Les dernier avis (87081 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Poulet aux Prunes
Poulet aux Prunes

Cette BD est une découverte rafraichissante, un peu éloigné du monument de l'auteure, son fameux Persépolis, mais qui apporte à nouveau ce regard très humain et un peu en dehors de nos standards. Et le tout enrobé dans une histoire qui m'a réservé son lot de surprises. Le trait voluptueux de Marjane Satrapi, avec ses courbes et ses utilisations du noir comme unique couleur, serpentant entre les dessins, a toujours un caractère qui mêle la réalité de son histoire avec les mythes qu'elle affectionne. Le mélange est savamment dosé pour faire une pagination tout en beauté, mais aussi des cases sublimes et des mises en scènes inventives. Marjane Satrapi a une réelle inventivité dans ses compositions et son dessin, qui donne à elle seule l'intérêt à une BD. Mais en plus de cela, l'histoire n'est pas en reste. Les derniers jours de la vie de cet homme sont une sorte d'enquête sur lui-même : qui est-il, comment en est-il arrivé là et pourquoi veut-il mourir ? C'est dévoilé petit à petit, en reconstruisant son passé et en comprenant son présent. On navigue au fur et à mesure dans ses souvenirs jusqu'à comprendre, dans les dernières pages, l'origine du geste. C'est à la fois triste et beau, mais en même temps il y a une cruauté de la vie, un couperet implacable du temps qui s’abat. Il y a une beauté dans l'histoire mais aussi une dureté qui sait appuyer là où ça peut faire mal. Il est assez étonnant qu'un ouvrage aussi court soit si riche, je m'en rends compte en rédigeant cette critique. Il contient un bon nombre de scènes, chacune traitant d'un autre sujet sur un ton parfois humoristique, mais souvent triste et désabusé. C'est une belle découverte, pas autant que ne le fut Persépolis, mais qui ne doit pas être comparé à son ainé selon moi. Il s'agit d'une bonne BD, honnête et prenante, je ne lui en demande pas plus.

21/11/2019 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Un petit goût de noisette
Un petit goût de noisette

Décidément, je n'accroche pas aux œuvres de Vanyda. Ça ne tient pas à son dessin. Ses personnages sont bien dessinés, hormis leurs expressions faciales répétitives d'un album à l'autre qui m'agacent un peu. Les assez rares décors sont plutôt bien faits aussi. Et on sent une vraie envie de donner une personnalité à ses planches avec la mise en scène cinématographique et la colorisation plutôt originale. Mais ça tient au contenu des histoires. Car comme pour L'Immeuble d'en face, premier album de l'auteur que j'avais découvert il y a une quinzaine d'années, en guise d'histoires ce ne sont que des tranches de vie, de quelques minutes seulement parfois, avec différents personnages sans forcément de liens entre eux, et sans réelle trame de fond qui se met en place hormis une thématique romantique générale. Tout est en sensibilité et en non-dits... Oui mais voilà, moi je ne suis pas un gars sensible et ce genre d'histoire sans véritable histoire me broute très rapidement. J'ai l'impression d'un exercice totalement vain qui ne me touche absolument pas. Au bout d'à peine trois chapitres, j'avais déjà envie de zapper la suite. Je me suis forcé sans succès, allant plus loin pour voir si une vraie intrigue se mettait en place. Mais comme visiblement non, j'ai lâché l'affaire.

