Délicate critique que celle-ci.
Entendons-nous bien : cette BD est un projet vertigineux, d'une ambition esthétique indéniable, un projet total sans la moindre compromission. Et il y a ma note, ce 3 banal, ce que n'est absolument pas cette BD, reflétant mon appréciation subjective de l’œuvre.
Nul propos et regard ici sur à la qualité de l'adaptation, n'ayant ni lu le roman ni vu le film.
Cette BD est incroyablement noire, glauque, morbide, ce qui n'est aucunement un problème.
Ce qui me gêne davantage est la conduite du scénario. Tous les éléments sont immédiatement présents dès l'entame du récit : la crainte des rares autres, la faim, le froid, la soif, l'horreur du cannibalisme, etc. Le récit ne dégage pas de surprise, ni n'élabore un crescendo dans l'horreur. L'on sait où l'on va, et l'on y va comme prévu. Côté récit d'initiation, c'est très pauvre et essentiellement limité à des précautions sur les lieux à éviter, et de bien décevants dialogues père-fils. Côté métaphore, l'on ne sait s'il s'agit d'une fable sur le nucléaire, le changement climatique, la guerre (civile ou non), soit un regard bien peu acéré sur notre société contemporaine, n'exprimant que son nihilisme froid.
Autre point regrettable, l'ambiance. Mon point de vue n'est visiblement pas unanimement partagé, mais je n'ai été saisi ni par l'horreur (aussi parce qu'exprimée dès le départ, comme un préalable à accepter pour entrer dans ce récit SF), ni par la tension. Je n'ai pas craint pour la vie de nos héros lorsqu'une milice ou des égarés s'approchaient, n'ai jamais véritablement senti la douleur du froid, l'horreur de la faim faisant chez certains perdre toute morale, n'ai pas soufflé ni ressenti la moindre délivrance quand nos héros mettaient la main sur un stock de nourriture ou dénichait un abri sûr. Aucun abattement, comme l'enfant d'ailleurs, lorsque l'inéluctable événement final tomba.
Une BD impressionnante en de nombreux points, qui peut regrettablement se lire avec un improbable détachement. Blast et plus encore Le Rapport de Brodeck m'avaient bien davantage convaincu.
Un scénario un peu surprenant, roublard, qui singe les débuts de l’informatique grand public, en déviant quelque peu la réalité, puisqu’ici tout est créé, tout aurait pu naitre dans une modeste entreprise française ! Un court dossier final nous apprend que les Français n’étaient pas à la rue, mais le rouleau compresseur américain et des choix publics discutables ont fait que l’histoire racontée ici est en grande partie farfelue.
L’intrigue se laisse lire très agréablement, la narration est dynamique. Avec quelques pointes d’humour (autour de la drogue, d’un groupe de cadres caricaturalement beaufs et misogynes, la mère du héros, tous sources de quelques situations savoureuses).
J’ai bien aimé aussi la reconstitution des années 1970, période reine des quadras, avec rouflaquettes et pattes d’eph’. Un peu comme avait pu le faire Valette pour les années 90 avec Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle (en plus délirant quand même).
Une lecture sympathique.
Un roman graphique aux airs de documentaire. En tout cas une lecture plaisante, sur un sujet peu traité, parfois maltraité, et qui a des résonnances encore aujourd’hui dans notre société.
Nous suivons une jeune femme, fille et petite-fille de pieds noirs, qui a décidé de faire une sorte de pèlerinage, en tout cas de voir de visu les lieux évoqués par sa mère et surtout sa grand-mère lors de longues discussions : revenir à Alger et dans les Aurès, aux sources de l’histoire familiale.
La narration est fluide et agréable, on suit avec plaisir l’auteure, et un certain nombre de clichés sont évacués. En tout cas nuancés (sur la rancœur des pieds-noirs, les relations entre colons et algériens, ainsi que sur la société algérienne post-indépendance). Le duo entre l’auteure et son « guide » Djaffar permet souvent de titiller la réflexion (et l’intérêt du lecteur).
Une lecture que j’ai bien aimée.
J'aime beaucoup les biographies de sportifs aux parcours atypiques. Je suis né bien après les exploits du Tchécoslovaque mais sa légende était encore bien vivante dans ma jeunesse.
J'ai donc été très intéressé par cet ouvrage qui se focalise sur la jeunesse de Zatopek jusqu'à son exploit inégalé d'Helsinki avec les trois médailles d'or du 5000/10000 et marathon.
Jan Novak ne se borne pas à rappeler cet exploit unique mais centre sa série sur la spécificité de la période qu'a vécu ce champion. Coureur inné, il devra affronter l'annexion allemande comme ouvrier dans une usine de chaussures, puis le carcan de la guerre froide.
Esprit libre et novateur, il prendra le risque de s'opposer aux autorités mais inventera avec son ami le docteur Halusa la méthode d'entrainement des fractionnés. La série permet une comparaison édifiante avec nos sportifs contemporains choyés depuis leur adolescence dès que l'on perçoit une étincelle de potentiel.
Le graphisme de Jaromir 99 propose un trait Comic assez pointu. C'est expressif mais assez économe. Par contre la mise en couleur pleine d'ombres et de contrastes appuyés propose une ambiance assez inquiétante qui convient à l'atmosphère de cette époque. Cela donne un côté vintage qui va bien avec l'esprit du récit.
Un bel hommage pour cet immense champion.
Un conte pour adulte sympathique à lire, mais je serai un peu moins enthousiaste que mes camarades.
Déjà, je n'aime pas trop le dessin que je trouve trop froid pour ce genre de récit. Les couleurs sont bien choisies en revanche. Ensuite, le scénario est accrochant, mais c'est un peu déroutant de voir les personnages changer d'avis. Si au final le comportement de Pierrot s'explique lors des révélations finales, celui de l'héroïne est un peu difficile à comprendre par moment, surtout à la fin. Je comprends ce que l'auteur voulait exprimer, mais la manière avec laquelle il le fait me semble un peu confus.
De plus, je n'aime pas le personnage du fils du comte, qui fait trop stéréotypé et du coup n'est pas crédible à mes yeux.
2.5
Un scénario très dense qui contient des scènes que j'ai aimées et d'autres moins.
Ce qui a surtout retenu mon attention est l'évolution politique du Brésil au fil des décennies, même s'il y a peu de surprise parce que son histoire ressemble malheureusement à ce qui s'est passé dans tous les pays sud-américains durant le 20ème siècle. Le coté saga familiale m'a moins passionné, entre autres parce que les membres de cette famille sont peu attachants et même antipathiques.
Le dessin est très influencé par l'underground américain, au point que j'ai cru au début lire la traduction d'un comics. Ce n'est pas un style qui me plait particulièrement, mais c'est lisible et bien maitrisé.
Toute une vie bien remplie
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, qui est plus savoureuse si le lecteur dispose d'une connaissance un peu développée des principaux moments de la vie de Peter Parker. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Chip Zdarsky, dessinés par Mark Bagley, encrés par John Dell (épisodes 1, 3, 5) et Andrew Hennessy (épisodes 2, 4, 6), avec une mise en couleurs réalisée par Frank d'Armata. Il s'agit d'un récit sur une vie alternative de Peter Parker dans laquelle il aurait vieilli avec les années qui passent, de 1966 à 2019. Il contient également les couvertures variantes réalisées par Marcos Martin, Greg Smallwood, Skottie Young, Michael Cho, ACO, Kaare Andrews, Andrea Sorrentino, Paul Pope.
En 1966, Peter Parker a revêtu son costume de Spider-Man et se balance au bout de sa toile, de gratte-ciel en gratte-ciel pour se rendre à l'université, étant bien sûr en retard, après avoir combattu Mysterio sur le chemin. Après s'être changé, il arrive sur le campus où des étudiants sont en train de manifester contre la guerre au Vietnam. En son for intérieur, Peter s'interroge pour savoir s'il doit s'engager, si ses pouvoirs n'induisent pas une obligation de s'engager. Harry Osborn arrive également en retard, déposé en voiture par son père Norman Osborn. Harry présente Peter à son père qui lui propose un stage dans son entreprise Osborn Industries : Peter lui répond qu'il a déjà un stage au Baxter Building. Harry fait observer à Peter que son père aurait préféré l'avoir comme fils. Peter se dit qu'il est mal à l'aise en face de Norman Osborn, même si son sens d'araignée ne se déclenche pas. Peter rejoint enfin sa classe : des travaux dirigés de chimie biologique avec Gwen Stacy, sous la supervision du professeur Miles Warren. Après les cours, il passe au Daily Buggle pour remettre des photographies du combat de Spider-Man contre Mysterio, à J. Jonah Jameson qui n'en est pas très emballé. Il va ensuite voir Betty Brant qui se charge de lui ramener sa paye. À la télé passe un reportage sur l'intervention d'Iron Man au Vietnam. Le journaliste suppute que Captain America va également bientôt prendre part au conflit.
