L'album porte bien son titre : Parody !
Contrairement à l'album anniversaire "traquenards et sentiments" qui était pathétique tant au niveau de la forme que du scénario, ici Van Hamme assume ici l'autodérision! Et c'est pas mal fichu.
Nous avons certes droit à un véritable catalogue des principaux personnages apparus dans la série mais c'est assez drôle.
C'est vite lu (trois vignettes par page) et le dessin de Philippe Xavier est à la hauteur. Il faut dire que cette histoire était d'abord destinée à être éditée dans un format plus petit (le mini-récit présent dans le journal Spirou n° 4495 du 5 juin 2024) avant de connaitre l'honneur du format cartonné.
A réserver aux inconditionnels et collectionneurs de XIII évidement, car cet album n'est pas indispensable pour les simples amateurs du plus célèbre des amnésiques de la bande dessinée.
Je surnote un peu mais j’ai trouvé ma lecture très intéressante (même si pas pressé d’y revenir).
Les auteurs me sont quasi inconnus, je me suis lancé dans cette lecture pour le nom de Simenon, bien curieux de découvrir d’autres adaptations de ces romans durs. La neige était sale m’ayant bien titillé.
Je suis sorti de ma lecture plutôt comblé niveau attente. Même si rien de sorcier, j’ai vraiment aimé la ligne dur du roman, les personnages ne sont pas attachants mais je les ai mieux saisi que dans l’autre adaptation citée plus haut.
L’ambiance m’a rappelé ce que j’aime bien dans les films de Chabrol par exemple (campagne, bourgeoisie, clash).
Et cette ambiance est le gros point fort de ce tome. C’est parfaitement séquencé et admirablement mis en images. Je découvre le travail d’Edith, un style faussement simple mais vraiment au service de l’intrigue, son trait ne m’a pas dérangé mais c’est surtout ses tronches et ses couleurs que j’ai trouvé remarquables. C’est gris, c’est morne, ça retranscrit parfaitement la localisation et l’époque.
Bref j’ai bien apprécié le fond du roman et le soin apporté à la version bd.
3,5
A la limite de mettre 1* à cet album, c’est vraiment pas bon, même pour les fans absolus de la franchise.
Plus j’avançais dans ma lecture, plus mon peu d’intérêt s’évaporait. En gros, j’ai souri à 2, 3 idées (gags ?) du début avant de trouver ça vraiment lourdingue sur la longueur.
Pourtant l’idée de cette (auto)parodie par JVH ne me rebutait pas, il y avait matière avec notre amnésique préféré. Malheureusement l’intrigue déployée est d’une pauvreté abyssale et on tombe rapidement dans le gros n’importe quoi.
Je n’ai pas aimé non plus la narration bien trop diluée (3 cases par pages la plupart du temps) malgré un dessin solide de Xavier.
En fait, j’ai eu l’impression de lire un cadavre exquis (mais par les mêmes auteurs), un truc improvisé qui ne remplit absolument pas les attentes du lecteur.
Je m’interroge vraiment sur la finalité de cette parution, je ne dis pas en bonus ou cadeau de revue bd, mais c’est franchement à fuir en librairie.
Nota : le seul truc que j’ai un tantinet apprécié c’est que l’on revient sur la (bonne) période JVH niveau référence (ou persos), je n’étais pas trop perdu.
Oscar Martin s'attaque à l'univers de Conan le Barbare en proposant une histoire inédite, et quand on apprécie l'univers qu'il a créé avec Solo, forcément ça attise la curiosité. Il se consacre ici au scénario et laisse les pinceaux à son ami Leonel Castellani, à qui il avait déjà confié le dessin du spin off Solo - Lyra.
Ce récit s'ouvre avec un Conan fatigué, en quête de repos, qui débarque dans une cité aux prises à différents clans de voleurs. Et de repos il n'aura point. A peine arrivé, ça va déjà cogner, et en plus il accepte rapidement une mission : délivrer la fille d'un chef de gang prisonnière d'un rival. Appâté par la récompense promise, il se lance alors à la recherche de la jeune fille.
Simple et efficace, Conan doit jouer des muscles et de l'épée. Pas de surprise de ce coté là : ceux qui vont se dresser sur sa route se feront découper les uns après les autres, et l'issue du récit ne fait pas trop de doute. On n'est pas bien inquiet pour Conan. L'hémoglobine va couler, le récit carbure à la testostérone. Tout comme le dessin : Muscles saillants, cadrages et découpages dynamiques, le visuel est lui aussi efficace. Niveau ambiance c'est réussi.
Le scénario est bien construit et les rebondissements qui accompagnent la quête de notre héros pimentent l'intrigue juste ce qu'il faut. Quelques petites surprises, et autres déconvenues au programme, permettent d'éviter un simple enchainement de scènes de baston. Au final, une histoire inédite plutôt sympa, joliment illustrée, qui se lit d'une traite.... si bien sûr vous n'avez rien contre ce genre de récit de fantasy avec des coups d'épées à chaque double page.
Ma seconde lecture de la collection "Simenon, les romans durs" après l'excellent La Neige était sale.
Une BD classée dans le genre policier. D'un crime il sera question, mais il n'interviendra qu'à la fin de l'album et en sera la conclusion.
Le récit se déroule en Flandre belge. Edmée, une jeune fille de seize ans, quitte Bruxelles à la mort de son père pour s'installer chez son oncle qui dirige le domaine des irrigations. Un oncle qu'elle n'aura pas le temps de rencontrer, il meurt encorné par une vache. Edmée va découvrir la vie à la campagne avec son ciel bas et gris juste éclairé par les bougies et la pluie incessante qui la déprime. L'intrigue donne la part belle à Edmée et ses interactions avec sa famille d'adoption, entre manipulations et l'envie d'une vie meilleure. Du coup le rythme est lent et repose essentiellement sur l'ambiance grisâtre et les non-dits. L'atmosphère malsaine est bien rendue, mais aucun des personnages ne m'a réellement intéressé et je ne suis jamais vraiment entré dans cette histoire intimiste.
