C'est l'un des multiples recueils d'histoires courtes de Foerster dans la veine fantastique et grinçante qui a fait sa réputation : pacte avec un mystérieux Grand Cabillaud, raté abandonné de tous, porte dissimulée au fond d'un lit ou bonnes soeurs pour le moins inquiétantes. Un concentré de bizarre et de malaise en noir et blanc.
J'avais lu certaines de ces histoires dans Fluide Glacial quand j'étais jeune, et j'en gardais un souvenir très fort : une horreur légère, teintée d'un humour noir délicieusement malaisant, quelque chose d'à la fois cruel et jubilatoire.
Plus de trente ans plus tard, la relecture complète de l'album a été un peu différente.
Je n'ai pas vraiment retrouvé l'intensité de mon souvenir. Les histoires restent bonnes, efficaces, avec ces chutes ironiques et ces situations ordinaires qui basculent doucement dans l'absurde ou le cauchemar. Mais avec mes yeux de lecteur actuel, certaines m'ont paru un peu plus convenues, parfois même un peu faciles dans leur mécanique. Le trouble est toujours là, mais il me semble moins percutant qu'autrefois.
En revanche, j'ai été agréablement surpris par le dessin. Dans mon souvenir, il était plus fruste. Or je l'ai trouvé ici bien meilleur : plus précis, plus maîtrisé, avec de beaux aplats noirs, des décors souvent très soignés et une vraie cohérence d'ambiance. Ces silhouettes filiformes, ces architectures dégingandées, ces visages déformés composent un univers graphique toujours aussi singulier. L'atmosphère gothique, oppressante sans être démonstrative, fonctionne encore très bien.
Au final, des histoires moins marquantes que dans ma mémoire d'adolescent, mais un graphisme et une ambiance que j'aime toujours beaucoup. Peut-être que la surprise s'est émoussée avec le temps ; reste le plaisir intact de replonger dans un univers noir et étrange qui, malgré tout, conserve une vraie personnalité.
Dans cet album très personnel, Philippe Dupuy met en scène son quotidien avec son jeune fils inquiet de voir son père dessiner des femmes nues et découvrir que les musées en regorgent. De cette situation naissent des échanges sur l'art, la paternité, l'écologie et le monde que l'on laisse aux enfants, le tout mêlé de dessins à quatre mains et de réinterprétations d'œuvres célèbres.
Je n'ai pas aimé le graphisme. Dupuy opte pour un trait très lâché, volontairement brut, presque laissé à l'état de première intention. Je comprends la démarche, l'idée du carnet intime, du dessin spontané, du collage et du mélange des techniques. Mais visuellement, cela ne m'a pas plu du tout. Les réinterprétations de tableaux, les pages façon musée personnel, tout cela m'a surtout rappelé à quel point je ne suis pas sensible à l'art moderne ou conceptuel, à l'exception peut-être de certaines performances qui peuvent m'amuser et laisser un souvenir. Mais ici je n'ai ressenti ni émotion esthétique ni émerveillement. Je ne parle évidemment pas des dessins de son fils, touchants par nature, mais bien du parti pris graphique global que j'ai trouvé inesthétique.
Sur le fond, j'ai également eu du mal. L'ouvrage est d'une sincérité évidente, mais aussi d'un nombrilisme assez marqué. Les questionnements sur le fait d'être père à plus 50 ans, sur la peur de ne pas voir grandir son enfant, sur l'état du monde et la sixième extinction, prennent une place considérable. Tout cela est légitime, bien sûr, mais j'ai eu l'impression d'assister davantage à une introspection privée qu'à un propos véritablement universel. Cette volonté très affirmée de transmettre sa passion de l'art à son fils, presque comme si devenir artiste pouvait contribuer à guérir un monde qui l'angoisse, m'a semblé appuyée, voire pesante.
J'ai davantage eu le sentiment de feuilleter un album familial qu'une œuvre pensée pour un public large. Les échanges père-fils ont parfois de la tendresse, quelques scènes fonctionnent, mais l'ensemble m'a laissé dubitatif. Je ne suis clairement pas le public visé. Je reconnais la sincérité de la démarche, mais entre le graphisme qui me rebute et le propos très autocentré, je ne le conseillerais qu'à ceux que ces thématiques touchent profondément et qui sont sensibles à ce type d'approche artistique.
Après avoir lu les excellents Charlotte Impératrice et Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme, j'ai voulu continuer sur cette lancée en découvrant une saga plus ancienne de Bonhomme. Et quelle excellente découverte !
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant le premier tome d'Esteban, mais j'ai été conquis. Si le premier tome pouvait paraître un peu verbeux et pas encore bien solide, il pose les bases d'une aventure qui prend toute son ampleur dès le deuxième tome. Celui-ci est peut-être celui qui m'a le plus ébloui, par la virtuosité de sa narration et de ses séquences d'action, notamment une poursuite entre deux navires au milieu des icebergs, qui vaut son pesant d'or.
Avec le tome 4, la saga prend ensuite une direction inattendue, en nous faisant quitter le monde des chasseurs de baleine, pour entrer dans un scénario d'évasion non moins intéressant. Sans devenir pour autant un cours d'histoire, Mathieu Bonhomme nous intéresse alors à une page d'histoire très méconnue, concernant l'extermination des Indiens en Terre de feu. Cela reste une toile de fond plus qu'un véritable outil scénaristique, mais c'est vraiment captivant et prenant, d'autant que je n'y connaissais rien !
Au-delà du récit, les personnages dessinés par Bonhomme sont assez subtils et touchants. Voulant visiblement s'éloigner d'un manichéisme où le public jeunesse aurait pu l'entraîner, l'auteur essaye de nous offrir des portraits (relativement) nuancés. Bien sûr, certains méchants restent très méchants, mais il est difficile, par exemple, de ne pas s'attacher au capitaine, brutal, égoïste et impulsif, mais aussi capable d'une ténacité et d'un héroïsme impressionnants. C'est la complexité de ce personnage, d'ailleurs, qui permet de nuancer également le portrait des chasseurs de baleine, le récit s'élevant au-dessus d'une opposition trop facile et mécanique entre gentils défenseurs de la nature et méchants baleiniers. On est en 1900, pas d'anachronismes, le combat des personnages n'est pas de préserver les animaux de la prédation des humains, mais plutôt de préserver les ressources naturelles du gaspillage à outrance, symbole du capitalisme naissant (ce qui pourra mener plus tard à la protection des baleines en elles-mêmes). Un discours assez équilibré, très appréciable dans une production jeunesse comme celle-ci.
