Le dessin caractérise parfaitement les personnages et les situations, et l'écriture aussi. Problème : je ne crois pas du tout qu'une petite fille parlerait ainsi. Nuance : elle pourrait bien dire quelques-unes de ces choses, mais pas tant, à cet âge. C'est, disons, un concentré de réactions possibles d'enfant. Et on passe sur l'invraisemblance ou pas, selon son humeur.
Quand on prend ça comme une fable, c'est parfait, quand est d'humeur réaliste, moins. C'est le problème d'une bd au contexte très réaliste quoique simple, et au personnage principal peu vraisemblable, pour le moins… Mais tout est bon, vraiment.
Je comprends pourtant ceux qui arrêtent puis reprennent Mafalda : au début on s'amuse de ses attaques contre les oppressions et absurdités diverses du monde. Mais à force, on se sent englouti par ces problèmes, sans parler de l'abdication des personnages autres que l'héroïne face au monde.
Auteur prolixe, Hervé Bourhis n’a pas perdu de temps depuis ses récentes escapades dans le passé : un biopic sur Paul Mc Cartney (Paul) et un polar, en tant que scénariste, dans les USA des seventies (tome 3 d’ American Parano). Ici, point de nostalgie, tant s’en faut, Bourhis revient dans un présent qui ne nous paraîtra que trop familier, mais un présent au conditionnel qui taquine le futur puisque l’action se déroule dans un avenir proche.
Pour ce faire, l’auteur a actionné tous les leviers de la comédie déglinguée. Sur 80 pages sans temps morts, la lecture est très rapide mais elle fait tout de même son petit effet. « Frangipane », « comédie française pâtissière », semble avoir été écrite dans l’urgence, comme si Bourhis avait éprouvé le besoin d’exprimer sa saturation mentale à propos d’une époque, la nôtre donc, cernée par l’incertitude et les menaces, comme jamais dans l’Histoire récente.
En jouant sur le décalage entre la préoccupation du protagoniste principal, Etienne — trouver impérativement une galette à la frangipane à l’occasion des retrouvailles familiales annuelles — et un contexte tendu (grèves, manifestations, guerre en Ukraine conjoncture d’événements ayant conduit à la pénurie de frangipane…), Hervé Bourhis a su produire une comédie grinçante à souhait, tel un miroir dans lequel chacun pourra se reconnaître plus ou moins. Et là, oui, ça pique un peu. De même, il a parfaitement synthétisé notre époque, où les valeurs semblent s’inverser, où les opinions se polarisent, où le débat semble parfois impossible dans un climat hystérisé par les discours d’extrême-droite, relayés par une sorte d’internationale mediatico-politico-financière. Et tant pis si le réchauffement climatique s’accélère et les inégalités s’amplifient…
Même si les personnages apparaissent un rien caricaturaux, n’oublions pas qu’il s’agit d’une comédie, et l’analyse sociologique est plutôt pertinente. Etienne appartient à une espèce que tout le monde a pu côtoyer : L’ancien étudiant contestataire qui tente à cinquante balais de dissimuler ses échecs sous une panoplie de startuper, le podcast vissé dans les oreilles tout en baragouinant du « globish » dans son smartphone, et à côté de ça beauf râleur et arrogant qui se fantasme en rebelle éternel, prêt à faite un scandale au supermarché si on ne lui donne pas sa galette, peu importe si les stocks sont vides ! Sa sœur, « persona » de quadra gauchiste aux cheveux « jaunes et rouges », lesbienne « libérée » post-coming-out, mais restant au fond d’elle attachée à certaines traditions (c’est elle qui maintient cette réunion familiale annuelle autour de la galette, parce que Noël c’est trop ringard…). Quant au grand-père, qui s’est emmuré dans un silence réprobateur, il donne l’impression de subir la présence de ses enfants… Heureusement il y a Cerise, sa petite-fille pré-ado, avec qui il a une relation plus complice. La frangipane, c’est le cadet de ses soucis. Ce qui l’intéresse, elle, c’est de créer des potages, alors elle passe beaucoup de temps dans le jardin à dorloter ses légumes. Peu prolixe avec son oncle et sa tante, c’est elle qui a l’air d’être la plus saine d’esprit face à ces adultes s’auto-caricaturant jusqu’au ridicule…
D’un point de vue graphique, on pourra toujours trouver que Bourhis a fait mieux, mais ce style foutraco-minimaliste et faux-bâclé, ce trait mariant allègrement (sans transition ?) mines dures et mines tendres, c’est sa patte et ça fonctionne assez bien. Dans cette approche comique, il y a une scène presque glaçante soulignant à merveille une certaine désinvolture ambiante, celle de la fête chez les voisins où chaque convive porte le masque d’une personnalité médiatique, type Trump (évidemment…), Xi-Jing Ping, Balkany ou professeur Raoult (je n’ai pas reconnu les autres…). Pour un peu, on se croirait dans Rosemary’s Baby, chaque participant étant tenu de rire avec tout le groupe à la moindre blague pourrie, sous l’emprise du gaz hilarant… Mais surtout, on retiendra de ce livre la forte ressemblance du personnage d’Etienne avec Jean-Pierre Bacri, qu’on aurait en effet très bien vu dans le rôle si « Frangipane » était un film… Et on peut facilement y voir un hommage de la part de l’auteur.