Le soir, Peter Parker se rend au bar où Flash Thompson a organisé une fête pour son départ car il s'est engagé. La discussion s'engage entre Peter et Flash et tourne vite à l'aigre, le premier rappelant au deuxième comment il l'a harcelé au lycée. Peter finit par se calmer et la discussion prend un tour plus apaisé. Un peu après, il est abordé par Norman Osborn qui se trouve aussi dans le bar. Il lui fait comprendre qu'il connaît sa double identité et qu'il a disposé des citrouilles piégées un peu partout dans le bar. Il exige que Peter Parker le rejoigne dans la ruelle par la sortie à l'arrière. Peter s'exécute et sort à l'extérieur alors qu'Osborn a déjà revêtu son costume de Green Goblin et enfile son masque. Le combat s'engage. Spider-Man finit par avoir le dessus en faisant s'écrouler un immense panneau publicitaire sur Green Goblin. Il se sort des gravats, lui enlève son masque et se rend compte qu'Osborn a perdu la mémoire de leur identité secrète respective. 1977 : Gwen et Peter se recueillent devant la tombe d'Eugene Thompson. 1984 : Spider-Man a disparu de la surface de la Terre depuis plusieurs jours, alors que sa femme est enceinte de jumeaux. 1995 : Otto Octavius prend un otage pour faire prisonnier Spider-Man.
Il faut soit lire la quatrième de couverture, soit finir le premier épisode pour comprendre la nature du récit : Chip Zdarsky prend comme point de départ que Peter Parker a bel et bien été mordu par une araignée radioactive en 1962, date de parution du numéro 15 de la série Amazing Fantasy, et qu'il a vieilli en temps réel après. Chaque épisode se déroule dans une année spécifique d'une décennie les années 1960, les années 1970… les années 2010. Le procédé est assez original et n'a pas été utilisé souvent dans les comics. Le lecteur plonge donc dans une histoire de type Et si ? (What if?) avec une forte pagination permettant de développer le principe sur la longueur. Il sait qu'il peut s'attendre à croiser les personnages traditionnels de la série : Gwen Stacy, Norman Osborn, May Parker, Mary-Jane Watson et plusieurs autres. Il sait également que le scénariste ne peut pas les caser tous, au risque de transformer son récit en annuaire. De la même manière, Zdarsky inclut des références à des événements marquants à la continuité du personnage, comme la Saga du Clone (la présence de Miles Warren est un indicateur qui ne trompe pas) ou la dernière chasse de Kraven. Là encore, il ne peut pas tous les passer en revue au risque de faire catalogue. Il les a triés sur le volet et ils servent à donner de la profondeur au récit. Très vite (dès le premier épisode), le déroulement de ces événements emblématiques dévie de l'original car Peter Parker lui-même a changé : il n'est pas resté bloqué entre 20 et 30 ans.
Dans un premier temps, le lecteur éprouve la sensation que le scénariste va utiliser ce dispositif narratif pour revisiter les grands bouleversements sociétaux des États-Unis, décennie par décennie, mais en fait c'est bien la vie de Peter Parker qui l'intéresse avant tout. Du coup, le choix de l'artiste fait plus sens : il s'agit d'un récit de superhéros, et les responsables éditoriaux l'ont confié à un dessinateur spécialisé dans le genre. La carrière de Mark Bagley a réellement commencé à prendre de l'envergure en 1989 quand il a été affecté pour être le dessinateur de la série New Warriors écrite par Fabian Nicieza. Ensuite, il a été affecté sur la série Amazing Spider-Man qu'il a dessiné entre autres pendant Maximum Carnage et Clone Saga. Il a également illustré 111 épisodes de la série Ultimate Spider-Man écrits par Brian Michael Bendis. En fonction de son histoire personnelle avec cet artiste, le lecteur peut être plus ou moins ravi de le retrouver. Dans tous les cas, il constate vite qu'il est l'homme de la situation. Bagley maîtrise à merveille les conventions graphiques des récits de superhéros, et il le fait consciencieusement. Le lecteur peut retrouver tous les tics visuels propres à une production industrielle : des angles de vue cent fois vus penchés pour faire plus dramatique, le vide des arrière-plans masqués par tous les trucs et astuces (gros plan, camaïeu de couleurs, figures géométriques non signifiantes, traits de puissance ou de vitesse… tout y passe). Cela reste professionnel et efficace. Il peut s'agacer de postures prêtes à l'emploi et de l'épidémie de jeunisme qui frappe la majorité des personnages.
Très rapidement, le lecteur reconnait que Mark Bagley a investi du temps pour réaliser ses planches, et qu'il ne les a pas bâclées comme il a pu le faire dans quelques épisodes au cours de sa longue carrière de plus de trente ans. Quand Spider-Man se balade au bout de sa toile, le lecteur peut voir une rue entière et les façades des buildings en contrebas. Quand il y a une scène de foule, tous les personnages sont différenciés. Le décor de fond dans le laboratoire de Miles Warren ne se limite pas à du papier peint à motif, mais comprend bien des appareillages en trois dimensions. Venom est toujours aussi impressionnant que lorsque Bagley le dessinait dans les années 1990. La vue depuis le bureau de Norman Osborn est superbe. Les 2 encreurs effectuent un travail très soigné, tirant les dessins vers un domaine plus descriptif et plus précis, celui de Dell étant un peu plus arrondi, et celui d'Hennessy un peu plus rêche, sans pour autant créer de hiatus d'un épisode à l'autre. Ce soin apporté aux dessins permet d'éviter la sensation de fadeur ou de produit industriel qui accompagne parfois les pages de Mark Bagley.
Chip Zdarsky invite donc le lecteur à assister au déroulement de la vie de Peter Parker qui vieillit avec les décennies qui passent. D'une certaine manière, il accomplit une forme de fantasme : le héros vieillit avec le lecteur et son histoire connaît une fin, un principe antinomique avec le concept même de héros de fiction récurrent. Rien pour ça, cette histoire vaut le coup d'être lue. Très vite, le scénariste abandonne la possibilité de faire évoluer son personnage en fonction des évolutions de la société, pour plutôt revisiter une partie des grandes sagas du tisseur et des événements majeurs de l'univers partagé Marvel. Le résultat est déconcertant. D'un côté, c'est agréable pour le lecteur familier de cet univers de retrouver des éléments connus, et dans le même temps il voit bien qu'il s'agit de succédanés qui n'ont en rien l'intensité ou la nouveauté de l'original. D'un autre côté, ces points de repère ne constituent pas le fond du récit. L'intérêt principal réside bien dans la manière dont Peter Parker prend de l'âge, murit, et même fait son deuil de sa chère tante May qui meurt pour de bon sans ressusciter (c'est dire si ce récit sort de l'ordinaire).
Le titre n'est pas mensonger : il s'agit bien de l'histoire de la vie de Spider-Man, et même de Peter Parker pendant près de six décennies. Il s’agit bien d'une histoire de superhéros qui en utilise toutes les conventions les plus industrielles, avec un principe original et une narration visuelle compétente à défaut d'être enthousiasmante. Le lecteur ne peut pas s'empêcher de penser que cette histoire aurait pu être bien plus, mais il se satisfait de ce qu'elle soit déjà réussie.
Malaise
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, parue initialement en 2004, sans prépublication. Elle est écrite par Steven T. Seagle, dessinée et peinte par Teddy Kristiansen. Il comprend également l'histoire de 2 pages réalisée par les mêmes auteurs, comme une parodie, pour l'épisode 75 de la série Superman/Batman. Il contient aussi 10 pages d'études graphiques réalisées par l'artiste.
Quand Steve pense au S rouge de Superman, cela lui évoque surtout un S présent à la fin du nom d'un hôpital. Lorsqu'il avait 5 ans, lui et son frère Dave avaient été emmenés par ses parents dans cet hôpital pour rendre visite à leur grand-mère paternelle. En fait seuls les parents l'avaient vue dans sa chambre. le S se trouvait ajouté à la fin du mot Huntington. Afin de les faire patienter, leur père leur avait offert un comics de Superman. Ils avaient dû se mettre d'accord sur comment le lire à deux, sans se battre, sous l'œil courroucé de leur mère. Adulte, Steve explique au lecteur que par la suite il n'a jamais aimé les comics car ils lui rappelaient trop l'odeur de l'hôpital, et les médecins aux airs de comploteurs derrière leur masque, ne disant jamais rien à sa famille. du coup lui et son frère avaient préféré lire des livres par la suite, et Steve en avait dévoré de nombreux. Adulte, l'ironie du fait qu'il écrive des comics ne lui échappe pas. Il s'interrompt dans son écriture, pour répondre à Jeremy, son responsable éditorial qui lui demande de lui envoyer les pages 21 et 22 du comics le plus vite possible. Une fois établis ces délais, Jeremy annonce à Steve qu'il a réussi à lui trouver l'occasion d'écrire des histoires de Superman.
Steve repart dans un aparté pour indiquer qu'en tant qu'auteur il y a deux choses qu'espère un scénariste de comics : se faire demander son autographe, et se faire proposer d'écrire Superman. Steve décline calmement la proposition. Dans la journée, Jeremy le rappelle et laisse un message de motivation pour écrire Superman, car Steve ne décroche pas. Il finit par répondre et répondre qu'il y pensera, une mesure dilatoire. Jeremy ne comprend pas qu'on puisse refuser une proposition en or comme celle-là. Après la fin de la conversation, Steve sort dehors et continue son soliloque. Il explique que c'est un personnage pour lequel il n'a aucune affinité. Pour commencer, son costume est trop ridicule, personne ne s'habillerait comme ça. Il se souvient d'un garçon de sa classe au collège qui était venu habillé en Superman à l'occasion d'Halloween. Cet adolescent peu populaire s'était trouvé transformé par le costume le temps d'une journée. Mais lorsqu'il avait voulu retenter l'expérience un autre jour, il était redevenu un idiot aux yeux de tout le monde : le charme n'avait pas opéré.
