Les derniers avis (48998 avis)

Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Rosangella
Rosangella

Je suis dans l'avis de la majorité, pour globalement les mêmes raisons. C'est mon 5è Corbeyran que je lis, mais je commence à voir quelques motifs récurrents dans ses œuvres. Notamment la place du social dans l’œuvre, le questionnement de gens du quotidien et la construction en polar. Ici encore, on a cet ensemble de sujets abordés autour d'une "banale" histoire de mari violent qui revient dans une famille pas forcément fonctionnelle. Le dessin d'Olivier Berlion est assez typé, avec une utilisation de la peinture qui marche plutôt bien visuellement, même si je trouve personnellement que certaines cases fonctionnent moins bien, les visages paraissant déformés. D'autre part, je vois assez peu l'âge réel de Rosangella, qui me semble plus proche d'une trentaine fringante que de la cinquantaine fatiguée. Cela mis à part, le coloris très clair et ensoleillé, les utilisations du rouge dans la violence et quelques plans soulignent que l'auteur ne cherche pas à faire un simple travail de commande. C'est investi visuellement, bien que codifié par les films polars je trouve (notamment question angles de vue). Pour l'histoire, c'est assez classique dans son déroulé et ça ne m'a pas spécialement surpris. J'étais assez peu investi par le début, trop verbeux (et pas forcément nécessaire), d'autant que pas mal de texte sert à mettre en places les relations entre personnages. Cependant, ces relations sont assez peu exploité. Tout revient simplement à Max, personnage central du récit et élément de dissonance qui amène sa violence comme dissolution des liens entre humains. A ce niveau, la BD est claire sur la représentation de la violence au sein du couple, de la famille et de manière générale sur la représentation du mâle réaganien qui aime que ça soit comme lui veut. Malheureusement la fin est assez rapide et surtout n'amène pas la BD à décoller au-delà de ce sujet. Finalement, Jo n'a qu'un impact limité sur l'histoire et je regrette que Corbeyran ne développe pas plus les conséquences de l'apparition de Max sur la famille en elle-même, le rapport entre les adelphes ou ce que Jo en tire ensuite. Bref, ça manque un peu de corps pour que je sois conquis. Reste une bonne lecture qui malheureusement rappelle bien trop de faits-divers récents ...

25/04/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 3/5
Couverture de la série La Cuisine des ogres
La Cuisine des ogres

Voilà une lecture que j'ai appréciée pour son ambiance très forte. J'ai même été surpris par le ton cruel et l'aspect effrayant, croyant entamer une BD jeunesse. La cuisine des ogres a réveillé chez moi ce mélange de peur et d'attrait qu'avait exercé sur moi, enfant, le conte Barbe Bleue, avec ses images de corps sanglants suspendus à des crochets de bouchers. Déjà bien trash, non ? Je me souviens très bien avoir été très très impressionné, avec l'imagination qui prenait le relais... Bref ! A ce stade, on n'a toujours rien dit de la BD. Le dessin est chouette et sert très très bien ce conte noir pétrole. Les cases sont travaillées et pleines de détails. Tout est très bien amené, les premières pages sont très prometteuses. Le paysage est en outre original puisqu'on découvre, et c'est (presque) le titre, l'envers de la cuisine des ogres : l'arrière boutique en quelque sorte. Et cela donne lieu à des scènes savoureuses dans des lieux insolites. je pense en particulier à ce lac d'eau de vaisselle, hanté par une créature abominable. L'idée de faire intervenir le Croquemitaine, vu ici comme le fournisseur officiel des ogres en chair fraiche est une idée qui fait mouche, d'autant plus qu'il est représenté de manière tout à fait sinistre. J'ajouterai sans spoiler qu'on termine sur lui de manière surprenante, les auteurs révélant une face tout à fait inattendue du personnage, et ça c'est très beaucoup appréciable. Oui oui, plein de bonnes choses dans cet album copieux (entendu ici dans tous les sens du terme, hé hé) et bouillonnant. Toutefois, j'ai à plusieurs reprises été distrait de ma lecture par des passages que j'ai trouvé ou un peu digressifs, ou mal emboités, ou un peu forcés. Il y a un côté un peu mal peigné dans les finitions scénaristiques, ce qui me surprend de la part de Vehlmann. Tout cela aurait pu selon moi être plus ramassé. Il y aura apparemment une suite. Je serai de la foule des lecteurs malgré toutes mes retenues, parce que c'est quand même une bonne BD. Reste qu'en tant que professionnel, à l'heure où j'attends mes commandes récentes, je me pose encore la question de savoir où est-ce que je vais bien pouvoir ranger cette histoire. En jeunesse ? Chez les ados ? Chez les adultes ?... Mais ça, c'est une autre histoire, même si on peut se dire à l'aune de ce genre d'interrogations, que les auteurs viennent, mine de rien, de réaliser une œuvre transgénérationnelle. C'est déjà en soi très habile.

