Rhésus, un singe issu d'une capsule spatiale, atterrit au sein d'une tribu de macaques dominée par un chef brutal. Profitant de leur crédulité, il se fait passer pour un prophète et fonde un culte qui, de croyances en dogmes, finit par installer un nouveau système de pouvoir, tout aussi oppressif que l'ancien.
Athée depuis toujours, et ayant déjà beaucoup réfléchi aux religions comme mécanismes sociaux et politiques de domination, je n'ai rien trouvé de vraiment édifiant ou nouveau dans le propos. La démonstration est limpide, mais très frontale, presque scolaire par moments. Tout ce qui arrive est prévisible : l'invention du dogme, l'assimilation par une populace trop naïve, la récupération du pouvoir, la concurrence entre prêtres, la manipulation des foules... J'avais souvent l'impression d'assister à une thèse illustrée plutôt qu'à un vrai récit. En plus, j'avais déjà lu il y a longtemps le diptyque Destin Farceur dans la série Pacush Blues, qui racontait sensiblement la même chose dans un décor animalier comparable, avec plus de finesse et de mordant. Du coup, difficile pour moi de ne pas ressentir un fort goût de déjà-vu.
Côté dessin, c'est plutôt réussi. Le trait est dynamique, expressif, les singes sont très vivants et les planches à l'aquarelle apportent une belle atmosphère. La lecture est fluide et agréable. Cela dit, la mise en scène reste assez répétitive et les décors évoluent peu, ce qui accentue encore la sensation de longueur sur près de 300 pages. Par ailleurs, cette société de singes comme miroir instinctif de l'humanité m'a aussi rappelé Le Singe qui aimait les fleurs du même auteur, ce qui renforce cette impression de redite.
Au final, je reconnais la cohérence et l'efficacité du propos, mais entre la longueur, le côté démonstratif et le déjà-vu, je ne me suis certes pas ennuyé mais je n'ai jamais été vraiment transporté.
Même avis que mes prédécesseurs, cette lecture me parait assez oubliable. On a droit à une satire du réchauffement climatique sur la banquise, avec des pingouins anthropomorphes et des humains caricaturaux, structurée en gaufriers de quatre cases avec une chute par page... mais dans les faits, ça ne prend jamais vraiment.
La majorité des gags tombe à plat : j'ai dû esquisser deux ou trois sourires, notamment concernant El Pinguino qui est le seul personnage assez amusant. Pour le reste, c'est de la déconne facile, avec des clichés déjà vus mille fois (Trump débile, militaires bourrins, scientifique écolo paniquée, télé-réalité crétine, politiciens incompétents). Rien de très mordant ni vraiment surprenant. C'est un humour parodique assez cliché et un peu lourd.
Le message est là, mais il manque de finesse et d'efficacité comique pour vraiment marquer.
A mon tour de donner un avis et je dois avouer que j'étais anxieux à l'idée d'être le premier à ne pas aimer : j'avais en effet feuilleté l'album et la noirceur de ses planches ainsi que le thème abordé de la musique qui en général ne ressort jamais correctement en BD avait retardé longtemps mon envie d'acheter l'album. Finalement, après lecture, je ne peux qu'abonder dans le sens qu'il s'agit d'une très belle BD, à tous points de vue.
Bel objet pour commencer, avec son grand format, son épaisse pagination, sa couverture comme dorée à l'or fin et ses pages cousues. Seul regret, mon exemplaire, le dernier encore en vente chez mon libraire avait le marque-page arraché.
Beau graphisme ensuite. Les premières pages donnent une impression de gravure à l'ancienne. Mais si l'on y regarde de près, il est composé d'une forme de tramage probablement informatique qui donne un très bon rendu des lumières et ombrages. C'est parfois très sombre, un peu étouffant, mais c'est aussi souvent très beau. Le trait n'est pas en reste, d'une grande finesse, avec de belles compositions parfaitement maitrisées. Il y a aussi un subtil jeu sur les couleurs alors que l'ensemble est en noir et blanc, couleurs qui permettent de faire ressortir l'émotion artistique puisqu'on les retrouve dans la représentation de la musique et des chants quand ils atteignent une forme de grâce intense, mais aussi discrètement présent dans les tableaux du personnage peintre qui apparait vers la fin de l'album. Et enfin la représentation de la musique elle-même est sans doute la première qui me convainc dans le média BD. Elle ne représente pas un air ou une chanson en particulier mais plus une forme d'émotion, de ressenti, avec plus ou moins d'intensité, de mordant ou de douceur. Et cette représentation de l'émotion, l'auteur l'utilise aussi pour les sons et les scènes choc, qui marqueront ainsi autant les protagonistes que le lecteur. C'est très bien fait, très bien trouvé. Et c'est ce choix de représentation qui m'a rendu très intense et fort le moment du Ressurectio en fin d'histoire. Remarquable !
