Voilà une série très originale de par son scénario et son graphisme.
Dans une cité repliée sur elle même, les habitants vivent dans un domaine de castes avec au sommet un "clergé" d'"artisans", "d'esthètes" chargés de mettre à mort tel ou tel selon un système arbitraire. Le début de 1er tome demande de s'accrocher, pas facile de s'y retrouver avec ce foisonnement de personnages. Je ne suis pas du même avis que ceux qui pensent que cette série aurait gagné à se conclure en deux tomes. Au contraire cela permet aux auteurs d'installer leur monde qui est très fouillé. Après l'histoire est bien sûr ce qu'elle est mais je n'ai pas eu l'impression que cela traînait en longueur.
Au niveau du dessin, c'est vraiment magnifique. Dans les décors de la cité d'Anahire, dans les costumes tout est très travaillé. Il est d'ailleurs à regretter que le tome 4 diffère un peu des précédents, le trait devenant plus propre.
Au final voilà une série qui sort de la production habituelle, aussi originale et plaisante par son histoire que par son traitement graphique. A acquérir.
Pas franchement un adepte des jeux vidéos dont il s'inspire par moment je trouve cet album franchement bien foutu. L'uchronie est ici élevée au rang de grand art et surtout parfaitement maîtrisée. Le scénario est très ambitieux, il construit une histoire où Hitler est mort dans un attentat mais où le pouvoir nazi est toujours en place. Hormis L'URSS tous les autres états ont été vaincus, et il s'agit ici d'une lutte de pouvoir au sein des instances dirigeantes du IIIème Reich.
L'intrigue est complexe et demande un peu d'effort surtout qu'à certaines case le dessin peut se révéler approximatif au niveau des visages. Le dessin qui utilise beaucoup de sépia est dynamique, en fait à certains moments on se croirait à lire un story board de film ce qui ne nuit en rien à le qualité de l'ouvrage.
A lire et à faire connaitre.
Extrapolation futuriste de la guerre au Vietnam et de toutes les guerres voilà une série qui fait date. L'histoire transposée dans le futur nous raconte l'affrontement entre deux races qui a vrai dire ne savent même pas pourquoi elles se combattent.
Le scénario qui joue sur les voyages temporels est parfaitement maîtrisé et l'ensemble se lit sans perte de rythme.
Le dessin bien que maintenant un peu ancien ne fait pas trop daté.
Au final de la très bonne SF mais qui prend ses racines dans le passé humain, voire même notre présent.
Lecture plus que conseillée.
Comme je le disais dans mon avis sur Blueberry, ce triptyque n'a pas apporté grand chose à la gloire de la série-mère, et je me demande même pourquoi Giraud a ressenti le besoin d'entreprendre cette extention de l'univers de son héros, commencée en 1991 et suivie en 1993 d'un second album, alors qu'il faudra attendre 7 ans pour avoir une conclusion ; d'autant plus que le tome 2 laissait un insupportable suspense de fin d'album avec un Blueberry presque mourant.
Ce récit s'intercale donc dans l'intervalle de temps après la défaite du général Tête Jaune et sa revanche sur Blueberry qu'il enverra croupir à Palomito dans l'album La Mine de l'Allemand perdu. Le héros n'y est donc pas plus âgé, pas plus assagi et il y est plus cynique que jamais ; il retrouve un emploi de marshal qu'il avait déjà tenu dans L'Homme à l'étoile d'argent (excellent album). Giraud se fait scénariste, ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux sur Blueberry, Charlier ayant hissé le niveau tellement haut ; ça se vérifie facilement d'ailleurs : il fait tomber Blueberry un peu trop facilement dans le piège du tome 2, une situation improbable du temps de Charlier, vu son expérience de vieux renard aux ruses d'Indiens. D'un autre côté, ça n'aurait pas permis cette fin en forme de cliffhanger ; d'autre part, la crise cardiaque de Carmody, c'est un peu facile et ça arrange tout le monde...
