Je découvre ce jour cette BD déjà ancienne et c'est une véritable bonne surprise. Dans un pays imaginaire, mais qui pourrait en rappeler beaucoup, une tragique histoire d'amour prend place au milieu d'un vent révolutionnaire qui n'épargne personne. Au-delà d'un dessin très épuré que j'ai mis un peu de temps à apprécier, l'intrigue m'a beaucoup plu. Sans temps mort, avec des aspects oniriques, je pense particulièrement au tome 2 "Le désert d'épaves", le lecteur est happé par les évènements et j'ai eu envie de découvrir la suite.
Bien que le contexte dans lequel se déroule le récit soit très sombre, c'est de l'instauration d'une dictature qu'il s'agit et des résistants qui luttent pour retrouver un peu de liberté, malgré ce contexte donc, il y a un je ne sais quoi qui rend les choses assez lumineuses par instants, sans doute est ce cet amour impossible entre un ancien peintre et une passionaria révolutionnaire.
Un mot des couleurs assez belles dans l'ensemble qui rehaussent le récit. Pour moi c'est une belle découverte et j'en conseille la lecture.
Positivement fabuleux, "L'encre du passé" est une œuvre grandiose tant au niveau du scénario qu'au niveau du dessin. Dire que l'on s'y croirait est un euphémisme, quelle grâce, quelle subtilité, quelle finesse dans le tracé où quelques traits de couleurs plus pétantes, le noir, le rouge, viennent magnifier le sépia qui domine le reste de ce récit lent qui prend son temps.
L'histoire est belle, celle d'une transmission, magnifiquement dessinée. Je suis littéralement tombé sous le charme. Voilà une de ces lectures qui vous donne un sentiment d'apaisement, tout simplement de beauté.
Je m'arrête là, je reste un peu muet devant cet objet. Si, à lire bien sûr et à posséder dans sa bibliothèque pour tout amoureux des belles choses.
Je trouve les dessins très chouettes, les personnages judicieusement à l'étroit dans leur case, bien mis en page. Un trait gras et propre comme une vraie dictature. Des couleurs en aplats contrastés.
Le dictateur est particulièrement crétin mais ses seconds ne sont pas mal non plus. Ils vivent dans la peur mais aussi essayent d'assouvir leurs propres fantasmes par procuration en suggérant au guide de nouvelles idées, tout aussi stupides que celles de leur patron. Voyant le vide abyssal du résultat, le guide fait appel à un collègue dictateur africain (il passe rapidement par-dessus ses préjugés raciaux dans la mesure où ça peut servir ses intérêts...) pour prendre des conseils... Mais sa frustration n'est en rien assouvie.
La définition de la dictature, ce serait donc réaliser tous les fantasmes, et s'apercevoir que la frustration reste intacte...
C'est drôle, pas bête, mais un peu vite lu (peu de détails à redécouvrir plus tard dans le dessin, des pages de 4 cases)...
Je rajoute que l'adjectif caoutchouteux utilisé par Blue boy pour désigner le trait est particulièrement bien choisi. C'est exactement ça.
Et si je pensais que je n'allais pas le relire, je me trompais : avant de s'endormir, des fois, ça fait plaisir de relire une petite réplique de ce dictateur extraordinairement idiot et ridicule, c'est une jouissance propre à faciliter une bonne nuit de sommeil... Enfin je dis ça... Il y a sûrement d'autres moyens...
C'est une BD qui a égayé ma jeunesse et de beaucoup d'entre nous à une époque où les bandes dessinées africaines étaient à peine émergeantes, voire inexistantes. De 1977 à 1982, Animateur de ciné club à Bangui et travaillant en collaboration avec le centre culturel français (CCF) de Bangui, ce journal périodique s'est montré un outil très utile sur le plan culturel pour la découverte d'horizons inconnus pour l'élève africain et a constitué une série pratique pour la connaissance et l'apprentissage de la langue française. Moi même je suis collectionneur de cette BD (avec CALAO) et je cherche à compléter ma collection ou échanger avec ceux qui en ont en double. Je ne sais pas à quel numéro Kouakou a été arrêté. Si quelqu'un peut me le dire? Y a t il un site de téléchargement des BD Kouakou et Calao? Il serait temps de combler ce vide et le créer pour ne pas que la merveilleuse aventure de KOUAKOU en BD ne tombe dans l'oubli.