Et enfin très bonne histoire, dense et intense. Elle commence dans l'obscurité et l'étouffement, avec une forme de ténèbres qui aurait facilement pu me rebuter mais est heureusement compensée par l'humanité et la bienveillance de la relation entre les deux jumeaux. Et peu à peu les chapitres remontent vers la lumière, vers la civilisation et la finesse artistique, alors que la relation entre les héros s'étiole doucement mais sûrement. Il y aurait beaucoup à en dire, les thématiques se mêlent, les intrigues se croisent et se succèdent. C'est souvent fort, régulièrement cruel, mais aussi intense et beau. Je n'ai pas été fondamentalement emporté par ce récit, et en particulier par cette opposition entre humilité et vanité qui forme la clé de son intrigue à partir de la moitié de l'album, mais certains moments sont marquants de beauté. Et surtout tout le scénario est très intelligemment mené, très subtil en matière de création de personnages et de relations humaines et artistiques. On touche là au chef-d'œuvre, ou au moins à la grande œuvre qui sort des sentiers battus.
Une lecture à ne pas manquer même si elle m'a moins touché que d'autres.
Dans un Japon qui a légalisé le mariage entre homosexuels, deux amies finissent par se marier entre elles pour ne pas finir seules. Mais vont-elles seulement rester des amies ou leurs sentiments vont changer ? Est-ce que c'est facile pour deux amies de vivre ensemble ?
C'est le postulat de cette série yuri qui sort un peu de l'ordinaire ou du moins on est pas dans le style de yuri que j'ai lu jusqu'à présent. Pour une fois, ce n'est pas une histoire tragique mettant en vedette des étudiants ou une série pour mecs qui trouve ça chaud de voir deux filles se toucher les seins toutes les 5 pages. Malheureusement, malgré une idée de départ intéressante je me suis vite ennuyé. On est dans un manga qui décrit la vie quotidienne des personnages dans un ton souvent feel good. Je ne sais pas si c'est un problème de différences culturelles, mais les mangas qui racontent la vie quotidienne m'ennuient souvent. Il ne se passe pas grand chose d'intéressant. Le plus grand drame dans les deux premiers tomes (j'ai pas eu la force de lire le troisième tome) est qu'une des amies veut acheter des produits ménagères et l'autre ne veut pas.
En même temps, j'ai l'impression de ne pas être le public-cible. Je veux dire, l'action se passe dans un Japon plus tolérant que dans la vraie vie. Le Japon n'a toujours pas légalisé le mariage gay et ici c'est le cas et personne ne semble juger les couples homosexuels. Les deux femmes ont des problèmes de couples 'normaux' qui ne sont pas liés à leur possible orientation... Bref, ça va peut-être être plus apprécié par des lecteurs LGBT ou par des lecteurs hétéros en couple qui pourraient se reconnaitre dans des situations. Moi je suis célibataire endurci alors les problèmes du couple me sont passés au-dessus de la tête.
Un Davodeau de jeunesse, et ça se sent. L'histoire est bancale entre divers protagonistes dont les trajectoires se croisent autour d'une route et d'une virée en voiture. C'est assez mal équilibré, autant sur les personnages que les sujets.
Ce road-movie est autour de trois personnages, mais dont l'écriture n'est pas très réussi. Vincent est le jeune homme qui tente un coup mais se plante, Abel est le vieux qui tente de renouer avec son passé et Rose la jeune femme solide qui vit sa vie tranquillement sur les routes. C'est des personnages assez typés, voir archétypaux. Lorsque Abel commence à raconter son passé, on comprend que Davodeau veut raconter quelque chose sur la gauche revendicatrice, sauf que ça ne débouche jamais. Il y aurait eu l'occasion de parler de transmission avec son fils, notamment, dont l'histoire aurait pu servir de liaison entre son passé et le présent et donner une occasion de conclure, mais Davodeau passe à côté. De même, Vincent est très peu consistant, entre son coup fourré et les emmerdes qu'il développe ensuite, on a du mal à s'attacher au personnage. Il oscille entre l'innocence absurde et l'intelligence rare, même si personnellement je n'ai pas cru à son passé d'ingénieur, le personnage ne faisant pas du tout ancien ingénieur.
