Ca, c’est de la BD !…
Histoire librement inspirée de l’intrigue du roman « La Dame de Monsoreau », l’auteur nous livre une véritable fresque, une épopée graphique parfois copiée mais jamais égalée.
Auteur inconnu ou oublié… série inconnue sauf des « anciens » (et encore).. cet Aigle mérite pourtant le détour.
Grande aventure de cape et d’épée, elle débute –sous forme de petit format- dans « Pipo » dès 1956 pour se poursuivre dans « Blek ». Elle est incorporée dans une véritable intrigue politique d’alors qui met en scène les grands problèmes religieux et politiques sous le règne d’Henri III et principal rival : son propre frère le duc d’Anjou. S’associe une grand histoire d’amour impossible.
En plus d’une intrigue captivante, l’art de Dvi éclate vraiment. Il n’a pas son pareil pour manier plume et pinceau dans des dessins qui sont –pour moi- de véritable œuvres d’art. Les personnages sont bien campés, les recherches des costumes et apprêts, des détails historiques forment un ensemble de vraiment bon ton. Il est impossible, je pense, de lire ces pages comme on le ferait pour un album « normal » (on lit le texte en s’arrêtant très rarement sur le contenu de la ou des cases).
Ici, impossible de ne pas s’arrêter pour contempler, scruter, apprécier le dessin. C’est vrai, les personnages principaux et intervenants divers prennent parfois « la pause », mais c’est cette imagerie qui donne toute sa saveur à cette véritable « littérature graphique ».
Qui plus est, le noir et blanc magnifie personnages et décors, offre l’illusion d’une 3D de par la façon de les travailler en profondeur.
Peut-on parler « d’un trait », « d’une ligne » ?… non car chaque dessin, chaque forme plutôt, est composée de nombreux traits fins –serrés ou non- qui donne cette sorte d’ampleur aux cases.
L’histoire générale comporte 4 histoires. L’ensemble a été –heureusement- réuni par l’éditeur en deux très beaux volumes de quelque 100 pages chacun (dommage la couverture souple !) tirés à 1000 exemplaires chacun.
Il existe un magnifique port-folio (que je ne possède pas, grrr…) où les grandes planches en quadrichromie dévoilent toutes leurs richesses.
L’Aigle de Clermont ?… il s’est envolé il y a longtemps. Mais il repasse de temps en temps.
Très bon et vrai coup de cœur ; très rare de ma part.
Ah que je l’aime bien Olac !
J’avais une douzaine d’années, au milieu des années 60, lorsque je fis sa connaissance dans un format de poche édité mensuellement. Ses aventures me plongeaient dans la Rome antique avec ses armées, ses mercenaires, ses combattants et –surtout- ses gladiateurs.
Je possède encore une soixantaine de ces petits formats édités en France dès 1961 sur les quasi 90 existants.
Mais Olac dans tout ça ?…Ses aventures débutent en 1958, en Grande-Bretagne. L’auteur des scénarios est demeuré anonyme mais le graphisme est d’abord l’œuvre de Ruggero Giovannini. Ce dernier met en place une véritable fresque, un péplum sur papier, dont la partie graphique sera rapidement reprise par Don Lawrence.
Et là, Olac explose. Don Lawrence est le dessinateur de l’Empire de Trigan. Il fait montre d’un graphisme haut la main, baroque, au trait nerveux qui met surtout en exergue la musculature générale du corps humain. Et son travail en noir et blanc accentue, embellit réellement les cases pour –parfois- les rendre réellement somptueuses.
Les planches de Don Lawrence ainsi que la mise en page sont –pour moi- les plus belles de cette longue série.
Pierre Dupuis continuera la série. Si son trait est moins spectaculaire que celui du britannique, il insufflera une sorte de « vent épique » à la série, la rendant même plus rythmée.
Ici, ce sont les planches de Don Lawrence réunies en albums. Deux tomes rares, édités en 1980, aux couvertures souples et épais chacun de quelque 130 pages.
