Ce livre est une œuvre d’art. Il ne faut pas se fier au titre provocateur qui pourrait laisser penser à une destruction en règle du cinéma.
En réalité, Blutch rend un hommage vibrant et tonitruant au cinéma, mais pas à n’importe quel cinéma celui des années 50 à 70. Le dessin du virtuose est comme toujours prodigieux, magnifiant certaines des plus belles scènes de l’histoire du cinéma, que ce soit la scène du bal dans « le guépard » de Visconti ou la scène d’amour du « mépris » de Godard.
Blutch en profite pour glorifier ses acteurs et réalisateurs fétiches : Godard, les gueules cassées William Holden ou Kirk Douglas croisent Burt Lancaster ou encore Michel Piccoli. Les femmes, comme toujours chez Blutch sont présentes et les actrices surtout américaines : Rita Hayworth, ou Ava Gardner resplendissent grâce à ce dessin expressionniste. La sexualité comme souvent chez Blutch n’est pas absente. Elle ressurgit de façon parfois assez crue et de manière fantasmée.
Bien évidemment, on pourra reprocher à Blutch comme toujours son absence ou son refus de narration. Mais il s’agit simplement de s’immerger dans cet album qui, pour tout amateur de cinéma rappellera d’excellents souvenirs.
Pfiouuuuuuu... Quelle immersion mes aminches ! Voilà longtemps qu'un auteur ne m'avait pas fait chuter dans un univers graphique aussi riche, travaillé et original. Cyril Pedrosa signe avec "Portugal" un pavé qui fera date. Il avait déjà frappé un grand coup il y a quatre ans avec Trois ombres (Angoulême : essentiel 2008 ), où son trait noir & blanc, souple, torturé et tout en rondeur, servait à merveille un récit d'une grande force. Il passe encore aujourd'hui, à mon goût, à une étape supérieure.
Car ce qui fait pour moi la richesse de cet album, c'est la maturité que l'on sent dans son travail. Si tous les éléments qui forment sa patte bien particulière étaient un peu éparpillés dans ce qu'il avait pu produire jusqu'ici, j'ai l'impression qu'il a su piocher le meilleur de chacun pour nous en distiller une sorte de quintessence graphique.
Et cet élixir (Approchez m'sieur-dame !) fait tourner la tête ! Plongée dans les doutes et les remises en questions de Simon. Plongée dans son histoire et sa famille. Et surtout plongée dans ses racines et ce Portugal, si chaleureusement dépeint. Ça m'a replongé quelques années en arrière, quand j'ai découvert ce pays, ses ambiances, sa population et ses paysages, le temps de trois trop courtes semaines... Pedrosa rend à merveille cette langue chaude et chatoyante qui vous traverse, qu'on ne comprend pas vraiment, mais presque (non, ce n'est pas de l'espagnol -surtout pas !-, mais bon ça aide ...).
Pour y parvenir, il s'amuse avec son trait, la superposition, la transparence et la colorisation. Et c'est là que la magie opère et que son talent prend vraiment consistance. Car l'équilibre fragile qu'il compose opère avec brio et nous prend à bras le corps. C'est beau, et ça émane !
Si au final ce récit intimiste souffre quand même par moment de quelques longueurs, on ferme cet album en prenant conscience d'avoir avalé plus de 250 pages sans avoir pu lâcher notre BD et ravi d'avoir suivi cette tranche de vie.
Voici je pense une BD qui ne passera pas inaperçue et dont la lecture s'impose, ne serait-ce que pour la puissance et la qualité du travail graphique que propose Cyril Pedrosa. Bravo, m'sieur !
Montaigne et la Science dans la docimasie didacto-cinématographique par l’absurde.
Ou comment, à coup de pédagogie dynamite, Marion, qui pour l’occaz a passé la blouse et lâché les poils, rend ses honneurs à la réalité scientifique en brocardant (euphémisme !) les lieux communs ou autres incohérences grossiers dont les blockbusters et séries térabudgetisés nous noient à vannes grandes ouvertes.
Oui, elle a raison la Prof Moustache ! Mourrons moins bêtes ! Et de rire tant qu’à faire. Parce que dans chaque saloperie que tout digne mediaphage (présent !) prend plaisir à s’enfiler (houla ! Elle part mal cette phrase), c’est par palettes de douze qu’on nous fait gober les nids de couleuvres.
— « Sejy, zygomatiquement l’être humain n’a pas la capacité maxillaire pour gober un serpent et de plus on peut facilement imaginer le risque d’étouffement qui en décou…/ Oui, oui, merci pour ces précisions professeure »
Il fallait réagir ! Et c’est par brêves-de-labo jubilatoires, faisant écho à autant de cartes postales curieuses ou crédules, que notre nouvelle éducatrice pileuse s’applique à une réjouissante entreprise de charcutage des inepties pelliculaires et télévisuelles : nager sous l’eau façon Patrick Duffy (l’Homme de l’Atlantide pour les jeunots) ? Voir l’avenir comme dans Minority Report ? Si une bombe atomique est envoyée sur Paris, ai-je une chance de survivre ? C’est vraiment Sarko le président ? Une à une incisées, analysées et dégommées sur les bases d’une culture et de démonstrations scientifiques élevées à la bétonnière, truffées de mots succulents et de gags inventifs. C'est drôle, extrêmement drôle, et je me suis marré comme une baleine sur presque chacune des planches (si, si, avec la bouche qui s’ouvre, des sons qui sortent, des microspasmes et tout, et tout…).
