Et voici le Retour du duo Robert Kirkman / Benito Cereno qui avaient déjà collaboré dans le tome 12 de Invincible. Chaque nouvelle série de Kirman titille toujours ma curiosité, après les réussites mondiales d'Invincible et Walking Dead, pour ne parler que d'elles. Et c'est un dessinateur que je découvre, E. J. Su, qui compose le trio d'auteur de cette nouvelle série explosive.
Dans ce futur, les aliens cohabitent avec les humains sur Terre, mais les malfrats de tout genre et de toutes espèces courent toujours, d'où le recours à de nombreux chasseurs de primes : Blood est l'une d'entre eux. Nous voilà donc plongés dans un univers SF/cyberbunk en suivant les aventures de la belle Akeldama Blood Bledsoe et de son fusil Thunder, qui a la particularité de parler. Ce dernier a effectivement la "langue" bien pendue et le verbe caustique !
Le duo improbable est intéressant, et le rythme endiablé de ce premier tome réjouira les amateurs d'action brute. L'originalité des personnages et des créatures est sans doute le point fort de cette série qui va s'articuler autour de la traque d'une créature surpuissante et de la recherche des origines mystérieuses de notre héroïne...
Si le côté pop-corn de la série est agréable de par sa dynamique, j'ai par contre été beaucoup moins réceptif au dessin de E.J Su. Si ses personnages et les actions dynamiques sont plutôt bien rendus, ses décors restent d'une rare pauvreté quand on s'y attache ; certaines cases font vraiment vides, dommage. Heureusement que la colorisation de Msassyk atténue ce ressenti.
Je lirais la suite par curiosité, en espérant que le dessin monte en qualité.
(2.5/5)
Je n’aurais probablement jamais ouvert cette BD si je n’avais pas en charge l’accueil de son illustrateur en septembre prochain dans la structure dans laquelle je travaille. Sa couverture peu engageante et son sujet, austère, n’avait à mes yeux rien d’appétissant. Et pourtant !
Je commencerai par évoquer les faiblesses de l’album. Ne disons pas vraiment des faiblesses, non, plutôt des obstacles.
Tout d’abord, la BD comporte d’imposants pavés de texte qui donnent souvent le sentiment de lire les œuvres mêmes de Marc Bloch. C’est très long à lire, sans compter qu’il y a à mon sens quelques répétitions qui auraient pu être évitées. Et puis je l’évoquais, il y a cette affreuse couverture terne, d’une affligeante banalité, qui n’incite pas vraiment au voyage.
Cela étant dit, j’ai trouvé cette lecture passionnante. Tout d’abord, le dessin est très classe : une belle ligne claire, des couleurs tout à fait a propos. Impec ! Il y a aussi le scénario qui, bien qu’un peu linéaire et filoguidé (après tout, c’est un récit historique – délicat de faire autrement), ne perd jamais le lecteur.
Mais surtout, on y apprend une foultitude de choses, à commencer par ce qu’a véritablement apporté Marc Bloch à l’Histoire en tant que discipline. En menant des recherches parallèles, je n’ai finalement pas appris grand-chose de plus. Tout est très bien synthétisé. Il y a peu de concessions faites au « grand public » : c’est admirable. Quel meilleur moyen de rendre hommage à un homme qui a cherché à comprendre les choses en profondeur ?
Et puis surtout, last but not least, ça m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre de Marc Bloch. J’ai d’ailleurs commencé par entamer Les Rois Thaumaturges, ouvrage qui se révèle puissant bien que rédigé avec une langue que je trouve parfois alambiquée.
Bref ! Cette BD vaut vraiment le coup d’œil, et je connais deux trois collègues à BDthèque qui, j’en suis certain, ne la bouderaient certainement pas (clin d’œil clin d’œil).
Les esprits chagrins ne manqueront pas de remarquer qu’elle sort à un moment où l’on parle beaucoup de Marc Bloch depuis sa panthéonisation. La revue L’Histoire, par exemple, lui avait déjà consacré un large dossier en septembre dernier. Mais franchement, il y a là matière à comprendre pourquoi la pensée de cet homme est fondamentale aujourd’hui.
Sans être un coup de cœur, car sa lecture constitue tout de même une petite épreuve, cette BD mérite toute notre attention et doit figurer en haut du panier.
Si cette BD comporte des qualités évidentes, je ne suis pourtant pas parvenu à entrer dans la course. Les critiques semblent pourtant unanimes. Bon...
