Les derniers avis (113677 avis)

Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Tout conte fée
Tout conte fée

Dans un immeuble parisien en 1915 cohabite une galerie de personnages incongrus, dont beaucoup semblent issus de divers contes de fées. À la suite de deux disparitions et d'un meurtre, deux policiers vont enquêter et remuer tout ce petit monde absurde. Cet album est foncièrement original. Il mêle enquête policière, pastiche de contes et humour absurde, avec son lot de surprises, aussi bien sur le plan narratif que graphique. L'ensemble donne parfois l'impression d'un ouvrage collectif, tant les fils narratifs s'entrecroisent et tant les styles de dessin varient d'un passage à l'autre. Les situations sont inattendues, les dialogues fusent, les références s'accumulent, et l'album dégage une véritable énergie créative. C'est à la fois drôle et désarçonnant : on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser ni où les auteurs souhaitent nous mener. Le regard porté sur les contes est volontairement irrévérencieux, cynique et adulte, avec un usage appuyé de l'anachronisme et du détournement psychanalytique (notamment à travers plusieurs références à La Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, auxquelles je n'ai pas vraiment accroché, ceci dit). Les personnages sont paumés, malheureux, parfois pathétiques, et cette vision désenchantée des figures de l'enfance se révèle à la fois drôle et légèrement grinçante. Derrière la farce affleure clairement un propos sur la perte de l'innocence, le refus de grandir et les névroses que l'on traîne avec soi. Graphiquement, le travail de Bandini est très réussi. Comme évoqué plus haut, il change de style selon les chapitres, les fils narratifs, et parfois même en plein cours de récit, allant jusqu'à un léger brisage du quatrième mur lorsque les personnages prennent conscience d'être dessinés différemment. J'ai réellement cru, à certains moments, à un ouvrage collectif tant certaines scènes s'intercalent de manière abrupte, comme si un autre récit se déroulait en parallèle du fil principal. Le trait peut être semi-réaliste ou évoquer l'illustration jeunesse avant de basculer vers un registre plus adulte, avec des variations de styles, de couleurs et même de techniques aussi surprenantes que les ruptures de ton du scénario. C'est parfois un peu foutraque, mais c'est beau, et malgré la profusion de personnages et de situations, l'ensemble reste lisible et souvent très inventif visuellement. En revanche, l'album a tendance à se disperser. À force d'accumuler les pistes, les jeux de mots, les références et les ruptures de registre, le récit perd parfois en clarté et en efficacité. La dimension psychanalytique, intéressante sur le principe, devient par moments lourde ou plaquée, comme si les auteurs cherchaient à tout expliquer là où le non-sens aurait suffi. La fin, en particulier, m'a laissé un sentiment de confusion, avec l'impression que le livre ne savait plus très bien quelle direction prendre. Tout conte fée est donc une BD originale, inventive et souvent amusante, mais aussi inégale. J'ai apprécié son audace, son humour et son univers, tout en regrettant qu'elle n'ait pas davantage canalisé ses idées pour tenir la distance jusqu'au bout. Un album qui mérite d'être découvert, à condition d'accepter qu'il perde parfois son lecteur en chemin.

13/01/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
Couverture de la série Là où tu vas - Voyage au pays de la mémoire qui flanche
Là où tu vas - Voyage au pays de la mémoire qui flanche