— « euh, à ce propos Sejy, j’aimerais apporter quelques clarifications anatomiques sur le déclenchement du phénomène rigolatoire qui…/ OK, c’est bon prof, on sait »
Un gros paquet de friandises dans le plus adéquat des apparats. Oui, au fait ? Il est comment le dessin de Marion ? Magnifique (eh ! Je vous entends protester dans le fond !). Mais sérieusement, et sans vouloir initier de débat interminable sur les canons graphiques et la définition du beau : vraiment ma-gni-fi-que. Simplement parce que son trait d’apparence basique (Qu'ouïs-je !? Crade ?) est, selon moi, l’essence de l’éloquence. Cette ligne, si intrinsèquement hilarante (me ramenant d'ailleurs à celle de Bouzard, à qui je reconnais les mêmes immenses qualités) est en liberté, décomplexée (par moment anarchique) et dégueule (oui, je l’ai fait exprès) d’expressivité. Pas besoin d’un exposé de douze pages pour saisir le contexte. On regarde. On pige instantanément. On se bidonne. Et ce n’est pas donné à tout le monde. Après, suffit de faire sauter les cases pour filer un air sympa qui fleure le putain-j-ai-une-idée-! griffé à la hâte sur un coin de nappe en papier ou le croquis à la t-inquiete-j-te-montre-vite-fait, de coller une touche d’aquarelle pour la fraîcheur… Et Voilà ! J’vous l’emballe ?
— « Hum, humm, voyons Sejy ! L’analyse d’un style graphique ne peut pas s’embal…/ Ta gueule, ta gueule... Elle est un peu chiante des fois… »
PS : juste une petite déception. Malgré toutes ces impostures dénudées et gaillardement flagellées, il se dresse encore, narquoise, la plus évidente, la plus horrible des mystifications : Prof, dans chaque film, le héros dégote toujours une place libre au bas de l’immeuble pour se garer…
On en reparle au second tome ?
La couverture a tout de suite attiré mon regard, dans un genre vieille fantasy que j'apprécie beaucoup, d'ailleurs avec son beau rouge et blanc elle a de quoi vous faire de l'œil. Le dessin est plutôt sympa, classique je dirais, presque typique des séries Soleil de fantasy, mais celles qui sont sur le dessus du panier. Les visages sont excellents et très expressifs, les décors détaillés et les couleurs sont gaies, c'est réellement très agréable à regarder.
Mais la plus grosse surprise réside dans son scénario et j'ai eu la chance, je dirai même l'immense chance de l'avoir lu sans rien connaître de lui et je peux vous dire que c'est foutrement bien pensé et très original.
C'est un mélange des genres… presque parfait… oui on peut dire ça. De la S-F, de la fantasy, un peu de mythologie et d'époque romaine, quelques personnages animaliers et en plus ça ne manque pas d'humour ! Le tout est superbement bien dosé, il y a juste ce qu'il faut d'action et de suspense, en deux mots c'est super divertissant, un peu à l'image d'un Lanfeust. Que demander de plus ?
Deux choses me chagrinent :
- Le lettrage assez joli mais un peu petit parfois.
- Le résumé de l'histoire qui en dit trop…
Je ne connaissais pas Igor Dedic, je me demande maintenant où en est son autre série : Secrets de sang.
Tome 2
J'ai relu le premier tome avant d'entamer la suite. Premières constatations, le lettrage est plus grand et le dessin toujours aussi beau, je dirai même que l'auteur a un sacré coup de crayon, on s'en rend bien compte en regardant ses ses planches noir & blanc sur son blog (par ici), car les couleurs, bien qu'agréables, ont tendance à estomper un peu son excellent travail, où perspectives et expressions sont parfaites.
Côté scénario l'histoire avance bien et peut se lire comme un diptyque avec une chute non ouverte, mais qui peut voir venir une suite, ce que pour ma part j'adorerais. L'humour est toujours présent, qu'il passe par les bulles ou les expressions des personnages, certaines m'ont bien fait rire, notamment deux petits mots presque anodins, mais foutrement drôles dans le contexte, que j’ai envie de vous rapporter ici : « vieille peluche ! ».
Ce second tome est parfois un peu nébuleux, car il distille tout doucement ses secrets, on est un peu comme le héros, partageant son ressenti, pendant la première partie de ce second tome on est un peu perdus, ce qui évidemment est voulu par l‘auteur pour maintenir le suspense à bon niveau jusqu’au final libérateur. Certes on a déjà vu ce genre de récit, mais la manière dont l’auteur amène les choses lui donne un bel air d’originalité.
Une bonne aventure de S.-F., mêlant au final post-apocalypse et monde virtuel.
Cet ouvrage m’a enchanté.
La rencontre entre l’auteur de BD que nous connaissons tous et Richard Leroy, son ami vigneron, fonctionne parfaitement, et nous permet d’observer des échanges intéressants et souvent drôles.
