Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling.
Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle.
Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ».
Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas.
Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire.
La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail).
Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter.
Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
L’ouvrage possède des qualités, se laisse lire facilement, mais il m’a aussi laissé un peu sur ma faim.
Il m’a déjà permis de connaitre cette femme, Hypathie – sans doute une des premières scientifiques féminines à propos de laquelle beaucoup d’informations nous sont parvenues. Et les auteurs utilisent ces informations, sur sa formation (avec son père), et sur le rôle important qu’elle a joué, au tournant des IVème et Vème siècle, à Alexandrie, dans le développement des sciences et plus généralement de leur enseignement. Le contexte historique est aussi assez bien rendu.
Le destin d’Hypathie est finalement tragique. Mais durant toute sa vie, elle a incarné une forte liberté intellectuelle – que sa naissance parmi la « bonne société » a bien sûr facilité. Et elle a fait face à beaucoup de misogynie, sa détermination et son talent lui permettant de passer outre, jusqu’au drame final. D’ailleurs c’est plutôt après sa mort que son « féminismes » a été mis en avant (contre elle pour en faire une préfiguration des « sorcières » de la part de ses détracteurs, et plus près de nous pour en faire une pionnière du féminisme – ce qui est sans doute anachronique.
J’ai juste trouvé le récit parfois un peu « sec ». Il y a aussi parfois quelques tournures qui m’ont semblé quelque peu anachroniques. En particulier le passage d’Hypathie dans « l’école d’Athènes » ressemble un peu trop dans certains dialogues à la vie estudiantine du XXème siècle (voir certains dialogues entre « étudiants »). Ils ont aussi pris la liberté de lier le destin tragique d’Hypathie avec la destruction de la Bibliothèque d’Alexandrie, ce qui n’est en réalité pas le cas (on ne sait d’ailleurs pas grand-chose de cette destruction).
Mais bon, le récit est instructif (aussi sur les conflits religieux des débuts du christianisme en Égypte), et donc intéressant.
La lecture est relativement rapide, mais plutôt intéressante.
Sur un sujet d’actualité (les migrations clandestines – ici venues de la Syrie en guerre – et le rôle des filières mafieuses de « passeurs »), l’album nous présente une histoire romancée et vaguement policière, mais qui hélas parait fortement teintée de réalité. Et c’est une histoire dure.
Cette âpreté, dessin et colorisation la rendent assez bien. Des couleurs ternes, un gris bleuté, accentuent une certaine tristesse du récit.
Les personnages sont assez typés et relativement manichéen (des passeurs sans scrupules ni empathie, des migrants fatalistes sans réaction face aux violences), à part le duo de personnages principaux : un des passeurs (dont on apprend via des flash-backs comment il en est arrivé là et la douleur cachée qui l’obsède) et une jeune migrante kurde portant une des seules traces de couleurs sur elle un foulard des combattante kurdes des YPG. Ces deux personnages donnent un peu plus de nuances au récit. Plus d’humanité aussi. Mais pas moins de violence finalement.
Le récit est intéressant, et il est très bien complété par un excellent dossier (assez copieux et très détaillé en fin d’album).
La lecture est recommandée en tout cas, narration et dessin étant très fluides.
Note réelle 3,5/5.
Le récit couvre la vie d'une femme, la mère d'Altarriba, tout au long de l'histoire contemporaine de l'Espagne, surtout pendant la période franquiste. Une vie de conformisme et de résignation, marquée par le catholicisme conservateur, par le silence concernant son handicap et l'obéissance aux hommes et aux pouvoirs établis. C'est bien écrit et nous le suivons bien. Les dessins de Kim, sans être excellents, remplissent leur rôle. Je suis d'accord avec l'avis de Noirdésir, la vie du père de l'auteur dans L'Art de voler est beaucoup plus riche en péripéties.
Rosamée raconte l'histoire d'une jeune fille vivant sur une île isolée qui, en bravant un interdit pour retrouver son meilleur ami disparu, entreprend un voyage initiatique où elle sera confrontée à des secrets, des croyances anciennes et à la nécessité de tracer sa propre voie.
