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Par gruizzli
Note: 2/5
Couverture de la série La Tête dans les nuages - Quand le TDAH s'invite à la maison
La Tête dans les nuages - Quand le TDAH s'invite à la maison

Bon, je suis partagé sur cette BD. C'est une lecture que j'avais envie de faire pour voir la façon dont était traité le TDAH en BD, et je suis assez ... circonspect par l'ensemble. L'histoire est celle d'une femme séparée du père de ses enfants et en couple avec un autre homme qui découvre que sa fille à un TDAH. La BD n'est pas concentrée sur l'enfant, pas plus qu'elle n'est très explicite sur le TDAH. C'est surtout une BD sur la famille qui le découvre et les difficultés pour les parents à vivre avec cette neuroatypie. Et je suis assez peu satisfait du résultat. Il est évident que le sujet m'intéresse puisqu'il me touche, mais pour le coup je suis très regardant sur certains détails. La BD ne semble pas très explicite sur ce qu'elle veut dire : elle souligne que c'est compliqué pour cette femme, mais je me pose la question suivante "en quoi cette femme est représentative du parent moyen ?". Il y a les soucis de co-parentalité, les difficultés que ça entraine y compris au sein du couple, les soucis d'argent que ça entraine, les horaires des médecins pas pratiques ... Mais je me dis en sortant de la BD que c'est un exemple et que chez d'autres parents ça ne se passe pas comme ça. Et puis voila ... Encore une fois, je pense que le souci d'un témoignage c'est qu'on rate un peu la possibilité de rendre ce "simple" fait plus tangible. Il manque des chiffres, des données, des considérations : les TDAH sont mal adaptés à la société, pourquoi ne pas parler des soucis que notre société a qui sont révélés par ce fait ? Les rendez-vous que les parents doivent faire en tout sens, l'errance médicale, les diagnostiques pas clairs sont aussi une porte pour parler de la façon dont sont traitées les neuroatypies par chez nous. On pourrait parler de la violence éducative et scolaire, ressenties comme des drames par les neuroatypiques et qui peuvent leur ruiner la confiance en eux. Bref, il manque un peu ce qui rendrait le témoignage intéressant au-delà de la simple représentation. Ça c'est l'avis global, mais personnellement j'étais déçu par la lecture : on voit assez peu l'impact du TDAH, ce que ça provoque mais aussi les forces que ça développe. On sort de la BD avec l'idée que c'est pas simple d'avoir un gamin TDAH, mais je ne saurais dire pourquoi exactement. Par exemple j'ai eu l'impression que c'est surtout la mère qui s'occupait des problèmes médicaux, des rendez-vous et qui la gardait le plus. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais de fait ça m'a plus fait penser à la charge mentale ordinaire qu'à une nouveauté sur le TDAH. Et surtout, ça semble être un souci que pourrait avoir un parent d'enfant handicapé, d'enfant avec n'importe quelle autre neuroatypie, d'un enfant avec une nécessité de soin régulier ... Bref, je ne suis pas spécialement intéressé par cette BD, l'histoire n'est pas mauvaise mais va vite dans sa conclusion, tandis que le début et le nombre de médecins vu est vite lourd et redondant. L'équilibre est assez mal dosé, avec des pages ayant beaucoup de textes et de bulles qui s'enchaine un peu trop. Ca reste peu marquant, et je n'ai pas appris grand chose ni l'impression que ça parle bien du sujet. Dommage, donc.

28/03/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Odeur du fer
L'Odeur du fer

J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl. En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici. La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ? Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme. Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir ! Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi. Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point. Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !

28/03/2026 (modifier)
Couverture de la série La Cendre et le Trognon
La Cendre et le Trognon

Je dois dire qu'en parcourant les premières pages de ce one-shot emprunté à la médiathèque, je n'ai pas compris tout de suite de quoi il en retournait. En effet, on passe d'un personnage en voyage à un autre, le lien étant indubitablement le sac qu'ils transportent. Au bout d'une vingtaine de pages, j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'une œuvre métaphorique traitant du passage à l'âge adulte, de consumérisme et des modes de vie que l'on choisit, certains s’accommodant de la vie capitaliste dans laquelle on nous formate et d'autres préférant vivre en marge de la société et de tout matérialisme. Bien que l'idée de départ est intéressante, le scénario reste quand même assez foutraque et je n'ai pas vraiment bien saisi ni le lien avec ce trognon de pomme que l'un des personnages tente de planter ni la chute finale. C'est donc très dubitatif que j'ai refermé cette BD. Au niveau du graphisme, c'est très épuré, tant dans le trait de l'auteur que dans la colorisation faite de dégradés de gris. Bien que ce soit globalement maîtrisé, ce n'est pas le dessin qui me plait le plus. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 4/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 3/10 NOTE GLOBALE : 7/20