Nouveau projet documentaire de Davodeau, sur sa femme et son métier d'accompagnante de personnes développant des troubles de la mémoire (la maladie d'Alzheimer notamment). Comme à son habitude, l'auteur parvient à insuffler une bienveillance profondément touchante, à dresser des portraits d'une belle justesse, à glorifier les projets sinon combats que mènent d'honnêtes et simples employés pour améliorer des situations, des vies. Des vertus souvent oubliées, sinon méprisées, que Davodeau replace au centre des réflexions, non sans militantisme : promouvant ici les pratiques inspirées des pédagogies de Montessori, en opposition aux logiques de gestion financière des établissements spécialisés entraînant un chronométrage des soins. Les illustrations sont toujours au diapason du fond : beaucoup de tendresse dans ce noir et blanc peu contrasté, dans ces cases aérées, ces sourires en coin, ces yeux ronds ; et puis des textes amples refusant l'implicite et ne cachant ni les doutes ni les interrogations des locuteurs. Les objectifs de Davodeau sont souvent simples et beaux : témoigner, faire connaître ; certes il y a toujours un point de vue, un regard, mais non-envahissant, clairement énoncé, chacun pouvant encore se positionner comme il l'entend. L'essentiel étant l'humanisme : ici, que le regard change sur les personnes développant ces troubles, que la maladie ne finisse pas par les résumer sinon les personnifier, que la vie l'emporte sur la seule gestion de la maladie.

13/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Péma Ling
Péma Ling

On est ici entre un Le Lama blanc sans les délires mystiques de Jodo (même s’il s’était un peu retenu) et une vision plus planante, contemplative, langoureuse et amoureuse des immensités himalayennes comme Cosey a pu le développer dans Jonathan. Mais de toute façon, Bess est un amoureux et connaisseur des cultures du sous-continent indien (voir en plus de « Péma Ling » et Le Lama blanc son très beau Incredible India). J’ai parlé de beauté, je voudrais commencer par le dessin de Bess, que j’aime vraiment beaucoup. Son trait classique possède une force, qu’il transmet à ses personnages, ridés par le froid et le soleil, ses paysages sont vraiment réussis. Visuellement c’est chouette. Même si je pense préférer son travail en Noir et Blanc. La colorisation fait presque plus que son âge : là aussi il y a des accointances avec celle de Cosey. La série se laisse lire – indépendamment de son dessin réussi – mais ne m’a pas emballé plus que ça. D’abord parce des longueurs – que ne compensent pas toujours les beaux paysages – donnent un rythme qui engourdit parfois le lecteur. Ensuite parce que Bess, que l’on sent connaisseur et amateur de la culture tibétaine, remplit beaucoup trop ses cases d’un texte qui les phagocyte parfois. Ces deux travers ne s’améliorent pas au fil des tomes. Par contre, le personnage de Péma Ling est attachant, et propose souvent un « pas de côté », un petit côté divertissant, rafraichissant, au milieu du récit bavard. Comme le dessin, ce personnage donne force et intérêt à l’intrigue, et permet de passer outre certaines lourdeurs évoquées plus haut. Hélas, le récit restera inachevé.

13/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 1/5
Couverture de la série Les Temps sont flous
Les Temps sont flous

L'album enchaîne des dialogues en duo censés commenter la société et l'actualité politique. Il y est beaucoup question de sociologie, d'idées et d'états d'âme, mais sous une forme très bavarde, avec des tentatives d'humour qui, pour ma part, ne fonctionnent jamais. Sur la forme, cela m'a immédiatement rappelé les albums de Bretécher, notamment Les Frustrés, que je n'ai jamais réussi à lire pour de bon tant ils m'ennuient. On retrouve ce dispositif proche du dessin de presse : des personnages statiques, des décors absents ou réduits au strict minimum, et un humour supposé reposer uniquement sur les échanges verbaux plutôt que sur la mise en scène. Le dessin n'est pas désagréable, le trait possède même une certaine personnalité, mais l'ensemble est peu enthousiasmant. Mais surtout ce sont ces dialogues qui m'ont ennuyé à un point que j'avais du mal à ne serait-ce que terminer les planches que j'entamais. Ce discours politique et sociologique me paraît creux, dépourvu de véritable angle ou de finesse, et surtout totalement dénué d'humour. Je n'y ai perçu ni second degré, ni justesse, ni la moindre percussion comique. Cela ne m'a pas arraché le moindre sourire et j'ai fini par abandonner la lecture bien avant la fin de l'album.