Enfin bon, avec cette courte série, Giraud continue surtout sa mission de modernisation du personnage inaugurée depuis 1990 dans Arizona Love, tout en permettant à son ami William Vance de revenir au western après de longues années où il avait abordé le genre au journal Tintin avec Ringo, western qui hélas n'eut pas le succès escompté. Cette trilogie sert un peu à ça donc, donner une image moins sixties de Blueberry : le ton est plus dans la mouvance des westerns de l'époque en BD comme Durango ou Cartland, c'est plus violent, il y a des jets de sang, un peu de nu, et le langage est un peu plus cru.
Sinon, le tout est de facture très classique, le scénario apporte son lot de rebondissements servis par le dessin très aiguisé de Vance, c'est une Bd bien maîtrisée par un grand professionnel. Son remplacement par Rouge sur le tome 3 peut dérouter un peu au premier abord, surtout qu'il y a rupture dans l'unité graphique qui aurait pu créer une vraie démarcation de la série-mère, mais ça ne m'a pas vraiment gêné après coup, j'aime ces 2 dessinateurs ; le style est évidemment très différent, même si le graphisme de Rouge rappelle un peu celui de Giraud (il a été son assistant), c'est flagrant notamment dans le rendu des matières.
Encore une fois, Giraud s'emballe et c'est pourquoi je ne l'aime pas trop en scénariste sur des séries qu'il n'a pas créée entièrement (comme L'Incal ), spécialement sur Blueberry parce que c'était surtout le rejeton de Charlier, lui n'étant que le génial illustrateur ; on a un exemple de "dérèglement" si on peut dire avec la fin : je la trouve un peu théâtrale dans le règlement de comptes entre les bandits.
Au final, ça reste quand même une bonne série dont il serait dommage de se priver, bien supérieure à La Jeunesse de Blueberry, où le héros évolue auprès d'un personnage féminin intéressant (Tess), mais pour moi, la série-mère reste indéfectiblement au-dessus de tout.
Le Projet Marvels est une manière pour l'éditeur Marvel de redonner vie et renouveler le récit des origines des super-héros de l'âge d'or de son univers, ceux apparus à partir de 1939 et durant la seconde guerre mondiale : La Torche Humaine, Namor, Captain America, Nick Fury mais aussi de nombreux autres personnages qui ont été oubliés de la majorité des lecteurs modernes. Dans cet ouvrage de 200 pages, il présente leurs origines à presque tous, leurs premières apparitions, leur rencontre, leurs actions durant la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à la création du premier grand groupe de super-héros d'avant les Avengers : les Invaders (version remodelée des plus anciens All-winners squad).
On y revit des événements clés dans la mythologie Marvel : l'attaque de New York par Namor, son combat contre la Torche Humaine, la création de Captain America, les exactions de Crâne Rouge, etc... autant d’événements que j'avais déjà entre-aperçus par le biais de la série Marvels et à la lecture de mon encyclopédie de l'univers Marvel, mais que cet ouvrage là permet de vivre davantage de l'intérieur.
Vous noterez que je dis "davantage de l'intérieur" et pas "véritablement de l'intérieur" car pour pouvoir raconter tout ça et en même temps présenter bien d'autres personnages et événements moins connus dans une intrigue globale qui tient la route, la densité et le rythme de cet album sont particulièrement élevés. La narration est rapide et saute de lieux en lieux, de personnages en personnages, au risque de perdre le lecteur qui ne connaît pas parfaitement l'univers Marvel de l'âge d'or, et moi-même ai eu du mal à véritablement rentrer dans le récit. Sa rapidité et son abondance de personnages le rendent malheureusement légèrement hermétique, comme une histoire qui passe trop vite pour qu'on s'y attache suffisamment.
