Je trouve la production d'Erre inégale et ici on est dans le moyen.
Erre et son coscénariste se moquent des complotistes avec des gags autours d'un professeur qui enseigne des théories du complot à un élève qui gobe n'importe quoi. L'humour m'a fait sourire, mais je n'ai pas beaucoup sourire. Il faut dire que ça tourne souvent en rond même si les auteurs changent de décors dans le dernier tiers lorsque les personnages vont voyager en Écosse. Cela manque un peu de dynamisme dans la narration.
Le dessin d'Erre est du dessin humoristique sympathique et efficace.
Je découvre cet auteur original avec cet album, son premier publié en France. C’est un recueil d’histoires courtes publiées dans des revues, certaines il y a près d’une trentaine d’années, entre autres dans la très intéressante revue Garo.
J’ai emprunté au hasard cet album à la vue de sa couverture, très intrigante, qui présente la quasi-totalité des personnages que l’on va retrouver à l’intérieur (certains apparaissent dans plusieurs histoires – comme le lapin, l’écureuil Dior, les Vénusiens à tête d’écrou, etc.).
On est clairement là dans une sorte d’underground japonais. Il y a un peu de Max Andersson, de Dave Cooper dans ces histoires, et surtout certains personnages – même si c’est sans doute moins noir et décalé que ces deux auteurs (et, il faut le dire, que je ne l’avais espéré).
Le dessin est un mélange d’aspects réalistes et de déformations du réel (l’auteur déforme volontairement les visages, joue sur une certaine laideur). De la même façon, les histoires distordent le réalisme, jouent sur une sorte de surréalisme. Esprits rationnels ou amateurs exclusifs de dessin franco-belges classiques s’abstenir !
Un peu d’absurde, quelques petites touches trash (mais pas trop finalement), un peu d’amertume. L’ensemble est inclassable, et inégal.
Au final, je suis sorti un peu déçu, car je croyais avoir trouvé une perle rare. Mais, même si j’attendais peut-être autre chose, il n’en reste pas moins que j’ai apprécié de découvrir cet auteur, et je suis curieux de voir ce qu’il a produit depuis (avis aux éditeurs !).
Je mets 3 étoiles, parce que l’album possède quand même certaines qualités. Un bon dessin, une lecture pas désagréable, et la découverte (pour moi au moins) d’un personnage finalement haut en couleurs, à la vie incroyable, Jean Lafitte. J’ai d’ailleurs cru que c’était un personnage inventé ici pour dynamiser l’intrigue, mais une recherche rapide m’a confirmé son existence. Voilà un personnage qui mériterait d’avoir une biographie en BD, il y a de quoi faire !
Ce sont d’ailleurs les nombreux flash-backs autour de la vie aventureuse de ce Lafitte qui font le sel de l’histoire. Il vole largement la vedette à Marx, dont l’exfiltration de France vers l’Angleterre, au moment où il rédige et publie son Manifeste, reste ici très en retrait.
Finalement, je regrette que les auteurs n’aient pas décidé de ne traiter que la vie de Lafitte, et d’oublier le reste. Cela aurait éviter les flash-backs, un peu artificiels, et les passages de moindre intérêt. Car du coup le matériau le plus intéressant est sous-employé, au profit de partie du récit plus anecdotiques.
J’ai des petites choses à redire mais j’ai bien aimé ma lecture. Un album sympathique que je vous encourage à ne pas bouder si vous en avez l’occasion.
Grâce à lui, Mario Marret ne m'est plus un inconnu, un homme intéressant aux multiples vies. Les 2 auteures reconstituent de manière chronologique son parcours rempli d’engagement, toutefois nous n’éviterons pas quelques ellipses/bons temporels entre ses différentes activités. Il sera tour à tour jeune anarchiste, espion pendant la WW2, explorateur polaire (il fera partie de la première expédition en antarctique avec le commandant-charcot) dont il tirera son 1er film documentaire, avant de bifurquer vers un cinéma plus militant qui mettra en lumière beaucoup de luttes pour la première fois (il suivra des indépendantistes en Guinée, des ouvriers en grève à Besançon …), et enfin terminer psychanalyste.