C'est mon intérêt pour l'Histoire qui m'a porté à lire cette BD, et plus particulièrement cette période, ainsi que, je dois bien l'avouer, la nostalgie de l’enfance, temps béni où je passais une bonne partie de mon temps à lire et relire les manuels d’Histoire de la bibliothèque paternelle, ainsi qu’un album d’images Panini consacrés aux voitures anciennes qui avait été complété par mon frérot quelques années avant ma naissance... Nostalgie, nostalgie…
Tout d’abord, je me dois de préciser que le dessin est engageant, sinon je n’aurais même pas pris la peine d’entamer cette lecture. Le trait de Youssef Daoudi est nerveux et très expressif. Servi par une mise en couleur choisie avec soin, il sait mettre le lecteur en appétit : au premier coup d’œil, on perçoit parfaitement l’énergie électrique qui devait régner à ce moment précis.
Ensuite, la tourmente qui emporte alors le continent européen trouve dans l’organisation même du récit une très juste transcription. L’auteur en effet entrecoupe sa narration de pages plus historiques ou techniques. L’ensemble est dynamique et le lecteur se sent véritablement pris dans un tourbillon.
Cela étant dit, force est de constater que cela n’a pas fonctionné sur moi, et je me trouve bien ennuyé. Tout cela créé aussi de la confusion. J’ai eu du mal à suivre le fil et à m’attacher aux personnages, tout comme j’ai eu du mal à comprendre leur parcours individuel, si bien que je ressors de ma lecture avec le sentiment d’avoir traversé un rêve haché. Enfin, je trouve que sur un sujet tout à fait similaire, le film Le Mans 66 apportait une dimension supplémentaire que je n'ai pas décelée ici. La dernière danse reste étrangement attendu dans son propos (alors qu'on était en droit d'attendre quelque chose) là où le film précité parvenait à surprendre par sa teneur politique (alors que je n'en attendais absolument rien).
Pour conclure, et malgré les qualités certaines de l’album, je dirais simplement qu’il n’était pas pour moi. Les albums Panini sont désormais loin derrière moi. Je suis passé à autre chose.
2.5
J'avais lu quelques récits de cette série dans des vieux Tintin que j'avais trouvés à droite et à gauche lorsque j'étais ado et j'avais le souvenir d'une série correcte sans plus. La lecture d'un album m'a confirmé cette impression.
Cela se laisse lire si on n'est pas allergique aux charmes des vieilles bandes dessinées franco-belges, mais ce n'est pas extraordinaire. Il faut dire que le cadre des aventures de ces deux gangsters n'est pas très original et leur duo sonne un peu le déjà vu (en gros, imaginez Joe et Averell Dalton sans d'autres frères et avec la même taille). L'humour fait sourire, mais cela devient vite un peu répétitif en album. Le dessin est correct sans plus.
Pour moi, c'est un exemple typique des séries qui semblaient surtout exister pour remplir les nombreuses publications qui paraissaient à l'époque. C'est pas le plus mauvais exemple de ce genre, c'est juste que je ne pense pas que beaucoup de lecteurs vont apprécier cette série hormis les nostalgiques qui ont lu ça durant leur jeunesse.
Risso ne cesse de me surprendre !
Nous sommes très loin ici du style qui l’a défini pendant des années : le noir et blanc bien contrasté, des espaces de lumière et d’ombre dans lesquels les personnages aux contours bien définis évoluaient et agissaient au gré des intrigues, principalement celles de Trillo ou Azzarello. L’introduction de la couleur revient surtout à Patricia Mulvihill, dans 100 bullets, par exemple, sans changer ces éléments fondamentaux. Mais déjà dans le Batman, avec Paul Dini, nous avions le début d’une nouvelle expérimentation avec la couleur. Ici, tout explose !
Risso dessine avec la couleur. Les effets d’aquarelle sont surprenants, ils racontent l’histoire mieux que les mots eux-mêmes: jaunes, bleus, rouges et verts, nuits violettes, ciels orangés : toutes les couleurs complémentaires ! Il faut du courage et de l’assurance! Les couleurs du ciel, de la terre, des journées chaudes et des nuits peuvent sembler trop vives, mais elles créent des ambiances psychologiques qui influencent le lecteur et jouent un rôle de véritable personnage tout au long de l’album.