Davodeau commence à affiner son trait, mais les personnages sont encore un peu grossier dans le rendu. Les décors sont un peu absent, mais ce n'est pas mauvais sur la lisibilité. En tout cas ça ne gêne pas la lecture. C'est plus l'histoire qui va un peu dans tout les sens sans jamais prendre une direction claire et nette, le tout avec des personnages pas très attachant. Bref, une lecture dispensable !
Avec un dessin et une intrigue tout en épure, presque stylisés et minimalistes, j’ai trouvé que cet album ressemblait un peu à ce que peuvent nous proposer Nury et Brüno (sur Tyler Cross par exemple).
C’est plutôt agréable à regarder et à lire, globalement bien fichu. Le seul hic, c’est que c’est très très vite lu. Les 80 pages sont lues en peu de temps, tant l’intrigue en elle-même est squelettique, avec des personnages taiseux. C’est presque un exercice de style. Mais qui vaut quasi exclusivement par son ambiance – belle et noire au demeurant.
A emprunter, la lecture – rapide – est plaisante. Mais elle n’est pas inoubliable – même pour le rebondissement final, qui se laisse deviner longtemps à l’avance.
Mouais. Je ne sais trop quoi penser de ce petit album…
Le dessin, qui use d’un Noir et Blanc tranché, stylisé et minimaliste est original. Mais le rendu est sec, parfois énigmatique. Et il concourt à ne pas trop dissiper le brouillard qui, me concernant, a passablement recouvert l’intrigue.
En un lieu indéfini, aux sonorités hispaniques pour les noms, à une époque elle aussi mal définie, mais dans une ambiance western (Mexique à la fin du XIXème siècle ???), nous suivons quelques personnages, issus de de grandes familles dominant la région. En particulier deux jeunes femmes (il faut dire que les femmes dominent, dirigent une sorte de société matriarcale, les hommes étant quasi absents du récit) qui, malgré les différends opposant les familles dont elles sont les héritières, vont devenir amantes.
Voilà pour ce que j’ai réussi à clairement établir. Car pour le reste, c’est moins évident. En particulier, une sorte de fantastique latent, en tout cas une menace (des êtres nommés « Ceux-là ») décime les troupeaux, chaque famille luttant contre cette menace, et celle de classiques voleurs de bétails.
Mais, comme pour le dessin, l’essentiel est esquissé, évoqué, on n’entre jamais réellement, en tout cas clairement, dans le sujet, et j’ai traversé l’album sans vraiment m’attacher au récit ou à ses protagonistes, c’est dommage.
Note réelle 2,5/5.
Une lecture qui m’a franchement laissé de côté, sur ma faim !
Pourtant plusieurs choses m’avaient intrigué, intéressé, d’où ma frustration au final.
D’abord le côté espionnage au cœur du Berlin de guerre froide, avec une omniprésence de la Stasi pour surveiller tout le monde, et des dialogues qui, un temps, m’ont fait penser à une ambiance orwellienne, avec ce personnage, espion de l’ouest infiltré au cœur de la police politique de la RDA.
A cela s’ajoute assez rapidement du fantastique/SF étrange, qui m’a dérouté, puis intrigué là aussi, surtout qu’il se développe dans le huis-clos d’un bunker où la Stasi mène des interrogatoires.
Mais voilà, grosse déception au final. Toutes les questions que je me posais, à propos du personnage principal (qui livre certaines de ses interrogations, questions intellectuelles, scrupules en tous genres) ou de l’entité qui met les être face à la/leur vérité avant de les détruire, tout ça reste largement sans réponse.
A ça s’ajoute une narration un peu saccadée, pas toujours claire à suivre (sur certains flash-backs), et finalement l’intrigue se révèle squelettique – et donc décevante.
Gros bof donc me concernant.
Cette relecture parodique des Misérables m'a laissé franchement froid. L'ensemble m'a donné l'impression d'un sous-Reiser et d'un sous-Vuillemin, beaucoup moins inspiré et nettement moins bien dessiné. Le trait se veut crade et agressif, mais sans la virtuosité ni la férocité graphique de ses modèles. Seules les couleurs plutôt sympas rendent les planches assez appréciables, mais elles ne sont pas toutes en couleurs, ce qui accentue l'impression d'inégalité et de bricolage.
