de place.
Le dessin n'est pas mon style préféré, mais la colorisation est très bien faite.
J’avais aimé « L'Ecole Capucine » et « Albatros » je n’ai pas été déçu par Chimère(s). Les histoires de maison closes sont à la mode en ce moment (film, TV). Ici l’histoire de « filles » sur fond d’histoire, de politique et de gros sous est très vivante et crédible. Le dessin est toujours fourmillant de détails, plein de vivacité et de couleurs. J’allais dire qu’il y a du Loisel dans ses dessins de femmes et dans sa truculence. On ne sait pas trop d’où vient l’héroïne (un peu trop rouée pour son âge) et par où elle est passée mais en tous cas on a hâte de savoir où elle va nous conduire.
J’ai été au départ assez sceptique sur le mélange science fiction et heroic fantasy mais le résultat semble très convaincant. J’ai accroché notamment au scénario d’Arleston qui a un vrai talent de conteur.
Tout semble reposer sur une mécanique complexe. En effet, nous avons une grande intrigue mystérieuse. L'auteur met en place dans les pages de ces premiers tomes des éléments qui ne pourront être révélés que plus tard. On sent que tout est calculé pour arriver à un résultat que nous espérons surprenant à la fin.
Le dessin notamment des héroïnes n’est pas vilain. L’humour est moins lourd que dans Lanfeust Des Etoiles. L'aspect grande aventure est cependant conservé mais avec beaucoup plus de suspense de fond.
Certains personnages comme Tao ou Dhokas ont évolué physiquement au cours de la série. Je dois avouer que ce changement m'a un peu perturbé. C'est comme si le dessinateur n'avait pas eu une idée bien précise au départ de ce qu'il voulait donner comme aspect à ces personnages pour se rattraper après! Cependant, ceci n'est qu'un détail qui ne gâche en rien les qualités de cette série haletante.
Action, aventure et humour : tout est réellement bien dosé pour un bon moment de détente. J'ai relu l'intégralité de la série d'une seule traite après les 9 tomes qui se sont succédés. J'avoue avoir beaucoup plus apprécié cette série car certains épisodes révèlent toute leur importance. Il y a des détails qui ne trompent pas. Finalement, faut-il attendre l'achèvement d'une série pour pouvoir l'aimer pleinement ? La question est posée.
Par ailleurs et par souci de transparence, j'indique que l'achat est conseillé jusqu'au tome 9. La nouvelle saison n'est absolument pas indispensable.
Note Dessin : 3.75/5 – Note Scénario : 3.75/5 – Note Globale : 3.75/5
Perspective héritée d’une science-fiction Belle Époque qui convoque l’imaginaire des Lang, Vernes ou Méliès ; rétro-vision du futur à tendances industrie lourde, architectures acier-rouillé, et machineries infernales : je fugue dans la vapeur et les gros boulons, sournoisement bouffé par une peinture qui envoie sévère dès la première toile. Sépia brossé, étiré, modulé en nuances crados d’un ex-Paris postapocalyptique succombé à la « Guerre des Trois Couleurs » (Paris… Guerre des Trois… Oh ! dis ! c’est homérique ?!), et premier contact avec Lutétia, nouvelle mégapole, nouveau monstre vicié. Une silhouette en contrejour, malmenée par la milice volante, se perd dans une poursuite en aérostat. Culbute, dégringolade puis baignade improvisée… Le trait se calme, la trame reprend son souffle ; gros plan : enfin, je le découvre, mon héros ! — ??? — Un ersatz de concombre filiforme, jelly frankensteiniste (it’s alive !) sans doute échappé d’une horrible assiette anglaise. Je saurai plus tard… Quand même, cela renifle le cartoon, et cette irruption verdâtre incongrue fait craindre que mon « amour de marmelade » file en déconfiture. Non. Rassuré par l’apparition charmante d’une passe-muraille lunaire au teint et aux courbes Musidorans, je respire une autre atmosphère, soudain shooté aux effluves d’un feuilleton début Vingtième. Ce chapelet d’impressions me ramène à l’étiquette de la collection : 1000 feuilles… Mille-feuille.