Le dessin d'Édith est très agréable, mais allez savoir pourquoi, je fais une fixette sur sa représentation des "nez", et sa gâche un peu mon plaisir. Le choix des couleurs plonge le lecteur dans la grisaille du plat pays.
Nez-en-moins, c'est du bon boulot.
Une lecture sympathique qui ne me restera pas en mémoire.
La justice et la vengeance sont des choses différentes, petit…
-
Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Pierre Dubois pour le scénario Alain Henriet pour les dessins, et Usagi (Patricia Tilkin) pour la mise en couleurs. Il comprend cent-quarante-deux pages de bande dessinée.
Quand, à travers les vallées perdues, on voit au loin chevaucher deux cavaliers, l’un derrière l’autre, on sait que l’un poursuit l’autre. À moins qu’il ne soit qu’une ombre, un fantôme que le premier veut fuir… Sur un large chemin dans une vallée arborée, un jeune cavalier avance à une allure tranquille. Il passe au milieu d’un troupeau de paisibles vaches Highland. Il finit par entrer dans Sabbath City, une petite ville avec sa rue principale en terre et les bâtiments en bois. Il remarque les trois montures attachées à la barre devant le saloon. Il y attache la sienne et y pénètre. Il se rend au comptoir et demande un whisky qu’il boit tranquillement, tout en examinant le reflet de la salle dans le grand miroir. Il repère un individu bien portant en train de lever son verre et tenant une dame de petite vertu par la taille, il se vante d’être en train de gagner aux cartes, et il offre sa tournée. Clark pose son verre et dirige vers sa table. Il salue Hart en lui demandant s’il triche toujours. Son interlocuteur ne se démonte pas, reste tranquillement assis et lui rappelle les faits : le fait que Clark ait déçu Winter, leur employeur, qu’il a récolté ce qu’il a semé, œil pour œil et dent pour dent, vengeance sur vengeance. Le jeune cowboy répond qu’il y a eu des coups de trop, et que ce n’était plus la guerre ; il veut savoir où se trouve Winter. Hart se lève et propose de conclure la discussion, tout en mettant sa main sur la crosse de son revolver. Soudain Wells, un autre membre de la bande, fait irruption en disant qu’il est temps de partir. Clark abat Hart et tire sur Wells sans le toucher, ce dernier ressortant.
Lorsqu’il se retrouve à l’extérieur, Clark voit la bande s’enfuir en galopant. Une personne leur tire dessus en disant qu’ils ont pillé la banque. Avec fracas, l’attelage de quatre chevaux blancs passe, en tirant la diligence couchée sur le côté. Le shérif arrive à cheval en expliquant qu’il a envoyé Harvey chercher du renfort, et qu’il fait appel aux volontaires : il faut faire vite ou ils les perdront. Mais les fuyards ont mis le feu à une cariole et des caisses en bois, qui forment un barrage au milieu de la grand-rue et l’incendie menace déjà de se propager aux bâtiments : il faut s’en occuper de toute urgence. Clark décide de fausser compagnie à la foule en prenant une ruelle transversale, partant en passant par le cimetière. Il finit par rejoindre la route et il remarque un foulard rouge attaché à un arbre : il comprend que Winter a laissé ce souvenir à son attention. Il avance tranquillement sur le chemin, et se rend compte que les habitants de Sabbath City sont déjà aux trousses des pillards. Il quitte la route principale pour prendre de la hauteur et il comprend que la bande a laissé quelques gars derrière en guet-apens pour couvrir la retraite. Les villageois vont tomber dans le piège.
Un beau jeune homme, Clark, au passé condamnable, s’étant révolté contre Winter un chef d’une bande de pillards, sanguinaire, sans foi ni loi, habile avec une arme à feu, et solitaire dans sa quête de vengeance, le lecteur comprenant que sa famille a été massacrée sur les ordres de Winter. C’est parti pour une histoire de vengeance avec un héros mâle et fringuant, téméraire et plus futé que les autres. Au bout d’un trentaine de pages, il sauve un Amérindien, Shee-Ke-Ah, grièvement blessé, et au bout d’une quarantaine de pages, il est lui-même grièvement blessé. Et recueilli par un groupe de femmes vivant à l’écart dans la vallée des oubliées. Une trame classique avec un personnage principal tenant un premier rôle tout aussi classique. La première planche offre un spectacle très sympathique au lecteur : superbe paysage, avec le relief particulier de cet endroit, une végétation identifiable, une succession de paysages invitant à la promenade, ou à la balade à cheval, ce très beau relief vallonné, le large chemin dans la forêt clairsemée, le troupeau de vaches avec ces longues cornes si caractéristiques, le village de l’Ouest avec ses baraques en bois. Par la suite, les auteurs vont encore offrir de belles promenades au lecteur : le cimetière aux tombes très sommaires, de nouvelles chevauchées dans d’autres paysages naturels, la découverte du village fortifié de la vallée des oubliées, etc.
