Les derniers avis (105119 avis)

Couverture de la série La Mort dans l'âme
La Mort dans l'âme

Le récit est bien mené, et montre de façon graduée les derniers jours d’un homme, atteint d’un cancer incurable, de son entrée dans un services de « soins palliatifs » jusqu’à sa mort. Il est conscient de sa déchéance – de plus en plus visible au fur et à mesure que son état se dégrade et qu’il est « entubé » et abreuvé de morphine – et, au cours des discussions qu’il a avec son fils (la seule personne à lui rendre visite, mis à part un curé), il essaye de le convaincre de l’aider à mourir dignement. Se pose alors la question du suicide assisté, de l’euthanasie. Si la situation est bien posée, le récit est hélas très linéaire – on connais la fin, le seul doute restant relevant de la manière de mourir), et il n’y a quasiment pas « d’à côtés » pour aérer l’intrigue ou la rendre « captivante ». Un sujet délicat, globalement bien présenté, mais une lecture qui reste assez froide.

22/04/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Sans panique
Sans panique

Sans panique est un conte moderne au graphisme agréablement naïf. C'est l'histoire de Romie, jeune rescapée d'un hélicoptère crashé sur une île et recueillie par ses habitants. Ceux-ci sont sympathiques et prévenants mais ils semblent ne ressentir aucune émotion, ni peur, ni douleur, ni rien. Ils se contentent d'exister, comme des robots sans âme. Romie ayant souffert par le passé souhaiterait bien apprendre à se détacher ainsi de toute sensibilité, mais celle à qui elle demande de lui apprendre cela aimerait au contraire déborder d'émotions comme Romie le fait. Elles passent alors le pacte de s'éduquer mutuellement. Et la chose devient d'autant plus urgente qu'une météorite est prévue de s'écraser sur l'île dans une quinzaine de jours et que la population ne veut pas fuir puisqu'elle ne ressent aucune peur de la mort. Le dessin est dans un style naïf, avec des perspectives quasiment inexistantes et des aplats comme coloriés au feutre. C'est charmant et ça donne envie de lire l'album. L'idée de cette fable est amusante. Le comportement sans émotion des habitants de l'île surprend et on se demande comment va évoluer la relation entre l'héroïne et l'amie qu'elle s'y fait. Toutefois, j'ai eu du mal à m'attacher à Romie et à son caractère certes affirmé mais peu agréable, d'autant plus quand le dessin la représente presque toujours avec des sourcils froncés, comme éternellement énervée, en colère ou à l'inverse avec un sourire démoniaque. Aussi vide et sans émotion soit-elle, son amie m'est parue plus attachante en comparaison. Quant au déroulement de l'intrigue, passé l'aspect intriguant de ce peuple apathique, il se fait légèrement plus puéril une fois les héroïnes revenues à terre. Et même si la manière dont Romie va réussir à "guérir" son amie est plutôt amusante, la réutilisation de cette idée pour tout le reste de l'île m'a semblé un peu trop facile, entrainant une conclusion presque enfantine à un conte qui avant cela était plus mature. Je n'ai pas été totalement convaincu par cet album malgré plusieurs bons côtés tant graphiques que dans l'idée et les personnages, mais j'y vois quand même un sympathique premier album d'une autrice qui a du potentiel.

22/04/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Montgolfière de Berlin
La Montgolfière de Berlin

La chute du mur de Berlin date d'il y a presque 35 ans, mais son souvenir reste vivace dans de nombreuses familles en Allemagne. Parmi les milliers de tentatives ayant eu lieu depuis 1961 pour passer de l'est à l'ouest, une curiosité a retenu l'attention de l'autrice (elle est aussi narré dans des ouvrages relatifs à cette période et dans un musée à Berlin, celle qui a amené deux couples à tenter de s'échapper en montgolfière. L'album nous retrace donc les différentes phases de cette tentative, de l'idée originale, jusqu'à son succès, après une première tentative qui a échoué pour quelques dizaines de mètres, et en passant par les magouilles des époux Wetzel et Strelczyk pour se procurer le matériel nécessaire à la construction de l'aérostat. Tout cela dans une ambiance de paranoïa constante, matérialisée par les rencontres redoutées dans la rue des agents de la Stasi, et la curiosité envahissante de le vieille voisine... Cette ambiance est bien rendue par les dialogues, ainsi que les regards apeurés ou suspicieux des protagonistes. Le dessin de Luogo Comune est très particulier, une sorte de ligne claire sans encrage, doublé d'une bichromie en bleu et orange rendant bien l'atmosphère oppressante de Berlin-Est. Très intéressant, même si les circonstances historiques ne sont qu'effleurées.

