Les récits traitant de lutte sociale, si, dans la majeure partie des cas, ils présentent un intérêt historique réel, ne sont pas toujours les plus agréables à lire. Trop formels, ils peuvent vite se révéler assommants.
Il existe cependant de belles exceptions, comme « Un homme est mort » ou… « LIP » !
Intelligemment construit autour du parcours d’une jeune femme que cette lutte ouvrière va émanciper à tous niveaux, ce récit se révèle aussi instructif que prenant. Le chemin emprunté par Solange et ses compagnons ne peut qu’interpeller à une époque où les délocalisations et la mainmise des actionnaires sur les travailleurs sont devenus plus qu’un simple fait.
D’autant plus que ce récit est celui d’une réalité. Les évènements qui nous sont ici relatés sont bien réels. Mais si j’avais entendu parler de cette occupation d’usine, devenue un symbole et par là même presque une utopie irréelle, les faits exposés par Laurent Galandon et Damien Vidal, avec ce souci de documentation et de véracité, ont réveillé ma conscience.
Le choix d’un noir et blanc sobre est de nature à accentuer encore ce côté « reportage » et convient donc parfaitement au récit. Les nombreux personnages sont extrêmement bien typés, au point qu’il est impossible de les confondre en cours de lecture. Le découpage et l’emploi d’un journal intime favorisent encore l’immersion dans le quotidien de ces travailleurs.
Intelligent, opportun, interpellant, soigné, agréable à lire… je me demande vraiment ce que vous attendez pour y jeter plus qu’un œil… surtout si la politique économique et l’évolution de la société sont des sujets qui vous intéressent (superjé, ce livre est pour toi ;) ).
Même la postface de Claude Neuschwander mérite que l’on s’y attarde… contrairement à la préface de Jean-Luc Mélenchon sur laquelle j’avoue m’être endormi.
Une belle réussite pour un sujet plus que jamais d'actualité (difficile de croire que ces événements se sont déroulés il y a déjà 40 ans !)
Joker est une oeuvre magnifique pour les yeux mais crasseuse. On suit une petite frappe qui accompagne le Joker et qui découvrira les avantages et surtout les inconvénients de traîner avec un tel malade.
Le traitement réaliste (voir Killer Croc par exemple) dans la veine de The Dark Knight de Nolan est un atout majeur de l'oeuvre. On suit le Joker dans sa quête et il est intéressant de voir ce qu'il fait pendant que Batman le recherche (d'habitude on suit le chevalier noir dans sa quête d'indices).
Mais l'atout numéro un et la raison de mon coup de coeur vient du dessin que je trouve magnifique.
Plongez vous dans cette incroyable histoire.
Quand Alan Moore explore la psyché du plus grand vilain des comics cela donne Killing Joke.
L'histoire est violente et la thématique, une mauvaise journée peut transformer quelqu'un en bien ou en mal, est intéressante. Moore mène bien son histoire et l'épisode est tellement devenu culte qu'il a encore des répercussions aujourd'hui (voir la série Batgirl de Gail Simone).
Le dessin est bien et les nouvelles couleurs le mettent en valeur.
Une lecture indispensable pour les fans du batverse.
Dernier tome de cette trilogie et je trouve le moins bon même si je l'ai lu d'une traite également. Le problème à des histoires un peu plombantes. L'album aurait gagné à avoir une histoire plus joyeuse ou se terminant bien. Je mets quand même une petite mention spéciale à la première histoire d'un cynisme incroyable.
Les terres creusées est un petit album intriguant qui se joue des classifications et reste difficile à présenter ou résumer.
Il n’y a pas de cases, et il m’a fallu un certain temps d’adaptation pour pouvoir suivre de manière fluide la narration. Mais une fois entré dans cet album, j’ai vraiment apprécié cette histoire jusqu’à son terme. Qui n’en est pas forcément un…
L’histoire se déroule dans un huis-clos souterrain et réunit trois personnages. Lecreux, un ouvrier dévoué, qui creuse, creuse, mais aussi fait la lecture au Général, qui lui est le donneur d’ordre, et semble être une sorte de dictateur du monde extérieur, comme de ce monde souterrain d’ailleurs. « Mademoiselle » complète la distribution, sorte de gros costaud soumis et obéissant sans rechigner aux ordres du Général.