Je me méfie toujours un peu de Thierry Gloris car ce scénariste m'a parfois déçu ; mais ici, je marche à fond dans son univers qui m'a immédiatement séduit, et de façon rapide en plus, plusieurs auteurs qui font trainer leurs récits devraient prendre exemple sur Gloris qui vous plante un monde imaginaire , des décors et une ambiance de façon ultra efficace et sans s'encombrer de lacis tortueux.
Le mélange d'univers et d'époques aurait pu tourner à la pantalonnade, mais au contraire, il est très réussi, très riche et imaginatif, j'aime ce genre de concept, ça m'a rappelé un peu L'Empire de Trigan (même si là c'était de la science-fiction). Le début semble vouloir adopter un ton barbare et violent, avec des bestiaux monstrueux, des scènes sanglantes, et des gros bourrins qui s'étripent.. Plusieurs détails suscitent l'intérêt dans cette Bd qui pourrait ressembler à un fourre-tout hétéroclite, mais il n'en est rien : un régime politique matriarcal, protégé par des sortes d'amazones belliqueuses vêtues comme des Romains, des références à des dieux de plusieurs mythologies (Zeus, Hadès, Hephaïstos, Cybèle, Odin...), des décors d'édifices Renaissance voisinant avec des forteresses, une cité de style médiéval et des roitelets et seigneurs en costumes de Renaissance italienne... sans oublier une relation homosexuelle entre 2 des principaux personnages, ce qui n'est guère courant dans une Bd tout public.
A cela, s'ajoutent des dialogues parfois assez crus qui tranchent avec la richesse littéraire des hors-textes (bien dans le style de Gloris). Bref, tout ceci est très plaisant à lire, et quand en plus, on a un dessin fabuleux pour illustrer tout ça, on peut carrément exulter. Le visuel est époustouflant, c'est d'une beauté inouïe, d'un hyperréalisme très pictural, avec quantité de détails, un tel soin dans les décors et les costumes que c'en est un véritable plaisir de détailler l'ensemble des cases.
Voici donc une série de fantasy peu ordinaire, qui pose un univers très attirant et inventif, avec une progression bien mesurée, et qui va certainement s'amplifier dans les derniers albums.
Cela ne sera pas une œuvre qu’on retiendra pour sa partie graphique assez sommaire. Le dessin n’est pas très élégant mais il reste tout à fait correct au niveau de l’illustration. Il est vrai que c’est un peu une constante dans les bd documentaires qui axent plutôt sur le fond.
Le fantôme arménien nous entraine dans le périple qu’effectue un couple de descendants en Turquie à l’occasion du 99ème anniversaire de ce tristement génocide qui divise. La Turquie nie farouchement et n’arrive pas à retrouver la paix intérieure. L’ennemi vient toujours de l’intérieur et il faut le chasser et l’éradiquer surtout s’il s’agit d’une autre culture ou d’une autre religion. Ce qui est vrai pour cet Etat est également vrai pour d’autres. C’est un retour assez douloureux pour ce couple marseillais qui va dresser simplement un état des lieux sans jugement hâtif.
On apprendra que l’économie s’est effondrée suite à ce génocide car les arméniens étaient assez réputés pour leur négoce et leur savoir-faire en matière artisanale. Y avait-il une certaine forme de jalousie ? On a pu observer également le même phénomène avec les Juifs lorsque les nazis les ont exterminés en s’appropriant également leurs avoirs. Bref, ces conséquences économiques sont encore palpables de nos jours dans ces régions reculés et pauvres de la Turquie et autrefois prospères.