Hormis pour sa dernière « carrière » c’est assez passionnant à suivre. Une vie riche au service de nombreuses causes, d’ailleurs même si on ne s’attarde pas dessus, sa vie de famille en pâtira . A travers le profil de notre personnage, la BD aborde beaucoup de thématiques, je dois avouer qu’à chaque fois ces dernières ont déjà été vues de manière plus poussées (ex : les voyages de Lepage) cependant le rendu reste très agréable et on n’est pas dans le même propos.
L’autre bonne surprise va pour le graphisme de Laure Guillebon, ça m’a fait penser au style de JP Kalonji dans In bed mais en plus réaliste et fin. En tout cas, il y a une belle douceur et délicatesse qui s’en dégagent. On prend plaisir à suivre les nombreuses planches, en plus celles en couleurs ont une très bonne fonctionnalité.
Le dossier final composé de postface, croquis, photos, filmographie, bibliographie … entérine la bonne qualité de l’ouvrage.
Ce n’est malheureusement pas le type d’album que je relirais mais une agréable lecture.
3,5
Une lecture très instructive.
Un documentaire qui découle d'une enquête minutieuse et il met à mal nos politiques, de tous bords confondus.
"La France est un État nucléaire avec un système politique organisé autour, mais surtout l'État lui-même est le lobby".
Alors oui, le nucléaire c'est très bien pour produire de l'énergie décarbonée (Le Monde sans fin), mais ce n'est pas sans risques et sans conséquences.
Ben oui, y a des "mais". Petit un, le risque zéro en sécurité n'existe pas et la catastrophe de Fukushima est là pour nous le rappeler. Petit deux, nos centrales nucléaires produisent des déchets radioactifs et ceux-ci nous amènent à cet album.
Tout commence en 1974 après la crise pétrolière de 1973 où nos politiques font le choix de l'énergie nucléaire pour l'indépendance énergétique et c'est naturellement que l'ANDRA, Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs, est créée en 1979.
Mais qui a envie de vivre à côté de ces déchets ? Moi j'ai pas envie, et toi ? On est d'accord alors.
C'est le site de Bure qui a été choisi, et celui-ci n'est pas dû au hasard. La Meuse et la Haute-Marne sont des départements très peu peuplés, donc moins de gens dans la rue pour manifester. Et enfin, une volonté des élus locaux de faire de cette région un pôle de gestion des déchets nucléaires, avec toutes les retombées économiques qui vont avec.
Un lobbying très puissant qui a coup de subventions arrive à convaincre les élus les plus récalcitrants. Une compagnie de gendarmerie sera même spécialement constituée pour protéger le site des travaux (elle réalisera aussi de nombreuses écoutes téléphoniques) et faire des environs, une zone de "non-droit" où vous pouvez être contrôlés plusieurs fois par jour. Une attestation spéciale sera même donnée aux locaux pour éviter ces désagréments.
Une lecture édifiante sur les magouilles politiciennes pour aboutir à ce projet. Édifiant aussi sur le choix d'enfouir ces déchets sous plusieurs centaines de mètres de roche. Un gouffre financier à plusieurs milliards d'euros, mais surtout cette technique n'est pas la plus sûre. Dans le monde, aucun des sites d'enfouissement des déchets radioactifs ne fonctionnent conformément aux prévisions. De nombreux incidents se sont déjà produits dans ces lieux de stockage, dont celui du Wipp aux États-Unis en 2014 (l'éclatement d'un fût contamine des ouvriers et toute l'installation souterraine).
Un documentaire très bien construit, facile à lire et à comprendre qui fait froid dans le dos.
Le dogme nucléaire n'est pas prêt d'être remis en cause !
Le dessin n'est pas ma tasse de thé, mais il accompagne sans déplaisir cette enquête rondement menée. Néanmoins, il m'empêche de mettre une meilleure note.
Pour terminer, un excellent dossier, richement documenté, en fin d'album.
