Les derniers avis (114950 avis)

Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Ces lignes qui tracent mon corps
Ces lignes qui tracent mon corps

Mansoureh Kamari raconte son enfance et son adolescence en Iran, marquées par l'oppression systémique des femmes, en les mettant en parallèle avec son présent en France où elle pose nue pour des cours de dessin, comme une manière de se réapproprier enfin son corps et son histoire. Dès qu'un récit aborde frontalement les violences faites aux femmes et une oppression institutionnalisée aussi profondément injuste, ça me met immédiatement en rage tant ce type d'injustice m'est insupportable. Et sur cet aspect, l'album est extrêmement fort. Toute la partie consacrée à l'enfance et à l'adolescence en Iran est souvent bouleversante : le poids du père tyrannique, la peur permanente, la manière dont le corps des femmes est contrôlé, sexualisé, humilié, et cette violence banalisée qui semble infiltrer aussi bien la sphère familiale que l'espace public. C'est parfois révoltant à lire, mais très bien mis en scène, avec des passages vraiment marquants. Graphiquement, j'ai aimé le travail de Mansoureh Kamari. Son dessin n'est pas spectaculaire au sens démonstratif du terme, mais il dégage quelque chose de doux et sensible. Les visages, en particulier celui de l'autrice, sont souvent beaux et expressifs, avec une vraie délicatesse dans les regards et les émotions. Les décors sont plus en retrait, parfois à peine esquissés, mais ça semble presque volontaire tant l'album reste focalisé sur les corps, les visages et l'intime. L'alternance entre les pages plus grises du passé et les séquences plus lumineuses du présent fonctionne également bien. En revanche, il m'a manqué des morceaux importants du puzzle pour être totalement emporté. J'aurais aimé en apprendre davantage sur le fonctionnement concret de la société iranienne au-delà de ce que l'album montre déjà, mais aussi sur son propre parcours de jeune adulte. J'ai par exemple été surpris de voir qu'elle avait malgré tout pu travailler dans l'animation, même difficilement, sans que ce contexte soit vraiment développé. De la même manière, on ne sait rien de la façon dont elle a quitté l'Iran, si sa famille a tenté de la marier de force, comment son exil s'est organisé, ou comment cette transition vers la France s'est réellement faite. Ce sont précisément ces éléments qui m'ont parfois manqué. Je comprends qu'il ne s'agit pas d'un documentaire mais davantage d'un cri intime, mais l'absence de certains repères m'empêche de l'apprécier pleinement. J'ai aussi été un peu plus partagé sur les passages assez longs autour de son rapport au dessin et à son traumatisme. Je comprends parfaitement leur fonction dans son processus de reconstruction, mais au-delà du fait qu'ils ne m'ont pas particulièrement parlé, ils ont aussi ravivé cette frustration de ne pas avoir eu davantage d'éléments sur son parcours et sur la société iranienne elle-même. Malgré mes réticences, ça reste un témoignage fort, nécessaire et souvent très touchant, porté par un vrai sens de l'émotion et une colère que j'ai largement partagée pendant la lecture.

28/04/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 2/5
Couverture de la série Le Tableau périodique des éléments
Le Tableau périodique des éléments

Le tableau périodique des éléments... L'un des cauchemars des lycéens à tendance littéraire, comme votre serviteur. Bon, c'est vrai, on n'apprenait qu'une version abrégée, alors que le tableau actuel comporte près de 120 éléments. Difficile de retenir ce à quoi ils servent tous, c'est donc la vocation de cet album, faire de la vulgarisation. Pour ce faire Adela Muñoz-Paez, professeure de chimie organique à l'Université de Séville, a embarqué nombre de ses étudiants dans le projet. Au final 91 scientifiques y ont participé, tous espagnols, et pour la plupart étudiants. Ils ont tenté de représenter chacun des éléments sous une apparence sympathique, de parler de leurs propriétés, de leur histoire (qui les a découverts et quand...). Des abrégés plus ou moins réussis, longs d'une page la plupart du temps. J'avoue que j'ai assez vite baîllé au fil de ma lecture. La chimie ce n'est pas trop ma tasse de thé, et cela ne risque hélas pas de changer. On sent que les rédacteurs ne sont pas des pros de la narration BD, et que le format ultra-contraint d'une page n'est pas le bon. Côté dessin Raquel Gu met son graphisme naïf au service de ces histoires ultra-courtes, sans véritable originalité. on sent là encore le côté "commande" de l'album. Je salue toutefois le choix de vouloir vulgariser un sujet assez hermétique (le glossaire en fin d'ouvrage aide bien à comprendre pas mal de termes spécifiques), et le fait d'être allés au bout du défi. Ce n'est simplement pas pour moi.