C'est un peu regrettable car à côté de cela, le graphisme rétro est le plus souvent superbe. Et la manière dont l'ambiance des années 30 et 40 est ressuscitée est très appréciable. D'autant plus appréciable que l'idée de permettre aux lecteurs modernes de découvrir ou redécouvrir en un seul grand récit bien construit les origines des plus anciens super-héros Marvel est particulièrement louable.
Je ne regrette ni ma lecture ni mon achat, mais j'ai le sentiment qu'un récit aussi ambitieux et d'une telle envergure aurait mérité soit davantage de pages pour un rythme moins échevelé, soit de se concentrer sur un peu moins de personnages quitte à en oublier d'autres moins intéressants ou peut-être mentionner ces derniers de manière plus anecdotique.
Note : 3.5/5
Voilà une série déjà ancienne mais qui à mon sens n'a pas pris de ride. La raison principale ? La richesse de son scénario. Pour être franc, disons que l'histoire met peut-être un peu de temps à décoller, mais malgré ça on a envie de connaitre la suite. Bien nous en prend car le tome 3 est sans doute le meilleur et conclut cette série en apothéose.
La fin arrive sommes toutes assez logiquement même si on ne la voit pas venir. SPOILER A ce titre, j'ai beaucoup aimé la mort de Brèche dent FIN DU SPOILER. Brunschwig arrive à une construction dramatique assez exceptionnelle. Voir l'armée des enfants, leur apprentissage de la guerre, même si tout cela est parfois emprunt de naïveté, est assez fort.
Le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé mais il offre de belles couleurs, le trait parfois rapide, ne nuit pas à l'ensemble.
Au final une histoire riche et dense qui offre un moment de lecture studieuse très plaisant. Par rapport à d'autres BD du même style plus récentes, celle-ci a de la consistance!
Je ne me risquerai pas à faire l’exégèse complète de cet album, une telle tâche s’avérerait certes passionnante mais assez fastidieuse, tant il y a matière à interprétation. Une fois encore, Frederik Peeters nous entraîne dans un univers fantastique bien à lui, avec ses propres codes, où il est parfois difficile de différencier la réalité du rêve. Déjà ce titre singulier. Le pachyderme en question ne fait qu’une brève apparition au début dans la scène de l’accident. Image terrible : on y voit le regard paniqué de l’animal révélant une âme prise au piège d’un corps trop lourd pour se relever de lui-même. Et on le retrouve à plusieurs reprises sous forme de pendentif indien, lequel semble si pesant au cou de la belle Carice, figée en pleine chute sur la couverture. La jeune femme, en plein questionnement existentiel, prend conscience qu’elle a renoncé à ses rêves de pianiste concertiste pour vivre une existence bourgeoise et ennuyeuse dans l’ombre de son mari fortuné. Le monde lui devient étranger, et à la façon d’une Alice grandie trop vite, Carice (synthèse d’Alice et Caprice ?) va entrer contre son gré dans un univers où les merveilles apparaissent plus inquiétantes que merveilleuses, mais salutaires sans doute.
Côté dessin, rien à redire, on retrouve la maîtrise à laquelle nous a habitué l’auteur suisse, avec un trait unique capable de faire le va-et-vient entre réalisme et onirisme débridé. Les couleurs sont recherchées, avec une dominante cosy saupoudrée de teintes acides, induisant cette notion de confort menacé quelque peu perturbante.
Bien sûr, il y a des tas de choses qui m’ont échappé, et j’ai dû le relire au moins une deuxième fois pour mieux cerner cet objet très zarbi, bien mieux construit qu’il n’y paraît, mais je l’ai fait sans me sentir contraint. L’histoire est tellement fascinante qu’on la lit un peu à la manière d’un jeu de pistes lynchien. De toute évidence, cette BD n’a pas pour objet de distraire mais elle le fait quand même grâce à cet aspect envoûtant qui permet aussi d’exiger la participation active du lecteur.