22/04/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série L'Ecole emportée
L'Ecole emportée

Des couvertures moches, un graphisme très daté, des personnages tête-à-claque en rage ou chiale constante (à part Yu le bébé, trouver un personnage qui ne braille pas plus de 2 cases d'affillée relève de la gageure), des situations über-alles qui s'enchaînent, un titre n'évoquant rien... vraiment rien n'est fait pour que le lecteur qui feuillette cette courte mais riche série de 6 tomes soit partant pour la prendre. Mais bienheureux sera celui qui le fera car ce manga lui ouvrira les portes de la fantaisie la plus débridée mêlant les genres (survivalisme, sentimentalisme, fantastique, horreur, thriller, (comique involontaire?), SF). Comme le dit l'introduction du petit dossier terminant le tome 1, décrire des situations serait gâcher le plaisir de la découverture donc mon avis sans spoilers sera assez court (comme c'est déjà le cas de la plupart de mes avis je vous l'accorde). Une expérience incroyable qui a sans doute influencé de nombreux auteurs (Junji Ito me vient de suite à l'esprit en voyant le mal rongeant les protagonistes et la perte de raison collective). Le chapîtrage court assure au lecteur des rebondissements permanents et lorsqu'un filon s'épuise, le récit prend une direction à 90° pour relancer l'intérêt, les cliffhangers pirouette-cacahouète sont dignes de la série TV Batman des 60s. Est-ce de l'improvisation ou une volonté de l'auteur de prendre le lecteur à contre-pied de temps à autres? Quelque soit la réponse, je vous promets que vous serez régulièrement trèèèès surpris de l'héroisme ou la bêtise de ces élèves de maternelle et de primaire sacrément précoces! Achtung, le discours d'époque est très misogyne et le gore parfois bien présent, il convient donc de prévenir les enfants du contenu. Et ensuite préparez-vous à quelques fous-rires si vous lisez ce récit avec les autres en constatant le fossé entre les savoir-faires de ces enfants par rapport aux nôtres. Les situations sont horribles mais sombrent souvent dans un grand-guignol permettant de faire retomber la pression et relativiser la gravité des propos. A l'instar du premier film Godzilla, ce récit apocalyptique profite de son scénario catastrophe pour passer quelques messages bien amenés sur l'écologie, l'impact de chacun sur le futur de notre planète, l'importance du savoir et de la solidarité. Une épopée décomplexée finalement pas si bête. Donc pour résumer, sautez le pas: soit vous ne décrocherez pas une fois la lecture commencée ou bien vous serez atterrés et vaccinés contre les mangas sortant du rang.

22/04/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les 3 Vies d'Arminé
Les 3 Vies d'Arminé

J'ai commencé par confondre le début de cet album avec ceux de Kobane Calling et de Ainsi se tut Zarathoustra. Les trois parlent en effet des voyages d'un occidental venu découvrir de l'intérieur la situation d'un peuple du Caucase opprimé par un grand voisin voire même le pays où il réside. Mais les deux autres parlent des Kurdes et des Zoroastriens tandis que celle-ci parle des Arméniens. Et si Les 3 Vies d'Arminé aborde bien le sujet du génocide arménien, il en aborde également d'autres qui ont structuré ce qu'est devenu la population arménienne de nos jours, notamment le terrible séisme de 1988 et l'influence des Russes. Et le co-auteur, Frédo Burguière du groupe des Ogres de Barback, y apporte aussi sa patte personnelle puisque lui vient dans ce pays en tant que petit-fils d'une réfugiée Arménienne, et en tant que musicien aussi, ce qui aide à mieux se faire accepter sur place. Quant à la fameuse Arminé du titre de l'album, c'est un personnage qui n'est pas forcément au centre de cette histoire, on n'en parlera finalement que dans une grosse poignée de pages, mais elle a marqué l'auteur par son parcours étonnant et la force de sa personnalité et de son engagement. Le graphisme est appréciable : il mélange les styles narratifs, avec un peu de texte illustré au départ, puis de vraies planches de BD, parfois en couleurs, plus souvent en noir et blanc. Bref, c'est un récit de plusieurs voyages et de témoignages instructifs sur l'Arménie d'hier et d'aujourd'hui. Comme j'avais déjà lu plusieurs ouvrages sur le génocide Arménien, c'est plus la partie sur ce qu'il s'est passé dans la pays entre les années et 2000 qui m'a appris des choses. Mais j'ai été surpris de voir qu'il n'y avait pas de véritable conclusion au récit, juste un récit de faits et de paroles sans plus de structure ou de message particulier. Pas mal mais pas une lecture vraiment marquante je trouve.

