Les derniers avis (115360 avis)

Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série L'Enfer
L'Enfer

Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible. Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi. Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.

02/06/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série La Vie extraordinaire de Jack Kirby
La Vie extraordinaire de Jack Kirby

Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine. Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel. Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics. Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.

02/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Mémoires d'un garçon agité
Mémoires d'un garçon agité

Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond. Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves. Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos. J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant. Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.

02/06/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série La Guerre des paysans
La Guerre des paysans

2.5 Un album qui ne m'a pas enthousiasmé alors que le sujet historique est intéressant. En effet, on connait tout Martin Luther qui s'est rebellé contre l'église catholique mais on sait moins que ses gestes et écrits ont eu des conséquences que même lui n'avait pas prévues. Des paysans menés par le révolutionnaire Thomas Müntzer vont se rebeller contre toute forme d'autorité et pas seulement contre l'église. Évidemment, comme vous vous en doutez, tout cela va très mal finir et l'image de rebelle qu'on pouvait avoir de Luther se retrouve bien détruit lorsqu'on voit à quel point il était proche de certains seigneurs. Je n'ai pas trouvé la lecture plaisante et principalement à cause du dessin. Je me suis rendu compte au fil des années que j'étais très sévère avec les dessinateurs réalistes et qu'il y en a paquet que je n'aime pas trop et c'est le cas avec Liberge. En fait, pour moi c'est type le style réaliste qui me semble pas mal pour des illustrations, mais pas pour de l'art séquentiel. Je trouve la narration lourde et les personnages sont figés. Je comprends que d'autres lecteurs vont mieux accrocher que moi et trouver le dessin génial, mais moi je trouve cela froid et pas du tout accrocheur.

01/06/2026 (modifier)
Par Talum
Note: 2/5
Couverture de la série Elixirs
Elixirs

C’est une aventure légère, simple et malheureusement inachevée, idéale pour une lecture d’une soirée, portée par un dessin particulièrement coloré et généreux. L’histoire s’interrompt précisément au moment où l’on commence réellement à s’immerger dans l’univers et à s’intéresser à la suite des événements. La première chose qui mérite d’être soulignée est le dessin. Il est incroyablement vivant, énergique et expressif. On a l’impression que l’artiste a pris un réel plaisir à créer ce monde, ses créatures et ses personnages. Le style graphique rappelle beaucoup celui d’« Ekhö - Monde miroir », une autre série d’Arleston. Pourtant, les dessinateurs sont différents, ce qui est assez surprenant : on pourrait facilement croire que les deux œuvres ont été réalisées par la même main. Le dessin regorge de détails. Les créatures, les monstres, les décors et les intérieurs sont soigneusement travaillés et débordent de vie. Le troisième tome se distingue particulièrement. Si les visages des personnages avaient encore un aspect légèrement cartoonesque dans les deux premiers volumes, ils deviennent dans le troisième beaucoup plus détaillés et expressifs. De nombreuses petites nuances et détails apparaissent, rendant les personnages plus crédibles, plus vivants et plus mémorables. La seule chose qui m’a parfois sauté aux yeux concerne les proportions très exagérées — je n’ai pas peur de le dire — des poitrines des héroïnes. Dans certaines scènes, elles sont tellement démesurées qu’elles finissent par détourner l’attention de ce qui se passe. Concernant le scénario, le bilan est plus mitigé. L’histoire plonge immédiatement le lecteur dans un flot d’aventures et d’événements qui font avancer le récit à un rythme soutenu. Cependant, au fil des tomes, les personnages évoluent peu et leurs relations restent insuffisamment développées. C’est probablement ce qui m’a le plus déçu. Avec un univers visuel aussi séduisant et des personnages qui avaient le potentiel d’être très attachants, j’aurais aimé voir davantage d’interactions entre eux, plus de développement des relations et une véritable évolution personnelle. Malheureusement, cet aspect est largement laissé de côté. Il est possible que les auteurs aient prévu de développer davantage les personnages et leurs relations dans les tomes suivants. Mais la série s’est arrêtée au troisième volume, laissant une impression d’inachèvement et de potentiel inexploité.