13/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série La Bureautique des Sentiments
La Bureautique des Sentiments

Je serais tenté de dire que je n'ai vraiment pas aimé cet album, si ce n'est pour un point : le dessin de Ju/CDM, qui reste très réussi et constitue le principal atout de l'ouvrage. Pour le reste, cela ne fonctionne pas pour moi. Il s'agit d'une succession de gags centrés sur Michel, un nerd socialement inadapté, obsédé par les fichiers Excel et incapable de réussir la moindre interaction avec ses collègues ou avec les femmes. Sur le papier, le sujet aurait pourtant pu m'amuser, étant moi-même volontiers geek et introverti. Mais ici, l'humour ne prend jamais. Les gags et les dialogues tombent systématiquement à plat. L'humour est poussif, répétitif, mal rythmé, et ne provoque pas le moindre sourire. Il s'appuie sur une caricature facile et un jusqu'au-boutisme qui va trop vite dans le mur. Surtout, le personnage de Michel est profondément antipathique. Égocentrique, parfois violent et simplement stupide, il n'éveille aucune empathie et se révèle bien plus pénible qu'amusant ou touchant. Je m'en suis lassé au bout de quelques pages et j'ai terminé l'album avec difficulté. Les auteurs tentent bien de faire évoluer légèrement la situation sur la fin, en entraînant le personnage vers une nouvelle obsession (le death metal), mais cela reste tout aussi stéréotypé, sans être ni drôle ni attachant. Au final, je n'ai pas aimé cet album. Mais il est bien dessiné.

13/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Young shadow
Young shadow

Je suis passé totalement à coté de cet album. Le résumé avait attiré mon attention, mais j'ai vite déchanté en lisant les premières pages de ce comics. Ce n'est pas que le dessin est mauvais, mais je trouve que la mise en scène manque de dynamisme. En tout cas, ce n'est pas très dynamique pour une histoire de super-héros. Quant au scénario, le début est prometteur, mais l'histoire ne lève jamais vraiment. J'ai juste eu l'impression de voir une autre variation du thème de super-héros qui au final n'apporte rien de nouveau. Bref, je ne suis jamais rentré dans ce récit et je me suis ennuyé. Je me demande si je n'ai pas aimé tout simplement parce que je ne suis pas le public-cible. J'ai trouvé cet album dans la section adulte de ma bibliothèque municipal, mais le ton du récit me semble être plus adapté pour les jeunes adolescents.

12/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Nunavik
Nunavik

L'auteur est allé dans le nord québécois, le Nunavik pour être plus précis. Comme tout le grand nord canadien, c'est un très grand territoire peu peuplé. Pour vous donner une idée sachez que le Nunavik est aussi grand que la France et est peuplé de...14 000 habitants répartis dans 14 villages côtiers. Donc oui c'est un endroit très vide et en plus difficile d'accès. C'est donc un carnet de voyage dont le ton rappel ce qu'ont fait Trondheim et Delisle dans le même domaine. J'ai bien aimé explorer ce coin du Québec au final méconnu. Je ne connaissais que des détails généraux de la vie du grand nord et c'est intéressant de voir la vie quotidienne des inuit qui adaptent leur mode de vie ancestral tant bien que mal à la vie moderne. On voit les bons et les moins bons points de vivre dans un environnement très froid et encore un peu sauvage. Les anecdotes racontées sont pas mal quoique parfois je me demandais si l'auteur exagérait pas un peu. Le dessin est sympathique. En gros, un album si on aime bien les autobiographies où un auteur raconte son voyage dans un endroit exotique.

