J'ai eu beaucoup de mal à en venir à bout. Ni le dessin quelque peu brouillon, ni les différentes histoires autour de ces personnages, un humain Ur et sa soeur Louve Juf frappée d'une malédiction n'ont réussi à susciter mon intérêt. Cocasse d'ailleurs une louve qui est bergère dans les montagnes.
A tel point que je n'ai pas du tout envie de lire le tome 2. Le premier tome comporte 9 histoires sans vraiment de lien si ce n'est que les frère/soeur rencontrent un personnage, archéologue, chasseur ou encore boulanger dans chacune.
Je n'ai lu que le premier, La Mécanique des rêves, et j'ai bien apprécié. Je classe ça plutôt en série jeunesse, mais d'un niveau littéraire un poil exigeant, je dirais donc à partir du collège.
On est dans un monde où les jeunes vivent dans certaines castes et rangs sociaux, qui rappellent l'Inde, et vient un temps où une clé leur apparait. D'où la couverture avec une serrure trouée. C'est le moment d'accomplir leur folklore, sorte de rite initiatique. Une jeune princesse au physique de panthère décide contre l'avis familial de devenir une simple réparatrice d'horlogerie. Le dessin est bon, le message autour du passage à l'âge adulte marche bien.
Je suis allé un peu à reculons pour lire cet album malgré les bonnes notes. En effet, je n'avais pas aimé Le Bestiaire du crépuscule de la même autrice parue dans la même collection.
Heureusement, j'ai vite trouvé cette histoire plus facile que le précédant one-shot. Il faut dire que malgré la prémisse un peu absurde, il y a un vrai scénario dont le but est facile à suivre: le crâne de Descartes dialogue avec les animaux sur le fameux débat sur si les animaux ont une âme ou non et autour de ça il y a d'autres intrigues qui se greffent, comme ce qui est arrivé au crâne depuis la mort du philosophe. Il y a un coté historique dans le scénario qui a retenu mon attention alors qu'avec Le Bestiaire du crépuscule on tombait vite dans un récit onirique difficile à comprendre.
La lecture est exigeante et ça prend plusieurs heures pour la finir tellement l'album est bavard. Personnellement, cela ne m'a pas dérangé parce que les sujets de discussions des personnages me passionnaient, mais je peux comprendre les lecteurs qui seraient passé à coté du scénario parce que c'est clairement pas une lecture pour tout le monde. Ce qui aide aussi à passer au travers cet album sont les touches d'humour qui fonctionnent bien.
Le dessin est très bon et la mise en scène est très bien maitrisée.
Voici une histoire toute en retenue autour d'une famille qui a des liens distendus. Le jour de l'enterrement de sa femme, ni le fils, ni la petite-fille ne sont présents. On ne sait pas les raisons, sont-ils fâchés à ce point ? Le vieux monsieur a une passion originale, du moins rarement traitée en manga, à savoir l'art du vitrail. Il réalise différentes oeuvres dont des lampes. Un jour une jeune fille se présente chez lui et il pense que c'est sa petite-fille qu'il n'a pas vue depuis des années, celle-ci ne dément pas. Petit à petit il réapprend à la connaitre, va la former à sa passion et aussi reprendre goût à son art alors qu'il n'en avait plus envie après la mort de sa femme.
L'auteure s'est directement inspirée de son histoire familiale pour écrire ce récit, un hommage à son aïeul qui aimait ce travail sur le vitrail. Le dessin est très bon et on se prend au jeu de la découpe de verre et des couleurs sur un sujet pas forcément aguicheur. Le format est assez grand, la qualité d'édition impeccable comme souvent chez cet éditeur. On peut pousser à 4/5.
L’avis récent de Vaudou m’a titillé, et la rencontre dans un bac d’occasion de cet album m’a permis de vérifier s’il fallait, comme il l’écrivait à la fin de son avis, lui « donner une seconde chance ». En effet, tous les premiers aviseurs l’avaient durement noté, relevant surtout le côté bordélique du scénario.
Disons que pour apprécier cet album, il ne faut pas être réfractaire aux films de série B. La violence exacerbée, le quasi huis clos (une prison perdue au milieu d’immensités glacées), des personnages assez typés (souvent caricaturaux), tout concourt à y faire penser. Et plusieurs aspect ramène à la filmographie de John Carpenter. Bref, c’est à cette aune qu’il faut évaluer cette histoire, ce qui me fait être un tout petit peu moins dur que la majorité de mes prédécesseurs.