L'intrigue d'Azzarello est l'un des westerns les plus brutaux et sans concession que j'aie jamais lus. Il ne s'agit pas d'une apologie ou d'une glorification de la violence, comme un premier regard pourrait le laisser penser. C'est un portrait réaliste d'un monde sauvage où la volonté de pouvoir cherche à s'imposer contre toutes les considérations morales, religieuses ou légales. L'être humain est bien pire que les bêtes sauvages !
Depuis le début, nous avons le pressentiment que les trois petits garçons n'auront pas une enfance paisible et heureuse. La recherche de leur mère, les différentes rencontres et menaces vont façonner leur parcours et leur destin. La rencontre avec Chouette Enragée, mais aussi avec des colons nordiques en route vers l'Ouest, sera marquante, un vrai oasis.
Je ne peux m'empêcher de penser, depuis la couverture du livre, que les trois bandits et les trois gamins forment une sorte de miroir ou de destin circulaire dans lequel la violence se reproduit et se perpétue. Ce ne sera peut-être pas indispensable, mais j'aimerais que l'histoire ait une suite. Je serais preneur. Anna, tout comme les enfants survivants et d'autres personnages, le mériteraient.
Un dernier mot pour les couvertures alternatives à la fin de l'album : elles ajoutent de la valeur et de l'intérêt, par la comparaison que l'on fait avec celles de Risso.
C'est avec le duo Ed Brubacker/Sean Phillips, que j'avais découvert le fils en tant que coloriste. Puis, il avait sauté le pas au dessin avec Texas Blood en 2021 avec Chris Condon au scénario, série qui partait plutôt pas trop mal mais qui semble malheureusement abandonnée. Le même duo nous propose cette fois-ci un western, retraçant un épisode sanglant de l'histoire de la frontière texane : le massacre du gang Enfield, qui donne le nom à cet album.
Côté graphisme, pas de surprises, on retrouve la colorisation et un encrage tranchés, un trait sommaire et efficace qui ont fait sa marque de fabrique. L'histoire est découpée en chapitres, où s'intercalent à chaque fois une double page de texte reposant le cadre historique de ce tragique événement.
En soit ce n'est pas mauvais ; je ne connaissais pas cette "anecdote" pourtant réputée au Texas, mais si l'on enlève les pages de texte, la BD s'avale en trois coups de cuillère à pôt alors qu'elle s'étire sur 192 pages ! Je peux comprendre la volonté de réhabilitation d'une vérité historique, même s'il s'agit d'une bande de malfrats, mais au final, tout cela manque d'implication pour le lecteur. Je n'ai pas eu la moindre empathie pour les protagonistes, et on suit ce tragique massacre perpétré par un Texas Ranger, un shérif tout frais nommé et la cavalerie sans grand frisson.
Bref, un retour sur une tragédie historique qui manque d'étoffe et qui peine à convaincre.
Même si cette BD fait partie des albums les plus impopulaires de BDthèque, j'étais curieux de la lire depuis longtemps. D'abord parce qu'il s'agit d'une des toutes premières œuvres du très prolifique JD Morvan, avant même ses premiers succès comme Nomad ou HK. Ensuite parce qu'elle s'intéresse aux jeux vidéo en réalité virtuelle, un thème encore très rare à l'époque, que je n'avais croisé jusque-là que dans Convoi, bien avant Yureka ou Fléau.world. Autant dire qu'elle avait tout pour attirer ma curiosité.
Malheureusement, j'ai eu du mal dès les premières pages. Tout m'a semblé beaucoup trop amateur, comme si les auteurs avaient voulu en faire énormément sans avoir encore les moyens de leurs ambitions. Le dessin est très embrouillé, avec des cases surchargées, un excès de traits qui rend les visages difficilement déchiffrables et, surtout, un découpage catastrophique. Les scènes d'action sont souvent incompréhensibles et je devais lire les dialogues pour essayer de comprendre ce qui était censé se passer à l'image. Plus généralement, toute la mise en scène est pénible à suivre. Les dialogues manquent de naturel, les personnages sont caricaturaux, les situations se donnent un air cool et provocateur sans jamais vraiment raconter quelque chose. Tout semble jeté pêle-mêle dans un grand fouillis où s'accumulent les clichés, les couleurs criardes, quelques goûts franchement douteux et une intrigue qui, malgré un contexte original pour son époque, ne dépasse jamais une trame très convenue.