Si l’histoire proprement dite est difficile à résumer – y en a-t-il vraiment une ?, on suit toutefois l’évolution du tunnel et/ou du puits creusé par Lecreux, mais aussi l’évolution de ses relations avec le Général. J’y ai vu une sorte de métaphore, une parabole sur la liberté, la dictature, la responsabilité. Et après deux lectures, je pense n’avoir pas encore épuisé le message de cet album, qui questionne le lecteur sur les relations de domination, de la prise de conscience de cette domination.
Album original donc – dans sa construction (textes et images), qui n’est pas forcément très « facile d’accès ». Il ne faut pas se laisser rebuter par un abord difficile, et prendre le temps de « le lire entre les lignes ».
Je l'avoue. Je ne connais pas vraiment bien l'univers de Stephan Wul. Lorsque j'étais plus jeune, je lisais surtout la collection "Les conquérants de l'impossible" de Philippe Ebly dans la collection bibliothèque verte. C'était également un univers de science-fiction d'anticipation, sans doute dans un autre genre. Bon, j'ai tout de même vu la planète sauvage en dessin animé.
C'est donc avec un grand plaisir que j'ai suivi le récit de cet enfant noir qui tente de survivre dans une tribu tout à fait hostile. On découvre un monde apocalyptique plusieurs siècles après une catastrophe écologique. Il est dommage que l'ouverture ne soit pas située dans le temps pour se donner un repère. On se demande quelles sont les créatures sous-marines appelées "nos amis" qui doivent s'occuper des déchets nucléaires. Et qu'est-ce qu'a pu faire notre espèce pour courir à sa perte ? Bref, autant de questions qui se posent au lecteur.
Vatine a un incontestable savoir-faire pour la mise en image de ce roman. C'est une très bonne adaptation avec une maîtrise également narrative. Cela donne réellement envie de connaître la suite. Et puis, dès que j'aurais l'occasion, je lirai également Oms en série.
Le second tome nous entraîne justement dans cette ville de Niourk, plus communément connue sous le nom de New-York. On devine à la vue des bâtiments en ruine qu'un cataclysme d'une grande ampleur a balayé la planète il y a de cela plusieurs siècles. Les hommes payent très cher le lourd tribu laissé par leurs aînés. Les décors post-apocalyptiques sont tout bonnement magnifiques. On perçoit une évolution en passant de décors préhistorique vers celui de vestige de notre civilisation.
Bref, l'histoire est toujours aussi prenante. Nous avons un Vatine au meilleur de sa forme. C'est du bon ouvrage avec un rythme toujours aussi soutenu. On suivra avec plaisir cette aventure d'anticipation sur fond écologiste.
Leone Frollo est un véritable dieu de la BD érotique italienne, il a forgé sa réputation dans de nombreux pockets populaires où il était parfois obligé de dessiner vite et bien en simplifiant son trait ; à l'époque où je lisais ces pockets, je faisais mon service militaire, je consommais la BD plus que je ne l'appréciais, ce n'est que plus tard quand j'ai approfondi mes connaissances que je peux affirmer sans prétention pouvoir faire partie des connaisseurs capables de reconnaître une fille dessinée par Frollo d'une autre dessinée par Angiolini ou Fenzo.
Mais à la fin des années 80, lorsque les pockets érotiques ont commencé à accuser un net recul des ventes suite aux K7 vidéo, Frollo a ralenti son rythme tout en acceptant de fignoler son style ; ça a commencé d'abord avec Casino en 1985, et en 1988 il entreprend "Mona Street" qui reste à ce jour sa série la plus soignée graphiquement, tout en prouvant qu'il était aussi capable de créer une oeuvre forte et originale dans le genre, au ton raffiné et pervers, souvent d'une grande audace mais sans vulgarité.
Le sujet choisi se prête parfaitement au décor de cette Bd qui brocarde la morale rigide et puritaine américaine ainsi que les moeurs aristocratiques vénitiennes de la Belle Epoque à travers certaines scènes torrides. Frollo excelle dans ses dessins de femmes élégantes et sophistiquées, à la lingerie affriolante, son trait est d'une belle pureté. Au début, ça m'a surpris étant tellement habitué au style rapide des années 70, mais j'ai vite décelé sa patte unique qui sait admirablement rendre une fille craquante. De l'érotisme raffiné qui régale la vue et les sens.