Globalement, cette comédie grinçante où les dialogues font mouche constitue une lecture bienvenue au milieu d’une actualité nationale et internationale plus qu’inquiétantes. Preuve qu’on peut traiter un sujet très sérieux sur un mode burlesque et léger, sans pour autant fermer les écoutilles du déni et de l’impuissance, celles qui nous font dire parfois que désolé-mais-le-monde-actuel-est-trop-angoissant-je-préfère-rester-dans-ma-bulle-et-tant-pis-de-toute-façon-tout-va-péter-et-on-va-tous-mourir.
A travers les personnages d’Etienne et Adèle, Hervé Bourhis laisse pointer une rage diffuse et souligne — avec humour certes — la part de responsabilité de ceux qui ont renoncé à leurs idéaux de jeunesse pour un confort tout relatif, tout en acquiesçant aux errements d’une classe politique censée les représenter. Des errements qui ont sans doute contribué au contexte actuel quelque peu anxiogène. Pour éviter de sombrer dans le catastrophisme, le parti pris d’une comédie paraissait approprié voire salutaire. Le livre se termine tout de même sur une belle note d’espoir, car, tout burlesque soit-il, « Frangipane » réserve aussi quelques phases plus touchantes. On pense en particulier aux paroles confiées à Cerise par sa grand-mère mourante, vers la fin, soulignant chez l’auteur l’importance de la transmission.
2.5
Contrairement à bien d'autres sur ce site, je ne suis pas un inconditionnel d'Alain Ayroles. Il a fait de bons et de moins bons albums, mais au moins jusqu'à présent il avait au minimum réussi à me divertir. Ici je pense que c'est la première fois que j'ai fini par m'ennuyer en lisant un de ses scénarios.
L'idée de départ est pas trop mal, même si cela peu sembler bizarre de relocaliser la trame narrative de la pièce Richard III dans un autre pays, mais bon il faut dire qu’on ne voit pas trop le Groenland dans les bd (quoique cela risque de changer vu l'actualité) et cela donne un côté original au scénario. Il y a des qualités dans le dessin que j'ai bien aimé et même dans le scénario, ce qui explique pourquoi j'ai hésité entre mettre deux ou trois étoiles. Il y a des scènes choc qui m'ont marqué et les auteurs utilisent bien l'histoire particulière du Groenland, mais il y avait aussi plein de passages qui m'ont semblé étirés inutilement le scénario et plus j'avançais plus j'ai fini par trouver le récit trop long, et le basculement dans la tragédie est cousu de fil blanc.
Ajoutons que je trouve qu'Ayroles brasse trop de thèmes dans ce récit et que c'est souvent un peu trop décousu à mon goût. Dommage parce que je pense que rien que les relations entre les vikings et les habitants originaux du Groenland étaient un sujet assez vaste et passionnant pour en faire le scénario d'un album.
Si je comprends bien c'est la première bande dessinée de l'autrice Sixtine Dano et pour un premier album, c'est très réussi ! J'espère qu'elle aura une longue carrière dans un monde où cela devient de plus en plus difficile de vivre de son art.
Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux avis positifs. Je peux tout de même écrire que j'étais un peu surpris par le contenu du récit. Je pensais qu'on allait suivre la vie d'une escort girl du début jusqu'à la fin et qu'entre deux clients elle ferait des confidences aux lecteurs sur ce que c'est vraiment d'être une escort girl. En fait, on suit surtout la vie d'une jeune étudiante qui va finir par faire l'escort girl par besoin d'argent. C'est donc un scénario avec plusieurs aspects et celui sur le travail d'escorte est assez bien exploité et on comprend très bien les motivations d'une fille pour faire ce métier et les dangers que cela comporte. Tout est fait avec pudeur et le fait que l'autrice a questionné des vraies escortes donne un récit réaliste qui montre comment le monde peut être cruel envers les femmes.
L'album est gros, mais comme la narration est fluide et qu'il y a plusieurs pages sans ou avec peu de textes, cela se lit facilement du début jusqu'à la fin. Le dessin est vraiment très bon. Un premier one-shot qui sort du lot de la grosse production BD de l'année 2025.
Pas sûr que je trouve quelque chose de neuf à dire après mes collègues : c'est une BD hyper confortable : on y entre comme dans du beurre et on ressort repus.
Ça se passe en 1181 autour de Jérusalem et ça met en scène une multiculturalité pleine de conflits, de violence et de connivences en même temps. Un village de forgerons à défendre contre des croisés envahissants : des mercenaires venus des 4 coins du monde et assez indisciplinés sous la direction d'une jeune héroïne autochtone qui n'a pas sa langue dans sa poche.
Les dialogues complètement revisités à la sauce actuelle sont drôles et bien trouvés, même si le côté américain type "tout est bien qui finit bien " sur un tas de cadavres peut agacer.
L'image d'Arthur de Pins, à l'instar du titre, donne une impression de facilité et de rythme. Les couleurs et les lumières méditerranéennes sont très bien rendues avec son habituel outillage numérique où les à plat semblent des morceaux de papiers retombés sur la feuille apres un coup de vent.