A lire, évidemment !
Note réelle : 3,5.
2.5
Kazuo Kamimura nous livre la biographie d'une geisha fictive et comme c'est toujours le cas avec ce mangaka le ton est sans concession.
Il n'a aucun problème pour parler des tabous et montre la vie d'une geisha de manière cru avec des scènes glauques. On voit comment la pauvreté des années 20-40 pousse des familles à vendre leurs filles à des patronnes qui vont en faire des geishas. Notre héroïne commence comme simple apprentie qui subit les brimades et qui va finir comme geisha apprécié des hommes.
Les chapitres sont inégaux et globalement j'ai trouvé cela moyen. J'ai de la difficulté à trouver les œuvres de Kamimura captivant. Il faut dire que j'avais déjà appris bien des choses avec ''Confidences d'une prostituée'' qui contient des thèmes similaires à cet album. Pour un lecteur occidental, je pense que le principal intérêt de ses vielles histoires est de découvrir un pan de la culture nipponne qui semble si lointain pour nous avec aussi des personnages typiquement japonais avec une mentalité qui peut sembler bizarre de nos jours (du genre la geisha qui est résigner de son sort parce qu'au moins son frère et sa sœur ont eu à manger lorsqu'elle a été vendu pour un sac de riz). Comme je n'ai pas appris grand chose que je savais déjà, ben je me suis un peu ennuyé.
Ce Shadows Hills nous plonge dans une petite ville isolée des Etats-Unis. Ce récit narre l'histoire de deux soeurs, une des deux a disparue alors qu'elles étaient enfants. L'autre est maintenant une jeune adulte qui va être rapidement confronté à d'étranges phénomènes paranormaux. On suit les deux soeurs dans des chronologies différentes. C'est un fil conducteur plutôt efficace qui rythme bien le récit.
Cette histoire est un joli conte fantastique. Elle alterne les passages où Dana, enfant d'une dizaine d'années, disparait subitement. Elle suit un jeune garçonnet de son âge qui ne semble pas capable de parler. Voulant lui venir en aide, elle se retrouve à errer avec lui et ne retournera jamais chez elle. De l'autre coté, Anne voit dans le présent les habitants de son village être victime d'une bien étrange épidémie. Une sorte de boue noire les recouvre les uns après les autres. Entre découverte du problème et tentatives désespérées pour lutter contre, on suit cette quête de compréhension et la recherche d'une solution.
Le récit passe habilement de l'une à l'autre époque. C'est plutôt maitrisé car on a envie d'en apprendre plus des deux cotés. Qu'est il arrivé à la jeune fille ? Où est elle maintenant ? Que se passe t-il aujourd'hui ? Quelle est cette étrange chose qui frappe les habitants ? Tout ça se lit avec intérêt et lorsque l'histoire change de protagonistes, on a envie d'y revenir, comme dans un bon roman. Le final est également plutôt satisfaisant, accompagné d'explications qui tiennent la route et qui concluent bien l'histoire. Un bon moment de lecture.
Dark Ride est une histoire d'horreur qui se déroule dans un parc d'attractions : DevilLand, le bien nommé... Pas besoin de vous faire un dessin, on n'est pas chez Mickey vous avez compris la thématique du parc, les attractions font toutes plus flipper les unes que les autres. Ce décor est idéal pour un récit d'horreur, il contribue totalement à l'ambiance générale. Le plan du parc en fin d'album est une idée excellente. Cela donne une assez bonne vision du manège de chute libre en forme de guillotine par exemple ^^
Coté intrigue, nous avons un parc où il se passe des choses étranges. Géré par une famille extravagante (père, fils et fille), le parc est en train de perdre de sa splendeur et ferait bien de trouver quelques idées pour se renouveler. Il n'y a jamais eu d'accidents officiellement dans le parc, mais en creusant un peu, on verra vite qu'il y a eu pleins de disparitions suspectes en lien avec le parc. C'est dans ce contexte qu'on suit le jeune Owen, fan absolu du parc, tout heureux de débarquer pour son premier jour de boulot. Et ça ne va pas se passer comme prévu pour lui.