20/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Cinéaste
Le Cinéaste

Cela faisait bien longtemps que je souhaitais enfin voir publié ce fameux Cinéaste. Pourquoi ? Même s'il est considéré à part entière comme un One-Shot et peut en effet se lire en tant que tel, le Cinéaste constitue le 3ème opus des aventures friponnes rétro des personnages imaginés par Labrémure dans Mahârâja et Nuits Indiennes dont il est la suite directe. Et peut-être également sa conclusion finale même si les auteurs n'excluent pas une autre aventure. Et quelle aventure mes aïeux ! Derrière la splendide illustration de couverture se cache un joli prétexte à moult cochonneries. Car si certaines pages ne sont pas à mettre devant les yeux des têtes blondes comme des coincés du bulbe, Labrémure construit un joli vaudeville que Georges Feydeau n'aurait pas renié si les mœurs de son époque (les mêmes que celle du présent ouvrage d'ailleurs) lui auraient laissé carte blanche. Grosso modo on retrouve la plantureuse cambrioleuse rousse des précédents opus dans une sombre histoire de chantages liés à des films sans paroles impliquant tout le gratin bourgeois de Marseille. Ou comment parler du problème des Sex-Tapes actuelles dans une époque révolue. C'est plutôt malin car Artoupan nous gratifie de quelques scènes bien olé-olé dans un splendide noir et blanc. Ici les masques tombent et chacun veut racheter d'une façon ou d'une autre son honneur perdu quitte à utiliser quelques stratagèmes pas très catholiques. Le tout baigne dans une ambiance bon enfant et prête même au sourire mais malgré toutes ses évidentes qualités, le Cinéaste se veut malheureusement également le plus faible opus de cette trilogie. Cet album est bien plus sage en cabrioles lubriques que Mahârâja et on y rit beaucoup moins que dans Nuits Indiennes. Rien de désagréable en somme mais lorsqu'on a goûté à l'excellence des deux premiers opus, on en ressort un peu moins rassasié pour ce qui aurait dû constituer le clou du spectacle. On passe malgré tout un excellent moment qui passe bien trop vite tant les 48 pages s'avalent comme du petit lait et qu'on prend plaisir à reluquer les dessins de toute beauté concoctés par Artoupan ou à rire des réactions grotesques des libertins impliqués à défendre leur honneur coûte que coûte. Il est également utile de préciser que lire Mahârâja et Nuits Indiennes constitue un avantage considérable pour y comprendre certaines subtilités mais que le Cinéaste peut se lire complètement comme une histoire indépendante. Dans tous les cas, il m'a clairement donné l'envie de relire les précédents travaux de ce duo atypique et qu'on espère vite retrouver pour d'autres carambolages érotiques ou (d)ébauches graphiques. :)

20/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Animabilis
Animabilis

J’ai longtemps cru à la lecture de cet album que c’était une adaptation. Non que je reconnaisse un quelconque texte préexistant, mais le texte, justement – à la fois sobre et omniprésent ici – a une telle tonalité littéraire (et cela peut sans doute rebuter certains – à tort je pense), que j’ai été surpris de voir que ce n’était pas le cas. L’intrigue, s’il faut en repérer, en souligner une, est des plus difficiles à définir. A la fois transparente et obscure, cette histoire s’impose par petites touches, et s’avère être une sorte de long poème, autour d’une histoire d’amour, entre Victor (journaliste parisien) et une jeune femme énigmatique, Meÿ, qui se transforme souvent en animal ou élément naturel. L’album, relativement épais, se laisse lire agréablement – il faut savoir se laisser porter par la poésie du texte –, mais aussi rapidement. En effet, il n’y a pas beaucoup de textes (le plus souvent en off, lecture d’un texte « écrit » par Victor, très rarement un ou deux dialogues). Le dessin de Thierry Murat est bon, et surtout beau. Il joue sur quelques nuances, une colorisation n’usant généralement que de deux couleurs, avec quelques nuances intermédiaires, et surtout des tons très sombres, en accord avec les textes et « l’intrigue » plus générale, très contemplative et quelque peu nihiliste. C’est un album à réserver aux amateurs de récits contemplatifs. Note réelle 3,5/5.