Bref un beau cadeau pour ado, une morale un peu ambiguë sur la place de la violence et de la redemption mais franchement, le plaisir de l'humour et de la diversité des cultures et des points de vue emporte le morceau.
Vous saviez qu'Oglaf avait été traduit en français il y a près de 15 ans ? Vous saviez aussi que deux tomes traduits avaient été publiés ?
Bah moi, jusqu'à il y a une semaine, non !
Oglaf c'est une série fourre-tout créée sur internet à la fin des années 2000 par deux artistes australien-ne-s et qui consiste en une succession d'histoires courtes très souvent décousues, autour d'une pelletée de personnages dont certains reviennent régulièrement, mais qui resteront tout du long unies par trois aspects : la comédie, l'univers fantastique et… le cul ! On parodie les archétypes du jeu de rôle, des légendes anciennes, des mythes antiques, des contes, bref tous les poussifs du répertoire fantastique, et au milieu de tout ça les personnages baisent à tout va. Entre deux quêtes et quelques tortures on a bien le temps pour des galipettes et des câlins.
Je n'ai jamais su pleinement dire ce qui prévalait le plus entre la nature comique et la forme ouvertement (et bien souvent absurdement) érotique de l'œuvre, les deux font partie intégrante de l'œuvre et pourtant ne sont pas indispensables pour que l'on reconnaisse la patte "Oglaf". Beaucoup de gags ne reposent pas du tout sur la moindre allusion sexuelle, d'autres gags ne sont presque que des excuses pour de l'érotisme facile (surtout au début), et pourtant les deux restes indissociables à ce qui fait d'Oglaf ce récit "absurdo-érotico-fantastico-médiéval". Pas juste du cul à tout va, pas juste de l'aventure parodique, pas juste non plus de la comédie déjantée.
Comme dit plus haut les récits sont bien souvent indépendants et presque toujours très courts, pourtant quelques lignes narratives apparaissent quelques fois, on a le droit a de véritables aventures filées (comme les déboires du pauvre Ivan compilées dans le premier tome ou encore l'aventure de "La Chenille de l'Eclate" du second tome) et un casting de personnages réguliers se dessine assez rapidement, avec notamment Ivan l'assistant exploité, Kronar le barbare à la culture absurdement viriliste, Navaan la "docteure" avec quelques neurones en moins, les nains et leur caractère inventif et explosif, ou encore la guerrière blasée bien trop compétente pour le monde dans lequel elle vit (qui n'est jamais nommée d'ailleurs).
Les personnages sont cons comme pas permis (sauf pour les rares ayant écopé du rôle d'Auguste et de souffre douleur récurrent), toutes les espèces sentientes ont une sexualité décomplexée, on a le droit à une grande variété dans les types de sexualités représentées (on a même très souvent le droit à des relations homosexuelles), une variété aussi dans les kinks et ressorts humoristiques mis en scène, … Bref, je risque encore de me répéter, c'est à la fois très con, très drôle et très très la baise (pour citer ma mamie).
Petit passage sur la forme de ces deux albums.
La traduction de Francis est bonne, les runnings gags et les punchlines marchent, honnêtement c'est réussi. Je ne saurais dire si la traduction de la dimension érotique de l’œuvre est tout aussi juste, je lis quasi-exclusivement ma littérature érotique en anglais (la langue des perfides grands-bretons), et puis il faut dire que certains termes francophones comme "foufoune" ont plus tendance à me faire ricaner que vibrer le pantalon.
Pour ce qui est de la dimension érotique de l’œuvre, justement, je ne saurais pleinement attester de sa qualité. Comme expliqué dans quelques autres avis l'érotisme marche surtout en pur écrit chez moi et même si je peux juger objectivement la plastique des personnages comme typiques de ce genre de créations émoustillantes, je ne saurais dire si elle est ici particulièrement de bonne facture ou non. Et puis, n'étant pas sensible aux charmes masculins, c'est déjà tout une partie des scènes de jambes en l'air qui me passe au dessus de la tête. Allez, je reconnais tout de même que certains scénarios me parlent quand-même, que certaines prémisses auraient pu me faire rougir... si je n'étais pas déjà occupée à glousser. Bah oui, je lis cette série surtout pour la comédie !
Et puis de toute façon, encore une fois, c'est suffisamment varié pour qu'il y en ait pour tous les goûts.
Pour ce qui est du dessin je suis mitigée. Subjectivement je l'affectionne, j'y suis attachée (peut-être parce qu'habituée), mais objectivement je lui reconnais un certain aspect trop "simpliste" dans beaucoup de designs, une colorisation parfois plate et un style webcomic typique de son époque qui ne parlera sans doute pas à tout le monde.
Série comique, série fantastique ou série strictement pour adulte ? Je n'ai pas su choisir alors j'ai tranché pour la classer comme une série avant tout humoristique. Gardons juste en tête que la myriade de vulves, de pénis, d'anus, de seins et de brouettes moldaves en gros plans ne prédestinent pas cette lecture à un public jeunesse.
Bon, après, rien ne vous empêche de faire lire à des ados les quelques gags sans cul (ou a minima sans rien d'explicite), il y en a des sacrément chiadés !