La bd évoque également des aspects qui j’ignorais notamment sur le rôle un peu fourbe des kurdes dans l’exécution de ces populations. Malheureusement pour eux, le fait d’avoir collaboré ne les pas vraiment aider par la suite car ils sont également devenus des victimes d’un régime hégémonique voulant gommer toute différence au nom d’une préférence nationale ou d’une religion d’état.
La laïcité prônée par Atatürk n’a été qu’un leurre. Aujourd’hui encore, nous avons un président qi déclare à la presse que l’égalité homme-femme est un concept contre nature. Mais bon, il prône un islam dit modéré. Je ne parlerais pas de son soutien indirect avec l’obscurantisme en descendant par exemple un chasseur allié qui ne semblait pas menacé l’intégrité de leur territoire. Alexandre le Grand se retournerait dans sa tombe s’il savait.
Cette œuvre n’oppose pas un peuple contre un autre car il reconnait la place des Justes à savoir par exemple ces fonctionnaires turques qui se sont opposés à la déportation et qui l’ont payé de leur vie. Cela relate de faits mais sans entrer trop dans le détail ce que d’autres œuvres sur le sujets nous ont déjà apporté comme Medz Yeghern : Le grand mal ou encore Le Cahier à fleurs.
Elle insiste également sur le fait que les descendants sur place ont du se fondre dans des mariages forcés ou l’islamisme. Je dirai que ceux qui ont pu fuir se sont également fondus aux Etats qui les ont accueillis comme la France ou les USA. On apprendra grâce à cette bd que 10% des marseillais ont une origine arménienne. Se fondre de force ou volontairement au point de perdre sa culture originelle et son identité. J’arrive parfaitement à ressentir tout cela au travers de ces témoignages poignants.
Il ne faut pas rester figer sur la mémoire mais vivre sa vie et tourner enfin la page. Il serait temps près de 100 après. Je peux cependant comprendre la volonté de ce couple de collecter des preuves d’un peuple condamné à l’oubli et à l’exil. En tout cas, un très beau regard que propose cette œuvre sur l’identité arménienne pour peu qu’on soit réceptif aux drames et aux espérances de peuples lointains. Un beau moment d’humanisme en tous les cas.
Armé d’un humour féroce façon Fluide Glacial, Fabrice Erre s’attaque aux tyrans de tous poils qui, pour tromper l’ennui ou la paranoïa, laissent libre cours à leurs pulsions génocidaires. De même, il moque allègrement leurs conseillers, trop lâches pour contredire leur maître ou attendant la moindre défaillance pour prendre sa place. L’auteur prend visiblement du plaisir à tourner ces salopards en ridicule, un plaisir à la hauteur de la haine qu’il semble éprouver à leur encontre. La mise en page en gaufriers à quatre cases, assez proche du strip, colle parfaitement à la rythmique narrative endiablée. C’est dans l’ensemble assez trash, pas toujours dans la plus grande finesse, mais on est clairement dans la caricature. Il y a ici une rage saine qui s’exprime contre la bêtise des puissants les plus méchants et égratigne au passage celle des masses dociles. Comme lorsque l’empereur Bogolo, autre tyran en visite à Sublimeland, prodigue ses conseils au Guide : « Une dictature, c’est un peu comme une émission de téléréalité, on doit comprendre vite et facilement ! Faut pas oublier qu’on s’adresse à des cons… »
Centré principalement sur les personnages, le trait exagérément caoutchouteux de Fabrice Erre fait très bien ressortir les expressions, que ce soit celle du Guide, paranoïaque hystérique, ou celle d’un Plonk verdâtre redoutant les réactions imprévisibles de son maître, sorte d’Iznogoud puissance 10 en mode tueur de masse.