Pour commencer, Steven T. Seagle a réellement écrit des épisodes de Superman : les numéros 190 à 200 de la série Superman, parus en 2003/2004. Ensuite, il s'agit d'un scénariste ayant réalisé de nombreux projets pour les comics, des histoires de superhéros pour Marvel (X-Men) et pour DC, mais aussi des récits indépendants comme The Amazon (1989) avec Tim Sale, House of Secrets (1996-1999), The Red Diary: The Re(a)d Diary Flipbook (2012) avec Teddy Kristiansen, Genius avec Teddy Kristiansen. Il fait également parti du studio Man of Action, formé avec Duncan Rouleau, Joe Casey et Joe Kelly, créateurs par exemple de la série de dessin animé Ben 10. La présente histoire a été publiée par Vertigo, la branche adulte de DC Comics et constitue essentiellement une autobiographie d'une période de la vie du scénariste. Alors que le récit commence, Steve (le double fictionnel du scénariste) entretient une relation suivie avec Lisa, et travaille comme scénariste pour l'industrie des comics. D'entrée de jeu, il expose au lecteur d'où provient son aversion pour le personnage : un mauvais souvenir d'enfance l'ayant durablement marqué. Par la suite, le récit suit Steve alors qu'il se lance à la recherche de son père qui n'est pas revenu depuis plusieurs jours chez lui, son épouse s'inquiétant, Steve décortiquant une par une les caractéristiques de Superman et faisant apparaître en quoi elles lui semblent toutes ridicules. Il se trouve qu'il gère mal le stress induit par l'absence inexpliquée de son père et par son refus d'écrire une histoire de Superman, car l'un comme l'autre sont rattachés à une période de son enfance qui l'a durablement marquée.
Du fait de la nature du récit, l'artiste se retrouve à dessiner pendant plus de la moitié des cases des individus en train de parler, soit entre eux, soit Steve s'adressant directement au lecteur. Il prend le parti d'utiliser essentiellement des gros plans sur les visages et des plans poitrine. Teddy Kristiansen a choisi de ne pas se cantonner à un registre réaliste et purement descriptif. le lecteur n'a pas l'impression de regarder des individus dessinés pour ressembler à une photographie, ou des représentations simplifiées restant dans un registre réaliste. L'artiste détoure les visages et les silhouettes avec un trait fin et sec, parfois cassant. Il simplifie la représentation des visages en se dirigeant vers un registre expressionniste. Il conserve un niveau descriptif tel que le lecteur n'éprouve aucune difficulté à reconnaître tous les personnages : Steve, son frère Dave, leur mère, leur père, leur tante Sarah, Raphael le copain mécanicien, Joe Allen. Il distingue les caractéristiques physiques comme la coupe de cheveux, la forme du crâne, la silhouette, les lunettes, la tenue vestimentaire. Il ajoute des petits traits rouges à quelques centimètres sous les yeux des personnages pour évoquer un état émotionnel un peu agité. Il s'amuse avec la silhouette de Superman en lui donnant des muscles impossibles. À part pour Superman et ses ennemis, il utilise un registre de couleurs plus ternes, également entre naturalisme et expressionnisme. Il n'hésite pas à changer de façon de représenter quand la scène le requiert : une silhouette de combattant sur un vase grec, une silhouette dessinée de manière enfantine quand il s'agit des couleurs du costume de Superman, une approche impressionniste pour les champs autour de Smallville, des dessins sépia et anguleux pour évoquer Friedrich Nietzsche (1844-1900), ou encore des dessins très sombres pour évoquer la nature intrinsèque de genre de divertissement pour Superman.
Indéniablement Teddy Kristiansen apporte une sensibilité artistique qui indique que ce récit n'a qu'un rapport thématique avec les aventures du superhéros avec le slip par-dessus le pantalon, et donne discrètement des indications sur l'état d'esprit des personnages par le biais d'une représentation fragile et habitée par les couleurs. Ainsi le lecteur ressent une réelle proximité avec le narrateur Steve qui est omniprésent, soit comme personnage dans la scène, soit en s'adressant directement au lecteur, soit parce que la scène est émaillée de ses commentaires et de ses observations. Dès le début, le lecteur ressent le malaise de Steve, ces circonstances de l'enfance qui ont fait que le personnage de Superman est chargé d'une émotion négative. Il éprouve pleinement la douleur psychique de Steve à devoir se confronter à ce choix cornélien : soit refuser une occasion professionnelle importante, soit se forcer à écrire un personnage qui n'a aucun sens pour lui. Dans les 2 cas, il se retrouve perdant. Néanmoins sa réaction et le fait qu'il s'enfonce progressivement dans une déprime carabinée semble disproportionnée.
Le lecteur suit donc Steve dans sa tentative de localiser son père, dans ses discussions avec Lisa sur ses difficultés à écrire, dans ses souvenirs, dans ses discussions avec son responsable éditorial. Steve explique régulièrement qui est tel personnage, à quoi correspond un souvenir. En outre, le lecteur voit Steve passer en revue, une à une les caractéristiques du personnage Superman : le costume ridicule, l'individu vivant en étranger pour ceux qui l'entourent, le départ de Krypton pour arriver dans un cadre parfait (famille d'accueil), son invulnérabilité qui contraint les auteurs à inventer des astuces comme la kryptonite, les couleurs de son costume (rouge, jaune et bleu, presque celles du drapeau américain, mais pas tout à fait), son identité secrète, son pouvoir, son courage, sa perfection physique, la notion de justice, le concept de surhomme selon Nietzsche, sa forteresse de solitude, la littérature d'évasion, et quelques autres. À chaque fois, il met en lumière la caractéristique et son ineptie par rapport à la réalité, l'idiotie consubstantielle de ce superhéros. Cela produit un effet désagréable sur le lecteur : Steve auteur de comics de superhéros crache dans la soupe. Dans le même temps, cette posture n'apporte à Steve aucun réconfort : il est dans une démarche destructrice. Il faut attendre le dernier quart du récit pour comprendre ce qui le rend vraiment hostile à Superman, source du malaise grandissant de Steve et du lecteur. En ayant ainsi structuré son récit, Steven T. Seagle rend presqu'impossible l'empathie vis-à-vis de son double de papier. Il est évident qu'il souffre mais cela ne suffit pas à le rendre sympathique. Cela est d'autant plus frustrant que Seagle sait également parler de la maladie d'Huntington avec pertinence et nuance, attestant de capacités d'écriture matures.
Ce récit constitue une autobiographie de quelques mois de la vie de Steven T. Seagle, et sonde sa relation d'auteur et d'individu avec le personnage de Superman et ses caractéristiques. Le scénariste réalise une analyse intéressante, mais toujours à charge, bénéficiant d'une mise en images personnelle qui procure un sentiment de proximité avec Steve. Le résultat suscite des sentiments complexes, entre agacement et pitié devant cet individu qui sombre dans l'autoapitoiement, et la critique négative systématique de ce superhéros, entre curiosité quant à cette vision du personnage et frustration d'assister impuissant à la déprime de l'auteur. Seagle joue honnêtement le jeu de l'autobiographie sans chercher à se flatter, mais sans donner l'impression de réussir à s'éloigner d'une narration trop autocentrée.
À nouveau ensemble pour la première fois
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Ce tome comprend une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable des personnages. Il contient les trois épisodes de la minisérie, ainsi que les onze couvertures (originales + variantes), initialement parus en 2018, écrits par Brian Haberlin & Brian Holguin, dessinés et encrés par Brian Haberlin, avec une mise en couleurs (de type peinture) réalisée par Geirrod Van Dyke.
Quelque part vraisemblablement dans un pays de l'Europe de l'Est au moyen âge, une armée avance sur un champ de neige pour aller livrer bataille. Elle se compose en fait d'une vingtaine de personnes, essentiellement des fermiers soit assez jeunes, soit déjà assez âgés, sans expérience du combat, armés de haches et de fourches. Ils se retrouvent face à un groupe de créatures surnaturelles, à moitié zombies, à moitié créatures démoniaques, avec un géant dans leurs rangs. Le contact entre les deux groupes ayant été établi, les paysans se font massacrer, sans réussir à ralentir l'avancée des monstres, sans réussir à leur faire mal. Alors qu'il y a déjà plusieurs morts, les survivants entendent le son d'un cor, et voient arriver un chevalier en armure sur un fougueux destrier, avec une longue cape rouge flottant au vent, et une longue épée. L'un des morts vivants décoche une flèche filant droit sur le heaume du chevalier. Celle-ci se s'arrête net à quelques centimètres du casque, stoppée par une énergie verte irradiant des yeux du chevalier.
Hellspawn se lance dans la bataille et met rapidement en déroute les monstres. Un paysan voit en lui le retour de leur roi. Non loin de là, dans un château perché au sommet d'une élévation rocheuse, dans la grande salle du trône, une reine accueille le corbeau Scourge qui revient du champ de bataille, pour lui faire son rapport. Elle voit l'image du grand guerrier, crève les yeux du corbeau, puis marche dessus. Sur le champ de bataille, un paysan accueille le chevalier en tant que roi Valon. Le chevalier n'a aucun souvenir de qui il était avant de revêtir son armure. Les paysans l'enjoignent à retirer son heaume. En découvrant son visage ravagé, ils lui demandent instamment de le remettre incontinent. Le groupe revient au village, et l'ancien du village évoque l'époque où régnait le roi Valon, avec son meilleur ami Leith, et sa femme Rielle. Ces souvenirs évoquent vaguement quelque chose dans la mémoire d'Hellspawn, sans qu'il ne gagne l'assurance qu'il s'agisse de son histoire. Ailleurs, une jeune femme armée d'un gant métallique émettant de l'énergie se bat contre des monstres, perd et le gant s'abîme dans les profondeurs de l'océan. Des années plus tard, un navire vient à voguer dans les parages, avec à son bord le barde aveugle Sea Hawk et une jeune femme appelée Starling.
