Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est difficile de passer après Les Guerres de Lucas. Bah oui, inévitablement, cette BD ne peut qu'être comparée à celle de Laurent Hopman et Renaud Roche (inutile de faire un dessin ha ha), et elle souffre cruellement la comparaison.
Graphiquement, je suis désolé mais c'est un cran en dessous. Le dessin n'a ici ni l'élégance du trait de Renaud Roche, ni sa concision. On peine à reconnaitre les personnages, notamment Spielberg lui-même. Et puis la plupart d'entre eux affichent des expressions étranges ; parfois même on croit déceler un soupçon de perversité. Je pense au personnage de Joe Alves qui a l'air en permanence sous acide. Mais c'est narrativement que ça pêche. D'abord, on nous tient en haleine avec le sentiment qu'il va y avoir une révélation fameuse, et puis en fait flop ! Ainsi la double page qui commence par l'accroche "mais rien ne va se passer comme prévu", et qui se contente de montrer un quiproquo sans grand intérêt entre Benchley, l'auteur du roman, et le réalisateur, quiproquo qui sera d'ailleurs réglé la page suivante. De manière générale, et il faut bien le dire un peu agaçante, les auteurs maintiennent un suspens qui n'a pas lieu d'être. On repassera pour les rebondissements "à la Lucas". Et que dire de cette fin, mal torchée, qui en deux pages évoque la suite que refusera de tourner Spielberg sinon qu'elle révèle un manque criant de finition ? En guise d'épilogue, un doc mal ficelé sur le requin dont on ne sait pas trop où il veut en venir : nous faire un peu mieux connaitre qui est cet animal ? Montrer l'influence du film sur la peur irrationnelle du public ?... Perso, je n'ai pas attendu la dizaine de pages que contient ce petit pensum (photos incluses) pour me rencarder sur les squales. Un visionnage de Jaws 1 a suffit pour éveiller ma curiosité et, certes, et nourrir ma terreur des profondeurs.
Bon, certes, j'ai lu cette BD sans grande difficulté. Au passage, on apprend même quelques bonnes anecdotes. Mais surtout, son plus grand mérite, et là c'est réussi, est de nous faire comprendre pourquoi ce film qui a marqué plus d'une génération, n'est pas un simple film d'horreur. Ca m'a même donné furieusement envie de le revoir, ce que n'avait pas nécessairement susciter en moi Les Guerres de Lucas. L'honneur est sauf !
Très bon ce tome !
Pourtant pas féru du genre polar, je n’ai toujours pas lu les Criminal par ex., j’ai pris mon pied avec cette bd.
Il faut dire que je n’en attendais pas grand chose mais tout m’a surpris positivement. Le constat est sans appel, les auteurs magnifient leurs parties respectives pour embarquer le lecteur.
Alors que je m’attendais à une enquête policière à la Philip Marlow, j’ai déjà été agréablement surpris de découvrir que notre héros se situait du côté des braqueurs.
Après l’aventure proposée n’est pas révolutionnaire (un braqueur s’étant fait braquer cherche à retrouver son braqueur) mais notre héros s’avère attachant et le récit est dense. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la retranscription de l’époque donnant un côté suranné à l’intrigue, notre braqueur passant son temps à attendre devant le téléphone et à avaler les km. Et même si la trame est linéaire, il y a une certaine complexité avec les très nombreux personnages, heureusement c’est bien séquencé pour ne pas être perdu. J’ai également succombé à la voix off du héros qui meuble et accompagne admirablement les nombreux blancs.
Et enfin la partie graphique qui m’a rapidement conquis, une bichromie élégante, une narration percutante, la forme au service du fond.
Bref forcément pour les amateurs de polar mais pas que.
Je n’aurais jamais misé un kopeck sur cette série. Le titre et la couverture ne m’interpellent en rien, un éditeur que j’ai tendance à ne même pas feuilleter, dans ma petite tête c’était encore une énième adaptation du héros.
Bref à la base rien de palpitant dans mon horizon et… ce n’est pas du tout ça !
Je n’ai lu que le 1er tome mais ce dernier est franchement prometteur.
On sent bien que c’est pour les grands ados mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers (et les enjeux) mis en place. Ici un monde médiéval fantastique à tendance X-men mâtiné de La Brigade Chimérique, un récit qui est loin de se laisser deviner et parfaitement mis en images.
J’ai trouvé l’aventure relativement dense, la fin est parfaite pour titiller le lecteur. Si la suite est du même tonneau, on aura une très chouette trilogie. Une version de Don Juan intéressante.
Servais fait du Servais, encore et toujours. Et je me dis qu'il faut que j'arrête d'insister avec lui, même si je ne lis ses albums que parce que je les trouve en bibliothèque et que je me dis que ça peut valoir le coup. Mais les mêmes défauts se répètent et j'ai l'impression que ça tourne toujours en rond lorsqu'il s'agit d'écrire une critique dessus.