12/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Leave them alone
Leave them alone

Les auteurs me sont quasi inconnus mais chouette première rencontre. Pas de coup de cœur particulier mais moi aussi j’ai trouvé ça très bien. Un western qui déroule, efficace de chez efficace cet album. J’ai bien eu peur sur quelques détails mais rien à dire sur le fond et la forme. Les premières planches m’ont fait un peu tiqué niveau trait (un peu trop épais), détail corrigé et qui s’efface vite par la suite tant la science des bons cadrages est là, on enquille les 160 pages comme un goret. Le lecteur sera emporté par ce microcosme du grand Ouest, un rien classique il est vrai, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien âpre et sauvage. Le scénariste construit son intrigue autour d’attaques de diligences. On aura droit à tout le toutim : outlaws, shérif, banquier … avec également quelques beaux rôles féminins (finalement les seules qui s’en sortent un peu dans cette histoire). Malgré son classicisme, le récit réserve quelques surprises appréciables sans que ça fasse surenchères. Il y a sans doute des grosses ficelles mais que le rythme efface ou que le lecteur pardonne tant le plaisir est là. Sans conteste un tome qui mérite qu’on s’y intéresse, l’ambiance y est vraiment bien rendue.

12/01/2026 (modifier)
Couverture de la série 36 15 Alexia
36 15 Alexia

J’ai du mal avec les premières séries de Boilet (Le Rayon vert m’avait clairement laissé sur ma faim). Avec cet album, j’ai encore eu du mal à accrocher, même si je reconnais que « 36 15 Alexia » est plus ambitieux et possède plus de qualités intrinsèques. J’ai été amusé au départ par les échanges du héros avec une femme, uniquement au travers du minitel : une petite madeleine que cet appareil qui a, tel un feu de paille, fait office un temps de modernité intemporelle en France (et que les adeptes actuels d’internet peineraient à trouver intéressant, avec ces textes poussifs et son absence d’image…). Mon avis est mitigé concernant l’album. Je me suis ennuyé à plusieurs reprises, les échanges via le minitel en particulier ralentissant le rythme. Et il faut dire qu’en soi l’intrigue n’est ni originale, ni fouillée ou emballante. Mais je vais quand même arrondir aux trois étoiles. Car Boilet – comme souvent chez lui – se met en scène (pas mal d’éléments autobiographiques j’imagine à la base de ce récit) et à nu, jouant sur un certain érotisme (plusieurs pages sont même occupées par des scènes de sexe – sans que ce soit vraiment porno). Surtout, la construction, un peu saccadée parfois, longuette, parfois artificielle, est, à d’autres moments, plutôt intéressantes, avec une mise en abime (on observe le héros écrivant sa BD au moment où il vit les événements (on ajoute un niveau si ce héros est l’auteur lui-même…) qui dynamise le récit. En particulier le jeu entre réalité et fantasmes/possibilités est bien exploité avec les deux conclusions proposées. Une cote mal taillée pour la note, un album sur lequel je ne reviendrai sans doute pas, mais un récit qui possède de réelles qualités. Je précise que j’ai lu l’édition originale des Humanos, et je ne sais pas si la réédition d’ego comme x a modifié ou ajouté quelque chose à ce récit. Note réelle 2,5/5.

12/01/2026 (modifier)
Couverture de la série La Trilogie Berlinoise
La Trilogie Berlinoise