Décidément, vu la qualité des ouvrages proposés, cette collection Erotix chez Delcourt s'impose comme une collection de référence.
Une histoire bien sympathique. Au lieu de ne faire qu'une visite guidée du Louvres, Davodeau raconte une vraie histoire un peu absurde (la confrérie est un peu n'importe quoi je trouve) autour de personnages attachants (j'aime surtout les deux frères).
Plusieurs passages sont très drôles et j'ai parfois été touché par certaines scènes. J'aime bien comment Davodeau nous montre la vie quotidienne d'un type qui travaille au Louvre, ses réflexions sur l'art et aussi les différences entre la campagne et la ville avec les membres de cette belle-famille qui font des trucs qu'un type de la ville n'oserait pas faire ! Un des meilleurs albums de l'auteur.
Victor Hugo, c’est un poète romantique baignant dès l’aube dans ses contemplations. C’est également l’un des plus grands écrivains de la littérature classique avec ses misérables. Cependant, c’est également un homme politique qui s’est opposé à Napoléon le petit, ce qui l’a conduit à l’exil dans l’île anglo-normande de Jersey.
Ce récit va se concentrer sur cette période 1852-1853 où nous découvrons un père encore meurtri par l’accident tragique qui a couté la vie à sa fille âgée de 19 ans seulement et ce 10 ans auparavant. Après une séance de spiritisme, il va devoir retourner sur le continent pour enquêter et connaître enfin la vérité sur cet accident fluvial. Cela sera à ses risques et périls avec un Vidocq à ses trousses qui est à la solde de l’usurpateur. Hugo va être amené dans la capitale façonnée par Haussmann où il va faire la connaissance d’un certain Gavroche et d’autres gens peu fréquentables.
L’auteur a réussi un pari audacieux. Il a réussi à bâtir une fiction à partir d’éléments réels et qui donne un aspect méconnu de l’histoire personnelle de cet écrivain de génie. En effet, à travers cette expérience, il trouvera une grande source d’inspiration pour ses futures œuvres qui vont marquer à tout jamais la littérature au point d’être encore aujourd’hui enseignées. Nous découvrirons également l'histoire de John Charles Tapner, dont s'inspirera Victor Hugo pour son pamphlet « le dernier jour d'un condamné à mort ». Ce fervent abolitionniste n’obtiendra satisfaction qu’en 1981 sur cette question sociétale.
J’ai également beaucoup aimé le dossier présentant la documentation à la fin, ce qui apporte une caution supplémentaire sur ce travail bien réalisé. Le format est un peu plus grand qu’à l’accoutumée, ce qui met en valeur de magnifiques planches. Les Editions Maghen sont passées maîtres dans l’art de bien présenter les bds qu’elles diffusent.
Bref, une belle énigme judiciaire qui se règle sur fond de diplomatie avec une dose de paranormal. Un bon dosage qui nous fera passer un excellent moment de lecture. Un hommage pour une fois intéressant car vu sous un angle plutôt original.
C'est très con, mais c'est quand même souvent très bon !
Alors, c'est sûr que pour les amateurs de finesse, la lecture d'un album, voire même d'un strip doit être éprouvante, mais moi globalement, j'aime. Même si la lecture de tous les tomes d'un seul coup n'est pas recommandée ! Je pioche régulièrement dans les albums, par petites doses, des gags qui me font encore rire après plusieurs lectures.
Tous n'est pas drôle, et certains gags ne me font pas rire, mais Charb réalise avec cette série quelque chose de vraiment intéressant.
Le dessin est à l'image de l'ambiance générale, c'est à dire assez crade (une bonne partie des gags tournant autour du scato, du vomi et autre dégueugueu).
Proche de Vuillemin parfois, mais en plus percutant je trouve. Une série à connaître pour tout amateur d'humour noir et con à tendance trash. Sinon, à feuilleter avant d'acheter.