« Guide sublime », une lecture fortement conseillée en ces temps de disette humoristique, sauf bien sûr à ceux qui rêvent qu’un jour, la barbe (et pas seulement la moustache) devienne « oplikatoire »…
J’ai beaucoup aimé ce récit imaginé par Zidrou sur un thème qui ressemblerait un peu au Bossu de Notre-Dame. L’auteur confirme son immense talent en se diversifiant et en allant sur le terrain du conte médiéval.
J’avais éprouvé quelques inquiétudes au tout début mais elles se sont vite dissipées. C’est brillant grâce à une mise en scène hors-pair. La narration est très inventive dans son classicisme. On ne perdra pas une miette jusqu’à la fin.
C’est un conte certes mais qui n’est pas destiné aux enfants. Cela sera noir et cruel comme l’est la bassesse humaine. Au milieu de cela, le démon n’est pas celui que l’on croit. Il faut aller au-delà des apparences même répugnantes. Il ne suffit pas d’avoir l’air sympa pour l’être.
Le bouffon est une œuvre forte à l’image de son héros qui traverse toutes les épreuves de la vie avec un magnifique courage et un cœur en or. Il arrivera à insuffler la vie au milieu de ce monde triste où la guerre et la famine font des ravages. Sombre et profond, certes mais avec un espoir.
Bouffon est aujourd’hui une insulte. Cela n’a pas toujours été le cas dans l'histoire de notre pays. Il était une fois un prince pas aussi charmant que cela mais profondément humain.
Une série culte que j'ai découverte avant les fameuses rubriques à brac. Par hasard car mon père possédait 2 de ces albums.
Et bien j'ai pris autant de plaisir à lire ces 3 tomes. Évidemment cela ne va pas aussi loin que les rubriques à brac. Tout reste plus sage et académique (années 50 obligent) mais tout le génie de Gotlib est déjà là. On a le même type de petites histoires diverses et variées.
Cette série est donc une merveille qui préfigure le chef d’œuvre ultime de Gotlib (et de la bd tout court): Les rubriques à br... c'est bon on a compris ^^
D'ailleurs où sont mes albums des rubriques à brac et des dingodossiers ? Ca fait un bail que je ne les ai pas vus. Sûrement au fond de cartons poussiéreux dans la cave de mes parents !
A récupérer et à relire donc !
C'est l'histoire d'une banlieue, comme celles qui ont fait l'actualité ces dernières années. Une banlieue coupée de tout ou presque où se concentre la misère sociale, les populations immigrées. Et au milieu de tout cela surgit un duo de clowns qui tentent de redonner le sourire à toute une population. Seulement voilà, l'arrivée de ce duo de comiques est vue d'un très mauvais œil par le curé du coin, un curé au mœurs étranges qui ressemble bien plus à un grand gourou qu'à un curé traditionnel, et ce d'autant qu'il s'appuie sur des gens au casier judiciaire bien fourni.
Un beau jour quelqu'un appuie sur la détente; un clown décède sous les yeux d'un enfant qui restera traumatisé à jamais au point d'en perdre la parole. On croise aussi un journaliste rayé qui prend du galon au fil de l'histoire au point de se muer en enquêteur qui au final mettra à jour le profil du tueur ainsi que celui du commanditaire du crime.
Le tout raconté en près de trois tomes et 200 pages avec de nombreux flash backs, qui éclaireront peu à peu le lecteur sur cette véritable affaire criminelle.
Cette série est une véritable réussite. Même si cette histoires d'un ecclésiastique allié à des repris de justice pourra manquer de crédibilité. Mais après tout, pourquoi pas, l'église catholique n'a t- elle pas été ébranlée par de nombreux scandales?
Le dessin de Laurent Hirn est superbe, les couleurs utilisées également et servent à merveille un récit dense et foisonnant.
Un récit qui nous montre que le rire reste finalement une des meilleures armes contre la misère et le malheur, bien plus que la croyance en une divinité abstraite. Une vraie réussite!