Finalement, mon seul regret est que cette saga semble avoir été un peu laissé en suspens sans véritable conclusion. Si le tome 5 conclut le cycle de manière très satisfaisante, il lui manque la force d'une vraie apothéose, que demandait la saga. Il manque le parfum des conclusions définitives, grandioses, épiques, tragiques, mémorables. Ici, finalement, le tome 5 n'est "que" (si j'ose dire !) une nouvelle itération de péripéties dans les paysages sauvages de la Terre de Feu à la recherche de la liberté. C'est très réussi, mais j'en sors avec l'impression que Mathieu Bonhomme aurait souhaité continuer, puis qu'il ne l'a finalement pas fait. Certaines trajectoires ne semblent pas complètement terminées, à commencer par celle du capitaine, dont le développement a été intéressant, mais dont on aurait aimé qu'il finisse par tirer une leçon des conséquences de ses actes pendant les 5 tomes. Là, finalement, il en est toujours à peu près au même point qu'au début...
Cela ne gâche que peu ces 5 tomes d'une excellente saga jeunesse, mais qui peut vraiment se lire avec le même plaisir à tous les âges. C'est intelligent, élégant (même si le trait n'a pas encore la rondeur appréciable des futures productions de Bonhomme), passionnant... Bonhomme a réussi à capter l'essence des grands romans d'aventures de cette époque, à la Verne, Kipling ou Melville, et la restituer admirablement en bande dessinée. Bravo l'artiste !
«Aldébaran» est une histoire remarquable. Elle se lit d’une seule traite, maintient une tension agréable et, en la lisant, on ne sait jamais ce qui va se passer ni ce qui nous attend ensuite — une véritable science-fiction d’aventure.
Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir lue entre 17 et 23 ans, car on y ressent fortement cet esprit d’aventure et d’audace juvénile, si caractéristique de cet âge. Il est évident que Léo a été inspiré par Solaris de Stanis?aw Lem, et c’est une excellente chose, car c’est une œuvre majeure de la science-fiction.
L’intrigue est captivante, avec des rebondissements intéressants et des événements inattendus qui ne semblent jamais forcés. Quant au dessin, on peut dire qu’il est particulier — vraiment particulier. Beaucoup pourraient le juger peu esthétique ou imparfait. Mais honnêtement, dès le milieu du premier tome, on est tellement absorbé par l’histoire que le style graphique passe largement au second plan. On cesse de prêter attention à certaines étrangetés, notamment dans les visages (certains sont effectivement un peu déroutants), et l’on se laisse simplement porter par le récit malgré ces petites imperfections.
Les personnages sont très vivants, bien construits. On s’y attache facilement et il est passionnant de suivre leur parcours. À mes yeux, c’est un excellent exemple de science-fiction de qualité, une œuvre avec laquelle il vaut réellement la peine de se familiariser.
C'est à croire que la bonté dérange.
-
Ce tome raconte une histoire complète de nature biographique, relatant l’histoire de la dernière interview donnée par Diana Spencer (1961-1997), dite Lady Di ou princesse Diana. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Sophie Couturier pour le scénario et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs, à partir de l’interview réalisée par Annick Cojean. Cette dernière a écrit le texte de la préface, supputant sur les raisons pour lesquelles Diana a accepté de donner cette interview, évoquant les conséquences de sa parution quatre jours avant le décès de la princesse, et remerciant son amie scénariste, et la capacité de l’artiste à capter, d’un pinceau délicat, les regards, la démarche, les attitudes de Diana, et les siennes aussi, croit-elle. Il comprend cent-vingt pages de bande dessinée. Il se termine avec la reproduction de l’article d’Annick Cojean paru dans le quotidien Le Monde le mercredi vingt-sept août 1997.
Une série d’été : Le métier de journaliste, contrairement à une certaine légende, interdit le cynisme. La matière sur laquelle on travaille est la plus délicate et la plus précieuse qui soit. Paris, en avril 1997, Annick Cojean est assise en tailleur à même le sol dans son appartement, en train de regarder des photographies étalées par terre, et son chat passe dessus. Elle le repousse doucement. Chaque année, le journal Le Monde publie une série d’été dans ses pages Horizons. Le journaliste investi de cette mission doit en livrer chaque jour un épisode palpitant. Mais pas avant d’avoir convaincu la direction de la rédaction du choix de son sujet. Annick se rend à la rédaction en scooter. Ce grand reporter au journal Le Monde arrive dans le bureau de Pierre Georges, chef des grands reporters et lui tend son sujet de série. Elle explique : douze photos mythiques témoins d’un grand événement. Elle a choisi douze photos de la mémoire collective, à faire parler. Elle continue : ces photographies la fascinent, elles ne cessent de la questionner. Et on les rassemble, elles forment comme un album, le grand album d’une famille éclatée aux quatre coins du monde. Celui d’une génération planétaire façonnée, ébranlée par les mêmes événements. Leur génération.
Annick Cojean explique que ce qu’elle veut raconter dans cette série, c’est l’instant fixé par ces photos, son humanité. Ne pas interpréter, cesser de fantasmer, dévoiler l’histoire derrière chaque cliché, en pénétrer l’intime. Pour ça, elle doit rencontrer les personnages. Le chef apprécie : Gorbatchev, Lech Walesa, Rostropovitch, quel casting ! Elle présente la douzième personnalité de la série : Lady Di ! Son chef réagit brusquement : des personnalités historiquement irréprochables et une potiche digne d’un magazine people ! Elle défend son choix : Diana est devenue un symbole, celle d’une femme libre qui a osé braver la couronne. Et qui dit quelque chose de l’époque. Surtout depuis son divorce d’avec Charles.
Une couverture qui annonce une bande dessinée sur Lady Di, avec en plus un sous-titre axé sur les confidences d’une princesse rebelle. Houlà ! Pas forcément la tasse de thé de tout le monde. Un joli dessin bien propre qui met en valeur son regard très bleu, et son beau chemisier, très fidèle à la réalité. Un début qui élargit le propos : la bande dessinée ne relève pas de la biographie, elle raconte la démarche de la grand reporter pour réaliser cette série de douze articles à partir de photographies célèbres, et en particulier l’interview de Diana. Ainsi, au fil de ce processus, le lecteur voit ces photographies mémorables avec le nom de la personne que rencontrera la journaliste : L’enfant symbole du Vietnam (1972) et Kim Phuc (l’enfant brûlé au napalm devenue mère de famille), La cène de Washington (13/09/1993) et une rencontre avec Yasser Arafat, La Marianne de mai 68 (1968) et Caroline de Bendern, Le père de Solidarnosc (la création de Solidarnosc, le 31/08/1980) et Lech Walesa, L’homme sur la Lune (21/07/1969) et Edwin Aldrin, Le maestro et le Mur (11/11/1989) et Mstislav Rostropovitch, Le podium de Mexico (jeux olympiques de 1968) et Tommie Smith, La Princesse au grand cœur (Diana tenant un petit enfant malade à Lahore au Pakistan, à l’hôpital Shaukat Khanum, le 22/02/1996) et Diana Spencer, Le martyre du Kosovo (la veillée de Nasimi Elshani le 29/01/1990), L’inconnu de Tiananmen (05/06/1989) et Chai Ling, la passionaria de Tiananmen, Lendemain de putsch à Moscou (19-22/08/1991) et Mikhaïl Gorbatchev, La jeune fille à la fleur (22/10/1967) et Jan Rose Kasmir à Washington.