D’un côté l’apprentissage BD de Richard est fascinant : Davodeau lui fait lire des grands classiques, des auteurs importants, et ses commentaires « du terroir » sont intéressants et frappants d’honnêteté, voire cocasses (notre vigneron n’est pas convaincu par les becs de Trondheim, par le travail de Moebius ou par Watchmen par exemple, et il le fait savoir !). Ses visites « en touriste » de festivals BD sont amusantes, et ses rencontres avec certains auteurs amis de Davodeau sont enrichissantes pour lui mais aussi pour nous, simples lecteurs.
D’un autre côté, Davodeau enquête sur le milieu du vin avec sa verve habituelle, et nous fait découvrir un petit producteur vraiment passionné. Richard est un vrai romantique, et nous explique que le rapport entre l’homme et la nature, le bruit des machines, l’amour qu’il porte à ses pieds de vignes, etc. se retrouvent dans le goût du vin. Il présente les mystères de la biodynamie à un Davodeau loin d’être convaincu, et si moi-même j’ai du mal à croire en cet équivalent de l’homéopathie pour le vin, aux effets des cycles lunaires sur la qualité du raisin, comment ne pas craquer devant une telle vision de la vie et de la nature ?
Le dessin de Davodeau est magnifique, et retranscrit parfaitement la poésie du récit.
Voila, un album excellent, à déguster avec une bonne bouteille de vin… Mais pas n’importe laquelle, sinon Richard risque de râler !
Samedi 9h30 am – Librairie Gibert – Rayon BD. C’est quoi, ça ? Portugal ? Ouais, encore une. Une de plus. Une de trop ? L’une de ces biographies, ou à peu près — en l’occurrence une biofiction ou une autofiction, je ne sais pas vraiment — en tout cas l’un de ces trucs nombrilo-intimiste ne parvenant qu’à être chiant à trop s’astiquer l’archet sur nos cordes sensibles ? Et puis 260 pages… Et 35 euroboules ! Pppffffff, on laisse tomber ! Quoique… C’est du Cyril Pedrosa, et, souvenir : il m’avait flingué avec ses « Trois Ombres ». Allez, coup de pied au derche des idées reçues, creusage du découvert : je charge le pavé !
10h35 am - Place Machin, terrasse de bistrot - Un café, un Perrier citron et ma nouvelle acquisition. Open. J’entreprends la mémoire de Simon Muchat : il a dans les dix ans ; rencontre fugace avec quelques membres de sa famille, brume de divers souvenirs. Très vite, retour au présent. Je zigue et je zague dans l’histoire d’un adulte désabusé. Les relations avec sa compagne, papa, ses amis, les sollicitations du quotidien et de la vie. Une guirlande de saynètes, d’échanges, anecdotiques ou plus accablants, de personnages riches, pittoresques... D’emblée, il se passe quelque chose. Cette façon de jouer avec la couleur, le trait nerveux et les mots : une spontanéité, une justesse dans le sentiment charrient un flot de sensations puissantes dans lequel je plonge, m’appropriant les éclaboussures mélancoliques… Oui, Simon s’emmerde. Pas tout à fait malheureux, il subit plus qu’il ne vit. Errant, vide, sans envie, sans très bien savoir. Et puis…
Le déclic. Le Portugal, la terre natale de ses grands-parents ; Simon (ou Cyril ?) m’invite dans son escapade lusitanienne, à la découverte de ses racines. D’abord, il y a cette chaleur, ou plutôt cette lumière qui chante. Enveloppé de soleil, j’entends les bruits, je me nourris des odeurs et je ressens le pouls de Lisbonne — tiens, je prendrais bien un petit Porto ! — Les dialogues, en opposant la barrière de la langue, achèvent l’immersion. Dans les conversations floues, c’est encore la couleur qui suggère, le trait qui parle. Comme le héros, je n’y entrave pas grand-chose. Devinant l’un et l’autre mot à la volée, j’élucide les phrases tant bien que mal, et ma compréhension s’attache aux visages, aux attitudes, aux postures, à la moindre expression, au moindre changement de nuance. L’émotion émane, simple, entière. Tellement intense et vivifiante. On est bien ici. Dépaysé, mais comme à la maison.
Maintenant, la prégnance est évidente — depuis longtemps déjà je n’entends plus la musique et les passagers tout aussi criards du carrousel qui tourne inlassablement sur la place – Pedrosa m’a embarqué, chaviré, englouti. En Maître-ouvrier, il a tiré le meilleur parti des outils de sa boite bande dessinée. Par un tourbillon indissociable de mots, de dialogues simples, de crayonnés fiévreux, de lavis et d’aquarelles éloquents, de jeux de transparence subtils, il a façonné une marqueterie narrative débridée et précise, sincère et incisive, déployant les trois magnifiques tableaux d’une fresque dense, une reconstruction identitaire d’une grande pureté émotionnelle.
01h05 pm – Récit terminé, envie de pipi, mais je m’en fous. Allez, une petite bière, et je me refais le bouquin…
Note : 3.5/5
Contrairement au titre de la série, l'album Folia & Folio ne met quasiment pas en scène la fameuse petite Lilou et son chat. Il s'agit de suivre le périple d'une feuille d'automne séparée par le vent de son amour et amenée à réaliser un très grand voyage. Et c'est très joli.
