Angel Doll, typiquement le genre d’album que tu prends sans trop hésiter parce que la couverture te parle. Intrigante, réussie, elle vend quelque chose.
Et derrière… il n’y a rien.
Très honnêtement, si j’avais lu l' avis d’Ems, je n’y serais jamais allé. Et après lecture, je comprends totalement pourquoi.
C’est vide. L’histoire ne prend jamais, les enjeux sont inexistants, et on reste totalement extérieur à ce qui se passe. Aucun attachement, aucune tension, aucun moment marquant. Juste une impression de suivre quelque chose qui n’a ni direction ni impact.
Et pourtant, ce n’est pas verbeux. Ça se lit vite. Mais même avec ça, j’ai trouvé le temps long. Très long. Au point d’avoir eu envie de lâcher l’album au bout d’une quinzaine de pages. Ce qui m’arrive très rarement.
Je suis allé au bout uniquement parce que je l’avais acheté. Sinon, il ne m’aurait clairement pas retenu.
Une couverture qui attire… mais un contenu qui ne suit absolument pas.
Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête.
Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique.
Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page.
Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique.
Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case.
Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans.
Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle.
Un pur plaisir de lecture
Alors alors...
Je suis rentré dans cette bd assez enthousiaste. J'avais beaucoup aimé l'adaptation de Le Choeur des femmes faite par la même autrice, et c'est le genre de sujet que j'affectionne. Et j'avoue que j'ai beaucoup aimé le début. Je l'ai trouvé touchant, bien amené, j'ai aimé suivre le parcours de Aude Mermilliod dans sa construction et sa reconstruction. J'aime en plus beaucoup le dessin, qui est rond, réconfortant. Les couleurs également un peu pastels et claires sont très dans le ton, et elles deviennent de plus en plus vives au fur et à mesure du livre (ça, j'avoue que je viens seulement de le remarquer), au fur et à mesure que l'héroïne se libère et s'accepte.
Mais le problème, c'est que 260 (!) pages, c'est long. Un peu trop long. Certaines histoires trainent un peu, l'histoire a du mal à enchainer, et du coup, l'émotion se perd. Au milieu du récit, dans la partie qui se passe au Canada et celle juste après, j'ai du me forcer pour continuer, car je commençais un peu à m'ennuyer. Comme Ro, j'ai aussi parfois eu un peu de mal à suivre certains choix, et pareil, ça m'a un peu fait perdre en émotion. Finalement, j'avais quand même envie d'arriver au bout, de voir comment elle a finalement réussi à arriver au bout de ce chemin, comment tout ce cheminement intérieur a fini. Et je me suis remis dedans dans la dernière partie, toujours aidé par ce dessin tout chaud que j'aime beaucoup, et, quand même, par le propos global que je trouve important et inspirant, l'histoire d'une femme qui a cherché, pendant toutes ces années, à s'épanouir dans ses relations, à accepter son corps et elle-même. Je trouve ça quand même assez inspirant, même si comme dit plus tôt j'aurais sûrement été plus touché si le récit avait été un peu plus nerveux et si je m'étais un peu plus retrouvé chez l'héroïne, notamment au niveau du caractère.
En tout cas, je compte bien lire les autres bds de Mermilliod, tant les sujets qu'elles semblent aborder m'intéressent.
Je ne suis clairement pas fan de tatouages, je n'en ai aucun, mais j'ai toujours trouvé les histoires autour et la culture qui s'en est développée assez interessantes. Je me souviens d'une expo sur le tatouage que j'avais beaucoup aimée au quai Branly, où j'avis un peu découvert toutes ces manières de faire, ces différences culturelles, de techniques, etc. Alors quand j'ai vu cette bd à la bibli, d'un auteur que j'aime en plus beaucoup, je n'ai pas trop hésité.
Le tout se lit très facilement et est très fluide. J'aime bien la narration de Cookie Kalkair, qui a je trouve un ton particulier, je ne saurais pas trop le définir, mais ça me plait bien. Il a une façon de raconter ses histoires (je crois que tout ce que j'ai lu était autobiographique) très fluide, touchante quand il le faut et teintée d'humour.