28/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Mauvaise fortune
Mauvaise fortune

Je ne suis pas très western, peut-être que je m'extasie sur quelque chose que l'on retrouve mine de rien bien souvent dans le genre, mais j'avoue avoir beaucoup apprécié cet album. On est loin de l'image propre de la conquête de l'ouest, pour tout dire l'ouest semble déjà avoir été conquis : les populations natives ont été écrasées, éliminées, assimilées, les révolutions ont été tues ou amalgamées par le statu quo instauré par les puissants, le pouvoir et le destin de milliers de vies résident entre les mains d'une poignée de richous ne quittant jamais le sommet de leur tour d'ivoire. On suit l'histoire de deux personnages, un jeune amérindien du nom de Morning Bird désormais orphelin errant à travers l'ouest, et une mexicaine du nom d'Adelita (dont je me contenterais du début de nom, non pas par dénigrement culturel mais par crainte de faire des phrases trop longues - dis-je dans une loghorrée désormais habituelle) ayant subi les désillusions sexistes et rétrogrades après avoir tenté de participer à une révolte.. On traite de la froideur et de la cruauté de cette époque, de l'horreur que subissent les populations jugées comme "inférieures", on aborde aussi le cynisme et le degré de manipulation jusqu'où certaines personnes sont prêtes à aller pour conserver le statu quo, ... Bref, c'est intéressant. J'avoue tout de même, léger petit défaut, que je n'aurais pas dit non à ce que tout cela soit davantage développé, que l'on s'étende plus sur nos personnages et leur situation on ne peut plus cruelle. Après, je l'avoue, le côté "récit éclair de vengeance n'ayant pas eu de conséquence lourde en apparence mais faisant tout de même passer un message à qui veut l'entendre" a son charme. Le dessin de Fano Loco est atypique, son traitement des visages et des proportions des corps est assez original, j'avoue que j'aime plutôt bien. Son trait épais et ses visages durs, joints au joli travail de bichromie, appuient bien le caractère sale et noir de l'histoire. Allez, je suis généreuse, j'arrondis au supérieur. (Note réelle 3,5).

28/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Batman - Amère victoire (Dark Victory)

Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert. L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps. On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman. Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture. En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat. Originalité - Histoire : 7,5/10 Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20

28/03/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 2/5
Couverture de la série La Famille Illico
La Famille Illico

Comme l'a écrit je ne sais plus qui, il faut bien sûr tenir compte de l'époque où est parue cette série pour l'apprécier à se juste valeur. C'est une BD pionnière, parue il y a plus d'un siècle dans les journaux américains, et dépeignant une famille un brin bourgeoise dans les USA de l'époque. Le père travaille, mais profite de la moindre ocasion pour aller boire un verre ou jouer aux cartes avec ses copains. La mère est une oisive qui passe beaucoup de temps à acheter des chapeaux et taper son mari parce qu'il rentre tard. Et la fille est plus équilibrée dans ce que j'ai pu lire, mais ne semble pas faire grand-chose. Sur ce canevas Frank Fletcher a proposé des dizaines, voire des centaines de variations. Celles-ci, ma foi, sont assez sympathiques et reposent sur des mécanismes narratifs assez simples, mais répétitifs au fil de la lecture. Cela devait être sympa à lire chaque semaine, mais à force ça ne tient pas trop la route. Encore une fois les mœurs ont changé en 100 ans, mais quand même. Le dessin paraît daté lui aussi, mais conserve toutefois une lisibilité assez élevée, ce qui fait passer cette pilule de la répétitivité. A découvrir, pour la culture générale, mais sans s'obliger à tout lire, à mon avis.

28/03/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Incroyable Histoire des grands traîtres
L'Incroyable Histoire des grands traîtres

C'est fou comme l'HIstoire est émaillée d'histoires de trahisons diverses et variées. Ici nous avons plutôt des trahisons politiques, des gens dont les revirements, les magouilles et les manigances ont causé du tort à leurs nations ou leurs mentors. On commence -presque- par Judas, dont l'existence n'est pas avérée, mais qui est devenu un symbole au fil des interprétations de la Bible. Il y a des noms qui entrent en résonance avec l'actualité récente, dont un certain Quintus naevius Cordus Sutorius Macro, communément appelé... Macron, ou encore le traitre norvégien des années 1940 Vidkun Quisling, qui fonda un parti inféodé aux Nazis, et dont la traduction littérale est "Rassemblement national". D'ailleurs pour les anglophones le vocable quisling signifie traître. A la tête de différents pays, de différents partis, ces sombres personnages ont juré la perte de ceux qui les ont vus naître, les ont adoptés (comme Brutus avec César) ou les ont formés, comme Sarkozy avec Chirac. Tous l'ont payé cher de leur vie ou dans la postérité, certains ont carrément été oubliés de l'Histoire, et cet album, particulièrement mitonné par Didier Convard, passionné d'Histoire et par Jean-Christophe Camus. Les historiettes sont comme toujours dans cette collection, habilement racontées, on ne s'ennuie pas, et il y a toujours cette touche d'humour, ici sous la forme d'un professeur-conférencier qui sert de respiration dans un ouvrage un peu didactique. Le dessin de Pascal Magnat, loin d'être celui d'un simple exécutant, se montre assez inventif et nerveux pour que l'ensemble constitue un moment de lecture très plaisant.