20/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Nengue - L'histoire oubliée des esclaves des Guyanes
Nengue - L'histoire oubliée des esclaves des Guyanes

Même si je ne considère pas cet album comme un indispensable, je le trouve intéressant et bien pensé dans sa conception. Plutôt que de simplement nous narrer l’histoire du clan de Marrons qui se trouve au cœur même du récit, les auteurs vont se servir d’une rencontre, historiquement véridique, entre un explorateur et cartographe français et un descendant des premiers Bonis pour nous faire découvrir ce pan de l’histoire. Pour ceux qui l’ignoreraient, le qualificatif de Marrons désignait les esclaves évadés qui s’étaient réfugié dans des zones difficiles d’accès pour y recréer une vie en société. Le bayou aux USA, les cirques quasi inaccessibles de l’Ile de la Réunion ou, dans le cas présent, les denses forêts de la Guyane et du Suriname étaient alors des refuges pour des bandes qui versaient la plupart du temps, et faute d’autre échappatoire, dans la criminalité organisée (meurtres, vols, massacres de familles d’esclavagistes, etc…). Le destin des Bonis est éloquent et très bien raconté au travers de cet album. C’est le premier atout du livre, cette retranscription réaliste de la naissance, de l’évolution puis enfin de la reconnaissance légitime de ce clan est historiquement très intéressante. La scène d’ouverture est totalement révoltante et témoigne d’une époque et d’un état d’esprit que l’on rêverait de ne plus jamais revivre. C’est une excellente entrée en matière qui nous fait comprendre et partager toute la haine que ces esclaves devaient ressentir face à leurs ‘maitres’. Mais l’évolution de ce clan, avec des choix politiques à faire, des dissensions, des trahisons internes ou externes, et l’adaptation à un milieu qui n’était pas le leur, tout cela est également très instructif. Comme je l’ai dit plus avant, ce récit nous est conté via deux personnages ayant réellement existé : Jules Crevaux (un médecin et explorateur français) et Apatou, piroguier de l’expédition et descendant de Bonis. Leur relation, qui va évoluer au fil de cette expédition pour se transformer en une véritable amitié, est un bel exemple de fraternité. Et cette relation nous permet de partager le quotidien de cette expédition d’un autre siècle et par là même de découvrir l’environnement dans lequel ces Bonis vivent. C’est le deuxième attrait du livre, certes moins prenant que toute la partie traitant directement des Bonis, mais il nous permet véritablement de nous plonger dans la forêt amazonienne et d’en comprendre la dangerosité comme la complexité des liens unissant ou divisant les différentes ethnies qui s’y abritent. Tout au long du récit, le trait de Samuel Figuière reste agréable à lire. Ce style qui va à l'essentiel, sans surcharger les planches mais sans simplifier pour autant les décors, est vraiment celui que j'affectionne pour ce type de documentaire historique. Enfin, le dossier proposé en fin d’album nous permet d’encore un peu approfondir le sujet. C’est vraiment un bon album. Pas un essentiel, pas un indispensable mais le genre de livre qui, couplé à d’autres documents (et je pense directement à « Un Marron », de Denis Vierge), permet d’appréhender un pan de notre histoire (avis aux professeurs). Une bande dessinée que je conseille à tous les lecteurs curieux que ce type de thématique historique et humaniste intéresse.

20/11/2019 (modifier)
Couverture de la série No body
No body

Hormis un très gros détail dans la scène finale qui décrédibilise malheureusement énormément une bonne part de l’intrigue (je ne vous en dis pas plus, d’abord parce que ce serait spoiler, ensuite parce que ce ‘détail’ ne choquera peut-être pas d’autres lecteurs et je ne voudrais pas leur gâcher leur plaisir de lecture), j’ai beaucoup aimé cette première saison. Christian De Metter nous offre un polar noir et prenant. Par plusieurs aspects, celui-ci m’a fait penser à Blast et à d’autres moments, j’ai trouvé des similitudes avec Shutter Island. Ces deux références sont autant de compliments et loin de nous en offrir une resucée, l’auteur nous propose un récit original et singulier. Ce premier cycle semble aussi influencé par les séries TV du genre et il est très facile de l’imaginer adaptée pour le petit écran. Toute l’intrigue est portée par un personnage central au comportement extrêmement ambigu. Et c’est lors d’un interrogatoire que l’on découvre sa vie… du moins telle qu’il nous la raconte. Le découpage est excellent et permet d’entretenir le suspense tout en augmentant dans un agréable crescendo la tension qui règne autour des personnages. Entre infiltrations au sein de gangs criminels, meurtres et tortures diverses, les scènes choc se succèdent et j’ai vraiment été embarqué par ce récit. Le dessin de Christian De Metter est toujours aussi bon pour illustrer ce genre d’univers très noir. Rien à redire de ce point de vue non plus. Je n’ai encore lu que le premier cycle (le premier tome du deuxième cycle n’est sorti que depuis deux semaines), mais je vais très certainement me laisser tenter par cette deuxième saison… même si j’ai trouvé la toute fin de cette première saison un peu trop grosse pour être crédible (un manque de crédibilité qui coûte d'ailleurs une étoile à la série dans mon appréciation).