28/04/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Partir un jour
Partir un jour

Une bd humoristique qui ne m'a pas du tout fait rire et j'ai finit par arrêter ma lecture au milieu de l'album. Le personnage principal est un homme adulte au milieu de sa vie qui s'emmerde au boulot, a des problèmes de couples, va voir le psy et essai de terminer le roman qu'il a commencé à écrire il y a quelques années. On est dans de l'humour qui montre les angoisses psychologiques du personnage principal et les malheurs qui lui arrive et à aucun moment j'ai trouvé cela marrant. En plus, il y a beaucoup de dialogues et cela devient lourd à lire. Les situations sentent souvent le déjà vu. C'est dommage parce que j'aime bien le dessin. L'humour étant subjectif, il se peut que des lecteurs vont mieux accrocher à ce one-shot que moi.

28/04/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Le Petit Gendarme ou L'Enfance de Riquet
Le Petit Gendarme ou L'Enfance de Riquet

Théo Grosjean commence une série qui mélangerait l'autobiographie et la fiction. Je n'ai aucune idée ce qui est inventé ou non dans ce premier tome et j'avoue que je m'en fous un peu. J'ai trouvé le résultat moyen avec des bons et des moins bons moments. Parfois, je ne comprenais pas les intentions de l'auteur comme le fait que pendant un moment le visage du père est différent du reste de la famille jusqu'à ce que le petit dernier se rends compte que son père a un visage comme les autres. On suit donc Riquet, le dernier enfant d'une famille un peu dysfonctionnelle où le père est gendarme et la mère très religieuse. L'action se passant lorsque j'étais moi-même enfant, je me suis reconnu dans certaines situations. Le fait que le père est gendarme permet de découvrir un peu se métier, mais je ne pense pas avoir appris grand chose de nouveaux et je doute que plusieurs lecteurs de voir qu'il y a du machisme et du racisme dans ce milieu. Je comprends pourquoi Riad Sattouf a publié cette série dans sa maison d'édition parce que le travail de Grosjean ici rappel son propre travail et au déprimant de cette série. En effet, on dirait du Sattouf, mais en moins maitrisé. Ça se laisse lire et il y a des bons moments, mais ce n'était pas palpitant à lire.

28/04/2026 (modifier)
Par Montane
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Paracuellos
Paracuellos

Paracuellos, c'est un peu l'histoire d'une vie, celle de Carlos Gimenez. Tout jeune, il se retrouve place dans un foyer de l'assistance publique dans l'Espagne de Franco. Et ce pendant 8 longues années. Et il y raconte l'ensemble des souvenirs de cette époque. Et ils ne sont pas joyeux du tout, car cette autobiographie de jeunesse est d'une grande force, mais aussi d'une grande tristesse tant le traitement infligé à ces enfants est d'une dureté sans nom. Violences physiques ( nombreuses), violences verbales ( chroniques), rare sont les instants où ces enfants placés ont eu droit à un moment de bonheur. Parfois a l'occasion d'une visite de parents, à l'occasion d'une partie de foot, ou quand le facteur livrait une revue bd. D'ailleurs le jeune Pablo sait très vite que plus tard, lui aussi sera dessinateur. Il faudrait que tous ceux qui disent à l'occasion d'un fait d'actualité qu'il faudrait recréer des maisons de correction lisent cette œuvre majeure. Le sadisme religieux ou celui du phalangiste qui surveille cette institution semble ne pas avoir de limites. Et on ressent souvent une grande tristesse, lorsque on referme chaque chapitre de ce livre. Dessinée en noir et blanc cette intégrale est à l'évidence une œuvre majeure de la bd européenne.