C'est un récit qui va mêler disparition, suspens, secret de famille et hémoglobine. L'histoire se tient bien, elle est découpée en chapitres qui rythment la progression de l'intrigue. Chacun se terminant par un rebondissement en forme de mini cliffhanger, histoire de donner envie d'enchainer avec le chapitre suivant. L'ambiance est sympa et bien rendue. C'est incontestablement ce parc à thème qui est un vrai plus et qui permet à cette histoire de se démarquer des autres séries du genre. A voir comment évolue la suite, mais le premier tome est plaisant. Si on n'a pas peur des trains fantômes évidement...
Axer la thématique d’un récit se déroulant dans la préhistoire sur la spiritualité et l’art est assez culotté tant nous, lecteurs de bandes dessinées, avons été habitués à des récits plus tournés vers l’aventure. Mais Fabien Grolleau maîtrise son sujet et s’est manifestement beaucoup documenté avant de se lancer dans cette histoire. Son récit a beau désarçonner, le contenu est plausible et éclaire la préhistoire sous un angle différent. Exit l’incessante lutte pour la survie face à une nature implacable et aux tribus hostiles, bienvenue dans un univers où la spiritualité et le besoin de donner un sens à la vie, une raison à la mort, des origines à la terre et aux animaux (dont l’homme) sont au centre des réflexions.
Le personnage central du récit est une femme que nous allons suivre depuis sa naissance jusqu’à ses 37 printemps. Sur ce laps de temps, elle va s’initier aux techniques picturales et les perfectionner. Surtout, elle va chercher à insuffler à ses dessin un sens divin, marquée par des visions, désireuse d’évacuer ses craintes ou de raconter l’origine fantastique de la vie.
J’ai trouvé la narration quelque fois assez obscure mais la démarche de l’auteur a le mérite de l’originalité et, comme il s’appuie sur des recherches récentes, sa vision de la préhistoire est très instructive au niveau du lien qui unit art et spiritualité.
Le dessin d’Anna Conzatti est très agréable à l’œil. Facile d’accès, avec beaucoup de rondeurs, il illustre bien cette période. Il faut dire que ce récit dispense plus d’un passage contemplatif dans lequel la nature reprend ses droits.
Même si ce n’est pas toujours facile de suivre les personnages dans leurs pensées (il m’a souvent fallu relire certains passages pour bien en comprendre le sens), je trouve que c’est une bande dessinée à lire. Elle est instructive et joliment illustrée. Par contre, très objectivement, il m’a manqué le souffle épique et si je ne regrette pas ma lecture, il n’est absolument pas dit que je relirai cet album, ne m'étant pas spécialement attaché aux personnages.
Je suis sorti de la lecture de cet album avec un ressenti mitigé. J’arrondis aux trois étoiles, parce que le dessin est globalement agréable et très fluide. Et parce que l’histoire se laisse lire (très vite d’ailleurs !), avec un rien d’envoûtant, un petit quelque chose d’étrange et dérangeant dans le récit qui nous fait tourner les pages.
En fait, Morvan arrive à nous faire gober l’improbable, et nous faire oublier, le temps de la lecture, quelques invraisemblances. A commencer par le commissaire qui, blessé, au lieu d’aller avec Appoline au commissariat (ou au lieu d’appeler des collègues en renfort, ou une ambulance), dialogue longuement avec la jeune fille/victime. Et le retournement final, que l’on voit venir, ne m’a pas non plus convaincu. De la même façon, j’ai trouvé difficile à croire le fait que le vieux type puisse commettre autant de meurtres dans son quartier sans se faire prendre.
Mais bon, comme je l’ai dit, ça se laisse quand même lire. Et le personnage d'Appoline, très ambigu, maintient l'intérêt du lecteur jusqu'au bout.