Tel un récit-miroir qui parle à l’âme, ce Pachyderme tente de nous égarer dans sa jungle luxuriante pour mieux provoquer la panique en nous, comme pour son héroïne sur le fil du rasoir, mais au final récompense notre persévérance d’être allé jusqu’au bout en nous conférant un supplément de légèreté… Une production qui pour moi conforte Frederik Peeters comme un des auteurs les plus originaux et les plus passionnants de sa génération.
Une fois n’est pas coutume, Baru s’est centré sur le scénario, confiant ses pinceaux à un quasi-inconnu, Pierre Place, qui se montre largement à la hauteur de la tâche. Dans un style pas si éloigné, ce dernier dévoile un trait nerveux et affirmatif, avec un vrai talent pour exposer avec subtilité les sentiments des personnages, le tout adouci par une aquarelle sobre.
Avec Baru au scénario, il fallait bien s’attendre à une œuvre coup de poing. Et comme à son habitude, celui-ci n’en oublie pas la dimension sociale, en situant l’action de départ dans le milieu des dockers de Saint-Nazaire. On le sait, le Lorrain a choisi son camp. Normal pour un type qui vient d’une ancienne région minière touchée de plein fouet par la crise, me direz-vous. Le récit lui donne ainsi l’occasion de montrer des scènes d’affrontements entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont (presque plus) rien, traduction de la guerre du patronat contre les ouvriers (par le biais du plan social sur le chantier naval), des puissants contre les faibles, ces « invisibles » oubliés par les médias. C’est dans un tel contexte que le jeune Nouredine va trouver matière à alimenter sa colère, résultant du silence de son père Lounès, à qui il reproche d’avoir déserté lâchement son Algérie natale juste avant l’indépendance.
La narration bien construite bénéficie d’un bon rythme et les personnages sont très bien campés, à tel point qu’on ne doute pas un instant qu’ils existent ou aient réellement existé. Certains passages sont réellement touchants, en particulier vers la fin. Si âpre soit-elle, c’est une belle leçon de vie qui nous est ici offerte. D’abord, cette histoire d’amitié entre Gianni le blond italien et Nouredine le kabyle aux yeux bleus, qui ont vécu comme des frères face au racisme anti-arabe très virulent à l’époque. Ensuite, ce constat selon lequel certains silences peuvent être parfois terriblement destructeurs quand ils sont motivés par la honte ou l’orgueil. Comme un contre-exemple à ne jamais suivre, comme un encouragement à le briser quand il fait si mal.
Tout d'abord un festival de couleur, c'est la première chose qui vient à l'esprit quand on lit cette BD.
Ensuite le dessin de Gajic qui nous a encore de magnifiques envolées. Ses dragons dont il est question sont extraordinaires, on a l'impression qu'il en a déjà vu voler ! Seul petit reproche, quelques architectures dont il nous avait régalés ne sont pas présentes ici, vous me direz le sujet ne s’y prête pas forcément !
L'histoire reste assez classique, une vengeance après une trahison. La fin arrive un peu vite, la nébuleuse des serpents est peu explorée, un troisième tome aurait été parfait.
Au final un très agréable moment de lecture aidé en cela par un visuel juste parfait.
Je me permets de reprendre le mot de Miranda : jouissif et même inventif, foisonnant. Un mélange des genres parfaitement réussi.
Et pourtant tout cela pouvait faire peur. Comment la coexistence entre du steampunk, de la fantasy, de la magie, un empire russe un brin uchronique allait elle pouvoir se faire sans que l'on tombe sur un gros boxon ? C'est toute l'astuce du scénario qui par une histoire de vol d'oeufs sacrés en passant par un zeppelin dirigé par une déesse et un séjour dans une clinique que ne renierait pas S. King, nous embarque mais sans nous perdre un seul instant. Chapeau !
Un scénario plus qu'inventif mais parfaitement maîtrisé.
Le dessin et la colorisation sont à l'avenant et répondent parfaitement aux ambiances évoquées.