Je les ai relus il y a quelques semaines. J’y ai toujours pris autant de plaisir.
Olac ?… un vrai combattant dans une série qui vaut vraiment le détour.
Si vous la trouvez…
Il y en a eu, des histoires dessinées mettant en scène Marco Polo.
Mes premières furent des formats de poche, en noir et blanc, où le héros est accompagné dans ses aventures par un jeune garçon astucieux : Tigre Bleu. Je n’ai jamais aimé ce personnage malgré sa complémentarité avec Marco. Pourquoi ?… j’en sais rien. C’est comme ça.
Pour ce qui est de la présente série, Octave Joly, scénariste reconnu, présente son scénario à Uderzo au début des années 50.
Ce dernier se met au dessin et réalise une véritable fresque réaliste qui paraîtra dans le supplément du quotidien « La Libre Belgique » dès 1952.
Uderzo fait déjà montre d’un très beau graphisme réaliste et fait preuve d’une véritable patte pour exalter les situations aventureuses de « son » Marco.
Un très beau travail en noir et blanc permet d’apprécier une mise en page de qualité.
Pierre Dupuis se colle à la seconde histoire, toujours du même scénariste. Son graphisme est dans la même veine que celui d’Uderzo et confère ainsi une réelle unité à l’ensemble.
Il faudra attendre 1977 pour que l’éditeur bruxellois Michel Deligne « sorte » enfin ces albums « à la lumière ».
Déjà pas fort connu en Belgique, encore moins en France je pense, ce Marco Polo d’Uderzo et Dupuis vaut vraiment le détour et offre de réels moments de très bonne lecture.
Deux perles rares.
Et dire que j’ai failli passer à côté de cette série !
Car, voyez-vous, Jidéhem, c’était avant tout, et à mes yeux, un très bon dessinateur, passionné par la mécanique et un complice de longue date d’André Franquin mais aussi un auteur de second plan. Non que ce terme soit péjoratif, à l’époque les grands dessinateurs franco-belges étaient tellement nombreux que rester dans l’ombre d’un Peyo, Franquin, Morris ou Tillieux était tout sauf honteux. Mais, tout de même, je ne m’attendais pas à une telle qualité dans les scénarios d’une série plutôt oubliée.
Bon, débarrassons-nous directement du point qui fâche (car tout n’est pas parfait) : la série manque un chouïa d’humour. En cause, trois raisons. D’abord, Ginger tire la gueule à longueur de cases. Son air renfrogné en fait un personnage très figé, peu expressif et finalement manquant quelque peu de charisme. Ensuite, les seconds rôles sont bien trop sages. Son assistante comme le commissaire Bouleau ne sont pas des personnages burlesques, loin de là. Ils agissent sans fantaisie mais avec intelligence et application. Enfin, les scénarios sont tellement denses et bien construits qu’ils laissent peu ou prou de place à des séquences humoristiques.
Je m’attendais donc à quelque chose d’assez léger et je me suis retrouvé face à des enquêtes policières assaisonnées à la sauce fantastique qui jouent plus sur l’anticipation que sur la science-fiction farfelue. Le suspense est souvent bien conservé et le propos n’est pas primitivement manichéen. La lecture est dense, les rebondissements sont nombreux, l’ensemble est cohérent, solide, passionnant à l’occasion. Une vraie lecture de délassement !
Et puis, il y a le dessin. Grosse erreur selon moi, disais-je, sur le personnage de Ginger. Sa mine constamment renfrognée prive l’auteur de la faculté de faire exprimer à ce visage diverses émotions. Mais pour le reste, il n’y a aucun reproche à formuler. Les décors sont soignés, Jidéhem s’amuse d’ailleurs à illustrer une foultitude de véhicules différents (son point fort, incontestablement). Le trait est dynamique, expressif. La colorisation n’est pas toujours top mais, là, c’est l’époque qui veut ça.
Finalement, voici une série qui officie dans la même veine qu’un Gil Jourdan, avec moins d’humour mais un sens de l’anticipation peut-être un brin plus élevé. Entre le « pas mal du tout » et le « franchement bien ». J’opte pour cette dernière cotation du fait de la grande qualité des intrigues.