Note réelle 2,5/5.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Les Complotistes (Erre / Bernstein)
Je trouve la production d'Erre inégale et ici on est dans le moyen. Erre et son coscénariste se moquent des complotistes avec des gags autours d'un professeur qui enseigne des théories du complot à un élève qui gobe n'importe quoi. L'humour m'a fait sourire, mais je n'ai pas beaucoup sourire. Il faut dire que ça tourne souvent en rond même si les auteurs changent de décors dans le dernier tiers lorsque les personnages vont voyager en Écosse. Cela manque un peu de dynamisme dans la narration. Le dessin d'Erre est du dessin humoristique sympathique et efficace.
Une chouette vie
Je découvre cet auteur original avec cet album, son premier publié en France. C’est un recueil d’histoires courtes publiées dans des revues, certaines il y a près d’une trentaine d’années, entre autres dans la très intéressante revue Garo. J’ai emprunté au hasard cet album à la vue de sa couverture, très intrigante, qui présente la quasi-totalité des personnages que l’on va retrouver à l’intérieur (certains apparaissent dans plusieurs histoires – comme le lapin, l’écureuil Dior, les Vénusiens à tête d’écrou, etc.). On est clairement là dans une sorte d’underground japonais. Il y a un peu de Max Andersson, de Dave Cooper dans ces histoires, et surtout certains personnages – même si c’est sans doute moins noir et décalé que ces deux auteurs (et, il faut le dire, que je ne l’avais espéré). Le dessin est un mélange d’aspects réalistes et de déformations du réel (l’auteur déforme volontairement les visages, joue sur une certaine laideur). De la même façon, les histoires distordent le réalisme, jouent sur une sorte de surréalisme. Esprits rationnels ou amateurs exclusifs de dessin franco-belges classiques s’abstenir ! Un peu d’absurde, quelques petites touches trash (mais pas trop finalement), un peu d’amertume. L’ensemble est inclassable, et inégal. Au final, je suis sorti un peu déçu, car je croyais avoir trouvé une perle rare. Mais, même si j’attendais peut-être autre chose, il n’en reste pas moins que j’ai apprécié de découvrir cet auteur, et je suis curieux de voir ce qu’il a produit depuis (avis aux éditeurs !).
L'Homme de l'Année - 1848
Je mets 3 étoiles, parce que l’album possède quand même certaines qualités. Un bon dessin, une lecture pas désagréable, et la découverte (pour moi au moins) d’un personnage finalement haut en couleurs, à la vie incroyable, Jean Lafitte. J’ai d’ailleurs cru que c’était un personnage inventé ici pour dynamiser l’intrigue, mais une recherche rapide m’a confirmé son existence. Voilà un personnage qui mériterait d’avoir une biographie en BD, il y a de quoi faire ! Ce sont d’ailleurs les nombreux flash-backs autour de la vie aventureuse de ce Lafitte qui font le sel de l’histoire. Il vole largement la vedette à Marx, dont l’exfiltration de France vers l’Angleterre, au moment où il rédige et publie son Manifeste, reste ici très en retrait. Finalement, je regrette que les auteurs n’aient pas décidé de ne traiter que la vie de Lafitte, et d’oublier le reste. Cela aurait éviter les flash-backs, un peu artificiels, et les passages de moindre intérêt. Car du coup le matériau le plus intéressant est sous-employé, au profit de partie du récit plus anecdotiques.