20/11/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Batman Ninja
Batman Ninja

Il y a quelques années, Warner Bros a demandé à des animateurs japonais de faire un film anime sur Batman et cela a donné un film assez barré où Batman, ses alliés et ses ennemis se retrouvent au Japon féodal et on a droit aux codes de l'animation japonaise comme par exemple des combats de mechas. J'avais bien aimé vu que je fais partie du public-cible (les fans de Batman et d'anime, c'est surtout que si vous préférez voir uniquement Batman en mode classique, le film va vous faire pleurer). C'est un film amusant qui ne se prend pas trop au sérieux et qui possède de bonnes idées (par exemple tout ce qui tourne autour de l'amnésie temporaire du Joker). J'avais tout de même un peu peur en voyant qu'un manga a été fait parce que l'une des qualités du film est son animation donc revoir des scènes de combats dans un format non-animé est assez décevant. Ma curiosité l'a tout de même emporté et j'ai lu le premier tome et je ne peux pas dire que je suis déçu parce que j'en attendais pas trop de cette adaptation. Je n'aime pas trop le style du mangaka, mais je comprends que d'autres lecteurs aiment. Peut-être que j'aurais mieux accroché si je n'avais pas vu le film, mais c'est le cas et tout le long j'ai senti que je lisais une oeuvre inférieure et qui m'a vite ennuyé. Les lecteurs qui ne connaissent pas le film vont peut-être mieux accrocher (du moment qu'ils n'ont pas peur de lire un Batman dans un univers VRAIMENT différent de ses histoires habituelles), mais franchement je recommande plutôt de voir le film.

20/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Une affaire de caractères
Une affaire de caractères

C’est typiquement le genre de lecture dont j’attendais de trop au vu des avis enthousiastes lus ci-dessous. Et si je suis le premier à reconnaître qu’il y a un gros travail d’écriture derrière ce récit policier, je dois bien avouer m’être ennuyé ferme durant de nombreux passages. En fait, j’ai trouvé cet étalage de jeux de lettres assez vain et fondamentalement peu utile à l’intrigue policière développée. Alors oui, chapeau pour avoir imaginé un langage particulier pour la majeure partie des personnages (mention spéciale pour les libraires) mais pour exemple, ceux qui n’utilisent qu’une seule voyelle dans leurs dialogues ont vite fini par m’assommer. Beaucoup de dialogues me sont ainsi apparus fatigants. Et alors que je cherchais une subtilité, un indice caché dans cette surabondance de textes, je suis arrivé à la fin de l’enquête sans rien trouver de tel. Du coup, je n’ai pas trouvé de finalité à cet exercice de style. Noirdésir parle de Fred et de Philémon dans son avis. J’aurais dû le lire avec plus d’attention… je n’ai jamais réussi à me passionner pour Philémon et je ne me suis pas plus pris de passion pour cet album. Au vu du boulot, je n’oserais pas mettre moins que « pas mal » mais cet album vaut à mes yeux uniquement pour l’exercice de style. L’enquête policière, la psychologie des personnages, le contexte global, eux, sont très secondaires. Et ce sont là autant de sources de déception pour moi.