25/04/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série D'Ambre et de Feu
D'Ambre et de Feu

Une petite histoire à mi-chemin entre le conte et la fantasy. Elle inclut des éléments de légende médiévale occidentale avec roi et château, mais elle y incorpore nombre de créatures du folklore japonais : kitsune, onibi, déesse Amaterasu, etc... Le mélange surprend un peu mais s'accepte très vite. D'autant que le dessin est charmant, surtout par son utilisation de couleurs automnales chaudes et intenses. C'est d'ailleurs surtout le dessin qui attire vers cet album. L'histoire, quant à elle, est un peu moins enthousiasmante. Rien n'indique que l'album se destine à un public jeunesse mais l'intrigue semble être plus adaptée à des lecteurs de moins de 12 ans qu'à des adultes. La trame de l'histoire est en effet convenue, son déroulement très prévisible, et la narration manque aussi de maîtrise du rythme. Les choses s'enchainent très vite, sans suffisamment de mise en place et le changement de point de vue de l'héroïne notamment parait cousu de fil blanc et trop abrupt. Tant et si bien que l'album laisse sur l'impression d'avoir parcouru de jolies pages mais une histoire assez creuse et déjà vue. A réserver sans doute à un jeune public.

25/04/2024 (modifier)
Par Eric
Note: 3/5
Couverture de la série Jeremiah
Jeremiah

Bonjour, ce message juste pour dire qu'on a arrêté au N° 36 de notre côté car on a été déçu par les derniers albums, et je vois que nous ne sommes pas seul. Raison de la note mitigée de 3/5 alors que ça mériterait beaucoup plus s'il n'y avait pas les albums glauques et sans intérêt. On est Intéressé par savoir si Hermann s'est repris par la suite ou va se reprendre s'il continue la série ... Merci.

25/04/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série La Ride
La Ride

Etonnante mais pas désagréable cette BD. Etonnante parce qu'elle se contente au final de raconter un voyage en vélo fait par les auteurs ou leurs alter-ego entre Paris et la Bourgogne. Rien de plus exotique mais en même temps une vraie expédition, comme un départ à l'aventure avec comme seuls bagages un vélo, de l'argent et de petits sacs pas trop remplis. L'objectif : quitter la routine de la vie parisienne et retourner aux sources de la région natale de l'un des deux, tout en redécouvrant la France authentique et en se donnant des défis cyclistes. Les deux héros aiment en effet le vélo et même s'ils ne sont pas des coureurs exceptionnels, ils ont le sens de l'effort sportif et savent se réjouir d'avoir surmonté le défi de faire une grande distance à vélo ou d'avoir monté un col difficile. Le graphisme est intéressant, avec une personnalité plutôt originale, et le rendu est efficace et souvent assez esthétique. J'aime bien. On est donc embarqués avec ces deux là dans une aventure que finalement n'importe quel français pourrait faire s'il avait le courage que je n'ai pas d'enfourcher un vélo et d'être prêt à pédaler pendant plus d'une semaine. En chemin, ils font des rencontres, bonnes ou mauvaises, subissent des galères mais aussi des bonnes surprises, sont déçus ou charmés par les paysages découverts. Et mine de rien, il y a un vrai sens de partir à l'aventure et d'être emmené avec eux dans leur récit. C'est ça que j'ai apprécié dans cet album. Et pourtant en même temps, le récit ne décolle jamais vraiment. Il n'y a pas de thématique précise qui s'impose autre que le parcours à vélo des deux personnages et leurs pensées du moment, pas toujours passionnantes d'ailleurs. C'est sympathique, presque dépaysant alors que c'est la France d'à côté de chez vous, mais l'ensemble se révèle juste agréable sans être davantage enthousiasmant.