Même si beaucoup des premiers gags me paraissent un peu faibles, j'avoue trouver la série dans sa globalité assez savoureuse, alors je lui arrondis sa note au supérieur sans le moindre regret.
(Note réelle 3,5)
PS : Je suis surprise que l'intégralité du webcomic n'ait pas été publié en album, après tout la série continue toujours et la traduction francophone disponible sur le site des éditions Lapin est déjà allée très loin.
Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable !
Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit.
Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques.
La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide.
Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !...
Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas !
Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !
Je voulais un Batman un peu décalé, avec des références... Je me retrouve avec un peu de fan service et une succession de jeux de mots qui rend les histoires dures à lire et comprendre. Je déconseille. Humour vraiment bas de gamme.
Bien que n'étant pas très féru de religion, je me suis procuré le premier cycle de cette série au vu des très bons avis qu'elle a reçus sur notre site préféré.
Je dois dire que j'en ressors avec un avis assez mitigé. Je pense que je m'arrêterai donc à ce premier cycle, les avis étant nettement moins bons concernant le second...
Pourtant, il faut reconnaitre que le scénario de départ est vraiment très original et ingénieux, l'histoire étant vécue à travers les yeux de 3 pères à la recherche de leurs fils devenus apôtres du Christ. Ce dernier est donc cantonné au rôle secondaire dans cette histoire. David Ratte nous compte ainsi les évangiles en basant l'essentiel du comique de la situation sur le décalage entre le point de vues de nos 3 pères qui perçoivent Jésus au départ comme le gourou d'une nouvelle secte. Jonas, vieillard au caractère bien trempé et un brin porté sur la bouteille, constitue véritablement le personnage le plus drôle de la série. Mais les scènes humoristiques et les anachronismes dans le langage n'ont réussi tout au plus à me tirer qu'un sourire sans jamais arriver à me faire rire (il est vrai que c'est assez difficile en BD...).
Au final, ce qui m'empêche de mettre une note plus élevée est le côté un peu lisse de l'histoire. Je m'attendais à une série un peu plus caustique et critique, quitte à égratigner parfois le nouveau Testament. Le choix de David Ratte est tout autre en ne remettant rien en question mais en restant le plus fidèle possible aux évangiles. Si c'est un choix qui doit plaire aux Chrétiens (la BD a reçu le prix international de la BD Chrétienne), ça ne m'a pas totalement convaincu.
Du point de vue de la mise en images, David Ratte à une réelle patte pour croquer les personnages. Leurs visages sont très expressifs et le découpage des scènes plutôt habile. J'ai trouvé en revanche les décors des cases et les paysages un peu trop pauvres par moment. Il y a beaucoup de cases sur fond uni où seul le personnage est dessiné. J'aurais apprécié un poil plus de détail. La colorisation, très informatisée, est également trop uniforme. J'aurais préféré une mise en couleurs plus traditionnelle, en rapport avec le sujet.
Une BD dont je conseille toutefois la lecture, ne serait-ce que pour l'originalité du parti-pris de départ.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 5,5/10
NOTE GLOBALE : 12/20
Voilà encore un scénario de Lupano intéressant. Ça n’est sans doute pas son plus original ou son plus complexe, mais la lecture de cette série est vraiment agréable. Il parvient bien à mêler petite et grande Histoire dans ce moment charnière de l’Histoire de France qu’a été la chute du second Empire et la Commune de Paris.
Je ne suis vraiment pas fan du changement de dessinateur dans une même série – et là dessinateurs et coloristes changent à chaque tome ! De plus j’ai été surpris par le gros changement à ce niveau dans le dernier tome – avec qui plus est une police de caractères un chouia trop grosses dans les phylactères (même si je me suis finalement fait au trait de Fourquemin).
Mais bon, ces petits désagréments – pas rédhibitoires – mis à part, la lecture reste plaisante. Chacun des albums peut se lire indépendamment. Même si ça se passe au même endroit et au même moment (Paris durant le siège prussien puis « Versaillais »), nous suivons des personnages différents.
Une passionaria russe, une gamine pleine de vie, et une servante qui s’émancipe occupent successivement le premier rôle.
Car, comme le titre de la série l’indique, Lupano a mis en avant des femmes dans ce récit. Des femmes qui plus est « féministes » avant l’heure, revendicatives. Et Lupano montre bien que, même parmi les révoltés/révolutionnaires (citations de Proudhon à l’appui), le sexisme reste dominant (ne parlons pas des milieux bourgeois et réactionnaires, évidemment scandalisés par les femmes se mêlant aux hommes dans les luttes – voir le procès en fin de troisième tome). Cet aspect est intéressant.
Sinon, chaque album possède des qualités. Le troisième est peut-être celui qui est le moins fluide a priori, avec un procès – statique forcément, avec une héroïne qui reste mutique – qui occupe un très long dernier tiers. Mais ce passage est édifiant, écoeurant (on voit de quel côté penche Lupano), avec les préventions de classe, de sexe, qui méprise les « classes laborieuses et dangereuses). Chaque album met aussi en avant la violence de la semaine sanglante.
Une série réussie.
