Les derniers avis (114713 avis)

Couverture de la série Démontagner
Démontagner

Une très belle bd. Je rejoins entièrement l'avis de Grogro, que je trouve très pertinent. Un sujet d'épinal pas souvent (bien) traité que celui de berger. J'ai beaucoup aimé le ton très sincère de l'auteur. Graphiquement c'est très beau, élégant, efficace. Le grand format opté par Acte Sud est idéal (et correspond peut être à la taille des planches originales). J'ai pensé à F'murr et son génie des alpages sur certains graphismes, peut être le hasrad ou le rapprochement du thème. Un récit fluide et très prenant, oscillant entre pragmatisme et poésie, qui rend à la montagne ce qui est à la montagne. Montagnes des Pyrénées et heu vous êtes mes amours oui mes amours Montagnes des Pyrénées et heu je vous aimerai toujours ho oui toujours

04/04/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 3/5
Couverture de la série Un Conte de Noël (De La Fuente)
Un Conte de Noël (De La Fuente)

Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinées à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style de son dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».

04/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Trains de légende
Trains de légende

J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre). Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente. Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants. « L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu. « Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes. Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.). Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.

04/04/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 2/5
Couverture de la série Saga
Saga

J'ai commencé à acheter et à lire la série depuis le premier numéro. Mais je n'ai réussi à tenir que jusqu'au huitième volume et ça a déjà été trop! Les dessins ne sont pas mauvais mais l'intrigue, dans cette version fantasy de Roméo et Juliette, s'étire péniblement sans grandes surprises ni même de vraies nouveautés. Bref, je pense qu'une lecture suffit pour se faire une idée et au plus, je pense feuilleter le dernier tome un jour...

04/04/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage

Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel. Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt. Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante. Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler. Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.

04/04/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série D
D

Plus je relis cette saga, plus je me rends compte à quel point elle est incroyable ! Alain Ayroles étant à mon sens un des plus grands (voire LE plus grand) auteur de bandes dessinées vivant à l'heure actuelle, il peut sembler évident de dire que cette saga est à son tour une réussite, après les bijoux qu'étaient De Cape et de Crocs et Garulfo. À l'image de cette dernière, d'ailleurs, c'est à nouveau avec Maïorana qu'Ayroles s'allie pour nous proposer une plongée, non plus cette fois dans l'Europe baroque ou dans le conte médiéval, mais dans l'Angleterre du XIXe, à la manière des meilleurs romans gothiques. La présence des auteurs de Garulfo est donc la garantie du soin extrême apporté à chacun des trois tomes de cette captivante trilogie. Au niveau du dessin, je trouve qu'on constate une nette amélioration de Maïorana par rapport à ses débuts, déjà sensible dans les tomes finaux de Garulfo, mais qui s'épanouit ici pour nous offrir des images somptueuses. Il aime rendre son trait parfois un peu flou, ce qui pourrait en rebuter certains, mais colle ici parfaitement à l'ambiance gothique recherchée, et la rigueur du dessin est toujours présente, ce qui nous offre une plongée très immersive dans l'Angleterre victorienne. Plongée d'autant plus immersive que le scénario d'Ayroles, lui, j'ose le dire, confine au génie. Un génie qu'on ne sentira pas forcément dès la première lecture, en tous cas qu'on ne sentira pas forcément jusqu'à la fin du tome 3. Pour moi, cette saga est à lire au moins deux fois (mais en fait, beaucoup plus) : la première fois, évidemment, en ne sachant à peu près rien de ce qu'on va découvrir, et la deuxième fois, en connaissant tous les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Je vous le garantis, vous n'aurez pas l'impression de lire plusieurs fois la même bande dessinée. Le génie d'Alain Ayroles, c'est de reprendre une histoire traditionnelle de vampire, mais pas à la sauce moderne, plutôt en l'inscrivant dans la dialectique du roman victorien avec une ambiance qui croise des influences telles que Dickens, Stevenson ou Wilde. De ces auteurs, Ayroles récupère deux éléments qui font de sa bande dessinée un élément à part : le talent pour les dialogues, et une satire sociale forte sans être trop appuyée. Du côté des dialogues, on reconnaît évidemment la patte de l'auteur de De Cape et de Crocs et son aisance hallucinante à pasticher les plus grands auteurs. Ici, il s'en donne à cœur joie pour pasticher Oscar Wilde avec un talent indéniable, ce qui rend la lecture savoureuse. Mais la satire sociale est elle aussi très présente, tout en restant à sa place, et c'est là, surtout, qu'Ayroles donne tout son sens au récit. L'histoire de vampires qu'il met en place n'a rien de gratuit. D'habitude peu friand de ce genre de récit, j'en raffole ici, le thème vampirique jouant un fort rôle métaphorique. En effet, le thème du vampire permet de faire réfléchir sur la vraie nature de l'homme à une époque où celui-ci découvre les moyens de satisfaire ses passions envers le pouvoir et l'argent, mais aussi à une époque où la raison est censée prendre le pas sur toute forme de croyance. Le parallèle avec la colonisation est magnifiquement mis en scène (Drake, le colonisateur qui s'abaisse à boire du sang comme les indigènes auxquels il s'assimile peu à peu, ou encore cette magnifique rime riche entre vampire et empire) Dès lors, quelle place les vampires peuvent-ils, doivent-ils occuper au sein de la société ? Et déjà, les vampires sont-ils vraiment ceux que l'on croit ? À l'heure de la colonisation et de la surexploitation des ressources, les vampires n'ont-ils pas un visage différent de celui qu'on leur attribue ? Ayroles et Maïorana se livrent donc à un fascinant jeu de cache-cache, où la mythologie vampirique met en avant de forts thèmes de réflexion qui sous-tendent un beau discours s'étalant sur trois tomes, et se terminant en apothéose. Bref, plus je la relis, plus je découvre combien D peut prétendre à la perfection. C'est une proposition brillante de la part de ses auteurs, tant sur le plan visuel, très soigné, que sur le plan narratif, l'aventure ayant un grand nombre de lectures sous-jacentes dont on n'aura jamais vraiment fini de faire le tour. À l'image des deux autres grandes sagas de son auteur, D fait donc figure de trilogie incontournable dans le monde de la bande dessinée contemporaine. Et nous apporte la preuve que, quoiqu'il touche, Alain Ayroles le transforme systématiquement en or...