Certes, il est question de violence, des coups de feu sont échangés, des hommes meurent, des victimes innocentes sont abattues sans état d’âme. D’un autre côté, la narration visuelle apparaît très propre sur elle : traits de contour précis et réguliers, rehaussés par des traits tout aussi propres pour marquer les textures et renforcer le relief à l’intérieur des formes délimitées. L’artiste montre les choses de manière factuelle, sans verser dans l’expressionnisme ou l’impressionnisme, des représentations descriptives minutieuses et détaillées. Le lecteur peut ainsi s’attarder sur la végétation et les plantes, les poches sur la selle du cheval, la forme des bouteilles au comptoir, les différences de morphologie des troncs d’arbre, la variété des robes de ces dames oubliées à l’exception de la salopette pour la jeune adolescente Do, les accessoires et outils visibles au fur et à mesure de la découverte du village fortifié, le bardas du colporteur Scurly et sa toque de fourrure, la nourriture du petit-déjeuner à la table de Ma Joe, l’ameublement sommaire de la chambre d’hôtel à Warlock, etc. Ce rendu graphique donne l’impression que tout est propre, neuf même si parfois rustique, et souvent bien rangé, bien ordonné. Toutefois…
Toutefois, cette bande dessinée raconte et montre des moments durs dont l’apparence propre des dessins n’atténuent pas la brutalité. Certes, en page treize quand Clark abat Hart, il est en état de légitime défense, et la petite touche rouge qui apparaît dans le dos du pillard semble plus une convention visuelle qu’une description factuelle. De même l’incendie en pleine rue impressionne par la hauteur des flammes, sans vraiment dégager une chaleur intense ou donner la sensation d’être menaçant au point de se propager rapidement. Le ressenti du lecteur se trouve modifié en page vingt-deux quand il voit de manière toute aussi factuelle une balle traverser la tempe droite d’un homme et le sang gicler de l’autre côté du visage. L’extraction, sans anesthésie bien sûr, de la balle dans le torse de Shee-Ke-Ah, conscient tout du long, s’avère également visuellement éprouvante. Quand les bushwhackers à cheval tirent calmement sur deux femmes puis un enfant à quelques mètres, leur cruauté et leur manque d’empathie frappent le lecteur de plein fouet : la violence a perdu son caractère aseptisé et propre, pour devenir des actes ignominieux sur des individus sans défense, la manifestation immonde de l’exercice de la force par des individus dépourvus de toute considération pour n’importe quel autre être humain, une abomination abjecte.
Le lecteur prend ainsi conscience de la qualité d’une narration visuelle impeccable. L’artiste dessine avec un souci des éléments concrets, de montrer chaque environnement de manière détaillée, qu’il s’agisse d’un moment bucolique ou poétique, ou d’actes barbares dans une lutte sans merci, ou une action d’extermination. Il n’y a qu’à voir la quarantaine de pillards chargeant à cheval sur le village fortifié de Ladies’ Valley, chacun différent de l’autre, tous positionnés de manière à ce que les autres disposent d’assez de place pour évoluer : une vraie composition prenant en compte les paramètres concrets d’une telle situation. Dans le même ordre d’idée, l’assaut sur Ladies’ Valley se déroule pendant une vingtaine de pages, et la conception du plan de prise de vues intègre la disposition relative de chaque bâtiment, le déplacement de chacun, la progression du groupe, la formation de poches de résistance, les modalités d’attaque en fonction des constructions et de leur fonction. Une séquence qui doit sa qualité narrative aussi bien au scénariste qu’au dessinateur.
Rapidement, le lecteur se rend compte que l’intrigue présente des caractéristiques qui la différencie d’un récit classique d’un héros viril prompt à sauver la veuve et l’orphelin, et à châtier les prédateurs. Clark se révèle incapable de tout arrêter tout seul, voire il sait quand son intervention sera inefficace, et il évite alors de se mettre en danger. Alors qu’il vient de faire la preuve qu’il connaît bien la stratégie habituelle de Winter et de ses bushwhackers, il se fait quand même avoir dans un guet-apens similaire en tout point. Il ne doit son salut qu’à l’intervention des femmes de Ladies’ Valley, entre autres à une adolescente et une squaw âgée. Il découvre même qu’elles tirent à l’arme à feu, aussi bien que lui. Il se fait avoir une autre fois par une femme qui l’a mené par le bout du nez. Il a également beaucoup de choses à apprendre de Scurly, aventurier chevronné. Il se montre impitoyable et agressif, qualités qui lui permettent de survivre et de mener sa vengeance à son terme, et même d’envisager sa poursuite… pas tout à fait le héros au cœur pur et aux valeurs morales irréprochables. Le lecteur familier du scénariste remarque qu’en toile de fonds, il reprend le principe du riche propriétaire terrien (ici il s’appelle Henry Adams Martineau) qui harcèle les petits fermiers, jusqu’à les éliminer si nécessaire pour agrandir son exploitation, intrigue similaire à celle de Texas Jack (2018) avec Dimitri Armand.
Un western dont les dessins clairs et propres donnent l’impression d’une lecture tout public, pour une intrigue linéaire mettant en scène un héros au cœur pur. À la lecture, le récit prend plus de saveurs, apparaît plus adulte, entre ce jeune homme vaillant et intrépide, animé par un solide désir de vengeance, ne devant sa survie qu’à un groupe de femmes et un mentor plus âgé, des dessins qui montrent toute l’horreur des tueries et des exécutions sommaires, contrastant avec la beauté et la richesse des paysages. Une chevauchée mouvementée, conflictuelle, sous l’emprise de la loi du plus fort.
J’ai toujours aimé Hermann et cette BD, dans son style classique avec une claire delineation des sujets et couleurs vives ne m’a pas déçu du tout. ( en défaut des couleurs directes qui est à la Mode maintenant chez Hermann )
Une histoire pas tout à fait banale, sans toute la violence exagérée, comme par exemple un Jeremiah, est hors norme . Même si cette histoire date des années 90 elle est toujours courante. Nos héritages Coloniaux ne disparaîtront jamais, pour le bien ou le Mal.
J’encourage les lecteurs à lire cette histoire et à se trouver reposés sans trop de maux de Tête !