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Le dessin caractérise parfaitement les personnages et les situations, et l'écriture aussi. Problème : je ne crois pas du tout qu'une petite fille parlerait ainsi. Nuance : elle pourrait bien dire quelques-unes de ces choses, mais pas tant, à cet âge. C'est, disons, un concentré de réactions possibles d'enfant. Et on passe sur l'invraisemblance ou pas, selon son humeur. Quand on prend ça comme une fable, c'est parfait, quand est d'humeur réaliste, moins. C'est le problème d'une bd au contexte très réaliste quoique simple, et au personnage principal peu vraisemblable, pour le moins… Mais tout est bon, vraiment. Je comprends pourtant ceux qui arrêtent puis reprennent Mafalda : au début on s'amuse de ses attaques contre les oppressions et absurdités diverses du monde. Mais à force, on se sent englouti par ces problèmes, sans parler de l'abdication des personnages autres que l'héroïne face au monde.
Frangipane
Auteur prolixe, Hervé Bourhis n’a pas perdu de temps depuis ses récentes escapades dans le passé : un biopic sur Paul Mc Cartney (Paul) et un polar, en tant que scénariste, dans les USA des seventies (tome 3 d’ American Parano). Ici, point de nostalgie, tant s’en faut, Bourhis revient dans un présent qui ne nous paraîtra que trop familier, mais un présent au conditionnel qui taquine le futur puisque l’action se déroule dans un avenir proche. Pour ce faire, l’auteur a actionné tous les leviers de la comédie déglinguée. Sur 80 pages sans temps morts, la lecture est très rapide mais elle fait tout de même son petit effet. « Frangipane », « comédie française pâtissière », semble avoir été écrite dans l’urgence, comme si Bourhis avait éprouvé le besoin d’exprimer sa saturation mentale à propos d’une époque, la nôtre donc, cernée par l’incertitude et les menaces, comme jamais dans l’Histoire récente. En jouant sur le décalage entre la préoccupation du protagoniste principal, Etienne — trouver impérativement une galette à la frangipane à l’occasion des retrouvailles familiales annuelles — et un contexte tendu (grèves, manifestations, guerre en Ukraine conjoncture d’événements ayant conduit à la pénurie de frangipane…), Hervé Bourhis a su produire une comédie grinçante à souhait, tel un miroir dans lequel chacun pourra se reconnaître plus ou moins. Et là, oui, ça pique un peu. De même, il a parfaitement synthétisé notre époque, où les valeurs semblent s’inverser, où les opinions se polarisent, où le débat semble parfois impossible dans un climat hystérisé par les discours d’extrême-droite, relayés par une sorte d’internationale mediatico-politico-financière. Et tant pis si le réchauffement climatique s’accélère et les inégalités s’amplifient… Même si les personnages apparaissent un rien caricaturaux, n’oublions pas qu’il s’agit d’une comédie, et l’analyse sociologique est plutôt pertinente. Etienne appartient à une espèce que tout le monde a pu côtoyer : L’ancien étudiant contestataire qui tente à cinquante balais de dissimuler ses échecs sous une panoplie de startuper, le podcast vissé dans les oreilles tout en baragouinant du « globish » dans son smartphone, et à côté de ça beauf râleur et arrogant qui se fantasme en rebelle éternel, prêt à faite un scandale au supermarché si on ne lui donne pas sa galette, peu importe si les stocks sont vides ! Sa sœur, « persona » de quadra gauchiste aux cheveux « jaunes et rouges », lesbienne « libérée » post-coming-out, mais restant au fond d’elle attachée à certaines traditions (c’est elle qui maintient cette réunion familiale annuelle autour de la galette, parce que Noël c’est trop ringard…). Quant au grand-père, qui s’est emmuré dans un silence réprobateur, il donne l’impression de subir la présence de ses enfants… Heureusement il y a Cerise, sa petite-fille pré-ado, avec qui il a une relation plus complice. La frangipane, c’est le cadet de ses soucis. Ce qui l’intéresse, elle, c’est de créer des potages, alors elle passe beaucoup de temps dans le jardin à dorloter ses légumes. Peu prolixe avec son oncle et sa tante, c’est elle qui a l’air d’être la plus saine d’esprit face à ces adultes s’auto-caricaturant jusqu’au ridicule… D’un point de vue graphique, on pourra toujours trouver que Bourhis a fait mieux, mais ce style foutraco-minimaliste et faux-bâclé, ce trait mariant allègrement (sans transition ?) mines dures et mines tendres, c’est sa patte et ça fonctionne assez bien. Dans cette approche comique, il y a une scène presque glaçante soulignant à merveille une certaine désinvolture ambiante, celle de la fête chez les voisins où chaque convive porte le masque d’une personnalité médiatique, type Trump (évidemment…), Xi-Jing Ping, Balkany ou professeur Raoult (je n’ai pas reconnu les autres…). Pour un peu, on se croirait dans Rosemary’s Baby, chaque participant étant tenu de rire avec tout le groupe à la moindre blague pourrie, sous l’emprise du gaz hilarant… Mais surtout, on retiendra de ce livre la forte ressemblance du personnage d’Etienne avec Jean-Pierre Bacri, qu’on aurait en effet très bien vu dans le rôle si « Frangipane » était un film… Et on peut facilement y voir un hommage de la part de l’auteur. Globalement, cette comédie grinçante où les dialogues font mouche constitue une lecture bienvenue au milieu d’une actualité nationale et internationale plus qu’inquiétantes. Preuve qu’on peut traiter un sujet très sérieux sur un mode burlesque et léger, sans pour autant fermer les écoutilles du déni et de l’impuissance, celles qui nous font dire parfois que désolé-mais-le-monde-actuel-est-trop-angoissant-je-préfère-rester-dans-ma-bulle-et-tant-pis-de-toute-façon-tout-va-péter-et-on-va-tous-mourir. A travers les personnages d’Etienne et Adèle, Hervé Bourhis laisse pointer une rage diffuse et souligne — avec humour certes — la part de responsabilité de ceux qui ont renoncé à leurs idéaux de jeunesse pour un confort tout relatif, tout en acquiesçant aux errements d’une classe politique censée les représenter. Des errements qui ont sans doute contribué au contexte actuel quelque peu anxiogène. Pour éviter de sombrer dans le catastrophisme, le parti pris d’une comédie paraissait approprié voire salutaire. Le livre se termine tout de même sur une belle note d’espoir, car, tout burlesque soit-il, « Frangipane » réserve aussi quelques phases plus touchantes. On pense en particulier aux paroles confiées à Cerise par sa grand-mère mourante, vers la fin, soulignant chez l’auteur l’importance de la transmission.