Note réelle 3,5/5.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
LIP (des héros ordinaires)
Les récits traitant de lutte sociale, si, dans la majeure partie des cas, ils présentent un intérêt historique réel, ne sont pas toujours les plus agréables à lire. Trop formels, ils peuvent vite se révéler assommants. Il existe cependant de belles exceptions, comme « Un homme est mort » ou… « LIP » ! Intelligemment construit autour du parcours d’une jeune femme que cette lutte ouvrière va émanciper à tous niveaux, ce récit se révèle aussi instructif que prenant. Le chemin emprunté par Solange et ses compagnons ne peut qu’interpeller à une époque où les délocalisations et la mainmise des actionnaires sur les travailleurs sont devenus plus qu’un simple fait. D’autant plus que ce récit est celui d’une réalité. Les évènements qui nous sont ici relatés sont bien réels. Mais si j’avais entendu parler de cette occupation d’usine, devenue un symbole et par là même presque une utopie irréelle, les faits exposés par Laurent Galandon et Damien Vidal, avec ce souci de documentation et de véracité, ont réveillé ma conscience. Le choix d’un noir et blanc sobre est de nature à accentuer encore ce côté « reportage » et convient donc parfaitement au récit. Les nombreux personnages sont extrêmement bien typés, au point qu’il est impossible de les confondre en cours de lecture. Le découpage et l’emploi d’un journal intime favorisent encore l’immersion dans le quotidien de ces travailleurs. Intelligent, opportun, interpellant, soigné, agréable à lire… je me demande vraiment ce que vous attendez pour y jeter plus qu’un œil… surtout si la politique économique et l’évolution de la société sont des sujets qui vous intéressent (superjé, ce livre est pour toi ;) ). Même la postface de Claude Neuschwander mérite que l’on s’y attarde… contrairement à la préface de Jean-Luc Mélenchon sur laquelle j’avoue m’être endormi. Une belle réussite pour un sujet plus que jamais d'actualité (difficile de croire que ces événements se sont déroulés il y a déjà 40 ans !)
Joker
Joker est une oeuvre magnifique pour les yeux mais crasseuse. On suit une petite frappe qui accompagne le Joker et qui découvrira les avantages et surtout les inconvénients de traîner avec un tel malade. Le traitement réaliste (voir Killer Croc par exemple) dans la veine de The Dark Knight de Nolan est un atout majeur de l'oeuvre. On suit le Joker dans sa quête et il est intéressant de voir ce qu'il fait pendant que Batman le recherche (d'habitude on suit le chevalier noir dans sa quête d'indices). Mais l'atout numéro un et la raison de mon coup de coeur vient du dessin que je trouve magnifique. Plongez vous dans cette incroyable histoire.
Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)
Quand Alan Moore explore la psyché du plus grand vilain des comics cela donne Killing Joke. L'histoire est violente et la thématique, une mauvaise journée peut transformer quelqu'un en bien ou en mal, est intéressante. Moore mène bien son histoire et l'épisode est tellement devenu culte qu'il a encore des répercussions aujourd'hui (voir la série Batgirl de Gail Simone). Le dessin est bien et les nouvelles couleurs le mettent en valeur. Une lecture indispensable pour les fans du batverse.
New York trilogie (Les Gens) (Peuple Invisible)
Dernier tome de cette trilogie et je trouve le moins bon même si je l'ai lu d'une traite également. Le problème à des histoires un peu plombantes. L'album aurait gagné à avoir une histoire plus joyeuse ou se terminant bien. Je mets quand même une petite mention spéciale à la première histoire d'un cynisme incroyable.