En replaçant l‘article dans le contexte de sa réalisation, la scénariste reporte le récit sur la journaliste, plus que sur la princesse. La dessinatrice dessine la première comme une femme jeune, peut-être moins de trente ans, avec un visage d’une douceur exquise, un entrain quasi juvénile, une silhouette fine, une élégance discrète, une vie de parisienne dans le vent, se rendant aux quatre coins du monde pour rencontrer des sommités (Walesa, Arafat) et des individus gravés dans l’inconscient collectif (Kim Phuc, Nasmi Elshani). Peu importe au lecteur la réalité de son âge en 1997, elle semble même plus jeune que la princesse lors de l’interview. Il en déduit qu’il s’agit d’une représentation faisant apparaître l’enthousiasme et la curiosité de la journaliste, son plaisir la transfigurant littéralement. Par comparaison, Diana apparaît plus sur la réserve qui sied à une (ex-) altesse, et à quelqu’un qui a déjà plus souffert. Les autres personnages bénéficient également d’une forme de lissage gommant la dureté de l’âge adulte, que ce soit les personnes réelles comme Pierre Georges (chef des grands reporters au Monde), Marc Riboud (photographe agence Magnum), Pierre Salinger (journaliste et conseiller en communication politique américain), Edwy Plenel (directeur de la rédaction du Monde), Valérie Nataf (journaliste), Martine Monteil (commissaire, cheffe de police judiciaire), Patrick Riou (directeur de la police judiciaire), ou même Elton John (impossible d’échapper à Candle in the wind).
L’artiste utilise des couleurs douces et réalise des descriptions épurées, ayant gommé tout ce qui pourrait être esthétiquement déplaisant. Le lecteur éprouve la vague sensation d’évoluer dans une sorte de monde aseptisé où tout ne peut que bien se passer. Certaines évocations en deviennent presque naïves, proche du conte pour enfant. Il faut voir la princesse Diana avec une tenue de protection avancer en gardant son équilibre comme si elle évoluait sur une poutre entre deux terrains minés, en Angola : un moment quasi onirique. De ce point de vue, la dessinatrice semble embrasser à la fois un monde de princesse, à la fois transcrire la pureté des intentions de Diana. Dans le même temps, la narration visuelle s’avère très riche pour reconstituer des lieux : la salle de rédaction du Monde, la salle de documentation du journal, le kiosque parisien du coin de la rue, une terrasse de café de la capitale, un voyage en Eurostar, la résidence de Kensington Palace, une chambre d’hôpital à Lahore, des chambres d’hôtel de standing, des pièces aménagées en salle de conférence improvisée, et le tunnel de la voie Georges-Pompidou sous la place de l'Alma ainsi que la cathédrale de Westminster.
Le lecteur se rend compte que cette série d’articles en 1997 fait suite à celle sur Les Mémoires de la Shoah en 1995, adaptée en bande dessinée en 2025 par Théa Rojzman & Tamia Baudoin. Ici, la scénariste se focalise sur la personne de la journaliste du début à la fin, la suivant depuis la proposition de sa série d’articles, jusqu’à la capitale du Nunavut. Il ne s’agit donc pas d’écrire la légende dorée de la princesse de Galles, plutôt de l’inscrire dans cette série de portraits à la portée historique et politique. Le récit montre comment cette interview a changé la façon dont le monde considérait la princesse, passant des pages people à une personne mettant à profit sa célébrité pour attirer l’attention sur des causes humanitaires, comme elle seule pouvait le faire, grâce à sa capacité à jouer avec les médias, et avant tout grâce à son sens du contact avec des individus en souffrance. En particulier son investissement contre l’usage des mines antipersonnel, et aussi le fait qu’elle ait serré la main d’un sidaïque, ou encore en serrant des enfants pauvres d’Afrique. De la charité spectacle ?
Les autrices épousent le point de vue de la journaliste, à la fois en la suivant dans sa démarche, à la fois en reprenant le ton de son article et en en citant des passages. Insensiblement, l’interview elle-même, de la page 49 à la page 64, modifie totalement la tonalité de l’histoire. Diana Spencer passe au premier plan en répondant aux questions, et le lecteur ressent que toute la bande dessinée se déroule dans son ombre, qu’elle est bel et bien le personnage principal. Sensation accentuée et confirmée avec l’accident mortel du trente-et-un août 1997. La ferveur publique éclate au grand jour, montrant la notoriété et l’amour dont jouissait la princesse, jetant l’opprobre sur les journaux britanniques et le harcèlement de leurs critiques incessantes envers elle, les pointant même du doigt comme portant une part de culpabilité significative dans cette tragédie. L’histoire apparaît alors effectivement centrée sur le mystère de la personnalité d’une telle femme, sur la réalité indéniable de son engagement, sur sa façon à elle d’utiliser sa notoriété pour attirer l’attention sur les individus défavorisés en souffrance.
Une biographie de de la princesse Diana, avec une esthétique féminine et aseptisée ? C’est ce que semble annoncer la couverture, et l’intérieur confirme ces caractéristiques… À ceci près qu’il ne s’agit pas d’un conte de fées, que le personnage principal est la journaliste réalisant la dernière interview de Diana Spencer, et que la sévérité des critiques des journaux s’avère impitoyable à l’encontre de la jeune femme. La narration visuelle retranscrit la surface visible du monde dans lequel évoluent la journaliste et la princesse, tout en se montrant honnête quant aux contraintes systémiques cachées derrière les apparences. Le récit replace l’interview de Lady Di dans son contexte, faisant ainsi apparaître la singularité de cette femme et la réalité de son engagement. Admirable.
Je suis partagé sur la BD qui est bonne, mais un peu trop linéaire et directive sur les questions qu'elle aborde. En effet, alors que le récit commence assez vite à rentrer dans un sujet sur l'eugénisme et la folie créatrice d'un homme à volonté démiurge.
Ce récit comportant un seul et unique humain va poser de nombreuses questions sur l'humanité et ses travers. Entouré de robots qui lui doivent total obéissance jusqu'à la mort, tandis qu'il explore une Terre où l'humain a disparu, remplacé par des primates dans une nature étrange et mystérieuse. L'idée est séduisante et l'histoire s'emballe assez vite mais sans grand explosion finale, le tout en se posant des questions sur l'humanité qui est capable du pire et se voit toujours comme supérieure à une nature dangereuse et oppressante. L'opposition entre l'humain et la nature est un enjeu central du récit, propos qui est d'ailleurs assez centré sur une vision pessimiste de l'humain. Le tout avec un robot qui représente une autre alternative, plus humaine, ce qui semble aller à l’encontre du discours actuel sur l'IA, mais permets surtout de montrer l'esprit d'une autre personne qui n'est pourtant pas présente.