J'ai trouvé le scénario lui aussi beaucoup trop ambitieux pour les moyens de ses auteurs. On sent que Morvan avait déjà envie de mélanger les genres, entre cyberpunk, science-fiction, héroïc fantasy, comics, manga et même une esthétique punk-métal, mais rien ne s'articule vraiment. L'histoire saute d'une idée à l'autre, développe certains détails de façon surprenante tout en expédiant d'autres passages importants, si bien que l'ensemble paraît décousu et bancal. On devine parfois quelques bonnes intentions ou des idées qui auraient pu être intéressantes, mais elles sont noyées dans une narration beaucoup trop maladroite.
De toute manière, j'ai trouvé la lecture tellement pénible que je n'ai pas eu le courage d'aller jusqu'au bout. Alors même que ce type d'univers m'attire en principe, j'ai tenu une vingtaine de pages avant de décrocher complètement et de simplement survoler le reste pour constater que cela ne menait finalement pas très loin. Je comprends pourquoi la série a été abandonnée aussi vite, mais l'éditeur aurait dû accompagner ses auteurs avant même la publication, tant les erreurs de débutants sautent aux yeux. A ce stade là, c'est de l'amateurisme à tous les niveaux.
Je découvre l'auteur avec cet album, j'ai bien accroché à sa patte graphique et à l'idée générale.
Le genre d'album que j'aurais dévoré dans ma prime jeunesse et pour lequel je garderai beaucoup de nostalgie, j'aurais adoré le découvrir à cette époque.
Si je ne m'enthousiasme pas plus en tant qu'adulte, c'est que l'humour déployé y est souvent trop léger ou mignon, mais ce petit Léonard ne reste pas désagréable à suivre. Niveau dessin, je trouve que ça possède un beau supplément d'âme, la rondeur du trait m'a bien plu, comme les bouilles des persos.
Le tout est enrobé d'une certaine bienveillance, franchement un chouette cadeau pour les plus jeunes.
Hâte de découvrir le petit Mozart, je trouve ça plus pertinent (et marrant) que nos classiques Petit Spirou, Kid Lucky ...
On a tous en tête ce cliché de Tokyo où l'on aperçoit le carrefour de Shibuya qui représente à merveille la fourmilière qu'est la plus grande mégalopole mondiale. Ce cliché traduit toute l'effervescence du pays du soleil levant et laisse à penser que tout doit forcément aller vite dans ce pays.
Et voilà que Taniguchi, à mille lieues de ce cliché, nous offre un ouvrage où le temps à l'air de s'écouler au ralenti. Son héros, loin de ce tumulte qu'est la vie d'un homme actif, prend ici le temps. Le temps de vivre , de savourer tous les petits plaisirs imperceptibles de la vie.
Alors on va être tout de suite clair : il ne se passe absolument rien dans cet ouvrage. Et c'est voulu.
Le but étant de faire comme le héros, de contempler la simplicité du monde.
D'ailleurs les dessins de Taniguchi s'enchaine régulièrement sans paroles, sans textes.
Et comme Monsieur dessine très bien, son œuvre apporte une sorte de zenitude au lecteur qui est très surprenante au début mais que l'on découvre salutaire lorsque l'on ferme l'ouvrage.
Cela donne au final une impression très surprenante à la fin de la lecture. Il ne s'est rien passé mais on n'a pas non plus l'impression d'avoir perdu son temps.
Taniguchi nous a habitué à prendre notre temps, mais rarement autant et avec autant de maestria que dans "L'Homme qui marche"
Donc attention c'est à un public averti qu'est destiné ce manga
Je continue mon exploration des œuvres de Nicolas Wild et pour l’instant toujours pas déçu.
Avec cette escapade en Russie, on retrouve sa patte graphique, sa tendance documentaire et son secret pour rendre le tout fluide, amusant et instructif. Bref, il sait capter l’attention de son lecteur.
J’ai lu l’album il y a peu et comme d’autres l’ont pointé, je regrette de n'avoir qu'un instantané de la vision russe sur ce conflit (nous nous situons ici seulement quelques mois après son démarrage) ... Ce dernier continuant toujours, je reste très curieux de connaitre l' évolution de leurs ressentis aujourd'hui.
Pourquoi pas dans un second tome ?
Malgré ce petit point noir qui ne permet pas une vision globale de cette guerre, un album réussi.