19/02/2019 (MAJ le 04/04/2026) (modifier)
Par Cacal69
Note: 2/5
Couverture de la série Raiders
Raiders

J'avais beaucoup d'espoir après l'excellent Birdking des mêmes auteurs. Mais l'espoir s'est envolé au fil de ma lecture. Je vais commencer par le dessin de Crom qui me séduit toujours autant avec son style (tendance manga) reconnaissable au premier coup d'œil. Caricatural, dynamique et expressif. Des couleurs en adéquation avec l'univers fantasy. Une mise en page plutôt classique. Du bon boulot. L'histoire se laisse lire mais ça manque cruellement d'originalité et les 112 pages se lisent en 30 mn à peine. Des personnages pas forcément attachants, des rebondissements qui ne surprennent pas et un univers violent déjà vu des centaines de fois. Du sanglant qui reste soft grâce au dessin. Déçu ! Je n'y reviendrai pas. Note réelle : 2,5. Merci à la partie graphique.

04/04/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Virgile
Virgile

La solitude est une maladie de naissance. Alors autant s’y habituer depuis le début ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2025. Il a été réalisé par Zidrou (Benoît Drousie) pour le scénario et par Lucy Mazel pour les dessins et les couleurs. Il comporte cent deux pages de bande dessinée. En avril 2015, la foule d’une manifestation avance tranquillement dans les rues avec des banderoles, en scandant : Veryon démission ! Parmi eux, Virgile Dujardin et Solène tiennent chacun le montant d’une banderole avec le slogan : Vivre vieux, vivre mieux ! Tout à trac, elle annonce à son compagnon qu’elle le quitte. Elle ajoute qu’elle va refaire sa vie avec un autre homme, ça fait bientôt deux ans qu’ils se connaissent. Virgile a peine à y croire, elle va bientôt avoir soixante ans. Elle rétorque que raison de plus : pour refaire sa vie, il faut d’abord la défaire, on ne marche pas avec deux paires de souliers aux pieds. Il lui demande bêtement ce que vont dire les gens. La voisine, la boulangère, ses collègues au boulot, les gens quoi !?! Elle pense qu’ils diront des choses méchantes, des choses gentilles, ils diront ce que les gens disent quand ils ne comprennent rien à la vie. Il lui demande : Et les filles ? Elle lui annonce que Camille et Manon sont déjà au courant depuis longtemps. Il lui demande comment il s’appelle ; elle lui répond Étienne. Elle termine en indiquant qu’elle viendra le lendemain à la Raquette pour y chercher ses affaires, et en lui demandant de tâcher d’être heureux. En octobre 2021, Virgile est allongé immobile dans un lit d’hôpital, contemplant les dalles du faux plafond, un animal en peluche dans le creux de son bras droit. Il se demande Pourquoi il faut que sa cervelle lui balance toujours le même souvenir pourrave ? Ça valait bien la peine de garder intacts ses neurotransmetteurs ! Comme s’il avait passé la totalité de sa chienne de vie à la verticale dans cette fichue manif à se faire largueur par la femme de sa vie !?! Que lui importe, de toute façon, sa carte Vermeil !?! D’ici à ce qu’il remonte dans un train, il en aura coulé du glucose dans ses perfusions ! Pourquoi faut-il que les bonbons de la jeunesse deviennent les caries de la vieillesse ? Son esprit le ramène à la manifestation alors qu’il est resté seul avec la banderole : il s’en veut de sa question idiote sur ce que vont dire les gens. Il l’a vue s’éloigner, remontant la foule des manifestants à contre-courant, comme un poisson qu’on a remis dans l’eau, elle nage. Comme un poisson un peu étourdi au début, qui n’y croit pas vraiment, qui n’y croit pas encore, elle nageait… Des choses méchantes ? Des choses gentilles ? Lui non plus, tout à coup, il ne comprenait plus rien à la vie. Le 24 août 2006, Pluton a cessé – officiellement – d’être une planète de notre système solaire. Ainsi en avaient décidé les 2.500 experts de l’UAI, l’Union Astronomique Internationale, réunie à Prague pour statuer