Voilà la bd typique qui ne paye pas de mine. La couverture ne donne pas franchement l'envie d'une lecture. Par ailleurs, le titre ne nous parle pas. Bref, on n'a pas très envie de se plonger sur la forme. Et pourtant...
C'est une oeuvre que j'ai beaucoup apprécié à la lecture qui traite encore une fois du conflit israëlo-palestinien mais qui nous offre pour une fois un espoir sur une porte de sortie. Le vivre ensemble et la paix sont du domaine du possible à partir du moment où il y aura des gens de bonnes volontés de part et d'autres du mur. Il faudra également aboutir à un changement de l'opinion public manipulé actuellement par une propagande savamment orchestré par les différents gouvernements conservateurs qu'ils soient de droite ou de gauche.
J'ai beaucoup aimé la maturité de l'écriture de cette bd qui serait fort utile pour apaiser les esprits. Elle démonte de nombreux mécanismes pour aller plus loin dans la réflexion. Il n'y a point de naïveté dans le propos. La démonstration est tout à fait pertinente. On pourra aisément emprunter ces chemins de traverse afin de découvrir une certaine vérité !
Oui c'est un peu prévisible, et alors serais je tenté de dire. Qu'est ce que nous avons entre les mains? Un pur roman noir. Des pourris, cyniques et rongés par l'ambition, un ex taulard en quête de rédemption et une magnifique femme fatale. Il est donc difficile de croire qu'avec ce type d'ingrédients l'on puisse avoir une bluette à l'eau de rose avec mariage à la clef.
Personnellement j'ai très vite mis de côté ces aspects et je dois dire que ce qui m'a happé d'emblée, c'est une véritable ambiance. Noire, glauque, sans espoir de quelconques jours meilleurs. Outre l'histoire ce plus, c'est bien évidemment le dessin de Vincent Gravé. Ce n'est que bien tardivement que j'ai découvert cet auteur, pour ne rien vous cacher c'était au dernier festival d'Angoulême ou je suis véritablement tombé en arrêt devant deux autres de ses ouvrages: Fausse Route et Petites coupures. Une discussion plus tard, ce mec avait un aficionados de plus. Quel talent dans l'utilisation du noir et blanc, de cette approximation des visages mais qui finissent par en avoir de ces gueules qu'on ne peut oublier.
Alors pour tout bon amateur de polar qui se respecte, vous qui aimez ces ambiances glauques, ce récit est fait pour vous. Si par ailleurs un dessin sec, âpre mais tout en nuances hyper subtiles et des femmes noires, fatales, mortelles, ne vous rebute pas, courez y. Magnifique!!
Suggestion! Tout ici est suggestion. Ne cherchez pas des allusions franches et directes sur la colonisation du Congo au XIXème siècle par le royaume belge. Celui-ci, au nom d'une œuvre supposée civilisatrice, a commis des exactions qui lui vaudraient aujourd'hui le TPI. Dans cette BD il est vrai donc que les choses et notamment ces aspects là de la colonisation sont suggérées très subtilement au détour d'une image ou d'un simple dialogue de deux lignes. Très fort et véritablement amené en douceur, ce qui à mon avis n'amoindrit pas le propos mais au final le renforce.
Car le sujet n'est pas là, ou plutôt si, deux êtres que tout sépare, se croisent grâce à la musique, autour d'eux d'autres personnages en contre point, tels des mouches, s'agitent, sûrs de leur bon droit d'occidentaux.
Je ne ferais donc que conseiller très fortement cette BD qui possède un fort pouvoir envoûtant. Sans partir dans un délire très occidental sur la magie de l'Afrique et tutti quanti voilà un ouvrage tout en finesse dont le dessin très épuré mais très beau est juste figé comme il faut, à l'image de notre héros affublé de sa minerve.
Une jolie découverte qui m'incite à aller voir d'autres œuvres de ces messieurs.
Je n'ai pas lu la trilogie de Philip Pullman, je ne connais les Royaumes du Nord que par leur adaptation en film qui reprend le premier des trois romans. Celle-ci ne m'avait pas convaincu même si je trouvais une certaine originalité et une belle esthétique au monde imaginé par l'auteur.
Avec cette adaptation en BD cette fois-ci, j'ai eu l'heureuse surprise de découvrir un récit beaucoup plus dense, avec énormément de scènes en plus par rapport au film. Cela m'a permis de découvrir une intrigue plus fouillée, plus intéressante. Comme dans le film, le personnage de Lyra ne m'est toujours pas apparu comme attachante, mais son histoire m'a davantage captivé. J'ai aussi beaucoup apprécié l'exotisme de ce monde imaginaire et l'impression d'être emporté dans un ailleurs aventureux et dépaysant. J'ai toujours un peu de mal cependant à assimiler les bizarres relations entre l'héroïne et ses parents et son ancienne nourrice.
Le dessin également ne m'a qu'à moitié convaincu. Avec son encrage un peu brouillon, le style de Clément Oubrerie manque de finalisation à mon goût pour représenter un tel monde de fantasy aux décors majestueux. Cependant, on s'y fait assez vite. Et si le personnage de Lyra ne me parait pas toujours très gracieux au niveau graphique, les paysages rendent plutôt bien et j'apprécie aussi la mise en couleurs assez classe.