01/06/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Hellboy
Hellboy

Je l'ai découvert dans deux excellents films que je préfère, avouons le, aux bd, pourtant excellentes : pure question de goût ne remettant pas la qualité de l'œuvre en cause ! Le personnage de Hallboy me plait, humain honoraire des plus séduisant ! Les vrais démons ? Les nazis, Raspoutine et autres nihilistes. Les histoires sont originales, les dessins aussi. Tout cela me semble mêler style comics et gothiques, Grands Anciens et divers mythes.. Je préfère, il faut l'avouer, les mythes de Providence aux mythes Star War. J'aime le côté tranchant des images, la solitude et la mélancolie entre deux scènes d'action, le mystère qui est moins dans les monstres et les abîmes de l'espace et du temps que dans notre existence en ce monde monde.

01/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Les Carnets de Stamford Hawksmoor
Les Carnets de Stamford Hawksmoor

Une lecture intéressante, pour laquelle il faut prévoir d’investir du temps. En effet, la pagination est conséquente, et il y a beaucoup de textes. J’avais découvert cet univers développé par Talbot sur Grandville il y a pas mal d’années (il faudrait que je lise si j’en ai l’occasion l’intégralité de ce que Délirium a publié, je m’étais arrêté à ce qui était disponible à l’époque), et ça m’avait plutôt plu. J’ai retrouvé ici cet univers de polar animalier (dans un style différent de Blacksad, mais on pourrait aussi penser au plus récent et surprenant L'Orfèvre (Lozes)). Le dessin de Talbot est ici plus fin et léché que dans mon souvenir sur les débuts de « Grandville ». Très agréable pour les personnages et gros plans, même s’il est avare de détails concernant décors et arrière-plans. Je ne suis pas fan par contre de la façon de plaquer dans les cases les commentaires off du détective Stamford Hawksmoor, le rendu est un peu artificiel (comme si étaient collés des coupures de presse…). Autre petit regret : l’aspect steampunk davantage présent dans « Grandville », et ici quasiment absent. Mais cet album est censé se passer quelques temps avant « Grandville » (ça n’est pas réellement un préquel, il n’est pas nécessaire d’avoir lu Grandville pour lire cet album). Pour le reste, Talbot prend le temps de développer son intrigue, en maintenant comme pour « Grandville » l’ambiance d’uchronie, avec une Angleterre ayant été vaincue et occupée par Napoléon, les Français étant sur le point de définitivement quitter cette Angleterre, sur fond de mouvements indépendantistes terroristes, et de débats houleux et contradictoires. Je n’ai pu m’empêcher de faire à plusieurs reprises des parallèles entre certains dialogues ou pans de l’intrigue et l’histoire récente du Royaume-Uni autour du Brexit. Et je pense que ça a dû influencer Talbot au moment où il élaborait son récit. Sinon, l’intrigue centrale est assez classique, notre héros enquêteur faisant face à quelques dignitaires magouilleurs. Stamford fait immanquablement penser à Sherlock Holmes (il en porte même durant une case la même casquette), avec son assurance, sa façon de commenter son enquête, sa capacité déductive, etc. Au final, on a là un polar bien fichu, l’intrigue est assez dense, avec pas mal de personnages secondaires. L’uchronie ajoute quelques petits détails supplémentaires pour densifier l’intrigue – même si finalement elle n’est pas centrale ou si importante que ça. L’intrigue aurait tout aussi bien pu se développer quasiment de la même façon sans cet aspect.