du sort de ce petit objet constitué de roche, de glace et de méthane : Pluton. Désormais Pluton n’était plus qu’un vulgaire corps céleste situé à six milliards de kilomètres du soleil… Le 1er avril 2015, il cessait - officieusement du moins – d’être le mari de Solène. Ainsi en avait décidé la principale intéressée, réunie avec elle-même, pour statuer du sort de ce petit être constitué d’os, de sang et de sentiments : lui. Un grand gaillard d’environ soixante ans, allongé impuissant dans son lit d’hôpital, Pas hémi-, pas para-, pas quadri-, tétraplégique ! Comme quoi, pour un handicap comme pour un appel téléphonique international, c’est le préfixe qui fait toute la différence ! Voilà comment il explique sa situation. Virgile Dujardin a la répartie facile, et l’humour taquin. Le lecteur sent bien que le scénariste place des bons mots avec précision, et il les savoure quoi qu’il en soit. Qu’il s’agisse d’un vraie-fausse maxime populaire : On ne marche pas avec deux paires de souliers aux pieds. D’une réflexion de vieux sage : Pourquoi faut-il que les bonbons de notre jeunesse deviennent les caries de notre vieillesse ? D’une pure invention dans le registre absurde, par exemple Comme l’a si bien dit le grand philosophe Virgilus Magnus : Les cerises ne tombent jamais loin du poirier. Les rapports entre les membres de la famille de Virgile et entre ses amis s’avèrent touchants, sonnent justes dans leur mise en scène, même s’il est possible de voir les dispositifs narratifs propres à la bande dessinée. Le lecteur ressent la vitalité de Cécile, encore jeune enfant, tout comme l’amertume des regrets chez certains, et la bienveillance honnête de tous. L’expérience de lecture va s’avérer très différente si le lecteur capte la nature du carton d’invitation de la page quinze. Le scénariste utilise avec une grande habileté le réordonnancement temporel pour parvenir à cet effet d’incertitude. Cela fonctionne d’autant mieux que ce même dispositif est également utilisé pour différer certaines informations et ainsi générer une forme de suspense, en particulier sur les circonstances qui ont conduit à rendre Virgile tétraplégique. Si la signification du carton d’invitation lui a échappé à la première lecture, il peut refeuilleter le volume avec la connaissance du dénouement, en ayant une boîte de mouchoirs à proximité. Zidrou crée des personnages immédiatement sympathiques et touchants, même Virgile malgré son caractère un peu abrasif ou la tante Camille et sa personnalité un peu triste. Le lecteur n’arrive même pas à en vouloir à Solène d’avoir quitté son mari : elle l’a fait de manière naturelle, sans acrimonie ou agressivité, choisissant de mener une autre vie qui lui semble plus lui convenir. Il note également comment l’auteur utilise de petites touches discrètes pour faire ressortir la différence d’âge entre les trois filles de Manon : Céline la plus jeune et ses réactions spontanées, Éline plus réservée, Victoire déjà fortement investie dans la pratique du basket, et s’en servant comme une forme d’outil de médiation pour interagir avec les autres. Le lecteur est tout autant touché par la sollicitude de l’infirmière Soumaya, par la gentille attention de la voisine Mme Yifrine, par l’amitié de longue date entre Virgile et P’tit Louis. Houlà ! L’histoire d’une personne tétraplégique dans sa chambre d’hôpital ?!? Pas sûr que ce soit visuellement très intéressant… Tout commence par une manifestation dans les rues d’Aurillac, ce qui ouvre l’espace. Le contraste est parfait avec les deux cases en pages sept qui constitue un plan fixe sur les dalles de faux-plafond et les deux tubes au néon, puis les deux autres cases en dessous, également un plan fixe, comme si Virgile était regardé par lesdites dalles. Le lecteur peut faire confiance au scénariste pour structurer son récit en prenant en compte la dimension visuelle de la bande