Cet album plaira aux personnes qui adorent Servais, même si clairement ce n'est pas le meilleur qu'il ait fait. Deux histoires bien différentes s'entremêlent ici autour d'une fée appelée Iriacynthe qui sera le point central de ces deux histoires. Chaque histoire est assez courte (une trentaine de pages), laissant assez peu de place au développement du récit. C'est notamment difficile de s'intéresser aux personnages en si peu de pages, d'autant que l'histoire est parfois confuse dans son déroulé parce que trop de place est donné aux paysages de forêt, tandis que les dialogues vont vite avec parfois peu de liens entre eux. J'ai fini par survoler la fin qui est rapide, beaucoup trop confuse également avec une dernière page que j'ai trouvé peu satisfaisante quant à l'histoire. Rien n'est vraiment conclu et c'est une étrange façon de désamorcer cette malédiction familiale. D'autant que les détails secondaires (l'intrigue avec la famille du Baron) n'est pas résolue non plus.
Le tout dans ce que fait Servais : déshabiller toutes les filles souvent purement gratuitement, y compris les plus jeunes. Je comprends que ça peut correspondre à certaines idées notamment par rapport aux fées, nues et libres, mais c'est amusant qu'il ne déshabille jamais les personnages âgées et que les garçons gardent leurs pantalons. C'est ce genre de détails qui me fait dire que Servais fait de la nudité gratuite qui attire le chaland masculin.
Donc du Servais qui colle à ce qu'il a déjà fait, pas encore tout à fait au point. Pas recommandé, mais je ne suis globalement pas très fan de l'auteur de toute façon.
Une lecture sympathique, rythmée, et rapide.
On est rapidement embarqué dans la virée de ces deux vieux potes qui se retrouvent (Sam retrouve son pote Vincent, rangé malgré lui, et l’entraine dans un retour aux sources délétère), retombent dans leur folie nihiliste de jeunesse, multipliant les transgressions, les prises de risque inutiles. Un road trip plein de verve et d’amertume. Les deux hommes sont souvent excessifs, insupportables – individuellement et dans leurs querelles, qui ont parfois des airs d’amour toxique, d’amour/haine. Le héros, Vincent, traine en tout cas un mal être comme un bolet, que seules quelques belles rencontres (le vieux tenancier d’auberge qui le sort des griffes des flics, et la jeune femme barmaid qui avait cru trouver en lui l’amour de sa vie) « remettent sur les rails ».
Et puis il y a le final. Il donne à toute l’histoire une tonalité à la fois sombre et cathartique. Une histoire qui du coup ressemble quelque peu à un enterrement de vie de garçon – dans tous les sens du terme. Un enterrement suivi d’une renaissance pour Vincent. La pirouette est sans doute un peu facile (et elle pousse forcément à relire l’album pour voir si on n’a pas raté quelque chose), mais elle passe.
Autumlands est une série Fantasy intéressante, relativement originale les deux tomes parus pour le moment sont assez différents.
Le premier pose le cadre, certes, mais il est centré sur cette société de Nuageois, sorciers privilégiés exploitant de leurs hauteurs d’autres peuples/races inférieures sises « sur la terre ferme ». Jusqu’à ce qu’une catastrophe – provoquée par l’un des magiciens – ne fasse tomber une partie des Nuageois de leur piédestal, et les confrontent au danger des « Moindres », en particulier une tribu de Bisons belliqueux et revanchards. Surtout que les Nuageois sont divisés (un ambitieux cherche à tirer parti de la situation pour accéder au pouvoir) et sous l’influence d’un marchand retors.
La vraie rupture vient de l’arrivée d’un « Humain », Learoyd, qui se retrouve « champion malgré lui », sauveur nécessaire et redouté. Dans le deuxième tome, il se retrouve isolé avec un jeune magicien, Dunstan, le duo étant aux prises avec de nombreux dangers. Ce deuxième album voit l’effacement de la société des Nuageois (provisoirement normalement) et surtout l’ancrage un peu plus SF du récit, avec l’apparition d’autres humains aux pouvoirs énormes. Cette partie est plus originale.
Plusieurs bémols toutefois pour finir. Si la lecture est rythmée et agréable et si la série est vraiment recommandable, j’ai trouvé le dessin inégal et la colorisation informatique pas toujours heureuse.
Enfin, les deux tomes ayant paru il y a plus de huit ans, je crains que la série ne soit abandonnée, ce qui est dommage, et nous laisse en plan avec beaucoup trop de questions en suspens.
Je suis assez peu mitigé après cette lecture qui m'a laissé sur ma faim. Globalement, ce n'est pas du tout une mauvaise BD mais qui m'a dérangé par deux trois aspects.
Bon, déjà l'histoire est un polar et je crois avoir déjà souligné plusieurs fois que je ne suis vraiment pas fan de ce style même si quelques auteurs trouvent grâce à mes yeux. Sauf que là, j'ai eu l'impression de voir de nombreux clichés véhiculés qui se retrouvent condensés : la jeune femme qui mène l'enquête en parallèle de la police et s'en sort mieux qu'elle (avec une certaine tendance à réussir tout ce qu'elle entreprend), tout le monde qui se confie à une inconnue y compris sur des sujets secrets et importants, le personnage excentrique et déjanté bien trop assurée et toujours dans le contrôle...
Et le tout, c'est que l'histoire a une certaine invraisemblance à mon gout. L'enquête a des ficelles bien trop grosses, des détails qui font tiquer (notamment la question de la bipolarité traité de façon... disons pas très logique psychanalytiquement parlant !).