Maudit mardi est une bande dessinée très originale, qu'on ouvre par curiosité d'abord et dans laquelle on plonge ensuite sans en lâcher une case. Elle raconte l'histoire à priori banale d'un homme, Achille, qui part à la recherche de son amie d'enfance après des années de séparation. Resté sur leur île natale, il regarde les paquebots passer. Une correspondance, plutôt à sens unique, finit par s'essouffler jusqu'au jour où, après avoir évité la noyade, il se décide enfin à affronter la grande ville pour retrouver celle qui lui manque tant. Si l'on s'en tient à ce résumé, l'histoire a peu de chance de vous captiver... et pourtant.
La façon dont Nicolas Vadot aborde ce sujet n'a rien, mais absolument rien de banal. Il joue avec les métaphores, installe une ambiance particulière, une étrangeté et un onirisme captivants. Au-delà de l'homme qui prend racine face à l'océan et qui s'en arrache alors que ses jambes sont devenues de bois, il y a aussi cet étonnant handicap d'un Achille sans pieds, sans talons, donc invincible. Mais dans quelle limite sa faiblesse devient une force et vice versa ? Car, on le lui a dit un jour : il mourra un mardi... mais lequel ?
Maudit mardi est teinté de nostalgie et de mélancolie, de mystères et de fantasmagories et la mise en image de cette aventure est très réussie. Des pleines et doubles pages d'une grande beauté et d'un beau crayonné jalonnent la bande-dessinée et le montage des cases est très dynamique. Techniquement, c'est donc tout aussi bon.
Pour conclure, nous évoquerons rapidement l'éditeur Sandawe.com car là aussi cela contribue à vouloir se pencher sur cette BD. Avec eux : "L'éditeur c'est vous !". Autrement dit ce sont les internautes qui investissent dans des projets qui leur plaisent. Le financement permet ensuite d'éditer les BD, mais vous en saurez plus en allant sur leur site. Il y a pas mal de choses en cours qui méritent une attention particulière.
En attendant, la suite de Maudit Mardi est déjà financée et elle paraîtra en septembre 2012.
Pour une fois Urasawa ne tombe pas dans ses travers habituels (Séries à rallonge, multiplication de personnages et évènements secondaires pour rallonger la sauce au risque de perdre de vue l'histoire principale, fausses fins à répétition, vrais fins baclées, etc.)
Bref Pluto est un excellent manga SF, ce que l'auteur a fait de mieux à mon avis.
Note : 3.5/5
J'avoue que ma femme s'est un peu foutue de moi quand elle a vu le titre de cet ouvrage que je lisais : "Monsieur Crocodile a beaucoup faim". Ça a tout l'air d'un récit pour les petits enfants, certes. Mais il se lit aussi bien pour un adulte car il ne manque clairement pas d'humour.
Quant à savoir s'il s'agit vraiment d'une BD, je pense pouvoir l'affirmer. En effet, à première vue, l'album ressemble à un livre illustré pour la jeunesse. Texte et dessin s'y côtoient. Mais le premier est léger et tandis que le dessin répond parfaitement aux règles de la narration séquentielle. Ayant fait le test, à quelques rares exceptions près, il est tout à fait possible de lire l'histoire sans même lire la partie narration. On trouve aussi beaucoup de planches de pure bande dessinée où la narration disparaît totalement.
Et à vrai dire, justement, j'ai le sentiment que l'album aurait été plus agréable sans la partie textuelle qui alourdit parfois inutilement le rythme de lecture et n'apporte pas grand chose si ce n'est quelques détails et une faible caution... littéraire.
A côté de cela, c'est une bien sympathique lecture. Le récit, au premier abord simple, se révèle finalement assez imprévisible et dense. Il se passe beaucoup de choses et le tout présente un humour parfois vraiment drôle. Il y a quelques bonnes idées dans tout ça et pas la lourdeur didactico-philosophique dont peut faire preuve Joann Sfar dans beaucoup d'autres de ses ouvrages que j'aime moins.
