Les derniers avis (31976 avis)

Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série L'Apocalypse selon Magda
L'Apocalypse selon Magda

Que voilà une belle et heureuse surprise. Mon camarade précédent a pratiquement tout dit et je ne peux qu'aller dans son sens concernant ce pavé ( 200 pages ) mais qui se lit très bien sans aucun temps mort avec un sens du rythme efficace au possible. Cette Magda que nous suivons dans l'année qui précède la mort annoncée de la civilisation est bougrement attachante, nous sommes loin de l'iconographie habituelle qui nous montre l'ado en rébellion perpétuelle, encore que, et ses réactions sont montrées avec un naturel que j'ai trouvé assez désarmant. Par petites touches qui font montre d'une grande sensibilité les auteurs nous plongent au cœur des angoisses vécues par cette ado. Un mot sur le dessin et la colorisation le tout en teintes très douces, j'ai pas dit mièvres, qui apportent ce petit plus qui fait que l'on s'immerge sans peine dans le récit. Le dessin d'un aspect relativement simple est bougrement efficace rendant parfaitement compte des expressions au niveau des visages. Une lecture que je recommande chaudement à l'heure ou les récits apocalyptiques regorgent de zombies et voir les choses sous un autre aspect possède quelque chose de rafraichissant, à consommer sans modération!!

01/04/2016 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Odeur des garçons affamés
L'Odeur des garçons affamés

La simple mention de Frederik Peeters à la réalisation de cet album au titre étrange suffit à « affamer » les bédéphiles. Avec cet auteur suisse dont le talent et la créativité ne se sont jamais démentis au fil de sa biographie, nous avons une fois encore droit à une œuvre surprenante, et si le scénario n’est pas signé du créateur des « Pilules bleues », on se doute que sa collaboration avec Loo Hui Phang ne s’est pas faite par hasard, hormis le fait que tous deux se soient rencontrés par le biais des Editions Atrabile où ils sont régulièrement publiés. La scénariste d’origine laotienne livre ici un récit d’une grande richesse où le réel dialogue en permanence avec l’invisible, un terrain où le dessinateur est toujours parfaitement à l’aise. Comme son titre le suggère, « L’Odeur des garçons affamés » parle avant tout du désir, ce désir irrépressible qui submerge toutes les conventions d’une réalité rassurante lorsque celle-ci se dissout devant l’irruption de l’inconnu ou de la mort ricanante. Un désir symbolisé par ces troupeaux de mustangs écumant les immenses plaines du Texas, des chevaux sauvages également porteurs de mort, détruisant tout sur leur passage. Mais la mort est partout dans ces paysages grandioses et désertiques. Mustangs, coyotes, et cet inquiétant chasseur de primes au visage cadavérique, toujours en embuscade, personnification d’une civilisation mortifère ne faisant que renforcer la tournure fantastique de l’histoire. Et puis il y a les dons, surnaturels ou trafiqués, de Milton et Forrest. Le jeune garçon communique par télépathie avec les chevaux, tandis que le photographe sait truquer des portraits en y insérant des ectoplasmes, une arnaque juteuse dont il abusait, lorsqu’il vivait à Londres, pour rassurer les clients naïfs affectés par la mort d’un proche. D’autres événements étranges s’accumulent, comme ces mystérieux signes tribaux sur les photos de Forrest - l’effet boomerang sans doute -, font vaciller les repères et installent le trouble dans un jeu silencieux où chacun s’observe, telle cette scène où Forrest est épié par le chasseur de primes, lui-même surveillé par le vieux chef comanche, lequel viendra un peu plus tard accoster en silence le dandy, posant sur lui un regard amusé mais empreint de bienveillance. Un personnage silencieux et récurrent, marquant de fait, apportant une envoûtante touche chamanique à l’histoire. Dans ce contexte de menace plus ou moins prégnante, chacun va tenter de cohabiter avec l’autre. Le récit joue à fond avec les caractères antagonistes de l’ingénieur et du photographe : volonté de contrôle absolu versus quête d’absolu. Stingley, qui veut bâtir sa ville en plein territoire comanche, représente la waspitude mysogine la plus détestable, tandis que Forrest l’artiste raffiné et sensible tente d’exister sous l’autorité de l’ingénieur, qui profite de son statut de fugitif pour mieux le dominer, tout comme il exploite avec cruauté le jeune larbin à la silhouette gracile. Mais Forrest, qui a un goût pour les jeunes éphèbes « affamés », va vite s’enticher de Milton. Celui-ci va fournir au beau photographe l’occasion de découvrir des territoires qu’il avait toujours voulu ignorer en matière sexuelle, mais à ce stade, impossible d'en dire plus au risque de spoiler l'histoire. Graphiquement, Frederik Peeters reste au meilleur de sa forme avec son trait précis et élégant soutenu par une mise en couleur équilibrée. De même l’auteur sait parfaitement régler ses cadrages pour souligner un regard ou une attitude. Il faut relever la trouvaille consistant à entamer chacun des trois chapitres par des images inversées, comme si l’on regardait à travers l’objectif de Forrest. Peut-être un gimmick destiné à rappeler au lecteur la nécessité de changer de perspective devant un paysage nouveau comme on le ferait devant une situation inédite. Quant aux dialogues de Loo Hui Phang, ils sont d’une bonne qualité littéraire, tout en subtilité. Très bien construit, le récit lui-même réserve quelques beaux moments d’émotion. Après en avoir tant dit, c’est peu dire que ce one-shot s’impose comme un immense coup de cœur pour l’auteur de ces lignes. Un très léger bémol peut-être quant à la scène finale des deux amants nus à cheval s’éloignant vers l’horizon, mais qui pourra susciter des avis partagés. Un rien convenue, presque à l’eau de rose, ce que font oublier les deux beaux personnages, mais aussi d’une exquise poésie érotique. Allez, je l’avoue, il est probable que ce bémol soit motivé par un début de jalousie – ceux qui me connaissent comprendront que c’est de Milton, à moins que ça ne soit du cheval, dont je suis jaloux… mais gentiment jaloux bien entendu !