25/04/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Le Cas Alan Turing
Le Cas Alan Turing

2.5 Je connaissais les grandes lignes de la vie d'Alan Turing et c'est peut-être une des raisons qui explique pourquoi j'ai moyennement accroché à cette biographie. Il faut dire aussi que ce qui m'intéressais le plus c'était la vie privée du pauvre Turing qui était homosexuel dans une époque où c'était un crime et on voit surtout tout ce qui tourne autour des codes de l'Enigma. Disons que voir comment les britanniques vont déchiffrer le code n'est pas très palpitant lorsqu'on sait déjà comment ça va finir. J'ai mieux accroché lorsque l'action se déplace après la guerre et qu'on voit comment l'Angleterre a maltraité Turing qui était pourtant un héros de guerre, mais c'est juste une petite partie du scénario. Une autre raison pourquoi je n'ai pas trop accroché est le dessin. C'est du réaliste pas du tout agréable à regarder et un peu figé qui donne l'impression qu'on a juste dessiné par-dessus des photos. J'ai aussi trouvé la mise en scène un peu lourde. Par exemple, Turing s'est suicidé en mangeant une pomme empoissé alors tout le long de l'album on va avoir droit à des allusions au Blanche-Neige de Disney. Qu'on fasse une allusion symbolique au film, pourquoi pas, mais à répétition cela devient juste irritant. On va dire que c'est un album pour ceux qui ne connaissent rien à ce personnage historique.