Rosamée est une jolie trilogie jeunesse qui séduit d'abord par son aspect visuel. Le dessin de Berny est sans doute le principal atout de la série : souple, expressif, très maîtrisé, il évoque autant l'univers de l'animation que la souplesse du trait de Cyril Pedrosa. Les décors, les couleurs et la mise en scène donnent régulièrement envie de tourner les pages, même lorsque le récit peine un peu à suivre le même niveau d'inspiration.
Car si l'histoire est globalement agréable et suffisamment intrigante pour donner envie d'aller au bout, son rythme narratif m'a laissé plus réservé. Le premier tome repose sur un ressort extrêmement classique : une enfant à qui l'on interdit d'aller dans un lieu mystérieux sans jamais lui expliquer pourquoi. On comprend immédiatement ce qui va se passer et pourtant cette mise en place occupe la totalité de l'album. Le deuxième tome est lui aussi dans une veine assez convenue, proche du conte pour enfants. Rosamée atteint enfin le lieu interdit, y rencontre des personnages inquiétants qui se montrent d'abord accueillants avant de révéler assez vite leur véritable nature. L'ensemble fonctionne correctement mais s'étire là aussi sur un volume entier, avec des personnages et des situations davantage guidés par le symbolisme et la métaphore que par une logique réaliste.
C'est finalement dans le troisième tome que l'intrigue prend une direction un peu moins attendue, plus concrète dans un premier temps, avant de développer à nouveau ses thèmes sur l'émancipation, la remise en question des traditions et la capacité des nouvelles générations à s'affranchir des croyances héritées. Les révélations apportent un supplément de sens à l'ensemble, même si elles conservent ce ton de fable symbolique qui caractérise toute la série.
Malheureusement, cette dernière partie donne aussi l'impression que les auteurs ont dû conclure la série plus vite que prévu. La fin paraît précipitée et plusieurs éléments auraient mérité davantage de développement. J'ai le sentiment que le contenu des deux premiers tomes auraient pu être davantage condensé, afin de laisser plus d'espace à l'intrigue du dernier tome et à la conclusion.
Une lecture sympathique, portée par un dessin réussi et un univers agréable à parcourir, mais dont la narration manque au départ trop de densité et d'originalité pour exploiter pleinement son potentiel.
J'ai commencé par L'empire des 1000 planètes, qui m'a ébloui. Hélas, le reste, moins ! Parfois, on éprouve une certaine lassitude et ennui sans qu'une œuvre ait franchement démérité. Peut-être l'enthousiasme de la nouveauté l'a-t-il fait surestimer ? J'aime bien les héros, le trait n'est pas mauvais mais je me suis lassé, les intrigues ne m'ayant pas happé, loin de là ! Or donc, quand tout est calme, il faut de fort belles images ou des dialogues brillantissimes, et ce n'est pas la cas.
Un peu dans le même genre, on a transformé l'essai dans Orbital ! Signe qui ne trompe pas, j'attends la suite, celle de notre série, non. Je comprends que certains se fixent sur Laureline : il y a si peu d'héroïnes un tant soit peu charismatique. Mais en humain, Yoko Tsuno est mieux, à mon avis. Et pour ne pas être humaine, l'héroïne d'Orbital ne lui cède en rien. Et cerise sur le gâteau, le héros n'a rien du presque benêt Valérian ! Le dessin est tellement plus beau et original : on voit tout le tranchant des aventures, des dilemmes, et il y a un certain flou, comme dans la vie.
2.5
La grosse biographie d'Osamu Tezuka par son studio et disons que ça se voit un peu trop par moment lorsqu'on sort la brosse à luire et qu'on parle à quel point Tezuka était un grand maitre du manga et qu''il était un conteur génial né. Heureusement, on le montre aussi dans des situations qui ne le mets pas trop en valeur et au travers sa vie on voit une bonne partie de l'histoire du manga et des changements de la société japonaise pendant une bonne partie du vingtième siècle.