Une lecture qui vaut le coup, pour les petits comme pour les grands.
Déjà petit, j'aimais bien lire les histoires du Grand Duduche dans les albums de Pilote de mon oncle.
Sa principale qualité, pour moi, est qu'elle a su cristalliser l'esprit des années 60. Même si je n'ai pas connu cette époque, il me suffit de parcourir quelques cases de cette série de Cabu pour faire un saut dans le temps: ça sent bon le cartable en cuir, les feuilles mortes d'une rentrée des classes automnale, et l'encre à stylo-plume.
On se retrouve dans une ambiance de classe où règnent camaraderie (notamment avec son pote "Momo") et rivalités.
Duduche est un élève moyen qui se fait souvent coller et qui consterne le directeur du lycée, sur la fille duquel il a jeté son dévolu. J'ai rapidement éprouvé de l'affection pour ce personnage rêveur qui essaye de décrocher la lune -avec ses moyens restreints- pour l'inaccessible élue de son coeur.
On suit donc ce grand échalas dans ses déboires scolaires et amoureux.
Je trouve qu'avec les années, outre son charme, cette BD a su garder son côté drôle. Car notre Duduche, même s'il ne brille pas par ses capacités physiques et sa réussite aux contrôles, a plus d'un tour dans son sac: il finit toujours par trouver un moyen de se tirer des situations délicates...avec plus ou moins de succès. Il ne peut qu'attirer la sympathie grace à sa simplicité, son côté débrouillard, et souvent gaffeur.
Le trait fin en noir et blanc de Cabu est des plus savoureux pour illustrer une telle histoire.
C'est une série que j'aurais plaisir à relire, rerelire, et rererelire...
(71)
J'ai bien apprécié ce manga que j'ai lu d'une traite. Taniguchi met en scène un jeune homme nommé Hamaguchi, ce qui est assez proche de son nom, et nous présente son parcours dans les années 60, ce qui correspond aussi à la jeunesse de l'auteur né en 1947. De là à y voir une parenté avec sa propre vie, le lecteur peut très certainement franchir le pas d'autant que cet alter ego de papier semble avoir des centres d'intérêt communs tels que les animaux ou les naturalistes.
Après une courte expérience dans un boulot qui n'atteignait pas ses promesses, Hamaguchi se retrouve à Tokyo où rapidement il devient assistant dans une équipe de mangaka.
On y retrouve toujours le trait très léché de l'auteur. Les pages se tournent sans ennui et l'on découvre de l'intérieur la vie de forcené des mangakas dans le travail. Mais on voit aussi leur vie en dehors à traîner dans les bars et à ressasser leurs ambitions de ne plus se cantonner dans un rôle d'assistant d'un maître mangaka. Hamaguchi commence mollement sur ses quelques heures de temps libre son propre manga, puis au fil des mois de plus en plus motivé par les idées d'une jeune fille dont il tombe amoureux. Cette romance est un peu légère et convenue. C'est peut-être pour moi le point faible de l'album mais je comprends qu'il fallait mettre un peu d'animation dans la vie de ce jeune homme un peu guindé qui voit passer les années absorbé dans son travail sans jamais rentrer voir sa famille.
Bref un manga plutôt bon de Taniguchi que je rangerai juste derrière Le Journal de mon père.
Un vrai coup de cœur pour cette nouveauté. J'ai ri aux éclats à plusieurs reprises, essentiellement dans la première partie de l'album. Les références abordées par l'auteur sont multiples et rentrent magnifiquement bien dans les miennes. C'est drôle et pertinent, tout simplement.
Le dessin est parfait pour l'album. J'adore quand l'auteur traduit graphiquement les invraisemblances qu'il relève dans le cinéma. C'est tout simplement génial !