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Le Désespoir du Singe
Je découvre ce jour cette BD déjà ancienne et c'est une véritable bonne surprise. Dans un pays imaginaire, mais qui pourrait en rappeler beaucoup, une tragique histoire d'amour prend place au milieu d'un vent révolutionnaire qui n'épargne personne. Au-delà d'un dessin très épuré que j'ai mis un peu de temps à apprécier, l'intrigue m'a beaucoup plu. Sans temps mort, avec des aspects oniriques, je pense particulièrement au tome 2 "Le désert d'épaves", le lecteur est happé par les évènements et j'ai eu envie de découvrir la suite. Bien que le contexte dans lequel se déroule le récit soit très sombre, c'est de l'instauration d'une dictature qu'il s'agit et des résistants qui luttent pour retrouver un peu de liberté, malgré ce contexte donc, il y a un je ne sais quoi qui rend les choses assez lumineuses par instants, sans doute est ce cet amour impossible entre un ancien peintre et une passionaria révolutionnaire. Un mot des couleurs assez belles dans l'ensemble qui rehaussent le récit. Pour moi c'est une belle découverte et j'en conseille la lecture.
L'Encre du Passé
Positivement fabuleux, "L'encre du passé" est une œuvre grandiose tant au niveau du scénario qu'au niveau du dessin. Dire que l'on s'y croirait est un euphémisme, quelle grâce, quelle subtilité, quelle finesse dans le tracé où quelques traits de couleurs plus pétantes, le noir, le rouge, viennent magnifier le sépia qui domine le reste de ce récit lent qui prend son temps. L'histoire est belle, celle d'une transmission, magnifiquement dessinée. Je suis littéralement tombé sous le charme. Voilà une de ces lectures qui vous donne un sentiment d'apaisement, tout simplement de beauté. Je m'arrête là, je reste un peu muet devant cet objet. Si, à lire bien sûr et à posséder dans sa bibliothèque pour tout amoureux des belles choses.
Guide Sublime
Je trouve les dessins très chouettes, les personnages judicieusement à l'étroit dans leur case, bien mis en page. Un trait gras et propre comme une vraie dictature. Des couleurs en aplats contrastés. Le dictateur est particulièrement crétin mais ses seconds ne sont pas mal non plus. Ils vivent dans la peur mais aussi essayent d'assouvir leurs propres fantasmes par procuration en suggérant au guide de nouvelles idées, tout aussi stupides que celles de leur patron. Voyant le vide abyssal du résultat, le guide fait appel à un collègue dictateur africain (il passe rapidement par-dessus ses préjugés raciaux dans la mesure où ça peut servir ses intérêts...) pour prendre des conseils... Mais sa frustration n'est en rien assouvie. La définition de la dictature, ce serait donc réaliser tous les fantasmes, et s'apercevoir que la frustration reste intacte... C'est drôle, pas bête, mais un peu vite lu (peu de détails à redécouvrir plus tard dans le dessin, des pages de 4 cases)... Je rajoute que l'adjectif caoutchouteux utilisé par Blue boy pour désigner le trait est particulièrement bien choisi. C'est exactement ça. Et si je pensais que je n'allais pas le relire, je me trompais : avant de s'endormir, des fois, ça fait plaisir de relire une petite réplique de ce dictateur extraordinairement idiot et ridicule, c'est une jouissance propre à faciliter une bonne nuit de sommeil... Enfin je dis ça... Il y a sûrement d'autres moyens...
Les Aventures de Kouakou
C'est une BD qui a égayé ma jeunesse et de beaucoup d'entre nous à une époque où les bandes dessinées africaines étaient à peine émergeantes, voire inexistantes. De 1977 à 1982, Animateur de ciné club à Bangui et travaillant en collaboration avec le centre culturel français (CCF) de Bangui, ce journal périodique s'est montré un outil très utile sur le plan culturel pour la découverte d'horizons inconnus pour l'élève africain et a constitué une série pratique pour la connaissance et l'apprentissage de la langue française. Moi même je suis collectionneur de cette BD (avec CALAO) et je cherche à compléter ma collection ou échanger avec ceux qui en ont en double. Je ne sais pas à quel numéro Kouakou a été arrêté. Si quelqu'un peut me le dire? Y a t il un site de téléchargement des BD Kouakou et Calao? Il serait temps de combler ce vide et le créer pour ne pas que la merveilleuse aventure de KOUAKOU en BD ne tombe dans l'oubli.