28/03/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Les Hautes Herbes
Les Hautes Herbes

J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand. Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère... Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.

28/03/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 3/5
Couverture de la série Juan Solo
Juan Solo

Une relative déception étant donné la belle réputation de l'oeuvre, qui se révèle assez inégale à mon goût. Certaines séquences de l'intrigue sont assez basiques. L'écriture peine parfois à convaincre. L'évolution de Juan est difficile à croire. Au départ c'est une sorte de Sun-Ken Rock diabolique, qui se transforme ensuite en pouilleux misérable. Le dessin de Bess n'est pas toujours aussi appliqué qu'il devrait mais ça reste un très bon travail. Finalement, j'ai parfois eu l'impression de lire un brouillon d'une oeuvre de Jodorowsky qui sera publiée 20 ans plus tard, Les Fils d'El Topo. Une lecture indispensable pour les fans de Jodo, moins pour les autres.

28/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Tueur - Affaires d'Etat
Le Tueur - Affaires d'Etat

J’avais apprécié le long premier cycle de la série « Le tueur ». Un personnage attachant malgré sa froideur et son cynisme, un ton original avec de longues digressions du héros, avec de longs monologues en off nous faisant partager ses états d’âme. Je me suis donc plongé dans cette série, qui en prend la suite, toujours avec le même héros, toujours avec le même schéma narratif. La nouveauté vient de l’employeur du tueur, dont les actions ont été « nationalisées », puisqu’il travaille désormais une officine de l’État, qui fait le « sale travail » de manière à la fois violente et discrète (presque "fonctionnaire", notre héros est-il prêt à se "ranger" ?). Ce qui, dans le premier cycle de trois albums que j’ai lu, l’amène à « nettoyer » la ville du Havre, gangrénée par des gangs, des trafics d’armes, et un maire ambitieux et peu scrupuleux (ça a dû faire plaisir à Édouard Philippe !). L’intrigue surfe sur des thèmes actuels (une trame déjà vu dans la série de Canal « Engrenages » (immersion dans une petite ville où politicien local et loubards naviguent de concert)… Il est flanqué d’un collègue, et d’une « donneuse d’ordre ». Même si visiblement ça lui coûte, il n’est plus aussi « indépendant » que dans la série mère. C’est rythmé (pour peu qu'on ne soit pas allergique aux longs commentaires du tueur), les scènes de violence alternent avec celles où notre héros reçoit ses instructions, ou lorsqu’il vit sa vie parallèle (pour sa couverture il travaille dans une société d’import-export, accepte quelques relations de travail – voire plus pour une jolie collègue entreprenante). On y retrouve les points forts de la série mère. A savoir un héros atypique, qui ne cesse de se poser des questions. Qui tue froidement sans état d’âme si on lui en donne l’ordre, mais qui, en parallèle critique l’hypocrisie, le cynisme des autres, de la société, les faux-semblants (notre tueur est un intello qui s'ignore). Mais voilà, si le texte est intéressant (et si je suis souvent en accord avec lui), j’ai trouvé que ça devenait lassant au bout d’un moment, que ça « anesthésiait » un peu le récit. Matz essaye de contrebalancer ça en amenant un duo de flics plus dégourdis que la moyenne, qui sentent l’embrouille, et qui eux aussi (surtout l’un d’entre eux) ont un regard critique sur le fonctionnement de la société (à l’échelle de leur ville) et qui devinent l’existence d’une équipe de tueur. Mais je trouve que le duo de tueurs et celui des flics aurait mérité d’être davantage exploité dans les interrelations, leurs conflits. Le dessin de Jacamon est encore réussi, simple, efficace, dynamique. Mais les détails sont quand même pas mal escamotés, et la colorisation est parfois trop lisse et tranchée, un peu plus passe-partout, manquant un peu trop de nuance. Jacamon abuse parfois de l'effacement des traits (visages éloignés, décors). La lassitude gagne autour de ce personnage et de ses ratiocinations, et sur la longueur, l’utilisation d’une recette qui a marché – et qui marche quand même encore – peine à se renouveler. C’est encore une lecture sympa, mais à petite dose. Note réelle 3,5/5.

11/06/2021 (MAJ le 28/03/2026) (modifier)