Le dessin est agréable, surtout grâce aux belles couleurs qui l'illuminent. La mise en page est excellente, favorisant une narration muette claire et sans aucun défaut.
On peut s'étonner de voir cette feuille un peu anthropomorphique se dresser parfois pour marcher par elle-même et d'autres fois se laisser porter par le vent comme une véritable feuille, mais cela fait le charme de cette BD. Et puis qui irait imaginer un tel périple pour elle si la volonté de l'auteur ne l'y avait pas un peu aidée.
Petit regret, le récit est un peu prévisible. Comment imaginer autrement une histoire où deux amoureux sont séparés au début du récit s'il n'y avait pas ensuite un gentil deus ex machina destiné à les réunir pour une fin heureuse ?
Et puis il est assez vite lu.
Mais son charme et sa beauté devraient ravir les parents tandis que sa belle histoire et ses agréables couleurs devraient séduire les enfants.
C'est un livre assez sombre et intime que nous livre là Cyril Pedrosa. Il a complètement fini de "lâcher" son dessin, et nous livre ici une série de planches magnifiques, à la limite du carnet de croquis, très expressives et spontanées.
L'histoire par contre est très personnelle mais très diluée, et pas forcément toujours passionnante pour qui n'est pas l'auteur : l'album fait 260 pages mais se résume assez vite. Cela reste un très bel album, malgré des longueurs et quelques passages un peu creux - d'autres très bonnes séquences compensent largement.
Mais rien que pour le graphisme cet album vaut le détour. Plus le temps passe et plus le dessin de Pedrosa mûrit, et c'est un bonheur de le voir progresser d'albums en albums.
Fans de dessin léché s'abstenir, cependant...
Si vous ne connaissez pas Bob Dylan (est-ce possible?) voici un album qui va vous faire découvrir quelques chansons de cet artiste au travers de la sensibilité et du talent de quelques dessinateurs et illustrateurs, et il s'agit bien ici d' interprétation toute personnelle.
Arriver à retranscrire tout le sens et la poésie d'un texte de chanson selon l'époque à laquelle il a été composé relève parfois de la gageure, mais nos auteurs s'en sortent plutôt bien et même très bien pour certains. L'exercice a déjà été fait pour d'autres artistes (Renaud, Gainsbourg, E. Mitchell...) mais parfois avec des résultats inégaux, mais là j'ai beau cherché, l'ensemble est de bonne qualité (à part Zep à la fin ...) .
Des textes peuvent être empreints d'une grande poesie dans leur langue originelle, mais certaines traductions ne les honorent pas vraiment, je pense à la chanson "Tombstone blues" traduite maladroitement par le blues de la sépulture ... dans l'ensemble les traductions sont bonnes sauf parfois quelques maladresses, mais il est préférable d'écouter les chansons en même temps, dans ce cas l'immersion est encore plus complète, d'ailleurs je me demande pourquoi n'avoir pas joint un CD avec l'album, l'expèrience est vraiment plus enrichissante, faites donc votre playliste comme je l'ai fait ...
Ces chansons écoutées et appréciées par tant de millions de personnes de par le monde sont un vrai régal de sensibilité et d'engagement et ont donné une gloire méritée à ce chanteur-compositeur-musicien qu'est toujours Bob Dylan, et les concepteurs et illustrateurs de cet album ont essayé d'être à la hauteur de la légende, mais peut-on vraiment égaler un monstre sacré ? ...
Cet album aura peut-être le mérite de faire découvrir pour les plus jeunes et redécouvrir pour les anciens (comme moi) un artiste majeur du XXéme siècle et certaines de ses chansons illustrées par des dessinateurs actuels des plus talentueux (sauf Zep). ;-)
PS : la couverture de l'album est inspirée d'un clip tourné en 1967(!) "Subterranean homesick blues", maintes fois copié, mais jamais égalé !!! (les panneaux...)
J'ai ouvert l'album en librairie, ne connaissant ni le blog ni l'auteur. Et je me suis retrouvé à rire. Pas à sourire: à rire. Puis à rire. Puis à rire encore jusqu'à ce que ça en devienne embarrassant, car j'étais en public.
Du coup je l'ai acheté, et je ne le regrette pas. Il est maintenant sur la table du slon, pour que les visiteurs le feuillètent. Et à chaque fois, ça ne manque pas, ils éclatent de rire.
Et contrairement à d'autres qui disent que le dessin est le point faible de l'album, je pense au contraire qu'il en est un des points forts. Les mêmes textes sans dessin ou avec un dessin plus conventionnel seraient moins drôles, voire pas drôles du tout. La dessinatrice a un vrai sens du détail qui tue, de l'attitude juste. Même son écriture tremblée fonctionne à merveille. Tout semble jeté sur le papier n'importe comment, mais c'est d'une redoutable efficacité. Aussi efficace (dans un genre on ne peut plus opposé) que les meilleures planches de Gotlib.