Meridia
Je me méfie toujours un peu de Thierry Gloris car ce scénariste m'a parfois déçu ; mais ici, je marche à fond dans son univers qui m'a immédiatement séduit, et de façon rapide en plus, plusieurs auteurs qui font trainer leurs récits devraient prendre exemple sur Gloris qui vous plante un monde imaginaire , des décors et une ambiance de façon ultra efficace et sans s'encombrer de lacis tortueux. Le mélange d'univers et d'époques aurait pu tourner à la pantalonnade, mais au contraire, il est très réussi, très riche et imaginatif, j'aime ce genre de concept, ça m'a rappelé un peu L'Empire de Trigan (même si là c'était de la science-fiction). Le début semble vouloir adopter un ton barbare et violent, avec des bestiaux monstrueux, des scènes sanglantes, et des gros bourrins qui s'étripent.. Plusieurs détails suscitent l'intérêt dans cette Bd qui pourrait ressembler à un fourre-tout hétéroclite, mais il n'en est rien : un régime politique matriarcal, protégé par des sortes d'amazones belliqueuses vêtues comme des Romains, des références à des dieux de plusieurs mythologies (Zeus, Hadès, Hephaïstos, Cybèle, Odin...), des décors d'édifices Renaissance voisinant avec des forteresses, une cité de style médiéval et des roitelets et seigneurs en costumes de Renaissance italienne... sans oublier une relation homosexuelle entre 2 des principaux personnages, ce qui n'est guère courant dans une Bd tout public. A cela, s'ajoutent des dialogues parfois assez crus qui tranchent avec la richesse littéraire des hors-textes (bien dans le style de Gloris). Bref, tout ceci est très plaisant à lire, et quand en plus, on a un dessin fabuleux pour illustrer tout ça, on peut carrément exulter. Le visuel est époustouflant, c'est d'une beauté inouïe, d'un hyperréalisme très pictural, avec quantité de détails, un tel soin dans les décors et les costumes que c'en est un véritable plaisir de détailler l'ensemble des cases. Voici donc une série de fantasy peu ordinaire, qui pose un univers très attirant et inventif, avec une progression bien mesurée, et qui va certainement s'amplifier dans les derniers albums.
Le Fantôme Arménien
Cela ne sera pas une œuvre qu’on retiendra pour sa partie graphique assez sommaire. Le dessin n’est pas très élégant mais il reste tout à fait correct au niveau de l’illustration. Il est vrai que c’est un peu une constante dans les bd documentaires qui axent plutôt sur le fond. Le fantôme arménien nous entraine dans le périple qu’effectue un couple de descendants en Turquie à l’occasion du 99ème anniversaire de ce tristement génocide qui divise. La Turquie nie farouchement et n’arrive pas à retrouver la paix intérieure. L’ennemi vient toujours de l’intérieur et il faut le chasser et l’éradiquer surtout s’il s’agit d’une autre culture ou d’une autre religion. Ce qui est vrai pour cet Etat est également vrai pour d’autres. C’est un retour assez douloureux pour ce couple marseillais qui va dresser simplement un état des lieux sans jugement hâtif. On apprendra que l’économie s’est effondrée suite à ce génocide car les arméniens étaient assez réputés pour leur négoce et leur savoir-faire en matière artisanale. Y avait-il une certaine forme de jalousie ? On a pu observer également le même phénomène avec les Juifs lorsque les nazis les ont exterminés en s’appropriant également leurs avoirs. Bref, ces conséquences économiques sont encore palpables de nos jours dans ces régions reculés et pauvres de la Turquie et autrefois prospères. La bd évoque également des aspects qui j’ignorais notamment sur le rôle un peu fourbe des kurdes dans l’exécution de ces populations. Malheureusement pour eux, le fait d’avoir