L'adaptation suit globalement l'oeuvre d'Hugo, mais en la recouvrant d'une couche de cynisme et de provocation qui finit par tout écraser. Les premières pages proposent quelques anachronismes encore relativement discrets, puis ceux-ci deviennent de plus en plus envahissants au fil de la lecture. Côté humour, j'ai trouvé l'ensemble très paresseux. Je dois préciser que je n'ai jamais été amateur d'humour trash. L'album repose presque exclusivement sur ce principe d'anachronisme, trop convenu dans ce type de parodie, et sur un trash appuyé (violence gratuite, vulgarité systématique), un procédé qui me lasse très vite, surtout quand on connaît ce que Reiser et Vuillemin ont fait de bien plus fort, plus juste et plus dérangeant avec les mêmes recettes. Ici, tout tourne rapidement à la mécanique lourde, sans véritable montée en puissance ni regard neuf.
Quelques gags fonctionnent vaguement, mais beaucoup trop m'ont simplement ennuyé. Et au vu de l'épaisseur de l'album, la lecture m'a paru fatigante, répétitive et creuse. Ni la parodie ni la satire ne décollent réellement, et l'ensemble m'a donné surtout le sentiment d'un exercice de style forcé, qui confond irrévérence et facilité.
Dans ce monde de fantasy existent trois nations : celle des Anges, celle des Démons leurs ennemis, et la nation des animistes qui est coincée entre les deux. Dans celle-ci, les jeunes humains découvrent leur animal totem lors d'un rite de passage marquant leur transformation dans la forme humanoïde de cet animal, chacun ayant un rôle spécifique dédié au service de leur pays. Sauf que lorsque Kaël passe enfin ce rituel, aucun animal-totem ne s'offre à lui et il se retrouve avec le statut de Sans-totem, voué aux plus basses tâches de la société et au mépris de ses anciens pairs. Mais en réalité quelque chose s'est bien offert à lui, une entité différente qui va tenter de le corrompre.
C'est un récit de fantasy tous publics mais plutôt adressé aux jeunes lecteurs ados et préados. Cela se retrouve dans la légèreté de son ton mais aussi dans son dessin.
Le style de Kan-J est moderne, fait de nombreuses influences, franco-belge pour les décors et la mise en scène, manga pour les visages, et Disney pour l'aisance à représenter des personnages animaliers. C'est du bon boulot, avec une narration graphique claire et bien rythmée. J'aime beaucoup la représentation graphique de l'entité qui accompagne le héros et des ailes qu'elle lui donne. Seul les décors un peu trop souvent vides réduisent mon enthousiasme.
L'histoire est sympathique. Si elle part d'un concept assez original, avec cette nation coincée entre deux dangereuses rivales et ses habitants se transformant définitivement en leur animal totem, elle emprunte ensuite quelques sentiers convenus dans les récits de fantasy jeunesse. Certaines scènes et comportements de personnages sont très cousues de fil blanc. Difficile de ne pas soupirer devant le harcèlement caricatural que subit le héros (qui trouve toutefois plus tard une explication), ou devant la réaction des autorités qui sont comme par hasard au bon endroit au bon moment, devant le manichéisme des démons méchants par nature, ou encore devant les facilités scénaristiques qu'implique la révélation de fin du premier tome quand on pense aux pouvoirs de ses instigateurs et comment avec de tels capacités ils auraient pu faire les choses de manière bien moins alambiquée. Là encore, cela trouve une explication par la suite, mais celle-ci n'est pas très convaincante. Ces points un peu immatures laissent penser que le public visé est jeune. Et enfin, les évènements s'enchainent un peu trop vite et facilement dans la dernière partie du second tome. Et comme celui-ci se termine sur un mot Fin qu'il n'y avait pas dans le premier tome, on dirait bien que c'est soit une fin de série, soit au minimum une fin de diptyque, et cette fin un peu trop abrupte est un peu frustrante, même si sa dernière page laisse une porte ouverte vers plus de développements.
Bref, j'ai été diverti par cette série qui présente quelques idées sympathiques et un rythme assez prenant, mais aussi pas mal de facilités ou de séquences clichés qui laisse sur un léger sentiment de manque de maturité et qui semble indiquer que la série s'adresse avant tout à un public jeune.