Pour les connaisseurs, ce n'est pas la première fois que Medieval Spawn et Medieval Witchblade se rencontrent, car ils s'étaient déjà croisés en 1996, dans Medieval Spawn Witchblade par Garth Ennis, Brandon Peterson et Batt… même si ce ne sont les mêmes qui se croisent dans cette nouvelle rencontre. Très tôt dans la série, Todd McFarlane a eu recours à d'autres créateurs pour donner vie à son personnage Spawn (Al Simmons, créé en 1992), et il a fait fructifier la franchise en favorisant des déclinaisons alternatives de Spawn. Wichblade (Sara Pezzini) est un personnage créé en 1995 par Marc Silvestri, David Wohl, Brian Haberlin et Michael Turrner. Pour cette coopération entre les 2 personnages Brian Holguin a décidé de repartir de zéro avec des itérations toutes neuves. Spawn apparaît comme un individu revenu des enfers on ne sait comment, et disposant d'une grande force. Le scénariste lui consacre le premier épisode avec son apparition devant les paysans, et sa redécouverte progressive et incomplète de son passé. Holguin reprend le schéma classique des paysans dépassés par un ennemi bien supérieur en force brute et en nombre, qui vont bénéficier de l'aide d'un sauveur, vraisemblablement leur ancien roi disparu depuis plusieurs décennies. Cet avatar d'Hellspawn reste à l'état de héros assez générique en ce qui concerne sa psychologie et ses motivations. Par contre, il bénéficie d'une extraordinaire définition graphique par Brian Haberlin, en particulier pour son heaume, finement ciselé, avec une texture métallique, le tout réalisé à l'infographie avec un niveau de détails extraordinaire.
Le deuxième épisode sert à introduire la nouvelle itération du personnage de Witchblade. Chaque épisode comprenant 31 pages de comics, le scénariste dispose d'une bonne quantité de pages pour raconter l'histoire du personnage. Il peut donc se permettre le luxe de commencer par évoquer la mort de la précédente porteuse du gantelet Witchblade pendant 6 pages, puis introduire le personnage de Sea Hawk pendant 7 pages, avant de vraiment passer à Starling elle-même. L'histoire se lit comme une l'aventure d'une orpheline à une époque médiévale, qui se voit prise en charge par un aveugle bénéficiant de visions, et totalement autonome malgré sa cécité. Sea Hawk dispose d'une personnalité un peu moins convenue que celle de Hellspawn grâce à son sens de l'humour sarcastique. Brian Holguin prend bien soin de montrer que la vie de Starling lui a appris à être totalement autonome et à ne compter que sur elle-même, ce qui fait qu'elle n'accepte pas sur le champ la tutelle de Sea Hawk. Les dessins de Haberlin montrent une jeune adolescente à la morphologie normale, sans sexualisation particulière. Le lecteur attend bien sûr impatiemment le moment où Starling va récupérer le gantelet, et il remarque que le dessinateur choisit une représentation plus organique et moins technologique pour ledit gantelet que pour l'amure d'Hellspawn.
À partir de l'épisode 3, la structure du récit rejoint le déroulement bien balisé : les 2 héros se rencontrent (ils se mettent d'accord plutôt rapidement), ils font équipe, ils se retrouvent face à la méchante reine et doivent se battre contre les monstres. Toutefois la narration globale n'en fait pas un récit tout public, ou mièvre. Brian Holguin écrit des récitatifs formels, dans une langue posée, sans usage de grossièretés ou de syntaxe malmenée. Il lui arrive de temps à autre de doubler, dans un cartouche, l'information déjà contenue dans les dessins. Les personnages s'expriment parfois à haute voix pour être sûr que le lecteur comprenne bien leurs intentions. Sans être aussi copieux que les cellules de texte d'un comics écrit par Todd McFarlane, le lecteur sent que Brian Holguin appartient à la même école de narration, ce qui donne un rythme un peu plus posé à la lecture.
Si ce n'était pas précisé sur la page de titre, le lecteur ne pourrait pas imaginer que les dessins et la mise en couleurs n'ont pas été faits par le même artiste. Brian Haberlin détoure les formes avec des traits d'encrage assez fins. En fonction des cases, il peut détourer la silhouette et le visage d'un personnage avec des traits secs, un peu cassants par endroit, ce qui leur insuffle une forme de spontanéité. Il représente les costumes avec la même technique, sauf lorsqu'il s'agit de l'armure de Hellspawn, d'un accessoire métallique (comme le bandeau qui ceint le front de Sea Hawk), ou encore les bijoux de la reine Rielle. Pour ces éléments, il utilise l'infographie afin d'inclure des textures hyperréalistes de métal. S'il y prête attention, le lecteur peut également observer l'usage de l'infographie pour quelques décors, comme le château de Rielle sur le sommet rocheux, ou l'intérieur de la salle de réception du même château, dans une moindre mesure la surface de l'eau. Il apprécie aussi l'utilisation de l'infographie pour les effets spéciaux, à commencer par les décharges d'énergie. De fait, ces pages proposent des visuels sophistiqués qui s'adressent à des lectures adolescents ou adultes, en phase avec le mode narratif du scénariste.
Effectivement, Geirrod Van Dyke effectue un travail de mise en couleurs parfaitement amalgamé aux traits encrés des dessins, avec une apparence de couleur directe. La qualité de ce travail est d'autant plus impressionnante que van Dyke arrive à combiner les contours parfois rugueux, avec une mise en couleurs donnant une impression de peinture par aplats irréguliers, donnant une impression organique, également avec les textures donnant l'impression de photographies, auxquels viennent parfois se superposer les effets spéciaux. À l'opposé d'une superposition de techniques hétérogènes, les pages offrent une grande cohérence. Le lecteur tombe en arrêt à plusieurs reprises devant des spectacles énormes : l'arrivée d'Hellspawn sur son destrier, le vaisseau de Sea Hawk fendant les flots, le monstre conjuré par Rielle, Hellspawn s'élançant avec l'épée tirée au clair contre le monstre géant, les cieux parcourus d'énergies fantastiques et destructrices. En prenant un peu de recul, le lecteur se rend compte que Brian Haberlin et le coloriste ne se concentrent pas sur les cases qui en mettent plein la vue, mais sur la narration avant tout. Le dessinateur privilégie les cases de la largeur de la page, non pas comme une facilité pour ne mettre qu'une tête de personnage au milieu avec un camaïeu pour tout arrière-plan, mais pour proposer un spectacle écran large. Le lecteur peut donc se projeter dans chaque endroit, en appréciant la texture de l'eau, ou de la neige, ou de la roche, au milieu de personnages très présents et incarnés.
En découvrant l'existence de cette nouvelle (mais aussi première) rencontre entre Medieval Spawn et Medieval Witchblade, le lecteur se prépare à une plongée dans les premières heures d'Image Comics, dans les années 1990. Il découvre avec plaisir des dessins magnifiques tirant le meilleur parti des capacités de l'infographie, sans que cela ne prenne le pas sur la narration. Il se rend compte qu'il s'agit de nouveaux personnages qui respectent les principales caractéristiques des originaux, et que la narration en mots respecte l'esprit des comics de Spawn, en moins verbeux quand même. Il plonge dans un monde pleinement incarné, tout en comprenant plusieurs conventions génériques. Le récit suit lui aussi un schéma bien balisé, agréable, sans offrir de réflexion particulière.
Kindergarten Wars est une nouvelle série japonaise traduite et publiée par Ki-oon, et j'voue que son pitch est assez original, sur le papier. Des criminels obligés de se muer en enseignants-gardes du corps pour une école maternelle accueillant la progéniture de l'élite du Japon. Une école qui, de fait, devient la cible de kidnappeurs, tueurs à gages, etc. Je suis un peu moins convaincu par l'argument romantique attaché à l'une de ces maîtresses particulières, à savoir qu'elle cherche l'âme soeur parmi le moindre représentant de la gent masculine qui se présente. Cela donne lieu à des scènes où l'action brutale le dispute au fleur bleue, ce qui provoque un grand écart narratif par moments. Dans le deuxième tome cela tourne même au triangle amoureux avec des sentiments supposés à sens unique.