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Anahire
Voilà une série très originale de par son scénario et son graphisme. Dans une cité repliée sur elle même, les habitants vivent dans un domaine de castes avec au sommet un "clergé" d'"artisans", "d'esthètes" chargés de mettre à mort tel ou tel selon un système arbitraire. Le début de 1er tome demande de s'accrocher, pas facile de s'y retrouver avec ce foisonnement de personnages. Je ne suis pas du même avis que ceux qui pensent que cette série aurait gagné à se conclure en deux tomes. Au contraire cela permet aux auteurs d'installer leur monde qui est très fouillé. Après l'histoire est bien sûr ce qu'elle est mais je n'ai pas eu l'impression que cela traînait en longueur. Au niveau du dessin, c'est vraiment magnifique. Dans les décors de la cité d'Anahire, dans les costumes tout est très travaillé. Il est d'ailleurs à regretter que le tome 4 diffère un peu des précédents, le trait devenant plus propre. Au final voilà une série qui sort de la production habituelle, aussi originale et plaisante par son histoire que par son traitement graphique. A acquérir.
Block 109
Pas franchement un adepte des jeux vidéos dont il s'inspire par moment je trouve cet album franchement bien foutu. L'uchronie est ici élevée au rang de grand art et surtout parfaitement maîtrisée. Le scénario est très ambitieux, il construit une histoire où Hitler est mort dans un attentat mais où le pouvoir nazi est toujours en place. Hormis L'URSS tous les autres états ont été vaincus, et il s'agit ici d'une lutte de pouvoir au sein des instances dirigeantes du IIIème Reich. L'intrigue est complexe et demande un peu d'effort surtout qu'à certaines case le dessin peut se révéler approximatif au niveau des visages. Le dessin qui utilise beaucoup de sépia est dynamique, en fait à certains moments on se croirait à lire un story board de film ce qui ne nuit en rien à le qualité de l'ouvrage. A lire et à faire connaitre.
La Guerre Eternelle
Extrapolation futuriste de la guerre au Vietnam et de toutes les guerres voilà une série qui fait date. L'histoire transposée dans le futur nous raconte l'affrontement entre deux races qui a vrai dire ne savent même pas pourquoi elles se combattent. Le scénario qui joue sur les voyages temporels est parfaitement maîtrisé et l'ensemble se lit sans perte de rythme. Le dessin bien que maintenant un peu ancien ne fait pas trop daté. Au final de la très bonne SF mais qui prend ses racines dans le passé humain, voire même notre présent. Lecture plus que conseillée.
Marshal Blueberry
Comme je le disais dans mon avis sur Blueberry, ce triptyque n'a pas apporté grand chose à la gloire de la série-mère, et je me demande même pourquoi Giraud a ressenti le besoin d'entreprendre cette extention de l'univers de son héros, commencée en 1991 et suivie en 1993 d'un second album, alors qu'il faudra attendre 7 ans pour avoir une conclusion ; d'autant plus que le tome 2 laissait un insupportable suspense de fin d'album avec un Blueberry presque mourant. Ce récit s'intercale donc dans l'intervalle de temps après la défaite du général Tête Jaune et sa revanche sur Blueberry qu'il enverra croupir à Palomito dans l'album La Mine de l'Allemand perdu. Le héros n'y est donc pas plus âgé, pas plus assagi et il y est plus cynique que jamais ; il retrouve un emploi de marshal qu'il avait déjà tenu dans L'Homme à l'étoile d'argent (excellent album). Giraud se fait scénariste, ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux sur Blueberry, Charlier ayant hissé le niveau tellement haut ; ça se vérifie facilement d'ailleurs : il fait tomber Blueberry un peu trop facilement dans le piège du tome 2, une situation improbable du temps de Charlier, vu son expérience de vieux renard aux ruses d'Indiens. D'un autre côté, ça n'aurait pas permis cette fin en forme de cliffhanger ; d'autre part, la crise cardiaque de Carmody, c'est un peu facile et ça arrange tout le monde... Enfin bon, avec cette courte série, Giraud continue surtout