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Blood & Thunder
Et voici le Retour du duo Robert Kirkman / Benito Cereno qui avaient déjà collaboré dans le tome 12 de Invincible. Chaque nouvelle série de Kirman titille toujours ma curiosité, après les réussites mondiales d'Invincible et Walking Dead, pour ne parler que d'elles. Et c'est un dessinateur que je découvre, E. J. Su, qui compose le trio d'auteur de cette nouvelle série explosive. Dans ce futur, les aliens cohabitent avec les humains sur Terre, mais les malfrats de tout genre et de toutes espèces courent toujours, d'où le recours à de nombreux chasseurs de primes : Blood est l'une d'entre eux. Nous voilà donc plongés dans un univers SF/cyberbunk en suivant les aventures de la belle Akeldama Blood Bledsoe et de son fusil Thunder, qui a la particularité de parler. Ce dernier a effectivement la "langue" bien pendue et le verbe caustique ! Le duo improbable est intéressant, et le rythme endiablé de ce premier tome réjouira les amateurs d'action brute. L'originalité des personnages et des créatures est sans doute le point fort de cette série qui va s'articuler autour de la traque d'une créature surpuissante et de la recherche des origines mystérieuses de notre héroïne... Si le côté pop-corn de la série est agréable de par sa dynamique, j'ai par contre été beaucoup moins réceptif au dessin de E.J Su. Si ses personnages et les actions dynamiques sont plutôt bien rendus, ses décors restent d'une rare pauvreté quand on s'y attache ; certaines cases font vraiment vides, dommage. Heureusement que la colorisation de Msassyk atténue ce ressenti. Je lirais la suite par curiosité, en espérant que le dessin monte en qualité. (2.5/5)
Marc Bloch - L'Historien combattant
Je n’aurais probablement jamais ouvert cette BD si je n’avais pas en charge l’accueil de son illustrateur en septembre prochain dans la structure dans laquelle je travaille. Sa couverture peu engageante et son sujet, austère, n’avait à mes yeux rien d’appétissant. Et pourtant ! Je commencerai par évoquer les faiblesses de l’album. Ne disons pas vraiment des faiblesses, non, plutôt des obstacles. Tout d’abord, la BD comporte d’imposants pavés de texte qui donnent souvent le sentiment de lire les œuvres mêmes de Marc Bloch. C’est très long à lire, sans compter qu’il y a à mon sens quelques répétitions qui auraient pu être évitées. Et puis je l’évoquais, il y a cette affreuse couverture terne, d’une affligeante banalité, qui n’incite pas vraiment au voyage. Cela étant dit, j’ai trouvé cette lecture passionnante. Tout d’abord, le dessin est très classe : une belle ligne claire, des couleurs tout à fait a propos. Impec ! Il y a aussi le scénario qui, bien qu’un peu linéaire et filoguidé (après tout, c’est un récit historique – délicat de faire autrement), ne perd jamais le lecteur. Mais surtout, on y apprend une foultitude de choses, à commencer par ce qu’a véritablement apporté Marc Bloch à l’Histoire en tant que discipline. En menant des recherches parallèles, je n’ai finalement pas appris grand-chose de plus. Tout est très bien synthétisé. Il y a peu de concessions faites au « grand public » : c’est admirable. Quel meilleur moyen de rendre hommage à un homme qui a cherché à comprendre les choses en profondeur ? Et puis surtout, last but not least, ça m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre de Marc Bloch. J’ai d’ailleurs commencé par entamer Les Rois Thaumaturges, ouvrage qui se révèle puissant bien que rédigé avec une langue que je trouve parfois alambiquée. Bref ! Cette BD vaut vraiment le coup d’œil, et je connais deux trois collègues à BDthèque qui, j’en suis certain, ne la bouderaient certainement pas (clin d’œil clin d’œil). Les esprits chagrins ne manqueront pas de remarquer qu’elle sort à un moment où l’on parle beaucoup de Marc Bloch depuis sa panthéonisation. La revue L’Histoire, par exemple, lui avait déjà consacré un large dossier en septembre dernier. Mais franchement, il y a là matière à comprendre pourquoi la pensée de cet homme est fondamentale aujourd’hui. Sans être un coup de cœur, car sa lecture constitue tout de même une petite épreuve, cette BD mérite toute notre attention et doit figurer en haut du panier.