Ce manga est pas dénué d'intérêt, mais c'est trop long et surtout c'est un peu trop répétitif. À force de voir Tezuka accepter un boulot, avoir des problèmes avec ces éditeurs parce qu'il est toujours en retard, produire des animes...ben on dirait qu'on tourne un peu en rond. On est loin des longues sagas excitantes que Tezuka lui-même faisait. Le pire est qu'on a droit à des extraits de différentes œuvres autobiographies que Tezuka a faites au cours de sa vie et elles ont l'air plus passionnante à lire.
C’est une œuvre originale réservée à un public adulte, portée par un scénario correct et surtout par une identité visuelle très marquante.
Quelques mots d’abord sur le dessin. Il est immédiatement reconnaissable et vraiment singulier. Les couleurs pastel éclatantes, les associations audacieuses de teintes et d’aplats, ainsi que les contours minimalistes des personnages et des objets donnent à l’ensemble un aspect à la fois élégant, vivant et légèrement rétro. L’artiste accorde une attention particulière à la couleur et à la composition, et le résultat est particulièrement réussi. Certaines planches sont un véritable plaisir pour les yeux, et plusieurs cases pourraient facilement être exposées comme des affiches dans une galerie d’art contemporain.
J’ai également apprécié la manière dont l’histoire est racontée. Le récit passe par les pensées de Bo, qui se remémore des événements auxquels il a lui-même participé. Le scénario n’est ni particulièrement complexe ni très profond, mais il reste agréable à suivre et suffisamment prenant pour marquer la mémoire.
Au final, c’est une œuvre visuellement très originale destinée à un public adulte. Si elle ne brille pas forcément par ses idées, elle séduit par son style graphique atypique et son atmosphère.
Après ma lecture, j’ai eu envie de feuilleter à nouveau l’album, simplement pour revoir ces couleurs, ces compositions et ces choix visuels. C’est clairement le dessin qui m’a le plus marqué dans cette œuvre.
Une lecture intéressante.
Sixtine Dano (que je découvre avec cet album) parvient à traiter d’un sujet difficile avec une certaine pudeur, une retenue – même si, du coup, on pourrait reprocher à cette histoire de manquer de souffle.
Le fait est que le ton presque dépassionné du récit ne nous place pas immédiatement, ou totalement, en situation d’empathie envers Raphaëlle (ou sa copine). Et pourtant, elles se retrouvent dans des situations difficiles.
A l’inverse, l’auteure parvient bien – par-delà tel ou tel personnage – à nous rendre conscients de problèmes plus « généraux ». A savoir les problèmes économiques de certains étudiants – même si ici Raphaëlle n’est pas forcément représentative (ses parents sont là, et elle étudie et vit dans des conditions plus agréables que beaucoup d’étudiants fauchés).
Mais surtout, au travers de son activité d’escort girl, Raphaëlle rencontre quelques hommes qui font prendre conscience de certaines violences – sociales, sexuelles – qui se combinent. Le discours froid de certains « clients » fait peur. Le dernier client en est presque caricatural, odieux, sûr de lui et de sa « générosité » (« L’argent sert de contrat à un échange égalitaire et équilibré », « combien un homme peut-il dépenser pour une femme-trophée ? », etc.).
Plus que le personnage de Raphaëlle – qui nous sert presque d’envoyée spéciale, « d’infiltrée », c’est le sujet général qui captive. Même si la baisse de tension est brutale sur la fin, et qu’on quitte Raphaëlle et sa copine en ayant l’impression qu’on n’a pas tout appris sur elle. Elles n'illustrent pas non plus une vision très gaie, optimiste de l'amour...
Note réelle 3,5/5.
Positif : le dessin, l'effet de surprise puis d'amusement pour le style empoupé d'Achille Talon. Après, il a fini par m'ennuyer mais j'en verrais bien quelques planches à l'occasion. Pour la nostalgie. S'il a une vérité sociologique, tant d'autres bd ne font pas moins. C'est vraiment les discours d'Achille et sa manière de se tenir qui sont originales, ça peut plaire, déplaire, indifférer… A mon avis, on est quand même loin, bien loin de Gaston Lagaffe ou même des insultes variées du capitaine Haddock !