Je ne suis pas très convaincu que ce soit pertinent et utile à moyen terme dans la série, mais après la lecture des deux premiers tomes c'est tout de même assez plaisant, le manga se lit rapidement sans que l'on tique sur autre chose que cette dimension romantique. En effet le trait est dynamique, l'autrice se montre très à l'aise avec l'action, les coups de feu, les éclats de sang, sans aller jusqu'au trash. Dans le troisième tome l'intrigue avance relativement peu, à part l'arrivée d'un nouveau personnage vers la fin. L'ensemble reste plaisant, un peu rigolo, un peu fleur-bleue. J'ai bien aimé la réaction de Rita quand le tueur qu'elle vient de neutraliser lui a déclaré regardé les films en accéléré;
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La Route
Délicate critique que celle-ci. Entendons-nous bien : cette BD est un projet vertigineux, d'une ambition esthétique indéniable, un projet total sans la moindre compromission. Et il y a ma note, ce 3 banal, ce que n'est absolument pas cette BD, reflétant mon appréciation subjective de l’œuvre. Nul propos et regard ici sur à la qualité de l'adaptation, n'ayant ni lu le roman ni vu le film. Cette BD est incroyablement noire, glauque, morbide, ce qui n'est aucunement un problème. Ce qui me gêne davantage est la conduite du scénario. Tous les éléments sont immédiatement présents dès l'entame du récit : la crainte des rares autres, la faim, le froid, la soif, l'horreur du cannibalisme, etc. Le récit ne dégage pas de surprise, ni n'élabore un crescendo dans l'horreur. L'on sait où l'on va, et l'on y va comme prévu. Côté récit d'initiation, c'est très pauvre et essentiellement limité à des précautions sur les lieux à éviter, et de bien décevants dialogues père-fils. Côté métaphore, l'on ne sait s'il s'agit d'une fable sur le nucléaire, le changement climatique, la guerre (civile ou non), soit un regard bien peu acéré sur notre société contemporaine, n'exprimant que son nihilisme froid. Autre point regrettable, l'ambiance. Mon point de vue n'est visiblement pas unanimement partagé, mais je n'ai été saisi ni par l'horreur (aussi parce qu'exprimée dès le départ, comme un préalable à accepter pour entrer dans ce récit SF), ni par la tension. Je n'ai pas craint pour la vie de nos héros lorsqu'une milice ou des égarés s'approchaient, n'ai jamais véritablement senti la douleur du froid, l'horreur de la faim faisant chez certains perdre toute morale, n'ai pas soufflé ni ressenti la moindre délivrance quand nos héros mettaient la main sur un stock de nourriture ou dénichait un abri sûr. Aucun abattement, comme l'enfant d'ailleurs, lorsque l'inéluctable événement final tomba. Une BD impressionnante en de nombreux points, qui peut regrettablement se lire avec un improbable détachement. Blast et plus encore Le Rapport de Brodeck m'avaient bien davantage convaincu.
Le Labo (Bourhis/Varela)
Un scénario un peu surprenant, roublard, qui singe les débuts de l’informatique grand public, en déviant quelque peu la réalité, puisqu’ici tout est créé, tout aurait pu naitre dans une modeste entreprise française ! Un court dossier final nous apprend que les Français n’étaient pas à la rue, mais le rouleau compresseur américain et des choix publics discutables ont fait que l’histoire racontée ici est en grande partie farfelue. L’intrigue se laisse lire très agréablement, la narration est dynamique. Avec quelques pointes d’humour (autour de la drogue, d’un groupe de cadres caricaturalement beaufs et misogynes, la mère du héros, tous sources de quelques situations savoureuses). J’ai bien aimé aussi la reconstitution des années 1970, période reine des quadras, avec rouflaquettes et pattes d’eph’. Un peu comme avait pu le faire Valette pour les années 90 avec Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle (en plus délirant quand même). Une lecture sympathique.
L'Algérie, c'est beau comme l'Amérique
Un roman graphique aux airs de documentaire. En tout cas une lecture plaisante, sur un sujet peu traité, parfois maltraité, et qui a des résonnances encore aujourd’hui dans notre société. Nous suivons une jeune femme, fille et petite-fille de pieds noirs, qui a décidé de faire une sorte de pèlerinage, en tout cas de voir de visu les lieux évoqués par sa mère et surtout sa grand-mère lors de longues discussions : revenir à Alger et dans les Aurès, aux sources de l’histoire familiale. La narration est fluide et agréable, on suit avec plaisir l’auteure, et un certain nombre de clichés sont évacués. En tout cas nuancés (sur la rancœur des pieds-noirs, les relations entre colons et algériens, ainsi que sur la société algérienne post-indépendance). Le duo entre l’auteure et son « guide » Djaffar permet souvent de titiller la réflexion (et l’intérêt du lecteur). Une lecture que j’ai bien aimée.
Zátopek
J'aime beaucoup les biographies de sportifs aux parcours atypiques. Je suis né bien après les exploits du Tchécoslovaque mais sa légende était encore bien vivante dans ma jeunesse. J'ai donc été très intéressé par cet ouvrage qui se focalise sur la jeunesse de Zatopek jusqu'à son exploit inégalé d'Helsinki avec les trois médailles d'or du 5000/10000 et marathon. Jan Novak ne se borne pas à rappeler cet exploit unique mais centre sa série sur la spécificité de la période qu'a vécu ce champion. Coureur inné, il devra affronter l'annexion allemande comme ouvrier dans une usine de chaussures, puis le carcan de la guerre froide. Esprit libre et novateur, il prendra le risque de s'opposer aux autorités mais inventera avec son ami le docteur Halusa la méthode d'entrainement des fractionnés. La série permet une comparaison édifiante avec nos sportifs contemporains choyés depuis leur adolescence dès que l'on perçoit une étincelle de potentiel. Le graphisme de Jaromir 99 propose un trait Comic assez pointu. C'est expressif mais assez économe. Par contre la mise en couleur pleine d'ombres et de contrastes appuyés propose une ambiance assez inquiétante qui convient à l'atmosphère de cette époque. Cela donne un côté vintage qui va bien avec l'esprit du récit. Un bel hommage pour cet immense champion.
Mon ami Pierrot
Un conte pour adulte sympathique à lire, mais je serai un peu moins enthousiaste que mes camarades. Déjà, je n'aime pas trop le dessin que je trouve trop froid pour ce genre de récit. Les couleurs sont bien choisies en revanche. Ensuite, le scénario est accrochant, mais c'est un peu déroutant de voir les personnages changer d'avis. Si au final le comportement de Pierrot s'explique lors des révélations finales, celui de l'héroïne est un peu difficile à comprendre par moment, surtout à la fin. Je comprends ce que l'auteur voulait exprimer, mais la manière avec laquelle il le fait me semble un peu confus. De plus, je n'aime pas le personnage du fils du comte, qui fait trop stéréotypé et du coup n'est pas crédible à mes yeux.
Chumbo
2.5 Un scénario très dense qui contient des scènes que j'ai aimées et d'autres moins. Ce qui a surtout retenu mon attention est l'évolution politique du Brésil au fil des décennies, même s'il y a peu de surprise parce que son histoire ressemble malheureusement à ce qui s'est passé dans tous les pays sud-américains durant le 20ème siècle. Le coté saga familiale m'a moins passionné, entre autres parce que les membres de cette famille sont peu attachants et même antipathiques. Le dessin est très influencé par l'underground américain, au point que j'ai cru au début lire la traduction d'un comics. Ce n'est pas un style qui me plait particulièrement, mais c'est lisible et bien maitrisé.