La Dernière Danse - Grand Prix Belgrade 1939
Si cette BD comporte des qualités évidentes, je ne suis pourtant pas parvenu à entrer dans la course. Les critiques semblent pourtant unanimes. Bon... C'est mon intérêt pour l'Histoire qui m'a porté à lire cette BD, et plus particulièrement cette période, ainsi que, je dois bien l'avouer, la nostalgie de l’enfance, temps béni où je passais une bonne partie de mon temps à lire et relire les manuels d’Histoire de la bibliothèque paternelle, ainsi qu’un album d’images Panini consacrés aux voitures anciennes qui avait été complété par mon frérot quelques années avant ma naissance... Nostalgie, nostalgie… Tout d’abord, je me dois de préciser que le dessin est engageant, sinon je n’aurais même pas pris la peine d’entamer cette lecture. Le trait de Youssef Daoudi est nerveux et très expressif. Servi par une mise en couleur choisie avec soin, il sait mettre le lecteur en appétit : au premier coup d’œil, on perçoit parfaitement l’énergie électrique qui devait régner à ce moment précis. Ensuite, la tourmente qui emporte alors le continent européen trouve dans l’organisation même du récit une très juste transcription. L’auteur en effet entrecoupe sa narration de pages plus historiques ou techniques. L’ensemble est dynamique et le lecteur se sent véritablement pris dans un tourbillon. Cela étant dit, force est de constater que cela n’a pas fonctionné sur moi, et je me trouve bien ennuyé. Tout cela créé aussi de la confusion. J’ai eu du mal à suivre le fil et à m’attacher aux personnages, tout comme j’ai eu du mal à comprendre leur parcours individuel, si bien que je ressors de ma lecture avec le sentiment d’avoir traversé un rêve haché. Enfin, je trouve que sur un sujet tout à fait similaire, le film Le Mans 66 apportait une dimension supplémentaire que je n'ai pas décelée ici. La dernière danse reste étrangement attendu dans son propos (alors qu'on était en droit d'attendre quelque chose) là où le film précité parvenait à surprendre par sa teneur politique (alors que je n'en attendais absolument rien). Pour conclure, et malgré les qualités certaines de l’album, je dirais simplement qu’il n’était pas pour moi. Les albums Panini sont désormais loin derrière moi. Je suis passé à autre chose.
Les Frères Bross
2.5 J'avais lu quelques récits de cette série dans des vieux Tintin que j'avais trouvés à droite et à gauche lorsque j'étais ado et j'avais le souvenir d'une série correcte sans plus. La lecture d'un album m'a confirmé cette impression. Cela se laisse lire si on n'est pas allergique aux charmes des vieilles bandes dessinées franco-belges, mais ce n'est pas extraordinaire. Il faut dire que le cadre des aventures de ces deux gangsters n'est pas très original et leur duo sonne un peu le déjà vu (en gros, imaginez Joe et Averell Dalton sans d'autres frères et avec la même taille). L'humour fait sourire, mais cela devient vite un peu répétitif en album. Le dessin est correct sans plus. Pour moi, c'est un exemple typique des séries qui semblaient surtout exister pour remplir les nombreuses publications qui paraissaient à l'époque. C'est pas le plus mauvais exemple de ce genre, c'est juste que je ne pense pas que beaucoup de lecteurs vont apprécier cette série hormis les nostalgiques qui ont lu ça durant leur jeunesse.