Ce n'est donc pas une BD parfaite mais j'ai pris du plaisir à la lire. Cela provient probablement en bonne partie de l'intérêt du scénario original de Philip Pullman mais j'ai trouvé l'adaptation réussie et prenante. J'ai envie de lire la suite.
A noter qu'il me semble qu'il y aura 2 tomes par roman, donc en principe 6 tomes en tout pour achever la série.
3.5
Castro fait partie de ces gens dont je ne suis pas capable de savoir si je les aime ou non. Il a fait de grandes choses à Cuba et sa révolution a mieux tourné que plusieurs autres, mais il ne faut pas non plus oublier qu'il a aussi fait de mauvaises choses dont restreindre la liberté.
Mes connaissances de son parcours étaient superficielles et c'est donc pour cette raison que j'ai lu cet album. C'est un mélange entre une biographie de Castro (on voit son enfance, comment il est devenu un révolutionnaire, son travail comme président, etc) et un témoignage d'un journaliste allemand qui a épousé les idées de Castro et qui vit à Cuba depuis des décennies.
J'ai trouvé cet album passionnant. J'ai appris beaucoup de choses même si l'auteur reste superficiel sur certains évènements. Castro est très fascinant et l'auteur montre ses bons et ses mauvais cotés. J'ai bien aimé voir l'évolution de Castro qui avec les années déteste de plus en plus la critique et croit avoir toujours raison. C'est un personnage décidément complexe et cet album le montre bien.
Le dessin est pas mal quoique c'est vrai que parfois c'est un peu dur de reconnaitre certaines personnes.
Cela commence par une envie, celle d'Eric Aeschimann, écrivain, journaliste et fan de BD, de fouiller l'histoire du journal Pilote et de comprendre ce qui l'a transformé d'une publication pour adolescents à un journal bien plus mature et innovant qui va révolutionner une grande partie du monde de la bande dessinée avant de disparaître, tandis que ses auteurs se dispersaient dans de nouveaux projets et d'autres journaux créés par eux-mêmes.
Cela s'est passé entre 1968 et 1972, à l'époque où des géants de la BD étaient harmonieusement assemblés dans les pages du journal, des noms célèbres tels que Gotlib, Giraud, Druillet, Mandryka, Fred ou Bretécher. L’événement déclencheur de cette révolution artistique est probablement une réunion clé ayant eu lieu durant l'été 68 où des dessinateurs s'en sont pris violemment à René Goscinny, fondateur et rédacteur en chef paternaliste mais génial de Pilote.
Pour comprendre ce qu'était le journal Pilote à l'époque et découvrir de l'intérieur ce qu'il s'est passé exactement, Eric Aeschimann décide d'aller interviewer sur ce sujet spécifique les dessinateurs de l'époque. Pour cela, il va s'associer avec Nicoby pour qu'il mette en image, dans une BD où les deux auteurs se mettront eux-mêmes en scène, la façon dont ces interviews se sont déroulées, ce que les paroles des grands noms de l'époque ont évoqué pour eux et les réflexions qui en ont découlé.
L'album se scinde en 6 chapitres, pour autant d'auteurs rencontrés, ou manqué de peu dans le cas du regretté Giraud. Chaque entretien est mis en scène pour faire ressentir les émotions et les interrogations d'Aeschimann et Nicoby face à des personnages aussi célèbres du 9e Art et à ce qu'ils leur apprennent des événements de l'époque.
Outre le côté instructif, il y a aussi une vraie émotion qui se dégage du récit et une part d'humour dans la mise en scène. Moi qui n'ai quasiment jamais lu de journal Pilote en tant que tel, j'ai une vraie affection pour le microcosme de ses auteurs que j'ai pu découvrir par le biais de la Rubrique-à-Brac ou d'Achille Talon qui les mettaient régulièrement en scène et reflétaient l'atmosphère de l'époque. Les voir ainsi "en vrai" parler d'eux-mêmes et de ce qu'il s'est passé à l'époque est assez touchant.
Mon seul regret est de n'avoir pas davantage de détails sur le vrai du faux de cette fameuse réunion de 68 ("celle où ça a bardé !") car les témoignages des différents auteurs ne se recoupent pas parfaitement et aussi parce que si j'ai bien compris, j'ai l'impression qu'il y avait très peu de vrais dessinateurs de Pilote face à Goscinny : mais alors qui étaient les autres ?
Une lecture documentaire très intéressante, amusante dans la forme et touchante dans le contenu. Elle m'a donné furieusement envie de relire les œuvres de auteurs de l'époque et me fait regretter encore plus la disparition de nombreux grands artistes, Goscinny en tête.
Jeu de mains, jeu de frangins !
À l'instar de leur précédent ouvrage, L'Aliéniste, l'adaptation graphique de roman devient décidément une habitude pour Gabriel Bá et Fábio Moon. Ils nous livrent, dans leur dernier one shot, un autre regard sur celui de Milton Hatoum, Deux frères, dans une interprétation dessinée parée du même titre. Des frères jumeaux qui collaborent pour nous faire vivre, en B.D., les péripéties de deux frères aussi jumeaux que rivaux, l'idée ne manque pas de piment ! Un concept digne d'une mise en abîme dans un roman aux antipodes de la relation qu'ils partagent dans la sphère privée ou professionnelle. Fils d'une famille d'origine libanaise installée au Brésil, nés de l'amour d'Halim pour Zana, Yaqub et Omar sont des frères que, à contrario des auteurs, tout oppose. Le premier, studieux et respectueux des règles, a réussi alors que le second, oisif et impertinent, enchaîne les petites magouilles.