En effet, plus que de scénario bordélique, je parlerais davantage d’ébauche mal consolidée. Il manque en effet la montée en tension que savait placer Carpenter (voir les intéressants « The Thing » ou « Assaut »), et le scénario enchaine les scènes d’action sans transition, comme si n’avait été publié que le script illustré.
C’est dommage, car avec plus de liant – et dans la limite impartie aux séries B – le récit pouvait être plus intéressant. Ce manque de liant est aussi valable pour le personnage de la fille du médecin – dont on devine rapidement qu’elle ne sera qu’un prétexte pour avoir une belle nana en danger au milieu de mâles violents et prédateurs (la couverture met d’ailleurs en avant ses gros talents, alors qu’en fait c’est un personnage très secondaire). Pourquoi pas ? Mais du coup certaines scènes (voir la page 25) font un peu ridicules, avec un érotisme cliché téléphoné qui n’apporte certes pas grand-chose à l’intrigue, mais qui surtout sort de nulle part – et ne mène nulle part non plus, la page suivante évacuant totalement la tension – érotique entre autres – boostée par les trois dernières cases de la page (qui du coup sont un peu risibles).
Le dessin use d’un trait gras, qui colle plutôt bien à ce type de récit testostéroné (comme pouvaient le faire nombre d’auteurs hispaniques – voir Ortiz à la même époque sur Hombre par exemple, ou sur Morgan pour rester dans l'univers carcéral crasseux). Le dessin est bon et adapté donc. La colorisation fait plus datée par contre, manque de nuance, est un chouia baveuse parfois.
Bref c’est de la série B, qui mise uniquement sur le rythme des bastons/fusillades, mais qui aurait mérité un scénario plus dense. Même le cadre général (pénitencier perdu au milieu de nulle part) n’est finalement pas trop exploité.
Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes.
Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé.
Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches).
L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire.
Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.
Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar…
Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc.
Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné.
Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.
L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste.
C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture.
Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser.
Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire.
Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse.
J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment.
Note : 2,5/5
Mon premier album de cet auteur et si je ne reviendrai par sur ce présent tome, je reste toutefois curieux de découvrir ses autres productions.
J’ai trouvé sa mise en page très fluide et agréable, à mon sens le gros point fort de l’album. On sent un certain talent pour « étirer le temps », l’observation et l’anodin. J’ai bien aimé ses cases carrées et comment il arrive à jouer avec sa narration en variant leurs tailles.
Sauf que ça n’a pas été assez pour me captiver totalement. Pour cela il aurait fallut un peu de fond à l’histoire, ingrédient que je n’ai pas retrouvé ici.
A mon goût, on est bien trop dans la chronique adolescente lambda, ça ne décolle jamais et notre protagoniste principal ne se révèle pas spécialement attachant.
Au final, je cherche à identifier ce que l’auteur souhaitait vraiment mettre en avant, le mal-être de la jeunesse, la perte de l’innocence, l’ennui … ? Il n’y a pas de fin ou de chute comme dans Dix Secondes
Bref trop quotidien pour moi, il doit y avoir une certaine poésie mais qui n’a pas su me toucher.
2,5
J’étais un peu passé à côté de cet album lors d’une première lecture en 2002, déstabilisé par ce choix narratif qui consiste à passer d’un personnage à un autre, plutôt que de se concentrer sur un protagoniste unique. Je relis l’album en 2026, et je monte ma note d’un point.
Tardi capture parfaitement cette boucherie insensée que fut la Première Guerre Mondiale. Sa violence, son cynisme, la marche en avant du progrès industriel pour inventer de nouvelles façons de massacrer la jeunesse. L’auteur choisit de ne rien expliquer, pas de leçon d’Histoire, de cartes explicatives, de géopolitique. Il montre, tout simplement. Certaines scènes sont à la limite du supportable. Le choix narratif dont je parle ci-dessus renforce encore plus cette impression de massacre à la chaine.
Le noir et blanc de l’auteur fonctionne parfaitement pour ce genre d’histoire. Il est détaillé et maitrisé, et la représentation des personnages et de leurs émotions apporte une puissance inouïe au récit.
Une lecture difficile de par son contenu, mais indispensable pour se rappeler du calvaire vécu par des millions de jeunes hommes, il y a à peine plus de 100 ans.