La Ballade des frères Blood
Risso ne cesse de me surprendre ! Nous sommes très loin ici du style qui l’a défini pendant des années : le noir et blanc bien contrasté, des espaces de lumière et d’ombre dans lesquels les personnages aux contours bien définis évoluaient et agissaient au gré des intrigues, principalement celles de Trillo ou Azzarello. L’introduction de la couleur revient surtout à Patricia Mulvihill, dans 100 bullets, par exemple, sans changer ces éléments fondamentaux. Mais déjà dans le Batman, avec Paul Dini, nous avions le début d’une nouvelle expérimentation avec la couleur. Ici, tout explose ! Risso dessine avec la couleur. Les effets d’aquarelle sont surprenants, ils racontent l’histoire mieux que les mots eux-mêmes: jaunes, bleus, rouges et verts, nuits violettes, ciels orangés : toutes les couleurs complémentaires ! Il faut du courage et de l’assurance! Les couleurs du ciel, de la terre, des journées chaudes et des nuits peuvent sembler trop vives, mais elles créent des ambiances psychologiques qui influencent le lecteur et jouent un rôle de véritable personnage tout au long de l’album. L'intrigue d'Azzarello est l'un des westerns les plus brutaux et sans concession que j'aie jamais lus. Il ne s'agit pas d'une apologie ou d'une glorification de la violence, comme un premier regard pourrait le laisser penser. C'est un portrait réaliste d'un monde sauvage où la volonté de pouvoir cherche à s'imposer contre toutes les considérations morales, religieuses ou légales. L'être humain est bien pire que les bêtes sauvages ! Depuis le début, nous avons le pressentiment que les trois petits garçons n'auront pas une enfance paisible et heureuse. La recherche de leur mère, les différentes rencontres et menaces vont façonner leur parcours et leur destin. La rencontre avec Chouette Enragée, mais aussi avec des colons nordiques en route vers l'Ouest, sera marquante, un vrai oasis. Je ne peux m'empêcher de penser, depuis la couverture du livre, que les trois bandits et les trois gamins forment une sorte de miroir ou de destin circulaire dans lequel la violence se reproduit et se perpétue. Ce ne sera peut-être pas indispensable, mais j'aimerais que l'histoire ait une suite. Je serais preneur. Anna, tout comme les enfants survivants et d'autres personnages, le mériteraient. Un dernier mot pour les couvertures alternatives à la fin de l'album : elles ajoutent de la valeur et de l'intérêt, par la comparaison que l'on fait avec celles de Risso.
Le Massacre du gang Enfield
C'est avec le duo Ed Brubacker/Sean Phillips, que j'avais découvert le fils en tant que coloriste. Puis, il avait sauté le pas au dessin avec Texas Blood en 2021 avec Chris Condon au scénario, série qui partait plutôt pas trop mal mais qui semble malheureusement abandonnée. Le même duo nous propose cette fois-ci un western, retraçant un épisode sanglant de l'histoire de la frontière texane : le massacre du gang Enfield, qui donne le nom à cet album. Côté graphisme, pas de surprises, on retrouve la colorisation et un encrage tranchés, un trait sommaire et efficace qui ont fait sa marque de fabrique. L'histoire est découpée en chapitres, où s'intercalent à chaque fois une double page de texte reposant le cadre historique de ce tragique événement. En soit ce n'est pas mauvais ; je ne connaissais pas cette "anecdote" pourtant réputée au Texas, mais si l'on enlève les pages de texte, la BD s'avale en trois coups de cuillère à pôt alors qu'elle s'étire sur 192 pages ! Je peux comprendre la volonté de réhabilitation d'une vérité historique, même s'il s'agit d'une bande de malfrats, mais au final, tout cela manque d'implication pour le lecteur. Je n'ai pas eu la moindre empathie pour les protagonistes, et on suit ce tragique massacre perpétré par un Texas Ranger, un shérif tout frais nommé et la cavalerie sans grand frisson. Bref, un retour sur une tragédie historique qui manque d'étoffe et qui peine à convaincre.
Horde
Même si cette BD fait partie des albums les plus impopulaires de BDthèque, j'étais curieux de la lire depuis longtemps. D'abord parce qu'il s'agit d'une des toutes premières œuvres du très prolifique JD Morvan, avant même ses premiers succès comme Nomad ou HK. Ensuite parce qu'elle s'intéresse aux jeux vidéo en réalité virtuelle, un thème encore très rare à l'époque, que je n'avais croisé jusque-là que dans Convoi, bien avant Yureka ou Fléau.world. Autant dire qu'elle avait tout pour attirer ma curiosité. Malheureusement, j'ai eu du mal dès les premières pages. Tout m'a semblé beaucoup trop amateur, comme si les auteurs avaient voulu en faire énormément sans avoir encore les moyens de leurs ambitions. Le dessin est très embrouillé, avec des cases surchargées, un excès de traits qui rend les visages difficilement déchiffrables et, surtout, un découpage catastrophique. Les scènes d'action sont souvent incompréhensibles et je devais lire les dialogues pour essayer de comprendre ce qui était censé se passer à l'image. Plus généralement, toute la mise en scène est pénible à suivre. Les dialogues manquent de naturel, les personnages sont caricaturaux, les situations se donnent un air cool et provocateur sans jamais vraiment raconter quelque chose. Tout semble jeté pêle-mêle dans un grand fouillis où s'accumulent les clichés, les couleurs criardes, quelques goûts franchement douteux et une intrigue qui, malgré un contexte original pour son époque, ne dépasse jamais une trame très convenue. J'ai trouvé le scénario lui aussi beaucoup trop ambitieux pour les moyens de ses auteurs. On sent que Morvan avait déjà envie de mélanger les genres, entre cyberpunk, science-fiction, héroïc fantasy, comics, manga et même une esthétique punk-métal, mais rien ne s'articule vraiment. L'histoire saute d'une idée à l'autre, développe certains détails de façon surprenante tout en expédiant d'autres passages importants, si bien que l'ensemble paraît décousu et bancal. On devine parfois quelques bonnes intentions ou des idées qui auraient pu être intéressantes, mais elles sont noyées dans une narration beaucoup trop maladroite. De toute manière, j'ai trouvé la lecture tellement pénible que je n'ai pas eu le courage d'aller jusqu'au bout. Alors même que ce type d'univers m'attire en principe, j'ai tenu une vingtaine de pages avant de décrocher complètement et de simplement survoler le reste pour constater que cela ne menait finalement pas très loin. Je comprends pourquoi la série a été abandonnée aussi vite, mais l'éditeur aurait dû accompagner ses auteurs avant même la publication, tant les erreurs de débutants sautent aux yeux. A ce stade là, c'est de l'amateurisme à tous les niveaux.