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Le Crépuscule des Idiots
Rhésus, un singe issu d'une capsule spatiale, atterrit au sein d'une tribu de macaques dominée par un chef brutal. Profitant de leur crédulité, il se fait passer pour un prophète et fonde un culte qui, de croyances en dogmes, finit par installer un nouveau système de pouvoir, tout aussi oppressif que l'ancien. Athée depuis toujours, et ayant déjà beaucoup réfléchi aux religions comme mécanismes sociaux et politiques de domination, je n'ai rien trouvé de vraiment édifiant ou nouveau dans le propos. La démonstration est limpide, mais très frontale, presque scolaire par moments. Tout ce qui arrive est prévisible : l'invention du dogme, l'assimilation par une populace trop naïve, la récupération du pouvoir, la concurrence entre prêtres, la manipulation des foules... J'avais souvent l'impression d'assister à une thèse illustrée plutôt qu'à un vrai récit. En plus, j'avais déjà lu il y a longtemps le diptyque Destin Farceur dans la série Pacush Blues, qui racontait sensiblement la même chose dans un décor animalier comparable, avec plus de finesse et de mordant. Du coup, difficile pour moi de ne pas ressentir un fort goût de déjà-vu. Côté dessin, c'est plutôt réussi. Le trait est dynamique, expressif, les singes sont très vivants et les planches à l'aquarelle apportent une belle atmosphère. La lecture est fluide et agréable. Cela dit, la mise en scène reste assez répétitive et les décors évoluent peu, ce qui accentue encore la sensation de longueur sur près de 300 pages. Par ailleurs, cette société de singes comme miroir instinctif de l'humanité m'a aussi rappelé Le Singe qui aimait les fleurs du même auteur, ce qui renforce cette impression de redite. Au final, je reconnais la cohérence et l'efficacité du propos, mais entre la longueur, le côté démonstratif et le déjà-vu, je ne me suis certes pas ennuyé mais je n'ai jamais été vraiment transporté.
Banquiz
Même avis que mes prédécesseurs, cette lecture me parait assez oubliable. On a droit à une satire du réchauffement climatique sur la banquise, avec des pingouins anthropomorphes et des humains caricaturaux, structurée en gaufriers de quatre cases avec une chute par page... mais dans les faits, ça ne prend jamais vraiment. La majorité des gags tombe à plat : j'ai dû esquisser deux ou trois sourires, notamment concernant El Pinguino qui est le seul personnage assez amusant. Pour le reste, c'est de la déconne facile, avec des clichés déjà vus mille fois (Trump débile, militaires bourrins, scientifique écolo paniquée, télé-réalité crétine, politiciens incompétents). Rien de très mordant ni vraiment surprenant. C'est un humour parodique assez cliché et un peu lourd. Le message est là, mais il manque de finesse et d'efficacité comique pour vraiment marquer.
Soli Deo Gloria
A mon tour de donner un avis et je dois avouer que j'étais anxieux à l'idée d'être le premier à ne pas aimer : j'avais en effet feuilleté l'album et la noirceur de ses planches ainsi que le thème abordé de la musique qui en général ne ressort jamais correctement en BD avait retardé longtemps mon envie d'acheter l'album. Finalement, après lecture, je ne peux qu'abonder dans le sens qu'il s'agit d'une très belle BD, à tous points de vue. Bel objet pour commencer, avec son grand format, son épaisse pagination, sa couverture comme dorée à l'or fin et ses pages cousues. Seul regret, mon exemplaire, le dernier encore en vente chez mon libraire avait le marque-page arraché. Beau graphisme ensuite. Les premières pages donnent une impression de gravure à l'ancienne. Mais si l'on y regarde de près, il est composé d'une forme de tramage probablement informatique qui donne un très bon rendu des lumières et ombrages. C'est parfois très sombre, un peu étouffant, mais c'est aussi souvent très beau. Le trait n'est pas en reste, d'une grande finesse, avec de belles compositions parfaitement maitrisées. Il y a aussi un subtil jeu sur les couleurs alors que l'ensemble est en noir et blanc, couleurs qui permettent de faire ressortir l'émotion artistique puisqu'on les retrouve dans la représentation de la musique et des chants quand ils atteignent une forme de grâce intense, mais aussi discrètement présent dans les tableaux du personnage peintre qui apparait vers la fin de l'album. Et enfin la représentation de la musique elle-même est sans doute la première qui me convainc dans le média BD. Elle ne représente pas un air ou une chanson en particulier mais plus une forme d'émotion, de ressenti, avec plus ou moins d'intensité, de mordant ou de douceur. Et cette représentation de l'émotion, l'auteur l'utilise aussi pour les sons et les scènes choc, qui marqueront ainsi autant les protagonistes que le lecteur. C'est très bien fait, très