collaboré ne les pas vraiment aider par la suite car ils sont également devenus des victimes d’un régime hégémonique voulant gommer toute différence au nom d’une préférence nationale ou d’une religion d’état. La laïcité prônée par Atatürk n’a été qu’un leurre. Aujourd’hui encore, nous avons un président qi déclare à la presse que l’égalité homme-femme est un concept contre nature. Mais bon, il prône un islam dit modéré. Je ne parlerais pas de son soutien indirect avec l’obscurantisme en descendant par exemple un chasseur allié qui ne semblait pas menacé l’intégrité de leur territoire. Alexandre le Grand se retournerait dans sa tombe s’il savait. Cette œuvre n’oppose pas un peuple contre un autre car il reconnait la place des Justes à savoir par exemple ces fonctionnaires turques qui se sont opposés à la déportation et qui l’ont payé de leur vie. Cela relate de faits mais sans entrer trop dans le détail ce que d’autres œuvres sur le sujets nous ont déjà apporté comme Medz Yeghern : Le grand mal ou encore Le Cahier à fleurs. Elle insiste également sur le fait que les descendants sur place ont du se fondre dans des mariages forcés ou l’islamisme. Je dirai que ceux qui ont pu fuir se sont également fondus aux Etats qui les ont accueillis comme la France ou les USA. On apprendra grâce à cette bd que 10% des marseillais ont une origine arménienne. Se fondre de force ou volontairement au point de perdre sa culture originelle et son identité. J’arrive parfaitement à ressentir tout cela au travers de ces témoignages poignants. Il ne faut pas rester figer sur la mémoire mais vivre sa vie et tourner enfin la page. Il serait temps près de 100 après. Je peux cependant comprendre la volonté de ce couple de collecter des preuves d’un peuple condamné à l’oubli et à l’exil. En tout cas, un très beau regard que propose cette œuvre sur l’identité arménienne pour peu qu’on soit réceptif aux drames et aux espérances de peuples lointains. Un beau moment d’humanisme en tous les cas.
Guide Sublime
Armé d’un humour féroce façon Fluide Glacial, Fabrice Erre s’attaque aux tyrans de tous poils qui, pour tromper l’ennui ou la paranoïa, laissent libre cours à leurs pulsions génocidaires. De même, il moque allègrement leurs conseillers, trop lâches pour contredire leur maître ou attendant la moindre défaillance pour prendre sa place. L’auteur prend visiblement du plaisir à tourner ces salopards en ridicule, un plaisir à la hauteur de la haine qu’il semble éprouver à leur encontre. La mise en page en gaufriers à quatre cases, assez proche du strip, colle parfaitement à la rythmique narrative endiablée. C’est dans l’ensemble assez trash, pas toujours dans la plus grande finesse, mais on est clairement dans la caricature. Il y a ici une rage saine qui s’exprime contre la bêtise des puissants les plus méchants et égratigne au passage celle des masses dociles. Comme lorsque l’empereur Bogolo, autre tyran en visite à Sublimeland, prodigue ses conseils au Guide : « Une dictature, c’est un peu comme une émission de téléréalité, on doit comprendre vite et facilement ! Faut pas oublier qu’on s’adresse à des cons… » Centré principalement sur les personnages, le trait exagérément caoutchouteux de Fabrice Erre fait très bien ressortir les expressions, que ce soit celle du Guide, paranoïaque hystérique, ou celle d’un Plonk verdâtre redoutant les réactions imprévisibles de son maître, sorte d’Iznogoud puissance 10 en mode tueur de masse. « Guide sublime », une lecture fortement conseillée en ces temps de disette humoristique, sauf bien sûr à ceux qui rêvent qu’un jour, la barbe (et pas seulement la moustache) devienne « oplikatoire »…
Bouffon