L'exercice pourrait sembler facile mais détrompez-vous, le concept est parfaitement traité et maîtrisé. Vivement la suite !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
L'Aigle de Clermont
Ca, c’est de la BD !… Histoire librement inspirée de l’intrigue du roman « La Dame de Monsoreau », l’auteur nous livre une véritable fresque, une épopée graphique parfois copiée mais jamais égalée. Auteur inconnu ou oublié… série inconnue sauf des « anciens » (et encore).. cet Aigle mérite pourtant le détour. Grande aventure de cape et d’épée, elle débute –sous forme de petit format- dans « Pipo » dès 1956 pour se poursuivre dans « Blek ». Elle est incorporée dans une véritable intrigue politique d’alors qui met en scène les grands problèmes religieux et politiques sous le règne d’Henri III et principal rival : son propre frère le duc d’Anjou. S’associe une grand histoire d’amour impossible. En plus d’une intrigue captivante, l’art de Dvi éclate vraiment. Il n’a pas son pareil pour manier plume et pinceau dans des dessins qui sont –pour moi- de véritable œuvres d’art. Les personnages sont bien campés, les recherches des costumes et apprêts, des détails historiques forment un ensemble de vraiment bon ton. Il est impossible, je pense, de lire ces pages comme on le ferait pour un album « normal » (on lit le texte en s’arrêtant très rarement sur le contenu de la ou des cases). Ici, impossible de ne pas s’arrêter pour contempler, scruter, apprécier le dessin. C’est vrai, les personnages principaux et intervenants divers prennent parfois « la pause », mais c’est cette imagerie qui donne toute sa saveur à cette véritable « littérature graphique ». Qui plus est, le noir et blanc magnifie personnages et décors, offre l’illusion d’une 3D de par la façon de les travailler en profondeur. Peut-on parler « d’un trait », « d’une ligne » ?… non car chaque dessin, chaque forme plutôt, est composée de nombreux traits fins –serrés ou non- qui donne cette sorte d’ampleur aux cases. L’histoire générale comporte 4 histoires. L’ensemble a été –heureusement- réuni par l’éditeur en deux très beaux volumes de quelque 100 pages chacun (dommage la couverture souple !) tirés à 1000 exemplaires chacun. Il existe un magnifique port-folio (que je ne possède pas, grrr…) où les grandes planches en quadrichromie dévoilent toutes leurs richesses. L’Aigle de Clermont ?… il s’est envolé il y a longtemps. Mais il repasse de temps en temps. Très bon et vrai coup de cœur ; très rare de ma part.
Olac le gladiateur
Ah que je l’aime bien Olac ! J’avais une douzaine d’années, au milieu des années 60, lorsque je fis sa connaissance dans un format de poche édité mensuellement. Ses aventures me plongeaient dans la Rome antique avec ses armées, ses mercenaires, ses combattants et –surtout- ses gladiateurs. Je possède encore une soixantaine de ces petits formats édités en France dès 1961 sur les quasi 90 existants. Mais Olac dans tout ça ?…Ses aventures débutent en 1958, en Grande-Bretagne. L’auteur des scénarios est demeuré anonyme mais le graphisme est d’abord l’œuvre de Ruggero Giovannini. Ce dernier met en place une véritable fresque, un péplum sur papier, dont la partie graphique sera rapidement reprise par Don Lawrence. Et là, Olac explose. Don Lawrence est le dessinateur de l’Empire de Trigan. Il fait montre d’un graphisme haut la main, baroque, au trait nerveux qui met surtout en exergue la musculature générale du corps humain. Et son travail en noir et blanc accentue, embellit réellement les cases pour –parfois- les rendre réellement somptueuses. Les planches de Don Lawrence ainsi que la mise en page sont –pour moi- les plus belles de cette longue série. Pierre Dupuis continuera la série. Si son trait est moins spectaculaire que celui du britannique, il insufflera une sorte de « vent épique » à la série, la rendant même plus rythmée. Ici, ce sont les planches de Don Lawrence réunies en albums. Deux tomes rares, édités en 1980, aux couvertures souples et épais chacun de quelque 130 pages. Je les ai relus il y a quelques semaines. J’y ai toujours pris autant de plaisir. Olac ?… un vrai combattant dans une série qui vaut vraiment le détour. Si vous la trouvez…