22/04/2024 (modifier)
Par doumé
Note: 4/5
Couverture de la série Le Combat d'Henry Fleming
Le Combat d'Henry Fleming

Adapté d'un roman de Stephen Crane, ce roman marque la littérature Américaine par son approche hors standard dans la description et la vision que l'on a d'un conflit. Ce conflit, c'est la guerre de sécession qui n'est pas présentée en mettant en avant ses enjeux politiques, il n'y a pas de vision stratégique ni de célèbres généraux. Ce récit est centré sur le quotidien d'un simple soldat récemment engagé qui découvre la guerre dans une bataille peu connue. L'auteur nous fait partager toutes les interrogations de ce jeune garçon et c'est tout l'intérêt et la force du récit. Tiraillé entre courage, lâcheté, instinct de survie,gloire ou honte tout ces sentiments contradictoires vécus par un homme qui vit sa propre bataille intérieure. Un roman inspiré à partir de témoignages de soldats, la description fidèle des conditions de vie et de la férocité des batailles donnent un réalisme aux scènes de guerre. Le dessin accompagne le message envoyé par l'auteur, les visages et les uniformes sont identiques quelque soit leurs camps. Les visages avant la bataille sont flous, hachurés et représentés comme des cadavres ou des êtres qui ont perdu toute humanité. Réaliste et poignant

21/04/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 3/5
Couverture de la série Erectus
Erectus

Inspiré du roman homonyme de Xavier Müller, « Erectus » n’est que l’adaptation du tome 1 sur les trois parus. Et le récit, s’il fait résonner en nous les angoisses engendrées par l’apparition du Covid et le confinement qui en a résulté, a pourtant été publié deux ans avant. Celui décrit dans le livre est pourtant autrement terrifiant dans la mesure où il fait peser la menace d’une régression sur l’ensemble de la faune et la flore terrestre, ce qui inclut l’humanité. Erik Juszezak a su s’emparer de l’œuvre pour la restituer de façon synthétique dans sa bande dessinée d’un peu plus de cent pages. Bien sûr, on s’en doutait un peu rien qu’en feuilletant l’ouvrage : le dessin réaliste très bien exécuté mais plutôt en mode « BD à papa » n’allait pas révolutionner le neuvième art. Mais il faut le reconnaître, c’est un bon moment de lecture qui se dévore d’une traite, grâce notamment à un thème plus qu’intrigant, voire cauchemardesque. De plus, outre celui d’un virus ravageur, « Erectus » aborde un autre sujet qui interroge notre humanité en ces temps incertains où intolérance et obscurantisme menacent d’engloutir nos démocraties : celui de l’accueil réservé à une population différente, en l’occurrence ici une espèce antédiluvienne dont les membres sont en quelque sorte nos cousins éloignés. Certes, certains éléments du récit m’ont laissé perplexe, notamment l’absence de précautions vis-à-vis des sujets contaminés, a fortiori des scientifiques qui n’hésitent pas à les palper allègrement pour y détecter des lésions éventuelles (un détail qui saute aux yeux quand on a vécu la parano liée au coronavirus). De même, je n’ai pu retenir un sourire devant les états d’âme, quelque peu décalés dans un tel contexte, de la paléontologue Anna Meunier, gaulée comme une princesse, qui fond littéralement à la vue du beau gosse biologiste Lucas Carvalho. Mais il n’est pas interdit de faire preuve d’indulgence, voire trouver que cela ajoute au charme un rien suranné de l’objet. Globalement, Erik Juszezak nous offre une adaptation plaisante qui séduira les jeunes de 7 à 77 ans. Ceux-ci ne pourront que s’extasier devant la représentation convaincante des créatures préhistoriques — on apprend d’ailleurs avec étonnement que l’ancêtre de la baleine ressemblait à un mammifère à l’apparence de canidé, le pakicetus ! On ne saurait dire avec assurance si le virus Kruger (c’est son nom), en comparaison duquel le Covid ressemble à une « grippette », est juste le résultat d’élucubrations de Xavier Müller, lui-même journaliste scientifique, mais une chose est sûre : on n’a pas forcément envie de le savoir !

