Jamais jusqu’ici, Nicoby n’avait été aussi loin. Il passe du domaine de la comédie à celui du journalisme d’investigation qui met la lumière sur l’un des plus gros scandales en France de toutes ces dernières années. Le sujet m’a particulièrement intéressé pour des motifs également professionnels. Il s’agit de la surveillance des e-mails de tout un pays.
En effet, la France de Sarkozy aurait livré au dictateur libyen Kadhafi un système de surveillance généralisée dont ce dernier se serait servi contre ses opposants politiques. Il est vrai qu’au moment du printemps arabe, la ministre MAM avait voulu prêter son assistance à la police répressive du dictateur tunisien Ben Ali afin de mâter la rébellion. On est dans le même registre mais cela va plus loin car ce n’est pas seulement une déclaration d’intention mais des faits avérés. Il est vrai que je suis complètement sidéré car j’ignorais ce qui se cachait derrière les affaires liées à la Libye et c'est plutôt grave.
Les auteurs ont réalisé un formidable travail de restitution de l’information en prenant des faits objectifs. On se rend compte de toutes les interconnections entre l’affaire Karachi, la campagne électorale de Balladur que Sarkozy avait soutenu, l’homme d’affaire sulfureux Ziad Takiedine (qui ne paie pas d’impôts) et la Libye en remontant jusqu’à l’attentat de Lockerbie.
Cette enquête va balancer pas mal de monde qui visiblement ne sont pas condamnés. Visiblement, on a considéré qu’un système de surveillance d’une population n’était pas à ranger dans la même catégorie que des armes. Or, quand on sait les effets produits, c’est totalement ignoble que d’avoir laissé passer cela et se retrancher derrière un vide juridique.
Bref, le sujet porte sur les atteintes aux libertés organisées par les services de surveillance des états démocratiques. Il faut dire que les populations sont enclines à plus de sécurité et moins de liberté dans des périodes troubles comme des attaques terroristes.
Sur le fond, la lecture n’a pas été des plus agréables malgré le dessin de Nicoby qui fait parfois dans l’humour. Sans doute, le sujet à traiter imposait d’autres choix ou un autre traitement. Ceci dit, cela n’enlève en rien la qualité de cette enquête.
Cette BD de très bonne facture possède un je ne sais quoi qui lui confère un parfum particulier qui résonne de manière "étonnante" connaissant les évènements qui se sont déroulés en Lybie ces dernières années. Qui a dit que l'histoire n'était qu'un perpétuel recommencement ?
Sous couvert de protéger ses intérêts l'Amérique, encore jeune nation, décide de soutenir un pacha plus arrangeant pour régner sur le trône de Tripoli. Une sorte d'expédition militaire montée à la va-vite et composée d'éléments disparates, mercenaires grecs, tribus berbères, s'engage dans une traversée du désert pour s'en aller reconquérir le royaume. Tout au long du récit l'on voit bien l'opposition entre ces hommes, certains combattant pour défendre des idéaux a priori nobles, d'autres beaucoup plus motivés par l'argent.
Déjà la ralpolitik est à l’œuvre et déjà les intérêts capitalistes l'emportent sur toutes autres considérations. Le général Eaton en fera l'amère expérience.
La BD possède cet avantage de nous éclairer sur des évènements méconnus de l'histoire américaine en une époque où chez nous Napoléon commençait à faire parler la poudre en Europe. J'avoue que je ne connaissais pas cet auteur ; mais le moins que l'on puisse dire est qu'il maitrise son sujet, pas de temps mort, le scénario est rythmé, le dessin correct ; pour toutes ces raisons voilà un récit plus qu'instructif et qui, même replacé dans son contexte, comporte quelques échos qui résonnent encore aujourd'hui. Peut-être pas d'achat mais à coup sûr une lecture s'impose.
J’avais trouvé les deux premiers tomes « gentils » sur une thématique délicate à traiter (les enfants malades de longue durée). Après lecture des tomes 3 et 4, j’ai le sentiment que la série a encore franchi un palier pour arriver à un excellent niveau.
Parfois naïve, cette série aborde tous les sujets et tous les aspects de la vie hospitalière sans mièvrerie mais avec beaucoup d’humour et d’humanité. On n’évite pas quelques lieux communs (le racisme, c’est mal, les infirmières sont toutes des anges, etc…) mais comme la série est avant tout destinée à un jeune public, ce genre de manichéisme basique me semble acceptable.