La Terre verte
2.5 Contrairement à bien d'autres sur ce site, je ne suis pas un inconditionnel d'Alain Ayroles. Il a fait de bons et de moins bons albums, mais au moins jusqu'à présent il avait au minimum réussi à me divertir. Ici je pense que c'est la première fois que j'ai fini par m'ennuyer en lisant un de ses scénarios. L'idée de départ est pas trop mal, même si cela peu sembler bizarre de relocaliser la trame narrative de la pièce Richard III dans un autre pays, mais bon il faut dire qu’on ne voit pas trop le Groenland dans les bd (quoique cela risque de changer vu l'actualité) et cela donne un côté original au scénario. Il y a des qualités dans le dessin que j'ai bien aimé et même dans le scénario, ce qui explique pourquoi j'ai hésité entre mettre deux ou trois étoiles. Il y a des scènes choc qui m'ont marqué et les auteurs utilisent bien l'histoire particulière du Groenland, mais il y avait aussi plein de passages qui m'ont semblé étirés inutilement le scénario et plus j'avançais plus j'ai fini par trouver le récit trop long, et le basculement dans la tragédie est cousu de fil blanc. Ajoutons que je trouve qu'Ayroles brasse trop de thèmes dans ce récit et que c'est souvent un peu trop décousu à mon goût. Dommage parce que je pense que rien que les relations entre les vikings et les habitants originaux du Groenland étaient un sujet assez vaste et passionnant pour en faire le scénario d'un album.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Si je comprends bien c'est la première bande dessinée de l'autrice Sixtine Dano et pour un premier album, c'est très réussi ! J'espère qu'elle aura une longue carrière dans un monde où cela devient de plus en plus difficile de vivre de son art. Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux avis positifs. Je peux tout de même écrire que j'étais un peu surpris par le contenu du récit. Je pensais qu'on allait suivre la vie d'une escort girl du début jusqu'à la fin et qu'entre deux clients elle ferait des confidences aux lecteurs sur ce que c'est vraiment d'être une escort girl. En fait, on suit surtout la vie d'une jeune étudiante qui va finir par faire l'escort girl par besoin d'argent. C'est donc un scénario avec plusieurs aspects et celui sur le travail d'escorte est assez bien exploité et on comprend très bien les motivations d'une fille pour faire ce métier et les dangers que cela comporte. Tout est fait avec pudeur et le fait que l'autrice a questionné des vraies escortes donne un récit réaliste qui montre comment le monde peut être cruel envers les femmes. L'album est gros, mais comme la narration est fluide et qu'il y a plusieurs pages sans ou avec peu de textes, cela se lit facilement du début jusqu'à la fin. Le dessin est vraiment très bon. Un premier one-shot qui sort du lot de la grosse production BD de l'année 2025.
Knight club
Pas sûr que je trouve quelque chose de neuf à dire après mes collègues : c'est une BD hyper confortable : on y entre comme dans du beurre et on ressort repus. Ça se passe en 1181 autour de Jérusalem et ça met en scène une multiculturalité pleine de conflits, de violence et de connivences en même temps. Un village de forgerons à défendre contre des croisés envahissants : des mercenaires venus des 4 coins du monde et assez indisciplinés sous la direction d'une jeune héroïne autochtone qui n'a pas sa langue dans sa poche. Les dialogues complètement revisités à la sauce actuelle sont drôles et bien trouvés, même si le côté américain type "tout est bien qui finit bien " sur un tas de cadavres peut agacer. L'image d'Arthur de Pins, à l'instar du titre, donne une impression de facilité et de rythme. Les couleurs et les lumières méditerranéennes sont très bien rendues avec son habituel outillage numérique où les à plat semblent des morceaux de papiers retombés sur la feuille apres un coup de vent. Bref un beau cadeau pour ado, une morale un peu ambiguë sur la place de la violence et de la redemption mais franchement, le plaisir de l'humour et de la diversité des cultures et des points de vue emporte le morceau.