Même si cette histoire n’a pas de vraie conclusion, elle raconte une histoire, d’une personne, et de ces relations qu’on pourrait facilement croiser dans la rue, sans savoir leur Histoire, ou ce qui s’est passé dans leur vie.
Mr. Tout le monde en BD.
Bien fait pour la période et toujours valable.
Faut dire que depuis mon absence prolongée de mes lectures BD, et un retour depuis quelques années, ça me fait revivre le neuvième art qui est tellement important dans nos cultures Francophones . Belgique, France, Canada.
Mo-CDM publie pas mal chez Fluide Glacial, un éditeur qui convient parfaitement à son humour con, débile, crétin, style dans lequel il a produit quelques séries sympas (je pense par exemple à Cosmik Roger, mais aussi d’autres séries plus poussives. C’est plutôt dans cette seconde catégorie que je rangerais « Bibi ».
Bibi est un adolescent caricaturalement mou, amorphe (d’ailleurs il passe une bonne partie des albums à pioncer et rêver – une vie plus palpitante que celle qu’il vit en réalité). C’est une grosse feignasse indécrottable, que son père et son prof de Maths n’arrivent pas vraiment à faire sortir de sa léthargie.
Les deux effets comiques sont donc l’aspect larvaire de Bibi, et le décalage entre cet adolescent boutonneux, loser et mou et ses rêves d’aventure, de conquête (spatial ou féminine), d’action.
Il y a bien quelques gags, quelques chutes amusantes, qui m’ont fait sourire.
Mais c’est loin d’être le cas de toutes. De plus, comme mo-CDM joue quasiment tout le temps sur les mêmes ressorts comiques, ça ne se renouvelle pas toujours suffisamment.
Quant au dessin, il n’est pas toujours lisible et réussi (voir les pages avec de gros monstres difformes). Pour le reste c’est du classique caricatural, avec le prof de Maths qui a les traits habituels du scientifique dans les séries de cet auteur.
Inégal, un peu poussif, les deux tomes parus pour le moment m’ont quelque peu laissé sur ma faim, malgré quelques petits trucs sympas.
Note réelle 2,5/5.
Je retrouve ici Joe Sacco dans un registre connu, mais sur un sujet qui diffère de ses centres d’étude habituels (ex-Yougoslavie, conflit israélo-palestinien, amérindiens), puisqu’il s’intéresse avec cet album à un conflit violent entre Hindous et Musulmans dans un état du Nord de l’Inde.
Ici son documentaire ressemble énormément à une enquête policière, réalisée avec bonhommie, en donnant la parole à toutes les parties, en essayant tant que faire se peut de croiser les témoignages, vérifier les sources, aller sur place pour doter le récit d’un fond solide.
Et le fait est que la lecture est à la fois intéressante, vivante, et instructive. Sacco pointe bien les arrière-plans (conflits de classe, intérêts électoraux, corruption endémique de la police locale, viols impunis et plus généralement femmes discriminées, etc.) qui ne font qu’alimenter un feu qui couve dans cette région depuis l’indépendance. Et Modi, qui apparait à la fin de l’enquête, n’a eu de cesse depuis l’écriture de cet album, d’user du nationalisme et du racisme pour conforter son pouvoir, jetant les Hindous contre les Musulmans.
Au milieu du désastre, il est toujours réconfortant – et désespérant à la fois hélas – d’entendre des voix mesurées, prônant l’entente entre Musulmans et Hindous. Mais, comme le montre ce récit, ces voix sont souvent recouvertes par le bruit de la haine et de la bêtise (de la mauvaise foi aussi).
C’est encore un très bon reportage BD de Sacco, dont le dessin, toujours aussi fluide et agréable, accompagne très bien un propos simple et efficace.
Moins enthousiaste que Ro sur ce premier volume, je dois dire. Je n'ai pas détesté l'univers, et il est vrai que cette saga est relativement prometteuse. Mais j'ai trouvé - justement - que cela mettait trop de temps à démarrer. J'entends le besoin de faire une exposition solide pour poser des bases qui tiendront vraiment par la suite et permettront de déployer les ramifications de tout un univers, mais est-il nécessaire de sacrifier tout un tome pour cela ? À l'époque, on savait faire d'excellentes histoires qui tiennent sur un seul tome, et qui pouvaient exposer leur mythologie subtilement au gré du récit. Ici, j'ai trouvé que l'intrigue très statique et suspendue à l'histoire dans l'histoire racontée par la grand-mère lassait un peu (surtout au gré des parutions du journal Spirou).
Bref, au-delà de ça, j'ai un peu de mal avec ce dessin informatique, plutôt bien exécuté, mais qui manque d'âme. Je sais que c'est devenu commun de dessiner à la tablette, mais il manque dans la plupart de ces bandes dessinées ce petit je-ne-sais-quoi, un supplément d'âme qui permette à la bande dessinée de se hisser au-dessus du lot. Cela dit, j'ai lu ce récit sans déplaisir excessif, mais sans être particulièrement emballé non plus.
Enfin, la qualité des dialogues et notamment de la narration sont assez pauvres, au point que j'avais parfois l'impression de lire une fanfiction écrite par des adolescents... Correctement écrit, certes, mais il me manquait un fil directeur pour comprendre à quoi servaient tous ces détours narratifs qui maintiennent l'histoire dans ce statisme qui, à mon sens, la dessert.
Je suis donc loin d'avoir détesté, mais ma note correspond vraiment au "Bof, sans plus" accompagnant les 2 étoiles sur ce site. Je suis toutefois prêt à rehausser largement mon avis si le deuxième tome me convainc. Il n'y a pas besoin de grand-chose pour que cet univers sombre et enchanté réussisse à m'emporter...