Cela dit, et ça m'embête puisque j'ai la même impression à la plupart de mes lectures récentes, j'ai été assez peu intéressé par l'emballement que présente la BD. La construction de la folie du personnage est assez rapide et linéaire, sans mesures et sans retournement clair. D'ailleurs l'idée finale quant à ce monde me semblait évidente et claire assez rapidement, ce qui m'a donc fait m'interroger sur les capacités cognitives du personnage principal. Je comprends l'idée mais je la trouve assez grossière dans l’exécution, ne mettant pas assez en lumière ce qui pourrait être une vraie tragédie d'un personnage qui sombre progressivement dans la folie rongé par la douleur. Ici la douleur semble être surmontée face à des rêves de grandeurs qu'on a du mal à comprendre. Le projet eugéniste était là de base, est-ce un propos politique ? C'est assez dur à dire et personnellement j'ai pas eu grand intérêt à l'histoire globale. Au final, je ne dirais pas que c'est mauvais mais que j'ai trouvé l'ensemble manquant de sel.
On présente souvent Wanda comme le pendant féminin de Docteur Strange, mais dans cette intégrale regroupant les trois volumes, il s’agit surtout d’une suite aux aventures de l’héroïne imaginée par Jack Kirby et Stan Lee. Et c’est justement là que la déception est immense.
Le scénario, signé James Robinson, pourtant habitué aux grandes maisons comme Marvel ou DC, est d’une mollesse incroyable. L’intrigue manque cruellement de rythme, d’intensité et même d’enjeux clairs. On avance difficilement dans une histoire qui semble étirée artificiellement, sans véritable tension ni moment marquant. Très vite, l’ennui s’installe et ne nous lâche plus.
Wanda, personnage complexe et puissant, paraît ici étrangement vidée de sa substance. On peine à ressentir quoi que ce soit pour elle tant l’ensemble semble plat et sans inspiration. C’est d’autant plus frustrant quand on connaît le potentiel du personnage.
Côté dessin, la situation n’arrange rien. Le changement fréquent d’artistes empêche toute cohérence visuelle. Les styles varient, mais rarement pour le meilleur : le résultat oscille entre le moyen et le franchement médiocre. L’absence d’unité graphique renforce l’impression générale de manque de direction et de vision claire.
Au final, c’est une immense déception. Une œuvre qui donne le sentiment d’un énorme gâchis, aussi bien narratif qu’artistique. Wanda méritait clairement mieux.
Un comics dont le cœur de cible est les Young Adults. Et donc, a priori, pas spécialement pour moi.
D'abord quelques mots sur l'autrice : Keezy Young. C'est une artiste de bande dessinée et illustrateurice queer et non-binaire de Seattle, elle souffre d'un trouble psychotique bipolaire. Si je vous signale ces informations c'est parce qu'elles vont jouer un rôle important dans ce roman graphique.
Une étrange histoire puisqu'elle va introduire du fantastique, un peu de magie avec une sorcière pour un sujet fort : la schizophrénie.
C'est l'histoire de quatre gamins (17/18 ans) et d'un chien, ils sont à la recherche d'Alex après son inquiétante disparition. Les cinq chapitres porteront le nom d'un des personnages - dont le petit copain et le frère jumeau d'Alex. Des chapitres où la voix off de chaque protagoniste permet de mieux les cerner et d'en apprendre un peu plus sur leur relation avec le disparu. Quelques propositions musicales sont disséminées (voir image n°8 de la galerie) pour se mettre dans la peau du personnage.
Un récit qui va évoluer, puisqu'il commence comme une enquête policière pour basculer sur quelque chose d'horrifique. Le thème principal de ce roman graphique est la santé mentale, et le choix de Keezy Young de proposer un récit horrifique permet de découvrir la schizophrénie sous un angle original mais ô combien touchant et empathique. L'amitié, l'amour, le deuil, la famille, le harcèlement et l’homosexualité seront d'autres thèmes importants de cette histoire forte en émotions.
Le récit est dense, le texte adapté au public visé et la narration maîtrisée. J'ai ressenti les différentes secousses qui vont habiter nos jeunes gens : évidement l'inquiétude, mais aussi la colère et la culpabilité.
Un comics empreint d'humanité qui montre la dure réalité de ceux qui souffrent de psychoses mais aussi de ceux qui les entourent.
Un dessin typé comics, rétro et au charme fou. Il retranscrit parfaitement les différentes ambiances qui vont se succéder, bien aidé par la colorisation.
Une mise en page assez classique.
Du bon boulot.
Quelques mots touchants de Keezy Young en fin d'album.
Un comics audacieux.
Une BD sympathique mais très cryptique. J'ai vu qu'elle avait été écrite pendant le covid et ça explique sans doute l'ambiance de fin du monde, mais je dois bien dire que la BD m'a paru construire lentement un gros mystère qui ne sera jamais vraiment dévoilé et finira un peu en queue de poisson.
C'est une publication destinée aux plus jeunes et donc elle a des attentes plus basses, même si je dois dire que le début se tient particulièrement bien. On est vite plongé dans l'ambiance de désolation et de solitude de Héli, qui erre sans but dans un monde occidental dévasté. Le trait de Timothée Leman est parfait pour ce genre de récit, ses personnages faisant assez rapidement penser à du fantastique mais a aussi une patte très identifiable qui colle à l'atmosphère onirique et enfantine. C'est une réussite visuelle qui vaut à elle seule la lecture, selon moi.
Par contre, j'ai plus de mal avec la fin du récit qui est construite lentement tout du long. Car rien n'est clair ni expliqué, la question des colonnes blanches qui s'avèrent être des plantes, les animaux protecteurs qui finissent agressifs, les fantômes avec lesquels on interagit ... Il semblerait que l'auteur ait une direction en tête pour tout ce récit mais finalement rien n'est apporté et la double page final semble presque une explication du genre "tout n'était qu'un rêve", qui serait assez malvenue mais qui n'explique rien du tout non plus. Je pense que quitte à faire une fin totalement ouverte, cette double page aurait pu être évitée. En fait, c'est dommage qu'il y ait cette fin, sans quoi j'aurais rehaussé ma note à coup sur. L'ensemble se tient vraiment bien jusqu'à cette petite déception qui malheureusement reste en tête lorsque la BD est reposée. Dommage, mais franchement encourageant pour l'auteur qui a des belles choses à montrer !
J’applaudis l’exercice de style, cette narration muette centrée sur un blanc, le passage des saisons et les va-et-vient des visiteurs du parc.
Les personnages récurrents permettent à l’auteur de proposer une certaine continuité, comme des polaroids, des fenêtres brièvement ouvertes sur des vies dont on sait finalement peu. J’ai trouvé la fin très belle - la boucle est bouclée, comme on dit.
Le noir et blanc de Chabouté contribue à la poésie ambiante, et capture parfaitement ces petits moments anodins et précieux.