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Pour en finir avec le cinéma
Ce livre est une œuvre d’art. Il ne faut pas se fier au titre provocateur qui pourrait laisser penser à une destruction en règle du cinéma. En réalité, Blutch rend un hommage vibrant et tonitruant au cinéma, mais pas à n’importe quel cinéma celui des années 50 à 70. Le dessin du virtuose est comme toujours prodigieux, magnifiant certaines des plus belles scènes de l’histoire du cinéma, que ce soit la scène du bal dans « le guépard » de Visconti ou la scène d’amour du « mépris » de Godard. Blutch en profite pour glorifier ses acteurs et réalisateurs fétiches : Godard, les gueules cassées William Holden ou Kirk Douglas croisent Burt Lancaster ou encore Michel Piccoli. Les femmes, comme toujours chez Blutch sont présentes et les actrices surtout américaines : Rita Hayworth, ou Ava Gardner resplendissent grâce à ce dessin expressionniste. La sexualité comme souvent chez Blutch n’est pas absente. Elle ressurgit de façon parfois assez crue et de manière fantasmée. Bien évidemment, on pourra reprocher à Blutch comme toujours son absence ou son refus de narration. Mais il s’agit simplement de s’immerger dans cet album qui, pour tout amateur de cinéma rappellera d’excellents souvenirs.
Portugal
Pfiouuuuuuu... Quelle immersion mes aminches ! Voilà longtemps qu'un auteur ne m'avait pas fait chuter dans un univers graphique aussi riche, travaillé et original. Cyril Pedrosa signe avec "Portugal" un pavé qui fera date. Il avait déjà frappé un grand coup il y a quatre ans avec Trois ombres (Angoulême : essentiel 2008 ), où son trait noir & blanc, souple, torturé et tout en rondeur, servait à merveille un récit d'une grande force. Il passe encore aujourd'hui, à mon goût, à une étape supérieure. Car ce qui fait pour moi la richesse de cet album, c'est la maturité que l'on sent dans son travail. Si tous les éléments qui forment sa patte bien particulière étaient un peu éparpillés dans ce qu'il avait pu produire jusqu'ici, j'ai l'impression qu'il a su piocher le meilleur de chacun pour nous en distiller une sorte de quintessence graphique. Et cet élixir (Approchez m'sieur-dame !) fait tourner la tête ! Plongée dans les doutes et les remises en questions de Simon. Plongée dans son histoire et sa famille. Et surtout plongée dans ses racines et ce Portugal, si chaleureusement dépeint. Ça m'a replongé quelques années en arrière, quand j'ai découvert ce pays, ses ambiances, sa population et ses paysages, le temps de trois trop courtes semaines... Pedrosa rend à merveille cette langue chaude et chatoyante qui vous traverse, qu'on ne comprend pas vraiment, mais presque (non, ce n'est pas de l'espagnol -surtout pas !-, mais bon ça aide ...). Pour y parvenir, il s'amuse avec son trait, la superposition, la transparence et la colorisation. Et c'est là que la magie opère et que son talent prend vraiment consistance. Car l'équilibre fragile qu'il compose opère avec brio et nous prend à bras le corps. C'est beau, et ça émane ! Si au final ce récit intimiste souffre quand même par moment de quelques longueurs, on ferme cet album en prenant conscience d'avoir avalé plus de 250 pages sans avoir pu lâcher notre BD et ravi d'avoir suivi cette tranche de vie. Voici je pense une BD qui ne passera pas inaperçue et dont la lecture s'impose, ne serait-ce que pour la puissance et la qualité du travail graphique que propose Cyril Pedrosa. Bravo, m'sieur !
Tu mourras moins bête
Montaigne et la Science dans la docimasie didacto-cinématographique par l’absurde. Ou comment, à coup de pédagogie dynamite, Marion, qui pour l’occaz a passé la blouse et lâché les poils, rend ses honneurs à la réalité scientifique en brocardant (euphémisme !) les lieux communs ou autres incohérences grossiers dont les blockbusters et séries térabudgetisés nous noient à vannes grandes ouvertes. Oui, elle a raison la Prof Moustache ! Mourrons moins bêtes ! Et de rire tant qu’à faire. Parce que dans chaque saloperie que tout digne mediaphage (présent !) prend plaisir à s’enfiler (houla ! Elle part mal cette phrase), c’est par palettes de douze qu’on nous fait gober les nids de couleuvres. — « Sejy, zygomatiquement l’être humain n’a pas la capacité maxillaire pour gober un serpent et de plus on peut facilement imaginer le risque d’étouffement qui en décou…/ Oui, oui, merci pour ces précisions professeure » Il fallait réagir ! Et c’est par brêves-de-labo jubilatoires, faisant écho à autant de cartes postales curieuses ou crédules, que notre nouvelle éducatrice pileuse s’applique à une réjouissante entreprise de charcutage des inepties pelliculaires et télévisuelles : nager sous l’eau façon Patrick Duffy (l’Homme de l’Atlantide pour les jeunots) ? Voir l’avenir comme dans Minority Report ? Si une bombe atomique est envoyée sur Paris, ai-je une chance de survivre ? C’est vraiment Sarko le président ? Une à une incisées, analysées et dégommées sur les bases d’une culture et de démonstrations scientifiques élevées à la bétonnière, truffées de mots succulents et de gags inventifs. C'est drôle, extrêmement drôle, et je me suis marré comme une baleine sur presque chacune des planches (si, si, avec la bouche qui s’ouvre, des sons qui sortent, des microspasmes et tout, et tout…). — « euh, à ce propos Sejy, j’aimerais apporter quelques clarifications anatomiques sur le déclenchement du phénomène rigolatoire qui…/ OK, c’est bon prof, on sait » Un gros paquet de friandises dans le plus adéquat des apparats. Oui, au fait ? Il est comment le dessin de Marion ? Magnifique (eh ! Je vous entends protester dans le fond !). Mais sérieusement, et sans vouloir initier de débat interminable sur les canons graphiques et la définition du beau : vraiment ma-gni-fi-que. Simplement parce que son trait d’apparence basique (Qu'ouïs-je !? Crade ?) est, selon moi, l’essence de l’éloquence. Cette ligne, si intrinsèquement hilarante (me ramenant d'ailleurs à celle de Bouzard, à qui je reconnais les mêmes immenses qualités) est en liberté, décomplexée (par moment anarchique) et dégueule (oui, je l’ai fait exprès) d’expressivité. Pas besoin d’un exposé de douze pages pour saisir le contexte. On regarde. On pige instantanément. On se bidonne. Et ce n’est pas donné à tout le monde. Après, suffit de faire sauter les cases pour filer un air sympa qui fleure le putain-j-ai-une-idée-! griffé à la hâte sur un coin de nappe en papier ou le croquis à la t-inquiete-j-te-montre-vite-fait, de coller une touche d’aquarelle pour la fraîcheur… Et Voilà ! J’vous l’emballe ? — « Hum, humm, voyons Sejy ! L’analyse d’un style graphique ne peut pas s’embal…/ Ta gueule, ta gueule... Elle est un peu chiante des fois… » PS : juste une petite déception. Malgré toutes ces impostures dénudées et gaillardement flagellées, il se dresse encore, narquoise, la plus évidente, la plus horrible des mystifications : Prof, dans chaque film, le héros dégote toujours une place libre au bas de l’immeuble pour se garer… On en reparle au second tome ?
Genuine City
La couverture a tout de suite attiré mon regard, dans un genre vieille fantasy que j'apprécie beaucoup, d'ailleurs avec son beau rouge et blanc elle a de quoi vous faire de l'œil. Le dessin est plutôt sympa, classique je dirais, presque typique des séries Soleil de fantasy, mais celles qui sont sur le dessus du panier. Les visages sont excellents et très expressifs, les décors détaillés et les couleurs sont gaies, c'est réellement très agréable à regarder. Mais la plus grosse surprise réside dans son scénario et j'ai eu la chance, je dirai même l'immense chance de l'avoir lu sans rien connaître de lui et je peux vous dire que c'est foutrement bien pensé et très original. C'est un mélange des genres… presque parfait… oui on peut dire ça. De la S-F, de la fantasy, un peu de mythologie et d'époque romaine, quelques personnages animaliers et en plus ça ne manque pas d'humour ! Le tout est superbement bien dosé, il y a juste ce qu'il faut d'action et de suspense, en deux mots c'est super divertissant, un peu à l'image d'un Lanfeust. Que demander de plus ? Deux choses me chagrinent : - Le lettrage assez joli mais un peu petit parfois. - Le résumé de l'histoire qui en dit trop… Je ne connaissais pas Igor Dedic, je me demande maintenant où en est son autre série : Secrets de sang. Tome 2 J'ai relu le premier tome avant d'entamer la suite. Premières constatations, le lettrage est plus grand et le dessin toujours aussi beau, je dirai même que l'auteur a un sacré coup de crayon, on s'en rend bien compte en regardant ses ses planches noir & blanc sur son blog (par ici), car les couleurs, bien qu'agréables, ont tendance à estomper un peu son excellent travail, où perspectives et expressions sont parfaites. Côté scénario l'histoire avance bien et peut se lire comme un diptyque avec une chute non ouverte, mais qui peut voir venir une suite, ce que pour ma part j'adorerais. L'humour est toujours présent, qu'il passe par les bulles ou les expressions des personnages, certaines m'ont bien fait rire, notamment deux petits mots presque anodins, mais foutrement drôles dans le contexte, que j’ai envie de vous rapporter ici : « vieille peluche ! ». Ce second tome est parfois un peu nébuleux, car il distille tout doucement ses secrets, on est un peu comme le héros, partageant son ressenti, pendant la première partie de ce second tome on est un peu perdus, ce qui évidemment est voulu par l‘auteur pour maintenir le suspense à bon niveau jusqu’au final libérateur. Certes on a déjà vu ce genre de récit, mais la manière dont l’auteur amène les choses lui donne un bel air d’originalité. Une bonne aventure de S.-F., mêlant au final post-apocalypse et monde virtuel.