En disant cela, je semble hyper-critique dans mon avis, mais parce qu'au sortir de ma lecture j'ai surtout ressenti un "bof" qui a marqué mon impression générale. Mais la BD est très lisible, au dessin dynamique et bien campé, avec une histoire prenante qui se laisse lire d'un bout à l'autre. C'est simplement que le ressenti final est assez peu intéressant. Je l'ai lu, j'ai pas eu de déplaisir à la lecture et j'aurais probablement oublié la plupart de l'histoire dans deux semaines.
En fait, je crois que j'ai surtout peu accroché au personnage principal. Elle a des airs de Mary-Sue dans son comportement trop badass qui résout tout. Une sorte de James Bond féminin (qui enchaine autant les conquêtes d'ailleurs). Le tout rehaussé par sa dynamique de jeune fille dynamique, explosive et excentrique. Sauf que je ne la trouve pas beaucoup attachante (et je me demande ce que Pénélope apprécie chez elle), de la même façon que je n'arrive pas à adhérer à cette manie de coller à des personnages pareils une cigarette aux lèvres à chaque planche. C'est sans doute accentué par la lecture de Cigarettes - Le Dossier sans filtre mais je ne peux plus l'ignorer. Ça me rappelle juste que l'industrie de la clope nous a vendue cette attitude chez les femmes comme un symbole d'émancipation -y compris sexuel- ainsi qu'une ode à la liberté de penser.
Bref, je fais mon râleur sur cette BD parce que de nombreux points m'interpellent et que je n'arrive pas à passer outre, mais voila, c'est "juste" une BD que je n'ai pas spécialement aimée, que je ne relirais pas et que j'oublierais. Mais ce n'est pas une mauvaise BD, c'est sûr.
Mise à jour après le deuxième volume : Bon, ben la suite est du même acabit et je ne pourrais pas dire que j'ai moins ou plus aimé. C'est du même tonneau, dans le ton, dans les propos et dans le personnage. Il y a une évolution qui semble dessiner la suite de la série, avec les voix de Eva qui disparaissent suite à la première affaire, semblant indiquer que le propos sera de lui permettre de s'en débarrasser petit à petit en s'intéressant à des affaires en lien avec les vies de ses ancêtres. Ça promet une suite en deux volumes au moins et ça développe le personnage, c'est sympathique.
Cependant, les défauts que je voyais dans le premier tome sont encore bien présent. J'ai toujours du mal avec la représentation du trouble de bipolarité et de la façon dont est traité la psychiatrie et les soins, de même que l'omniprésence de la clope m'agace toujours autant. Eva n'a presque aucune planche sans sa cigarette aux lèvres ! Bref, le deuxième tome confirme que je n'aime pas le personnage et les détails, que l'histoire globale ne me suffit pas à passer outre ces défauts et que c'est bien une question de ressenti entre la BD et moi. Je n'aime pas, c'est comme ça, tant pis pour moi.
Comme mes autres collègues, je suis passé à côté de cette BD. En fait, ce sont les mêmes sentiments qui prédominent suite à la lecture : l'ennui et l'impression que la BD s'adresse à quelqu'un d'autre.
Je connais l'auteur Salinger dont j'ai lu "L'attrape-cœur" que je n'ai pas du tout aimé, mais je ne connaissais pas sa vie en générale. Et malheureusement, cette BD n'est pas une réelle biographie, mais un extrait biographique seulement, celui du premier mariage de Salinger. Ce qui est intéressant pour des personnes qui apprécient l'auteur, mais lorsqu'on ne connait pas spécialement sa vie et qu'on s'intéresse de très loin à son œuvre, c'est pas très passionnant. Le personnage de Salinger n'est pas très sympathique de prime abord, motivé par son traumatisme de la guerre et les horreurs qu'il y aura vu, et sa femme est mystérieuse sans que l'on ne comprenne réellement ce qu'elle est tout au long de l'histoire. L'alchimie prend assez peu et finalement je me désintéresse de ce couple bavard qui s'engueule.
La BD est produite par une chercheuse ayant travaillé sur Salinger et je dirais que ça se sent. C'est le résultat d'une personne très intéressée par l'auteur, cherchant à comprendre certains détails de sa vie et le sens qu'on peut lui donner, mais sans donner au tout venant l'envie de s'y intéresser. Si l'on ne connait pas Salinger on qu'on s'en fiche, cette BD n'apprend rien, n'apporte rien et s'oublie vite. C'est un travail sérieux, documenté, construit et riche, mais qui ne contentera qu'un petit cercle d'initiés dont je ne fais pas partie. D'autant que la BD est parfois trop précise pour des néophytes (comme par exemple sur les citations de poèmes ou les dates et lieux) mais ne permet pas d'appréhender l'intérêt de ce qui est raconté.
Le dessin est sobre, assez froid mais en accord avec le ton global. Il est malheureusement plombé par le texte assez présent, trop d'ailleurs, qui rend la BD bavarde et lourde. C'est de fait assez peu plaisant à lire, et globalement je ne peux la conseiller qu'aux personnes très intéressées par la vie de Salinger, les autres peuvent clairement faire l'impasse dessus.
Raikichi vit seul avec sa fille Haruko sur l'île d'Okinawa depuis le décès de son épouse. Trop pris par son métier d'instructeur pour l'armée japonaise, il n'a pas vu sa fille grandir et se retrouve face au fait accompli lorsqu'elle atteint la puberté. Mais, pour elle, les transformations de l'adolescence prennent un tour explosif, au sens littéral, puisqu'elle se découvre des pouvoirs psychiques qu'elle maîtrise mal, causant d'importants dégâts autour d'elle. Pris au dépourvu, son père va découvrir qu'elle est loin d'être la seule à posséder de tels pouvoirs.