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Je ne veux pas travailler
Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling. Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle. Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ». Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas. Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire. La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail). Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter. Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
Sorcières - Hypathie
L’ouvrage possède des qualités, se laisse lire facilement, mais il m’a aussi laissé un peu sur ma faim. Il m’a déjà permis de connaitre cette femme, Hypathie – sans doute une des premières scientifiques féminines à propos de laquelle beaucoup d’informations nous sont parvenues. Et les auteurs utilisent ces informations, sur sa formation (avec son père), et sur le rôle important qu’elle a joué, au tournant des IVème et Vème siècle, à Alexandrie, dans le développement des sciences et plus généralement de leur enseignement. Le contexte historique est aussi assez bien rendu. Le destin d’Hypathie est finalement tragique. Mais durant toute sa vie, elle a incarné une forte liberté intellectuelle – que sa naissance parmi la « bonne société » a bien sûr facilité. Et elle a fait face à beaucoup de misogynie, sa détermination et son talent lui permettant de passer outre, jusqu’au drame final. D’ailleurs c’est plutôt après sa mort que son « féminismes » a été mis en avant (contre elle pour en faire une préfiguration des « sorcières » de la part de ses détracteurs, et plus près de nous pour en faire une pionnière du féminisme – ce qui est sans doute anachronique. J’ai juste trouvé le récit parfois un peu « sec ». Il y a aussi parfois quelques tournures qui m’ont semblé quelque peu anachroniques. En particulier le passage d’Hypathie dans « l’école d’Athènes » ressemble un peu trop dans certains dialogues à la vie estudiantine du XXème siècle (voir certains dialogues entre « étudiants »). Ils ont aussi pris la liberté de lier le destin tragique d’Hypathie avec la destruction de la Bibliothèque d’Alexandrie, ce qui n’est en réalité pas le cas (on ne sait d’ailleurs pas grand-chose de cette destruction). Mais bon, le récit est instructif (aussi sur les conflits religieux des débuts du christianisme en Égypte), et donc intéressant.
Passeur(s)
La lecture est relativement rapide, mais plutôt intéressante. Sur un sujet d’actualité (les migrations clandestines – ici venues de la Syrie en guerre – et le rôle des filières mafieuses de « passeurs »), l’album nous présente une histoire romancée et vaguement policière, mais qui hélas parait fortement teintée de réalité. Et c’est une histoire dure. Cette âpreté, dessin et colorisation la rendent assez bien. Des couleurs ternes, un gris bleuté, accentuent une certaine tristesse du récit. Les personnages sont assez typés et relativement manichéen (des passeurs sans scrupules ni empathie, des migrants fatalistes sans réaction face aux violences), à part le duo de personnages principaux : un des passeurs (dont on apprend via des flash-backs comment il en est arrivé là et la douleur cachée qui l’obsède) et une jeune migrante kurde portant une des seules traces de couleurs sur elle un foulard des combattante kurdes des YPG. Ces deux personnages donnent un peu plus de nuances au récit. Plus d’humanité aussi. Mais pas moins de violence finalement. Le récit est intéressant, et il est très bien complété par un excellent dossier (assez copieux et très détaillé en fin d’album). La lecture est recommandée en tout cas, narration et dessin étant très fluides. Note réelle 3,5/5.
L'Aile brisée
Le récit couvre la vie d'une femme, la mère d'Altarriba, tout au long de l'histoire contemporaine de l'Espagne, surtout pendant la période franquiste. Une vie de conformisme et de résignation, marquée par le catholicisme conservateur, par le silence concernant son handicap et l'obéissance aux hommes et aux pouvoirs établis. C'est bien écrit et nous le suivons bien. Les dessins de Kim, sans être excellents, remplissent leur rôle. Je suis d'accord avec l'avis de Noirdésir, la vie du père de l'auteur dans L'Art de voler est beaucoup plus riche en péripéties.