Marco Polo
Il y en a eu, des histoires dessinées mettant en scène Marco Polo. Mes premières furent des formats de poche, en noir et blanc, où le héros est accompagné dans ses aventures par un jeune garçon astucieux : Tigre Bleu. Je n’ai jamais aimé ce personnage malgré sa complémentarité avec Marco. Pourquoi ?… j’en sais rien. C’est comme ça. Pour ce qui est de la présente série, Octave Joly, scénariste reconnu, présente son scénario à Uderzo au début des années 50. Ce dernier se met au dessin et réalise une véritable fresque réaliste qui paraîtra dans le supplément du quotidien « La Libre Belgique » dès 1952. Uderzo fait déjà montre d’un très beau graphisme réaliste et fait preuve d’une véritable patte pour exalter les situations aventureuses de « son » Marco. Un très beau travail en noir et blanc permet d’apprécier une mise en page de qualité. Pierre Dupuis se colle à la seconde histoire, toujours du même scénariste. Son graphisme est dans la même veine que celui d’Uderzo et confère ainsi une réelle unité à l’ensemble. Il faudra attendre 1977 pour que l’éditeur bruxellois Michel Deligne « sorte » enfin ces albums « à la lumière ». Déjà pas fort connu en Belgique, encore moins en France je pense, ce Marco Polo d’Uderzo et Dupuis vaut vraiment le détour et offre de réels moments de très bonne lecture. Deux perles rares.
Ginger
Et dire que j’ai failli passer à côté de cette série ! Car, voyez-vous, Jidéhem, c’était avant tout, et à mes yeux, un très bon dessinateur, passionné par la mécanique et un complice de longue date d’André Franquin mais aussi un auteur de second plan. Non que ce terme soit péjoratif, à l’époque les grands dessinateurs franco-belges étaient tellement nombreux que rester dans l’ombre d’un Peyo, Franquin, Morris ou Tillieux était tout sauf honteux. Mais, tout de même, je ne m’attendais pas à une telle qualité dans les scénarios d’une série plutôt oubliée. Bon, débarrassons-nous directement du point qui fâche (car tout n’est pas parfait) : la série manque un chouïa d’humour. En cause, trois raisons. D’abord, Ginger tire la gueule à longueur de cases. Son air renfrogné en fait un personnage très figé, peu expressif et finalement manquant quelque peu de charisme. Ensuite, les seconds rôles sont bien trop sages. Son assistante comme le commissaire Bouleau ne sont pas des personnages burlesques, loin de là. Ils agissent sans fantaisie mais avec intelligence et application. Enfin, les scénarios sont tellement denses et bien construits qu’ils laissent peu ou prou de place à des séquences humoristiques. Je m’attendais donc à quelque chose d’assez léger et je me suis retrouvé face à des enquêtes policières assaisonnées à la sauce fantastique qui jouent plus sur l’anticipation que sur la science-fiction farfelue. Le suspense est souvent bien conservé et le propos n’est pas primitivement manichéen. La lecture est dense, les rebondissements sont nombreux, l’ensemble est cohérent, solide, passionnant à l’occasion. Une vraie lecture de délassement ! Et puis, il y a le dessin. Grosse erreur selon moi, disais-je, sur le personnage de Ginger. Sa mine constamment renfrognée prive l’auteur de la faculté de faire exprimer à ce visage diverses émotions. Mais pour le reste, il n’y a aucun reproche à formuler. Les décors sont soignés, Jidéhem s’amuse d’ailleurs à illustrer une foultitude de véhicules différents (son point fort, incontestablement). Le trait est dynamique, expressif. La colorisation n’est pas toujours top mais, là, c’est l’époque qui veut ça. Finalement, voici une série qui officie dans la même veine qu’un Gil Jourdan, avec moins d’humour mais un sens de l’anticipation peut-être un brin plus élevé. Entre le « pas mal du tout » et le « franchement bien ». J’opte pour cette dernière cotation du fait de la grande qualité des intrigues.