24/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Sentient
Sentient

Doté de conscience, mais pas autonome - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre qui n'appelle pas de suite. Il regroupe les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018/2019, écrits par Jeff Lemire, dessinés, encrés et mis en couleurs par Gabriel Walta. Le corps sans vie de l'officier Alex Wu dérive dans l'espace, alors qu'une voix indique qu'il s'agit de l'histoire de leur mère, après qu'ils ont dû embarquer dans un grand vaisseau spatial pour s'en aller. En fait la narratrice n'a gardé aucun souvenir de la Terre. Ce jour-là, Lilly Wu, une enfant, se réveille, et s'empresse d'aller réveiller sa mère Alex Wu. Cette dernière lui souhaite un bon anniversaire, tout en indiquant que Lilly n'aura pas son cadeau avant son retour de l'école. Elle demande l'heure à Valarie, l'intelligence artificielle du vaisseau : il est 06h00. Dans une autre cabine du vaisseau, l'officier Jill Kruger est réveillée par Valarie. Elle va ensuite réveiller son fils Isaac pour qu'il se prépare à aller à l'école. Lilly petit-déjeune en discutant avec sa mère, et en regardant des dessins animés, pendant que le petit déjeuner entre Jill et Isaac est silencieux, sans télé. Finalement les deux paires mère et enfant se rendent à l'école, et se rencontrent sur le chemin. Wu et Kruger laissent leur enfant au bon soin de la maîtresse Clarke, puis s'en vont ensemble rejoindre le capitaine du vaisseau, car c'est un grand jour. Lilly s'empresse de rejoindre les autres pour jouer avant le début de l'école, alors qu'Isaac va chercher un livre pour lire. Les deux femmes ont rejoint la salle de commandement, où le reste de l'équipage est déjà présent et attend les ordres du capitaine Gardner. Elles prennent leur poste, et le capitaine indique qu'ils vont bien pénétrer dans la zone noire où ils ne pourront plus recevoir de communications de la Terre et où ils ne pourront pas encore recevoir de communications de la colonie vers laquelle ils se dirigent. Il demande à Wu quelles sont les dernières nouvelles en provenance de la Terre. Elle répond que les dernières estimations indiquent que la Terre ne sera plus habitable dans 10 ans. Par ailleurs, les incidents continuent dans les colonies, alors que les séparatistes recrutent de plus en plus de personnes. Un ou deux membres de l'équipage peuvent comprendre l'envie de faire sécession d'avec le gouvernement terrestre qui a plutôt mal géré ses ressources. Valarie indique qu'elle va commencer le compte à rebours pour signaler l'entrée dans la zone noire. La tension commence à s'installer parmi les membres de l'équipage, alors que les enfants ont commencé à étudier dans la bonne humeur. Une fois le vaisseau USS Montgomery dans la zone noire, Jill Kruger se lève et présente ses excuses aux autres membres de l'équipage. Elle revêt un masque à gaz et appuie sur un bouton se trouvant sur un dispositif à son poignet. le système de ventilation se met à diffuser un gaz mortel. TKO est une maison d'édition de comics fondée en 2017 par Tze Chun et Salvatore Simeone, ayant fait appel à des créateurs réputés pour leurs premières parution comme Garth Ennis pour Sara avec Steve Epting, et Joshua Dysart pour Goodnight Paradise avec Alberto Ponticelli. le lecteur se réjouit à l'avance de découvrir une histoire complète écrite par Jeff Lemire, auteur prolifique dans la deuxième moitié des années 2010, et illustrée par Gabriel Walta, le dessinateur de Vision de Tom King. Avec cette histoire, le lecteur se retrouve dans une histoire de science-fiction pur jus : un voyage dans l'espace à bord d'un grand vaisseau, en route vers une planète colonie, des relations politiques tendues entre la planète mère, la Terre, et les colonies, le besoin de s'arrêter à une station spatiale artificielle en cours de route, une technologie futuriste pour le vaisseau bien sûr, mais aussi pour les capacités de l'intelligence artificielle permettant de piloter le vaisseau. L'artiste joue le jeu avec un bon niveau d'implication pour donner une forme spécifique au vaisseau, des tenues particulières aux membres de l'équipage et à leurs enfants, pour avoir des interfaces entre humains et ordinateurs reconnaissables et plausibles, pour représenter des couloirs et des salles de vaisseau qui montrent une conception où l'usage prime sur l'aménagement, pour montrer un fond spatial acceptable, essentiellement noir avec une faible luminosité, et peut-être un peu beaucoup d'étoiles. le lecteur se sent à la fois en terrain connu, avec les conventions du genre attendues, à la fois dans un vaisseau assez concret et particulier, et non pas un décor de SF en carton-pâte, prêt à l'emploi, épais comme du papier à cigarette. À la rigueur, il peut aussi trouver que les coursives et certaines salles sont particulièrement spacieuses, ce qui est un peu bizarre pour un vaisseau où la place devrait être comptée. Gabriel Walta réalise des cases descriptives avec un bon niveau de détails pour les différents décors : le lecteur peut aussi bien regarder les quartiers privés des Wu et des Kruger, que les pièces de l'école, ou les salles de travail de l'équipage. Il peut observer les écrans qui permettent de communiquer avec l'intelligence artificielle du vaisseau, ainsi que les outils dont Valarie dispose pour intervenir, à savoir des chariots sur roues, avec des bras de préhension. Il éprouve la même curiosité que Lilly en regardant autour de lui comme elle, quand elle s'aventure dans la station spatiale qui semble déserte. Les personnages présentent une allure normale, avec une morphologie ordinaire, pas spécialement beaux comme des dieux, pas extraordinairement musclés. Leur expressivité reste dans un registre naturaliste, nuancée en temps ordinaire ce qui permet au lecteur de se faire une idée de l'état d'esprit du personnage représenté, et plus maquée sous l'effet de l'inquiétude, de la peur ou de la colère. La majeure partie du récit est consacrée aux enfants, et l'artiste fait de son mieux pour leur conserver la jeunesse correspondante, sans y parvenir tout le temps. Le scénariste éprouve les mêmes difficultés à rester dans un registre plausible pour le comportement et les réactions des enfants. Par un coup du sort, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, sous la supervision de Valarie, l'intelligence artificielle du vaisseau. Lemire se trouve confronté à la difficulté d'imaginer le comportement d'enfants qui ne sont pas soumis à une autorité parentale, qui ne bénéficient pas du réconfort affectif d'adultes. le lecteur doit faire un petit effort d'adaptation pour se dire que ce qui est montré ne relève pas du reportage sur le vif, et que le scénariste se permet d'user de licence artistique pour le comportement des enfants, quand il choisit de privilégier l'intrigue. Sous réserve de consentir à un peu plus de suspension d'incrédulité, le lecteur peut alors apprécier l'intrigue de manière plus juste. Lemire a su créer une situation dans laquelle des enfants et de très jeunes adolescents se retrouvent encadrés et en mesure de continuer à apprendre. En passant sous silence le processus de construction de l'individu dans de telles conditions, le développement de l'intrigue s'avère satisfaisant. Finalement ces jeunes et très jeunes évoluent dans un environnement protégé, sous une tutelle bienveillante et constructive. Il s'agit donc d'individus dotés de conscience qui apprennent les rudiments des métiers à bord d'un vaisseau, se montrant finalement aussi aptes que leurs parents grâce à l'assistance continue d'une intelligence artificielle. Cet état de fait n'est peut-être pas intentionnel de la part des auteurs, mais il est bien présent. Évidemment au vu de la couverture qui représente le vaisseau spatial USS Montgomery, et de l'omniprésence de Valarie à bord du USS Montgomery, de son rôle d'assistant personnel, de banque de données, et d'outil d'aide à la décision, le lecteur finit par se dire que son aide providentielle n'est pas très éloignée d'une forme de conscience. le scénariste se montre très habile pour rester dans le registre réaliste d'une intelligence artificielle : des interventions à l'évidence préprogrammées, mais aussi une variété d'interventions et une banque de données assurant l'expertise dans plusieurs domaines qui placent les actions de Valarie à la frontière de la vie autonome. du coup le lecteur oscille entre confiance pour la sécurité des enfants, et questionnement sur la pseudo-conscience de Valarie qui peut la conduire à prendre des décisions où elle ferait passer son intérêt en premier. D'une certaine manière elle perpétue le schéma d'organisation sociale des adultes, faisant en sorte que les enfants apportent leur énergie et développent leur savoir-faire pour continuer de faire fonctionner le vaisseau et en assurer la petite maintenance, vaisseau qui abrite les éléments d'ordinateur et les outils qui sont Valarie. Toute la question est donc de savoir quels conseils elle dispensera à ses protégés en cas de rencontre avec des adultes qui, eux-mêmes, peuvent être plus ou moins bien intentionnés, y compris envers le vaisseau, qui voudront sûrement reprendre la main et la direction des opérations, en en dépossédant Valarie. Le lecteur sent bien que cette pseudo-conscience peut déboucher sur des choix s'apparentant à ceux d'un parent abusif, ce qui génère une tension palpable, et une inquiétude parfois malsaine. Jeff Lemire & Gabriel Walta racontent une histoire de science-fiction à l'intrigue simple (des enfants dans un vaisseau spatial, sous la responsabilité d'une intelligence artificielle) et mettant en œuvre au premier degré les conventions de ce genre littéraire. Cela donne un récit linéaire, surprenant, bien réalisé. le titre génère une inquiétude dans l'esprit du lecteur, se demandant si l'intelligence artificielle Valarie ne serait pas sur le point d'acquérir une conscience autonome, ce qui lui ferait passer sa survie en premier, avant celle des enfants. Cette facette du récit est développée avec élégance, compensant le fait que le comportement des enfants est parfois un peu trop mature.