Il nous raconte dans cette bd l'histoire de certains de ses tatouages, comprenant le contexte autour, le tatoueur, son style, etc. Je l'ai dit, ça se lit bien et ce n'est pas du tout rébarbatif, même si on n'est pas passionné par le tatouage et qu'on n'y connaît rien. Une lecture sympathique donc, même si je n'ai pas été embarqué avec l'auteur autant que je l'aurais été si j'avais été passionné.
En ce qui concerne le dessin, j'aime beaucoup le style, qui est un peu moins à maturité que sur ses dernières productions, l'expression des personnages restant une force et quelque chose qui marche très bien. La couleur toute rouge orange des pages m'a un peu gêné au début, je trouve que ça perd un peu l'oeil. Mais je m'y suis vite fait.
Une bonne petite lecture dans le RER pour ma part.
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie.
On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel.
Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel.
Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un.
Détail par tome :
Tome 1 : 5/5
Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive.
Tome 2 : 5/5
Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension.
Tome 3 : 5/5
Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant.
Tome 4 : 4/5
Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore.
Tome 5 : 4/5
Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite.
Tome 6 : 5/5
Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement.
Avis global : 4,5/5
Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu.
Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège.
Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but.
Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit.
Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture.
Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail.
Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement).
Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique.
Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
La série s'inspire à la base de la Rubrique-à-Brac de Gotlib, avec ce principe de départ consistant à répondre avec humour à des questions animalières supposément envoyées par des lecteurs. Mais dans les faits, elle se rapproche davantage du travail de Marion Montaigne (Tu mourras moins bête), puisqu’elle propose un vrai contenu informatif, avec des explications scientifiques et des anecdotes intéressantes sur les animaux.
Le problème, c’est que l’équilibre entre humour et information ne fonctionne pas toujours très bien. L’ensemble est moins débridé et absurde que chez Gotlib, mais aussi moins percutant dans son comique que Marion Montaigne. L’humour reste souvent assez enfantin et, à mes yeux, pas toujours très efficace, même si certains passages m’ont fait sourire, notamment l’article sur les pigeons voyageurs.
Côté contenu, j’ai trouvé qu’il y avait malgré tout de vraies choses à apprendre, ce qui rend la lecture agréable et parfois instructive. En revanche, la présence d’informations volontairement fausses, disséminées parmi les vraies sans être clairement identifiées comme des blagues, m’a un peu gêné, comme par exemple dans la page sur les cris des animaux. Cela peut prêter à confusion quand on ne sait pas toujours facilement distinguer le vrai du faux, ce qui me semble problématique, surtout pour un jeune lectorat.
Si j'aime bien l’idée de départ d'articles informatifs et humoristiques sur les animaux, je suis un peu mitigé sur l’efficacité de l’humour et sur ce mélange parfois flou entre vulgarisation et fantaisie.
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps.
Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note.
J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
Je suis d’accord avec Gaston. Cette histoire d’immigrés haïtiens (en tout cas celle des parents du narrateur) et de ses rapports avec la société québécoise, a des côtés intéressants, attachants. Mais aussi un traitement qui ne m’a pas vraiment convaincu.
La narration est un peu trop décousue. Mais le dessin, pourtant très lisible et pas désagréable en lui-même, ne me paraît pas forcément adapté à ce type de récit. C’est plus un dessin que j’aurais vu sur des récits d’action ou d’humour (voir les mimiques des personnages, souvent surjouées). Mais là, sur ce type de récit, il y a je trouve un petit décalage à ce niveau entre le côté graphique et l’histoire elle-même.
Bon, cela dit, la lecture n’est ni inintéressante ni déplaisante, et le travail éditorial de La Pastèque est, comme très souvent, très bon, avec couverture et papier épais.
Note réelle 2,5/5.