27/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les Jours du Chaos
Les Jours du Chaos

Deux siècles après une apocalypse aussi brutale qu'inexpliquée, la Terre a été ravagée par des hordes démoniaques sorties des entrailles de l'enfer pour exterminer l'humanité. Parmi les rares survivants, Ian Vanderbilt et sa compagne parcourent ce monde dévasté en quête de terres fertiles avant de subir l'assaut de ces créatures infernales qui continuent de traquer les derniers humains. Ce mélange de post-apocalyptique et de fantasy démoniaque avait de quoi piquer ma curiosité, et l'univers fonctionne plutôt bien grâce à cette ambiance sombre et mystérieuse. Graphiquement, tout n'est pas irréprochable, mais j'ai plutôt aimé le rendu. Le dessin de Joseph Vig m'a rappelé celui de Eduardo Risso (100 bullets, Je suis un vampire...), avec ce trait nerveux et assez élégant, embelli par une mise en couleur réussie qui lui donne par moments un petit aspect comics assez classe. Les designs démoniaques sont également réussis et m'ont fait penser à un mélange entre les Sanguinaires de Khorne et les hordes démoniaques de 666. Le duo principal fonctionne bien : Ian et Catherine sont suffisamment attachants pour qu'on ait envie de les suivre, et j'ai aussi trouvé l'archonte réussi en principal antagoniste démoniaque. Son apparence impose immédiatement quelque chose, mais c'est surtout le mystère autour de ses motivations qui intrigue, notamment lors de certaines scènes où il semble moins monolithique que prévu. En revanche, tout n'est pas aussi convaincant. La communauté de survivants que les héros rejoignent m'a semblé beaucoup plus convenue, avec ce groupe replié sur une religion rigide qui ressemble à un archétype assez usé du genre post-apocalyptique. Et surtout, le fils du chef coche un peu trop toutes les cases de la brute envieuse et agressive au comportement insupportablement prévisible. L'autre frustration vient évidemment du fait que la série a été abandonnée après ce seul tome. On sent que plusieurs mystères étaient censés être développés ensuite, notamment autour du fameux Libérateur, et on n'aura visiblement jamais les réponses. C'est regrettable, même si heureusement ce premier volume peut presque se lire comme un one-shot : la conclusion reste ouverte, mais elle offre malgré tout une forme de fermeture acceptable plutôt qu'un cliffhanger brutal. C'est une série inachevée donc forcément frustrante, avec quelques clichés un peu grossiers, mais aussi un univers intrigant, un bon sens de l'atmosphère et suffisamment de bonnes idées pour que cet unique tome garde un certain intérêt pour les amateurs de dark fantasy post-apocalyptique.

27/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série La Baie de l'aquicorne
La Baie de l'aquicorne

De retour dans le village côtier de son enfance après une tempête, Lana découvre de mystérieuses créatures marines liées à l'histoire de sa famille et tente de protéger l'océan face aux dégâts causés par les humains. Katie O'Neill propose ici un univers doux, coloré et feel good, avec des créatures toutes mignonnes qui semblent sorties d'un croisement entre l'imaginaire de Hayao Miyazaki, des licornes marines et un conte écologique destiné à un jeune public. Visuellement, difficile de nier que c'est attendrissant : les couleurs pastel sont lumineuses, l'univers marin est agréable à parcourir et les aquicornes ont clairement été conçus pour faire fondre le lectorat jeunesse. Sur le fond, les intentions sont évidemment louables : deuil, écologie, protection des océans, transmission familiale, coexistence avec la nature, avec en prime une volonté très actuelle d'inclusivité bienveillante qui traverse l'ensemble. Le problème, c'est que j'ai trouvé le récit trop appuyé dans sa démonstration. Le message environnemental manque franchement de subtilité : l'océan est présenté comme un sanctuaire pur et merveilleux, l'humanité comme une force destructrice dès qu'elle s'éloigne des bonnes pratiques traditionnelles, et toute la morale écologique finit par paraître très scolaire. J'avais parfois l'impression de lire un conte militant qui coche consciencieusement ses thématiques plutôt qu'une histoire laissant vraiment respirer ses enjeux. En comparaison, les films du Studio Ghibli (et particulièrement Ponyo, dont les points communs avec cette BD sont nombreux) me semblent transmettre ce type de message avec infiniment plus de finesse, de poésie et surtout une envie bien plus naturelle d'adhérer à ce qu'ils racontent. Le récit souffre aussi d'une narration parfois bancale : certains enchaînements manquent de fluidité, certaines révélations arrivent un peu abruptement, et plusieurs dialogues m'ont semblé soit assez étranges dans leur formulation, soit trop téléphonés dans leur manière de faire passer les messages du récit. L'ensemble reste lisible, mais manque parfois de naturel. Ça reste une BD sincère et visuellement charmante, et j'imagine qu'elle peut séduire un jeune public, en particulier des préadolescentes sensibles aux récits doux, romantiques et idéalisés autour de la nature. Mais pour ma part, j'ai trouvé l'ensemble un peu trop mièvre et démonstratif pour réellement m'emporter. Note : 2,5/5