dessinée, en intégrant des moments variés comme cette réflexion sur Pluton avec une case représentant les différentes orbites des planètes du système solaire, un voyage en voiture pour se rendre à l’hôpital, des courses dans un supermarché, la scène de sauvetage du chaton dans l’arbre, un voyage en train, etc. La variété est bien assurée. Pour les scènes de chambre d’hôpital, l’artiste conçoit des plans de prise de vue qui montrent aussi bien la situation statique du handicapé, que les mouvements des visiteurs autour de lui, ou les tâches du personnel soignant, y compris la toilette. Le lecteur ressent les ambiances de chaque séquence, prenant progressivement conscience de l’emploi d’une palette de couleurs spécifique, en fonction des lieux, en particulier le choix inattendu, peut-être même audacieux d’un rose soutenu pour la chambre d’hôpital… et ça fonctionne très bien. L’artiste apporte une vraie personnalité à chaque protagoniste, des airs de familles entre certains individus, des comportements normaux et banals, avec parfois l’émotion qui prend le dessus, que ce soient les regrets, la tristesse, ou parfois l’exaspération (Manon avec son ex-mari Julien). Elle a le sens de l’accessoire ou de l’aménagement juste, que ce soit le matériel médical, les cadeaux apportés par les visiteurs, la magnifique terrasse donnant sur la piscine de Julien et son épouse. Elle reproduit parfaitement l’effet de la chute de Will E. Coyote à la poursuite de Bip Bip. Elle exagère discrètement les traits de visage, pour souligner la personnalité de chacun, les rendant d’autant plus humains. Le lecteur se dit que le récit aurait eu un effet très différent s’il avait été illustré par un autre dessinateur. Coincé dans son lit d’hôpital, privé de mobilité, assisté pour tous les gestes du quotidien qui sont réalisés par le personnel soignant, Virgile Dujardin se retourne sur sa vie, ce qu’il a fait ou accomplit, se confrontant à une version jeune de lui-même qui ne le ménage pas. Cette façon de penser se retrouve également dans des pages consacrées au parcours de vie d’un autre personnage : une illustration en pleine page, et des cartouches de texte synthétisant une vie, pour Soumaya (petite ado junkie devenue infirmière), pour Jefferson Walts (joueur de basket qui n’a jamais connu la gloire), P’tit Louis (autre joueur de basket, veuf sans enfant, acceptant que : La solitude est une maladie de naissance, alors autant s’habituer depuis le début), Camille Dujardin (fille de Virgile, professeure et célibataire), Solène (l’ex épouse de Virgile), et même Qadar (le chaton coincé dans l’arbre). Cet état d’esprit tourné vers le bilan exhale surtout de la bienveillance, un regard sur des trajectoires de vie banales et ordinaires, sans jugement de valeur, pétrie d’une sensation de regret plus ou moins vive, à la pensée de ce qui aurait pu être, sans pour autant invalider ce qui a été vécu. Une sensation très poignante, indicatrice d’une acceptation qui n’a pas pu être conduite à son terme. Une image de couverture qui laisse planer le doute sur la nature du récit. Le lecteur tombe tout de suite sous le charme des dessins, des partis pris de couleur, de la normalité des personnages et de leur gentillesse profonde, de la réalité des environnements dans lesquels ils évoluent, de la chambre d’hôpital à l’(ex-planète) Pluton (!), de la sollicitude évidente dans leurs attitudes. Il se laisse gagner par une forme bien particulière de nostalgie, celle très proche des regrets quand il s’agit de se retourner, de constater à quoi on a consacré sa vie, et de tout ce qu’on n’a pas fait, abandonné au profit d’autre chose, ou par manque d’occasion. Poignant. Enfin, cette bande dessinée aborde une question essentielle dans toute société, polémique propice à la confrontation idéologique, avec douceur et avec un avis qui coule de source au regard du récit. À réfléchir.