Rosamée
Rosamée raconte l'histoire d'une jeune fille vivant sur une île isolée qui, en bravant un interdit pour retrouver son meilleur ami disparu, entreprend un voyage initiatique où elle sera confrontée à des secrets, des croyances anciennes et à la nécessité de tracer sa propre voie. Rosamée est une jolie trilogie jeunesse qui séduit d'abord par son aspect visuel. Le dessin de Berny est sans doute le principal atout de la série : souple, expressif, très maîtrisé, il évoque autant l'univers de l'animation que la souplesse du trait de Cyril Pedrosa. Les décors, les couleurs et la mise en scène donnent régulièrement envie de tourner les pages, même lorsque le récit peine un peu à suivre le même niveau d'inspiration. Car si l'histoire est globalement agréable et suffisamment intrigante pour donner envie d'aller au bout, son rythme narratif m'a laissé plus réservé. Le premier tome repose sur un ressort extrêmement classique : une enfant à qui l'on interdit d'aller dans un lieu mystérieux sans jamais lui expliquer pourquoi. On comprend immédiatement ce qui va se passer et pourtant cette mise en place occupe la totalité de l'album. Le deuxième tome est lui aussi dans une veine assez convenue, proche du conte pour enfants. Rosamée atteint enfin le lieu interdit, y rencontre des personnages inquiétants qui se montrent d'abord accueillants avant de révéler assez vite leur véritable nature. L'ensemble fonctionne correctement mais s'étire là aussi sur un volume entier, avec des personnages et des situations davantage guidés par le symbolisme et la métaphore que par une logique réaliste. C'est finalement dans le troisième tome que l'intrigue prend une direction un peu moins attendue, plus concrète dans un premier temps, avant de développer à nouveau ses thèmes sur l'émancipation, la remise en question des traditions et la capacité des nouvelles générations à s'affranchir des croyances héritées. Les révélations apportent un supplément de sens à l'ensemble, même si elles conservent ce ton de fable symbolique qui caractérise toute la série. Malheureusement, cette dernière partie donne aussi l'impression que les auteurs ont dû conclure la série plus vite que prévu. La fin paraît précipitée et plusieurs éléments auraient mérité davantage de développement. J'ai le sentiment que le contenu des deux premiers tomes auraient pu être davantage condensé, afin de laisser plus d'espace à l'intrigue du dernier tome et à la conclusion. Une lecture sympathique, portée par un dessin réussi et un univers agréable à parcourir, mais dont la narration manque au départ trop de densité et d'originalité pour exploiter pleinement son potentiel.
Valérian
J'ai commencé par L'empire des 1000 planètes, qui m'a ébloui. Hélas, le reste, moins ! Parfois, on éprouve une certaine lassitude et ennui sans qu'une œuvre ait franchement démérité. Peut-être l'enthousiasme de la nouveauté l'a-t-il fait surestimer ? J'aime bien les héros, le trait n'est pas mauvais mais je me suis lassé, les intrigues ne m'ayant pas happé, loin de là ! Or donc, quand tout est calme, il faut de fort belles images ou des dialogues brillantissimes, et ce n'est pas la cas. Un peu dans le même genre, on a transformé l'essai dans Orbital ! Signe qui ne trompe pas, j'attends la suite, celle de notre série, non. Je comprends que certains se fixent sur Laureline : il y a si peu d'héroïnes un tant soit peu charismatique. Mais en humain, Yoko Tsuno est mieux, à mon avis. Et pour ne pas être humaine, l'héroïne d'Orbital ne lui cède en rien. Et cerise sur le gâteau, le héros n'a rien du presque benêt Valérian ! Le dessin est tellement plus beau et original : on voit tout le tranchant des aventures, des dilemmes, et il y a un certain flou, comme dans la vie.
Osamu Tezuka - Une vie en manga (Osamu Tezuka - Biographie)
2.5 La grosse biographie d'Osamu Tezuka par son studio et disons que ça se voit un peu trop par moment lorsqu'on sort la brosse à luire et qu'on parle à quel point Tezuka était un grand maitre du manga et qu''il était un conteur génial né. Heureusement, on le montre aussi dans des situations qui ne le mets pas trop en valeur et au travers sa vie on voit une bonne partie de l'histoire du manga et des changements de la société japonaise pendant une bonne partie du vingtième siècle. Ce manga est pas dénué d'intérêt, mais c'est trop long et surtout c'est un peu trop répétitif. À force de voir Tezuka accepter un boulot, avoir des problèmes avec ces éditeurs parce qu'il est toujours en retard, produire des animes...ben on dirait qu'on tourne un peu en rond. On est loin des longues sagas excitantes que Tezuka lui-même faisait. Le pire est qu'on a droit à des extraits de différentes œuvres autobiographies que Tezuka a faites au cours de sa vie et elles ont l'air plus passionnante à lire.