Objectivement, je ne ressors pas spécialement marqué de ma lecture (l’absence de textes fait que l’album se lit rapidement malgré ses 330 pages), mais je pousse quand même la note à 4/5, pour saluer l’originalité du récit.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Nuits blanches (Foerster)
C'est l'un des multiples recueils d'histoires courtes de Foerster dans la veine fantastique et grinçante qui a fait sa réputation : pacte avec un mystérieux Grand Cabillaud, raté abandonné de tous, porte dissimulée au fond d'un lit ou bonnes soeurs pour le moins inquiétantes. Un concentré de bizarre et de malaise en noir et blanc. J'avais lu certaines de ces histoires dans Fluide Glacial quand j'étais jeune, et j'en gardais un souvenir très fort : une horreur légère, teintée d'un humour noir délicieusement malaisant, quelque chose d'à la fois cruel et jubilatoire. Plus de trente ans plus tard, la relecture complète de l'album a été un peu différente. Je n'ai pas vraiment retrouvé l'intensité de mon souvenir. Les histoires restent bonnes, efficaces, avec ces chutes ironiques et ces situations ordinaires qui basculent doucement dans l'absurde ou le cauchemar. Mais avec mes yeux de lecteur actuel, certaines m'ont paru un peu plus convenues, parfois même un peu faciles dans leur mécanique. Le trouble est toujours là, mais il me semble moins percutant qu'autrefois. En revanche, j'ai été agréablement surpris par le dessin. Dans mon souvenir, il était plus fruste. Or je l'ai trouvé ici bien meilleur : plus précis, plus maîtrisé, avec de beaux aplats noirs, des décors souvent très soignés et une vraie cohérence d'ambiance. Ces silhouettes filiformes, ces architectures dégingandées, ces visages déformés composent un univers graphique toujours aussi singulier. L'atmosphère gothique, oppressante sans être démonstrative, fonctionne encore très bien. Au final, des histoires moins marquantes que dans ma mémoire d'adolescent, mais un graphisme et une ambiance que j'aime toujours beaucoup. Peut-être que la surprise s'est émoussée avec le temps ; reste le plaisir intact de replonger dans un univers noir et étrange qui, malgré tout, conserve une vraie personnalité.
Mon papa dessine des femmes nues
Dans cet album très personnel, Philippe Dupuy met en scène son quotidien avec son jeune fils inquiet de voir son père dessiner des femmes nues et découvrir que les musées en regorgent. De cette situation naissent des échanges sur l'art, la paternité, l'écologie et le monde que l'on laisse aux enfants, le tout mêlé de dessins à quatre mains et de réinterprétations d'œuvres célèbres. Je n'ai pas aimé le graphisme. Dupuy opte pour un trait très lâché, volontairement brut, presque laissé à l'état de première intention. Je comprends la démarche, l'idée du carnet intime, du dessin spontané, du collage et du mélange des techniques. Mais visuellement, cela ne m'a pas plu du tout. Les réinterprétations de tableaux, les pages façon musée personnel, tout cela m'a surtout rappelé à quel point je ne suis pas sensible à l'art moderne ou conceptuel, à l'exception peut-être de certaines performances qui peuvent m'amuser et laisser un souvenir. Mais ici je n'ai ressenti ni émotion esthétique ni émerveillement. Je ne parle évidemment pas des dessins de son fils, touchants par nature, mais bien du parti pris graphique global que j'ai trouvé inesthétique. Sur le fond, j'ai également eu du mal. L'ouvrage est d'une sincérité évidente, mais aussi d'un nombrilisme assez marqué. Les questionnements sur le fait d'être père à plus 50 ans, sur la peur de ne pas voir grandir son enfant, sur l'état du monde et la sixième extinction, prennent une place considérable. Tout cela est légitime, bien sûr, mais j'ai eu l'impression d'assister davantage à une introspection privée qu'à un propos véritablement universel. Cette volonté très affirmée de transmettre sa passion de l'art à son fils, presque comme si devenir artiste pouvait contribuer à guérir un monde qui l'angoisse, m'a semblé appuyée, voire pesante. J'ai davantage eu le sentiment de feuilleter un album familial qu'une œuvre pensée pour un public large. Les échanges père-fils ont parfois de la tendresse, quelques scènes fonctionnent, mais l'ensemble m'a laissé dubitatif. Je ne suis clairement pas le public visé. Je reconnais la sincérité de la démarche, mais entre le graphisme qui me rebute et le propos très autocentré, je ne le conseillerais qu'à ceux que ces thématiques touchent profondément et qui sont sensibles à ce type d'approche artistique.
Esteban (Le Voyage d'Esteban)
Après avoir lu les excellents Charlotte Impératrice et Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme, j'ai voulu continuer sur cette lancée en découvrant une saga plus ancienne de Bonhomme. Et quelle excellente découverte ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant le premier tome d'Esteban, mais j'ai été conquis. Si le premier tome pouvait paraître un peu verbeux et pas encore bien solide, il pose les bases d'une aventure qui prend toute son ampleur dès le deuxième tome. Celui-ci est peut-être celui qui m'a le plus ébloui, par la virtuosité de sa narration et de ses séquences d'action, notamment une poursuite entre deux navires au milieu des icebergs, qui vaut son pesant d'or. Avec le tome 4, la saga prend ensuite une direction inattendue, en nous faisant quitter le monde des chasseurs de baleine, pour entrer dans un scénario d'évasion non moins intéressant. Sans devenir pour autant un cours d'histoire, Mathieu Bonhomme nous intéresse alors à une page d'histoire très méconnue, concernant l'extermination des Indiens en Terre de feu. Cela reste une toile de fond plus qu'un véritable outil scénaristique, mais c'est vraiment captivant et prenant, d'autant que je n'y connaissais rien ! Au-delà du récit, les personnages dessinés par Bonhomme sont assez subtils et touchants. Voulant visiblement s'éloigner d'un manichéisme où le public jeunesse aurait pu l'entraîner, l'auteur essaye de nous offrir des portraits (relativement) nuancés. Bien sûr, certains méchants restent très méchants, mais il est difficile, par exemple, de ne pas s'attacher au capitaine, brutal, égoïste et impulsif, mais aussi capable d'une ténacité et d'un héroïsme impressionnants. C'est la complexité de ce personnage, d'ailleurs, qui permet de nuancer également le portrait des chasseurs de baleine, le récit s'élevant au-dessus d'une opposition trop facile et mécanique entre gentils défenseurs de la nature et méchants baleiniers. On est en 1900, pas d'anachronismes, le combat des personnages n'est pas de préserver les animaux de la prédation des humains, mais plutôt de préserver les ressources naturelles du gaspillage à outrance, symbole du capitalisme naissant (ce qui pourra mener plus tard à la protection des baleines en elles-mêmes). Un discours assez équilibré, très appréciable dans une production jeunesse comme celle-ci. Finalement, mon seul regret est que cette saga semble avoir été un peu laissé en suspens sans véritable conclusion. Si le tome 5 conclut le cycle de manière très satisfaisante, il lui manque la force d'une vraie apothéose, que demandait la saga. Il manque le parfum des conclusions définitives, grandioses, épiques, tragiques, mémorables. Ici, finalement, le tome 5 n'est "que" (si j'ose dire !) une nouvelle itération de péripéties dans les paysages sauvages de la Terre de Feu à la recherche de la liberté. C'est très réussi, mais j'en sors avec l'impression que Mathieu Bonhomme aurait souhaité continuer, puis qu'il ne l'a finalement pas fait. Certaines trajectoires ne semblent pas complètement terminées, à commencer par celle du capitaine, dont le développement a été intéressant, mais dont on aurait aimé qu'il finisse par tirer une leçon des conséquences de ses actes pendant les 5 tomes. Là, finalement, il en est toujours à peu près au même point qu'au début... Cela ne gâche que peu ces 5 tomes d'une excellente saga jeunesse, mais qui peut vraiment se lire avec le même plaisir à tous les âges. C'est intelligent, élégant (même si le trait n'a pas encore la rondeur appréciable des futures productions de Bonhomme), passionnant... Bonhomme a réussi à capter l'essence des grands romans d'aventures de cette époque, à la Verne, Kipling ou Melville, et la restituer admirablement en bande dessinée. Bravo l'artiste !