04/04/2026 (modifier)
Couverture de la série I am a hero
I am a hero

Je voulais aider à réhabiliter ce manga que je trouve sous-coté. Pour moi, il s’agit d’une des meilleures œuvres du genre zombie. Le dessin est bon, et l’action est souvent proposée avec un découpage proche du cinéma. Les zombies sont dérangeants (et parfois drôles) par leurs côtés uniques, qu’on ne retrouve pas dans beaucoup d’œuvres du style (pas de spoil). Le personnage principal a ce côté attachant : c’est monsieur Tout-le-monde. Il est couard, égoïste, de mauvaise foi, mais parfois héroïque. On s’identifie plus à lui, à l’opposé des personnages d’autres œuvres du genre, qui sont souvent courageux de manière surhumaine. Le début du manga est toujours génial à lire, avec cette partie de calme avant la tempête dans la vie du personnage principal, qui est mangaka. L’auteur en profite pour bien se défouler sur les côtés tordus de ce métier. J’apprécie particulièrement une chose que je pense que l’artiste a voulu montrer dans ce manga : comment se passerait une invasion zombie dans une société où tout le monde est excessivement poli et bien élevé ? Cette série imagine cela assez bien, ce qui donne des scènes assez amusantes. Seul petit couac éventuel : la fin, qui peut diviser selon votre personnalité, j’imagine. 16,5/20

03/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Rock'n'roll Suicide
Rock'n'roll Suicide

Bon, ça se laisse lire, mais jamais je ne me suis senti réellement emporté par l’histoire. Et je ne me suis pas non plus totalement attaché aux personnages, malgré certaines fêlures qui leur donnent un peu de consistance. La faute déjà à un dessin – lisible – qui n’est pas vraiment ma came. Et la colorisation, tranchée et froide, accentue cet aspect un peu « artificiel » et « mou » ressenti (mais pour tout ça c’est sans doute affaire de goût). Les mésaventures de ces trois copains (deux filles et un garçon), qui cherchent à « percer » avec leur petit groupe de rock, à coup de reprises, et de petits cachetons dans les clubs et bars du coin où ils vivotent, restent souvent conventionnelles. Si tour à tour ils montrent leur faiblesse (prendre son indépendance vis-à-vis d’une mère – riche - ; accepter ou pas de quitter le groupe contre une carrière plus prometteuse avec un autre groupe ; lâcheté du troisième qui n’ose pas dire que la seule chanson que ses deux collègues ont aimée a été volée à un type bizarre rencontré dans un bar, etc.), rien n’est réellement développé, précisé, et le happy end final pour le trio émousse les quelques aspérités rencontrées. Seul le type dépressif, reprenant les chansons de Sinatra, aurait eu le pouvoir de dynamiser/dynamiter l’intrigue, mais cet aspect est sous-exploité. Une histoire qui m’a laissé sur ma faim. Note réelle 2,5/5.

03/04/2026 (modifier)