Oglaf
Vous saviez qu'Oglaf avait été traduit en français il y a près de 15 ans ? Vous saviez aussi que deux tomes traduits avaient été publiés ? Bah moi, jusqu'à il y a une semaine, non ! Oglaf c'est une série fourre-tout créée sur internet à la fin des années 2000 par deux artistes australien-ne-s et qui consiste en une succession d'histoires courtes très souvent décousues, autour d'une pelletée de personnages dont certains reviennent régulièrement, mais qui resteront tout du long unies par trois aspects : la comédie, l'univers fantastique et… le cul ! On parodie les archétypes du jeu de rôle, des légendes anciennes, des mythes antiques, des contes, bref tous les poussifs du répertoire fantastique, et au milieu de tout ça les personnages baisent à tout va. Entre deux quêtes et quelques tortures on a bien le temps pour des galipettes et des câlins. Je n'ai jamais su pleinement dire ce qui prévalait le plus entre la nature comique et la forme ouvertement (et bien souvent absurdement) érotique de l'œuvre, les deux font partie intégrante de l'œuvre et pourtant ne sont pas indispensables pour que l'on reconnaisse la patte "Oglaf". Beaucoup de gags ne reposent pas du tout sur la moindre allusion sexuelle, d'autres gags ne sont presque que des excuses pour de l'érotisme facile (surtout au début), et pourtant les deux restes indissociables à ce qui fait d'Oglaf ce récit "absurdo-érotico-fantastico-médiéval". Pas juste du cul à tout va, pas juste de l'aventure parodique, pas juste non plus de la comédie déjantée. Comme dit plus haut les récits sont bien souvent indépendants et presque toujours très courts, pourtant quelques lignes narratives apparaissent quelques fois, on a le droit a de véritables aventures filées (comme les déboires du pauvre Ivan compilées dans le premier tome ou encore l'aventure de "La Chenille de l'Eclate" du second tome) et un casting de personnages réguliers se dessine assez rapidement, avec notamment Ivan l'assistant exploité, Kronar le barbare à la culture absurdement viriliste, Navaan la "docteure" avec quelques neurones en moins, les nains et leur caractère inventif et explosif, ou encore la guerrière blasée bien trop compétente pour le monde dans lequel elle vit (qui n'est jamais nommée d'ailleurs). Les personnages sont cons comme pas permis (sauf pour les rares ayant écopé du rôle d'Auguste et de souffre douleur récurrent), toutes les espèces sentientes ont une sexualité décomplexée, on a le droit à une grande variété dans les types de sexualités représentées (on a même très souvent le droit à des relations homosexuelles), une variété aussi dans les kinks et ressorts humoristiques mis en scène, … Bref, je risque encore de me répéter, c'est à la fois très con, très drôle et très très la baise (pour citer ma mamie). Petit passage sur la forme de ces deux albums. La traduction de Francis est bonne, les runnings gags et les punchlines marchent, honnêtement c'est réussi. Je ne saurais dire si la traduction de la dimension érotique de l’œuvre est tout aussi juste, je lis quasi-exclusivement ma littérature érotique en anglais (la langue des perfides grands-bretons), et puis il faut dire que certains termes francophones comme "foufoune" ont plus tendance à me faire ricaner que vibrer le pantalon. Pour ce qui est de la dimension érotique de l’œuvre, justement, je ne saurais pleinement attester de sa qualité. Comme expliqué dans quelques autres avis l'érotisme marche surtout en pur écrit chez moi et même si je peux juger objectivement la plastique des personnages comme typiques de ce genre de créations émoustillantes, je ne saurais dire si elle est ici particulièrement de bonne facture ou non. Et puis, n'étant pas sensible aux charmes masculins, c'est déjà tout une partie des scènes de jambes en l'air qui me passe au dessus de la tête. Allez, je reconnais tout de même que certains scénarios me parlent quand-même, que certaines prémisses auraient pu me faire rougir... si je n'étais pas déjà occupée à glousser. Bah oui, je lis cette série surtout pour la comédie ! Et puis de toute façon, encore une fois, c'est suffisamment varié pour qu'il y en ait pour tous les goûts. Pour ce qui est du dessin je suis mitigée. Subjectivement je l'affectionne, j'y suis attachée (peut-être parce qu'habituée), mais objectivement je lui reconnais un certain aspect trop "simpliste" dans beaucoup de designs, une colorisation parfois plate et un style webcomic typique de son époque qui ne parlera sans doute pas à tout le monde. Série comique, série fantastique ou série strictement pour adulte ? Je n'ai pas su choisir alors j'ai tranché pour la classer comme une série avant tout humoristique. Gardons juste en tête que la myriade de vulves, de pénis, d'anus, de seins et de brouettes moldaves en gros plans ne prédestinent pas cette lecture à un public jeunesse. Bon, après, rien ne vous empêche de faire lire à des ados les quelques gags sans cul (ou a minima sans rien d'explicite), il y en a des sacrément chiadés ! Même si beaucoup des premiers gags me paraissent un peu faibles, j'avoue trouver la série dans sa globalité assez savoureuse, alors je lui arrondis sa note au supérieur sans le moindre regret. (Note réelle 3,5) PS : Je suis surprise que l'intégralité du webcomic n'ait pas été publié en album, après tout la série continue toujours et la traduction francophone disponible sur le site des éditions Lapin est déjà allée très loin.