01/04/2016 (modifier)
Couverture de la série Tyler Cross
Tyler Cross

Je découvre ces auteurs que je ne connaissais pas. La première chose qui me dérange, c'est le dessin ; ce graphisme stylisé, géométrique, expressionniste, c'est pas terrible parce que ça crée des effets pas toujours réussis, mais bon, je finis par m'y faire. En fait, je l'accepte parce que c'est une sacrée bonne histoire, bourrée de références, qui se lit assez vite et dont le rythme rapide, carré, sec et efficace me rappelle plein de vieux films de gangsters américains des années 50, dans le style de High Sierra, L'Enigme du Chicago Express, la Peur au ventre, Gun Crazy, et plus encore Un Homme est passé... Le décor en lui-même rappelle beaucoup celui de ces films où des gangsters urbains échouent en plein Texas de bouseux bourré d'éléments folkloriques qu'une petite ville provinciale de cet acabit peut offrir. Et pourtant, c'est archi usé, tout ce scénario est rempli de clichés aussi gros que la Chevy de Tyler : une petite ville aux mains d'un magnat fort en gueule et mal dégrossi, ses fils qui occupent des postes de notables pourris jusqu'à la moelle, leurs caractères différents tels celui du shérif Randy (une vraie tête de lard sadique), celui du banquier timoré ou celui du maire (une vraie lavette)... et au milieu de tout ce beau monde, Stella, la poule blonde un peu godiche à qui le destin va lui apporter le moyen de venger la mort de son père (le pauvre type lessivé par la poisse) ; sans oublier le héros Tyler, prototype du gangster monolithique, le "heavy guy" au visage de marbre qui me fait beaucoup penser à Jack Palance, Ralph Meeker ou Lee Marvin, de vrais durs à gueule, et aussi un peu à Bogart pour son cynisme. Tout ça est vu et revu mais miraculeusement, ça passe je ne sais pas trop comment ni pourquoi, sans doute grâce à la façon de traiter le récit, car le talent de Nury parvient à recycler une trame de film noir ultra classique en insérant une violence moderne plus frénétique, digne des fusillades à la Tarantino, avec de gros flingues et un festival de macchabées, mais surtout en utilisant un dialogue en voix-off magistral ; c'est beau comme du Raymond Chandler, ça imprime un ton très roman noir qui pour moi est au moins à 80% dans la réussite de cet album. Les répliques qui claquent, c'est aussi dans le même ton excellent. J'aime bien aussi la mise en page avec de grandes cases et des cadrages cinématographiques qui vous mettent immédiatement dans l'ambiance du ciné hollywoodien de la grande époque, de même que plusieurs références littéraires à de grands romanciers U.S. comme Richard Stark, Jim Thompson ou James Ellroy sont également bien intégrées. Comme je le disais au début, seul le dessin ne me convient pas, ces visages très épurés avec menton en galoche et 2 ou 3 traits pour figurer le nez ou la bouche, je ne trouve pas que ce soit toujours très heureux, mais bon c'est comme ça, ça coûte 1 étoile à ce polar teigneux... "Tyler Cross" reste une histoire à la densité vertigineuse tout à fait tarantinienne qui pourrait fort bien être adaptée par ce génie de Quentin qui en ferait à coup sûr un film culte comme Pulp Fiction ou Reservoir Dogs. Par contre, je n'ai pas envie d'avoir une suite, ça doit rester unique pour garder sa fulgurance. ADDITIF SUR TOME 2 Bon, j'ai relu le tome 1 pour me remettre dans le bain, et j'ai hésité à lire ce tome 2 qu'on m'a prêté car comme je l'avais dit, je n'avais pas envie que le braqueur le plus hard boiled de la BD reprenne du service après l'avoir laissé filer le long de la frontière mexicaine. Résultat ? ça commence aussitôt par le décor de la prison où est amené Cross, on ne sait donc pas comment ni pourquoi il est arrivé là, la fin du tome 1 pouvant laisser penser qu'il s'en sortait ; déjà je ne trouve pas cet enchainement très réussi. Mais les 3/4 de l'album se focalisent sur la vie en taule, dans un pénitencier de bayou qui m'a rappelé encore un paquet de films du genre Luke la main froide (très proche) combiné avec La Chaîne et même Nevada Smith, où Steve McQueen allait jusqu'à se faire enfermer pour se venger et tuer un homme. Bref, l'atmosphère est bien rendue, hostile, poisseuse, cradoque, impropre à toute forme d'humanité. On voit que Nury a de solides références cinématographiques et littéraires en matière de polar, ça ne fait aucun doute. De son côté, le dessin est plus affirmé, les cadrages sont au cordeau, les masses noires sont bien réparties, la gueule de Cross a gagné en profondeur, de même que les faciès et les postures de toute la belle bande de salopards qui peuplent cette taule, à commencer par le chef Kroeker, plus amoureux de ses clebs que de son épouse Velma qui puise dans ce vivier d'hommes de quoi occuper ses nuits. Malgré toutes ces qualités, j'ai trouvé moins de densité et moins de fulgurance dans ce tome 2, pour moi il est nettement inférieur au tome 1 en qualité de récit, alors que graphiquement, il s'est amélioré, c'est pourquoi je conserve ma note qui couronne une oeuvre dans son ensemble ancrée dans un genre très codifié.