Alors que l'auteur avait initialement prévu de raconter une histoire mettant en scène son île natale d'Okinawa et ses spécificités culturelles, il a finalement abouti à ce récit mêlant super-pouvoirs et bouleversements de l'adolescence. Cette approche lui permet à la fois de développer une intrigue d'action centrée sur des conflits entre jeunes dotés de capacités extraordinaires, tout en abordant la complexité des relations père-fille à cet âge-là.
Le mélange est original, mais pas entièrement convaincant.
Le dessin, pris isolément, est de bonne facture. Le trait est maîtrisé, les personnages sont reconnaissables et l'encrage soigné. En revanche, la mise en scène se révèle nettement plus laborieuse. Le problème ne tient pas seulement au dessin, mais à la narration graphique dans son ensemble : le rythme paraît saccadé et abrupt, avec des enchaînements de cases peu lisibles et des scènes d'action souvent confuses. Tout reste compréhensible, mais seulement après coup, comme si le lecteur devait constamment raccrocher les wagons d'un récit maladroit.
Les réactions des personnages manquent également de justesse. L'héroïne adopte un comportement excessif, censé traduire l'instabilité émotionnelle de l'adolescence exacerbée par ses pouvoirs, mais elle devient trop imprévisible pour être réellement cernée. Son père, pourtant présenté comme plus posé, se montre lui aussi étrange par son attitude excessivement terre-à-terre, malgré les événements incontestablement fantastiques auxquels il est confronté. Les personnages secondaires souffrent du même problème, avec des réactions trop variables d'une scène à l'autre et souvent poussées dans l'excès.
Il en résulte un récit qui rassemble de bons éléments et des thématiques intéressantes, mais qui peine à trouver sa cohérence à cause d'une narration peu fluide et d'un manque de naturel dans les personnages comme dans l'enchaînement des scènes. Nous restons toutefois au stade de l'introduction, et il faudra attendre la suite pour se faire une idée plus définitive de ce manga.
Note : 2,5/5
Sur une côte méditerranéenne encore préservée, Prométhée Foiemangé, jeune cadre persuadé d'œuvrer pour le progrès, est envoyé dans un petit port de pêche afin de convaincre la population de céder ses terres pour un projet d'avenir fondé sur le béton et le tourisme de masse. Pour y parvenir, il doit rallier à sa cause une grande famille locale pour le moins singulière, quitte à exploiter les failles et les tensions internes qui la traversent. Mais cette famille se révèlera bien plus profondément enracinée dans ces lieux qu'elle ne le laisse paraître.
Avec La Nouvelle Arcadie, l'auteur espagnol Juanjo Rodríguez J. propose une fable comique à la croisée de la satire sociale, de la comédie familiale et... de la mythologie grecque. Il situe son récit dans un décor chaleureux aux accents provençaux, imprégné de l'insouciance des années 1960. Le dessin est expressif et séduisant, avec un soin particulier apporté aux décors et aux ambiances. Les couleurs patinées et la lumière méditerranéenne donnent beaucoup de charme à l'ensemble et incarnent visuellement ce monde ancien encore intact, confronté à une modernité froide et envahissante. Je regrette toutefois un encrage trop fin, qui prive le dessin du surplus d'élégance qu'il aurait mérité.
Côté scénario, le récit débute comme une comédie légèrement absurde, à la manière d'un Qui a tué l'idiot ?, avec l'arrivée d'un jeune homme dans un village et une famille excentrique où la farce se mêle à la satire sociale. Les personnages sont hauts en couleur, presque excessifs au premier abord, mais cela relève d'un choix assumé. Assez rapidement, ce qui n'était d'abord suggéré s'affirme pleinement. J'ai eu le plaisir de deviner la révélation avant qu'elle ne soit explicitement formulée, mais très vite celle-ci ne se cache plus et devient même un peu trop appuyée, ce qui m'a fait regretter que le doute ne soit pas entretenu plus longtemps. Je préfère ne pas la dévoiler afin de vous préserver la découverte, même si elle occupe rapidement une place centrale dans l'intrigue. Disons simplement qu'il est question d'une famille profondément dysfonctionnelle, mais étonnamment stable depuis longtemps.
La transposition mythologique fonctionne bien et reste fidèle à son modèle, tout en soulignant avec humour, et parfois une ironie douce-amère, le conflit entre tradition et modernité. J'ai toutefois trouvé que la mise en scène manquait souvent de finesse. Le registre de la farce est trop appuyé et certaines réactions sont surjouées. Le propos manque aussi par moments de mordant. La fable demeure agréable et engagée, mais elle n'explore pas toujours pleinement ses idées, et la critique du capitalisme touristique reste relativement sage, comme si le récit hésitait à durcir réellement son discours.
La Nouvelle Arcadie est une comédie plaisante et humaine, portée par une idée forte et un univers visuel séduisant, malgré un encrage un peu trop discret. J'ai davantage adhéré à son concept qu'à l'ampleur réelle de son développement. Une telle idée aurait mérité plus d'élégance et de finesse pour être plus marquant.