Les Terres creusées
Les terres creusées est un petit album intriguant qui se joue des classifications et reste difficile à présenter ou résumer. Il n’y a pas de cases, et il m’a fallu un certain temps d’adaptation pour pouvoir suivre de manière fluide la narration. Mais une fois entré dans cet album, j’ai vraiment apprécié cette histoire jusqu’à son terme. Qui n’en est pas forcément un… L’histoire se déroule dans un huis-clos souterrain et réunit trois personnages. Lecreux, un ouvrier dévoué, qui creuse, creuse, mais aussi fait la lecture au Général, qui lui est le donneur d’ordre, et semble être une sorte de dictateur du monde extérieur, comme de ce monde souterrain d’ailleurs. « Mademoiselle » complète la distribution, sorte de gros costaud soumis et obéissant sans rechigner aux ordres du Général. Si l’histoire proprement dite est difficile à résumer – y en a-t-il vraiment une ?, on suit toutefois l’évolution du tunnel et/ou du puits creusé par Lecreux, mais aussi l’évolution de ses relations avec le Général. J’y ai vu une sorte de métaphore, une parabole sur la liberté, la dictature, la responsabilité. Et après deux lectures, je pense n’avoir pas encore épuisé le message de cet album, qui questionne le lecteur sur les relations de domination, de la prise de conscience de cette domination. Album original donc – dans sa construction (textes et images), qui n’est pas forcément très « facile d’accès ». Il ne faut pas se laisser rebuter par un abord difficile, et prendre le temps de « le lire entre les lignes ».
Niourk
Je l'avoue. Je ne connais pas vraiment bien l'univers de Stephan Wul. Lorsque j'étais plus jeune, je lisais surtout la collection "Les conquérants de l'impossible" de Philippe Ebly dans la collection bibliothèque verte. C'était également un univers de science-fiction d'anticipation, sans doute dans un autre genre. Bon, j'ai tout de même vu la planète sauvage en dessin animé. C'est donc avec un grand plaisir que j'ai suivi le récit de cet enfant noir qui tente de survivre dans une tribu tout à fait hostile. On découvre un monde apocalyptique plusieurs siècles après une catastrophe écologique. Il est dommage que l'ouverture ne soit pas située dans le temps pour se donner un repère. On se demande quelles sont les créatures sous-marines appelées "nos amis" qui doivent s'occuper des déchets nucléaires. Et qu'est-ce qu'a pu faire notre espèce pour courir à sa perte ? Bref, autant de questions qui se posent au lecteur. Vatine a un incontestable savoir-faire pour la mise en image de ce roman. C'est une très bonne adaptation avec une maîtrise également narrative. Cela donne réellement envie de connaître la suite. Et puis, dès que j'aurais l'occasion, je lirai également Oms en série. Le second tome nous entraîne justement dans cette ville de Niourk, plus communément connue sous le nom de New-York. On devine à la vue des bâtiments en ruine qu'un cataclysme d'une grande ampleur a balayé la planète il y a de cela plusieurs siècles. Les hommes payent très cher le lourd tribu laissé par leurs aînés. Les décors post-apocalyptiques sont tout bonnement magnifiques. On perçoit une évolution en passant de décors préhistorique vers celui de vestige de notre civilisation. Bref, l'histoire est toujours aussi prenante. Nous avons un Vatine au meilleur de sa forme. C'est du bon ouvrage avec un rythme toujours aussi soutenu. On suivra avec plaisir cette aventure d'anticipation sur fond écologiste.
Mona Street
Leone Frollo est un véritable dieu de la BD érotique italienne, il a forgé sa réputation dans de nombreux pockets populaires où il était parfois obligé de dessiner vite et bien en simplifiant son trait ; à l'époque où je lisais ces pockets, je faisais mon service militaire, je consommais la BD plus que je ne l'appréciais, ce n'est que plus tard quand j'ai approfondi mes connaissances que je peux affirmer sans prétention pouvoir faire partie des connaisseurs capables de reconnaître une fille dessinée par Frollo d'une autre dessinée par Angiolini ou Fenzo. Mais à la fin des années 80, lorsque les pockets érotiques ont commencé à accuser un net recul des ventes suite aux K7 vidéo, Frollo a ralenti son rythme tout en acceptant de fignoler son style ; ça a commencé d'abord avec Casino en 1985, et en 1988 il entreprend "Mona Street" qui reste à ce jour sa série la plus soignée graphiquement, tout en prouvant qu'il était aussi capable de créer une oeuvre forte et originale dans le genre, au ton raffiné et pervers, souvent d'une grande audace mais sans vulgarité. Le sujet choisi se prête parfaitement au décor de cette Bd qui brocarde la morale rigide et puritaine américaine ainsi que les moeurs aristocratiques vénitiennes de la Belle Epoque à travers certaines scènes torrides. Frollo excelle dans ses dessins de femmes élégantes et sophistiquées, à la lingerie affriolante, son trait est d'une belle pureté. Au début, ça m'a surpris étant tellement habitué au style rapide des années 70, mais j'ai vite décelé sa patte unique qui sait admirablement rendre une fille craquante. De l'érotisme raffiné qui régale la vue et les sens. Décidément, vu la qualité des ouvrages proposés, cette collection Erotix chez Delcourt s'impose comme une collection de référence.