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Louve
J'ai eu beaucoup de mal à en venir à bout. Ni le dessin quelque peu brouillon, ni les différentes histoires autour de ces personnages, un humain Ur et sa soeur Louve Juf frappée d'une malédiction n'ont réussi à susciter mon intérêt. Cocasse d'ailleurs une louve qui est bergère dans les montagnes. A tel point que je n'ai pas du tout envie de lire le tome 2. Le premier tome comporte 9 histoires sans vraiment de lien si ce n'est que les frère/soeur rencontrent un personnage, archéologue, chasseur ou encore boulanger dans chacune.
FolkLore
Je n'ai lu que le premier, La Mécanique des rêves, et j'ai bien apprécié. Je classe ça plutôt en série jeunesse, mais d'un niveau littéraire un poil exigeant, je dirais donc à partir du collège. On est dans un monde où les jeunes vivent dans certaines castes et rangs sociaux, qui rappellent l'Inde, et vient un temps où une clé leur apparait. D'où la couverture avec une serrure trouée. C'est le moment d'accomplir leur folklore, sorte de rite initiatique. Une jeune princesse au physique de panthère décide contre l'avis familial de devenir une simple réparatrice d'horlogerie. Le dessin est bon, le message autour du passage à l'âge adulte marche bien.
La Tête de mort venue de Suède
Je suis allé un peu à reculons pour lire cet album malgré les bonnes notes. En effet, je n'avais pas aimé Le Bestiaire du crépuscule de la même autrice parue dans la même collection. Heureusement, j'ai vite trouvé cette histoire plus facile que le précédant one-shot. Il faut dire que malgré la prémisse un peu absurde, il y a un vrai scénario dont le but est facile à suivre: le crâne de Descartes dialogue avec les animaux sur le fameux débat sur si les animaux ont une âme ou non et autour de ça il y a d'autres intrigues qui se greffent, comme ce qui est arrivé au crâne depuis la mort du philosophe. Il y a un coté historique dans le scénario qui a retenu mon attention alors qu'avec Le Bestiaire du crépuscule on tombait vite dans un récit onirique difficile à comprendre. La lecture est exigeante et ça prend plusieurs heures pour la finir tellement l'album est bavard. Personnellement, cela ne m'a pas dérangé parce que les sujets de discussions des personnages me passionnaient, mais je peux comprendre les lecteurs qui seraient passé à coté du scénario parce que c'est clairement pas une lecture pour tout le monde. Ce qui aide aussi à passer au travers cet album sont les touches d'humour qui fonctionnent bien. Le dessin est très bon et la mise en scène est très bien maitrisée.
Akari
Voici une histoire toute en retenue autour d'une famille qui a des liens distendus. Le jour de l'enterrement de sa femme, ni le fils, ni la petite-fille ne sont présents. On ne sait pas les raisons, sont-ils fâchés à ce point ? Le vieux monsieur a une passion originale, du moins rarement traitée en manga, à savoir l'art du vitrail. Il réalise différentes oeuvres dont des lampes. Un jour une jeune fille se présente chez lui et il pense que c'est sa petite-fille qu'il n'a pas vue depuis des années, celle-ci ne dément pas. Petit à petit il réapprend à la connaitre, va la former à sa passion et aussi reprendre goût à son art alors qu'il n'en avait plus envie après la mort de sa femme. L'auteure s'est directement inspirée de son histoire familiale pour écrire ce récit, un hommage à son aïeul qui aimait ce travail sur le vitrail. Le dessin est très bon et on se prend au jeu de la découpe de verre et des couleurs sur un sujet pas forcément aguicheur. Le format est assez grand, la qualité d'édition impeccable comme souvent chez cet éditeur. On peut pousser à 4/5.