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Les Mâchoires de la Peur
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est difficile de passer après Les Guerres de Lucas. Bah oui, inévitablement, cette BD ne peut qu'être comparée à celle de Laurent Hopman et Renaud Roche (inutile de faire un dessin ha ha), et elle souffre cruellement la comparaison. Graphiquement, je suis désolé mais c'est un cran en dessous. Le dessin n'a ici ni l'élégance du trait de Renaud Roche, ni sa concision. On peine à reconnaitre les personnages, notamment Spielberg lui-même. Et puis la plupart d'entre eux affichent des expressions étranges ; parfois même on croit déceler un soupçon de perversité. Je pense au personnage de Joe Alves qui a l'air en permanence sous acide. Mais c'est narrativement que ça pêche. D'abord, on nous tient en haleine avec le sentiment qu'il va y avoir une révélation fameuse, et puis en fait flop ! Ainsi la double page qui commence par l'accroche "mais rien ne va se passer comme prévu", et qui se contente de montrer un quiproquo sans grand intérêt entre Benchley, l'auteur du roman, et le réalisateur, quiproquo qui sera d'ailleurs réglé la page suivante. De manière générale, et il faut bien le dire un peu agaçante, les auteurs maintiennent un suspens qui n'a pas lieu d'être. On repassera pour les rebondissements "à la Lucas". Et que dire de cette fin, mal torchée, qui en deux pages évoque la suite que refusera de tourner Spielberg sinon qu'elle révèle un manque criant de finition ? En guise d'épilogue, un doc mal ficelé sur le requin dont on ne sait pas trop où il veut en venir : nous faire un peu mieux connaitre qui est cet animal ? Montrer l'influence du film sur la peur irrationnelle du public ?... Perso, je n'ai pas attendu la dizaine de pages que contient ce petit pensum (photos incluses) pour me rencarder sur les squales. Un visionnage de Jaws 1 a suffit pour éveiller ma curiosité et, certes, et nourrir ma terreur des profondeurs. Bon, certes, j'ai lu cette BD sans grande difficulté. Au passage, on apprend même quelques bonnes anecdotes. Mais surtout, son plus grand mérite, et là c'est réussi, est de nous faire comprendre pourquoi ce film qui a marqué plus d'une génération, n'est pas un simple film d'horreur. Ca m'a même donné furieusement envie de le revoir, ce que n'avait pas nécessairement susciter en moi Les Guerres de Lucas. L'honneur est sauf !
Parker 1969
Très bon ce tome ! Pourtant pas féru du genre polar, je n’ai toujours pas lu les Criminal par ex., j’ai pris mon pied avec cette bd. Il faut dire que je n’en attendais pas grand chose mais tout m’a surpris positivement. Le constat est sans appel, les auteurs magnifient leurs parties respectives pour embarquer le lecteur. Alors que je m’attendais à une enquête policière à la Philip Marlow, j’ai déjà été agréablement surpris de découvrir que notre héros se situait du côté des braqueurs. Après l’aventure proposée n’est pas révolutionnaire (un braqueur s’étant fait braquer cherche à retrouver son braqueur) mais notre héros s’avère attachant et le récit est dense. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la retranscription de l’époque donnant un côté suranné à l’intrigue, notre braqueur passant son temps à attendre devant le téléphone et à avaler les km. Et même si la trame est linéaire, il y a une certaine complexité avec les très nombreux personnages, heureusement c’est bien séquencé pour ne pas être perdu. J’ai également succombé à la voix off du héros qui meuble et accompagne admirablement les nombreux blancs. Et enfin la partie graphique qui m’a rapidement conquis, une bichromie élégante, une narration percutante, la forme au service du fond. Bref forcément pour les amateurs de polar mais pas que.
Don Juan des Flots
Je n’aurais jamais misé un kopeck sur cette série. Le titre et la couverture ne m’interpellent en rien, un éditeur que j’ai tendance à ne même pas feuilleter, dans ma petite tête c’était encore une énième adaptation du héros. Bref à la base rien de palpitant dans mon horizon et… ce n’est pas du tout ça ! Je n’ai lu que le 1er tome mais ce dernier est franchement prometteur. On sent bien que c’est pour les grands ados mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers (et les enjeux) mis en place. Ici un monde médiéval fantastique à tendance X-men mâtiné de La Brigade Chimérique, un récit qui est loin de se laisser deviner et parfaitement mis en images. J’ai trouvé l’aventure relativement dense, la fin est parfaite pour titiller le lecteur. Si la suite est du même tonneau, on aura une très chouette trilogie. Une version de Don Juan intéressante.