C'est toute l'attention de la mère dévolue à Omar qui entraînera un déséquilibre familial accentué par la suite d'une rivalité grandissante de la fratrie, courtisant le même cœur, menant à leur séparation à l'âge de 13 ans. Une dernière dispute scellera à tout jamais leur destin, laissant sur le visage de Yaqub une cicatrice, empreinte de la rupture. Exilé au Liban, Yaqub ne reviendra dans sa famille que cinq années plus tard. Entre amour, coups bas, vengeances, secrets de famille, le narrateur, fils illégitime de la servante indienne en quête d'identité, dépeint l'ombrageux portrait d'une famille sur le déclin suivant les vicissitudes de la ville dans laquelle évolue l'action : Manaus. Au rythme de ses départs et de ses retours, Yaqub devient progressivement le chef d'orchestre du déroulement de cette aventure extraordinaire par ses intrigues ordinaires.
Bien que fictif, le récit croise la réalité du contexte historique brésilien du XXe siècle ancrant ainsi les scènes dans une période que le lecteur peut identifier. Les nombreux protagonistes, tous porteurs d'une histoire dans l'histoire, se mêlent aux événements de l'époque : immigration libanaise, évolution et développement socioculturel rapide du pays bousculé par des changements politiques et touché par la dictature militaire, etc.
Le choix d'opter pour le noir et blanc se révèle judicieux. Il accompagne la lenteur du récit, l'intensité de l'intrigue et l’alternance des sombres souvenirs et des brefs moments de bonheur procurés par les retrouvailles. Force est de constater que les auteurs maîtrisent encore une fois leur sujet et que leur reconnaissance internationale dans le monde de la bande dessinée est loin d'être galvaudée. Alimentés de café noir, fort et sans sucre, carburant essentiel de leurs travaux, Gabriel Bá et Fábio Moon nous tiennent en haleine de la première à la dernière page. Puisant dans leurs racines et dans l'œuvre de leur compatriote brésilien, ils cultivent la curiosité du lecteur qui enchaîne les onze chapitres ponctués de flashbacks, impatient de dénouer les fils de cette intrigue.
Avis aux amateurs de télé-réalité ou autres indigences cathodiques, avides de petits secrets et de grands maux, éteignez vos écrans et procurez-vous cet ouvrage !
KanKr
Voici peut-être la série la plus délirante dans le genre sf philosophique et à laquelle j’ai adhéré. Comprenons-nous bien : il y a certainement plus délirant comme série (celle-ci est même très cohérente quand j’y repense) et c’est loin d’être la seule série de science-fiction que j’ai appréciée, MAIS c’est celle qui a le plus flirté avec mes limites d’acceptation. Avec « Le Cycle de Cyann », elle représente ce que, pour moi, doit être un récit de science-fiction : elle soulève des questions, divertit et emmène dans un autre univers.
J’ai beaucoup apprécié le profil du personnage principal, anti-héros dans toute sa splendeur, avançant dans le récit tel un boxeur groggy, ne tenant plus sur ses quilles que pour emmerder ceux qui veulent le voir tomber.
Les nombreux autres personnages sont dans l’ensemble eux aussi intéressants. Aucun ne présente qu’une face, chacun a ses failles et ses forces. Tous font montre d’humanité (même s’ils ne sont pas tous humains, ni même organiques).
L’univers visité est dépaysant. J’ai apprécié la forme des véhicules, qui nous sort de nos habitudes, mais aussi la faune et la flore très riches qui servent de cadre au récit. De plus, ce retour aux origines de l’évolution est représenté d’une manière que je trouve intelligente. A certains moments, j’ai pensé à « Alpha... directions » pour la manière dont Frédéric Peeters nous présente cet univers à l’aube d’un développement anarchique, semblable à la Terre des premiers temps et à l’évolution incontrôlable, reflet de nos sociétés dans lesquels tout se démode de plus en plus vite, où tout devient obsolète avant d’avoir été.
Le thème même du récit, cette intrigue aux multiples fils qui finissent par s’unir, cette expérience d’apprentis sorciers, lève des questions philosophiques auxquelles l’auteur se garde bien de répondre. Il nous emmène en voyage, nous invite à nous questionner mais nous laisse juger par nous-mêmes. Son véhicule, c’est le personnage central, auquel je me suis facilement attaché. Ses faiblesses et son ignorance (devenu amnésique, il découvre son propre passé grâce à un livre écrit de sa main) en font un personnage vierge de repères, idéal pour nous présenter et l’univers et l’intrigue.
Petit bémol sur la cohérence du « piège » dans lequel tombe notre anti-héros. Un piège qui m’est quand même apparu très tordu, voire visionnaire par certains aspects.
Il n’empêche que nous avons là un récit de sf qui se lit avec passion. J’ai enchainé les quatre tomes pour une relecture globale en une après-midi, sans ressentir la moindre lassitude (mais en devant m’accrocher à certains moments). Je ne peux que vous le recommander. Peut-être que « franchement bien » est un peu flatteur mais un simple « pas mal » me semblerait a contrario réducteur.
La couverture du premier tome de la série – excellente !, donne parfaitement le ton, et le lecteur sait d’emblée où il met les yeux : on est dans la caricature, la revisitation iconoclaste de la figure de la bonne sœur – et dans la foulée de l’univers de la religion chrétienne, puisqu’on sort du couvent pour rencontrer Dieu lui-même !