Aldébaran
«Aldébaran» est une histoire remarquable. Elle se lit d’une seule traite, maintient une tension agréable et, en la lisant, on ne sait jamais ce qui va se passer ni ce qui nous attend ensuite — une véritable science-fiction d’aventure. Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir lue entre 17 et 23 ans, car on y ressent fortement cet esprit d’aventure et d’audace juvénile, si caractéristique de cet âge. Il est évident que Léo a été inspiré par Solaris de Stanis?aw Lem, et c’est une excellente chose, car c’est une œuvre majeure de la science-fiction. L’intrigue est captivante, avec des rebondissements intéressants et des événements inattendus qui ne semblent jamais forcés. Quant au dessin, on peut dire qu’il est particulier — vraiment particulier. Beaucoup pourraient le juger peu esthétique ou imparfait. Mais honnêtement, dès le milieu du premier tome, on est tellement absorbé par l’histoire que le style graphique passe largement au second plan. On cesse de prêter attention à certaines étrangetés, notamment dans les visages (certains sont effectivement un peu déroutants), et l’on se laisse simplement porter par le récit malgré ces petites imperfections. Les personnages sont très vivants, bien construits. On s’y attache facilement et il est passionnant de suivre leur parcours. À mes yeux, c’est un excellent exemple de science-fiction de qualité, une œuvre avec laquelle il vaut réellement la peine de se familiariser.
Diana - Confidences d'une princesse rebelle
C'est à croire que la bonté dérange. - Ce tome raconte une histoire complète de nature biographique, relatant l’histoire de la dernière interview donnée par Diana Spencer (1961-1997), dite Lady Di ou princesse Diana. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Sophie Couturier pour le scénario et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs, à partir de l’interview réalisée par Annick Cojean. Cette dernière a écrit le texte de la préface, supputant sur les raisons pour lesquelles Diana a accepté de donner cette interview, évoquant les conséquences de sa parution quatre jours avant le décès de la princesse, et remerciant son amie scénariste, et la capacité de l’artiste à capter, d’un pinceau délicat, les regards, la démarche, les attitudes de Diana, et les siennes aussi, croit-elle. Il comprend cent-vingt pages de bande dessinée. Il se termine avec la reproduction de l’article d’Annick Cojean paru dans le quotidien Le Monde le mercredi vingt-sept août 1997. Une série d’été : Le métier de journaliste, contrairement à une certaine légende, interdit le cynisme. La matière sur laquelle on travaille est la plus délicate et la plus précieuse qui soit. Paris, en avril 1997, Annick Cojean est assise en tailleur à même le sol dans son appartement, en train de regarder des photographies étalées par terre, et son chat passe dessus. Elle le repousse doucement. Chaque année, le journal Le Monde publie une série d’été dans ses pages Horizons. Le journaliste investi de cette mission doit en livrer chaque jour un épisode palpitant. Mais pas avant d’avoir convaincu la direction de la rédaction du choix de son sujet. Annick se rend à la rédaction en scooter. Ce grand reporter au journal Le Monde arrive dans le bureau de Pierre Georges, chef des grands reporters et lui tend son sujet de série. Elle explique : douze photos mythiques témoins d’un grand événement. Elle a choisi douze photos de la mémoire collective, à faire parler. Elle continue : ces photographies la fascinent, elles ne cessent de la questionner. Et on les rassemble, elles forment comme un album, le grand album d’une famille éclatée aux quatre coins du monde. Celui d’une génération planétaire façonnée, ébranlée par les mêmes événements. Leur génération. Annick Cojean explique que ce qu’elle veut raconter dans cette série, c’est l’instant fixé par ces photos, son humanité. Ne pas interpréter, cesser de fantasmer, dévoiler l’histoire derrière chaque cliché, en pénétrer l’intime. Pour ça, elle doit rencontrer les personnages. Le chef apprécie : Gorbatchev, Lech Walesa, Rostropovitch, quel casting ! Elle présente la douzième personnalité de la série : Lady Di ! Son chef réagit brusquement : des personnalités historiquement irréprochables et une potiche digne d’un magazine people ! Elle défend son choix : Diana est devenue un symbole, celle d’une femme libre qui a osé braver la couronne. Et qui dit quelque chose de l’époque. Surtout depuis son divorce d’avec Charles. Une couverture qui annonce une bande dessinée sur Lady Di, avec en plus un sous-titre axé sur les confidences d’une princesse rebelle. Houlà ! Pas forcément la tasse de thé de tout le monde. Un joli dessin bien propre qui met en valeur son regard très bleu, et son beau chemisier, très fidèle à la réalité. Un début qui élargit le propos : la bande dessinée ne relève pas de la biographie, elle raconte la démarche de la grand reporter pour réaliser cette série de douze articles à partir de photographies célèbres, et en particulier l’interview de Diana. Ainsi, au fil de ce processus, le lecteur voit ces photographies mémorables avec le nom de la personne que rencontrera la journaliste : L’enfant symbole du Vietnam (1972) et Kim Phuc (l’enfant brûlé au napalm devenue mère de famille), La cène de Washington (13/09/1993) et une rencontre avec Yasser Arafat, La Marianne de mai 68 (1968) et Caroline de Bendern, Le père de Solidarnosc (la création de Solidarnosc, le 31/08/1980) et Lech Walesa, L’homme sur la Lune (21/07/1969) et Edwin Aldrin, Le maestro et le Mur (11/11/1989) et Mstislav Rostropovitch, Le podium de Mexico (jeux olympiques de 1968) et Tommie Smith, La Princesse au grand cœur (Diana tenant un petit enfant malade à Lahore au Pakistan, à l’hôpital Shaukat Khanum, le 22/02/1996) et Diana Spencer, Le martyre du Kosovo (la veillée de Nasimi Elshani le 29/01/1990), L’inconnu de Tiananmen (05/06/1989) et Chai Ling, la passionaria de Tiananmen, Lendemain de putsch à Moscou (19-22/08/1991) et Mikhaïl Gorbatchev, La jeune fille à la fleur (22/10/1967) et Jan Rose Kasmir à Washington. En replaçant l‘article dans le contexte de sa réalisation, la scénariste reporte le récit sur la journaliste, plus que sur la princesse. La dessinatrice dessine la première comme une femme jeune, peut-être moins de trente ans, avec un visage d’une douceur exquise, un entrain quasi juvénile, une silhouette fine, une élégance discrète, une vie de parisienne dans le vent, se rendant aux quatre coins du monde pour rencontrer des sommités (Walesa, Arafat) et des individus gravés dans l’inconscient collectif (Kim Phuc, Nasmi Elshani). Peu importe au lecteur la réalité de son âge en 1997, elle semble même plus jeune que la princesse lors de l’interview. Il en déduit qu’il s’agit d’une représentation faisant apparaître l’enthousiasme et la curiosité de la journaliste, son plaisir la transfigurant littéralement. Par comparaison, Diana apparaît plus sur la réserve qui sied à une (ex-) altesse, et à quelqu’un qui a déjà plus