Iriacynthe
Servais fait du Servais, encore et toujours. Et je me dis qu'il faut que j'arrête d'insister avec lui, même si je ne lis ses albums que parce que je les trouve en bibliothèque et que je me dis que ça peut valoir le coup. Mais les mêmes défauts se répètent et j'ai l'impression que ça tourne toujours en rond lorsqu'il s'agit d'écrire une critique dessus. Cet album plaira aux personnes qui adorent Servais, même si clairement ce n'est pas le meilleur qu'il ait fait. Deux histoires bien différentes s'entremêlent ici autour d'une fée appelée Iriacynthe qui sera le point central de ces deux histoires. Chaque histoire est assez courte (une trentaine de pages), laissant assez peu de place au développement du récit. C'est notamment difficile de s'intéresser aux personnages en si peu de pages, d'autant que l'histoire est parfois confuse dans son déroulé parce que trop de place est donné aux paysages de forêt, tandis que les dialogues vont vite avec parfois peu de liens entre eux. J'ai fini par survoler la fin qui est rapide, beaucoup trop confuse également avec une dernière page que j'ai trouvé peu satisfaisante quant à l'histoire. Rien n'est vraiment conclu et c'est une étrange façon de désamorcer cette malédiction familiale. D'autant que les détails secondaires (l'intrigue avec la famille du Baron) n'est pas résolue non plus. Le tout dans ce que fait Servais : déshabiller toutes les filles souvent purement gratuitement, y compris les plus jeunes. Je comprends que ça peut correspondre à certaines idées notamment par rapport aux fées, nues et libres, mais c'est amusant qu'il ne déshabille jamais les personnages âgées et que les garçons gardent leurs pantalons. C'est ce genre de détails qui me fait dire que Servais fait de la nudité gratuite qui attire le chaland masculin. Donc du Servais qui colle à ce qu'il a déjà fait, pas encore tout à fait au point. Pas recommandé, mais je ne suis globalement pas très fan de l'auteur de toute façon.
Fidji
Une lecture sympathique, rythmée, et rapide. On est rapidement embarqué dans la virée de ces deux vieux potes qui se retrouvent (Sam retrouve son pote Vincent, rangé malgré lui, et l’entraine dans un retour aux sources délétère), retombent dans leur folie nihiliste de jeunesse, multipliant les transgressions, les prises de risque inutiles. Un road trip plein de verve et d’amertume. Les deux hommes sont souvent excessifs, insupportables – individuellement et dans leurs querelles, qui ont parfois des airs d’amour toxique, d’amour/haine. Le héros, Vincent, traine en tout cas un mal être comme un bolet, que seules quelques belles rencontres (le vieux tenancier d’auberge qui le sort des griffes des flics, et la jeune femme barmaid qui avait cru trouver en lui l’amour de sa vie) « remettent sur les rails ». Et puis il y a le final. Il donne à toute l’histoire une tonalité à la fois sombre et cathartique. Une histoire qui du coup ressemble quelque peu à un enterrement de vie de garçon – dans tous les sens du terme. Un enterrement suivi d’une renaissance pour Vincent. La pirouette est sans doute un peu facile (et elle pousse forcément à relire l’album pour voir si on n’a pas raté quelque chose), mais elle passe.
The Autumnlands
Autumlands est une série Fantasy intéressante, relativement originale les deux tomes parus pour le moment sont assez différents. Le premier pose le cadre, certes, mais il est centré sur cette société de Nuageois, sorciers privilégiés exploitant de leurs hauteurs d’autres peuples/races inférieures sises « sur la terre ferme ». Jusqu’à ce qu’une catastrophe – provoquée par l’un des magiciens – ne fasse tomber une partie des Nuageois de leur piédestal, et les confrontent au danger des « Moindres », en particulier une tribu de Bisons belliqueux et revanchards. Surtout que les Nuageois sont divisés (un ambitieux cherche à tirer parti de la situation pour accéder au pouvoir) et sous l’influence d’un marchand retors. La vraie rupture vient de l’arrivée d’un « Humain », Learoyd, qui se retrouve « champion malgré lui », sauveur nécessaire et redouté. Dans le deuxième tome, il se retrouve isolé avec un jeune magicien, Dunstan, le duo étant aux prises avec de nombreux dangers. Ce deuxième album voit l’effacement de la société des Nuageois (provisoirement normalement) et surtout l’ancrage un peu plus SF du récit, avec l’apparition d’autres humains aux pouvoirs énormes. Cette partie est plus originale. Plusieurs bémols toutefois pour finir. Si la lecture est rythmée et agréable et si la série est vraiment recommandable, j’ai trouvé le dessin inégal et la colorisation informatique pas toujours heureuse. Enfin, les deux tomes ayant paru il y a plus de huit ans, je crains que la série ne soit abandonnée, ce qui est dommage, et nous laisse en plan avec beaucoup trop de questions en suspens.