Maudit mardi !
Maudit mardi est une bande dessinée très originale, qu'on ouvre par curiosité d'abord et dans laquelle on plonge ensuite sans en lâcher une case. Elle raconte l'histoire à priori banale d'un homme, Achille, qui part à la recherche de son amie d'enfance après des années de séparation. Resté sur leur île natale, il regarde les paquebots passer. Une correspondance, plutôt à sens unique, finit par s'essouffler jusqu'au jour où, après avoir évité la noyade, il se décide enfin à affronter la grande ville pour retrouver celle qui lui manque tant. Si l'on s'en tient à ce résumé, l'histoire a peu de chance de vous captiver... et pourtant. La façon dont Nicolas Vadot aborde ce sujet n'a rien, mais absolument rien de banal. Il joue avec les métaphores, installe une ambiance particulière, une étrangeté et un onirisme captivants. Au-delà de l'homme qui prend racine face à l'océan et qui s'en arrache alors que ses jambes sont devenues de bois, il y a aussi cet étonnant handicap d'un Achille sans pieds, sans talons, donc invincible. Mais dans quelle limite sa faiblesse devient une force et vice versa ? Car, on le lui a dit un jour : il mourra un mardi... mais lequel ? Maudit mardi est teinté de nostalgie et de mélancolie, de mystères et de fantasmagories et la mise en image de cette aventure est très réussie. Des pleines et doubles pages d'une grande beauté et d'un beau crayonné jalonnent la bande-dessinée et le montage des cases est très dynamique. Techniquement, c'est donc tout aussi bon. Pour conclure, nous évoquerons rapidement l'éditeur Sandawe.com car là aussi cela contribue à vouloir se pencher sur cette BD. Avec eux : "L'éditeur c'est vous !". Autrement dit ce sont les internautes qui investissent dans des projets qui leur plaisent. Le financement permet ensuite d'éditer les BD, mais vous en saurez plus en allant sur leur site. Il y a pas mal de choses en cours qui méritent une attention particulière. En attendant, la suite de Maudit Mardi est déjà financée et elle paraîtra en septembre 2012.
Pluto
Pour une fois Urasawa ne tombe pas dans ses travers habituels (Séries à rallonge, multiplication de personnages et évènements secondaires pour rallonger la sauce au risque de perdre de vue l'histoire principale, fausses fins à répétition, vrais fins baclées, etc.) Bref Pluto est un excellent manga SF, ce que l'auteur a fait de mieux à mon avis.
Monsieur Crocodile a beaucoup faim
Note : 3.5/5 J'avoue que ma femme s'est un peu foutue de moi quand elle a vu le titre de cet ouvrage que je lisais : "Monsieur Crocodile a beaucoup faim". Ça a tout l'air d'un récit pour les petits enfants, certes. Mais il se lit aussi bien pour un adulte car il ne manque clairement pas d'humour. Quant à savoir s'il s'agit vraiment d'une BD, je pense pouvoir l'affirmer. En effet, à première vue, l'album ressemble à un livre illustré pour la jeunesse. Texte et dessin s'y côtoient. Mais le premier est léger et tandis que le dessin répond parfaitement aux règles de la narration séquentielle. Ayant fait le test, à quelques rares exceptions près, il est tout à fait possible de lire l'histoire sans même lire la partie narration. On trouve aussi beaucoup de planches de pure bande dessinée où la narration disparaît totalement. Et à vrai dire, justement, j'ai le sentiment que l'album aurait été plus agréable sans la partie textuelle qui alourdit parfois inutilement le rythme de lecture et n'apporte pas grand chose si ce n'est quelques détails et une faible caution... littéraire. A côté de cela, c'est une bien sympathique lecture. Le récit, au premier abord simple, se révèle finalement assez imprévisible et dense. Il se passe beaucoup de choses et le tout présente un humour parfois vraiment drôle. Il y a quelques bonnes idées dans tout ça et pas la lourdeur didactico-philosophique dont peut faire preuve Joann Sfar dans beaucoup d'autres de ses ouvrages que j'aime moins. Une lecture qui vaut le coup, pour les petits comme pour les grands.