24/04/2024 (modifier)
Couverture de la série La Légende Oubliée de Perceval
La Légende Oubliée de Perceval

Frédéric Brrémaud propose une nouvelle série destinée à la jeunesse (et plus) autour de la légende du roi Arthur. L'originalité de son récit n'est pas de nous plonger dans la jeunesse du futur chevalier Perceval mais de la faire correspondre avec celle de la fée Noisette. Comme souvent Brrémaud y ajoute un contexte historique dramatique, ici l'invasion de l’Angleterre par les Saxons. Cela permet à l'auteur de présenter une vision souvent caustique et décalée sur les malheurs de la guerre. Dans ce tome 1 l'auteur reste sur un humour très accessible aux plus jeunes même si certaines scènes avec le renard rappellent la dureté de la vie. Les auteurs prennent le temps d'installer leur récit. Perceval reste au second plan et je l'ai perçu un peu comme le Arthur de Merlin de Disney. A mes yeux c'est la fée Noisette qui donne son cachet à ce tome. Elle permet d'installer le récit dans un Fantastique/Fantasy assez cohérent avec un fond de récit plus réaliste (lieu et fait précis). L'équilibre entre fantasy et réalisme est bien réalisé. Ensuite c'est Noisette qui tire Perceval vers une aventure pas du tout guimauve. Enfin le graphisme de Noisette me rappelle par un petit côté coquin la fée Clochette de Loisel. Cela me permet de louer le très beau graphisme de Bertolucci qui devrait convenir à un très large public. Son dessin est à la fois doux, rond et paisible mais il est aussi tonique et d'une construction et d'une présentation très moderne. C'est une lecture agréable qui ne dévoile pas le chemin que compte prendre les auteurs. Cette imprévisibilité est un atout pour aiguiser ma curiosité. Un bon 3 d'attente.