bien trouvé. Et c'est ce choix de représentation qui m'a rendu très intense et fort le moment du Ressurectio en fin d'histoire. Remarquable ! Et enfin très bonne histoire, dense et intense. Elle commence dans l'obscurité et l'étouffement, avec une forme de ténèbres qui aurait facilement pu me rebuter mais est heureusement compensée par l'humanité et la bienveillance de la relation entre les deux jumeaux. Et peu à peu les chapitres remontent vers la lumière, vers la civilisation et la finesse artistique, alors que la relation entre les héros s'étiole doucement mais sûrement. Il y aurait beaucoup à en dire, les thématiques se mêlent, les intrigues se croisent et se succèdent. C'est souvent fort, régulièrement cruel, mais aussi intense et beau. Je n'ai pas été fondamentalement emporté par ce récit, et en particulier par cette opposition entre humilité et vanité qui forme la clé de son intrigue à partir de la moitié de l'album, mais certains moments sont marquants de beauté. Et surtout tout le scénario est très intelligemment mené, très subtil en matière de création de personnages et de relations humaines et artistiques. On touche là au chef-d'œuvre, ou au moins à la grande œuvre qui sort des sentiers battus. Une lecture à ne pas manquer même si elle m'a moins touché que d'autres.
Mariée à ma meilleure amie
Dans un Japon qui a légalisé le mariage entre homosexuels, deux amies finissent par se marier entre elles pour ne pas finir seules. Mais vont-elles seulement rester des amies ou leurs sentiments vont changer ? Est-ce que c'est facile pour deux amies de vivre ensemble ? C'est le postulat de cette série yuri qui sort un peu de l'ordinaire ou du moins on est pas dans le style de yuri que j'ai lu jusqu'à présent. Pour une fois, ce n'est pas une histoire tragique mettant en vedette des étudiants ou une série pour mecs qui trouve ça chaud de voir deux filles se toucher les seins toutes les 5 pages. Malheureusement, malgré une idée de départ intéressante je me suis vite ennuyé. On est dans un manga qui décrit la vie quotidienne des personnages dans un ton souvent feel good. Je ne sais pas si c'est un problème de différences culturelles, mais les mangas qui racontent la vie quotidienne m'ennuient souvent. Il ne se passe pas grand chose d'intéressant. Le plus grand drame dans les deux premiers tomes (j'ai pas eu la force de lire le troisième tome) est qu'une des amies veut acheter des produits ménagères et l'autre ne veut pas. En même temps, j'ai l'impression de ne pas être le public-cible. Je veux dire, l'action se passe dans un Japon plus tolérant que dans la vraie vie. Le Japon n'a toujours pas légalisé le mariage gay et ici c'est le cas et personne ne semble juger les couples homosexuels. Les deux femmes ont des problèmes de couples 'normaux' qui ne sont pas liés à leur possible orientation... Bref, ça va peut-être être plus apprécié par des lecteurs LGBT ou par des lecteurs hétéros en couple qui pourraient se reconnaitre dans des situations. Moi je suis célibataire endurci alors les problèmes du couple me sont passés au-dessus de la tête.
Le Constat
Un Davodeau de jeunesse, et ça se sent. L'histoire est bancale entre divers protagonistes dont les trajectoires se croisent autour d'une route et d'une virée en voiture. C'est assez mal équilibré, autant sur les personnages que les sujets. Ce road-movie est autour de trois personnages, mais dont l'écriture n'est pas très réussi. Vincent est le jeune homme qui tente un coup mais se plante, Abel est le vieux qui tente de renouer avec son passé et Rose la jeune femme solide qui vit sa vie tranquillement sur les routes. C'est des personnages assez typés, voir archétypaux. Lorsque Abel commence à raconter son passé, on comprend que Davodeau veut raconter quelque chose sur la gauche revendicatrice, sauf que ça ne débouche jamais. Il y aurait eu l'occasion de parler de transmission avec son fils, notamment, dont l'histoire aurait pu servir de liaison entre son passé et le présent et donner une occasion de conclure, mais Davodeau passe à côté. De même, Vincent est très peu consistant, entre son coup fourré et les emmerdes qu'il développe ensuite, on a du mal à s'attacher au personnage. Il oscille entre l'innocence absurde et l'intelligence rare, même si personnellement je n'ai pas cru à son passé d'ingénieur, le personnage ne faisant pas du tout ancien ingénieur. Davodeau commence à affiner son trait, mais les personnages sont encore un peu grossier dans le rendu. Les décors sont un peu absent, mais ce n'est pas mauvais sur la lisibilité. En tout cas ça ne gêne pas la lecture. C'est plus l'histoire qui va un peu dans tout les sens sans jamais prendre une direction claire et nette, le tout avec des personnages pas très attachant. Bref, une lecture dispensable !