Que les choses soient claires, sœur Marie-Thérèse ne ressemble pas à l’image surannée qu’on peut se faire d’une telle donzelle, et encore moins à la version « modernisée » et stupide incarnée par Dominique Lavanant à la télé.
En effet, notre Marie-Thérèse des Batignolles, avec sa face de mastard (à la J. M. Le Pen), sa corpulence et ses Doc Marteens impose d’entrée un look impayable. Ceci étant confirmé par un caractère plutôt fort : elle boit – beaucoup, fume (des pétards), possède un registre ordurier assez étendu, et a dû oublier quelque part ses vœux de chasteté (ou alors elle semble les regretter !). J’allais oublier qu’elle n’aime pas les mioches, qu’elle martyrise à l’occasion. Et quand on la cherche, on la trouve, et elle n’hésite pas à user d’une bonne gauche !
Alors, évidemment, avec une telle personnalité, elle s’accommode difficilement de la vie pieuse et recluse du couvent. Et a des relations assez conflictuelles avec sa mère supérieure (qui souhaite vivement sa disparition par tous les moyens au bout d’un moment : mais ni Dieu ni son confrère de l’enfer ne souhaitent l’accueillir…).
C’était une de mes séries Fluide Glacial préférées. C'est que Maester a vraiment du talent. Les petites histoires composant les albums sont le plus souvent très réussies et franchement drôles, avec un dessin très précis (comme Gotlib ou Goossens savaient le faire dans le même magazine). A noter les nombreux détails hilarants en arrière-plan, et les non moins nombreux jeux de mots et autres délires verbaux qui ponctuent des dialogues souvent savoureux. C’est vraiment jouissif, et par-delà le côté amusant, c’est aussi une critique vacharde mais réussie et pas toujours second degré de beaucoup d’aspects de la religion chrétienne, et surtout de son interprétation par l’Eglise.
Souvent excellent donc, même si j’ai été un peu déçu par les albums 5 et 6 (dont les couvertures sont aussi celles que j’ai le moins aimées). Pas aimé en plus que ce dernier soit en couleur. Pas aimé non plus la récente réédition colorisée des premiers albums. Cela gâche le dessin de Maester je trouve, en n’apportant rien de mieux (à part peut-être un format plus grand, mais bon…). Bien au contraire, j’ai trouvé cette colorisation mauvaise, parfois criarde ! Cela a juste été prétexte à un jeu de mot sur la « remaesterisation » de la série.
Si l’on peut éventuellement s’abstenir des deux derniers albums, les quatre premiers sont vraiment à découvrir – en version d’origine Noir et Blanc bien sûr !
Raconter un bonheur simple est une gageure. Raconter un amour sans histoire est source d’ennui.
Pourtant…
Pourtant, cet album m’a beaucoup plu par sa douceur de vivre, par sa fraicheur, par son humour, par son improbable authenticité.
Les auteurs ont fait montre d’astuce en se mettant en scène presqu’autant que le couple auquel rend hommage cet album. Cette approche décalée permet de diversifier la narration et les centres d’intérêts. Elle autorise quelques petits délires, présentés comme des boutades du narrateur telles qu’on en rencontre bien souvent au détour d’une conversation de bistrot. Les multiples interventions des clients de la brasserie dans laquelle se trouvent Pennac et Cestac apportent elles aussi leur flot d’humour.
Par ailleurs, cette histoire d’amour que l’écrivain nous présente tel un souvenir d’enfance (et qui est tirée d’une histoire vraie) est elle-même source d’anecdotes bien rigolotes. Car il faut bien avouer que tout calme et en quête de tranquillité qu’il soit, ce couple accumule les non-clichés avec une gaieté hors du commun. Il y a de l’ ‘Alexandre le bienheureux’ dans l’image désinvolte qu’il dégage. Cette love-story atypique, qui se rit des préjugés et des conventions, est une belle ode à l’amour simple. Un amour avec concessions, pour un couple qui s’aime, se respecte et cherche à être avant de paraître.
Le ton employé, volontiers ’autodérisoire’, m’a présenté l’humanité des personnages dans toute sa splendeur. Qu’il est agréable de lire un récit dans lequel les acteurs ne se prennent pas au sérieux mais restent honnêtes avec eux-mêmes. Et dans ces conditions, même une conclusion qui aurait été dramatique en d’autres circonstances, se transforme en leçon de vie et d’humilité.
Le trait et les nez en patate de Florence Cestac ne plairont pas à tout le monde. Mais si je ne serai jamais un fan absolu de son style, je l’ai trouvé très bienvenu dans le cas présent. Il est bonhomme et expressif, coloré et rond, doux et primesautier. Totalement adéquat, donc, pour nous conter cette histoire d’amour.
Enfin, un petit mot sur la très belle couverture, au touché en relief. A la fois simple, épurée et élégante, une couverture qui ne tape absolument pas à l’œil mais que l’on a plaisir à toucher, à caresser, pour en souligner les aspérités.
Vous cherchez un love-story en marge des sentiers battus, une histoire d’amour fou et calme, un espoir en notre dérisoire humanité ? Je ne peux que vous conseiller cet album.