27/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La Sorcière qui a changé le monde
La Sorcière qui a changé le monde

Après s'être attaqué à Ronald Reagan dans Le Crétin qui a gagné la guerre froide, Jean-Yves Le Naour poursuit son exploration des grandes figures du libéralisme triomphant des années 80 en consacrant cette fois un album à Margaret Thatcher. Et là encore, il le fait avec ce ton très particulier, à mi-chemin entre le biopic historique sérieux et la satire politique complètement acide. L'album retrace son ascension, de fille d'épicier (comme elle aime le rappeler sans arrêt) à Première ministre britannique, puis déroule les grands marqueurs du thatchérisme : dérégulation, réduction de l'État, privatisations, casse des syndicats, guerre des Malouines et proximité idéologique avec Reagan. Le Naour adopte un ton caustique où le loufoque et un humour souvent cynique se mélangent constamment à la réalité historique, ce qui donne une mise en scène drôle sans sacrifier le fond politique. C'est le genre de BD qui se lit facilement tout en donnant envie de creuser ensuite certains événements ou décisions évoqués. Graphiquement, Emilio Van der Zuiden propose une ligne claire assez élégante et très lisible, avec une mise en scène échevelée qui colle bien à ce ton mi-figue mi-raisin : suffisamment légère pour accompagner la dimension humoristique, mais assez sobre pour ne pas désamorcer la gravité du fond. Ce qui fonctionne bien, c'est la manière dont Margaret Thatcher est représentée de façon volontairement ambivalente, tant sur le plan graphique que narratif : tantôt comme une cruche aux idées profondément odieuses, parfois presque grotesque dans sa rigidité idéologique, tantôt comme une stratège politique redoutablement machiavélique, capable de manipuler ses conseillers, ses ministres et son image médiatique pour rester au pouvoir malgré la haine d'une grande partie de la population. L'album rappelle aussi à quel point ses politiques ont broyé une partie des classes populaires britanniques, notamment les mineurs et les bastions ouvriers, en assumant une brutalité sociale qui explique pourquoi tant de Britanniques l'ont haïe. Le récit évoque d'ailleurs en filigrane l'Angleterre punk de la même époque, celle qui voyait en elle une incarnation détestable du pouvoir et la désignait comme une figure à combattre. Sans développer énormément cet aspect culturel, on ressent bien cette période où une partie de la jeunesse percevait le thatchérisme comme quelque chose de profondément violent, teinté de dérives autoritaires voire fascisantes. Une BD politique très orientée idéologiquement, clairement, mais qui assume totalement son point de vue et qui réussit surtout à être à la fois instructive et amusante.

27/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Jeune et fauchée
Jeune et fauchée