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Je suis assez peu mitigé après cette lecture qui m'a laissé sur ma faim. Globalement, ce n'est pas du tout une mauvaise BD mais qui m'a dérangé par deux trois aspects. Bon, déjà l'histoire est un polar et je crois avoir déjà souligné plusieurs fois que je ne suis vraiment pas fan de ce style même si quelques auteurs trouvent grâce à mes yeux. Sauf que là, j'ai eu l'impression de voir de nombreux clichés véhiculés qui se retrouvent condensés : la jeune femme qui mène l'enquête en parallèle de la police et s'en sort mieux qu'elle (avec une certaine tendance à réussir tout ce qu'elle entreprend), tout le monde qui se confie à une inconnue y compris sur des sujets secrets et importants, le personnage excentrique et déjanté bien trop assurée et toujours dans le contrôle... Et le tout, c'est que l'histoire a une certaine invraisemblance à mon gout. L'enquête a des ficelles bien trop grosses, des détails qui font tiquer (notamment la question de la bipolarité traité de façon... disons pas très logique psychanalytiquement parlant !). En disant cela, je semble hyper-critique dans mon avis, mais parce qu'au sortir de ma lecture j'ai surtout ressenti un "bof" qui a marqué mon impression générale. Mais la BD est très lisible, au dessin dynamique et bien campé, avec une histoire prenante qui se laisse lire d'un bout à l'autre. C'est simplement que le ressenti final est assez peu intéressant. Je l'ai lu, j'ai pas eu de déplaisir à la lecture et j'aurais probablement oublié la plupart de l'histoire dans deux semaines. En fait, je crois que j'ai surtout peu accroché au personnage principal. Elle a des airs de Mary-Sue dans son comportement trop badass qui résout tout. Une sorte de James Bond féminin (qui enchaine autant les conquêtes d'ailleurs). Le tout rehaussé par sa dynamique de jeune fille dynamique, explosive et excentrique. Sauf que je ne la trouve pas beaucoup attachante (et je me demande ce que Pénélope apprécie chez elle), de la même façon que je n'arrive pas à adhérer à cette manie de coller à des personnages pareils une cigarette aux lèvres à chaque planche. C'est sans doute accentué par la lecture de Cigarettes - Le Dossier sans filtre mais je ne peux plus l'ignorer. Ça me rappelle juste que l'industrie de la clope nous a vendue cette attitude chez les femmes comme un symbole d'émancipation -y compris sexuel- ainsi qu'une ode à la liberté de penser. Bref, je fais mon râleur sur cette BD parce que de nombreux points m'interpellent et que je n'arrive pas à passer outre, mais voila, c'est "juste" une BD que je n'ai pas spécialement aimée, que je ne relirais pas et que j'oublierais. Mais ce n'est pas une mauvaise BD, c'est sûr. Mise à jour après le deuxième volume : Bon, ben la suite est du même acabit et je ne pourrais pas dire que j'ai moins ou plus aimé. C'est du même tonneau, dans le ton, dans les propos et dans le personnage. Il y a une évolution qui semble dessiner la suite de la série, avec les voix de Eva qui disparaissent suite à la première affaire, semblant indiquer que le propos sera de lui permettre de s'en débarrasser petit à petit en s'intéressant à des affaires en lien avec les vies de ses ancêtres. Ça promet une suite en deux volumes au moins et ça développe le personnage, c'est sympathique. Cependant, les défauts que je voyais dans le premier tome sont encore bien présent. J'ai toujours du mal avec la représentation du trouble de bipolarité et de la façon dont est traité la psychiatrie et les soins, de même que l'omniprésence de la clope m'agace toujours autant. Eva n'a presque aucune planche sans sa cigarette aux lèvres ! Bref, le deuxième tome confirme que je n'aime pas le personnage et les détails, que l'histoire globale ne me suffit pas à passer outre ces défauts et que c'est bien une question de ressenti entre la BD et moi. Je n'aime pas, c'est comme ça, tant pis pour moi.
Salinger - Avant l'Attrape-Coeurs
Comme mes autres collègues, je suis passé à côté de cette BD. En fait, ce sont les mêmes sentiments qui prédominent suite à la lecture : l'ennui et l'impression que la BD s'adresse à quelqu'un d'autre. Je connais l'auteur Salinger dont j'ai lu "L'attrape-cœur" que je n'ai pas du tout aimé, mais je ne connaissais pas sa vie en générale. Et malheureusement, cette BD n'est pas une réelle biographie, mais un extrait biographique seulement, celui du premier mariage de Salinger. Ce qui est intéressant pour des personnes qui apprécient l'auteur, mais lorsqu'on ne connait pas spécialement sa vie et qu'on s'intéresse de très loin à son œuvre, c'est pas très passionnant. Le personnage de Salinger n'est pas très sympathique de prime abord, motivé par son traumatisme de la guerre et les horreurs qu'il y aura vu, et sa femme est mystérieuse sans que l'on ne comprenne réellement ce qu'elle est tout au long de l'histoire. L'alchimie prend assez peu et finalement je me désintéresse de ce couple bavard qui s'engueule. La BD est produite par une chercheuse ayant travaillé sur Salinger et je dirais que ça se sent. C'est le résultat d'une personne très intéressée par l'auteur, cherchant à comprendre certains détails de sa vie et le sens qu'on peut lui donner, mais sans donner au tout venant l'envie de s'y intéresser. Si l'on ne connait pas Salinger on qu'on s'en fiche, cette BD n'apprend rien, n'apporte rien et s'oublie vite. C'est un travail sérieux, documenté, construit et riche, mais qui ne contentera qu'un petit cercle d'initiés dont je ne fais pas partie. D'autant que la BD est parfois trop précise pour des néophytes (comme par exemple sur les citations de poèmes ou les dates et lieux) mais ne permet pas d'appréhender l'intérêt de ce qui est raconté. Le dessin est sobre, assez froid mais en accord avec le ton global. Il est malheureusement plombé par le texte assez présent, trop d'ailleurs, qui rend la BD bavarde et lourde. C'est de fait assez peu plaisant à lire, et globalement je ne peux la conseiller qu'aux personnes très intéressées par la vie de Salinger, les autres peuvent clairement faire l'impasse dessus.