Soli Deo Gloria
Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable ! Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit. Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques. La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide. Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !... Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas ! Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !
Little Gotham
Je voulais un Batman un peu décalé, avec des références... Je me retrouve avec un peu de fan service et une succession de jeux de mots qui rend les histoires dures à lire et comprendre. Je déconseille. Humour vraiment bas de gamme.
Le Voyage des Pères
Bien que n'étant pas très féru de religion, je me suis procuré le premier cycle de cette série au vu des très bons avis qu'elle a reçus sur notre site préféré. Je dois dire que j'en ressors avec un avis assez mitigé. Je pense que je m'arrêterai donc à ce premier cycle, les avis étant nettement moins bons concernant le second... Pourtant, il faut reconnaitre que le scénario de départ est vraiment très original et ingénieux, l'histoire étant vécue à travers les yeux de 3 pères à la recherche de leurs fils devenus apôtres du Christ. Ce dernier est donc cantonné au rôle secondaire dans cette histoire. David Ratte nous compte ainsi les évangiles en basant l'essentiel du comique de la situation sur le décalage entre le point de vues de nos 3 pères qui perçoivent Jésus au départ comme le gourou d'une nouvelle secte. Jonas, vieillard au caractère bien trempé et un brin porté sur la bouteille, constitue véritablement le personnage le plus drôle de la série. Mais les scènes humoristiques et les anachronismes dans le langage n'ont réussi tout au plus à me tirer qu'un sourire sans jamais arriver à me faire rire (il est vrai que c'est assez difficile en BD...). Au final, ce qui m'empêche de mettre une note plus élevée est le côté un peu lisse de l'histoire. Je m'attendais à une série un peu plus caustique et critique, quitte à égratigner parfois le nouveau Testament. Le choix de David Ratte est tout autre en ne remettant rien en question mais en restant le plus fidèle possible aux évangiles. Si c'est un choix qui doit plaire aux Chrétiens (la BD a reçu le prix international de la BD Chrétienne), ça ne m'a pas totalement convaincu. Du point de vue de la mise en images, David Ratte à une réelle patte pour croquer les personnages. Leurs visages sont très expressifs et le découpage des scènes plutôt habile. J'ai trouvé en revanche les décors des cases et les paysages un peu trop pauvres par moment. Il y a beaucoup de cases sur fond uni où seul le personnage est dessiné. J'aurais apprécié un poil plus de détail. La colorisation, très informatisée, est également trop uniforme. J'aurais préféré une mise en couleurs plus traditionnelle, en rapport avec le sujet. Une BD dont je conseille toutefois la lecture, ne serait-ce que pour l'originalité du parti-pris de départ. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 5,5/10 NOTE GLOBALE : 12/20
Communardes !
Voilà encore un scénario de Lupano intéressant. Ça n’est sans doute pas son plus original ou son plus complexe, mais la lecture de cette série est vraiment agréable. Il parvient bien à mêler petite et grande Histoire dans ce moment charnière de l’Histoire de France qu’a été la chute du second Empire et la Commune de Paris. Je ne suis vraiment pas fan du changement de dessinateur dans une même série – et là dessinateurs et coloristes changent à chaque tome ! De plus j’ai été surpris par le gros changement à ce niveau dans le dernier tome – avec qui plus est une police de caractères un chouia trop grosses dans les phylactères (même si je me suis finalement fait au trait de Fourquemin). Mais bon, ces petits désagréments – pas rédhibitoires – mis à part, la lecture reste plaisante. Chacun des albums peut se lire indépendamment. Même si ça se passe au même endroit et au même moment (Paris durant le siège prussien puis « Versaillais »), nous suivons des personnages différents. Une passionaria russe, une gamine pleine de vie, et une servante qui s’émancipe occupent successivement le premier rôle. Car, comme le titre de la série l’indique, Lupano a mis en avant des femmes dans ce récit. Des femmes qui plus est « féministes » avant l’heure, revendicatives. Et Lupano montre bien que, même parmi les révoltés/révolutionnaires (citations de Proudhon à l’appui), le sexisme reste dominant (ne parlons pas des milieux bourgeois et réactionnaires, évidemment scandalisés par les femmes se mêlant aux hommes dans les luttes – voir le procès en fin de troisième tome). Cet aspect est intéressant. Sinon, chaque album possède des qualités. Le troisième est peut-être celui qui est le moins fluide a priori, avec un procès – statique forcément, avec une héroïne qui reste mutique – qui occupe un très long dernier tiers. Mais ce passage est édifiant, écoeurant (on voit de quel côté penche Lupano), avec les préventions de classe, de sexe, qui méprise les « classes laborieuses et dangereuses). Chaque album met aussi en avant la violence de la semaine sanglante. Une série réussie.