Au niveau du dessin le style de Ernst est clair, caricatural mais sans excès, très lisible et expressif. Un pur style humoristique franco-belge juste un peu plus carré que d’ordinaire. Il convient tout à fait pour ce genre de série.
Après 4 tomes, j’attribuerais une note de 3,5/5 à l’ensemble mais comme les derniers tomes m’ont plus plu que les premiers, j’accorde le 4/5 de moyenne.
Je m’attendais à un récit principalement historique traitant du travail des enfants dans l’Amérique de la révolution industrielle et je me suis retrouvé face au portrait d’un homme.
Et je suis loin d’être déçu tant ce portrait m’aura accroché par sa grande humanité. Le personnage est tiraillé dans ses contradictions, empli de bonnes intentions et de mauvaises actions. Un très beau portrait !
Par ailleurs, la dimension historique n’est pas oubliée puisque ce portrait, fictif, use du travail, bien réel celui-là, réalisé par un photographe au début du XXème siècle. Cette toile de fond nourrit le récit sans en constituer le thème principal. C’est un choix audacieux tant ce sujet très fort aurait pu suffire pour écrire un récit. Opter pour une voie détournée est donc très culotté à mes yeux et la preuve que Marc Malès aime surprendre et se mettre en danger.
Au niveau du visuel, hormis le fait que les personnages féminins ont tendance à se ressembler, c’est un travail impressionnant qui nous est proposé. Tout d’abord, le format à l’italienne nous sort de nos habitudes. De plus, cette horizontalité favorise les plans larges et donc apporte une dimension cinématographique au visuel. Ensuite, la colorisation sépia est en parfait accord avec le thème. Enfin, le trait de Marc Malès, très fin, permet à ce dernier de détailler ses décors sans jamais perdre de sa lisibilité.
Un album réussi à plus d’un niveau, donc. A lire !
Cet album m’a fort marqué mais je pense sincèrement que ce ne sera pas le cas pour tout le monde et que beaucoup de lecteurs risquent d’être désarçonnés par cet âpre récit.
Les auteurs nous proposent de suivre le parcours d’une jeune fille qui va se réfugier dans la folie pour fuir une réalité sinistre à souhait. C’est extrêmement sombre et tortueux mais rarement un récit aura réussi à me faire partager pareille plongée ! Et si, au début, j’ai eu quelques peines à entrer dans l’album, au fil des planches, celui-ci est réellement devenu passionnant (et touchant) à mes yeux.
Côté dessin, je ne suis pas un grand fan du trait de Didier Tronchet car je le trouve souvent « sale », trop gras, trop poussé dans son aspect caricatural. Mais, dans le cas présent, je trouve que ce style convient bien à la thématique et permet d’exprimer certains aspects du déséquilibre mental des personnages sans devoir rechercher de grands effets.
Un western australien élégant et malin.
Le scénario se construit comme le piège qu'un homme met en place sur son lit de mort. La voix off est celle du mort, elle est très bien écrite : le vocabulaire et la tournure des phrases nous rendent ce personnage familier, alors qu'on ne voit vraiment son visage que dans les dernières pages.
Le dessin, dans une ligne claire sensuelle (si ! c'est possible) s'allie avec une couleur qui joue sur une ambiance démodée mais pas criarde. Les beaux gars et les belles nanas sont mis en valeur par des seconds couteaux bien sentis. Le shérif au grand menton, la journaliste un peu enveloppée, le fabricant de hamburgers mal rasé, le fossoyeur amoureux... Chacun remplit son rôle avec une certaine malice.
Bref, une belle mécanique à regarder se développer, et une voix pleine de personnalité.
Une bonne série se passant durant l'occupation de la France par les Allemands. Les auteurs s'attardent surtout sur la rafle qui a emmené des milliers de Juifs dans des camps de concentrations et ce avec la complicité de la police française.
L'histoire est prenante, les personnages sont attachants (j'avais vraiment envie de savoir leur destin) et le tout semble très réaliste. On voit que Richelle sait comment se documenter. Le seul reproche que je puisse faire c'est qu'il y a beaucoup de personnages et au début j'étais un peu perdu par moments.
Le dessin est pas mal au niveau du décor et des couleurs, mais j'ai parfois eu de la difficulté avec les visages que je trouve moches. Mais bon cela reste lisible donc ce n'était pas un gros problème.