19/11/2019 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Kobane Calling
Kobane Calling

Qu'il s'agisse de Passage Afghan, de Kaboul Disco ou encore avant elles de la plupart des albums de Joe Sacco (Gorazde, Palestine...), les séries de ce genre où un auteur de BD joue les reporters en territoire en guerre sont en général instructives mais aussi souvent un peu rébarbatives. Kobane Calling pallie à ce problème avec une bonne part d'humour dans le ton et un zeste d'auto-dérision. C'est l'histoire d'un jeune auteur Italien travaillant pour différents journaux et petites maisons d'édition qui décide sans vraiment savoir pourquoi de partir quelques jours pour le Kurdistan pour à la fois aider et s'informer par lui-même sur le terrain. Son premier séjour aura lieu en 2014 à la frontière côté Turc, juste à côté de Kobane qui est alors occupé par Daesh contre lesquels les Kurdes se battent avec acharnement. Visite de découverte, il ne passera pas en Syrie et repartira vers Rome en ayant juste eu une vision certes intense mais superficielle de la situation. L'année suivante, il a la possibilité de retourner dans la région en se rendant cette fois au Kurdistan Irakien puis véritablement en Syrie. C'est l'occasion pour lui non seulement de découvrir de plus près les combattants du YPG (combattants kurdes mixtes) et du YPJ (combattantes kurdes féminines) mais aussi et surtout ce territoire baptisé Rojava, ou Kurdistan Syrien, où les Kurdes tentent de maintenir un tout jeune état utopique basé sur une fédération démocratique où tous les peuples de la région pourraient vivre en bonne entente et sur un pied d'égalité aussi bien religieuse qu'en terme de droit des femmes. Sur le fond, cela ressemble aux autres BD du genre. Un graphisme noir et blanc assez proche du dessin d'actualité et des blogs BD. Une mise en scène commençant par une brève explication de pourquoi l'auteur est parti là-bas (d'ailleurs, il n'en est pas tout à fait sûr) puis du voyage et de la première découverte des lieux. Et ensuite, au fil de son séjour sur place, il va approfondir son sujet et en apprendre de plus en plus et transmettre l'info aux lecteurs. Sur la forme, il y a une petite différence provenant du personnage de l'auteur lui-même. Car le gars est un pur Italien, ancien punk mais fier de son quartier populaire romain, et qui a pour références culturelles le foot et les dessins animés japonais. Du coup, c'est amusant de le voir jurer sans arrêt dans l'argot de Rome, de le voir s'imaginer Daesh comme les méchants post-apocalyptique de Ken Le Survivant et plein d'autres références geeks qui donnent une touche humoristique à un récit qui aurait pu être nettement plus grave autrement. Il se tourne aussi lui-même et ses compagnons de voyage italiens bien souvent en dérision, insistant sur leur côté un peu pitoyable et ridicule comparé à l'engagement et à l'organisation des combattants Kurdes. Cela permet de rendre la lecture agréable et d'éviter le côté documentaire ennuyeux qui aurait pu en découler. Et cela n'empêche pas la partie documentaire justement d'être très instructive. Certes Daesh ne sera jamais abordé précisément et restera une affreuse menace aussi terrifiante qu'incompréhensible. Mais à l'inverse, l'auteur approfondit vraiment le sujet sur le Rojava et on sent une sincère admiration de sa part pour les Kurdes et leur ambition d'une fédération multi-culturelle, admiration qui reste toutefois toujours mesurée et réfléchie, conscient que rien ne peut être ni blanc ni noir. A l'inverse, le gouvernement Turc lui s'en prend vraiment plein la figure. L'auteur et les témoignages des Kurdes mais aussi des opposants Turcs qu'il interroge sont sans appel sur le comportement criminel d'Ankara et de l'armée Turque, complice de Daesh du moment que cela peut nuire au YPG et à ces Kurdes taxés de terrorisme. La condamnation par l'auteur est manifeste. Mais heureusement il rappelle en fin d'album qu'il ne faut pas forcément assimiler le gouvernement turc et les Turcs eux-mêmes qui sont plus nuancés et moins coupables. En tous les cas, il est particulièrement intéressant de lire cette BD de nos jours, alors que l'actualité du moment raconte comment l'armée turque est entrée de force en Syrie pour combattre les Kurdes et s'en prendre de front au fameux Rojava. Cela recadre le contexte, condamne encore plus cette décision d'Erdogan et le soutien plus ou moins passif de Trump et Poutine et rappelle que si les Européens ont les mains liés c'est parce qu'ils ont trop peur que la Turquie ne s'occupe plus des si nombreux réfugiés qu'elle abrite sur son territoire et qu'ils préfèrent du coup éviter de trop s'indigner de la situation.