16/06/2014 (MAJ le 31/03/2016) (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme de l'Année - 1917
L'Homme de l'Année - 1917

Si l'on résumé le scénario de cet album, il apparaît convenu et prévisible. Cela commence dans les colonies d'Afrique où un jeune noir s'engage dans l'armée française à la place de son frère. Après un début de carrière courageuse, il va se retrouver à vivre la quasi totalité de la première guerre mondiale dans les tranchées avec son régiment de tirailleurs. Et quand on vous dit que l'album est sous-titrée 'le Soldat Inconnu', vous devinez comment ça va finir ? Oui mais quand l'histoire est bien racontée, avec de bons personnages et un bon graphisme, ce n'est pas grave si l'histoire parait déjà vue. Car l'intrigue est vraiment prenante et on s'attache vite à ce très brave lieutenant noir et à son bienveillant capitaine qui le suit depuis ses débuts. Côte d'Ivoire, Maroc puis Champagne, Bataille de Verdun et du Chemin des Dames, on a une vision large et vivante des guerres coloniales puis du conflit en France, sur une période allant de 1910 à 1920. Et lors des permissions, on a aussi une vision intéressante du Paris de l'époque. Le dessin est en outre assez excellent. Aussi bon pour les personnages que pour les décors, il nous plonge très vite dans les lieux et l'atmosphère d'époque sans se borner aux tranchées boueuses et à l'ambiance glauque et sombre. Je n'ai qu'un léger reproche à lui faire, de donner aux noirs des aspects un peu stéréotypés de beaux hommes musclés à la peau presque huilée. Autre reproche qu'on pourrait faire cette fois au scénario, c'est son aspect un peu manichéen, avec ce colonel arrogant, raciste et stupide qu'on voudrait voir très vite mourir alors qu'au contraire le bon héros va le sauver sans aucune récompense en retour, bien au contraire. C'est un peu agaçant et cliché mais cela sert le récit donc je peux m'en satisfaire. Bref, ce fut pour moi une lecture agréable et prenante jusqu'à la surprise finale de la dernière page qui sonne à la fois comme une touche amusante et un peu ironique mais aussi comme un hommage finalement assez beau et touchant. Belle idée, messieurs les auteurs.