01/06/2026 (modifier)
Par pol
Note: 1/5
Couverture de la série Une fête sans fin
Une fête sans fin

Dans cette BD il est question d'une fête sans fin, une fête qui change durablement ceux qui ont la chance d'y participer. Cette fête, Dorothée et son amie Violette ont la chance d'y participer cette année. Dorothée veut réaliser un reportage et cherche à rencontrer le mystérieux organisateur de l'évènement pour en comprendre l'essence. Nos deux protagonistes partent donc à la recherche de cette énigmatique personne. Et ce qu'elles vont découvrir est loin de ce qu'elles avaient envisagé. Cette fête ne ressemble à aucune bringue que vous avez connu, exit le dancefloor, le bar et les mecs un peu éméchés qui cherchent absolument à choper. On voyage ici dans un univers bien étrange, les lieux ne ressemblent à rien de connu. On voyage dans un univers onirique, fait de rêves et de sens cachés. On passe de la piscine à la forêt sans comprendre son parcours. Les déambulations et les rencontres que nos héroïnes vont faire seront des prétextes à échanger, disserter, philosopher, écouter des anecdotes et des tranches de vies. Le hic, c'est que l'ensemble ne forme pas vraiment une histoire prenante et captivante. Il y a surement un message que l'auteur a voulu faire passer au travers de ces dialogues et de ces réflexions profondes. Mais ce message n'est pas arriver jusqu'à moi. Je n'ai pas compris le sens caché, je n'ai pas vu les métaphores si il y en avait. Du coup cet enchainement de rencontres qui se suivent sans constituer un tout m'a dérangé plus qu'autre chose. Je n'ai pas saisi le cheminement intellectuel, je n'ai pas saisi la profondeur du récit. Le pitch parle de sensibilité, de mal être et de mélancolie. Rien de tout cela ne m'a touché, pire je n'ai pas vu tout ça. Et plus j'avançais dans ma lecture, moins les rencontres et les dialogues m'intéressaient. Il y a surement des gens à qui cela va parler, mais moi je me suis senti complètement hermétique à ce récit.

01/06/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 3/5
Couverture de la série Mary la Noire
Mary la Noire

J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse. La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli. De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique. Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.

31/03/2003 (MAJ le 01/06/2026) (modifier)
Couverture de la série Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions
Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions

Impressionnant ! On ne peut qu’être bluffé par la somme de travail nécessaire pour produire cette œuvre plus qu’ambitieuse ! Je n’ai lu pour le moment que l’imposant premier tome, ALPHA, qui nous présente ni plus ni moins que la période allant de la création de l’univers jusqu’à l’apparition des hominidés. Une ambition énorme, mais qui s’appuie sur des qualités toutes aussi importantes pour nous proposer quelque chose de captivant. Car jamais le lecteur n’est mis de côté par les connaissances ou termes scientifiques (noms de période, de phénomènes, d’espèces, de réactions chimiques, etc.). C’est fluide et on n’est jamais perdu. Et on ne s’ennuie jamais non plus ! C’est en effet très rythmé, la narration mêlant didactisme et moments plus planant, laissant vagabonder l’imagination du lecteur. L’autre originalité et qualité de ce projet hors du commun, c’est son traitement graphique, que j’ai trouvé excellent, et pour une bonne part garant du plaisir de lecture. Le dessin est à la fois minutieux et agréable, dynamique et fluide. Et la colorisation, usant de diverses bichromies, accompagne très bien l’ensemble. Certaines planches illustrant les convulsions terrestres m’ont fait penser à au travail de Clément Vuillier (en particulier dans son album L'Année de la Comète). Surtout, Harder, que ce soit dans ses cases muettes ou dans celles accompagnées d’un texte – généralement placés en dessous des cases – va bien sûr dessiner de façon réaliste (et très réussie !) animaux, végétaux et matières organiques. Mais il va aussi utiliser une iconographie d’une grande richesse, puisant dans l’imagerie issue de toutes les civilisations. Européenne bien sûr – proximité oblige – mais aussi américaine, australienne, etc. Il ajoute aussi de nombreuses références issues de la BD, du cinéma. Tout ceci passe très bien et ne fait jamais artificiel, au contraire, tout fait sens et s’agrège naturellement au récit central, tout en l’aérant. Une pagination imposante, mais cela se dévore rapidement. Dès que je le pourrai, je lirai Civilisation. Même si a priori je crains que le procédé marche moins bien qu’avec ce premier album, duquel les hommes sont absents. Mais si la suite est du même acabit, je remonterai sans aucun doute ma note. Un album brillant en tout cas. ********************************* Je poursuis ma lecture de cette œuvre fleuve avec les deux tomes de « BETA », et je suis toujours impressionné par le travail de Jens Harder. Travail de recherche des connaissances historiques et scientifiques. Mais aussi un énorme travail pour assembler la documentation qui sert d’illustration à cette histoire du monde ! Ce travail graphique est toujours aussi bluffant, captivant. Encore avec des bichromies, métallisées cette fois-ci. Le rendu est très chouette. Surtout qu’Harder mêle encore reproduction de photos, de gravures, de BD, d’encyclopédies, d’œuvres d’art, etc. C’est éclectique, il use parfois d’anachronismes, de clins d’œil en mélangeant images d’époques différentes. Mais ça fonctionne toujours aussi bien. Je suis donc toujours admiratif et conquis. Mais j’ai été un chouia moins enthousiaste que pour ma lecture d’ « Alpha ». Pour plusieurs raisons je pense. D’abord ici ont est sur du temps moins long, moins lointain. C’est-à-dire que tout s’enchaine plus rapidement, les changements sont plus brusques (à l’échelle du temps long quand même, mais finalement de moins en moins). On est aussi sans doute moins émerveillé, car BETA traite d’époque que nous connaissons mieux – voire que nous vivons pour la fin du second tome (ces deux tomes traitent des hominidés, puis des premiers hommes jusqu'à la période contemporaine). Et du coup, notre proximité avec le sujet, le fait aussi que je connaisse beaucoup plus de choses dessus (je suis professeur d’histoire) a sans doute joué pour mon ressenti. Pour finir, Harder – qui ne prétend pas faire œuvre scientifique (voir les textes de postface) – est un peu victime du fait qu’il est Européen et qu’il a sans doute eu accès davantage à des sources « occidentales ». Mais il ne tombe pas non plus dans le récit uniquement européocentré. Bref, un projet toujours aussi audacieux (et bien soutenu par l’éditeur, avec une belle maquette et des paginations importantes pour tous les albums), qui tient le pari d’informer et de divertir sur la durée. J’attends avec un peu d’appréhension – mais aussi de plaisir à venir – la dernière partie, « Gamma », où Harder se lancera un peu dans l’inconnu. Une œuvre à lire en tout cas ! *************************** Eh bien voilà, j'ai lu « Gamma », le quatrième et dernier tome de la tétralogie que Jens Harder nomme désormais « Le Grand Récit ». C'est sans doute l'album qui se lit le plus rapidement (où il y a le moins de texte), et dont le sujet m'intéressait a priori le moins (en comparant avec les précédents). La bichromie de bleu n'est pas non plus celle qui m'accroche le plus. Mais je laisse quand même ma très bonne note globale, et maintient le coup de coeur pour l'ensemble de cette série, qui a occupé l'auteur sur plus de vingt ans. Et ça se sent. Même dans ce tome qui se livre à une vision possible du futur - y compris très lointain. Harder ne nous propose pas le futur qu'il espère (il le précise dans une postface), mais celui qui lui semble probable en l'état des connaissances, et des voies empruntées par l'humanité (il parle ici de Humans). Un futur largement dominé par robots et IA, et où la Terre a été en partie délaissée, pour chercher ailleurs – vers des ailleurs de plus en plus lointains – ce qu'on ne pouvait plus trouver sur la planète bleue. Forcément, on bascule vers une SF plus ou moins réaliste - mais la vision de « Gamma » l'est quand même pas mal. Et sur la fin, Harder nous propose des planches où objets et réalité virent à l’abstrait : de très belles planches (même si ce bleu est trop saturé à mon goût). Au final, on a là l'oeuvre d'une vie d'auteur (même s'il a publié d'autres choses intéressantes), d'une grande ambition (dans tous les domaines). Si « Alpha » est sans doute l'album qui m'a le plus scotché, l'ensemble mérite un – long – détour. Chapeau bas monsieur Harder, pour cette longue traversée/échappée de la vie, sur Terre et au-delà.

10/11/2024 (MAJ le 01/06/2026) (modifier)