Quatre vies de Mario Marret
J’ai des petites choses à redire mais j’ai bien aimé ma lecture. Un album sympathique que je vous encourage à ne pas bouder si vous en avez l’occasion. Grâce à lui, Mario Marret ne m'est plus un inconnu, un homme intéressant aux multiples vies. Les 2 auteures reconstituent de manière chronologique son parcours rempli d’engagement, toutefois nous n’éviterons pas quelques ellipses/bons temporels entre ses différentes activités. Il sera tour à tour jeune anarchiste, espion pendant la WW2, explorateur polaire (il fera partie de la première expédition en antarctique avec le commandant-charcot) dont il tirera son 1er film documentaire, avant de bifurquer vers un cinéma plus militant qui mettra en lumière beaucoup de luttes pour la première fois (il suivra des indépendantistes en Guinée, des ouvriers en grève à Besançon …), et enfin terminer psychanalyste. Hormis pour sa dernière « carrière » c’est assez passionnant à suivre. Une vie riche au service de nombreuses causes, d’ailleurs même si on ne s’attarde pas dessus, sa vie de famille en pâtira . A travers le profil de notre personnage, la BD aborde beaucoup de thématiques, je dois avouer qu’à chaque fois ces dernières ont déjà été vues de manière plus poussées (ex : les voyages de Lepage) cependant le rendu reste très agréable et on n’est pas dans le même propos. L’autre bonne surprise va pour le graphisme de Laure Guillebon, ça m’a fait penser au style de JP Kalonji dans In bed mais en plus réaliste et fin. En tout cas, il y a une belle douceur et délicatesse qui s’en dégagent. On prend plaisir à suivre les nombreuses planches, en plus celles en couleurs ont une très bonne fonctionnalité. Le dossier final composé de postface, croquis, photos, filmographie, bibliographie … entérine la bonne qualité de l’ouvrage. Ce n’est malheureusement pas le type d’album que je relirais mais une agréable lecture. 3,5
Cent mille ans - Bure ou le scandale enfoui des déchets nucléaires
Une lecture très instructive. Un documentaire qui découle d'une enquête minutieuse et il met à mal nos politiques, de tous bords confondus. "La France est un État nucléaire avec un système politique organisé autour, mais surtout l'État lui-même est le lobby". Alors oui, le nucléaire c'est très bien pour produire de l'énergie décarbonée (Le Monde sans fin), mais ce n'est pas sans risques et sans conséquences. Ben oui, y a des "mais". Petit un, le risque zéro en sécurité n'existe pas et la catastrophe de Fukushima est là pour nous le rappeler. Petit deux, nos centrales nucléaires produisent des déchets radioactifs et ceux-ci nous amènent à cet album. Tout commence en 1974 après la crise pétrolière de 1973 où nos politiques font le choix de l'énergie nucléaire pour l'indépendance énergétique et c'est naturellement que l'ANDRA, Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs, est créée en 1979. Mais qui a envie de vivre à côté de ces déchets ? Moi j'ai pas envie, et toi ? On est d'accord alors. C'est le site de Bure qui a été choisi, et celui-ci n'est pas dû au hasard. La Meuse et la Haute-Marne sont des départements très peu peuplés, donc moins de gens dans la rue pour manifester. Et enfin, une volonté des élus locaux de faire de cette région un pôle de gestion des déchets nucléaires, avec toutes les retombées économiques qui vont avec. Un lobbying très puissant qui a coup de subventions arrive à convaincre les élus les plus récalcitrants. Une compagnie de gendarmerie sera même spécialement constituée pour protéger le site des travaux (elle réalisera aussi de nombreuses écoutes téléphoniques) et faire des environs, une zone de "non-droit" où vous pouvez être contrôlés plusieurs fois par jour. Une attestation spéciale sera même donnée aux locaux pour éviter ces désagréments. Une lecture édifiante sur les magouilles politiciennes pour aboutir à ce projet. Édifiant aussi sur le choix d'enfouir ces déchets sous plusieurs centaines de mètres de roche. Un gouffre financier à plusieurs milliards d'euros, mais surtout cette technique n'est pas la plus sûre. Dans le monde, aucun des sites d'enfouissement des déchets radioactifs ne fonctionnent conformément aux prévisions. De nombreux incidents se sont déjà produits dans ces lieux de stockage, dont celui du Wipp aux États-Unis en 2014 (l'éclatement d'un fût contamine des ouvriers et toute l'installation souterraine). Un documentaire très bien construit, facile à lire et à comprendre qui fait froid dans le dos. Le dogme nucléaire n'est pas prêt d'être remis en cause ! Le dessin n'est pas ma tasse de thé, mais il accompagne sans déplaisir cette enquête rondement menée. Néanmoins, il m'empêche de mettre une meilleure note. Pour terminer, un excellent dossier, richement documenté, en fin d'album. A lire, évidemment ! Note réelle : 3,5.