L'Enfer Blanc
L’avis récent de Vaudou m’a titillé, et la rencontre dans un bac d’occasion de cet album m’a permis de vérifier s’il fallait, comme il l’écrivait à la fin de son avis, lui « donner une seconde chance ». En effet, tous les premiers aviseurs l’avaient durement noté, relevant surtout le côté bordélique du scénario. Disons que pour apprécier cet album, il ne faut pas être réfractaire aux films de série B. La violence exacerbée, le quasi huis clos (une prison perdue au milieu d’immensités glacées), des personnages assez typés (souvent caricaturaux), tout concourt à y faire penser. Et plusieurs aspect ramène à la filmographie de John Carpenter. Bref, c’est à cette aune qu’il faut évaluer cette histoire, ce qui me fait être un tout petit peu moins dur que la majorité de mes prédécesseurs. En effet, plus que de scénario bordélique, je parlerais davantage d’ébauche mal consolidée. Il manque en effet la montée en tension que savait placer Carpenter (voir les intéressants « The Thing » ou « Assaut »), et le scénario enchaine les scènes d’action sans transition, comme si n’avait été publié que le script illustré. C’est dommage, car avec plus de liant – et dans la limite impartie aux séries B – le récit pouvait être plus intéressant. Ce manque de liant est aussi valable pour le personnage de la fille du médecin – dont on devine rapidement qu’elle ne sera qu’un prétexte pour avoir une belle nana en danger au milieu de mâles violents et prédateurs (la couverture met d’ailleurs en avant ses gros talents, alors qu’en fait c’est un personnage très secondaire). Pourquoi pas ? Mais du coup certaines scènes (voir la page 25) font un peu ridicules, avec un érotisme cliché téléphoné qui n’apporte certes pas grand-chose à l’intrigue, mais qui surtout sort de nulle part – et ne mène nulle part non plus, la page suivante évacuant totalement la tension – érotique entre autres – boostée par les trois dernières cases de la page (qui du coup sont un peu risibles). Le dessin use d’un trait gras, qui colle plutôt bien à ce type de récit testostéroné (comme pouvaient le faire nombre d’auteurs hispaniques – voir Ortiz à la même époque sur Hombre par exemple, ou sur Morgan pour rester dans l'univers carcéral crasseux). Le dessin est bon et adapté donc. La colorisation fait plus datée par contre, manque de nuance, est un chouia baveuse parfois. Bref c’est de la série B, qui mise uniquement sur le rythme des bastons/fusillades, mais qui aurait mérité un scénario plus dense. Même le cadre général (pénitencier perdu au milieu de nulle part) n’est finalement pas trop exploité.
La lanterne magique
Comme il a pu le faire sur d’autres séries érotiques (pour son adaptation du roman « Emmanuelle » par exemple), Crepax nous livre ici un album où l’esthétique joue un rôle central. Je dirais même que sur ce one-shot il est prépondérant. C’est presque un exercice de style, dans lequel l’auteur italien nous présente les fantasmes d’une femme autant que sa capacité à dessiner et à mettre en page (voire en scène) ces fantasmes. Crepax est un auteur clivant, dont l’érotisme quelque peu maniéré est peut-être anachronique (impression sans doute renforcée par le papier un chouia jauni et sentant bien « l’ancien » de l’album que je possède ?), je ne sais pas. Mais ici, plus que « l’intrigue » elle-même (foutraque et secondaire), c’est le travail graphique qui m’a intéressé. Affaire de goûts certainement. Mais, malgré un récit obscur, saccadé, suite de fantasmes (n’attendez pas une histoire linéaire classique !), j’ai bien aimé le travail de Crepax. Non seulement sur les corps (féminins, parfois androgyne). Mais aussi l’esthétique mêlant bdsm (parfois teintée d’un peu d’humour, ou de sadisme baroque, comme dans les pages 36 et 37) et géométrie froide (ce travail « géométrique » étant renforcé par celui sur la mise en pages, la répartition très travaillée et diverse des cases sur les planches). L’aspect érotique – pourtant bien présent – en est presque secondaire. Un album qui a peut-être vieilli (sa rencontre n’est pas forcément courante), mais que j’ai trouvé original et intéressant.
Sauvage (Rosalia Radosti)
Un conte qui plaira surtout à un lectorat jeune (ou adolescent). Car l’adulte que je suis l’a trouvé un peu « léger » en matière d’intrigue, et aussi un peu trop linéaire et prévisible. Une jeune princesse rebelle et à forte personnalité finit par se marier après avoir eu la visite de tout ce que la Terre pouvait lui proposer comme prétendants. Elle choisit un beau prince rencontré par hasard. Et la belle histoire tourne au cauchemar… Ça se laisse lire, mais ça manque de surprise et d’aspérité donc. Le dessin est assez beau (j’ai juste été surpris par le rendu de la peau, des visages en particulier, qui donne à certains personnages des airs de poupée de porcelaine). Les couleurs sont belles aussi. L’aspect graphique est soigné. Une intrigue classique, simple, bien dessinée. Le public visé y trouvera son compte.