J’ai beaucoup aimé ce récit imaginé par Zidrou sur un thème qui ressemblerait un peu au Bossu de Notre-Dame. L’auteur confirme son immense talent en se diversifiant et en allant sur le terrain du conte médiéval. J’avais éprouvé quelques inquiétudes au tout début mais elles se sont vite dissipées. C’est brillant grâce à une mise en scène hors-pair. La narration est très inventive dans son classicisme. On ne perdra pas une miette jusqu’à la fin. C’est un conte certes mais qui n’est pas destiné aux enfants. Cela sera noir et cruel comme l’est la bassesse humaine. Au milieu de cela, le démon n’est pas celui que l’on croit. Il faut aller au-delà des apparences même répugnantes. Il ne suffit pas d’avoir l’air sympa pour l’être. Le bouffon est une œuvre forte à l’image de son héros qui traverse toutes les épreuves de la vie avec un magnifique courage et un cœur en or. Il arrivera à insuffler la vie au milieu de ce monde triste où la guerre et la famine font des ravages. Sombre et profond, certes mais avec un espoir. Bouffon est aujourd’hui une insulte. Cela n’a pas toujours été le cas dans l'histoire de notre pays. Il était une fois un prince pas aussi charmant que cela mais profondément humain.
Les Dingodossiers
Une série culte que j'ai découverte avant les fameuses rubriques à brac. Par hasard car mon père possédait 2 de ces albums. Et bien j'ai pris autant de plaisir à lire ces 3 tomes. Évidemment cela ne va pas aussi loin que les rubriques à brac. Tout reste plus sage et académique (années 50 obligent) mais tout le génie de Gotlib est déjà là. On a le même type de petites histoires diverses et variées. Cette série est donc une merveille qui préfigure le chef d’œuvre ultime de Gotlib (et de la bd tout court): Les rubriques à br... c'est bon on a compris ^^ D'ailleurs où sont mes albums des rubriques à brac et des dingodossiers ? Ca fait un bail que je ne les ai pas vus. Sûrement au fond de cartons poussiéreux dans la cave de mes parents ! A récupérer et à relire donc !
Le Sourire du clown
C'est l'histoire d'une banlieue, comme celles qui ont fait l'actualité ces dernières années. Une banlieue coupée de tout ou presque où se concentre la misère sociale, les populations immigrées. Et au milieu de tout cela surgit un duo de clowns qui tentent de redonner le sourire à toute une population. Seulement voilà, l'arrivée de ce duo de comiques est vue d'un très mauvais œil par le curé du coin, un curé au mœurs étranges qui ressemble bien plus à un grand gourou qu'à un curé traditionnel, et ce d'autant qu'il s'appuie sur des gens au casier judiciaire bien fourni. Un beau jour quelqu'un appuie sur la détente; un clown décède sous les yeux d'un enfant qui restera traumatisé à jamais au point d'en perdre la parole. On croise aussi un journaliste rayé qui prend du galon au fil de l'histoire au point de se muer en enquêteur qui au final mettra à jour le profil du tueur ainsi que celui du commanditaire du crime. Le tout raconté en près de trois tomes et 200 pages avec de nombreux flash backs, qui éclaireront peu à peu le lecteur sur cette véritable affaire criminelle. Cette série est une véritable réussite. Même si cette histoires d'un ecclésiastique allié à des repris de justice pourra manquer de crédibilité. Mais après tout, pourquoi pas, l'église catholique n'a t- elle pas été ébranlée par de nombreux scandales? Le dessin de Laurent Hirn est superbe, les couleurs utilisées également et servent à merveille un récit dense et foisonnant. Un récit qui nous montre que le rire reste finalement une des meilleures armes contre la misère et le malheur, bien plus que la croyance en une divinité abstraite. Une vraie réussite!