La couverture m'avait tapé dans l'oeil lors de sa sortie. Mais j'avais alors d'autres priorités en termes d'achat.
Et puis je l'ai revue, j'ai feuilleté l'album, lu la très bonne interview réalisée par le sérénissime Blue Boy, et ça m'a donné envie de le lire pour de bon. Comme l'ont souligné mes camarades, le style graphique est faussement naïf, il est même assez dynamique par moments, et j'avoue que s'il ne me semble pas encore mature, il est ma foi bien agréable, aidé par un traitement des couleurs peut-être un peu basique, mais qui n'agresse pas les yeux.
On est vraiment transporté dans cet Enfer vert, source de vie et de mort, et ces deux jeunes gens que tout oppose ou presque. Une histoire assez simple au final, et qui se révèle assez intelligente et bien menée, et pourrait même donner lieu à une suite, en effet...
Une découverte sympathique, qui vaut un 3,5/5, arrondi à 4 en guise d'encouragement.
Voilà une interprétation de Lucky Luke qui est diablement habile !
Tout y est : le saloon enfumé, la petite ville à l'atmosphère pesante, l'attaque de la diligence, les chercheurs d'or, le shérif corrompu, la foule des lyncheurs, les indiens… Le tout décliné de façon sérieuse, sans chercher à pasticher l'humour habituel de la série.
Et il faut finalement un énorme talent pour parvenir à créer du neuf avec des codes et clichés aussi rebattus.
Un talent que Matthieu Bonhomme maîtrise visiblement à la perfection. Il propose ici une version des aventures de « l'homme qui tire plus vite que son ombre » qui constitue un magnifique hommage à la série-mère, mais aussi une véritable déclaration d'amour au genre western, à travers un scénario impeccable dans son classicisme.
L'histoire est en effet bourrée de clins d'œil, en référence à tous les westerns, aussi bien à ceux de l'âge d'or hollywoodien – L'homme qui tua Liberty Valance bien sûr, mais aussi Le train sifflera trois fois ou des films moins connus comme La première balle tue – qu'à leurs avatars plus tardifs… Quand Lucky Luke lance à un gamin « c'est mal de tuer un homme, petit… tu lui retires tout ce qu'il a et tout ce qu'il aurait pu avoir », il reprend presque mot pour mot les paroles de Will Munny, le vieux tueur d'Impitoyable. Au cimetière, on peut voir la tombe de Charly Hutter, compagnon de Wild Bill Hickock, mais aussi celle d'un certain Morris from Bevere (“Maurice de Bevere” est le vrai nom de Morris, le créateur de Lucky Luke)…
L'auteur sait aussi décliner l'univers de Lucky Luke. Et après presque 80 albums, c'est un exploit que de parvenir à être original.
On découvre par exemple comment Lucky Luke a cessé de fumer, et c'est plus rigolo que la triste réalité (Morris a échangé la clope de son héros contre un brin d'herbe en 1983 pour des raison mercantiles et politiquement correctes, afin de vendre albums, dessins animés et produits dérivés aux États-Unis).
L'homme qui tua Lucky Luke doit par ailleurs être le seul album de Lucky Luke dans lequel notre héros affronte une vraie pluie battante (Morris n'aimait pas dessiner la pluie, ça l'ennuyait).
Pour ce qui est du dessin, je suis tout aussi enthousiaste. Matthieu Bonhomme réalise un sans faute. À l'aise dans les plans larges “en cinémascope”, autant que lorsqu'il faut serrer le cadrage lors d'un duel, variant les angles de caméra, il fait œuvre de cinéaste et restitue magistralement toutes les images que l'on attend d'un bon western. Il ne cherche pas à copier Morris et adopte un style semi réaliste qui me fait un peu penser aux premiers albums de Buddy Longway.
Je mets en revanche un gros bémol pour la mise en couleur : beaucoup de cases colorisées en bichromie, avec des personnages monochromes sur fond uni… Je ne comprends pas bien les choix de l'auteur ; c'est un peu son style (voir Texas Cowboys), certes… et on peut le voir comme un hommage aux colorisations des albums des années 1970, que l'on rencontre chez Derib (Go West), ou dans les premiers Blueberry.
C'est parfois assez réussi (voir la belle planche 2 quand le héros chevauche vers Froggy Town de nuit sous la pluie, digne de l'arrivée du pasteur dans Pale Rider), mais par moments hideux (par exemple, la septième case de la planche 39 met en scène des personnages roses sur fond orange… un cauchemar pour daltonien !).