Un dessert de planches manufacturé à la presse des bonnes intentions. Serrés-empilés-enchassés, les genres, les styles et les idées foisonnent. J’entreprends goulument la pâtisserie graphique dans cette intrigue qui fuse tous azimuts. Une fesse dans le conte fantastico-fantaisiste, l’autre dans le comic french-touch, je ne sais plus réellement où est posé mon cul. Qu’importe. Je colle aux basques de protagonistes irrésistibles, vadrouillant des toits enfumés aux entrailles de bas-fonds dangereux, assistant les expérimentations scientifiques les plus hasardeuses, explorant des jardins bucoliques, des abattoirs ensanglantés ou un bordel voluptueux. Un romantisme candide carambole des intermèdes plus grivois, les promenades idylliques se heurtent aux scènes de crimes odieux. J’ai touché le désespoir d’un amour égaré, les états d’âme d’un fantôme perdu, noyés dans la légèreté d’une aventure prodigue. Supiot semble avoir cédé à l’euphorie, s’accordant une parenthèse haute en couleurs, une échappée belle espiègle où il montre tant, raconte tant. Trop peut-être. L’emmerdant c’est que j’affectionne sans retenue le talent et la poésie visuelle du gogo. Le pinceau sous la gorge, je suis bien obligé de lui pardonner les impatiences du scénario et sa narration un chouia tachycardique. Oh, juste des petits cailloux dans la godasse : hoquets dans le rythme, dialogues ou contextes parfois avares, rebondissements hâtifs. À mon goût, cette aventure mériterait au moins le double de pages. Pénurie de papier ? Pénurie de temps ? Je le répète, je passe. Car l’histoire est source de plaisirs éclectiques quand elle invoque un onirisme plomb/plume/plomb redoutable, quand elle délaye un délicieux humour diaphane dans ses clins d’œil et offre la jubilation du furetage ludique dans les références ou allusions (… et personne pour apaiser mes irrépressibles envies de coups de coude).
Mais au-dessus de ces fausses bonnes raisons, là-haut, tout là-haut, c'est bien l'esthétisme de Supiot qui triomphe. Docteur es suggestivité, ses variations de couleurs impulsent un sens puissant à chaque case et empreignent les lignes profondes d’ambiances plurielles sublimées en autant de tableaux. J’ai le bonheur de visiter un charmant musée pour-ma-pomme s’émaillant d’éblouissantes madeleines picturales lorsque son conservateur-pasticheur Olivier décide (encore !?) de m’impressionner : petite régate à Argenteuil enchaînée d’une ballade sur pont nippon avant un dernier frichti sur l’herbe. Allez, un peu de monnaie pour mon guide préféré…
… et encore merci pour les yeux !
C'est sur les conseils de mon libraire que je me suis laissé convaincre et attelé à la lecture de cette BD. Pourtant, à la base, rien qui ne m'inspire plus que ça : un pavé petit format de 200 pages en noir & blanc, usant d'un graphisme semi réaliste, le tout de facture très classique. Pour couronner le tout, il s'agit d'un récit retraçant les grandes lignes de l'histoire de l'Espagne au siècle dernier, par le petit bout de la lorgnette...et moi et les BD historiques, c'est pas trop ça...
Mais c'est ce "petit bout de la lorgnette" qui va finalement faire la différence. Car Antonio Altarriba a le sens du récit. Et celui qu'il construit pour nous narrer la vie de son père à la première personne, est vraiment bien foutu.
Entre les anecdotes et les Événements, on (re)découvre la tragédie que ce pays a vécue il y a de cela une génération. Ou comment des utopies, des rêves de révolutions vont laisser une population humiliée et pleine de désillusions. Pour survivre, il faut parfois savoir s'asseoir sur ses idéaux, même si ça fait mal au "luc".
Et c'est là, à mon avis, la force de cet ouvrage. Si la vie du père d'Antonio Altarriba fût difficile et empreinte de désespoir, jamais il ne se résigna. Même sa mort fût un choix. Un suicide, certes, mais un geste d'homme libre.
C'est donc un récit dense, riche et profond que structure Altarriba, et qui nous fait un peu oublier la banalité du trait de Kim ; ce genre de dessin n'est pas franchement ce qui m'attire le plus en BD. Mais il sert parfaitement l'épopée historique de cet homme, et son jeu sur l'expression des personnages et les quelques scènes oniriques qui parsèment ces pages, donnent un peu d'élan et de stimuli à cet aspect faussement rigide.