Le Grand Duduche
Déjà petit, j'aimais bien lire les histoires du Grand Duduche dans les albums de Pilote de mon oncle. Sa principale qualité, pour moi, est qu'elle a su cristalliser l'esprit des années 60. Même si je n'ai pas connu cette époque, il me suffit de parcourir quelques cases de cette série de Cabu pour faire un saut dans le temps: ça sent bon le cartable en cuir, les feuilles mortes d'une rentrée des classes automnale, et l'encre à stylo-plume. On se retrouve dans une ambiance de classe où règnent camaraderie (notamment avec son pote "Momo") et rivalités. Duduche est un élève moyen qui se fait souvent coller et qui consterne le directeur du lycée, sur la fille duquel il a jeté son dévolu. J'ai rapidement éprouvé de l'affection pour ce personnage rêveur qui essaye de décrocher la lune -avec ses moyens restreints- pour l'inaccessible élue de son coeur. On suit donc ce grand échalas dans ses déboires scolaires et amoureux. Je trouve qu'avec les années, outre son charme, cette BD a su garder son côté drôle. Car notre Duduche, même s'il ne brille pas par ses capacités physiques et sa réussite aux contrôles, a plus d'un tour dans son sac: il finit toujours par trouver un moyen de se tirer des situations délicates...avec plus ou moins de succès. Il ne peut qu'attirer la sympathie grace à sa simplicité, son côté débrouillard, et souvent gaffeur. Le trait fin en noir et blanc de Cabu est des plus savoureux pour illustrer une telle histoire. C'est une série que j'aurais plaisir à relire, rerelire, et rererelire... (71)
Un zoo en hiver
J'ai bien apprécié ce manga que j'ai lu d'une traite. Taniguchi met en scène un jeune homme nommé Hamaguchi, ce qui est assez proche de son nom, et nous présente son parcours dans les années 60, ce qui correspond aussi à la jeunesse de l'auteur né en 1947. De là à y voir une parenté avec sa propre vie, le lecteur peut très certainement franchir le pas d'autant que cet alter ego de papier semble avoir des centres d'intérêt communs tels que les animaux ou les naturalistes. Après une courte expérience dans un boulot qui n'atteignait pas ses promesses, Hamaguchi se retrouve à Tokyo où rapidement il devient assistant dans une équipe de mangaka. On y retrouve toujours le trait très léché de l'auteur. Les pages se tournent sans ennui et l'on découvre de l'intérieur la vie de forcené des mangakas dans le travail. Mais on voit aussi leur vie en dehors à traîner dans les bars et à ressasser leurs ambitions de ne plus se cantonner dans un rôle d'assistant d'un maître mangaka. Hamaguchi commence mollement sur ses quelques heures de temps libre son propre manga, puis au fil des mois de plus en plus motivé par les idées d'une jeune fille dont il tombe amoureux. Cette romance est un peu légère et convenue. C'est peut-être pour moi le point faible de l'album mais je comprends qu'il fallait mettre un peu d'animation dans la vie de ce jeune homme un peu guindé qui voit passer les années absorbé dans son travail sans jamais rentrer voir sa famille. Bref un manga plutôt bon de Taniguchi que je rangerai juste derrière Le Journal de mon père.
Tu mourras moins bête
Un vrai coup de cœur pour cette nouveauté. J'ai ri aux éclats à plusieurs reprises, essentiellement dans la première partie de l'album. Les références abordées par l'auteur sont multiples et rentrent magnifiquement bien dans les miennes. C'est drôle et pertinent, tout simplement. Le dessin est parfait pour l'album. J'adore quand l'auteur traduit graphiquement les invraisemblances qu'il relève dans le cinéma. C'est tout simplement génial ! L'exercice pourrait sembler facile mais détrompez-vous, le concept est parfaitement traité et maîtrisé. Vivement la suite !