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Les Chemins de traverse
Voilà la bd typique qui ne paye pas de mine. La couverture ne donne pas franchement l'envie d'une lecture. Par ailleurs, le titre ne nous parle pas. Bref, on n'a pas très envie de se plonger sur la forme. Et pourtant... C'est une oeuvre que j'ai beaucoup apprécié à la lecture qui traite encore une fois du conflit israëlo-palestinien mais qui nous offre pour une fois un espoir sur une porte de sortie. Le vivre ensemble et la paix sont du domaine du possible à partir du moment où il y aura des gens de bonnes volontés de part et d'autres du mur. Il faudra également aboutir à un changement de l'opinion public manipulé actuellement par une propagande savamment orchestré par les différents gouvernements conservateurs qu'ils soient de droite ou de gauche. J'ai beaucoup aimé la maturité de l'écriture de cette bd qui serait fort utile pour apaiser les esprits. Elle démonte de nombreux mécanismes pour aller plus loin dans la réflexion. Il n'y a point de naïveté dans le propos. La démonstration est tout à fait pertinente. On pourra aisément emprunter ces chemins de traverse afin de découvrir une certaine vérité !
Il est mort le poète
Oui c'est un peu prévisible, et alors serais je tenté de dire. Qu'est ce que nous avons entre les mains? Un pur roman noir. Des pourris, cyniques et rongés par l'ambition, un ex taulard en quête de rédemption et une magnifique femme fatale. Il est donc difficile de croire qu'avec ce type d'ingrédients l'on puisse avoir une bluette à l'eau de rose avec mariage à la clef. Personnellement j'ai très vite mis de côté ces aspects et je dois dire que ce qui m'a happé d'emblée, c'est une véritable ambiance. Noire, glauque, sans espoir de quelconques jours meilleurs. Outre l'histoire ce plus, c'est bien évidemment le dessin de Vincent Gravé. Ce n'est que bien tardivement que j'ai découvert cet auteur, pour ne rien vous cacher c'était au dernier festival d'Angoulême ou je suis véritablement tombé en arrêt devant deux autres de ses ouvrages: Fausse Route et Petites coupures. Une discussion plus tard, ce mec avait un aficionados de plus. Quel talent dans l'utilisation du noir et blanc, de cette approximation des visages mais qui finissent par en avoir de ces gueules qu'on ne peut oublier. Alors pour tout bon amateur de polar qui se respecte, vous qui aimez ces ambiances glauques, ce récit est fait pour vous. Si par ailleurs un dessin sec, âpre mais tout en nuances hyper subtiles et des femmes noires, fatales, mortelles, ne vous rebute pas, courez y. Magnifique!!
Tourne-disque
Suggestion! Tout ici est suggestion. Ne cherchez pas des allusions franches et directes sur la colonisation du Congo au XIXème siècle par le royaume belge. Celui-ci, au nom d'une œuvre supposée civilisatrice, a commis des exactions qui lui vaudraient aujourd'hui le TPI. Dans cette BD il est vrai donc que les choses et notamment ces aspects là de la colonisation sont suggérées très subtilement au détour d'une image ou d'un simple dialogue de deux lignes. Très fort et véritablement amené en douceur, ce qui à mon avis n'amoindrit pas le propos mais au final le renforce. Car le sujet n'est pas là, ou plutôt si, deux êtres que tout sépare, se croisent grâce à la musique, autour d'eux d'autres personnages en contre point, tels des mouches, s'agitent, sûrs de leur bon droit d'occidentaux. Je ne ferais donc que conseiller très fortement cette BD qui possède un fort pouvoir envoûtant. Sans partir dans un délire très occidental sur la magie de l'Afrique et tutti quanti voilà un ouvrage tout en finesse dont le dessin très épuré mais très beau est juste figé comme il faut, à l'image de notre héros affublé de sa minerve. Une jolie découverte qui m'incite à aller voir d'autres œuvres de ces messieurs.
Les Royaumes du Nord
Je n'ai pas lu la trilogie de Philip Pullman, je ne connais les Royaumes du Nord que par leur adaptation en film qui reprend le premier des trois romans. Celle-ci ne m'avait pas convaincu même si je trouvais une certaine originalité et une belle esthétique au monde imaginé par l'auteur. Avec cette adaptation en BD cette fois-ci, j'ai eu l'heureuse surprise de découvrir un récit beaucoup plus dense, avec énormément de scènes en plus par rapport au film. Cela m'a permis de découvrir une intrigue plus fouillée, plus intéressante. Comme dans le film, le personnage de Lyra ne m'est toujours pas apparu comme attachante, mais son histoire m'a davantage captivé. J'ai aussi beaucoup apprécié l'exotisme de ce monde imaginaire et l'impression d'être emporté dans un ailleurs aventureux et dépaysant. J'ai toujours un peu de mal cependant à assimiler les bizarres relations entre l'héroïne et ses parents et son ancienne nourrice. Le dessin également ne m'a qu'à moitié convaincu. Avec son encrage un peu brouillon, le style de Clément Oubrerie manque de finalisation à mon goût pour représenter un tel monde de fantasy aux décors majestueux. Cependant, on s'y fait assez vite. Et si le personnage de Lyra ne me parait pas toujours très gracieux au niveau graphique, les paysages rendent plutôt bien et j'apprécie aussi la mise en couleurs assez classe. Ce n'est donc pas une BD parfaite mais j'ai pris du plaisir à la lire. Cela provient probablement en bonne partie de l'intérêt du scénario original de Philip Pullman mais j'ai trouvé l'adaptation réussie et prenante. J'ai envie de lire la suite. A noter qu'il me semble qu'il y aura 2 tomes par roman, donc en principe 6 tomes en tout pour achever la série.