Calle Málaga
Avec un dessin et une intrigue tout en épure, presque stylisés et minimalistes, j’ai trouvé que cet album ressemblait un peu à ce que peuvent nous proposer Nury et Brüno (sur Tyler Cross par exemple). C’est plutôt agréable à regarder et à lire, globalement bien fichu. Le seul hic, c’est que c’est très très vite lu. Les 80 pages sont lues en peu de temps, tant l’intrigue en elle-même est squelettique, avec des personnages taiseux. C’est presque un exercice de style. Mais qui vaut quasi exclusivement par son ambiance – belle et noire au demeurant. A emprunter, la lecture – rapide – est plaisante. Mais elle n’est pas inoubliable – même pour le rebondissement final, qui se laisse deviner longtemps à l’avance.
Les Maudites
Mouais. Je ne sais trop quoi penser de ce petit album… Le dessin, qui use d’un Noir et Blanc tranché, stylisé et minimaliste est original. Mais le rendu est sec, parfois énigmatique. Et il concourt à ne pas trop dissiper le brouillard qui, me concernant, a passablement recouvert l’intrigue. En un lieu indéfini, aux sonorités hispaniques pour les noms, à une époque elle aussi mal définie, mais dans une ambiance western (Mexique à la fin du XIXème siècle ???), nous suivons quelques personnages, issus de de grandes familles dominant la région. En particulier deux jeunes femmes (il faut dire que les femmes dominent, dirigent une sorte de société matriarcale, les hommes étant quasi absents du récit) qui, malgré les différends opposant les familles dont elles sont les héritières, vont devenir amantes. Voilà pour ce que j’ai réussi à clairement établir. Car pour le reste, c’est moins évident. En particulier, une sorte de fantastique latent, en tout cas une menace (des êtres nommés « Ceux-là ») décime les troupeaux, chaque famille luttant contre cette menace, et celle de classiques voleurs de bétails. Mais, comme pour le dessin, l’essentiel est esquissé, évoqué, on n’entre jamais réellement, en tout cas clairement, dans le sujet, et j’ai traversé l’album sans vraiment m’attacher au récit ou à ses protagonistes, c’est dommage. Note réelle 2,5/5.
Apparition dans le ciel de Berlin-Est
Une lecture qui m’a franchement laissé de côté, sur ma faim ! Pourtant plusieurs choses m’avaient intrigué, intéressé, d’où ma frustration au final. D’abord le côté espionnage au cœur du Berlin de guerre froide, avec une omniprésence de la Stasi pour surveiller tout le monde, et des dialogues qui, un temps, m’ont fait penser à une ambiance orwellienne, avec ce personnage, espion de l’ouest infiltré au cœur de la police politique de la RDA. A cela s’ajoute assez rapidement du fantastique/SF étrange, qui m’a dérouté, puis intrigué là aussi, surtout qu’il se développe dans le huis-clos d’un bunker où la Stasi mène des interrogatoires. Mais voilà, grosse déception au final. Toutes les questions que je me posais, à propos du personnage principal (qui livre certaines de ses interrogations, questions intellectuelles, scrupules en tous genres) ou de l’entité qui met les être face à la/leur vérité avant de les détruire, tout ça reste largement sans réponse. A ça s’ajoute une narration un peu saccadée, pas toujours claire à suivre (sur certains flash-backs), et finalement l’intrigue se révèle squelettique – et donc décevante. Gros bof donc me concernant.