19/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Les Esclaves oubliés de Tromelin
Les Esclaves oubliés de Tromelin

J’ai beaucoup apprécié ce récit, et particulièrement le fait qu’il s’articule sur deux époques. La première époque est une époque historique. Dans ce récit, l’auteur nous raconte le triste destin d’esclaves malgaches. D’abord vendus, les plus chanceux d’entre eux auront ensuite le malheur de s’échouer sur un caillou isolé au milieu de l’océan en compagnie des autres membres de l’équipage (les autres mourront enfermés dans les cales). Et comble de malheur, leurs compagnons d’infortune les abandonneront une fois un nouvel esquif construit. S’ensuivront 15 ans de survie avec les moyens du bord, marquée par les drames, le désespoir et cette indécrottable volonté de survivre envers et contre tout. Ironiquement, cette aventure on ne peut plus dramatique aura permis à ces esclaves de (sur)vivre en hommes libres le temps de leur naufrage. Outre la retranscription du quotidien de ces naufragés, il y a une dimension psychologique qui m’a beaucoup intéressé. Faut-il risquer de mourir en mer en tentant de s’évader de cette île-prison ou rester sur ce caillou où seule la survie à court terme peut être envisagée ? Cette question reviendra fréquemment et le destin et les interrogations des personnages m’ont touché. La deuxième époque prend la forme d’un documentaire. En préparation à l’écriture de cet album, l’auteur a en effet participé à une expédition scientifique sur l’île de Tromelin. Au travers de ce compte rendu de l’expédition, nous, lecteurs, découvrons l’avancée des découvertes, la réalité ‘physique’ de cette île qui, même avec nos moyens actuels, reste isolée du monde et violemment soumise aux aléas climatiques. Ce documentaire est intéressant par de multiples aspects. Tout d’abord, il nous permet de comprendre comment il est possible grâce à des recherches archéologiques de reconstruire le quotidien de personnes mortes depuis des siècles alors que celles-ci n’ont laissé aucune trace écrite. Par ailleurs, il propose une belle mise en abyme puisque les participants de l’expédition vont se retrouver eux aussi isolés sur l’île. Malgré des moyens techniques bien plus importants, ils vont ainsi faire l’expérience de l’isolement. Et voir que l’un d’entre eux, sans doute plus fragile psychologiquement, va rapidement sombrer sinon dans la folie du moins dans un état de confusion qui justifiera son rapatriement démontre toute la force de caractère dont ont dû faire preuve les esclaves de Tromelin pour survivre durant 15 ans à cet isolement. Nous aurons aussi droit à quelques considérations écologiques (et j’ai été marqué par cette vision de déchets plastiques s’accumulant sur une île isolée de tout !) et naturalistes. Tout au long de l’album nous allons sauter d’une époque à l’autre. Le récit historique prend la forme d’une bande dessinée traditionnelle. Les planches sont très académiques avec des cases bien définies. Les dialogues priment sur le narratif et ces chapitres se lisent rapidement. Le documentaire prend lui une forme plus libre, plus proche du journal intime. Les planches sont plus éclatées avec des cases ‘ouvertes’, sans contour fixe. Le narratif est la règle, rarement interrompu par un dialogue. Ces passages sont donc plus lents à lire… mais captivants pour qui s’intéresse un peu à ce genre d’aventure scientifique. Au final, cet album est vraiment excellent. Il présente tellement de thématiques intéressantes qu’il ne peut que plaire à un large public. Chacun y trouvera de quoi satisfaire sa curiosité, sa soif d’émotion ou son envie d’apprendre.

19/11/2019 (modifier)