Castro
3.5 Castro fait partie de ces gens dont je ne suis pas capable de savoir si je les aime ou non. Il a fait de grandes choses à Cuba et sa révolution a mieux tourné que plusieurs autres, mais il ne faut pas non plus oublier qu'il a aussi fait de mauvaises choses dont restreindre la liberté. Mes connaissances de son parcours étaient superficielles et c'est donc pour cette raison que j'ai lu cet album. C'est un mélange entre une biographie de Castro (on voit son enfance, comment il est devenu un révolutionnaire, son travail comme président, etc) et un témoignage d'un journaliste allemand qui a épousé les idées de Castro et qui vit à Cuba depuis des décennies. J'ai trouvé cet album passionnant. J'ai appris beaucoup de choses même si l'auteur reste superficiel sur certains évènements. Castro est très fascinant et l'auteur montre ses bons et ses mauvais cotés. J'ai bien aimé voir l'évolution de Castro qui avec les années déteste de plus en plus la critique et croit avoir toujours raison. C'est un personnage décidément complexe et cet album le montre bien. Le dessin est pas mal quoique c'est vrai que parfois c'est un peu dur de reconnaitre certaines personnes.
La Révolution Pilote - 1968-1972
Cela commence par une envie, celle d'Eric Aeschimann, écrivain, journaliste et fan de BD, de fouiller l'histoire du journal Pilote et de comprendre ce qui l'a transformé d'une publication pour adolescents à un journal bien plus mature et innovant qui va révolutionner une grande partie du monde de la bande dessinée avant de disparaître, tandis que ses auteurs se dispersaient dans de nouveaux projets et d'autres journaux créés par eux-mêmes. Cela s'est passé entre 1968 et 1972, à l'époque où des géants de la BD étaient harmonieusement assemblés dans les pages du journal, des noms célèbres tels que Gotlib, Giraud, Druillet, Mandryka, Fred ou Bretécher. L’événement déclencheur de cette révolution artistique est probablement une réunion clé ayant eu lieu durant l'été 68 où des dessinateurs s'en sont pris violemment à René Goscinny, fondateur et rédacteur en chef paternaliste mais génial de Pilote. Pour comprendre ce qu'était le journal Pilote à l'époque et découvrir de l'intérieur ce qu'il s'est passé exactement, Eric Aeschimann décide d'aller interviewer sur ce sujet spécifique les dessinateurs de l'époque. Pour cela, il va s'associer avec Nicoby pour qu'il mette en image, dans une BD où les deux auteurs se mettront eux-mêmes en scène, la façon dont ces interviews se sont déroulées, ce que les paroles des grands noms de l'époque ont évoqué pour eux et les réflexions qui en ont découlé. L'album se scinde en 6 chapitres, pour autant d'auteurs rencontrés, ou manqué de peu dans le cas du regretté Giraud. Chaque entretien est mis en scène pour faire ressentir les émotions et les interrogations d'Aeschimann et Nicoby face à des personnages aussi célèbres du 9e Art et à ce qu'ils leur apprennent des événements de l'époque. Outre le côté instructif, il y a aussi une vraie émotion qui se dégage du récit et une part d'humour dans la mise en scène. Moi qui n'ai quasiment jamais lu de journal Pilote en tant que tel, j'ai une vraie affection pour le microcosme de ses auteurs que j'ai pu découvrir par le biais de la Rubrique-à-Brac ou d'Achille Talon qui les mettaient régulièrement en scène et reflétaient l'atmosphère de l'époque. Les voir ainsi "en vrai" parler d'eux-mêmes et de ce qu'il s'est passé à l'époque est assez touchant. Mon seul regret est de n'avoir pas davantage de détails sur le vrai du faux de cette fameuse réunion de 68 ("celle où ça a bardé !") car les témoignages des différents auteurs ne se recoupent pas parfaitement et aussi parce que si j'ai bien compris, j'ai l'impression qu'il y avait très peu de vrais dessinateurs de Pilote face à Goscinny : mais alors qui étaient les autres ? Une lecture documentaire très intéressante, amusante dans la forme et touchante dans le contenu. Elle m'a donné furieusement envie de relire les œuvres de auteurs de l'époque et me fait regretter encore plus la disparition de nombreux grands artistes, Goscinny en tête.