Je crois qu'il aurait peut-être dû faire appel à un coloriste. Du coup, j'envie Hervé qui a opté pour une version noir & blanc.
L'homme qui tua Lucky Luke était annoncé et attendu comme un des albums de l'année ; il tient bien ses promesses et a tout pour devenir un futur classique !
Wouaw!! Une claque graphique, Mr Sorel fait ici dans le lumineux et le moins que l'on puisse dire est que cela lui réussit parfaitement. Dans ma bouche c'est un compliment mais à certains instants j'y ai vu des réminiscences d'un A. Alice ou d'un Xavier. Certaines planches sont superbes que se soit des scènes de désert ou l'interprétation de la ville de Babylone, pour une fois un auteur peut s'empêcher de vouloir nous dessiner les fameux jardins et malgré tout donner une force exceptionnelle à ce qu'il nous montre. Même si le graphisme n'a rien a voir je n'ai pu egalement faire autrement que penser à la Carthage du Salammbô de Druillet.
Vous l'aurez compris je suis totalement emballé par le dessin de Sorel, déjà puissant sur quelques planches de "L'île des morts', ici il semble avoir atteint une plénitude, une maturité dégagées d'artifices un peu pompeux que l'on pouvait trouver sur "Gorn".
Serge Le tendre, saviez vous que l'homme était un scénariste hors pair, plaisanterie bien sur, personne n'a oublié "La quête" et les aventure de Pelisse qui en fit baver plus d'un, Pelisse pas la quête dont votre serviteur je l'avoue. Sans jeu de mot l'on pourrait dire que sa réinterprétation du mythe fondateur des grandes religions monothéistes est diabolique. L'explication qu'il nous en donne est parfaitement maitrisée sans ajout d'un quelconque fantastique de mauvais aloi.
Nous sommes donc conviés avec cette lecture à une réflexion sur le pouvoir, le bien, le mal, le libre arbitre.
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Grandes oreilles et bras cassés
Jamais jusqu’ici, Nicoby n’avait été aussi loin. Il passe du domaine de la comédie à celui du journalisme d’investigation qui met la lumière sur l’un des plus gros scandales en France de toutes ces dernières années. Le sujet m’a particulièrement intéressé pour des motifs également professionnels. Il s’agit de la surveillance des e-mails de tout un pays. En effet, la France de Sarkozy aurait livré au dictateur libyen Kadhafi un système de surveillance généralisée dont ce dernier se serait servi contre ses opposants politiques. Il est vrai qu’au moment du printemps arabe, la ministre MAM avait voulu prêter son assistance à la police répressive du dictateur tunisien Ben Ali afin de mâter la rébellion. On est dans le même registre mais cela va plus loin car ce n’est pas seulement une déclaration d’intention mais des faits avérés. Il est vrai que je suis complètement sidéré car j’ignorais ce qui se cachait derrière les affaires liées à la Libye et c'est plutôt grave. Les auteurs ont réalisé un formidable travail de restitution de l’information en prenant des faits objectifs. On se rend compte de toutes les interconnections entre l’affaire Karachi, la campagne électorale de Balladur que Sarkozy avait soutenu, l’homme d’affaire sulfureux Ziad Takiedine (qui ne paie pas d’impôts) et la Libye en remontant jusqu’à l’attentat de Lockerbie. Cette enquête va balancer pas mal de monde qui visiblement ne sont pas condamnés. Visiblement, on a considéré qu’un système de surveillance d’une population n’était pas à ranger dans la même catégorie que des armes. Or, quand on sait les effets produits, c’est totalement ignoble que d’avoir laissé passer cela et se retrancher derrière un vide juridique. Bref, le sujet porte sur les atteintes aux libertés organisées par les services de surveillance des états démocratiques. Il faut dire que les populations sont enclines à plus de sécurité et moins de liberté dans des périodes troubles comme des attaques terroristes. Sur le fond, la lecture n’a pas été des plus agréables malgré le dessin de Nicoby qui fait parfois dans l’humour. Sans doute, le sujet à traiter imposait d’autres choix ou un autre traitement. Ceci dit, cela n’enlève en rien la qualité de cette enquête.