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
XIII Parody
L'album porte bien son titre : Parody ! Contrairement à l'album anniversaire "traquenards et sentiments" qui était pathétique tant au niveau de la forme que du scénario, ici Van Hamme assume ici l'autodérision! Et c'est pas mal fichu. Nous avons certes droit à un véritable catalogue des principaux personnages apparus dans la série mais c'est assez drôle. C'est vite lu (trois vignettes par page) et le dessin de Philippe Xavier est à la hauteur. Il faut dire que cette histoire était d'abord destinée à être éditée dans un format plus petit (le mini-récit présent dans le journal Spirou n° 4495 du 5 juin 2024) avant de connaitre l'honneur du format cartonné. A réserver aux inconditionnels et collectionneurs de XIII évidement, car cet album n'est pas indispensable pour les simples amateurs du plus célèbre des amnésiques de la bande dessinée.
La Maison du canal
Je surnote un peu mais j’ai trouvé ma lecture très intéressante (même si pas pressé d’y revenir). Les auteurs me sont quasi inconnus, je me suis lancé dans cette lecture pour le nom de Simenon, bien curieux de découvrir d’autres adaptations de ces romans durs. La neige était sale m’ayant bien titillé. Je suis sorti de ma lecture plutôt comblé niveau attente. Même si rien de sorcier, j’ai vraiment aimé la ligne dur du roman, les personnages ne sont pas attachants mais je les ai mieux saisi que dans l’autre adaptation citée plus haut. L’ambiance m’a rappelé ce que j’aime bien dans les films de Chabrol par exemple (campagne, bourgeoisie, clash). Et cette ambiance est le gros point fort de ce tome. C’est parfaitement séquencé et admirablement mis en images. Je découvre le travail d’Edith, un style faussement simple mais vraiment au service de l’intrigue, son trait ne m’a pas dérangé mais c’est surtout ses tronches et ses couleurs que j’ai trouvé remarquables. C’est gris, c’est morne, ça retranscrit parfaitement la localisation et l’époque. Bref j’ai bien apprécié le fond du roman et le soin apporté à la version bd. 3,5
XIII Parody
A la limite de mettre 1* à cet album, c’est vraiment pas bon, même pour les fans absolus de la franchise. Plus j’avançais dans ma lecture, plus mon peu d’intérêt s’évaporait. En gros, j’ai souri à 2, 3 idées (gags ?) du début avant de trouver ça vraiment lourdingue sur la longueur. Pourtant l’idée de cette (auto)parodie par JVH ne me rebutait pas, il y avait matière avec notre amnésique préféré. Malheureusement l’intrigue déployée est d’une pauvreté abyssale et on tombe rapidement dans le gros n’importe quoi. Je n’ai pas aimé non plus la narration bien trop diluée (3 cases par pages la plupart du temps) malgré un dessin solide de Xavier. En fait, j’ai eu l’impression de lire un cadavre exquis (mais par les mêmes auteurs), un truc improvisé qui ne remplit absolument pas les attentes du lecteur. Je m’interroge vraiment sur la finalité de cette parution, je ne dis pas en bonus ou cadeau de revue bd, mais c’est franchement à fuir en librairie. Nota : le seul truc que j’ai un tantinet apprécié c’est que l’on revient sur la (bonne) période JVH niveau référence (ou persos), je n’étais pas trop perdu.
La Bête du nord
Oscar Martin s'attaque à l'univers de Conan le Barbare en proposant une histoire inédite, et quand on apprécie l'univers qu'il a créé avec Solo, forcément ça attise la curiosité. Il se consacre ici au scénario et laisse les pinceaux à son ami Leonel Castellani, à qui il avait déjà confié le dessin du spin off Solo - Lyra. Ce récit s'ouvre avec un Conan fatigué, en quête de repos, qui débarque dans une cité aux prises à différents clans de voleurs. Et de repos il n'aura point. A peine arrivé, ça va déjà cogner, et en plus il accepte rapidement une mission : délivrer la fille d'un chef de gang prisonnière d'un rival. Appâté par la récompense promise, il se lance alors à la recherche de la jeune fille. Simple et efficace, Conan doit jouer des muscles et de l'épée. Pas de surprise de ce coté là : ceux qui vont se dresser sur sa route se feront découper les uns après les autres, et l'issue du récit ne fait pas trop de doute. On n'est pas bien inquiet pour Conan. L'hémoglobine va couler, le récit carbure à la testostérone. Tout comme le dessin : Muscles saillants, cadrages et découpages dynamiques, le visuel est lui aussi efficace. Niveau ambiance c'est réussi. Le scénario est bien construit et les rebondissements qui accompagnent la quête de notre héros pimentent l'intrigue juste ce qu'il faut. Quelques petites surprises, et autres déconvenues au programme, permettent d'éviter un simple enchainement de scènes de baston. Au final, une histoire inédite plutôt sympa, joliment illustrée, qui se lit d'une traite.... si bien sûr vous n'avez rien contre ce genre de récit de fantasy avec des coups d'épées à chaque double page.
La Maison du canal
Ma seconde lecture de la collection "Simenon, les romans durs" après l'excellent La Neige était sale. Une BD classée dans le genre policier. D'un crime il sera question, mais il n'interviendra qu'à la fin de l'album et en sera la conclusion. Le récit se déroule en Flandre belge. Edmée, une jeune fille de seize ans, quitte Bruxelles à la mort de son père pour s'installer chez son oncle qui dirige le domaine des irrigations. Un oncle qu'elle n'aura pas le temps de rencontrer, il meurt encorné par une vache. Edmée va découvrir la vie à la campagne avec son ciel bas et gris juste éclairé par les bougies et la pluie incessante qui la déprime. L'intrigue donne la part belle à Edmée et ses interactions avec sa famille d'adoption, entre manipulations et l'envie d'une vie meilleure. Du coup le rythme est lent et repose essentiellement sur l'ambiance grisâtre et les non-dits. L'atmosphère malsaine est bien rendue, mais aucun des personnages ne m'a réellement intéressé et je ne suis jamais vraiment entré dans cette histoire intimiste. Le dessin d'Édith est très agréable, mais allez savoir pourquoi, je fais une fixette sur sa représentation des "nez", et sa gâche un peu mon plaisir. Le choix des couleurs plonge le lecteur dans la grisaille du plat pays. Nez-en-moins, c'est du bon boulot. Une lecture sympathique qui ne me restera pas en mémoire.