31/03/2016 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Un certain Cervantès
Un certain Cervantès

L'histoire de Don Quichotte a toujours fasciné les auteurs que cela soit au cinéma, dans la littérature ou dans la bande dessinée. Voici une version pour le moins réussi façon road-movie à l'américaine. Il y a certaines valeurs qui semblent avoir disparu dans un monde de plus en plus injuste. Je ne suis pas contre certains défenseurs qui vont jusqu'au bout. Notre héros Mike Cervantès va ainsi relever tous les défis. On ne tombera pas pour autant dans une excessivité que l'on pouvait craindre. Cela reste dans le domaine du raisonnable en évitant le loufoque. Certes, les situations sont un peu originales mais c'était l'objectif. J'ai également bien aimé cette fin qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe à savoir ce côté inattendu. Le dessin est également très convenable. C'est parfois un peu longuet mais cela peut faire passer le temps si on se trouve dans un TGV pour un interminable trajet.

30/03/2016 (modifier)
Couverture de la série Anuki
Anuki

Eh bien, voilà une série qui remplit parfaitement ses objectifs - à savoir distraire un jeune public - en ne le faisant pas au rabais. En effet, le pari de raconter des histoires entièrement muettes, avec un dessin très éloigné des arrondis habituels pour les séries jeunesse, était quand même un peu osé. C'est pourtant une belle réussite. Bien sûr, cela s'adresse aux plus jeunes. Mais c'est vraiment une série à recommander pour ces jeunes pousses, qui pourront plus tard poursuivre avec Yakari. Les histoires ne sont pas forcément édifiantes, ni nunuches. C'est simple mais efficace, dans un format adapté aux petites mains. Note réelle 3,5/5.

30/03/2016 (modifier)
Par JJJ
Note: 4/5
Couverture de la série Corps et Âme
Corps et Âme

Corps et âme est une BD qui démontre qu'il est tout à fait possible de renouveler un genre, tout en utilisant un scénario des plus classiques. Cette histoire est à peu d'autres pareille, à la fois très classique dans le fond et nouvelle sur la forme. Le sel du polar est son traitement, je considère que le façon dont est racontée l'histoire est toujours plus important que l'histoire elle même. C'est le cas dans Corps et âme, avec en plus un élément inédit. Je rejoins l'avis précédent sur certains points. Quelques éléments sont utilisés avec une relative facilité et on pourrait se dire qu'effectivement tout cet ensemble va un peu vite en besogne, mais le déroulement efficace et sans temps mort compense les esquilles scénaristiques. La mise en image est réussie, certains dessins magnifiques, à l'instar des gros plans sur les yeux en ouverture ou quelques pleines pages parfaites. D'autres sont un peu moins réussies, comme pour quelques scènes d'actions par exemple, mais c'est du chipotage. L'ensemble tient la route, le point de vue est quasi cadré de façon cinematographique, idéal pour l'adaptation d'une oeuvre de Walter Hill. C'est à lire. JJJ

30/03/2016 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme de l'Année - 1894
L'Homme de l'Année - 1894

Cet album, plus que le récit d'une histoire, est un mélange entre biographie et reportage-documentaire historique. Alors que son titre indique l'affaire Dreyfus, nous n'y suivrons que peu et de loin le cas d'Alfred Dreyfus lui-même, mais par contre nous allons découvrir tous les tenants et aboutissants qui ont mené aux événements déclenchant l'Affaire Dreyfus et à l'explication de pourquoi ce fut cet officier juif qui fut désigné coupable et pourquoi son procès a pris aussi longtemps à être révisé. C'est en effet le parcours d'un certain Ferdinand Esterhazy, ancien officier français, profiteur et flambeur, que nous allons suivre car c'est bien lui le coupable de ce qui fut reproché au capitaine Dreyfus. Les auteurs nous invitent à lire une enquête historique très bien documentée. Et il faut dire que l'affaire en question est très complexe et qu'il va falloir nous présenter nombre de personnages, de contextes politiques et d'informations d'époque. Cela pourrait être totalement indigeste, et à un moment donné j'ai commencé à sentir poindre un soupçon de saturation. Mais cela passe car la narration se révèle excellente, très claire et didactique. On est plongé dans l'ambiance de la France de la seconde moitié du XIXe siècle, dans ses méandres politiques, financiers, militaires et sociaux. On comprend l'état d'esprit des protagonistes. On suit le cheminement de la pensée du fameux Esterhazy et on voit ce qui va l'amener à jouer les espions au profil de l'Allemagne, tout comme on comprend comment la France a découvert une partie des faits et comment Alfred Dreyfus a été choisi comme coupable idéal. Le récit est très bien mené, avec un dessin et une mise en page qui soutiennent de belle manière la narration. J'ai beaucoup aimé la double page représentant un jeu de l'oie où les auteurs nous résument toute la suite d'ingrédients combinés qui a mené à l'accusation de Dreyfus en elle-même. L'absence d'un véritable récit à suivre, avec un peu d'aventure ou autre, pourra rebuter certains lecteurs, mais sur le plan documentaire, plongée dans l'Histoire et clarification de tous les aspects de l'Affaire Dreyfus, c'est un excellent ouvrage.