21/04/2024 (modifier)
Par greg
Note: 1/5
Couverture de la série Eden (Taymans)
Eden (Taymans)

Ce diptyque (?) se présente comme une suite tardive au monde perdu de Conan Doyle, mettant en scène la troisième génération de certains des descendants de l'aventure du monde perdu, présenté comme une histoire vraie. La petite-fille d'Edward Malone récupère les carnets de son grand-père et se met en tête avec ses amis hippies de mettre sur pieds une expédition utilisant des VW Combis afin de retrouver le plateau à dinosaures, où les attendent la petite-fille du chasseur Roxton, alliée à des soviétiques et un savant nazi.... Rien que ce résumé complètement grand-guignolesque devrait donner une idée du nawak complet auquel on est confronté. C'est profondément idiot, rempli de situations abracadabrantesques, de personnages caricaturaux jusqu'à l'extrême et des décors sans imagination (on nous montre à plusieurs reprises une épave d'avion qui n'est qu'un décalque de photos existantes par exemple) Bref c'est n'importe quoi. Et le pire, c'est que la fin est ouverte, laissant craindre un hypothétique troisième tome.

21/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Dans l'antre de la pénitence
Dans l'antre de la pénitence

Obsession - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il regroupe les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2016, écrits par Peter J. Tomasi, dessinés et encrés par Ian Bertram, et mis en couleurs par Dave Stewart. En 1905, dans le cimetière de Mount Hope, à New Haven dans le Connecticut, un individu costaud creuse pour récupérer deux cercueils. Une semaine plus tard, Murcier arrive à San José en Californie, pour réceptionner les deux cercueils qui sont en train d'être déchargés du train, pour les emmener dans sa carriole. Il se rend alors à la maison des Winchester, où résonnent les coups de marteaux, de manière incessante. Dans une pièce, Sarah Winchester est en train d'aligner des balles de fusil, tout en répétant inlassablement deux mots : cuivre et poudre. Deux ingrédients simples et bon marché pour éteindre des vies. Murcier pénètre dans la pièce et lui indique qu'ils sont arrivés. Elle répond qu'elle va s'occuper elle-même de les enterrer. Effectivement, elle s'en va creuser deux tombes pour y déposer les cercueils : celui d'Annie Winchester, et celui de William Winchester. Une pierre tombale avec leur nom est apposée. À proximité de la rivière San Joaquin, dans le nord de la Californie, Warren Peck s'est installé dans les branches d'un arbre et il tient dans ses mains un fusil à lunette. Il s'en sert pour abattre cinq indiens. Une fois les assassinats commis, il descend de l'arbre, monte sur son cheval et se rend auprès des cadavres. Il y fiche des flèches pour faire croire à une guerre entre tribus. Il est attaqué par un indien qui lui fiche un couteau dans l'épaule droite. Une bagarre s'en suit au cours de laquelle l'indien perd son œil gauche, tout en regardant fixement l'homme blanc. Celui-ci décide de le laisser vivre alors qu'il le tient à bout portant avec son revolver. Il s'éloigne, enfourche son cheval, et s'en va. Dans la demeure des Winchester, les coups de marteaux continuent de résonner en continu, alors que dans sa chambre Sarah s'adresse à son époux et ses enfants défunts. le lendemain matin, il pleut à verse et madame Winchester reçoit les hommes qui arrivent pour être ouvrier, dans la serre. Ils se présentent. Elle leur demande leur nom, la raison de leur venue. Elle leur expose ses trois exigences. Ils ne doivent faire preuve d'aucune violence, ne pas mentir et être ponctuels. Ils doivent également déposer leurs armes, leurs munitions