Tripoli
Cette BD de très bonne facture possède un je ne sais quoi qui lui confère un parfum particulier qui résonne de manière "étonnante" connaissant les évènements qui se sont déroulés en Lybie ces dernières années. Qui a dit que l'histoire n'était qu'un perpétuel recommencement ? Sous couvert de protéger ses intérêts l'Amérique, encore jeune nation, décide de soutenir un pacha plus arrangeant pour régner sur le trône de Tripoli. Une sorte d'expédition militaire montée à la va-vite et composée d'éléments disparates, mercenaires grecs, tribus berbères, s'engage dans une traversée du désert pour s'en aller reconquérir le royaume. Tout au long du récit l'on voit bien l'opposition entre ces hommes, certains combattant pour défendre des idéaux a priori nobles, d'autres beaucoup plus motivés par l'argent. Déjà la ralpolitik est à l’œuvre et déjà les intérêts capitalistes l'emportent sur toutes autres considérations. Le général Eaton en fera l'amère expérience. La BD possède cet avantage de nous éclairer sur des évènements méconnus de l'histoire américaine en une époque où chez nous Napoléon commençait à faire parler la poudre en Europe. J'avoue que je ne connaissais pas cet auteur ; mais le moins que l'on puisse dire est qu'il maitrise son sujet, pas de temps mort, le scénario est rythmé, le dessin correct ; pour toutes ces raisons voilà un récit plus qu'instructif et qui, même replacé dans son contexte, comporte quelques échos qui résonnent encore aujourd'hui. Peut-être pas d'achat mais à coup sûr une lecture s'impose.
Boule à zéro
J’avais trouvé les deux premiers tomes « gentils » sur une thématique délicate à traiter (les enfants malades de longue durée). Après lecture des tomes 3 et 4, j’ai le sentiment que la série a encore franchi un palier pour arriver à un excellent niveau. Parfois naïve, cette série aborde tous les sujets et tous les aspects de la vie hospitalière sans mièvrerie mais avec beaucoup d’humour et d’humanité. On n’évite pas quelques lieux communs (le racisme, c’est mal, les infirmières sont toutes des anges, etc…) mais comme la série est avant tout destinée à un jeune public, ce genre de manichéisme basique me semble acceptable. Au niveau du dessin le style de Ernst est clair, caricatural mais sans excès, très lisible et expressif. Un pur style humoristique franco-belge juste un peu plus carré que d’ordinaire. Il convient tout à fait pour ce genre de série. Après 4 tomes, j’attribuerais une note de 3,5/5 à l’ensemble mais comme les derniers tomes m’ont plus plu que les premiers, j’accorde le 4/5 de moyenne.
Mettez des mots sur votre colère
Je m’attendais à un récit principalement historique traitant du travail des enfants dans l’Amérique de la révolution industrielle et je me suis retrouvé face au portrait d’un homme. Et je suis loin d’être déçu tant ce portrait m’aura accroché par sa grande humanité. Le personnage est tiraillé dans ses contradictions, empli de bonnes intentions et de mauvaises actions. Un très beau portrait ! Par ailleurs, la dimension historique n’est pas oubliée puisque ce portrait, fictif, use du travail, bien réel celui-là, réalisé par un photographe au début du XXème siècle. Cette toile de fond nourrit le récit sans en constituer le thème principal. C’est un choix audacieux tant ce sujet très fort aurait pu suffire pour écrire un récit. Opter pour une voie détournée est donc très culotté à mes yeux et la preuve que Marc Malès aime surprendre et se mettre en danger. Au niveau du visuel, hormis le fait que les personnages féminins ont tendance à se ressembler, c’est un travail impressionnant qui nous est proposé. Tout d’abord, le format à l’italienne nous sort de nos habitudes. De plus, cette horizontalité favorise les plans larges et donc apporte une dimension cinématographique au visuel. Ensuite, la colorisation sépia est en parfait accord avec le thème. Enfin, le trait de Marc Malès, très fin, permet à ce dernier de détailler ses décors sans jamais perdre de sa lisibilité. Un album réussi à plus d’un niveau, donc. A lire !