Une BD qui demande un engagement certain pour rentrer dedans, mais qui en vaut largement la peine. J'ai longtemps hésité entre trois et quatre pour noter cette BD ; c'est en concluant cette critique que je me rends compte que c'est un bien mérité que j'attribue.
3.5
Une bonne série de science-fiction bien que les deux cycles soient inégaux. Le premier pose les bases de l'œuvre et le fait bien. J'aime comment les personnages principaux essaient de régler un conflit avant qu'il ne devienne violent. Sauf qu'après le deuxième tome j'ai été un peu déçu. Le scénario se transforme pratiquement en un banal film d'action où les humains sont bien sûr les méchants.
Le deuxième cycle est bien mieux. Le scénario est moins manichéen (c'était le cas dans le premier cycle, mais il y avait un peu trop de méchants humains à mon goût) et on voit que la diplomatie n'est pas parfaite et que certains n'hésitent pas à mentir pour sauvegarder la paix. Le seul reproche que j'ai, est que le récit finit un peu vite vers la fin. Heureusement, la dernière page laisse présager une suite encore meilleure. J’ai hâte de la lire.
C’est vrai qu’il est chouette cet album. L’histoire est belle, poétique, et suffisamment intéressante et intelligente pour émerveiller les adultes, sans pour autant trop en faire et ainsi risquer de perdre les « lecteurs » plus jeunes… Je mets des guillemets car la narration est muette, ce qui fonctionne parfaitement, même si il est vrai que la « lecture » est du coup très rapide.
Graphiquement, c’est une réussite. Le dessin est superbe, et les couleurs vives et lumineuses sont un vrai régal pour les yeux.
Un album jeunesse de qualité, à mettre entre les mains des petits mais aussi des grands !
Très belle histoire, riche de poésie.
Très sombre histoire, aussi…
Car, finalement, ce récit est celui des illusions perdues, d’un rêve d’ailleurs, de plus haut, de plus beau… que l’on n’atteint jamais.
Alors ? Parabole sur le passage de l’enfance rêveuse à l’âge adulte désillusionné ? Oui, mais bien plus encore…
Portrait de personnages attachants par leur fragilité….
Voyage intérieur autant qu’extérieur…
Poésie sensible mise en image…
Preuve aussi que pour vivre, il nous faut garder au fond de nous un peu de cette capacité à rêver.
A lire !
PS : je pense que Renaud Dillies a bien fait de s’associer à Régis Hautière pour l’élaboration de cette histoire. Le binôme est parfait et la poésie de l’un profite de l’art de la progression dramatique de l’autre pour nous offrir ce très beau récit.
Le sujet de l'euthanasie est un thème tabou, sensible, un véritable enjeu éthique et politique dans notre société. A l'heure actuelle la question n'est toujours pas tranchée, et les cas médiatisés s'enchaînent, attisant les invectives des deux bords.
En parler dans une bande dessinée est une idée qui va de soi, car le poids des mots, que ce soient ceux de la personne en phase terminale ou de ses proches, mais aussi les regards, les attitudes, les ambiances, pèsent autant dans la balance. Sylvain Ricard, s'il n'a pas vécu une telle situation, a pourtant choisi d'en parler. Mais sans forcément trancher, ou donner son opinion en la matière, puisqu'il convoque dans son récit les parties prenantes (ou qui se sentent concernées par la question), à savoir : le malade, ses proches, le corps médical et le clergé. Chacun avance ses arguments, qui ont leur propre logique interne, et même si, bien sûr, on passe beaucoup plus de temps avec Monsieur Vanadris et son fils, il faut saluer ce choix de laisser la parole à tout le monde.
Lorsque le malade s'en va, on ne sait pas, finalement, si son fils a accédé à sa demande ou pas. Et finalement cela n'a pas d'importance. C'est à chacun de nous de savoir ce qu'il souhaiterait en de telles circonstances. Je l'ai dit en préambule, c'est un sujet fort, et le scénariste a placé des moments d'une grande émotion dans sa trame. Curieusement, celui qui m'a le plus touché, parlé, n'est pas celui où le père passe en compagnie de son fils sa dernière nuit. Mais plutôt celle où face à une crise de son père, le fils voit toute sa détresse, sa douleur et ses supplications dans son regard. Encore plus que dans son corps qui se meurt.