et leur holster et les remettre à Murcier. Puis, comme chaque jour, elle passe en revue les plans de la demeure, et indique à Murcier à quel endroit elle souhaite une nouvelle extension, les pièces qui sont à reprendre, les escaliers à ajouter, ceux à démonter. Lors de la passation de consigne, deux ouvriers s'interrompent : un blanc a commencé à lancer des injures raciales à un afro-américain, un grand costaud. Il semble que la bagarre est imminente. Sarah Winchester s'interpose entre les deux. Si, c'est vrai : Sarah Winchester (1839-1922) a réellement existé et elle a consacré sa fortune à bâtir cette maison aux plans déroutants, pas toujours cohérents. Elle a consacré 70 millions de dollars à cette entreprise pendant les 38 ans qu'elle y a consacré. Les ouvriers devaient travailler en continu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Il y a eu plusieurs hypothèses d'émises sur cette obsession, l'une d'elle supputant qu'il s'agissait d'offrir un abri à l'âme de tous les défunts ayant péri abattus par une Winchester. La mystérieuse maison Winchester est devenue une attraction touristique et cette histoire a fait l'objet de films et de bandes dessinées. En particulier, Alan Moore en avait donné sa version horrifique dans l'épisode 45 de la série Swamp Thing, paru en 1985. Il est donc probable que le lecteur ait déjà entendu parler de cette demeure avant de se lancer dans cet ouvrage. Il vaut effectivement mieux en avoir une vague notion car Peter J. Tomasi utilise l'ellipse à deux ou trois reprises : il ne rappelle pas les faits dans le détail, et il développe son récit sur quelques jours, sans développer le passé qui a conduit à cette situation, sans évoquer ce qu'il est advenu après 1906. le récit se focalise sur trois principaux personnages : Sarah Winchester, Warren Peck et Murcier. Une ambiance morbide pèse du début à la fin, et il apparaît progressivement que la source de la richesse des Winchester pèse également sur Sarah : l'afflux d'argent provenant de la vente d'instruments de mort, ayant causé le décès d'individus par dizaine, par centaine, par millier. Pour donner à voir son récit, le scénariste bénéficie d'un artistique à la vision assez personnelle, sachant faire apparaître la bizarrerie de certains comportements, sachant faire se manifester la folie, ou en tout cas l'obsession qui habite Sarah Winchester, et celle différente qui hante Peck. L'apparence des dessins est un peu particulière. Bertram détoure tous les éléments d'un trait fin et sec, rarement cassant. Il ne s'en dégage donc pas une impression de fragilité, mais plutôt de formes pas toujours bien finies, qui auraient parfois mérité d'être peaufinées. Cela lui permet également de jouer avec quelques exagérations, comme la taille des yeux de Sarah, la forme du visage de plusieurs personnages, la stature de Murcier, des expressions de visage un peu appuyées pour montrer la force d'une émotion, pour conférer la sensation d'une obsession. Il utilise également de très courts traits secs dans les formes détourées pour faire apparaître comme des marques laissées par la fatigue, l'usure, ou un état émotionnel enfiévré. Cette caractéristique fait parfois penser aux dessins de Frank Quitely, ou à ceux de Moebius mais avec un rendu moins aéré et moins élégant qu'eux, sensation renforcée par les bordures de case au tracé irrégulier effectué à la main, sans règle. Une fois qu'il s'est habitué aux caractéristiques des dessins, le lecteur se trouve plus en mesure d'en relever les qualités. Pour commencer, l'artiste s'attache à planter les décors avec soin, et à les représenter très régulièrement. Il soigne les différents aspects