souffert. Les autres personnages bénéficient également d’une forme de lissage gommant la dureté de l’âge adulte, que ce soit les personnes réelles comme Pierre Georges (chef des grands reporters au Monde), Marc Riboud (photographe agence Magnum), Pierre Salinger (journaliste et conseiller en communication politique américain), Edwy Plenel (directeur de la rédaction du Monde), Valérie Nataf (journaliste), Martine Monteil (commissaire, cheffe de police judiciaire), Patrick Riou (directeur de la police judiciaire), ou même Elton John (impossible d’échapper à Candle in the wind). L’artiste utilise des couleurs douces et réalise des descriptions épurées, ayant gommé tout ce qui pourrait être esthétiquement déplaisant. Le lecteur éprouve la vague sensation d’évoluer dans une sorte de monde aseptisé où tout ne peut que bien se passer. Certaines évocations en deviennent presque naïves, proche du conte pour enfant. Il faut voir la princesse Diana avec une tenue de protection avancer en gardant son équilibre comme si elle évoluait sur une poutre entre deux terrains minés, en Angola : un moment quasi onirique. De ce point de vue, la dessinatrice semble embrasser à la fois un monde de princesse, à la fois transcrire la pureté des intentions de Diana. Dans le même temps, la narration visuelle s’avère très riche pour reconstituer des lieux : la salle de rédaction du Monde, la salle de documentation du journal, le kiosque parisien du coin de la rue, une terrasse de café de la capitale, un voyage en Eurostar, la résidence de Kensington Palace, une chambre d’hôpital à Lahore, des chambres d’hôtel de standing, des pièces aménagées en salle de conférence improvisée, et le tunnel de la voie Georges-Pompidou sous la place de l'Alma ainsi que la cathédrale de Westminster. Le lecteur se rend compte que cette série d’articles en 1997 fait suite à celle sur Les Mémoires de la Shoah en 1995, adaptée en bande dessinée en 2025 par Théa Rojzman & Tamia Baudoin. Ici, la scénariste se focalise sur la personne de la journaliste du début à la fin, la suivant depuis la proposition de sa série d’articles, jusqu’à la capitale du Nunavut. Il ne s’agit donc pas d’écrire la légende dorée de la princesse de Galles, plutôt de l’inscrire dans cette série de portraits à la portée historique et politique. Le récit montre comment cette interview a changé la façon dont le monde considérait la princesse, passant des pages people à une personne mettant à profit sa célébrité pour attirer l’attention sur des causes humanitaires, comme elle seule pouvait le faire, grâce à sa capacité à jouer avec les médias, et avant tout grâce à son sens du contact avec des individus en souffrance. En particulier son investissement contre l’usage des mines antipersonnel, et aussi le fait qu’elle ait serré la main d’un sidaïque, ou encore en serrant des enfants pauvres d’Afrique. De la charité spectacle ? Les autrices épousent le point de vue de la journaliste, à la fois en la suivant dans sa démarche, à la fois en reprenant le ton de son article et en en citant des passages. Insensiblement, l’interview elle-même, de la page 49 à la page 64, modifie totalement la tonalité de l’histoire. Diana Spencer passe au premier plan en répondant aux questions, et le lecteur ressent que toute la bande dessinée se déroule dans son ombre, qu’elle est bel et bien le personnage principal. Sensation accentuée et confirmée avec l’accident mortel du trente-et-un août 1997. La ferveur publique éclate au grand jour, montrant la notoriété et l’amour dont jouissait la princesse, jetant l’opprobre sur les journaux britanniques et le harcèlement de leurs critiques incessantes envers elle, les pointant même du doigt comme portant une part de culpabilité significative dans cette tragédie. L’histoire apparaît alors effectivement centrée sur le mystère de la personnalité d’une telle femme, sur la réalité indéniable de son engagement, sur sa façon à elle d’utiliser sa notoriété pour attirer l’attention sur les individus défavorisés en souffrance. Une biographie de de la princesse Diana, avec une esthétique féminine et aseptisée ? C’est ce que semble annoncer la couverture, et l’intérieur confirme ces caractéristiques… À ceci près qu’il ne s’agit pas d’un conte de fées, que le personnage principal est la journaliste réalisant la dernière interview de Diana Spencer, et que la sévérité des critiques des journaux s’avère impitoyable à l’encontre de la jeune femme. La narration visuelle retranscrit la surface visible du monde dans lequel évoluent la journaliste et la princesse, tout en se montrant honnête quant aux contraintes systémiques cachées derrière les apparences. Le récit replace l’interview de Lady Di dans son contexte, faisant ainsi apparaître la singularité de cette femme et la réalité de son engagement. Admirable.
L'Humain
Je suis partagé sur la BD qui est bonne, mais un peu trop linéaire et directive sur les questions qu'elle aborde. En effet, alors que le récit commence assez vite à rentrer dans un sujet sur l'eugénisme et la folie créatrice d'un homme à volonté démiurge. Ce récit comportant un seul et unique humain va poser de nombreuses questions sur l'humanité et ses travers. Entouré de robots qui lui doivent total obéissance jusqu'à la mort, tandis qu'il explore une Terre où l'humain a disparu, remplacé par des primates dans une nature étrange et mystérieuse. L'idée est séduisante et l'histoire s'emballe assez vite mais sans grand explosion finale, le tout en se posant des questions sur l'humanité qui est capable du pire et se voit toujours comme supérieure à une nature dangereuse et oppressante. L'opposition entre l'humain et la nature est un enjeu central du récit, propos qui est d'ailleurs assez centré sur une vision pessimiste de l'humain. Le tout avec un robot qui représente une autre alternative, plus humaine, ce qui semble aller à l’encontre du discours actuel sur l'IA, mais permets surtout de montrer l'esprit d'une autre personne qui n'est pourtant pas présente. Cela dit, et ça m'embête puisque j'ai la même impression à la plupart de mes lectures récentes, j'ai été assez peu intéressé par l'emballement que présente la BD. La construction de la folie du personnage est assez rapide et linéaire, sans mesures et sans retournement clair. D'ailleurs l'idée finale quant à ce monde me semblait évidente et claire assez rapidement, ce qui m'a donc fait m'interroger sur les capacités cognitives du personnage principal. Je comprends l'idée mais je la trouve assez grossière dans l’exécution, ne mettant pas assez en lumière ce qui pourrait être une vraie tragédie d'un personnage qui sombre progressivement dans la folie rongé par la douleur. Ici la douleur semble être surmontée face à des rêves de grandeurs qu'on a du mal à comprendre. Le projet eugéniste était là de base, est-ce un propos politique ? C'est assez dur à dire et personnellement j'ai pas eu grand intérêt à l'histoire globale. Au final, je ne dirais pas que c'est mauvais mais que j'ai trouvé l'ensemble manquant de sel.