La Vallée des oubliées
La justice et la vengeance sont des choses différentes, petit… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Pierre Dubois pour le scénario Alain Henriet pour les dessins, et Usagi (Patricia Tilkin) pour la mise en couleurs. Il comprend cent-quarante-deux pages de bande dessinée. Quand, à travers les vallées perdues, on voit au loin chevaucher deux cavaliers, l’un derrière l’autre, on sait que l’un poursuit l’autre. À moins qu’il ne soit qu’une ombre, un fantôme que le premier veut fuir… Sur un large chemin dans une vallée arborée, un jeune cavalier avance à une allure tranquille. Il passe au milieu d’un troupeau de paisibles vaches Highland. Il finit par entrer dans Sabbath City, une petite ville avec sa rue principale en terre et les bâtiments en bois. Il remarque les trois montures attachées à la barre devant le saloon. Il y attache la sienne et y pénètre. Il se rend au comptoir et demande un whisky qu’il boit tranquillement, tout en examinant le reflet de la salle dans le grand miroir. Il repère un individu bien portant en train de lever son verre et tenant une dame de petite vertu par la taille, il se vante d’être en train de gagner aux cartes, et il offre sa tournée. Clark pose son verre et dirige vers sa table. Il salue Hart en lui demandant s’il triche toujours. Son interlocuteur ne se démonte pas, reste tranquillement assis et lui rappelle les faits : le fait que Clark ait déçu Winter, leur employeur, qu’il a récolté ce qu’il a semé, œil pour œil et dent pour dent, vengeance sur vengeance. Le jeune cowboy répond qu’il y a eu des coups de trop, et que ce n’était plus la guerre ; il veut savoir où se trouve Winter. Hart se lève et propose de conclure la discussion, tout en mettant sa main sur la crosse de son revolver. Soudain Wells, un autre membre de la bande, fait irruption en disant qu’il est temps de partir. Clark abat Hart et tire sur Wells sans le toucher, ce dernier ressortant. Lorsqu’il se retrouve à l’extérieur, Clark voit la bande s’enfuir en galopant. Une personne leur tire dessus en disant qu’ils ont pillé la banque. Avec fracas, l’attelage de quatre chevaux blancs passe, en tirant la diligence couchée sur le côté. Le shérif arrive à cheval en expliquant qu’il a envoyé Harvey chercher du renfort, et qu’il fait appel aux volontaires : il faut faire vite ou ils les perdront. Mais les fuyards ont mis le feu à une cariole et des caisses en bois, qui forment un barrage au milieu de la grand-rue et l’incendie menace déjà de se propager aux bâtiments : il faut s’en occuper de toute urgence. Clark décide de fausser compagnie à la foule en prenant une ruelle transversale, partant en passant par le cimetière. Il finit par rejoindre la route et il remarque un foulard rouge attaché à un arbre : il comprend que Winter a laissé ce souvenir à son attention. Il avance tranquillement sur le chemin, et se rend compte que les habitants de Sabbath City sont déjà aux trousses des pillards. Il quitte la route principale pour prendre de la hauteur et il comprend que la bande a laissé quelques gars derrière en guet-apens pour couvrir la retraite. Les villageois vont tomber dans le piège. Un beau jeune homme, Clark, au passé condamnable, s’étant révolté contre Winter un chef d’une bande de pillards, sanguinaire, sans foi ni loi, habile avec une arme à feu, et solitaire dans sa quête de vengeance, le lecteur comprenant que sa famille a été massacrée sur les ordres de Winter. C’est parti pour une histoire de vengeance avec un héros mâle et fringuant, téméraire et plus futé que les autres. Au bout d’un trentaine de pages, il sauve un Amérindien, Shee-Ke-Ah, grièvement blessé, et au bout d’une quarantaine de pages, il est lui-même grièvement blessé. Et recueilli par un groupe de femmes vivant à l’écart dans la vallée des oubliées. Une trame classique avec un personnage principal tenant un premier rôle tout aussi classique. La première planche offre un spectacle très sympathique au lecteur : superbe paysage, avec le relief particulier de cet endroit, une végétation identifiable, une succession de paysages invitant à la promenade, ou à la balade à cheval, ce très beau relief vallonné, le large chemin dans la forêt clairsemée, le troupeau de vaches avec ces longues cornes si caractéristiques, le village de l’Ouest avec ses baraques en bois. Par la suite, les auteurs vont encore offrir de belles promenades au lecteur : le cimetière aux tombes très sommaires, de nouvelles chevauchées dans d’autres paysages naturels, la découverte du village fortifié de la vallée des oubliées, etc. Certes, il est question de violence, des coups de feu sont échangés, des hommes meurent, des victimes innocentes sont abattues sans état d’âme. D’un autre côté, la narration visuelle apparaît très propre sur elle : traits de contour précis et réguliers, rehaussés par des traits tout aussi propres pour marquer les textures et renforcer le relief à l’intérieur des formes délimitées. L’artiste montre les choses de manière factuelle, sans verser dans l’expressionnisme ou l’impressionnisme, des représentations descriptives minutieuses et détaillées. Le lecteur peut ainsi s’attarder sur la végétation et les plantes, les poches sur la selle du cheval, la forme des bouteilles au comptoir, les différences de morphologie des troncs d’arbre, la variété des robes de ces dames oubliées à l’exception de la salopette pour la jeune adolescente Do, les accessoires et outils visibles au fur et à mesure de la découverte du village fortifié, le bardas du colporteur Scurly et sa toque de fourrure, la nourriture du petit-déjeuner à la table de Ma Joe, l’ameublement sommaire de la chambre d’hôtel à Warlock, etc. Ce rendu graphique