Et c'est là qu'intervient Isaac Wens ; ils sont rares, les dessinateurs capables de faire passer ce genre d'émotions dans deux pupilles dessinées. Isaac Wens, dont je découvre presque le travail à cette occasion, est bouleversant d'efficacité. Peut-être parce qu'il a été confronté à une situation semblable, il a su interpréter, mais aussi infléchir le récit de son compère.
Ro, dans son avis, souligne l'aspect lent, peut-être un chouïa ennuyeux de celui-ci ; je pense qu'au contraire c'est le meilleur tempo pour parler d'un sujet ayant trait à la souffrance, au deuil, à la dignité et à l'amour. Cela m'a permis de réfléchir sereinement, le temps d'une lecture, aussi prenante que fugace, à la question.
Merci messieurs.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Les Princesses Egyptiennes
Mes deux camarades ont su très bien cerner les qualités de ce diptyque, qui est pour le moins... imposante, avec 120 pages rien que pour le premier tome. Comme Pasukare il m'a fallu un peu de temps pour accrocher. En effet le début de l'histoire est un peu brouillé, besogneux, voire complexe. Cela s'éclaire par la suite, mais Baranko en profite pour ouvrir de nouvelles pistes narratives, qui semblent toutes très intéressantes. L'air de rien, c'est un véritable voyage dans le temps et dans l'espace, en particulier dans la civilisation égyptienne antique. On apprend beaucoup de choses, et mis à part l'utilisation un peu étrange d'Amenhotep Hapou, l'ensemble a l'air très cohérent. Le style graphique de l'auteur n'est pas forcément très lisible ni accessible de prime abord, mais au bout de quelques pages on s'y fait. Par contre je ne suis pas convaincu que le noir et blanc soit la meilleure option pour cette histoire, un traitement des couleurs aurait pu être vraiment intéressant, sans écraser son trait. Le second tome propose une histoire encore plus complexe, et Baranko réussit à retomber plus ou moins sur ses pieds. On entre un peu plus dans le patrimoine de l'Egypte antique, dans son histoire. Au final, l'histoire reste assez plaisante, mais souffre d'une narration un peu confuse. Le dessin de Baranko est tout de même très particulier et particulièrement efficace sur ce diptyque.
La Marche du crabe
Un Arthur De Pins vraiment différent des 'Péchés mignons' tant au niveau du dessin (même s'il reste informatisé) que du scénario. Le ton est beaucoup plus philosophique et cynique. Il y a des passages excellents sur la misère des pauvres crabes qui ne peuvent pas bouger comme les autres crabes. Je suis impatient de savoir comment cela va se terminer. Les scènes avec les humains ne sont pas mal non plus même si je préfère les scènes avec les crabes. Le seul moment un peu ennuyeux est la scène avec le caméraman et la blonde qui risque de devenir une romance sans intérêt, mais pour l'instant ça ne prend pas beaucoup de place. Le dessin n'est pas mon style préféré, mais la colorisation est très bien faite.
Chimère(s) 1887
J’avais aimé « L'Ecole Capucine » et « Albatros » je n’ai pas été déçu par Chimère(s). Les histoires de maison closes sont à la mode en ce moment (film, TV). Ici l’histoire de « filles » sur fond d’histoire, de politique et de gros sous est très vivante et crédible. Le dessin est toujours fourmillant de détails, plein de vivacité et de couleurs. J’allais dire qu’il y a du Loisel dans ses dessins de femmes et dans sa truculence. On ne sait pas trop d’où vient l’héroïne (un peu trop rouée pour son âge) et par où elle est passée mais en tous cas on a hâte de savoir où elle va nous conduire.