sa mission de modernisation du personnage inaugurée depuis 1990 dans Arizona Love, tout en permettant à son ami William Vance de revenir au western après de longues années où il avait abordé le genre au journal Tintin avec Ringo, western qui hélas n'eut pas le succès escompté. Cette trilogie sert un peu à ça donc, donner une image moins sixties de Blueberry : le ton est plus dans la mouvance des westerns de l'époque en BD comme Durango ou Cartland, c'est plus violent, il y a des jets de sang, un peu de nu, et le langage est un peu plus cru. Sinon, le tout est de facture très classique, le scénario apporte son lot de rebondissements servis par le dessin très aiguisé de Vance, c'est une Bd bien maîtrisée par un grand professionnel. Son remplacement par Rouge sur le tome 3 peut dérouter un peu au premier abord, surtout qu'il y a rupture dans l'unité graphique qui aurait pu créer une vraie démarcation de la série-mère, mais ça ne m'a pas vraiment gêné après coup, j'aime ces 2 dessinateurs ; le style est évidemment très différent, même si le graphisme de Rouge rappelle un peu celui de Giraud (il a été son assistant), c'est flagrant notamment dans le rendu des matières. Encore une fois, Giraud s'emballe et c'est pourquoi je ne l'aime pas trop en scénariste sur des séries qu'il n'a pas créée entièrement (comme L'Incal ), spécialement sur Blueberry parce que c'était surtout le rejeton de Charlier, lui n'étant que le génial illustrateur ; on a un exemple de "dérèglement" si on peut dire avec la fin : je la trouve un peu théâtrale dans le règlement de comptes entre les bandits. Au final, ça reste quand même une bonne série dont il serait dommage de se priver, bien supérieure à La Jeunesse de Blueberry, où le héros évolue auprès d'un personnage féminin intéressant (Tess), mais pour moi, la série-mère reste indéfectiblement au-dessus de tout.
Le Projet Marvels
Le Projet Marvels est une manière pour l'éditeur Marvel de redonner vie et renouveler le récit des origines des super-héros de l'âge d'or de son univers, ceux apparus à partir de 1939 et durant la seconde guerre mondiale : La Torche Humaine, Namor, Captain America, Nick Fury mais aussi de nombreux autres personnages qui ont été oubliés de la majorité des lecteurs modernes. Dans cet ouvrage de 200 pages, il présente leurs origines à presque tous, leurs premières apparitions, leur rencontre, leurs actions durant la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à la création du premier grand groupe de super-héros d'avant les Avengers : les Invaders (version remodelée des plus anciens All-winners squad). On y revit des événements clés dans la mythologie Marvel : l'attaque de New York par Namor, son combat contre la Torche Humaine, la création de Captain America, les exactions de Crâne Rouge, etc... autant d’événements que j'avais déjà entre-aperçus par le biais de la série Marvels et à la lecture de mon encyclopédie de l'univers Marvel, mais que cet ouvrage là permet de vivre davantage de l'intérieur. Vous noterez que je dis "davantage de l'intérieur" et pas "véritablement de l'intérieur" car pour pouvoir raconter tout ça et en même temps présenter bien d'autres personnages et événements moins connus dans une intrigue globale qui tient la route, la densité et le rythme de cet album sont particulièrement élevés. La narration est rapide et saute de lieux en lieux, de personnages en personnages, au risque de perdre le lecteur qui ne connaît pas parfaitement l'univers Marvel de l'âge d'or, et moi-même ai eu du mal à véritablement rentrer dans le récit. Sa rapidité et son abondance de personnages le rendent malheureusement légèrement hermétique, comme une histoire qui passe trop vite pour qu'on s'y attache suffisamment. C'est un peu regrettable car à côté de cela, le graphisme rétro est le plus souvent superbe. Et la manière dont l'ambiance des années 30 et 40 est ressuscitée est très appréciable. D'autant plus appréciable que l'idée de permettre aux lecteurs modernes de découvrir ou redécouvrir en un seul grand récit bien construit les origines des plus anciens super-héros Marvel est particulièrement louable. Je ne regrette ni ma lecture ni mon achat, mais j'ai le sentiment qu'un récit aussi ambitieux et d'une telle envergure aurait mérité soit davantage de pages pour un rythme moins échevelé, soit de se concentrer sur un peu moins de personnages quitte à en oublier d'autres moins intéressants ou peut-être mentionner ces derniers de manière plus anecdotique. Note : 3.5/5