Voici une relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes. Ah la Trilogie Berlinoise ! Quel amateur de polars n'a jamais eu cette série culte entre les mains ? Une série qui a même désormais ses pages Wikipedia. On l'avait découverte à sa réédition en 2008 (même si les premières éditions en français dataient des années 90) et les enquêtes de Bernie Gunther dans le Berlin nazi venaient à point nommé pour nous sortir du matraquage marketing autour d'une autre saga culte, celle du suédois Stieg Larsson avec Millénium : au début des années 2000, le rayon polar envahissait les tables grand public des libraires. Près de vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau bien gâtés avec cette adaptation en BD, particulièrement réussie. Deux albums sont disponibles (aux éditions Les Arènes) qui correspondent aux deux premières novellas de la trilogie. L'été de cristal est sorti en novembre 2021 et La pâle figure en avril 2025. Le scénario de Philip Kerr est adapté par Pierre Boisserie, un habitué des intrigues historiques, et les dessins sont signés François Warzala. Le personnage clé de cette série c'est bien entendu le flic Bernie Gunther. Selon les époques et les épisodes, on le retrouve tantôt flic à la Kripo (la KriminalPolizei du Reich dont le siège - l'Alex - se trouve Alexander Platz au centre de Berlin), tantôt comme simple détective privé, ou même détective du célèbre hôtel Adlon. Un amateur de jolies femmes et de bons alcools, aussi désabusé qu'impertinent, qui peut évoquer un Philip Marlowe ou un Nestor Burma. Dans les années 30 il était bien difficile de ne pas composer avec le pouvoir nazi et Bernie est un personnage complexe, qui se permet de côtoyer les figures les plus emblématiques du Reich (les Göring, les Himmler, les Heydrich, ... l'auteur était plus soucieux de pédagogie que de vraisemblance). Heureusement son humour grinçant et sarcastique lui permet de garder ses distances en évitant une trop grande compromission avec les nazis. « - Avez-vous lu Mein Kampf ? - Ce vieux bouquin qu'ils distribuent aux jeunes mariés ? Pour moi, c'est la meilleure raison que j'ai trouvée de rester célibataire. » « La seule raison pour laquelle il n'y a pas de miroir dans les toilettes de l'Alex, c'est pour que personne ne soit obligé de se regarder en face. » « Au fond, le plus surprenant dans tout ceci était ma capacité à être encore surpris par ce qui se passait en Allemagne. » Ce qui lui vaudra également quelques dangereuses inimitiés. Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes en égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime. « - Pour quelle raison avez-vous quitté la Kripo ? L'avez-vous quittée de votre propre chef, d'ailleurs ? [...] - C'est moi qui suis parti. Je ne suis pas national-socialiste, et si vous n'êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. Alors ils se seraient débarrassés de moi de toute manière. [...] - De nos jours, j'enquête sur les disparitions, en forte hausse depuis que les nationaux-socialistes sont au pouvoir. - Ne fais pas attention à ce que dit Bernie, il a parfois un humour déroutant. » Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 alors que l'Allemagne prépare les JO de Berlin, en pleine ascension du parti National-Socialiste. Le titre en VO (March violets) évoque « les violettes de mars », lorsque fleurirent toutes les adhésions "spontanées" à ce parti nazi sans qui les affaires ne peuvent prospérer et le trafic pour obtenir un "petit" numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la nouvelle doctrine en vogue. À la demande d'un riche patron, le détective Bernie enquête sur le meurtre de sa fille et de son gendre nazi. Le second album, La pâle figure (le titre fait référence à Nietzsche), nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes. Le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal... Une fois que tout le contexte a été mis en place dans le premier tome, ce second épisode est encore plus fluide et l'intrigue, bien homogène, bien rythmée, en est encore plus captivante. Il nous reste à attendre impatiemment le prochain épisode qui devrait reprendre Un requiem allemand : 1947, la guerre est enfin terminée et Vienne est devenue un nid d'espions. Le texte de cette BD assez bavard (notamment avec le monologue intérieure de Bernie en voix off) et reste particulièrement fidèle au bouquin de Philip Kerr, souvent mot pour mot. Les enquêtes policières ne sont que le prétexte à une visite guidée très complète de l'Allemagne nazie et chaque épisode met en scène des événements bien réels. La série de Philip Kerr avait été abondamment surexploitée par les éditeurs et s'était un peu usée au fil du temps : ces albums tombent à pic pour donner un petit coup de renouveau à ces intrigues qui sont restées passionnantes et surtout très instructives. Il est vraiment plaisant de se livrer à cette relecture de ces grands classiques. Même si ces albums peuvent toutefois se lire sans connaître l'original, je pense, et donneront peut-être envie de s'y (re-)plonger. Le dessin de Warzala est celui d'une ligne claire franco-belge très pure qui rappelle Blake et Mortimer, et dont le trait un peu désuet convient parfaitement à cette reconstitution des années 30. Dessin et mise en page restent plutôt sages pour laisser toute sa place au récit.

12/01/2026 (modifier)