Les Naufragés d'Ythaq
J’ai été au départ assez sceptique sur le mélange science fiction et heroic fantasy mais le résultat semble très convaincant. J’ai accroché notamment au scénario d’Arleston qui a un vrai talent de conteur. Tout semble reposer sur une mécanique complexe. En effet, nous avons une grande intrigue mystérieuse. L'auteur met en place dans les pages de ces premiers tomes des éléments qui ne pourront être révélés que plus tard. On sent que tout est calculé pour arriver à un résultat que nous espérons surprenant à la fin. Le dessin notamment des héroïnes n’est pas vilain. L’humour est moins lourd que dans Lanfeust Des Etoiles. L'aspect grande aventure est cependant conservé mais avec beaucoup plus de suspense de fond. Certains personnages comme Tao ou Dhokas ont évolué physiquement au cours de la série. Je dois avouer que ce changement m'a un peu perturbé. C'est comme si le dessinateur n'avait pas eu une idée bien précise au départ de ce qu'il voulait donner comme aspect à ces personnages pour se rattraper après! Cependant, ceci n'est qu'un détail qui ne gâche en rien les qualités de cette série haletante. Action, aventure et humour : tout est réellement bien dosé pour un bon moment de détente. J'ai relu l'intégralité de la série d'une seule traite après les 9 tomes qui se sont succédés. J'avoue avoir beaucoup plus apprécié cette série car certains épisodes révèlent toute leur importance. Il y a des détails qui ne trompent pas. Finalement, faut-il attendre l'achèvement d'une série pour pouvoir l'aimer pleinement ? La question est posée. Par ailleurs et par souci de transparence, j'indique que l'achat est conseillé jusqu'au tome 9. La nouvelle saison n'est absolument pas indispensable. Note Dessin : 3.75/5 – Note Scénario : 3.75/5 – Note Globale : 3.75/5
Un Amour de Marmelade
Perspective héritée d’une science-fiction Belle Époque qui convoque l’imaginaire des Lang, Vernes ou Méliès ; rétro-vision du futur à tendances industrie lourde, architectures acier-rouillé, et machineries infernales : je fugue dans la vapeur et les gros boulons, sournoisement bouffé par une peinture qui envoie sévère dès la première toile. Sépia brossé, étiré, modulé en nuances crados d’un ex-Paris postapocalyptique succombé à la « Guerre des Trois Couleurs » (Paris… Guerre des Trois… Oh ! dis ! c’est homérique ?!), et premier contact avec Lutétia, nouvelle mégapole, nouveau monstre vicié. Une silhouette en contrejour, malmenée par la milice volante, se perd dans une poursuite en aérostat. Culbute, dégringolade puis baignade improvisée… Le trait se calme, la trame reprend son souffle ; gros plan : enfin, je le découvre, mon héros ! — ??? — Un ersatz de concombre filiforme, jelly frankensteiniste (it’s alive !) sans doute échappé d’une horrible assiette anglaise. Je saurai plus tard… Quand même, cela renifle le cartoon, et cette irruption verdâtre incongrue fait craindre que mon « amour de marmelade » file en déconfiture. Non. Rassuré par l’apparition charmante d’une passe-muraille lunaire au teint et aux courbes Musidorans, je respire une autre atmosphère, soudain shooté aux effluves d’un feuilleton début Vingtième. Ce chapelet d’impressions me ramène à l’étiquette de la collection : 1000 feuilles… Mille-feuille. Un dessert de planches manufacturé à la presse des bonnes intentions. Serrés-empilés-enchassés, les genres, les styles et les idées foisonnent. J’entreprends goulument la pâtisserie graphique dans cette intrigue qui fuse tous azimuts. Une fesse dans le conte fantastico-fantaisiste, l’autre dans le comic french-touch, je ne sais plus réellement où est posé mon cul. Qu’importe. Je colle aux basques de protagonistes irrésistibles, vadrouillant des toits enfumés aux entrailles de bas-fonds dangereux, assistant les expérimentations scientifiques les plus hasardeuses, explorant des jardins bucoliques, des abattoirs ensanglantés ou un bordel voluptueux. Un romantisme candide carambole des intermèdes plus grivois, les promenades idylliques se heurtent aux scènes de crimes odieux. J’ai touché le désespoir d’un amour égaré, les états d’âme d’un fantôme perdu, noyés dans la légèreté d’une aventure prodigue. Supiot semble avoir cédé à l’euphorie, s’accordant une parenthèse haute en couleurs, une échappée belle espiègle où il montre tant, raconte tant. Trop peut-être. L’emmerdant