Les Petits Génies - Le petit Léonard de Vinci
Je découvre l'auteur avec cet album, j'ai bien accroché à sa patte graphique et à l'idée générale. Le genre d'album que j'aurais dévoré dans ma prime jeunesse et pour lequel je garderai beaucoup de nostalgie, j'aurais adoré le découvrir à cette époque. Si je ne m'enthousiasme pas plus en tant qu'adulte, c'est que l'humour déployé y est souvent trop léger ou mignon, mais ce petit Léonard ne reste pas désagréable à suivre. Niveau dessin, je trouve que ça possède un beau supplément d'âme, la rondeur du trait m'a bien plu, comme les bouilles des persos. Le tout est enrobé d'une certaine bienveillance, franchement un chouette cadeau pour les plus jeunes. Hâte de découvrir le petit Mozart, je trouve ça plus pertinent (et marrant) que nos classiques Petit Spirou, Kid Lucky ...
L'Homme qui marche
On a tous en tête ce cliché de Tokyo où l'on aperçoit le carrefour de Shibuya qui représente à merveille la fourmilière qu'est la plus grande mégalopole mondiale. Ce cliché traduit toute l'effervescence du pays du soleil levant et laisse à penser que tout doit forcément aller vite dans ce pays. Et voilà que Taniguchi, à mille lieues de ce cliché, nous offre un ouvrage où le temps à l'air de s'écouler au ralenti. Son héros, loin de ce tumulte qu'est la vie d'un homme actif, prend ici le temps. Le temps de vivre , de savourer tous les petits plaisirs imperceptibles de la vie. Alors on va être tout de suite clair : il ne se passe absolument rien dans cet ouvrage. Et c'est voulu. Le but étant de faire comme le héros, de contempler la simplicité du monde. D'ailleurs les dessins de Taniguchi s'enchaine régulièrement sans paroles, sans textes. Et comme Monsieur dessine très bien, son œuvre apporte une sorte de zenitude au lecteur qui est très surprenante au début mais que l'on découvre salutaire lorsque l'on ferme l'ouvrage. Cela donne au final une impression très surprenante à la fin de la lecture. Il ne s'est rien passé mais on n'a pas non plus l'impression d'avoir perdu son temps. Taniguchi nous a habitué à prendre notre temps, mais rarement autant et avec autant de maestria que dans "L'Homme qui marche" Donc attention c'est à un public averti qu'est destiné ce manga
A quoi pensent les russes
Je continue mon exploration des œuvres de Nicolas Wild et pour l’instant toujours pas déçu. Avec cette escapade en Russie, on retrouve sa patte graphique, sa tendance documentaire et son secret pour rendre le tout fluide, amusant et instructif. Bref, il sait capter l’attention de son lecteur. J’ai lu l’album il y a peu et comme d’autres l’ont pointé, je regrette de n'avoir qu'un instantané de la vision russe sur ce conflit (nous nous situons ici seulement quelques mois après son démarrage) ... Ce dernier continuant toujours, je reste très curieux de connaitre l' évolution de leurs ressentis aujourd'hui. Pourquoi pas dans un second tome ? Malgré ce petit point noir qui ne permet pas une vision globale de cette guerre, un album réussi.