Deux Frères
Jeu de mains, jeu de frangins ! À l'instar de leur précédent ouvrage, L'Aliéniste, l'adaptation graphique de roman devient décidément une habitude pour Gabriel Bá et Fábio Moon. Ils nous livrent, dans leur dernier one shot, un autre regard sur celui de Milton Hatoum, Deux frères, dans une interprétation dessinée parée du même titre. Des frères jumeaux qui collaborent pour nous faire vivre, en B.D., les péripéties de deux frères aussi jumeaux que rivaux, l'idée ne manque pas de piment ! Un concept digne d'une mise en abîme dans un roman aux antipodes de la relation qu'ils partagent dans la sphère privée ou professionnelle. Fils d'une famille d'origine libanaise installée au Brésil, nés de l'amour d'Halim pour Zana, Yaqub et Omar sont des frères que, à contrario des auteurs, tout oppose. Le premier, studieux et respectueux des règles, a réussi alors que le second, oisif et impertinent, enchaîne les petites magouilles. C'est toute l'attention de la mère dévolue à Omar qui entraînera un déséquilibre familial accentué par la suite d'une rivalité grandissante de la fratrie, courtisant le même cœur, menant à leur séparation à l'âge de 13 ans. Une dernière dispute scellera à tout jamais leur destin, laissant sur le visage de Yaqub une cicatrice, empreinte de la rupture. Exilé au Liban, Yaqub ne reviendra dans sa famille que cinq années plus tard. Entre amour, coups bas, vengeances, secrets de famille, le narrateur, fils illégitime de la servante indienne en quête d'identité, dépeint l'ombrageux portrait d'une famille sur le déclin suivant les vicissitudes de la ville dans laquelle évolue l'action : Manaus. Au rythme de ses départs et de ses retours, Yaqub devient progressivement le chef d'orchestre du déroulement de cette aventure extraordinaire par ses intrigues ordinaires. Bien que fictif, le récit croise la réalité du contexte historique brésilien du XXe siècle ancrant ainsi les scènes dans une période que le lecteur peut identifier. Les nombreux protagonistes, tous porteurs d'une histoire dans l'histoire, se mêlent aux événements de l'époque : immigration libanaise, évolution et développement socioculturel rapide du pays bousculé par des changements politiques et touché par la dictature militaire, etc. Le choix d'opter pour le noir et blanc se révèle judicieux. Il accompagne la lenteur du récit, l'intensité de l'intrigue et l’alternance des sombres souvenirs et des brefs moments de bonheur procurés par les retrouvailles. Force est de constater que les auteurs maîtrisent encore une fois leur sujet et que leur reconnaissance internationale dans le monde de la bande dessinée est loin d'être galvaudée. Alimentés de café noir, fort et sans sucre, carburant essentiel de leurs travaux, Gabriel Bá et Fábio Moon nous tiennent en haleine de la première à la dernière page. Puisant dans leurs racines et dans l'œuvre de leur compatriote brésilien, ils cultivent la curiosité du lecteur qui enchaîne les onze chapitres ponctués de flashbacks, impatient de dénouer les fils de cette intrigue. Avis aux amateurs de télé-réalité ou autres indigences cathodiques, avides de petits secrets et de grands maux, éteignez vos écrans et procurez-vous cet ouvrage ! KanKr
Aâma
Voici peut-être la série la plus délirante dans le genre sf philosophique et à laquelle j’ai adhéré. Comprenons-nous bien : il y a certainement plus délirant comme série (celle-ci est même très cohérente quand j’y repense) et c’est loin d’être la seule série de science-fiction que j’ai appréciée, MAIS c’est celle qui a le plus flirté avec mes limites d’acceptation. Avec « Le Cycle de Cyann », elle représente ce que, pour moi, doit être un récit de science-fiction : elle soulève des questions, divertit et emmène dans un autre univers. J’ai beaucoup apprécié le profil du personnage principal, anti-héros dans toute sa splendeur, avançant dans le récit tel un boxeur groggy, ne tenant plus sur ses quilles que pour emmerder ceux qui veulent le voir tomber. Les nombreux autres personnages sont dans l’ensemble eux aussi intéressants. Aucun ne présente qu’une face, chacun a ses failles et ses forces. Tous font montre d’humanité (même s’ils ne sont pas tous humains, ni même organiques). L’univers visité est dépaysant. J’ai apprécié la forme des véhicules, qui nous sort de nos habitudes, mais aussi la faune et la flore très riches qui servent de cadre au récit. De plus, ce retour aux origines de l’évolution est représenté d’une manière que je trouve intelligente. A certains moments, j’ai pensé à « Alpha... directions » pour la manière dont Frédéric Peeters nous présente cet univers à l’aube d’un développement anarchique, semblable à la Terre des premiers temps et à l’évolution incontrôlable, reflet de nos sociétés dans lesquels tout se démode de plus en plus vite, où tout devient obsolète avant d’avoir été. Le thème même du récit, cette intrigue aux multiples fils qui finissent par s’unir, cette expérience d’apprentis sorciers, lève des questions philosophiques auxquelles l’auteur se garde bien de répondre. Il nous emmène en voyage, nous invite à nous questionner mais nous laisse juger par nous-mêmes. Son véhicule, c’est le personnage central, auquel je me suis facilement attaché. Ses faiblesses et son ignorance (devenu amnésique, il découvre son propre passé grâce à un livre écrit de sa main) en font un personnage vierge de repères, idéal pour nous présenter et l’univers et l’intrigue. Petit bémol sur la cohérence du « piège » dans lequel tombe notre anti-héros. Un piège qui m’est quand même apparu très tordu, voire visionnaire par certains aspects. Il n’empêche que nous avons là un récit de sf qui se lit avec passion. J’ai enchainé les quatre tomes pour une relecture globale en une après-midi, sans ressentir la moindre lassitude (mais en devant m’accrocher à certains moments). Je ne peux que vous le recommander. Peut-être que « franchement bien » est un peu flatteur mais un simple « pas mal » me semblerait a contrario réducteur.