de la maison, profitant du fait qu'il n'a pas à maintenir une cohérence parfaite d'un plan à l'autre, d'un jour à l'autre puisqu'elle est sujette à évolution en fonction de ce qui passe par la tête de sa propriétaire donnant l'impression d'être fantasque. le lecteur en a une vision globale dès la deuxième planche, puis il peut voir la pièce où seule Sarah Winchester a le droit d'entrer, un salon avec les ouvriers, les tapis et un escalier qui aboutit dans un plafond, le jardin d'été et sa verrière, la chambre à coucher de la propriétaire, les toits, la buanderie avec sa chaudière, le jardin, la pièce où sont entreposées les armes, etc. La mystérieuse maison Winchester devient véritablement un personnage à part entière. Au fur et à mesure de la progression du récit, des trainées de sang apparaissent, et des lianes entre vrilles et tentacules s'immiscent parfois dans une pièce, sur le membre d'un personnage. Parfois, c'est juste un petit bout qui dépasse, d'autrefois c'est un entrelacs qui peut être présent dans une pièce, ou qui peut avoir des ramifications dans toute la demeure. Il est manifeste que scénariste, dessinateur et coloriste ont travaillé ensemble pour définir la forme de ces vrilles, la façon dont elles se développent dans l'espace. La complémentarité entre traits encrés et couleurs les fait ressortir comme un élément surnaturel, sans que le scénariste n'ait besoin de le dire de manière explicite. Il faut également un peu de temps pour s'habituer à la construction du récit, à la manière dont le scénariste raconte son histoire. Il entremêle les consignes de Sarah Winchester avec ses occupations quotidiennes, les ordres qu'elle donne à Murcier, les tâches des ouvriers, les interventions de Warren Peck et ses tâches quotidiennes, la visite de la sœur de Sarah, etc. Il y a donc ces vrilles rouges qui font leur apparition, sans que leur nature ne soit explicitée. Il y a cette obsession avec les morts, celle avec le fait d'avoir tué des êtres humains, et bien sûr l'obsession d'entendre des marteaux résonner à toute heure du jour et de la nuit. le scénariste ne donne pas de clé de compréhension claire et explicite. Charge au lecteur de rattacher les propos de Sarah ou de Warren à la présence de ces vrilles. Libre à lui d'y projeter une signification ou une autre, d'y voir la manifestation des obsessions, ou effectivement la présence surnaturelle de l'esprit des morts. le récit se termine avec une scène de destruction massive, compatible avec la réalité des événements historiques, et une explication donnée par Sarah Winchester. Il n'est pas possible d'y ajouter foi d'une manière littérale, ce qui renvoie tout le récit dans le domaine du conte. En revanche, la métaphore sur la culpabilité fonctionne du début jusqu'à la fin : ce poids insupportable de l'argent généré par la fabrication et la vente d'arme, et donc la mort de tous ceux atteints par les balles issues de ces armes. le simple fait d'y penser sous cet angle donne le vertige. À l'évidence, ce récit sort de l'ordinaire. Tout d'abord pour son sujet : quelques jours de la vie de Sarah Winchester, dépositaire de la moitié de la fortune de la famille, acquise par la vente d'armes de l'entreprise Winchester Repeating Arms Company. Ensuite, il y a la narration visuelle à la fois claire et personnelle, installant une ambiance pesante et inquiétante par les dessins et les couleurs. En fonction de sa sensibilité, le lecteur s'avère plus ou moins réceptif à la personnalité narrative de Peter J. Tomasi, parfois très inspiré pour l'interprétation de Sarah Winchester, parfois de manière un peu heurtée ou elliptique, ce qui peut s'avérer frustrant.