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Angel Doll
Angel Doll, typiquement le genre d’album que tu prends sans trop hésiter parce que la couverture te parle. Intrigante, réussie, elle vend quelque chose. Et derrière… il n’y a rien. Très honnêtement, si j’avais lu l' avis d’Ems, je n’y serais jamais allé. Et après lecture, je comprends totalement pourquoi. C’est vide. L’histoire ne prend jamais, les enjeux sont inexistants, et on reste totalement extérieur à ce qui se passe. Aucun attachement, aucune tension, aucun moment marquant. Juste une impression de suivre quelque chose qui n’a ni direction ni impact. Et pourtant, ce n’est pas verbeux. Ça se lit vite. Mais même avec ça, j’ai trouvé le temps long. Très long. Au point d’avoir eu envie de lâcher l’album au bout d’une quinzaine de pages. Ce qui m’arrive très rarement. Je suis allé au bout uniquement parce que je l’avais acheté. Sinon, il ne m’aurait clairement pas retenu. Une couverture qui attire… mais un contenu qui ne suit absolument pas.
Le Serment
Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête. Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique. Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page. Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique. Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case. Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans. Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle. Un pur plaisir de lecture
Éclore
Alors alors... Je suis rentré dans cette bd assez enthousiaste. J'avais beaucoup aimé l'adaptation de Le Choeur des femmes faite par la même autrice, et c'est le genre de sujet que j'affectionne. Et j'avoue que j'ai beaucoup aimé le début. Je l'ai trouvé touchant, bien amené, j'ai aimé suivre le parcours de Aude Mermilliod dans sa construction et sa reconstruction. J'aime en plus beaucoup le dessin, qui est rond, réconfortant. Les couleurs également un peu pastels et claires sont très dans le ton, et elles deviennent de plus en plus vives au fur et à mesure du livre (ça, j'avoue que je viens seulement de le remarquer), au fur et à mesure que l'héroïne se libère et s'accepte. Mais le problème, c'est que 260 (!) pages, c'est long. Un peu trop long. Certaines histoires trainent un peu, l'histoire a du mal à enchainer, et du coup, l'émotion se perd. Au milieu du récit, dans la partie qui se passe au Canada et celle juste après, j'ai du me forcer pour continuer, car je commençais un peu à m'ennuyer. Comme Ro, j'ai aussi parfois eu un peu de mal à suivre certains choix, et pareil, ça m'a un peu fait perdre en émotion. Finalement, j'avais quand même envie d'arriver au bout, de voir comment elle a finalement réussi à arriver au bout de ce chemin, comment tout ce cheminement intérieur a fini. Et je me suis remis dedans dans la dernière partie, toujours aidé par ce dessin tout chaud que j'aime beaucoup, et, quand même, par le propos global que je trouve important et inspirant, l'histoire d'une femme qui a cherché, pendant toutes ces années, à s'épanouir dans ses relations, à accepter son corps et elle-même. Je trouve ça quand même assez inspirant, même si comme dit plus tôt j'aurais sûrement été plus touché si le récit avait été un peu plus nerveux et si je m'étais un peu plus retrouvé chez l'héroïne, notamment au niveau du caractère. En tout cas, je compte bien lire les autres bds de Mermilliod, tant les sujets qu'elles semblent aborder m'intéressent.