Spider-Man - L'Histoire d'une vie
Toute une vie bien remplie - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, qui est plus savoureuse si le lecteur dispose d'une connaissance un peu développée des principaux moments de la vie de Peter Parker. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Chip Zdarsky, dessinés par Mark Bagley, encrés par John Dell (épisodes 1, 3, 5) et Andrew Hennessy (épisodes 2, 4, 6), avec une mise en couleurs réalisée par Frank d'Armata. Il s'agit d'un récit sur une vie alternative de Peter Parker dans laquelle il aurait vieilli avec les années qui passent, de 1966 à 2019. Il contient également les couvertures variantes réalisées par Marcos Martin, Greg Smallwood, Skottie Young, Michael Cho, ACO, Kaare Andrews, Andrea Sorrentino, Paul Pope. En 1966, Peter Parker a revêtu son costume de Spider-Man et se balance au bout de sa toile, de gratte-ciel en gratte-ciel pour se rendre à l'université, étant bien sûr en retard, après avoir combattu Mysterio sur le chemin. Après s'être changé, il arrive sur le campus où des étudiants sont en train de manifester contre la guerre au Vietnam. En son for intérieur, Peter s'interroge pour savoir s'il doit s'engager, si ses pouvoirs n'induisent pas une obligation de s'engager. Harry Osborn arrive également en retard, déposé en voiture par son père Norman Osborn. Harry présente Peter à son père qui lui propose un stage dans son entreprise Osborn Industries : Peter lui répond qu'il a déjà un stage au Baxter Building. Harry fait observer à Peter que son père aurait préféré l'avoir comme fils. Peter se dit qu'il est mal à l'aise en face de Norman Osborn, même si son sens d'araignée ne se déclenche pas. Peter rejoint enfin sa classe : des travaux dirigés de chimie biologique avec Gwen Stacy, sous la supervision du professeur Miles Warren. Après les cours, il passe au Daily Buggle pour remettre des photographies du combat de Spider-Man contre Mysterio, à J. Jonah Jameson qui n'en est pas très emballé. Il va ensuite voir Betty Brant qui se charge de lui ramener sa paye. À la télé passe un reportage sur l'intervention d'Iron Man au Vietnam. Le journaliste suppute que Captain America va également bientôt prendre part au conflit. Le soir, Peter Parker se rend au bar où Flash Thompson a organisé une fête pour son départ car il s'est engagé. La discussion s'engage entre Peter et Flash et tourne vite à l'aigre, le premier rappelant au deuxième comment il l'a harcelé au lycée. Peter finit par se calmer et la discussion prend un tour plus apaisé. Un peu après, il est abordé par Norman Osborn qui se trouve aussi dans le bar. Il lui fait comprendre qu'il connaît sa double identité et qu'il a disposé des citrouilles piégées un peu partout dans le bar. Il exige que Peter Parker le rejoigne dans la ruelle par la sortie à l'arrière. Peter s'exécute et sort à l'extérieur alors qu'Osborn a déjà revêtu son costume de Green Goblin et enfile son masque. Le combat s'engage. Spider-Man finit par avoir le dessus en faisant s'écrouler un immense panneau publicitaire sur Green Goblin. Il se sort des gravats, lui enlève son masque et se rend compte qu'Osborn a perdu la mémoire de leur identité secrète respective. 1977 : Gwen et Peter se recueillent devant la tombe d'Eugene Thompson. 1984 : Spider-Man a disparu de la surface de la Terre depuis plusieurs jours, alors que sa femme est enceinte de jumeaux. 1995 : Otto Octavius prend un otage pour faire prisonnier Spider-Man. Il faut soit lire la quatrième de couverture, soit finir le premier épisode pour comprendre la nature du récit : Chip Zdarsky prend comme point de départ que Peter Parker a bel et bien été mordu par une araignée radioactive en 1962, date de parution du numéro 15 de la série Amazing Fantasy, et qu'il a vieilli en temps réel après. Chaque épisode se déroule dans une année spécifique d'une décennie les années 1960, les années 1970… les années 2010. Le procédé est assez original et n'a pas été utilisé souvent dans les comics. Le lecteur plonge donc dans une histoire de type Et si ? (What if?) avec une forte pagination permettant de développer le principe sur la longueur. Il sait qu'il peut s'attendre à croiser les personnages traditionnels de la série : Gwen Stacy, Norman Osborn, May Parker, Mary-Jane Watson et plusieurs autres. Il sait également que le scénariste ne peut pas les caser tous, au risque de transformer son récit en annuaire. De la même manière, Zdarsky inclut des références à des événements marquants à la continuité du personnage, comme la Saga du Clone (la présence de Miles Warren est un indicateur qui ne trompe pas) ou la dernière chasse de Kraven. Là encore, il ne peut pas tous les passer en revue au risque de faire catalogue. Il les a triés sur le volet et ils servent à donner de la profondeur au récit. Très vite (dès le premier épisode), le déroulement de ces événements emblématiques dévie de l'original car Peter Parker lui-même a changé : il n'est pas resté bloqué entre 20 et 30 ans. Dans un premier temps, le lecteur éprouve la sensation que le scénariste va utiliser ce dispositif narratif pour revisiter les grands bouleversements sociétaux des États-Unis, décennie par décennie, mais en fait c'est bien la vie de Peter Parker qui l'intéresse avant tout. Du coup, le choix de l'artiste fait plus sens : il s'agit d'un récit de superhéros, et les responsables éditoriaux l'ont confié à un dessinateur spécialisé dans le genre. La carrière de Mark Bagley a réellement commencé à prendre de l'envergure en 1989 quand il a été affecté pour être le dessinateur de la série New Warriors écrite par Fabian Nicieza. Ensuite, il a été affecté sur la série Amazing Spider-Man qu'il a dessiné entre autres pendant Maximum Carnage et Clone Saga. Il a également illustré 111 épisodes de la série Ultimate Spider-Man écrits par Brian Michael Bendis. En fonction de son histoire personnelle avec cet artiste, le lecteur peut être plus ou moins ravi de le retrouver. Dans tous les cas, il constate vite qu'il est l'homme de la situation. Bagley maîtrise à merveille les conventions graphiques des récits de superhéros, et il le fait consciencieusement. Le lecteur peut retrouver tous les tics visuels propres à une production industrielle : des angles de vue cent fois vus penchés pour faire plus dramatique, le vide des arrière-plans masqués par tous les trucs et astuces (gros plan, camaïeu de couleurs, figures géométriques non signifiantes, traits de puissance ou de vitesse… tout y passe). Cela reste professionnel et efficace. Il peut s'agacer de postures prêtes à l'emploi et de l'épidémie de jeunisme qui frappe la majorité des personnages. Très rapidement, le lecteur reconnait que Mark Bagley a investi du temps pour réaliser ses planches, et qu'il ne les a pas bâclées comme il a pu le faire dans quelques épisodes au cours de sa longue carrière de plus de trente ans. Quand Spider-Man se balade au bout de sa toile, le lecteur peut voir une rue entière et les façades des buildings en contrebas. Quand il y a une scène de foule, tous les personnages sont différenciés. Le décor de fond dans le laboratoire de Miles Warren ne se limite pas à du papier peint à motif, mais comprend bien des appareillages en trois dimensions. Venom est toujours aussi impressionnant que lorsque Bagley le dessinait dans les années 1990. La vue depuis le bureau de Norman Osborn est superbe. Les 2 encreurs effectuent un travail très soigné, tirant les dessins vers un domaine plus descriptif et plus précis, celui de Dell étant un peu plus arrondi, et celui d'Hennessy un peu plus rêche, sans pour autant créer de hiatus d'un épisode à l'autre. Ce soin apporté aux dessins permet d'éviter la sensation de fadeur ou de produit industriel qui accompagne parfois les pages de Mark Bagley. Chip Zdarsky invite donc le lecteur à assister au déroulement de la vie de Peter Parker qui vieillit avec les décennies qui passent. D'une certaine manière, il accomplit une forme de fantasme : le héros vieillit avec le lecteur et son histoire connaît une fin, un principe antinomique avec le concept même de héros de fiction récurrent. Rien pour ça, cette histoire vaut le coup d'être lue. Très vite, le scénariste abandonne la possibilité de faire évoluer son personnage en fonction des évolutions de la société, pour plutôt revisiter une partie des grandes sagas du tisseur et des événements majeurs de l'univers partagé Marvel. Le résultat est déconcertant. D'un côté, c'est agréable pour le lecteur familier de cet univers de retrouver des éléments connus, et dans le même temps il voit bien qu'il s'agit de succédanés qui n'ont en rien l'intensité ou la nouveauté de l'original. D'un autre côté, ces points de repère ne constituent pas le fond du récit. L'intérêt principal réside bien dans la manière dont Peter Parker prend de l'âge, murit, et même fait son deuil de sa chère tante May qui meurt pour de bon sans ressusciter (c'est dire si ce récit sort de l'ordinaire). Le titre n'est pas mensonger : il s'agit bien de l'histoire de la vie de Spider-Man, et même de Peter Parker pendant près de six décennies. Il s’agit bien d'une histoire de superhéros qui en utilise toutes les conventions les plus industrielles, avec un principe original et une narration visuelle compétente à défaut d'être enthousiasmante. Le lecteur ne peut pas s'empêcher de penser que cette histoire aurait pu être bien plus, mais il se satisfait de ce qu'elle soit déjà réussie.
C'est un oiseau...