Les Misérables (Salch)
Cette relecture parodique des Misérables m'a laissé franchement froid. L'ensemble m'a donné l'impression d'un sous-Reiser et d'un sous-Vuillemin, beaucoup moins inspiré et nettement moins bien dessiné. Le trait se veut crade et agressif, mais sans la virtuosité ni la férocité graphique de ses modèles. Seules les couleurs plutôt sympas rendent les planches assez appréciables, mais elles ne sont pas toutes en couleurs, ce qui accentue l'impression d'inégalité et de bricolage. L'adaptation suit globalement l'oeuvre d'Hugo, mais en la recouvrant d'une couche de cynisme et de provocation qui finit par tout écraser. Les premières pages proposent quelques anachronismes encore relativement discrets, puis ceux-ci deviennent de plus en plus envahissants au fil de la lecture. Côté humour, j'ai trouvé l'ensemble très paresseux. Je dois préciser que je n'ai jamais été amateur d'humour trash. L'album repose presque exclusivement sur ce principe d'anachronisme, trop convenu dans ce type de parodie, et sur un trash appuyé (violence gratuite, vulgarité systématique), un procédé qui me lasse très vite, surtout quand on connaît ce que Reiser et Vuillemin ont fait de bien plus fort, plus juste et plus dérangeant avec les mêmes recettes. Ici, tout tourne rapidement à la mécanique lourde, sans véritable montée en puissance ni regard neuf. Quelques gags fonctionnent vaguement, mais beaucoup trop m'ont simplement ennuyé. Et au vu de l'épaisseur de l'album, la lecture m'a paru fatigante, répétitive et creuse. Ni la parodie ni la satire ne décollent réellement, et l'ensemble m'a donné surtout le sentiment d'un exercice de style forcé, qui confond irrévérence et facilité.
Kaël
Dans ce monde de fantasy existent trois nations : celle des Anges, celle des Démons leurs ennemis, et la nation des animistes qui est coincée entre les deux. Dans celle-ci, les jeunes humains découvrent leur animal totem lors d'un rite de passage marquant leur transformation dans la forme humanoïde de cet animal, chacun ayant un rôle spécifique dédié au service de leur pays. Sauf que lorsque Kaël passe enfin ce rituel, aucun animal-totem ne s'offre à lui et il se retrouve avec le statut de Sans-totem, voué aux plus basses tâches de la société et au mépris de ses anciens pairs. Mais en réalité quelque chose s'est bien offert à lui, une entité différente qui va tenter de le corrompre. C'est un récit de fantasy tous publics mais plutôt adressé aux jeunes lecteurs ados et préados. Cela se retrouve dans la légèreté de son ton mais aussi dans son dessin. Le style de Kan-J est moderne, fait de nombreuses influences, franco-belge pour les décors et la mise en scène, manga pour les visages, et Disney pour l'aisance à représenter des personnages animaliers. C'est du bon boulot, avec une narration graphique claire et bien rythmée. J'aime beaucoup la représentation graphique de l'entité qui accompagne le héros et des ailes qu'elle lui donne. Seul les décors un peu trop souvent vides réduisent mon enthousiasme. L'histoire est sympathique. Si elle part d'un concept assez original, avec cette nation coincée entre deux dangereuses rivales et ses habitants se transformant définitivement en leur animal totem, elle emprunte ensuite quelques sentiers convenus dans les récits de fantasy jeunesse. Certaines scènes et comportements de personnages sont très cousues de fil blanc. Difficile de ne pas soupirer devant le harcèlement caricatural que subit le héros (qui trouve toutefois plus tard une explication), ou devant la réaction des autorités qui sont comme par hasard au bon endroit au bon moment, devant le manichéisme des démons méchants par nature, ou encore devant les facilités scénaristiques qu'implique la révélation de fin du premier tome quand on pense aux pouvoirs de ses instigateurs et comment avec de tels capacités ils auraient pu faire les choses de manière bien moins alambiquée. Là encore, cela trouve une explication par la suite, mais celle-ci n'est pas très convaincante. Ces points un peu immatures laissent penser que le public visé est jeune. Et enfin, les évènements s'enchainent un peu trop vite et facilement dans la dernière partie du second tome. Et comme celui-ci se termine sur un mot Fin qu'il n'y avait pas dans le premier tome, on dirait bien que c'est soit une fin de série, soit au minimum une fin de diptyque, et cette fin un peu trop abrupte est un peu frustrante, même si sa dernière page laisse une porte ouverte vers plus de développements. Bref, j'ai été diverti par cette série qui présente quelques idées sympathiques et un rythme assez prenant, mais aussi pas mal de facilités ou de séquences clichés qui laisse sur un léger sentiment de manque de maturité et qui semble indiquer que la série s'adresse avant tout à un public jeune.