c’est que j’affectionne sans retenue le talent et la poésie visuelle du gogo. Le pinceau sous la gorge, je suis bien obligé de lui pardonner les impatiences du scénario et sa narration un chouia tachycardique. Oh, juste des petits cailloux dans la godasse : hoquets dans le rythme, dialogues ou contextes parfois avares, rebondissements hâtifs. À mon goût, cette aventure mériterait au moins le double de pages. Pénurie de papier ? Pénurie de temps ? Je le répète, je passe. Car l’histoire est source de plaisirs éclectiques quand elle invoque un onirisme plomb/plume/plomb redoutable, quand elle délaye un délicieux humour diaphane dans ses clins d’œil et offre la jubilation du furetage ludique dans les références ou allusions (… et personne pour apaiser mes irrépressibles envies de coups de coude). Mais au-dessus de ces fausses bonnes raisons, là-haut, tout là-haut, c'est bien l'esthétisme de Supiot qui triomphe. Docteur es suggestivité, ses variations de couleurs impulsent un sens puissant à chaque case et empreignent les lignes profondes d’ambiances plurielles sublimées en autant de tableaux. J’ai le bonheur de visiter un charmant musée pour-ma-pomme s’émaillant d’éblouissantes madeleines picturales lorsque son conservateur-pasticheur Olivier décide (encore !?) de m’impressionner : petite régate à Argenteuil enchaînée d’une ballade sur pont nippon avant un dernier frichti sur l’herbe. Allez, un peu de monnaie pour mon guide préféré… … et encore merci pour les yeux !
L'Art de voler
C'est sur les conseils de mon libraire que je me suis laissé convaincre et attelé à la lecture de cette BD. Pourtant, à la base, rien qui ne m'inspire plus que ça : un pavé petit format de 200 pages en noir & blanc, usant d'un graphisme semi réaliste, le tout de facture très classique. Pour couronner le tout, il s'agit d'un récit retraçant les grandes lignes de l'histoire de l'Espagne au siècle dernier, par le petit bout de la lorgnette...et moi et les BD historiques, c'est pas trop ça... Mais c'est ce "petit bout de la lorgnette" qui va finalement faire la différence. Car Antonio Altarriba a le sens du récit. Et celui qu'il construit pour nous narrer la vie de son père à la première personne, est vraiment bien foutu. Entre les anecdotes et les Événements, on (re)découvre la tragédie que ce pays a vécue il y a de cela une génération. Ou comment des utopies, des rêves de révolutions vont laisser une population humiliée et pleine de désillusions. Pour survivre, il faut parfois savoir s'asseoir sur ses idéaux, même si ça fait mal au "luc". Et c'est là, à mon avis, la force de cet ouvrage. Si la vie du père d'Antonio Altarriba fût difficile et empreinte de désespoir, jamais il ne se résigna. Même sa mort fût un choix. Un suicide, certes, mais un geste d'homme libre. C'est donc un récit dense, riche et profond que structure Altarriba, et qui nous fait un peu oublier la banalité du trait de Kim ; ce genre de dessin n'est pas franchement ce qui m'attire le plus en BD. Mais il sert parfaitement l'épopée historique de cet homme, et son jeu sur l'expression des personnages et les quelques scènes oniriques qui parsèment ces pages, donnent un peu d'élan et de stimuli à cet aspect faussement rigide. Une BD qui demande un engagement certain pour rentrer dedans, mais qui en vaut largement la peine. J'ai longtemps hésité entre trois et quatre pour noter cette BD ; c'est en concluant cette critique que je me rends compte que c'est un
bien mérité que j'attribue.
Orbital
3.5 Une bonne série de science-fiction bien que les deux cycles soient inégaux. Le premier pose les bases de l'œuvre et le fait bien. J'aime comment les personnages principaux essaient de régler un conflit avant qu'il ne devienne violent. Sauf qu'après le deuxième tome j'ai été un peu déçu. Le scénario se transforme pratiquement en un banal film d'action où les humains sont bien sûr les méchants. Le deuxième cycle est bien mieux. Le scénario est moins manichéen (c'était le cas dans le premier cycle, mais il y avait un peu trop de méchants humains à mon goût) et on voit que la diplomatie n'est pas parfaite et que certains n'hésitent pas à mentir pour sauvegarder la paix. Le seul reproche que j'ai, est que le récit finit un peu vite vers la fin. Heureusement, la dernière page laisse présager une suite encore meilleure. J’ai hâte de la lire.