B.O. comme un dieu
C’est une œuvre originale réservée à un public adulte, portée par un scénario correct et surtout par une identité visuelle très marquante. Quelques mots d’abord sur le dessin. Il est immédiatement reconnaissable et vraiment singulier. Les couleurs pastel éclatantes, les associations audacieuses de teintes et d’aplats, ainsi que les contours minimalistes des personnages et des objets donnent à l’ensemble un aspect à la fois élégant, vivant et légèrement rétro. L’artiste accorde une attention particulière à la couleur et à la composition, et le résultat est particulièrement réussi. Certaines planches sont un véritable plaisir pour les yeux, et plusieurs cases pourraient facilement être exposées comme des affiches dans une galerie d’art contemporain. J’ai également apprécié la manière dont l’histoire est racontée. Le récit passe par les pensées de Bo, qui se remémore des événements auxquels il a lui-même participé. Le scénario n’est ni particulièrement complexe ni très profond, mais il reste agréable à suivre et suffisamment prenant pour marquer la mémoire. Au final, c’est une œuvre visuellement très originale destinée à un public adulte. Si elle ne brille pas forcément par ses idées, elle séduit par son style graphique atypique et son atmosphère. Après ma lecture, j’ai eu envie de feuilleter à nouveau l’album, simplement pour revoir ces couleurs, ces compositions et ces choix visuels. C’est clairement le dessin qui m’a le plus marqué dans cette œuvre.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Une lecture intéressante. Sixtine Dano (que je découvre avec cet album) parvient à traiter d’un sujet difficile avec une certaine pudeur, une retenue – même si, du coup, on pourrait reprocher à cette histoire de manquer de souffle. Le fait est que le ton presque dépassionné du récit ne nous place pas immédiatement, ou totalement, en situation d’empathie envers Raphaëlle (ou sa copine). Et pourtant, elles se retrouvent dans des situations difficiles. A l’inverse, l’auteure parvient bien – par-delà tel ou tel personnage – à nous rendre conscients de problèmes plus « généraux ». A savoir les problèmes économiques de certains étudiants – même si ici Raphaëlle n’est pas forcément représentative (ses parents sont là, et elle étudie et vit dans des conditions plus agréables que beaucoup d’étudiants fauchés). Mais surtout, au travers de son activité d’escort girl, Raphaëlle rencontre quelques hommes qui font prendre conscience de certaines violences – sociales, sexuelles – qui se combinent. Le discours froid de certains « clients » fait peur. Le dernier client en est presque caricatural, odieux, sûr de lui et de sa « générosité » (« L’argent sert de contrat à un échange égalitaire et équilibré », « combien un homme peut-il dépenser pour une femme-trophée ? », etc.). Plus que le personnage de Raphaëlle – qui nous sert presque d’envoyée spéciale, « d’infiltrée », c’est le sujet général qui captive. Même si la baisse de tension est brutale sur la fin, et qu’on quitte Raphaëlle et sa copine en ayant l’impression qu’on n’a pas tout appris sur elle. Elles n'illustrent pas non plus une vision très gaie, optimiste de l'amour... Note réelle 3,5/5.
Achille Talon
Positif : le dessin, l'effet de surprise puis d'amusement pour le style empoupé d'Achille Talon. Après, il a fini par m'ennuyer mais j'en verrais bien quelques planches à l'occasion. Pour la nostalgie. S'il a une vérité sociologique, tant d'autres bd ne font pas moins. C'est vraiment les discours d'Achille et sa manière de se tenir qui sont originales, ça peut plaire, déplaire, indifférer… A mon avis, on est quand même loin, bien loin de Gaston Lagaffe ou même des insultes variées du capitaine Haddock !