L'Apprentie Geisha
2.5 Kazuo Kamimura nous livre la biographie d'une geisha fictive et comme c'est toujours le cas avec ce mangaka le ton est sans concession. Il n'a aucun problème pour parler des tabous et montre la vie d'une geisha de manière cru avec des scènes glauques. On voit comment la pauvreté des années 20-40 pousse des familles à vendre leurs filles à des patronnes qui vont en faire des geishas. Notre héroïne commence comme simple apprentie qui subit les brimades et qui va finir comme geisha apprécié des hommes. Les chapitres sont inégaux et globalement j'ai trouvé cela moyen. J'ai de la difficulté à trouver les œuvres de Kamimura captivant. Il faut dire que j'avais déjà appris bien des choses avec ''Confidences d'une prostituée'' qui contient des thèmes similaires à cet album. Pour un lecteur occidental, je pense que le principal intérêt de ses vielles histoires est de découvrir un pan de la culture nipponne qui semble si lointain pour nous avec aussi des personnages typiquement japonais avec une mentalité qui peut sembler bizarre de nos jours (du genre la geisha qui est résigner de son sort parce qu'au moins son frère et sa sœur ont eu à manger lorsqu'elle a été vendu pour un sac de riz). Comme je n'ai pas appris grand chose que je savais déjà, ben je me suis un peu ennuyé.
Shadow Hills
Ce Shadows Hills nous plonge dans une petite ville isolée des Etats-Unis. Ce récit narre l'histoire de deux soeurs, une des deux a disparue alors qu'elles étaient enfants. L'autre est maintenant une jeune adulte qui va être rapidement confronté à d'étranges phénomènes paranormaux. On suit les deux soeurs dans des chronologies différentes. C'est un fil conducteur plutôt efficace qui rythme bien le récit. Cette histoire est un joli conte fantastique. Elle alterne les passages où Dana, enfant d'une dizaine d'années, disparait subitement. Elle suit un jeune garçonnet de son âge qui ne semble pas capable de parler. Voulant lui venir en aide, elle se retrouve à errer avec lui et ne retournera jamais chez elle. De l'autre coté, Anne voit dans le présent les habitants de son village être victime d'une bien étrange épidémie. Une sorte de boue noire les recouvre les uns après les autres. Entre découverte du problème et tentatives désespérées pour lutter contre, on suit cette quête de compréhension et la recherche d'une solution. Le récit passe habilement de l'une à l'autre époque. C'est plutôt maitrisé car on a envie d'en apprendre plus des deux cotés. Qu'est il arrivé à la jeune fille ? Où est elle maintenant ? Que se passe t-il aujourd'hui ? Quelle est cette étrange chose qui frappe les habitants ? Tout ça se lit avec intérêt et lorsque l'histoire change de protagonistes, on a envie d'y revenir, comme dans un bon roman. Le final est également plutôt satisfaisant, accompagné d'explications qui tiennent la route et qui concluent bien l'histoire. Un bon moment de lecture.
Dark Ride
Dark Ride est une histoire d'horreur qui se déroule dans un parc d'attractions : DevilLand, le bien nommé... Pas besoin de vous faire un dessin, on n'est pas chez Mickey vous avez compris la thématique du parc, les attractions font toutes plus flipper les unes que les autres. Ce décor est idéal pour un récit d'horreur, il contribue totalement à l'ambiance générale. Le plan du parc en fin d'album est une idée excellente. Cela donne une assez bonne vision du manège de chute libre en forme de guillotine par exemple ^^ Coté intrigue, nous avons un parc où il se passe des choses étranges. Géré par une famille extravagante (père, fils et fille), le parc est en train de perdre de sa splendeur et ferait bien de trouver quelques idées pour se renouveler. Il n'y a jamais eu d'accidents officiellement dans le parc, mais en creusant un peu, on verra vite qu'il y a eu pleins de disparitions suspectes en lien avec le parc. C'est dans ce contexte qu'on suit le jeune Owen, fan absolu du parc, tout heureux de débarquer pour son premier jour de boulot. Et ça ne va pas se passer comme prévu pour lui. C'est un récit qui va mêler disparition, suspens, secret de famille et hémoglobine. L'histoire se tient bien, elle est découpée en chapitres qui rythment la progression de l'intrigue. Chacun se terminant par un rebondissement en forme de mini cliffhanger, histoire de donner envie d'enchainer avec le chapitre suivant. L'ambiance est sympa et bien rendue. C'est incontestablement ce parc à thème qui est un vrai plus et qui permet à cette histoire de se démarquer des autres séries du genre. A voir comment évolue la suite, mais le premier tome est plaisant. Si on n'a pas peur des trains fantômes évidement...