Mon Adolescence explosive
Raikichi vit seul avec sa fille Haruko sur l'île d'Okinawa depuis le décès de son épouse. Trop pris par son métier d'instructeur pour l'armée japonaise, il n'a pas vu sa fille grandir et se retrouve face au fait accompli lorsqu'elle atteint la puberté. Mais, pour elle, les transformations de l'adolescence prennent un tour explosif, au sens littéral, puisqu'elle se découvre des pouvoirs psychiques qu'elle maîtrise mal, causant d'importants dégâts autour d'elle. Pris au dépourvu, son père va découvrir qu'elle est loin d'être la seule à posséder de tels pouvoirs. Alors que l'auteur avait initialement prévu de raconter une histoire mettant en scène son île natale d'Okinawa et ses spécificités culturelles, il a finalement abouti à ce récit mêlant super-pouvoirs et bouleversements de l'adolescence. Cette approche lui permet à la fois de développer une intrigue d'action centrée sur des conflits entre jeunes dotés de capacités extraordinaires, tout en abordant la complexité des relations père-fille à cet âge-là. Le mélange est original, mais pas entièrement convaincant. Le dessin, pris isolément, est de bonne facture. Le trait est maîtrisé, les personnages sont reconnaissables et l'encrage soigné. En revanche, la mise en scène se révèle nettement plus laborieuse. Le problème ne tient pas seulement au dessin, mais à la narration graphique dans son ensemble : le rythme paraît saccadé et abrupt, avec des enchaînements de cases peu lisibles et des scènes d'action souvent confuses. Tout reste compréhensible, mais seulement après coup, comme si le lecteur devait constamment raccrocher les wagons d'un récit maladroit. Les réactions des personnages manquent également de justesse. L'héroïne adopte un comportement excessif, censé traduire l'instabilité émotionnelle de l'adolescence exacerbée par ses pouvoirs, mais elle devient trop imprévisible pour être réellement cernée. Son père, pourtant présenté comme plus posé, se montre lui aussi étrange par son attitude excessivement terre-à-terre, malgré les événements incontestablement fantastiques auxquels il est confronté. Les personnages secondaires souffrent du même problème, avec des réactions trop variables d'une scène à l'autre et souvent poussées dans l'excès. Il en résulte un récit qui rassemble de bons éléments et des thématiques intéressantes, mais qui peine à trouver sa cohérence à cause d'une narration peu fluide et d'un manque de naturel dans les personnages comme dans l'enchaînement des scènes. Nous restons toutefois au stade de l'introduction, et il faudra attendre la suite pour se faire une idée plus définitive de ce manga. Note : 2,5/5
La Nouvelle Arcadie
Sur une côte méditerranéenne encore préservée, Prométhée Foiemangé, jeune cadre persuadé d'œuvrer pour le progrès, est envoyé dans un petit port de pêche afin de convaincre la population de céder ses terres pour un projet d'avenir fondé sur le béton et le tourisme de masse. Pour y parvenir, il doit rallier à sa cause une grande famille locale pour le moins singulière, quitte à exploiter les failles et les tensions internes qui la traversent. Mais cette famille se révèlera bien plus profondément enracinée dans ces lieux qu'elle ne le laisse paraître. Avec La Nouvelle Arcadie, l'auteur espagnol Juanjo Rodríguez J. propose une fable comique à la croisée de la satire sociale, de la comédie familiale et... de la mythologie grecque. Il situe son récit dans un décor chaleureux aux accents provençaux, imprégné de l'insouciance des années 1960. Le dessin est expressif et séduisant, avec un soin particulier apporté aux décors et aux ambiances. Les couleurs patinées et la lumière méditerranéenne donnent beaucoup de charme à l'ensemble et incarnent visuellement ce monde ancien encore intact, confronté à une modernité froide et envahissante. Je regrette toutefois un encrage trop fin, qui prive le dessin du surplus d'élégance qu'il aurait mérité. Côté scénario, le récit débute comme une comédie légèrement absurde, à la manière d'un Qui a tué l'idiot ?, avec l'arrivée d'un jeune homme dans un village et une famille excentrique où la farce se mêle à la satire sociale. Les personnages sont hauts en couleur, presque excessifs au premier abord, mais cela relève d'un choix assumé. Assez rapidement, ce qui n'était d'abord suggéré s'affirme pleinement. J'ai eu le plaisir de deviner la révélation avant qu'elle ne soit explicitement formulée, mais très vite celle-ci ne se cache plus et devient même un peu trop appuyée, ce qui m'a fait regretter que le doute ne soit pas entretenu plus longtemps. Je préfère ne pas la dévoiler afin de vous préserver la découverte, même si elle occupe rapidement une place centrale dans l'intrigue. Disons simplement qu'il est question d'une famille profondément dysfonctionnelle, mais étonnamment stable depuis longtemps. La transposition mythologique fonctionne bien et reste fidèle à son modèle, tout en soulignant avec humour, et parfois une ironie douce-amère, le conflit entre tradition et modernité. J'ai toutefois trouvé que la mise en scène manquait souvent de finesse. Le registre de la farce est trop appuyé et certaines réactions sont surjouées. Le propos manque aussi par moments de mordant. La fable demeure agréable et engagée, mais elle n'explore pas toujours pleinement ses idées, et la critique du capitalisme touristique reste relativement sage, comme si le récit hésitait à durcir réellement son discours. La Nouvelle Arcadie est une comédie plaisante et humaine, portée par une idée forte et un univers visuel séduisant, malgré un encrage un peu trop discret. J'ai davantage adhéré à son concept qu'à l'ampleur réelle de son développement. Une telle idée aurait mérité plus d'élégance et de finesse pour être plus marquant.