donne l’impression que tout est propre, neuf même si parfois rustique, et souvent bien rangé, bien ordonné. Toutefois… Toutefois, cette bande dessinée raconte et montre des moments durs dont l’apparence propre des dessins n’atténuent pas la brutalité. Certes, en page treize quand Clark abat Hart, il est en état de légitime défense, et la petite touche rouge qui apparaît dans le dos du pillard semble plus une convention visuelle qu’une description factuelle. De même l’incendie en pleine rue impressionne par la hauteur des flammes, sans vraiment dégager une chaleur intense ou donner la sensation d’être menaçant au point de se propager rapidement. Le ressenti du lecteur se trouve modifié en page vingt-deux quand il voit de manière toute aussi factuelle une balle traverser la tempe droite d’un homme et le sang gicler de l’autre côté du visage. L’extraction, sans anesthésie bien sûr, de la balle dans le torse de Shee-Ke-Ah, conscient tout du long, s’avère également visuellement éprouvante. Quand les bushwhackers à cheval tirent calmement sur deux femmes puis un enfant à quelques mètres, leur cruauté et leur manque d’empathie frappent le lecteur de plein fouet : la violence a perdu son caractère aseptisé et propre, pour devenir des actes ignominieux sur des individus sans défense, la manifestation immonde de l’exercice de la force par des individus dépourvus de toute considération pour n’importe quel autre être humain, une abomination abjecte. Le lecteur prend ainsi conscience de la qualité d’une narration visuelle impeccable. L’artiste dessine avec un souci des éléments concrets, de montrer chaque environnement de manière détaillée, qu’il s’agisse d’un moment bucolique ou poétique, ou d’actes barbares dans une lutte sans merci, ou une action d’extermination. Il n’y a qu’à voir la quarantaine de pillards chargeant à cheval sur le village fortifié de Ladies’ Valley, chacun différent de l’autre, tous positionnés de manière à ce que les autres disposent d’assez de place pour évoluer : une vraie composition prenant en compte les paramètres concrets d’une telle situation. Dans le même ordre d’idée, l’assaut sur Ladies’ Valley se déroule pendant une vingtaine de pages, et la conception du plan de prise de vues intègre la disposition relative de chaque bâtiment, le déplacement de chacun, la progression du groupe, la formation de poches de résistance, les modalités d’attaque en fonction des constructions et de leur fonction. Une séquence qui doit sa qualité narrative aussi bien au scénariste qu’au dessinateur. Rapidement, le lecteur se rend compte que l’intrigue présente des caractéristiques qui la différencie d’un récit classique d’un héros viril prompt à sauver la veuve et l’orphelin, et à châtier les prédateurs. Clark se révèle incapable de tout arrêter tout seul, voire il sait quand son intervention sera inefficace, et il évite alors de se mettre en danger. Alors qu’il vient de faire la preuve qu’il connaît bien la stratégie habituelle de Winter et de ses bushwhackers, il se fait quand même avoir dans un guet-apens similaire en tout point. Il ne doit son salut qu’à l’intervention des femmes de Ladies’ Valley, entre autres à une adolescente et une squaw âgée. Il découvre même qu’elles tirent à l’arme à feu, aussi bien que lui. Il se fait avoir une autre fois par une femme qui l’a mené par le bout du nez. Il a également beaucoup de choses à apprendre de Scurly, aventurier chevronné. Il se montre impitoyable et agressif, qualités qui lui permettent de survivre et de mener sa vengeance à son terme, et même d’envisager sa poursuite… pas tout à fait le héros au cœur pur et aux valeurs morales irréprochables. Le lecteur familier du scénariste remarque qu’en toile de fonds, il reprend le principe du riche propriétaire terrien (ici il s’appelle Henry Adams Martineau) qui harcèle les petits fermiers, jusqu’à les éliminer si nécessaire pour agrandir son exploitation, intrigue similaire à celle de Texas Jack (2018) avec Dimitri Armand. Un western dont les dessins clairs et propres donnent l’impression d’une lecture tout public, pour une intrigue linéaire mettant en scène un héros au cœur pur. À la lecture, le récit prend plus de saveurs, apparaît plus adulte, entre ce jeune homme vaillant et intrépide, animé par un solide désir de vengeance, ne devant sa survie qu’à un groupe de femmes et un mentor plus âgé, des dessins qui montrent toute l’horreur des tueries et des exécutions sommaires, contrastant avec la beauté et la richesse des paysages. Une chevauchée mouvementée, conflictuelle, sous l’emprise de la loi du plus fort.
Missié Vandisandi
J’ai toujours aimé Hermann et cette BD, dans son style classique avec une claire delineation des sujets et couleurs vives ne m’a pas déçu du tout. ( en défaut des couleurs directes qui est à la Mode maintenant chez Hermann ) Une histoire pas tout à fait banale, sans toute la violence exagérée, comme par exemple un Jeremiah, est hors norme . Même si cette histoire date des années 90 elle est toujours courante. Nos héritages Coloniaux ne disparaîtront jamais, pour le bien ou le Mal. J’encourage les lecteurs à lire cette histoire et à se trouver reposés sans trop de maux de Tête ! Même si cette histoire n’a pas de vraie conclusion, elle raconte une histoire, d’une personne, et de ces relations qu’on pourrait facilement croiser dans la rue, sans savoir leur Histoire, ou ce qui s’est passé dans leur vie. Mr. Tout le monde en BD. Bien fait pour la période et toujours valable. Faut dire que depuis mon absence prolongée de mes lectures BD, et un retour depuis quelques années, ça me fait revivre le neuvième art qui est tellement important dans nos cultures Francophones . Belgique, France, Canada.