Peindre avec les lions
Axer la thématique d’un récit se déroulant dans la préhistoire sur la spiritualité et l’art est assez culotté tant nous, lecteurs de bandes dessinées, avons été habitués à des récits plus tournés vers l’aventure. Mais Fabien Grolleau maîtrise son sujet et s’est manifestement beaucoup documenté avant de se lancer dans cette histoire. Son récit a beau désarçonner, le contenu est plausible et éclaire la préhistoire sous un angle différent. Exit l’incessante lutte pour la survie face à une nature implacable et aux tribus hostiles, bienvenue dans un univers où la spiritualité et le besoin de donner un sens à la vie, une raison à la mort, des origines à la terre et aux animaux (dont l’homme) sont au centre des réflexions. Le personnage central du récit est une femme que nous allons suivre depuis sa naissance jusqu’à ses 37 printemps. Sur ce laps de temps, elle va s’initier aux techniques picturales et les perfectionner. Surtout, elle va chercher à insuffler à ses dessin un sens divin, marquée par des visions, désireuse d’évacuer ses craintes ou de raconter l’origine fantastique de la vie. J’ai trouvé la narration quelque fois assez obscure mais la démarche de l’auteur a le mérite de l’originalité et, comme il s’appuie sur des recherches récentes, sa vision de la préhistoire est très instructive au niveau du lien qui unit art et spiritualité. Le dessin d’Anna Conzatti est très agréable à l’œil. Facile d’accès, avec beaucoup de rondeurs, il illustre bien cette période. Il faut dire que ce récit dispense plus d’un passage contemplatif dans lequel la nature reprend ses droits. Même si ce n’est pas toujours facile de suivre les personnages dans leurs pensées (il m’a souvent fallu relire certains passages pour bien en comprendre le sens), je trouve que c’est une bande dessinée à lire. Elle est instructive et joliment illustrée. Par contre, très objectivement, il m’a manqué le souffle épique et si je ne regrette pas ma lecture, il n’est absolument pas dit que je relirai cet album, ne m'étant pas spécialement attaché aux personnages.
Appoline - Disparue il y a 8 ans
Je suis sorti de la lecture de cet album avec un ressenti mitigé. J’arrondis aux trois étoiles, parce que le dessin est globalement agréable et très fluide. Et parce que l’histoire se laisse lire (très vite d’ailleurs !), avec un rien d’envoûtant, un petit quelque chose d’étrange et dérangeant dans le récit qui nous fait tourner les pages. En fait, Morvan arrive à nous faire gober l’improbable, et nous faire oublier, le temps de la lecture, quelques invraisemblances. A commencer par le commissaire qui, blessé, au lieu d’aller avec Appoline au commissariat (ou au lieu d’appeler des collègues en renfort, ou une ambulance), dialogue longuement avec la jeune fille/victime. Et le retournement final, que l’on voit venir, ne m’a pas non plus convaincu. De la même façon, j’ai trouvé difficile à croire le fait que le vieux type puisse commettre autant de meurtres dans son quartier sans se faire prendre. Mais bon, comme je l’ai dit, ça se laisse quand même lire. Et le personnage d'Appoline, très ambigu, maintient l'intérêt du lecteur jusqu'au bout. Note réelle 2,5/5.