Lever l'encre
Je ne suis clairement pas fan de tatouages, je n'en ai aucun, mais j'ai toujours trouvé les histoires autour et la culture qui s'en est développée assez interessantes. Je me souviens d'une expo sur le tatouage que j'avais beaucoup aimée au quai Branly, où j'avis un peu découvert toutes ces manières de faire, ces différences culturelles, de techniques, etc. Alors quand j'ai vu cette bd à la bibli, d'un auteur que j'aime en plus beaucoup, je n'ai pas trop hésité. Le tout se lit très facilement et est très fluide. J'aime bien la narration de Cookie Kalkair, qui a je trouve un ton particulier, je ne saurais pas trop le définir, mais ça me plait bien. Il a une façon de raconter ses histoires (je crois que tout ce que j'ai lu était autobiographique) très fluide, touchante quand il le faut et teintée d'humour. Il nous raconte dans cette bd l'histoire de certains de ses tatouages, comprenant le contexte autour, le tatoueur, son style, etc. Je l'ai dit, ça se lit bien et ce n'est pas du tout rébarbatif, même si on n'est pas passionné par le tatouage et qu'on n'y connaît rien. Une lecture sympathique donc, même si je n'ai pas été embarqué avec l'auteur autant que je l'aurais été si j'avais été passionné. En ce qui concerne le dessin, j'aime beaucoup le style, qui est un peu moins à maturité que sur ses dernières productions, l'expression des personnages restant une force et quelque chose qui marche très bien. La couleur toute rouge orange des pages m'a un peu gêné au début, je trouve que ça perd un peu l'oeil. Mais je m'y suis vite fait. Une bonne petite lecture dans le RER pour ma part.
The Department of Truth
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie. On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel. Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel. Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un. Détail par tome : Tome 1 : 5/5 Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive. Tome 2 : 5/5 Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension. Tome 3 : 5/5 Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant. Tome 4 : 4/5 Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore. Tome 5 : 4/5 Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite. Tome 6 : 5/5 Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement. Avis global : 4,5/5 Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un été cruel
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu. Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège. Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but. Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit. Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Akira
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture. Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail. Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement). Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique. Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Wikipanda
La série s'inspire à la base de la Rubrique-à-Brac de Gotlib, avec ce principe de départ consistant à répondre avec humour à des questions animalières supposément envoyées par des lecteurs. Mais dans les faits, elle se rapproche davantage du travail de Marion Montaigne (Tu mourras moins bête), puisqu’elle propose un vrai contenu informatif, avec des explications scientifiques et des anecdotes intéressantes sur les animaux. Le problème, c’est que l’équilibre entre humour et information ne fonctionne pas toujours très bien. L’ensemble est moins débridé et absurde que chez Gotlib, mais aussi moins percutant dans son comique que Marion Montaigne. L’humour reste souvent assez enfantin et, à mes yeux, pas toujours très efficace, même si certains passages m’ont fait sourire, notamment l’article sur les pigeons voyageurs. Côté contenu, j’ai trouvé qu’il y avait malgré tout de vraies choses à apprendre, ce qui rend la lecture agréable et parfois instructive. En revanche, la présence d’informations volontairement fausses, disséminées parmi les vraies sans être clairement identifiées comme des blagues, m’a un peu gêné, comme par exemple dans la page sur les cris des animaux. Cela peut prêter à confusion quand on ne sait pas toujours facilement distinguer le vrai du faux, ce qui me semble problématique, surtout pour un jeune lectorat. Si j'aime bien l’idée de départ d'articles informatifs et humoristiques sur les animaux, je suis un peu mitigé sur l’efficacité de l’humour et sur ce mélange parfois flou entre vulgarisation et fantaisie.
Complainte des landes perdues - Les Chevaliers du Pardon
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps. Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note. J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
Migrasyon
Je suis d’accord avec Gaston. Cette histoire d’immigrés haïtiens (en tout cas celle des parents du narrateur) et de ses rapports avec la société québécoise, a des côtés intéressants, attachants. Mais aussi un traitement qui ne m’a pas vraiment convaincu. La narration est un peu trop décousue. Mais le dessin, pourtant très lisible et pas désagréable en lui-même, ne me paraît pas forcément adapté à ce type de récit. C’est plus un dessin que j’aurais vu sur des récits d’action ou d’humour (voir les mimiques des personnages, souvent surjouées). Mais là, sur ce type de récit, il y a je trouve un petit décalage à ce niveau entre le côté graphique et l’histoire elle-même. Bon, cela dit, la lecture n’est ni inintéressante ni déplaisante, et le travail éditorial de La Pastèque est, comme très souvent, très bon, avec couverture et papier épais. Note réelle 2,5/5.