The Amazing Bibi
Mo-CDM publie pas mal chez Fluide Glacial, un éditeur qui convient parfaitement à son humour con, débile, crétin, style dans lequel il a produit quelques séries sympas (je pense par exemple à Cosmik Roger, mais aussi d’autres séries plus poussives. C’est plutôt dans cette seconde catégorie que je rangerais « Bibi ». Bibi est un adolescent caricaturalement mou, amorphe (d’ailleurs il passe une bonne partie des albums à pioncer et rêver – une vie plus palpitante que celle qu’il vit en réalité). C’est une grosse feignasse indécrottable, que son père et son prof de Maths n’arrivent pas vraiment à faire sortir de sa léthargie. Les deux effets comiques sont donc l’aspect larvaire de Bibi, et le décalage entre cet adolescent boutonneux, loser et mou et ses rêves d’aventure, de conquête (spatial ou féminine), d’action. Il y a bien quelques gags, quelques chutes amusantes, qui m’ont fait sourire. Mais c’est loin d’être le cas de toutes. De plus, comme mo-CDM joue quasiment tout le temps sur les mêmes ressorts comiques, ça ne se renouvelle pas toujours suffisamment. Quant au dessin, il n’est pas toujours lisible et réussi (voir les pages avec de gros monstres difformes). Pour le reste c’est du classique caricatural, avec le prof de Maths qui a les traits habituels du scientifique dans les séries de cet auteur. Inégal, un peu poussif, les deux tomes parus pour le moment m’ont quelque peu laissé sur ma faim, malgré quelques petits trucs sympas. Note réelle 2,5/5.
Souffler sur le feu - Violences passées et à venir en Inde
Je retrouve ici Joe Sacco dans un registre connu, mais sur un sujet qui diffère de ses centres d’étude habituels (ex-Yougoslavie, conflit israélo-palestinien, amérindiens), puisqu’il s’intéresse avec cet album à un conflit violent entre Hindous et Musulmans dans un état du Nord de l’Inde. Ici son documentaire ressemble énormément à une enquête policière, réalisée avec bonhommie, en donnant la parole à toutes les parties, en essayant tant que faire se peut de croiser les témoignages, vérifier les sources, aller sur place pour doter le récit d’un fond solide. Et le fait est que la lecture est à la fois intéressante, vivante, et instructive. Sacco pointe bien les arrière-plans (conflits de classe, intérêts électoraux, corruption endémique de la police locale, viols impunis et plus généralement femmes discriminées, etc.) qui ne font qu’alimenter un feu qui couve dans cette région depuis l’indépendance. Et Modi, qui apparait à la fin de l’enquête, n’a eu de cesse depuis l’écriture de cet album, d’user du nationalisme et du racisme pour conforter son pouvoir, jetant les Hindous contre les Musulmans. Au milieu du désastre, il est toujours réconfortant – et désespérant à la fois hélas – d’entendre des voix mesurées, prônant l’entente entre Musulmans et Hindous. Mais, comme le montre ce récit, ces voix sont souvent recouvertes par le bruit de la haine et de la bêtise (de la mauvaise foi aussi). C’est encore un très bon reportage BD de Sacco, dont le dessin, toujours aussi fluide et agréable, accompagne très bien un propos simple et efficace.
Pym et la forêt éternelle
Moins enthousiaste que Ro sur ce premier volume, je dois dire. Je n'ai pas détesté l'univers, et il est vrai que cette saga est relativement prometteuse. Mais j'ai trouvé - justement - que cela mettait trop de temps à démarrer. J'entends le besoin de faire une exposition solide pour poser des bases qui tiendront vraiment par la suite et permettront de déployer les ramifications de tout un univers, mais est-il nécessaire de sacrifier tout un tome pour cela ? À l'époque, on savait faire d'excellentes histoires qui tiennent sur un seul tome, et qui pouvaient exposer leur mythologie subtilement au gré du récit. Ici, j'ai trouvé que l'intrigue très statique et suspendue à l'histoire dans l'histoire racontée par la grand-mère lassait un peu (surtout au gré des parutions du journal Spirou). Bref, au-delà de ça, j'ai un peu de mal avec ce dessin informatique, plutôt bien exécuté, mais qui manque d'âme. Je sais que c'est devenu commun de dessiner à la tablette, mais il manque dans la plupart de ces bandes dessinées ce petit je-ne-sais-quoi, un supplément d'âme qui permette à la bande dessinée de se hisser au-dessus du lot. Cela dit, j'ai lu ce récit sans déplaisir excessif, mais sans être particulièrement emballé non plus. Enfin, la qualité des dialogues et notamment de la narration sont assez pauvres, au point que j'avais parfois l'impression de lire une fanfiction écrite par des adolescents... Correctement écrit, certes, mais il me manquait un fil directeur pour comprendre à quoi servaient tous ces détours narratifs qui maintiennent l'histoire dans ce statisme qui, à mon sens, la dessert. Je suis donc loin d'avoir détesté, mais ma note correspond vraiment au "Bof, sans plus" accompagnant les 2 étoiles sur ce site. Je suis toutefois prêt à rehausser largement mon avis si le deuxième tome me convainc. Il n'y a pas besoin de grand-chose pour que cet univers sombre et enchanté réussisse à m'emporter...