Malaise - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, parue initialement en 2004, sans prépublication. Elle est écrite par Steven T. Seagle, dessinée et peinte par Teddy Kristiansen. Il comprend également l'histoire de 2 pages réalisée par les mêmes auteurs, comme une parodie, pour l'épisode 75 de la série Superman/Batman. Il contient aussi 10 pages d'études graphiques réalisées par l'artiste. Quand Steve pense au S rouge de Superman, cela lui évoque surtout un S présent à la fin du nom d'un hôpital. Lorsqu'il avait 5 ans, lui et son frère Dave avaient été emmenés par ses parents dans cet hôpital pour rendre visite à leur grand-mère paternelle. En fait seuls les parents l'avaient vue dans sa chambre. le S se trouvait ajouté à la fin du mot Huntington. Afin de les faire patienter, leur père leur avait offert un comics de Superman. Ils avaient dû se mettre d'accord sur comment le lire à deux, sans se battre, sous l'œil courroucé de leur mère. Adulte, Steve explique au lecteur que par la suite il n'a jamais aimé les comics car ils lui rappelaient trop l'odeur de l'hôpital, et les médecins aux airs de comploteurs derrière leur masque, ne disant jamais rien à sa famille. du coup lui et son frère avaient préféré lire des livres par la suite, et Steve en avait dévoré de nombreux. Adulte, l'ironie du fait qu'il écrive des comics ne lui échappe pas. Il s'interrompt dans son écriture, pour répondre à Jeremy, son responsable éditorial qui lui demande de lui envoyer les pages 21 et 22 du comics le plus vite possible. Une fois établis ces délais, Jeremy annonce à Steve qu'il a réussi à lui trouver l'occasion d'écrire des histoires de Superman. Steve repart dans un aparté pour indiquer qu'en tant qu'auteur il y a deux choses qu'espère un scénariste de comics : se faire demander son autographe, et se faire proposer d'écrire Superman. Steve décline calmement la proposition. Dans la journée, Jeremy le rappelle et laisse un message de motivation pour écrire Superman, car Steve ne décroche pas. Il finit par répondre et répondre qu'il y pensera, une mesure dilatoire. Jeremy ne comprend pas qu'on puisse refuser une proposition en or comme celle-là. Après la fin de la conversation, Steve sort dehors et continue son soliloque. Il explique que c'est un personnage pour lequel il n'a aucune affinité. Pour commencer, son costume est trop ridicule, personne ne s'habillerait comme ça. Il se souvient d'un garçon de sa classe au collège qui était venu habillé en Superman à l'occasion d'Halloween. Cet adolescent peu populaire s'était trouvé transformé par le costume le temps d'une journée. Mais lorsqu'il avait voulu retenter l'expérience un autre jour, il était redevenu un idiot aux yeux de tout le monde : le charme n'avait pas opéré. Pour commencer, Steven T. Seagle a réellement écrit des épisodes de Superman : les numéros 190 à 200 de la série Superman, parus en 2003/2004. Ensuite, il s'agit d'un scénariste ayant réalisé de nombreux projets pour les comics, des histoires de superhéros pour Marvel (X-Men) et pour DC, mais aussi des récits indépendants comme The Amazon (1989) avec Tim Sale, House of Secrets (1996-1999), The Red Diary: The Re(a)d Diary Flipbook (2012) avec Teddy Kristiansen, Genius avec Teddy Kristiansen. Il fait également parti du studio Man of Action, formé avec Duncan Rouleau, Joe Casey et Joe Kelly, créateurs par exemple de la série de dessin animé Ben 10. La présente histoire a été publiée par Vertigo, la branche adulte de DC Comics et constitue essentiellement une autobiographie d'une période de la vie du scénariste. Alors que le récit commence, Steve (le double fictionnel du scénariste) entretient une relation suivie avec Lisa, et travaille comme scénariste pour l'industrie des comics. D'entrée de jeu, il expose au lecteur d'où provient son aversion pour le personnage : un mauvais souvenir d'enfance l'ayant durablement marqué. Par la suite, le récit suit Steve alors qu'il se lance à la recherche de son père qui n'est pas revenu depuis plusieurs jours chez lui, son épouse s'inquiétant, Steve décortiquant une par une les caractéristiques de Superman et faisant apparaître en quoi elles lui semblent toutes ridicules. Il se trouve qu'il gère mal le stress induit par l'absence inexpliquée de son père et par son refus d'écrire une histoire de Superman, car l'un comme l'autre sont rattachés à une période de son enfance qui l'a durablement marquée. Du fait de la nature du récit, l'artiste se retrouve à dessiner pendant plus de la moitié des cases des individus en train de parler, soit entre eux, soit Steve s'adressant directement au lecteur. Il prend le parti d'utiliser essentiellement des gros plans sur les visages et des plans poitrine. Teddy Kristiansen a choisi de ne pas se cantonner à un registre réaliste et purement descriptif. le lecteur n'a pas l'impression de regarder des individus dessinés pour ressembler à une photographie, ou des représentations simplifiées restant dans un registre réaliste. L'artiste détoure les visages et les silhouettes avec un trait fin et sec, parfois cassant. Il simplifie la représentation des visages en se dirigeant vers un registre expressionniste. Il conserve un niveau descriptif tel que le lecteur n'éprouve aucune difficulté à reconnaître tous les personnages : Steve, son frère Dave, leur mère, leur père, leur tante Sarah, Raphael le copain mécanicien, Joe Allen. Il distingue les caractéristiques physiques comme la coupe de cheveux, la forme du crâne, la silhouette, les lunettes, la tenue vestimentaire. Il ajoute des petits traits rouges à quelques centimètres sous les yeux des personnages pour évoquer un état émotionnel un peu agité. Il s'amuse avec la silhouette de Superman en lui donnant des muscles impossibles. À part pour Superman et ses ennemis, il utilise un registre de couleurs plus ternes, également entre naturalisme et expressionnisme. Il n'hésite pas à changer de façon de représenter quand la scène le requiert : une silhouette de combattant sur un vase grec, une silhouette dessinée de manière enfantine quand il s'agit des couleurs du costume de Superman, une approche impressionniste pour les champs autour de Smallville, des dessins sépia et anguleux pour évoquer Friedrich Nietzsche (1844-1900), ou encore des dessins très sombres pour évoquer la nature intrinsèque de genre de divertissement pour Superman. Indéniablement Teddy Kristiansen apporte une sensibilité artistique qui indique que ce récit n'a qu'un rapport thématique avec les aventures du superhéros avec le slip par-dessus le pantalon, et donne discrètement des indications sur l'état d'esprit des personnages par le biais d'une représentation fragile et habitée par les couleurs. Ainsi le lecteur ressent une réelle proximité avec le narrateur Steve qui est omniprésent, soit comme personnage dans la scène, soit en s'adressant directement au lecteur, soit parce que la scène est émaillée de ses commentaires et de ses observations. Dès le début, le lecteur ressent le malaise de Steve, ces circonstances de l'enfance qui ont fait que le personnage de Superman est chargé d'une émotion négative. Il éprouve pleinement la douleur psychique de Steve à devoir se confronter à ce choix cornélien : soit refuser une occasion professionnelle importante, soit se forcer à écrire un personnage qui n'a aucun sens pour lui. Dans les 2 cas, il se retrouve perdant. Néanmoins sa réaction et le fait qu'il s'enfonce progressivement dans une déprime carabinée semble disproportionnée. Le lecteur suit donc Steve dans sa tentative de localiser son père, dans ses discussions avec Lisa sur ses difficultés à écrire, dans ses souvenirs, dans ses discussions avec son responsable éditorial. Steve explique régulièrement qui est tel personnage, à quoi correspond un souvenir. En outre, le lecteur voit Steve passer en revue, une à une les caractéristiques du personnage Superman : le costume ridicule, l'individu vivant en étranger pour ceux qui l'entourent, le départ de Krypton pour arriver dans un cadre parfait (famille d'accueil), son invulnérabilité qui contraint les auteurs à inventer des astuces comme la kryptonite, les couleurs de son costume (rouge, jaune et bleu, presque celles du drapeau américain, mais pas tout à fait), son identité secrète, son pouvoir, son courage, sa perfection physique, la notion de justice, le concept de surhomme selon Nietzsche, sa forteresse de solitude, la littérature d'évasion, et quelques autres. À chaque fois, il met en lumière la caractéristique et son ineptie par rapport à la réalité, l'idiotie consubstantielle de ce superhéros. Cela produit un effet désagréable sur le lecteur : Steve auteur de comics de superhéros crache dans la soupe. Dans le même temps, cette posture n'apporte à Steve aucun réconfort : il est dans une démarche destructrice. Il faut attendre le dernier quart du récit pour comprendre ce qui le rend vraiment hostile à Superman, source du malaise grandissant de Steve et du lecteur. En ayant ainsi structuré son récit, Steven T. Seagle rend presqu'impossible l'empathie vis-à-vis de son double de papier. Il est évident qu'il souffre mais cela ne suffit pas à le rendre sympathique. Cela est d'autant plus frustrant que Seagle sait également parler de la maladie d'Huntington avec pertinence et nuance, attestant de capacités d'écriture matures. Ce récit constitue une autobiographie de quelques mois de la vie de Steven T. Seagle, et sonde sa relation d'auteur et d'individu avec le personnage de Superman et ses caractéristiques. Le scénariste réalise une analyse intéressante, mais toujours à charge, bénéficiant d'une mise en images personnelle qui procure un sentiment de proximité avec Steve. Le résultat suscite des sentiments complexes, entre agacement et pitié devant cet individu qui sombre dans l'autoapitoiement, et la critique négative systématique de ce superhéros, entre curiosité quant à cette vision du personnage et frustration d'assister impuissant à la déprime de l'auteur. Seagle joue honnêtement le jeu de l'autobiographie sans chercher à se flatter, mais sans donner l'impression de réussir à s'éloigner d'une narration trop autocentrée.