24/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Brume
Brume

Je n'ai pas été convaincu par cette série jeunesse. Il n'y a rien de rédhibitoire mais je trouve que les propositions de Jérôme Pelissier manquent cruellement d'originalité. Brume est une petite sorcière malicieuse en quête d'identité. Elle est flanquée de Hubert un cochon qui sert à la narration et d'un copain Hugo qui sert de faire valoir trouillard dans les dialogues plus ou moins humoristiques. Ma réserve la plus prononcée est que les auteurs réutilisent les images usées des animaux qui font peur comme les loups ou les araignées. Je n'adhère pas du tout à cette imagerie vieillotte. Pelissier abuse aussi des solutions miracles qui permettent de se sortir d'un mauvais pas avec beaucoup de facilité. De plus je ne comprends pas les emprunts très superficiels à des légendes ancestrales. Le graphisme de Carine Hinder correspond aux standards actuels pour les enfants avec une grosse tête bien ronde sur un petit corps peu expressif. C'est l'expressivité des visages qui portent l'essentiel du dynamisme du récit. C'est travaillé avec goût avec de jolies planches d'extérieurs Par contre j'ai beaucoup aimé la mise en couleur qui crée une belle ambiance mystérieuse. Une déception pour une sélection Angoulême. Un petit 3.

24/04/2024 (modifier)
Couverture de la série L'Imprimerie du diable
L'Imprimerie du diable

Traité sous forme d’un roman graphique, cette histoire nous donne à voir l’utilisation par les autorités – ecclésiastiques en tête – de la « sorcellerie » pour maintenir leur pouvoir, et pour « ramener à leur place » les femmes, que l’Église accuse depuis longtemps d’être source de péchés. Les deux personnages principaux – présents sur la couverture – qui se sont connus – et aimés adolescents dans un village proche de la Suisse, représentent les deux catégories qui vont s’opposer. D’un côté Reine, qui perpétue la tradition et l’enseignement familial en soignant, accouchant presque tous les habitants du village grâce à ses connaissances des herbes et autres simples. De l’autre Étienne, que le curé a instruit et qui jeune a quitté le village, pour travailler dans une imprimerie et ensuite gravir les échelons et devenir un spécialistes des livres dénonçant les sorcières (comme « Le marteau des sorcières »), et par là même un des chefs de la lutte contre l’ « œuvre de Satan ». Ils vont se retrouver face à face lorsque les rancœurs villageoises vont faire fondre sur ses habitants la foudre de l’Inquisition. Le dessin et la colorisation sont vraiment très bon, fluides et dynamiques. La narration est, elle aussi, aisée et agréable à suivre. Je regrette juste quelques facilités : Reine tient un discours à la fois trop « moderne » (féministe et anachronique je trouve dans ses termes) et surprenant pour une femme qui n’a jamais lu ou suivi d’instruction. Quant aux rebondissements de la fin, je les ai trouvés parfois un peu trop brutaux et faciles. De la même manière, je suis surpris que les édiles et dirigeants ecclésiastiques tiennent un discours si cynique et exposent si clairement l’utilisation de la lutte contre les sorcières pour maintenir le troupeau des fidèles en laisse. Qu’ils le pensent certes, mais qu’ils le formulent ainsi, et si ouvertement m’a surpris. Mais bon, ça n’en reste pas moins une lecture agréable sur le plan BD, et une ouverture sur un sujet qui est revenu sur le devant de l’actualité (nombreux ont été récemment les écrits – livres, revues – consacrés à ces « sorcières », et leur « diabolisation » au profit d’intérêts pas toujours religieux). A noter le très beau travail éditorial des Arènes. Une belle mise en pages, une couverture et un dos épais et toilés avec des livres en surbrillance. Note réelle 3,5/5.

23/04/2024 (modifier)