Le Chien qui louche
Une histoire bien sympathique. Au lieu de ne faire qu'une visite guidée du Louvres, Davodeau raconte une vraie histoire un peu absurde (la confrérie est un peu n'importe quoi je trouve) autour de personnages attachants (j'aime surtout les deux frères). Plusieurs passages sont très drôles et j'ai parfois été touché par certaines scènes. J'aime bien comment Davodeau nous montre la vie quotidienne d'un type qui travaille au Louvre, ses réflexions sur l'art et aussi les différences entre la campagne et la ville avec les membres de cette belle-famille qui font des trucs qu'un type de la ville n'oserait pas faire ! Un des meilleurs albums de l'auteur.
Victor Hugo, Aux frontières de l'exil
Victor Hugo, c’est un poète romantique baignant dès l’aube dans ses contemplations. C’est également l’un des plus grands écrivains de la littérature classique avec ses misérables. Cependant, c’est également un homme politique qui s’est opposé à Napoléon le petit, ce qui l’a conduit à l’exil dans l’île anglo-normande de Jersey. Ce récit va se concentrer sur cette période 1852-1853 où nous découvrons un père encore meurtri par l’accident tragique qui a couté la vie à sa fille âgée de 19 ans seulement et ce 10 ans auparavant. Après une séance de spiritisme, il va devoir retourner sur le continent pour enquêter et connaître enfin la vérité sur cet accident fluvial. Cela sera à ses risques et périls avec un Vidocq à ses trousses qui est à la solde de l’usurpateur. Hugo va être amené dans la capitale façonnée par Haussmann où il va faire la connaissance d’un certain Gavroche et d’autres gens peu fréquentables. L’auteur a réussi un pari audacieux. Il a réussi à bâtir une fiction à partir d’éléments réels et qui donne un aspect méconnu de l’histoire personnelle de cet écrivain de génie. En effet, à travers cette expérience, il trouvera une grande source d’inspiration pour ses futures œuvres qui vont marquer à tout jamais la littérature au point d’être encore aujourd’hui enseignées. Nous découvrirons également l'histoire de John Charles Tapner, dont s'inspirera Victor Hugo pour son pamphlet « le dernier jour d'un condamné à mort ». Ce fervent abolitionniste n’obtiendra satisfaction qu’en 1981 sur cette question sociétale. J’ai également beaucoup aimé le dossier présentant la documentation à la fin, ce qui apporte une caution supplémentaire sur ce travail bien réalisé. Le format est un peu plus grand qu’à l’accoutumée, ce qui met en valeur de magnifiques planches. Les Editions Maghen sont passées maîtres dans l’art de bien présenter les bds qu’elles diffusent. Bref, une belle énigme judiciaire qui se règle sur fond de diplomatie avec une dose de paranormal. Un bon dosage qui nous fera passer un excellent moment de lecture. Un hommage pour une fois intéressant car vu sous un angle plutôt original.
Maurice et Patapon
C'est très con, mais c'est quand même souvent très bon ! Alors, c'est sûr que pour les amateurs de finesse, la lecture d'un album, voire même d'un strip doit être éprouvante, mais moi globalement, j'aime. Même si la lecture de tous les tomes d'un seul coup n'est pas recommandée ! Je pioche régulièrement dans les albums, par petites doses, des gags qui me font encore rire après plusieurs lectures. Tous n'est pas drôle, et certains gags ne me font pas rire, mais Charb réalise avec cette série quelque chose de vraiment intéressant. Le dessin est à l'image de l'ambiance générale, c'est à dire assez crade (une bonne partie des gags tournant autour du scato, du vomi et autre dégueugueu). Proche de Vuillemin parfois, mais en plus percutant je trouve. Une série à connaître pour tout amateur d'humour noir et con à tendance trash. Sinon, à feuilleter avant d'acheter. Note réelle 3,5/5.