Wanda - La Sorcière Rouge
On présente souvent Wanda comme le pendant féminin de Docteur Strange, mais dans cette intégrale regroupant les trois volumes, il s’agit surtout d’une suite aux aventures de l’héroïne imaginée par Jack Kirby et Stan Lee. Et c’est justement là que la déception est immense. Le scénario, signé James Robinson, pourtant habitué aux grandes maisons comme Marvel ou DC, est d’une mollesse incroyable. L’intrigue manque cruellement de rythme, d’intensité et même d’enjeux clairs. On avance difficilement dans une histoire qui semble étirée artificiellement, sans véritable tension ni moment marquant. Très vite, l’ennui s’installe et ne nous lâche plus. Wanda, personnage complexe et puissant, paraît ici étrangement vidée de sa substance. On peine à ressentir quoi que ce soit pour elle tant l’ensemble semble plat et sans inspiration. C’est d’autant plus frustrant quand on connaît le potentiel du personnage. Côté dessin, la situation n’arrange rien. Le changement fréquent d’artistes empêche toute cohérence visuelle. Les styles varient, mais rarement pour le meilleur : le résultat oscille entre le moyen et le franchement médiocre. L’absence d’unité graphique renforce l’impression générale de manque de direction et de vision claire. Au final, c’est une immense déception. Une œuvre qui donne le sentiment d’un énorme gâchis, aussi bien narratif qu’artistique. Wanda méritait clairement mieux.
Hello Sunshine
Un comics dont le cœur de cible est les Young Adults. Et donc, a priori, pas spécialement pour moi. D'abord quelques mots sur l'autrice : Keezy Young. C'est une artiste de bande dessinée et illustrateurice queer et non-binaire de Seattle, elle souffre d'un trouble psychotique bipolaire. Si je vous signale ces informations c'est parce qu'elles vont jouer un rôle important dans ce roman graphique. Une étrange histoire puisqu'elle va introduire du fantastique, un peu de magie avec une sorcière pour un sujet fort : la schizophrénie. C'est l'histoire de quatre gamins (17/18 ans) et d'un chien, ils sont à la recherche d'Alex après son inquiétante disparition. Les cinq chapitres porteront le nom d'un des personnages - dont le petit copain et le frère jumeau d'Alex. Des chapitres où la voix off de chaque protagoniste permet de mieux les cerner et d'en apprendre un peu plus sur leur relation avec le disparu. Quelques propositions musicales sont disséminées (voir image n°8 de la galerie) pour se mettre dans la peau du personnage. Un récit qui va évoluer, puisqu'il commence comme une enquête policière pour basculer sur quelque chose d'horrifique. Le thème principal de ce roman graphique est la santé mentale, et le choix de Keezy Young de proposer un récit horrifique permet de découvrir la schizophrénie sous un angle original mais ô combien touchant et empathique. L'amitié, l'amour, le deuil, la famille, le harcèlement et l’homosexualité seront d'autres thèmes importants de cette histoire forte en émotions. Le récit est dense, le texte adapté au public visé et la narration maîtrisée. J'ai ressenti les différentes secousses qui vont habiter nos jeunes gens : évidement l'inquiétude, mais aussi la colère et la culpabilité. Un comics empreint d'humanité qui montre la dure réalité de ceux qui souffrent de psychoses mais aussi de ceux qui les entourent. Un dessin typé comics, rétro et au charme fou. Il retranscrit parfaitement les différentes ambiances qui vont se succéder, bien aidé par la colorisation. Une mise en page assez classique. Du bon boulot. Quelques mots touchants de Keezy Young en fin d'album. Un comics audacieux.
Après le monde
Une BD sympathique mais très cryptique. J'ai vu qu'elle avait été écrite pendant le covid et ça explique sans doute l'ambiance de fin du monde, mais je dois bien dire que la BD m'a paru construire lentement un gros mystère qui ne sera jamais vraiment dévoilé et finira un peu en queue de poisson. C'est une publication destinée aux plus jeunes et donc elle a des attentes plus basses, même si je dois dire que le début se tient particulièrement bien. On est vite plongé dans l'ambiance de désolation et de solitude de Héli, qui erre sans but dans un monde occidental dévasté. Le trait de Timothée Leman est parfait pour ce genre de récit, ses personnages faisant assez rapidement penser à du fantastique mais a aussi une patte très identifiable qui colle à l'atmosphère onirique et enfantine. C'est une réussite visuelle qui vaut à elle seule la lecture, selon moi. Par contre, j'ai plus de mal avec la fin du récit qui est construite lentement tout du long. Car rien n'est clair ni expliqué, la question des colonnes blanches qui s'avèrent être des plantes, les animaux protecteurs qui finissent agressifs, les fantômes avec lesquels on interagit ... Il semblerait que l'auteur ait une direction en tête pour tout ce récit mais finalement rien n'est apporté et la double page final semble presque une explication du genre "tout n'était qu'un rêve", qui serait assez malvenue mais qui n'explique rien du tout non plus. Je pense que quitte à faire une fin totalement ouverte, cette double page aurait pu être évitée. En fait, c'est dommage qu'il y ait cette fin, sans quoi j'aurais rehaussé ma note à coup sur. L'ensemble se tient vraiment bien jusqu'à cette petite déception qui malheureusement reste en tête lorsque la BD est reposée. Dommage, mais franchement encourageant pour l'auteur qui a des belles choses à montrer !
Un peu de bois et d'acier
J’applaudis l’exercice de style, cette narration muette centrée sur un blanc, le passage des saisons et les va-et-vient des visiteurs du parc. Les personnages récurrents permettent à l’auteur de proposer une certaine continuité, comme des polaroids, des fenêtres brièvement ouvertes sur des vies dont on sait finalement peu. J’ai trouvé la fin très belle - la boucle est bouclée, comme on dit. Le noir et blanc de Chabouté contribue à la poésie ambiante, et capture parfaitement ces petits moments anodins et précieux. Objectivement, je ne ressors pas spécialement marqué de ma lecture (l’absence de textes fait que l’album se lit rapidement malgré ses 330 pages), mais je pousse quand même la note à 4/5, pour saluer l’originalité du récit.