Medieval Spawn / Witchblade
À nouveau ensemble pour la première fois - Ce tome comprend une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable des personnages. Il contient les trois épisodes de la minisérie, ainsi que les onze couvertures (originales + variantes), initialement parus en 2018, écrits par Brian Haberlin & Brian Holguin, dessinés et encrés par Brian Haberlin, avec une mise en couleurs (de type peinture) réalisée par Geirrod Van Dyke. Quelque part vraisemblablement dans un pays de l'Europe de l'Est au moyen âge, une armée avance sur un champ de neige pour aller livrer bataille. Elle se compose en fait d'une vingtaine de personnes, essentiellement des fermiers soit assez jeunes, soit déjà assez âgés, sans expérience du combat, armés de haches et de fourches. Ils se retrouvent face à un groupe de créatures surnaturelles, à moitié zombies, à moitié créatures démoniaques, avec un géant dans leurs rangs. Le contact entre les deux groupes ayant été établi, les paysans se font massacrer, sans réussir à ralentir l'avancée des monstres, sans réussir à leur faire mal. Alors qu'il y a déjà plusieurs morts, les survivants entendent le son d'un cor, et voient arriver un chevalier en armure sur un fougueux destrier, avec une longue cape rouge flottant au vent, et une longue épée. L'un des morts vivants décoche une flèche filant droit sur le heaume du chevalier. Celle-ci se s'arrête net à quelques centimètres du casque, stoppée par une énergie verte irradiant des yeux du chevalier. Hellspawn se lance dans la bataille et met rapidement en déroute les monstres. Un paysan voit en lui le retour de leur roi. Non loin de là, dans un château perché au sommet d'une élévation rocheuse, dans la grande salle du trône, une reine accueille le corbeau Scourge qui revient du champ de bataille, pour lui faire son rapport. Elle voit l'image du grand guerrier, crève les yeux du corbeau, puis marche dessus. Sur le champ de bataille, un paysan accueille le chevalier en tant que roi Valon. Le chevalier n'a aucun souvenir de qui il était avant de revêtir son armure. Les paysans l'enjoignent à retirer son heaume. En découvrant son visage ravagé, ils lui demandent instamment de le remettre incontinent. Le groupe revient au village, et l'ancien du village évoque l'époque où régnait le roi Valon, avec son meilleur ami Leith, et sa femme Rielle. Ces souvenirs évoquent vaguement quelque chose dans la mémoire d'Hellspawn, sans qu'il ne gagne l'assurance qu'il s'agisse de son histoire. Ailleurs, une jeune femme armée d'un gant métallique émettant de l'énergie se bat contre des monstres, perd et le gant s'abîme dans les profondeurs de l'océan. Des années plus tard, un navire vient à voguer dans les parages, avec à son bord le barde aveugle Sea Hawk et une jeune femme appelée Starling. Pour les connaisseurs, ce n'est pas la première fois que Medieval Spawn et Medieval Witchblade se rencontrent, car ils s'étaient déjà croisés en 1996, dans Medieval Spawn Witchblade par Garth Ennis, Brandon Peterson et Batt… même si ce ne sont les mêmes qui se croisent dans cette nouvelle rencontre. Très tôt dans la série, Todd McFarlane a eu recours à d'autres créateurs pour donner vie à son personnage Spawn (Al Simmons, créé en 1992), et il a fait fructifier la franchise en favorisant des déclinaisons alternatives de Spawn. Wichblade (Sara Pezzini) est un personnage créé en 1995 par Marc Silvestri, David Wohl, Brian Haberlin et Michael Turrner. Pour cette coopération entre les 2 personnages Brian Holguin a décidé de repartir de zéro avec des itérations toutes neuves. Spawn apparaît comme un individu revenu des enfers on ne sait comment, et disposant d'une grande force. Le scénariste lui consacre le premier épisode avec son apparition devant les paysans, et sa redécouverte progressive et incomplète de son passé. Holguin reprend le schéma classique des paysans dépassés par un ennemi bien supérieur en force brute et en nombre, qui vont bénéficier de l'aide d'un sauveur, vraisemblablement leur ancien roi disparu depuis plusieurs décennies. Cet avatar d'Hellspawn reste à l'état de héros assez générique en ce qui concerne sa psychologie et ses motivations. Par contre, il bénéficie d'une extraordinaire définition graphique par Brian Haberlin, en particulier pour son heaume, finement ciselé, avec une texture métallique, le tout réalisé à l'infographie avec un niveau de détails extraordinaire. Le deuxième épisode sert à introduire la nouvelle itération du personnage de Witchblade. Chaque épisode comprenant 31 pages de comics, le scénariste dispose d'une bonne quantité de pages pour raconter l'histoire du personnage. Il peut donc se permettre le luxe de commencer par évoquer la mort de la précédente porteuse du gantelet Witchblade pendant 6 pages, puis introduire le personnage de Sea Hawk pendant 7 pages, avant de vraiment passer à Starling elle-même. L'histoire se lit comme une l'aventure d'une orpheline à une époque médiévale, qui se voit prise en charge par un aveugle bénéficiant de visions, et totalement autonome malgré sa cécité. Sea Hawk dispose d'une personnalité un peu moins convenue que celle de Hellspawn grâce à son sens de l'humour sarcastique. Brian Holguin prend bien soin de montrer que la vie de Starling lui a appris à être totalement autonome et à ne compter que sur elle-même, ce qui fait qu'elle n'accepte pas sur le champ la tutelle de Sea Hawk. Les dessins de Haberlin montrent une jeune adolescente à la morphologie normale, sans sexualisation particulière. Le lecteur attend bien sûr impatiemment le moment où Starling va récupérer le gantelet, et il remarque que le dessinateur choisit une représentation plus organique et moins technologique pour ledit gantelet que pour l'amure d'Hellspawn. À partir de l'épisode 3, la structure du récit rejoint le déroulement bien balisé : les 2 héros se rencontrent (ils se mettent d'accord plutôt rapidement), ils font équipe, ils se retrouvent face à la méchante reine et doivent se battre contre les monstres. Toutefois la narration globale n'en fait pas un récit tout public, ou mièvre. Brian Holguin écrit des récitatifs formels, dans une langue posée, sans usage de grossièretés ou de syntaxe malmenée. Il lui arrive de temps à autre de doubler, dans un cartouche, l'information déjà contenue dans les dessins. Les personnages s'expriment parfois à haute voix pour être sûr que le lecteur comprenne bien leurs intentions. Sans être aussi copieux que les cellules de texte d'un comics écrit par Todd McFarlane, le lecteur sent que Brian Holguin appartient à la même école de narration, ce qui donne un rythme un peu plus posé à la lecture. Si ce n'était pas précisé sur la page de titre, le lecteur ne pourrait pas imaginer que les dessins et la mise en couleurs n'ont pas été faits par le même artiste. Brian Haberlin détoure les formes avec des traits d'encrage assez fins. En fonction des cases, il peut détourer la silhouette et le visage d'un personnage avec des traits secs, un peu cassants par endroit, ce qui leur insuffle une forme de spontanéité. Il représente les costumes avec la même technique, sauf lorsqu'il s'agit de l'armure de Hellspawn, d'un accessoire métallique (comme le bandeau qui ceint le front de Sea Hawk), ou encore les bijoux de la reine Rielle. Pour ces éléments, il utilise l'infographie afin d'inclure des textures hyperréalistes de métal. S'il y prête attention, le lecteur peut également observer l'usage de l'infographie pour quelques décors, comme le château de Rielle sur le sommet rocheux, ou l'intérieur de la salle de réception du même château, dans une moindre mesure la surface de l'eau. Il apprécie aussi l'utilisation de l'infographie pour les effets spéciaux, à commencer par les décharges d'énergie. De fait, ces pages proposent des visuels sophistiqués qui s'adressent à des lectures adolescents ou adultes, en phase avec le mode narratif du scénariste. Effectivement, Geirrod Van Dyke effectue un travail de mise en couleurs parfaitement amalgamé aux traits encrés des dessins, avec une apparence de couleur directe. La qualité de ce travail est d'autant plus impressionnante que van Dyke arrive à combiner les contours parfois rugueux, avec une mise en couleurs donnant une impression de peinture par aplats irréguliers, donnant une impression organique, également avec les textures donnant l'impression de photographies, auxquels viennent parfois se superposer les effets spéciaux. À l'opposé d'une superposition de techniques hétérogènes, les pages offrent une grande cohérence. Le lecteur tombe en arrêt à plusieurs reprises devant des spectacles énormes : l'arrivée d'Hellspawn sur son destrier, le vaisseau de Sea Hawk fendant les flots, le monstre conjuré par Rielle, Hellspawn s'élançant avec l'épée tirée au clair contre le monstre géant, les cieux parcourus d'énergies fantastiques et destructrices. En prenant un peu de recul, le lecteur se rend compte que Brian Haberlin et le coloriste ne se concentrent pas sur les cases qui en mettent plein la vue, mais sur la narration avant tout. Le dessinateur privilégie les cases de la largeur de la page, non pas comme une facilité pour ne mettre qu'une tête de personnage au milieu avec un camaïeu pour tout arrière-plan, mais pour proposer un spectacle écran large. Le lecteur peut donc se projeter dans chaque endroit, en appréciant la texture de l'eau, ou de la neige, ou de la roche, au milieu de personnages très présents et incarnés. En découvrant l'existence de cette nouvelle (mais aussi première) rencontre entre Medieval Spawn et Medieval Witchblade, le lecteur se prépare à une plongée dans les premières heures d'Image Comics, dans les années 1990. Il découvre avec plaisir des dessins magnifiques tirant le meilleur parti des capacités de l'infographie, sans que cela ne prenne le pas sur la narration. Il se rend compte qu'il s'agit de nouveaux personnages qui respectent les principales caractéristiques des originaux, et que la narration en mots respecte l'esprit des comics de Spawn, en moins verbeux quand même. Il plonge dans un monde pleinement incarné, tout en comprenant plusieurs conventions génériques. Le récit suit lui aussi un schéma bien balisé, agréable, sans offrir de réflexion particulière.
Kindergarten Wars
Kindergarten Wars est une nouvelle série japonaise traduite et publiée par Ki-oon, et j'voue que son pitch est assez original, sur le papier. Des criminels obligés de se muer en enseignants-gardes du corps pour une école maternelle accueillant la progéniture de l'élite du Japon. Une école qui, de fait, devient la cible de kidnappeurs, tueurs à gages, etc. Je suis un peu moins convaincu par l'argument romantique attaché à l'une de ces maîtresses particulières, à savoir qu'elle cherche l'âme soeur parmi le moindre représentant de la gent masculine qui se présente. Cela donne lieu à des scènes où l'action brutale le dispute au fleur bleue, ce qui provoque un grand écart narratif par moments. Dans le deuxième tome cela tourne même au triangle amoureux avec des sentiments supposés à sens unique. Je ne suis pas très convaincu que ce soit pertinent et utile à moyen terme dans la série, mais après la lecture des deux premiers tomes c'est tout de même assez plaisant, le manga se lit rapidement sans que l'on tique sur autre chose que cette dimension romantique. En effet le trait est dynamique, l'autrice se montre très à l'aise avec l'action, les coups de feu, les éclats de sang, sans aller jusqu'au trash. Dans le troisième tome l'intrigue avance relativement peu, à part l'arrivée d'un nouveau personnage vers la fin. L'ensemble reste plaisant, un peu rigolo, un peu fleur-bleue. J'ai bien aimé la réaction de Rita quand le tueur qu'elle vient de neutraliser lui a déclaré regardé les films en accéléré;