Les ignorants
Cet ouvrage m’a enchanté. La rencontre entre l’auteur de BD que nous connaissons tous et Richard Leroy, son ami vigneron, fonctionne parfaitement, et nous permet d’observer des échanges intéressants et souvent drôles. D’un côté l’apprentissage BD de Richard est fascinant : Davodeau lui fait lire des grands classiques, des auteurs importants, et ses commentaires « du terroir » sont intéressants et frappants d’honnêteté, voire cocasses (notre vigneron n’est pas convaincu par les becs de Trondheim, par le travail de Moebius ou par Watchmen par exemple, et il le fait savoir !). Ses visites « en touriste » de festivals BD sont amusantes, et ses rencontres avec certains auteurs amis de Davodeau sont enrichissantes pour lui mais aussi pour nous, simples lecteurs. D’un autre côté, Davodeau enquête sur le milieu du vin avec sa verve habituelle, et nous fait découvrir un petit producteur vraiment passionné. Richard est un vrai romantique, et nous explique que le rapport entre l’homme et la nature, le bruit des machines, l’amour qu’il porte à ses pieds de vignes, etc. se retrouvent dans le goût du vin. Il présente les mystères de la biodynamie à un Davodeau loin d’être convaincu, et si moi-même j’ai du mal à croire en cet équivalent de l’homéopathie pour le vin, aux effets des cycles lunaires sur la qualité du raisin, comment ne pas craquer devant une telle vision de la vie et de la nature ? Le dessin de Davodeau est magnifique, et retranscrit parfaitement la poésie du récit. Voila, un album excellent, à déguster avec une bonne bouteille de vin… Mais pas n’importe laquelle, sinon Richard risque de râler !
Portugal
Samedi 9h30 am – Librairie Gibert – Rayon BD. C’est quoi, ça ? Portugal ? Ouais, encore une. Une de plus. Une de trop ? L’une de ces biographies, ou à peu près — en l’occurrence une biofiction ou une autofiction, je ne sais pas vraiment — en tout cas l’un de ces trucs nombrilo-intimiste ne parvenant qu’à être chiant à trop s’astiquer l’archet sur nos cordes sensibles ? Et puis 260 pages… Et 35 euroboules ! Pppffffff, on laisse tomber ! Quoique… C’est du Cyril Pedrosa, et, souvenir : il m’avait flingué avec ses « Trois Ombres ». Allez, coup de pied au derche des idées reçues, creusage du découvert : je charge le pavé ! 10h35 am - Place Machin, terrasse de bistrot - Un café, un Perrier citron et ma nouvelle acquisition. Open. J’entreprends la mémoire de Simon Muchat : il a dans les dix ans ; rencontre fugace avec quelques membres de sa famille, brume de divers souvenirs. Très vite, retour au présent. Je zigue et je zague dans l’histoire d’un adulte désabusé. Les relations avec sa compagne, papa, ses amis, les sollicitations du quotidien et de la vie. Une guirlande de saynètes, d’échanges, anecdotiques ou plus accablants, de personnages riches, pittoresques... D’emblée, il se passe quelque chose. Cette façon de jouer avec la couleur, le trait nerveux et les mots : une spontanéité, une justesse dans le sentiment charrient un flot de sensations puissantes dans lequel je plonge, m’appropriant les éclaboussures mélancoliques… Oui, Simon s’emmerde. Pas tout à fait malheureux, il subit plus qu’il ne vit. Errant, vide, sans envie, sans très bien savoir. Et puis… Le déclic. Le Portugal, la terre natale de ses grands-parents ; Simon (ou Cyril ?) m’invite dans son escapade lusitanienne, à la découverte de ses racines. D’abord, il y a cette chaleur, ou plutôt cette lumière qui chante. Enveloppé de soleil, j’entends les bruits, je me nourris des odeurs et je ressens le pouls de Lisbonne — tiens, je prendrais bien un petit Porto ! — Les dialogues, en opposant la barrière de la langue, achèvent l’immersion. Dans les conversations floues, c’est encore la couleur qui suggère, le trait qui parle. Comme le héros, je n’y entrave pas grand-chose. Devinant l’un et l’autre mot à la volée, j’élucide les phrases tant bien que mal, et ma compréhension s’attache aux visages, aux attitudes, aux postures, à la moindre expression, au moindre changement de nuance. L’émotion émane, simple, entière. Tellement intense et vivifiante. On est bien ici. Dépaysé, mais comme à la maison. Maintenant, la prégnance est évidente — depuis longtemps déjà je n’entends plus la musique et les passagers tout aussi criards du carrousel qui tourne inlassablement sur la place – Pedrosa m’a embarqué, chaviré, englouti. En Maître-ouvrier, il a tiré le meilleur parti des outils de sa boite bande dessinée. Par un tourbillon indissociable de mots, de dialogues simples, de crayonnés fiévreux, de lavis et d’aquarelles éloquents, de jeux de transparence subtils, il a façonné une marqueterie narrative débridée et précise, sincère et incisive, déployant les trois magnifiques tableaux d’une fresque dense, une reconstruction identitaire d’une grande pureté émotionnelle. 01h05 pm – Récit terminé, envie de pipi, mais je m’en fous. Allez, une petite bière, et je me refais le bouquin…
Une aventure de Lilou
Note : 3.5/5 Contrairement au titre de la série, l'album Folia & Folio ne met quasiment pas en scène la fameuse petite Lilou et son chat. Il s'agit de suivre le périple d'une feuille d'automne séparée par le vent de son amour et amenée à réaliser un très grand voyage. Et c'est très joli. Le dessin est agréable, surtout grâce aux belles couleurs qui l'illuminent. La mise en page est excellente, favorisant une narration muette claire et sans aucun défaut. On peut s'étonner de voir cette feuille un peu anthropomorphique se dresser parfois pour marcher par elle-même et d'autres fois se laisser porter par le vent comme une véritable feuille, mais cela fait le charme de cette BD. Et puis qui irait imaginer un tel périple pour elle si la volonté de l'auteur ne l'y avait pas un peu aidée. Petit regret, le récit est un peu prévisible. Comment imaginer autrement une histoire où deux amoureux sont séparés au début du récit s'il n'y avait pas ensuite un gentil deus ex machina destiné à les réunir pour une fin heureuse ? Et puis il est assez vite lu. Mais son charme et sa beauté devraient ravir les parents tandis que sa belle histoire et ses agréables couleurs devraient séduire les enfants.