30/03/2016 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Un maillot pour l'Algérie
Un maillot pour l'Algérie

Un épisode historique méconnu en lien avec la Guerre d'Algérie : en 1958, une dizaine d'Algériens, joueurs professionnels de football, ont quitté la France et leurs clubs de première division pour former de bric et de broc une équipe nationale Algérienne pour soutenir à leur manière le combat pour l'Indépendance de leur pays. Kris, Bertrand Galic et Javi Rey nous racontent les faits de manière agréable et lumineuse. Le sujet est sérieux mais la narration reste légère. Avec ces footballeurs engagés, on ne parle pas de combattants, de haine et de drame. Au contraire, les personnages transpirent la bonne humeur et passent leur temps à blaguer et à se taquiner. De même, ils n'ont aucun ressentiment envers les français et gardent d'excellents contacts avec leurs camarades joueurs de foot de leurs clubs respectifs. Et c'est ainsi qu'on les suit dans leurs pérégrinations, les hauts et les bas, entre magouilles, difficultés, recherche de notoriété et de respect, coups de publicité politique mais aussi grande réussite sportive et morale. C'est avec ce récit que on peut découvrir avec stupeur l'interdiction qu'avaient les joueurs algériens de sortir du territoire français. On peut suivre l'étrange relation entre le FLN (Front de Libération National Algérien) et cette équipe qui était pourtant sensée le représenter aux yeux du monde. Puis on peut assister à l'évolution des rencontres sportives de nos héros, d'abord face à des équipes de faible niveau du monde arabe, puis dans les pays d'Europe de l'Est face aux équipes qui ne craignaient pas les sanctions de la FIFA. Et cela jusqu'à la fin de la guerre et après. Le récit se révèle parfois un peu long car il y a beaucoup à raconter. Peut-être certains passages auraient-ils pu être résumés pour se concentrer sur d'autres. Mais la narration est fluide, les dialogues plein d'humour, et cela permet de ne pas s'ennuyer. Le tout est mis en image d'excellente manière par Javi Rey. Au-delà de décors et d'une colorisation légèrement austères, il offre un trait réaliste et dynamique plein de vie et de maîtrise. Quand il s'agit de représenter onze joueurs algériens, tous bruns, frisés et moustachus, il est facile d'en confondre quelques-uns mais il leur donne malgré tout une vraie âme visuelle qui respire la joie de vivre. C'est le récit d'une équipe de football attachante et qui inspire le respect, une équipe engagée politiquement mais qui conservera toujours son esprit sportif pour combattre à sa manière, sans haine et sans aigreur. Un récit historique lumineux, hymne au sport et à la vie.

29/03/2016 (modifier)
Par Puma
Note: 4/5
Couverture de la série Bagdad Inc.
Bagdad Inc.

J'ai lu beaucoup de Desberg et je dois avouer que si je trouve très personnellement ses scénarios rarement mauvais, je ne les trouve pas non plus excellemment convainquants. Après lecture, j’en retiens du "Bof", très souvent du "mouais". Parfois du "Ha oui,... tout de même !" Ici, j'ai été surpris par ce "Bagdad Inc." que je lui trouvais vraiment très réussi. Il semble s'être très bien documenté, et sur fond de trame historique peu connue du public, il nous délivre un thriller parfait. En grand professionnel qu'il est, le rythme est métronomique et l'histoire avance avec cohérence et complexité le long d'une intrigue vers son dénouement, à savoir, une enquête sur des crimes sordides avec un mode opératoire identique, dans un contexte difficile de guerre irakienne avec des mercenaires peu contrôlables, et un climat de menace permanente tout azimut. Legrain réalise le travail d'un parfait artisan. Aucune fulgurance ni trait de génie mais du travail bien accompli. Son dessin clair et précis, bien proportionné et parfaitement fonctionnel, avec son élégance propre, se fait tout de suite happer par le récit tant il y répond en symbiose. Pour toutes ces qualités, un bon 3,7/5

28/03/2016 (modifier)