21/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Batman : Huntress -  Cry for blood
Batman : Huntress - Cry for blood

Vengeance et justice - Ce tome contient une histoire complète ne nécessitant qu'une connaissance superficielle de Batman. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2000, écrits par Greg Rucka, dessinés par Rick Burchett et mis en couleurs par Tatjana Wood. L'encrage a été réalisé par Burchett pour les épisodes 1 à 4, et par Terry Beatty pour les épisodes 5 & 6. Les couvertures ont été réalisées par Burchett. Le corps d'un cadavre flotte dans la rivière de Gotham, alors que le symbole de chauve-souris s'affiche sur le ciel nuageux. Il s'agit de celui de Claudio Panessa. Sur le quai, la police a délimité un périmètre et le commissaire James Gordon est sur place. Batman examine le cadavre de près. La voix intérieure d'Helena Bertinelli commente sur le fait que tout le monde va croire qu'elle est coupable de ce meurtre, alors qu'en fait personne ne la connaît vraiment. Dans le même temps, elle pense au sens de l'omerta pour les siciliens : la nécessité de se faire vengeance par soi-même, faute de pouvoir avoir confiance dans les institutions gouvernementales. Depuis le trottoir d'en face de l'immeuble d'Helena, une silhouette en pardessus avec un chapeau observe Batman se poser sur le toit. Batman s'introduit chez Helena Bertinelli et observe l'aménagement : la carte de la Sicile, la photographie de famille encadrée avec ses parents et son grand frère, l'ordinateur, le cahier de notes. Il est interrompu par Helena qui le menace d'une arbalète en sortant de sa salle de bain. Batman lui demande si elle a tué Claudio Panessa car il a été retrouvé avec un carreau d'arbalète dans le corps. Elle explique qu'elle était chez elle en train de corriger des copies. Batman s'en va en la prévenant que s'il découvre qu'elle est l'assassin, il la mettra hors d'état de nuire. Helena Bertinelli pense qu'il ne peut pas comprendre qu'il s'agit d'une histoire de famille. Leur histoire commence il y a plus d'un siècle quand son arrière-grand-père Giuseppe Bertinelli a immigré à Gotham depuis la Sicile. Il travaillait dur, et également montrait une réelle adresse à se servir d'une arme à feu. Il a intégré le crime organisé, et décidé qu'il dirigerait les 5 familles alors implantées à Gotham : les Bertinelli, les Beretti, les Galante, les Inzerillos et les Cassamentos. La guerre des gangs qui s'en est suivie lui a coûté la vie de deux fils, mais au final il a atteint son objectif d'unir les 5 familles et de régner sur elles en tant que Don. Giuseppe Bertinelli est décédé en 1949, et Alfredo Bertinelli (son seul fils survivant, le grand-père d'Helena) lui a succédé en tant que parrain. Un jour, Tomaso Panessa s'est fait connaitre, demandant que sa famille devienne la sixième du crime organisé à Gotham. Il a essuyé une fin de non-recevoir de la part d'Alfredo Bertinelli. Lorsqu'Helena avait 8 ans, un assassin a fait irruption chez les Bertinelli alors qu'ils étaient à table et a tué sa mère, son père et son frère sous yeux, la laissant vivante. le sang appelle le sang. La famille Galante a pris la tête des affaires, et a permis à la famille Panessa d'entrer dans les affaires. La famille Panessa a pris en charge Helena Bertinellli et l'a envoyée grandir en sécurité en Sicile. Au temps présent, le soir, elle se rend chez les Panessa pour saluer son oncle Tomaso et pour présenter ses condoléances. Régulièrement, les responsables éditoriaux font le constat que Batman fait vendre, et passent commande auprès des créateurs, d'un nouveau personnage qui graviterait autour du héros pour élargir la gamme et profiter de son aura. Helena Rosa Bertinelli est le troisième personnage à endosser le costume de Huntress, après Paula Brooks créée en 1947 par Mort Meskin, et Helena Wayne créée en 1977 par Paul Levitz, Joe Staton, Joe Orlando et Bob Layton. Elle est apparue la première fois en 1989, dans sa propre minisérie écrite par Joe Cavalieri et dessinée par Joe Staton. La présente histoire contient une version révisée des origines présentées en 1989. La scène introductive permet d'établir que Huntress est basée à Gotham et qu'elle entretient une relation houleuse avec Batman, celui-ci se défiant d'elle, la soupçonnant d'être capable d'assassiner froidement ses ennemis. Au cours du récit, il apparaît qu'elle ait déjà connue des autres superhéros gravitant autour de Batman. Elle a eu une relation amoureuse avec Nightwing. Oracle (Barbara Gordon) ne lui fait pas plus confiance que Batman. Par contre Robin (Tim Drake) n'a pas de préjugés en sa défaveur. Dans cette histoire, elle bénéficie de l'aide de 2 autres superhéros qui n'appartiennent pas à la Bat-family. Dès le début, Greg Rucka explicite le genre du récit : il se déroule à Gotham, sous la surveillance de Batman, et il est question de familles mafieuses, et de crime organisé. le lecteur trouve les conventions