Vauriens
Voilà une série déjà ancienne mais qui à mon sens n'a pas pris de ride. La raison principale ? La richesse de son scénario. Pour être franc, disons que l'histoire met peut-être un peu de temps à décoller, mais malgré ça on a envie de connaitre la suite. Bien nous en prend car le tome 3 est sans doute le meilleur et conclut cette série en apothéose. La fin arrive sommes toutes assez logiquement même si on ne la voit pas venir. SPOILER A ce titre, j'ai beaucoup aimé la mort de Brèche dent FIN DU SPOILER. Brunschwig arrive à une construction dramatique assez exceptionnelle. Voir l'armée des enfants, leur apprentissage de la guerre, même si tout cela est parfois emprunt de naïveté, est assez fort. Le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé mais il offre de belles couleurs, le trait parfois rapide, ne nuit pas à l'ensemble. Au final une histoire riche et dense qui offre un moment de lecture studieuse très plaisant. Par rapport à d'autres BD du même style plus récentes, celle-ci a de la consistance!
Pachyderme
Je ne me risquerai pas à faire l’exégèse complète de cet album, une telle tâche s’avérerait certes passionnante mais assez fastidieuse, tant il y a matière à interprétation. Une fois encore, Frederik Peeters nous entraîne dans un univers fantastique bien à lui, avec ses propres codes, où il est parfois difficile de différencier la réalité du rêve. Déjà ce titre singulier. Le pachyderme en question ne fait qu’une brève apparition au début dans la scène de l’accident. Image terrible : on y voit le regard paniqué de l’animal révélant une âme prise au piège d’un corps trop lourd pour se relever de lui-même. Et on le retrouve à plusieurs reprises sous forme de pendentif indien, lequel semble si pesant au cou de la belle Carice, figée en pleine chute sur la couverture. La jeune femme, en plein questionnement existentiel, prend conscience qu’elle a renoncé à ses rêves de pianiste concertiste pour vivre une existence bourgeoise et ennuyeuse dans l’ombre de son mari fortuné. Le monde lui devient étranger, et à la façon d’une Alice grandie trop vite, Carice (synthèse d’Alice et Caprice ?) va entrer contre son gré dans un univers où les merveilles apparaissent plus inquiétantes que merveilleuses, mais salutaires sans doute. Côté dessin, rien à redire, on retrouve la maîtrise à laquelle nous a habitué l’auteur suisse, avec un trait unique capable de faire le va-et-vient entre réalisme et onirisme débridé. Les couleurs sont recherchées, avec une dominante cosy saupoudrée de teintes acides, induisant cette notion de confort menacé quelque peu perturbante. Bien sûr, il y a des tas de choses qui m’ont échappé, et j’ai dû le relire au moins une deuxième fois pour mieux cerner cet objet très zarbi, bien mieux construit qu’il n’y paraît, mais je l’ai fait sans me sentir contraint. L’histoire est tellement fascinante qu’on la lit un peu à la manière d’un jeu de pistes lynchien. De toute évidence, cette BD n’a pas pour objet de distraire mais elle le fait quand même grâce à cet aspect envoûtant qui permet aussi d’exiger la participation active du lecteur. Tel un récit-miroir qui parle à l’âme, ce Pachyderme tente de nous égarer dans sa jungle luxuriante pour mieux provoquer la panique en nous, comme pour son héroïne sur le fil du rasoir, mais au final récompense notre persévérance d’être allé jusqu’au bout en nous conférant un supplément de légèreté… Une production qui pour moi conforte Frederik Peeters comme un des auteurs les plus originaux et les plus passionnants de sa génération.