Ma Vie en l'air
Cet album m’a fort marqué mais je pense sincèrement que ce ne sera pas le cas pour tout le monde et que beaucoup de lecteurs risquent d’être désarçonnés par cet âpre récit. Les auteurs nous proposent de suivre le parcours d’une jeune fille qui va se réfugier dans la folie pour fuir une réalité sinistre à souhait. C’est extrêmement sombre et tortueux mais rarement un récit aura réussi à me faire partager pareille plongée ! Et si, au début, j’ai eu quelques peines à entrer dans l’album, au fil des planches, celui-ci est réellement devenu passionnant (et touchant) à mes yeux. Côté dessin, je ne suis pas un grand fan du trait de Didier Tronchet car je le trouve souvent « sale », trop gras, trop poussé dans son aspect caricatural. Mais, dans le cas présent, je trouve que ce style convient bien à la thématique et permet d’exprimer certains aspects du déséquilibre mental des personnages sans devoir rechercher de grands effets.
Le Crime qui est le tien
Un western australien élégant et malin. Le scénario se construit comme le piège qu'un homme met en place sur son lit de mort. La voix off est celle du mort, elle est très bien écrite : le vocabulaire et la tournure des phrases nous rendent ce personnage familier, alors qu'on ne voit vraiment son visage que dans les dernières pages. Le dessin, dans une ligne claire sensuelle (si ! c'est possible) s'allie avec une couleur qui joue sur une ambiance démodée mais pas criarde. Les beaux gars et les belles nanas sont mis en valeur par des seconds couteaux bien sentis. Le shérif au grand menton, la journaliste un peu enveloppée, le fabricant de hamburgers mal rasé, le fossoyeur amoureux... Chacun remplit son rôle avec une certaine malice. Bref, une belle mécanique à regarder se développer, et une voix pleine de personnalité.
Opération Vent Printanier
Une bonne série se passant durant l'occupation de la France par les Allemands. Les auteurs s'attardent surtout sur la rafle qui a emmené des milliers de Juifs dans des camps de concentrations et ce avec la complicité de la police française. L'histoire est prenante, les personnages sont attachants (j'avais vraiment envie de savoir leur destin) et le tout semble très réaliste. On voit que Richelle sait comment se documenter. Le seul reproche que je puisse faire c'est qu'il y a beaucoup de personnages et au début j'étais un peu perdu par moments. Le dessin est pas mal au niveau du décor et des couleurs, mais j'ai parfois eu de la difficulté avec les visages que je trouve moches. Mais bon cela reste lisible donc ce n'était pas un gros problème.
Kanopé
La couverture m'avait tapé dans l'oeil lors de sa sortie. Mais j'avais alors d'autres priorités en termes d'achat. Et puis je l'ai revue, j'ai feuilleté l'album, lu la très bonne interview réalisée par le sérénissime Blue Boy, et ça m'a donné envie de le lire pour de bon. Comme l'ont souligné mes camarades, le style graphique est faussement naïf, il est même assez dynamique par moments, et j'avoue que s'il ne me semble pas encore mature, il est ma foi bien agréable, aidé par un traitement des couleurs peut-être un peu basique, mais qui n'agresse pas les yeux. On est vraiment transporté dans cet Enfer vert, source de vie et de mort, et ces deux jeunes gens que tout oppose ou presque. Une histoire assez simple au final, et qui se révèle assez intelligente et bien menée, et pourrait même donner lieu à une suite, en effet... Une découverte sympathique, qui vaut un 3,5/5, arrondi à 4 en guise d'encouragement.
Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme (L'Homme qui tua Lucky Luke / Wanted Lucky Luke)
Voilà une interprétation de Lucky Luke qui est diablement habile ! Tout y est : le saloon enfumé, la petite ville à l'atmosphère pesante, l'attaque de la diligence, les chercheurs d'or, le shérif corrompu, la foule des lyncheurs, les indiens… Le tout décliné de façon sérieuse, sans chercher à pasticher l'humour habituel de la série. Et il faut finalement un énorme talent pour parvenir à créer du neuf avec des codes et clichés aussi rebattus. Un talent que Matthieu Bonhomme maîtrise visiblement à la perfection. Il propose ici une version des aventures de « l'homme qui tire plus vite que son ombre » qui constitue un magnifique hommage à la série-mère, mais aussi une véritable déclaration d'amour au genre western, à travers un scénario impeccable dans son classicisme. L'histoire est en effet bourrée de clins d'œil, en référence à tous les westerns, aussi bien à ceux de l'âge d'or hollywoodien – L'homme qui tua Liberty Valance bien sûr, mais aussi Le train sifflera trois fois ou des films moins connus comme La première balle tue – qu'à leurs avatars plus tardifs… Quand Lucky Luke lance à un gamin « c'est mal de tuer un homme, petit… tu lui retires tout ce qu'il a et tout ce qu'il aurait pu avoir », il reprend presque mot pour mot les paroles de Will Munny, le vieux tueur d'Impitoyable. Au cimetière, on peut voir la tombe de Charly Hutter, compagnon de Wild Bill Hickock, mais aussi celle d'un certain Morris from Bevere (“Maurice de Bevere” est le vrai nom de Morris, le créateur de Lucky Luke)… L'auteur sait aussi décliner l'univers de Lucky Luke. Et après presque 80 albums, c'est un exploit que de parvenir à être original. On découvre par exemple comment Lucky Luke a cessé de fumer, et c'est plus rigolo que la triste réalité (Morris a échangé la clope de son héros contre un brin d'herbe en 1983 pour des raison mercantiles et politiquement correctes, afin de vendre albums, dessins animés et produits dérivés aux États-Unis). L'homme qui tua Lucky Luke doit par ailleurs être le seul album de Lucky Luke dans lequel notre héros affronte une vraie pluie battante (Morris n'aimait pas dessiner la pluie, ça l'ennuyait). Pour ce qui est du dessin, je suis tout aussi enthousiaste. Matthieu Bonhomme réalise un sans faute. À l'aise dans les plans larges “en cinémascope”, autant que lorsqu'il faut serrer le cadrage lors d'un duel, variant les angles de caméra, il fait œuvre de cinéaste et restitue magistralement toutes les images que l'on attend d'un bon western. Il ne cherche pas à copier Morris et adopte un style semi réaliste qui me fait un peu penser aux premiers albums de Buddy Longway. Je mets en revanche un gros bémol pour la mise en couleur : beaucoup de cases colorisées en bichromie, avec des personnages monochromes sur fond uni… Je ne comprends pas bien les choix de l'auteur ; c'est un peu son style (voir Texas Cowboys), certes… et on peut le voir comme un hommage aux colorisations des albums des années 1970, que l'on rencontre chez Derib (Go West), ou dans les premiers Blueberry. C'est parfois assez réussi (voir la belle planche 2 quand le héros chevauche vers Froggy Town de nuit sous la pluie, digne de l'arrivée du pasteur dans Pale Rider), mais par moments hideux (par exemple, la septième case de la planche 39 met en scène des personnages roses sur fond orange… un cauchemar pour daltonien !). Je crois qu'il aurait peut-être dû faire appel à un coloriste. Du coup, j'envie Hervé qui a opté pour une version noir & blanc. L'homme qui tua Lucky Luke était annoncé et attendu comme un des albums de l'année ; il tient bien ses promesses et a tout pour devenir un futur classique !
J'ai tué Abel
Wouaw!! Une claque graphique, Mr Sorel fait ici dans le lumineux et le moins que l'on puisse dire est que cela lui réussit parfaitement. Dans ma bouche c'est un compliment mais à certains instants j'y ai vu des réminiscences d'un A. Alice ou d'un Xavier. Certaines planches sont superbes que se soit des scènes de désert ou l'interprétation de la ville de Babylone, pour une fois un auteur peut s'empêcher de vouloir nous dessiner les fameux jardins et malgré tout donner une force exceptionnelle à ce qu'il nous montre. Même si le graphisme n'a rien a voir je n'ai pu egalement faire autrement que penser à la Carthage du Salammbô de Druillet. Vous l'aurez compris je suis totalement emballé par le dessin de Sorel, déjà puissant sur quelques planches de "L'île des morts', ici il semble avoir atteint une plénitude, une maturité dégagées d'artifices un peu pompeux que l'on pouvait trouver sur "Gorn". Serge Le tendre, saviez vous que l'homme était un scénariste hors pair, plaisanterie bien sur, personne n'a oublié "La quête" et les aventure de Pelisse qui en fit baver plus d'un, Pelisse pas la quête dont votre serviteur je l'avoue. Sans jeu de mot l'on pourrait dire que sa réinterprétation du mythe fondateur des grandes religions monothéistes est diabolique. L'explication qu'il nous en donne est parfaitement maitrisée sans ajout d'un quelconque fantastique de mauvais aloi. Nous sommes donc conviés avec cette lecture à une réflexion sur le pouvoir, le bien, le mal, le libre arbitre. Messieurs un seul mot, chapeau bas. Forcément à lire