attendues : plusieurs familles (5) qui se partagent un territoire, une guerre des gangs qui couve, des règlements de compte, une alliance entre 2 gangs par le biais d'un mariage, une série d'exécutions sommaires qui reprend après plusieurs décennies de tranquillité. Néanmoins, Greg Rucka n'en fait pas de trop : il a conscience qu'il n'est pas Francis Ford Coppola et il se focalise plus sur le passé d'Helena Bertinelli en Sicile, que dans la description des relations au sein De La Famille. du coup certaines évocations ont un goût de trop peu (les débuts de Giuseppe Bertinelli, la veillée funèbre, la séquence de mariage), mais c'est aussi ce qui évite au récit de sombrer dans le kitsch superficiel. le lecteur peut être un peu surpris par le choix de Rick Burchett comme artiste, connu pour des adaptations de qualité en comics, de la série Batman la série animée. Effectivement, ses contours donnent parfois une sensation un peu douce, par exemple tirant les visages un registre tout public, ou parfois intemporel. Pourtant l'évocation de la fin du dix-neuvième siècle ou des paysages de Sicile s'avère visuellement convaincante, avec une violence ni gore, ni sadique, mais bien réelle. Un mafieux a été assassiné et Huntress est la principale suspecte, à la fois aux yeux de la police, des familles du crime organisé et de Batman, ainsi que d'Oracle. Helena Bertinelli n'a aucune intention de se laisser intimider, mais elle se retrouve vite dépassée. Un individu prend sur lui de la retirer de l'échiquier et de la mettre au vert : The Question. le lecteur peut être un peu surpris par son irruption dans le récit : il peut supposer qu'il s'agit d'une occasion pour le scénariste d'écrire le personnage, en s'inspirant de la version développée par Dennis O'Neil qui était également le responsable éditorial originel sur cette histoire. du coup, le récit prend une direction originale en sortant de Gotham le temps d'un épisode. le lecteur éprouve vite de l'empathie pour cette femme qui refuse de se laisser intimider par Batman, qui refuse de se soumettre à sa volonté, qui envoie balader son ancien amoureux bien intentionné mais inféodé à Batman, et qui accepte l'aide d'un étranger à la façon de faire bizarre. le scénariste développe donc 2 récits en parallèle et complètement liés : l'enquête sur le vrai meurtrier de Claudia Panessa, et l'histoire de la jeunesse d'Helena Bertinelli. Il se laisse charmer par l'apparence claire des dessins de Rick Burchett. Il voit qu'il a du mal à tenir le rythme sur les 2 derniers épisodes avec quelques cases sans décors, et l'appel à la rescousse d'un encreur un tout petit peu plus carré que lui. L'artiste représente des personnages civils crédibles avec des morphologies variées et des âges différents. Il concilie avec l'élégance la dureté intérieure d'Helena Bertinelli et sa capacité de sourire, en évitant soigneusement d'exagérer ses courbes et ses mensurations. Les auteurs se montrent facétieux en incluant une représentation d'artiste de Huntress dans un journal : elle semble avoir été dessinée par Rob Liefeld, avec un niveau d'agressivité maximal, et une poitrine hypertrophiée. Burchett s'implique dans les scènes d'action, avec des affrontements bien découpés, induisant une accélération du rythme de lecture, au cours desquels les personnages bougent en fonction des caractéristiques de l'environnement des obstacles, les coups et les parades s'enchaînent de manière logique, sans aller jusqu'à devenir un ballet. le lecteur sourit à plusieurs reprises : la caricature de Huntress, l'échange de regard butés entre Batman et Huntress, la prise de bec entre Nightwing et Helena, le regard amusé de Vic Sage. Rick Burchett sait rendre les personnages vivants, facilitant la projection du lecteur en eux. Greg Rucka raconte une histoire d'omerta (en modifiant un peu le sens du mot en passant), bien ficelée, sans sortir des sentiers battus. Il fait aussi en sorte que Helena Bertinelli puisse évoluer et devenir plus étoffée. Lorsqu'elle est retirée de force de Gotham, elle se retrouve en présence d'un maître des arts martiaux qui va remplir l'office de sensei le temps d'un épisode, lui apprenant à mieux se maîtriser. Ce tome constitue une bonne occasion de faire connaissance avec ce personnage gravitant autour de Batman. le scénariste connaît son affaire : il sait raconter une histoire de gangsters sans abuser des clichés, et il sait écrire un personnage féminin qui sache en remontrer aux hommes sur leur terrain sans en devenir un. L'artiste amalgame une narration tout public sans violence trop graphique, avec les conventions visuelles attendues d'un récit de superhéros sans se contenter d'aligner des poses déconnectées, des personnages à la corpulence normale, et une direction d'acteurs nuancée. L'histoire présente un bon niveau de saveur, s'élevant au-dessus de la production mensuelle, sans atteindre la catégorie des indispensables.

21/04/2024 (modifier)