C'est la troisième série autobiographique de Florence Dupré la Tour que je lis après Pucelle et Jumelle. Au-delà de la constance de son graphisme, qui ne me charme pas particulièrement mais qui a le mérite de lui être très personnel, j'y ai retrouvé sa capacité à exposer des sujets très intimes sans filtre, avec un mélange d'humour noir, d'autodérision, de colère et de lucidité. Cette fois, elle s'attaque à son rapport à l'argent et au déclassement social. Issue d'un milieu bourgeois privilégié, elle raconte comment elle s'est retrouvée, à partir de ses 18 ans, dans une précarité parfois très dure : boulots instables ou inexistants, débuts compliqués dans la BD, enfants à charge avec un compagnon qui n'a pas envie de travailler, angoisse permanente du loyer, privations alimentaires et logements insalubres ou non chauffés. J'ai apprécié son honnêteté intellectuelle. Elle ne prétend jamais avoir vécu la même précarité structurelle que quelqu'un né sans aucun capital familial ou social, et elle fait bien comprendre qu'elle avait malgré tout une immense porte de sortie en cas d'effondrement absolu : sa famille existait toujours, ainsi que cette grande demeure familiale. Elle reconnaît aussi que sa situation était en partie aggravée par ses propres blocages : son refus obstiné de demander de l'aide, de solliciter les aides sociales ou même parfois d'accepter certains compromis professionnels, par fierté mal placée et par cette obsession de rester digne, directement héritée de son éducation bourgeoise. Le livre ne cherche donc jamais à effacer cette complexité, et c'est ce qui le rend plus intéressant qu'un simple récit victimaire. Mais cette nuance ne dédouane pas pour autant ses parents, qui apparaissent comme profondément dysfonctionnels dans leur manière de communiquer. C'est probablement ce qui m'a le plus marqué dans l'album : cette impression d'une famille matériellement privilégiée mais émotionnellement sinistrée, incapable d'exprimer l'affection, de verbaliser les problèmes ou simplement de voir la détresse de leurs propres enfants. Son père semble perpétuellement absent, sa mère enfermée dans des principes rigides, et l'ensemble dresse le portrait d'une incommunicabilité familiale assez glaçante qui explique en partie beaucoup de ses blocages adultes. Elle élargit aussi progressivement son récit à la précarité du métier d'auteur de BD, notamment l'absence de protection sociale solide et la discontinuité des revenus. Ce n'est jamais traité comme un manifeste lourdement démonstratif, mais cela apporte une dimension plus large à son expérience personnelle. Et ce livre m'a aussi fait revoir rétrospectivement ma lecture de Capucin, première série de l'autrice dont elle évoque brièvement ici la période de création. À l'époque où je l'avais lue, je lui reprochais son atmosphère malsaine et son héros particulièrement détestable, sans avoir la moindre idée que cette noirceur reflétait l'état psychologique d'une autrice alors fauchée, épuisée et profondément en colère contre la vie. Sans excuser ni réévaluer cette série, ce nouvel éclairage lui donne une résonance différente. Au-delà de la précarité elle-même, c'est un récit fort sur la honte sociale, les héritages familiaux toxiques, le déclassement et les mécanismes mentaux qui empêchent parfois de demander de l'aide même quand on en aurait cruellement besoin. Un album dense, parfois un peu inconfortable et avec quelques passages un peu longs, mais d'une sincérité assez désarmante qui pousse à la réflexion.

27/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Barrio negro
Barrio negro

Même s’il est signé Georges Simenon, Barrio negro n’est en rien un récit policier mais bien le portrait d’un homme derrière lequel l’auteur exhibe bien plus qu’il ne cache une critique de nos sociétés colonisatrices. Joseph, jeune ingénieur naïf, va découvrir l’hypocrisie, la lâcheté et le poids des conventions. Dépassé, dépité, perdu, il accepte ce qu’on daigne lui proposer, se réfugie de plus en plus régulièrement dans l’alcool, s’aigrit. Comble de tout aux yeux des autres colons, il s’affiche avec une jeune Martiniquaise à la peau bien trop foncée pour être tolérable. J’ai beaucoup aimé ce portrait. Le destin de Joseph m’a touché. Son rejet par les autres colons va finalement lui permettre de se découvrir lui-même, pauvre mais retrouvant une estime de soi qu’il n’avait peut-être jamais connue. L’écriture de Simenon est incisive et Bocquet parvient très bien à l’adapter au format « BD ». Les dialogues occupent la majeure partie de l’espace mais les récitatifs présents nous rappellent l’origine littéraire du récit. C’est franchement très agréable à lire. Le dessin de Javi Rey apporte son écot à la réussite de cet album. Son dessin soigné associé à la luminosité de sa colorisation reconstitue un cadre très crédible alors que ses personnages sont bien croqués et expressifs. Petit détail : c’est le troisième album que je lis dessiné par Javi Rey et c’est à chaque fois un peu différent dans le style et parfaitement adapté au récit. Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Refroidi par l’adaptation de « La Maison du canal » que j’avais trouvée très fade (mais j’avais beaucoup aimé le roman, et ceci explique peut-être cela), je retrouve mon engouement pour cette collection des romans durs de Simenon. Je recommande.

27/04/2026 (modifier)