Soeur Marie-Thérèse des Batignolles
La couverture du premier tome de la série – excellente !, donne parfaitement le ton, et le lecteur sait d’emblée où il met les yeux : on est dans la caricature, la revisitation iconoclaste de la figure de la bonne sœur – et dans la foulée de l’univers de la religion chrétienne, puisqu’on sort du couvent pour rencontrer Dieu lui-même ! Que les choses soient claires, sœur Marie-Thérèse ne ressemble pas à l’image surannée qu’on peut se faire d’une telle donzelle, et encore moins à la version « modernisée » et stupide incarnée par Dominique Lavanant à la télé. En effet, notre Marie-Thérèse des Batignolles, avec sa face de mastard (à la J. M. Le Pen), sa corpulence et ses Doc Marteens impose d’entrée un look impayable. Ceci étant confirmé par un caractère plutôt fort : elle boit – beaucoup, fume (des pétards), possède un registre ordurier assez étendu, et a dû oublier quelque part ses vœux de chasteté (ou alors elle semble les regretter !). J’allais oublier qu’elle n’aime pas les mioches, qu’elle martyrise à l’occasion. Et quand on la cherche, on la trouve, et elle n’hésite pas à user d’une bonne gauche ! Alors, évidemment, avec une telle personnalité, elle s’accommode difficilement de la vie pieuse et recluse du couvent. Et a des relations assez conflictuelles avec sa mère supérieure (qui souhaite vivement sa disparition par tous les moyens au bout d’un moment : mais ni Dieu ni son confrère de l’enfer ne souhaitent l’accueillir…). C’était une de mes séries Fluide Glacial préférées. C'est que Maester a vraiment du talent. Les petites histoires composant les albums sont le plus souvent très réussies et franchement drôles, avec un dessin très précis (comme Gotlib ou Goossens savaient le faire dans le même magazine). A noter les nombreux détails hilarants en arrière-plan, et les non moins nombreux jeux de mots et autres délires verbaux qui ponctuent des dialogues souvent savoureux. C’est vraiment jouissif, et par-delà le côté amusant, c’est aussi une critique vacharde mais réussie et pas toujours second degré de beaucoup d’aspects de la religion chrétienne, et surtout de son interprétation par l’Eglise. Souvent excellent donc, même si j’ai été un peu déçu par les albums 5 et 6 (dont les couvertures sont aussi celles que j’ai le moins aimées). Pas aimé en plus que ce dernier soit en couleur. Pas aimé non plus la récente réédition colorisée des premiers albums. Cela gâche le dessin de Maester je trouve, en n’apportant rien de mieux (à part peut-être un format plus grand, mais bon…). Bien au contraire, j’ai trouvé cette colorisation mauvaise, parfois criarde ! Cela a juste été prétexte à un jeu de mot sur la « remaesterisation » de la série. Si l’on peut éventuellement s’abstenir des deux derniers albums, les quatre premiers sont vraiment à découvrir – en version d’origine Noir et Blanc bien sûr !
Un Amour exemplaire
Raconter un bonheur simple est une gageure. Raconter un amour sans histoire est source d’ennui. Pourtant… Pourtant, cet album m’a beaucoup plu par sa douceur de vivre, par sa fraicheur, par son humour, par son improbable authenticité. Les auteurs ont fait montre d’astuce en se mettant en scène presqu’autant que le couple auquel rend hommage cet album. Cette approche décalée permet de diversifier la narration et les centres d’intérêts. Elle autorise quelques petits délires, présentés comme des boutades du narrateur telles qu’on en rencontre bien souvent au détour d’une conversation de bistrot. Les multiples interventions des clients de la brasserie dans laquelle se trouvent Pennac et Cestac apportent elles aussi leur flot d’humour. Par ailleurs, cette histoire d’amour que l’écrivain nous présente tel un souvenir d’enfance (et qui est tirée d’une histoire vraie) est elle-même source d’anecdotes bien rigolotes. Car il faut bien avouer que tout calme et en quête de tranquillité qu’il soit, ce couple accumule les non-clichés avec une gaieté hors du commun. Il y a de l’ ‘Alexandre le bienheureux’ dans l’image désinvolte qu’il dégage. Cette love-story atypique, qui se rit des préjugés et des conventions, est une belle ode à l’amour simple. Un amour avec concessions, pour un couple qui s’aime, se respecte et cherche à être avant de paraître. Le ton employé, volontiers ’autodérisoire’, m’a présenté l’humanité des personnages dans toute sa splendeur. Qu’il est agréable de lire un récit dans lequel les acteurs ne se prennent pas au sérieux mais restent honnêtes avec eux-mêmes. Et dans ces conditions, même une conclusion qui aurait été dramatique en d’autres circonstances, se transforme en leçon de vie et d’humilité. Le trait et les nez en patate de Florence Cestac ne plairont pas à tout le monde. Mais si je ne serai jamais un fan absolu de son style, je l’ai trouvé très bienvenu dans le cas présent. Il est bonhomme et expressif, coloré et rond, doux et primesautier. Totalement adéquat, donc, pour nous conter cette histoire d’amour. Enfin, un petit mot sur la très belle couverture, au touché en relief. A la fois simple, épurée et élégante, une couverture qui ne tape absolument pas à l’œil mais que l’on a plaisir à toucher, à caresser, pour en souligner les aspérités. Vous cherchez un love-story en marge des sentiers battus, une histoire d’amour fou et calme, un espoir en notre dérisoire humanité ? Je ne peux que vous conseiller cet album. N'en attendez rien d'extraordinaire... de nos jours, la simplicité est un luxe.