Portugal
C'est un livre assez sombre et intime que nous livre là Cyril Pedrosa. Il a complètement fini de "lâcher" son dessin, et nous livre ici une série de planches magnifiques, à la limite du carnet de croquis, très expressives et spontanées. L'histoire par contre est très personnelle mais très diluée, et pas forcément toujours passionnante pour qui n'est pas l'auteur : l'album fait 260 pages mais se résume assez vite. Cela reste un très bel album, malgré des longueurs et quelques passages un peu creux - d'autres très bonnes séquences compensent largement. Mais rien que pour le graphisme cet album vaut le détour. Plus le temps passe et plus le dessin de Pedrosa mûrit, et c'est un bonheur de le voir progresser d'albums en albums. Fans de dessin léché s'abstenir, cependant...
Bob Dylan Revisited
Si vous ne connaissez pas Bob Dylan (est-ce possible?) voici un album qui va vous faire découvrir quelques chansons de cet artiste au travers de la sensibilité et du talent de quelques dessinateurs et illustrateurs, et il s'agit bien ici d' interprétation toute personnelle. Arriver à retranscrire tout le sens et la poésie d'un texte de chanson selon l'époque à laquelle il a été composé relève parfois de la gageure, mais nos auteurs s'en sortent plutôt bien et même très bien pour certains. L'exercice a déjà été fait pour d'autres artistes (Renaud, Gainsbourg, E. Mitchell...) mais parfois avec des résultats inégaux, mais là j'ai beau cherché, l'ensemble est de bonne qualité (à part Zep à la fin ...) . Des textes peuvent être empreints d'une grande poesie dans leur langue originelle, mais certaines traductions ne les honorent pas vraiment, je pense à la chanson "Tombstone blues" traduite maladroitement par le blues de la sépulture ... dans l'ensemble les traductions sont bonnes sauf parfois quelques maladresses, mais il est préférable d'écouter les chansons en même temps, dans ce cas l'immersion est encore plus complète, d'ailleurs je me demande pourquoi n'avoir pas joint un CD avec l'album, l'expèrience est vraiment plus enrichissante, faites donc votre playliste comme je l'ai fait ... Ces chansons écoutées et appréciées par tant de millions de personnes de par le monde sont un vrai régal de sensibilité et d'engagement et ont donné une gloire méritée à ce chanteur-compositeur-musicien qu'est toujours Bob Dylan, et les concepteurs et illustrateurs de cet album ont essayé d'être à la hauteur de la légende, mais peut-on vraiment égaler un monstre sacré ? ... Cet album aura peut-être le mérite de faire découvrir pour les plus jeunes et redécouvrir pour les anciens (comme moi) un artiste majeur du XXéme siècle et certaines de ses chansons illustrées par des dessinateurs actuels des plus talentueux (sauf Zep). ;-) PS : la couverture de l'album est inspirée d'un clip tourné en 1967(!) "Subterranean homesick blues", maintes fois copié, mais jamais égalé !!! (les panneaux...)
Tu mourras moins bête
J'ai ouvert l'album en librairie, ne connaissant ni le blog ni l'auteur. Et je me suis retrouvé à rire. Pas à sourire: à rire. Puis à rire. Puis à rire encore jusqu'à ce que ça en devienne embarrassant, car j'étais en public. Du coup je l'ai acheté, et je ne le regrette pas. Il est maintenant sur la table du slon, pour que les visiteurs le feuillètent. Et à chaque fois, ça ne manque pas, ils éclatent de rire. Et contrairement à d'autres qui disent que le dessin est le point faible de l'album, je pense au contraire qu'il en est un des points forts. Les mêmes textes sans dessin ou avec un dessin plus conventionnel seraient moins drôles, voire pas drôles du tout. La dessinatrice a un vrai sens du détail qui tue, de l'attitude juste. Même son écriture tremblée fonctionne à merveille. Tout semble jeté sur le papier n'importe comment, mais c'est d'une redoutable efficacité. Aussi efficace (dans un genre on ne peut plus opposé) que les meilleures planches de Gotlib.