Le Silence de Lounès
Une fois n’est pas coutume, Baru s’est centré sur le scénario, confiant ses pinceaux à un quasi-inconnu, Pierre Place, qui se montre largement à la hauteur de la tâche. Dans un style pas si éloigné, ce dernier dévoile un trait nerveux et affirmatif, avec un vrai talent pour exposer avec subtilité les sentiments des personnages, le tout adouci par une aquarelle sobre. Avec Baru au scénario, il fallait bien s’attendre à une œuvre coup de poing. Et comme à son habitude, celui-ci n’en oublie pas la dimension sociale, en situant l’action de départ dans le milieu des dockers de Saint-Nazaire. On le sait, le Lorrain a choisi son camp. Normal pour un type qui vient d’une ancienne région minière touchée de plein fouet par la crise, me direz-vous. Le récit lui donne ainsi l’occasion de montrer des scènes d’affrontements entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont (presque plus) rien, traduction de la guerre du patronat contre les ouvriers (par le biais du plan social sur le chantier naval), des puissants contre les faibles, ces « invisibles » oubliés par les médias. C’est dans un tel contexte que le jeune Nouredine va trouver matière à alimenter sa colère, résultant du silence de son père Lounès, à qui il reproche d’avoir déserté lâchement son Algérie natale juste avant l’indépendance. La narration bien construite bénéficie d’un bon rythme et les personnages sont très bien campés, à tel point qu’on ne doute pas un instant qu’ils existent ou aient réellement existé. Certains passages sont réellement touchants, en particulier vers la fin. Si âpre soit-elle, c’est une belle leçon de vie qui nous est ici offerte. D’abord, cette histoire d’amitié entre Gianni le blond italien et Nouredine le kabyle aux yeux bleus, qui ont vécu comme des frères face au racisme anti-arabe très virulent à l’époque. Ensuite, ce constat selon lequel certains silences peuvent être parfois terriblement destructeurs quand ils sont motivés par la honte ou l’orgueil. Comme un contre-exemple à ne jamais suivre, comme un encouragement à le briser quand il fait si mal.
Drakko
Tout d'abord un festival de couleur, c'est la première chose qui vient à l'esprit quand on lit cette BD. Ensuite le dessin de Gajic qui nous a encore de magnifiques envolées. Ses dragons dont il est question sont extraordinaires, on a l'impression qu'il en a déjà vu voler ! Seul petit reproche, quelques architectures dont il nous avait régalés ne sont pas présentes ici, vous me direz le sujet ne s’y prête pas forcément ! L'histoire reste assez classique, une vengeance après une trahison. La fin arrive un peu vite, la nébuleuse des serpents est peu explorée, un troisième tome aurait été parfait. Au final un très agréable moment de lecture aidé en cela par un visuel juste parfait.
Le Cycle d'Ostruce
Je me permets de reprendre le mot de Miranda : jouissif et même inventif, foisonnant. Un mélange des genres parfaitement réussi. Et pourtant tout cela pouvait faire peur. Comment la coexistence entre du steampunk, de la fantasy, de la magie, un empire russe un brin uchronique allait elle pouvoir se faire sans que l'on tombe sur un gros boxon ? C'est toute l'astuce du scénario qui par une histoire de vol d'oeufs sacrés en passant par un zeppelin dirigé par une déesse et un séjour dans une clinique que ne renierait pas S. King, nous embarque mais sans nous perdre un seul instant. Chapeau ! Un scénario plus qu'inventif mais parfaitement maîtrisé. Le dessin et la colorisation sont à l'avenant et répondent parfaitement aux ambiances évoquées.