Une aventure de Lilou
C’est vrai qu’il est chouette cet album. L’histoire est belle, poétique, et suffisamment intéressante et intelligente pour émerveiller les adultes, sans pour autant trop en faire et ainsi risquer de perdre les « lecteurs » plus jeunes… Je mets des guillemets car la narration est muette, ce qui fonctionne parfaitement, même si il est vrai que la « lecture » est du coup très rapide. Graphiquement, c’est une réussite. Le dessin est superbe, et les couleurs vives et lumineuses sont un vrai régal pour les yeux. Un album jeunesse de qualité, à mettre entre les mains des petits mais aussi des grands !
Abélard
Très belle histoire, riche de poésie. Très sombre histoire, aussi… Car, finalement, ce récit est celui des illusions perdues, d’un rêve d’ailleurs, de plus haut, de plus beau… que l’on n’atteint jamais. Alors ? Parabole sur le passage de l’enfance rêveuse à l’âge adulte désillusionné ? Oui, mais bien plus encore… Portrait de personnages attachants par leur fragilité…. Voyage intérieur autant qu’extérieur… Poésie sensible mise en image… Preuve aussi que pour vivre, il nous faut garder au fond de nous un peu de cette capacité à rêver. A lire ! PS : je pense que Renaud Dillies a bien fait de s’associer à Régis Hautière pour l’élaboration de cette histoire. Le binôme est parfait et la poésie de l’un profite de l’art de la progression dramatique de l’autre pour nous offrir ce très beau récit.
La Mort dans l'âme
Le sujet de l'euthanasie est un thème tabou, sensible, un véritable enjeu éthique et politique dans notre société. A l'heure actuelle la question n'est toujours pas tranchée, et les cas médiatisés s'enchaînent, attisant les invectives des deux bords. En parler dans une bande dessinée est une idée qui va de soi, car le poids des mots, que ce soient ceux de la personne en phase terminale ou de ses proches, mais aussi les regards, les attitudes, les ambiances, pèsent autant dans la balance. Sylvain Ricard, s'il n'a pas vécu une telle situation, a pourtant choisi d'en parler. Mais sans forcément trancher, ou donner son opinion en la matière, puisqu'il convoque dans son récit les parties prenantes (ou qui se sentent concernées par la question), à savoir : le malade, ses proches, le corps médical et le clergé. Chacun avance ses arguments, qui ont leur propre logique interne, et même si, bien sûr, on passe beaucoup plus de temps avec Monsieur Vanadris et son fils, il faut saluer ce choix de laisser la parole à tout le monde. Lorsque le malade s'en va, on ne sait pas, finalement, si son fils a accédé à sa demande ou pas. Et finalement cela n'a pas d'importance. C'est à chacun de nous de savoir ce qu'il souhaiterait en de telles circonstances. Je l'ai dit en préambule, c'est un sujet fort, et le scénariste a placé des moments d'une grande émotion dans sa trame. Curieusement, celui qui m'a le plus touché, parlé, n'est pas celui où le père passe en compagnie de son fils sa dernière nuit. Mais plutôt celle où face à une crise de son père, le fils voit toute sa détresse, sa douleur et ses supplications dans son regard. Encore plus que dans son corps qui se meurt. Et c'est là qu'intervient Isaac Wens ; ils sont rares, les dessinateurs capables de faire passer ce genre d'émotions dans deux pupilles dessinées. Isaac Wens, dont je découvre presque le travail à cette occasion, est bouleversant d'efficacité. Peut-être parce qu'il a été confronté à une situation semblable, il a su interpréter, mais aussi infléchir le récit de son compère. Ro, dans son avis, souligne l'aspect lent, peut-être un chouïa ennuyeux de celui-ci ; je pense qu'au contraire c'est le meilleur tempo pour parler d'un sujet ayant trait à la souffrance, au deuil, à la dignité et à l'amour. Cela m'a permis de réfléchir sereinement, le temps d'une lecture, aussi prenante que fugace, à la question. Merci messieurs.