Hegemon
L'Hegemon est le puissant stratège qui règne par la force sur un empire humain ayant assimilé par la force une autre race alien qu'il a écrasée lors d'une bataille légendaire. Mais après sa mort suspecte, qui menace de déstabiliser toute la galaxie, un scientifique est chargé d'enquêter sur ce qui pourrait bien masquer une crise politique et cosmique bien plus vaste. C'est une BD de space opera qui m'a laissé un sentiment étrangement mitigé, d'abord parce que je suis un peu surpris de la voir sortir alors que j'avais en tête que les projets des Humanoïdes Associés étaient largement en pause ou abandonnés, ce qui donne déjà une impression un peu flottante avant même la lecture. Sur le fond, on est clairement dans un mélange très ambitieux de space opera politique et d'enquête impériale, avec des influences assez visibles allant de Dune à Star Wars, en passant par Mass Effect ou Warhammer 40K. Le problème, c'est que tout cela donne surtout une impression de déjà-vu. L'univers est riche, mais il ne dégage pas grand-chose de vraiment neuf, comme si l'album empilait des codes connus sans parvenir à les dépasser. Le récit lui-même est structuré en chapitres assez autonomes, ce qui accentue une sensation de fragmentation. J'ai eu des moments d'accroche, notamment quand l'aspect enquête policière autour du scientifique et de la responsable sécurité se met en place, mais cette piste est assez vite diluée puis abandonnée. À l'inverse, certaines directions plus mythologiques ou cosmologiques apparaissent brutalement, avec une avalanche de noms et de concepts, pour ensuite disparaître sans réelle conséquence. De même, l'arrivée d'éléments plus spectaculaires comme une bataille impliquant des méchas géants sortis du chapeau donne l'impression d'un récit qui change de direction en permanence, sans véritable colonne vertébrale claire. Visuellement, j'ai aussi un ressenti partagé. Le dessin est impressionnant par endroits dans le détail des décors et du matériel SF, mais la colorisation très numérique, presque kitsch, avec un encrage parfois plaqué, donne une esthétique un peu datée, pas toujours très harmonieuse. J'ai eu l'impression d'un projet très chargé en intentions mais encore instable dans sa construction, comme si le scénario était encore en phase de réalisation ou de collage d'idées quand l'album a commencé à être dessiné et qu'il a fallu ensuite lui donner une conclusion rapide et finalement assez plate. C'est assez déroutant et inégal. Je reste perplexe sur ce que cette BD cherche à être, mais je n'ai pas passé un mauvais moment. Note : 2,5/5
Hors scène
Mon premier album de cet auteur et si je ne reviendrai par sur ce présent tome, je reste toutefois curieux de découvrir ses autres productions. J’ai trouvé sa mise en page très fluide et agréable, à mon sens le gros point fort de l’album. On sent un certain talent pour « étirer le temps », l’observation et l’anodin. J’ai bien aimé ses cases carrées et comment il arrive à jouer avec sa narration en variant leurs tailles. Sauf que ça n’a pas été assez pour me captiver totalement. Pour cela il aurait fallut un peu de fond à l’histoire, ingrédient que je n’ai pas retrouvé ici. A mon goût, on est bien trop dans la chronique adolescente lambda, ça ne décolle jamais et notre protagoniste principal ne se révèle pas spécialement attachant. Au final, je cherche à identifier ce que l’auteur souhaitait vraiment mettre en avant, le mal-être de la jeunesse, la perte de l’innocence, l’ennui … ? Il n’y a pas de fin ou de chute comme dans Dix Secondes Bref trop quotidien pour moi, il doit y avoir une certaine poésie mais qui n’a pas su me toucher. 2,5
C'était la guerre des tranchées
J’étais un peu passé à côté de cet album lors d’une première lecture en 2002, déstabilisé par ce choix narratif qui consiste à passer d’un personnage à un autre, plutôt que de se concentrer sur un protagoniste unique. Je relis l’album en 2026, et je monte ma note d’un point. Tardi capture parfaitement cette boucherie insensée que fut la Première Guerre Mondiale. Sa violence, son cynisme, la marche en avant du progrès industriel pour inventer de nouvelles façons de massacrer la jeunesse. L’auteur choisit de ne rien expliquer, pas de leçon d’Histoire, de cartes explicatives, de géopolitique. Il montre, tout simplement. Certaines scènes sont à la limite du supportable. Le choix narratif dont je parle ci-dessus renforce encore plus cette impression de massacre à la chaine. Le noir et blanc de l’auteur fonctionne parfaitement pour ce genre d’histoire. Il est détaillé et maitrisé, et la représentation des personnages et de leurs émotions apporte une puissance inouïe au récit. Une lecture difficile de par son contenu, mais indispensable pour se rappeler du calvaire vécu par des millions de jeunes hommes, il y a à peine plus de 100 ans.