C'est une belle chose que d'avoir des affinités, notamment de lecture, avec son propre frère. C'est donc sur ses conseils enthousiastes que j'ai lu l'ouvrage, et d'une traite je dois dire, tant celui-ci vous emporte...
« Le Voyage du Commodore Anson » rentre dans la catégorie des bons gros pavés comme on les aime, une lecture parfaite pour l’été où l’appel du large est toujours plus fort… Le dépaysement est garanti, et la passion perceptible des auteurs pour leur sujet y est incontestablement pour quelque chose. A coup sûr, on se laissera très vite embarquer — le terme est on ne peut plus approprié — par cette fantastique épopée tirée d’une histoire vraie et portée par ce vieux rêve millénaire propre à l’humanité : la conquête de territoires « vierges ». Le contexte historique du récit étant la conquête de l’Amérique, il est clairement établi aujourd’hui que ces territoires étaient loin d’être vierges, mais à l’époque, « l’homme blanc », aveuglé par sa soif de découvertes (et d’enrichissement aussi…), s’était enfermé dans un déni visant à déshumaniser les populations autochtones et minimiser leur importance, un déni qui persista pendant plusieurs siècles. Les royaumes européens étaient en concurrence pour asseoir leur domination sur terre et mer, au mépris des peuples indigènes. Pour cela, la fin justifiait les moyens, si odieux soient-ils, et leur mission prétendument civilisatrice s’accompagnait souvent d’actes les plus barbares, toujours sous le sceau du sabre et du goupillon.
Il n’est donc plus question de faire des héros ces conquérants ayant participé à cette vaste entreprise, et d’ailleurs, leurs statues sont toutes vouées un jour ou l’autre à être déboulonnées. Les auteurs, qui l’ont bien compris, se sont attachés à retranscrire en images, de façon factuelle, en s’inspirant du livre-témoignage de Richard Walter, le récit de cette spectaculaire et édifiante épopée maritime de la Couronne britannique. D’ailleurs, on ne verra que très peu les populations dépossédées de leurs terres par les envahisseurs européens, l’action se situant principalement sur l’eau, plus rarement sur la terre. En revanche, on se rendra compte que l’organisation de cette expédition n’avait rien de vraiment glorieux, et que les hommes recrutés de force comme de la vulgaire chair à canon, certains étant parfois âgés ou estropiés, ont en outre terriblement souffert des conditions de vie déplorables sur ces imposants galions et des tâches surhumaines qu’on leur demandait d’accomplir pour éviter le naufrage sur l’océan déchaîné. Des maladies épouvantables telles que le scorbut ou le typhus firent des ravages dans les équipages, entassés dans les soutes. Partis à 2.000 hommes, ils étaient moins de 200 à la fin d’un périple qui dura quatre ans !
Anson fut décrit comme un homme honnête et soucieux du bien-être de ses « compagnons de voyage ». Délaissant sa stature héroïque, les auteurs le présentent comme un type simple avec ses doutes, qui suscitait le respect de ceux qu’il commandait. Celui-ci était apprécié, et ce voyage (qui permit de récolter 400.000 livres avec la prise du Galion de Manille) contribua à son prestige dans tout le royaume de Grande-Bretagne.
Il est impossible de ne pas être admiratif devant le travail accompli par les deux auteurs, tant sur le plan documentaire que graphique. Pour cela, il ne faudra pas se fier à un simple feuilletage de l’objet. Le dessin de Matthieu Blanchin est assez particulier de prime abord, plutôt réussi dans sa représentation contextuelle (décors, bateaux, paysages…) mais exécuté à la main gauche en ce qui concerne les personnages. De même, la vilaine police de caractère dédiée à la trame narrative centrale, de forme manuscrite, semble avoir été conçue par un élève de CM2. Pourtant, curieusement, ces aspects finissent par passer au second plan devant la force de l’épopée et la narration impeccable de Christian Perrissin. Le trait finit même par exercer une sorte de fascination, tant l’on est surpris de ne pas se perdre au milieu de ces nombreux personnages parfois peu identifiables, confirmant le professionnalisme de Blanchin. L’histoire est entrecoupée d’intermèdes documentaires avec des cartes et gravures extraites du livre de Walter ou des citations de Voltaire et Rousseau à propos de l’expédition, ce qui révèle le retentissement qu’a pu avoir un tel récit en son temps. Tout cela contribue à une mise en page variée, rehaussée par un joli travail sur les aquarelles. Bref, le livre ne tombe jamais des mains, bien au contraire : on le dévore littéralement.
Pour nous conter l’épopée de ces vieux gréements, les auteurs se sont appuyés sur une documentation solide, évoquée en début d’ouvrage. On a plaisir à contempler ces vieilles cartes et gravures d’époque qui ne font que renforcer l’immersion du lecteur, rappelant un peu le Florida de Jean Dytar. Que vous appréciez ou pas les récits maritimes durant la « conquête de l’Amérique », cette lecture, dont le souffle incroyablement captivant compense largement les petits « défauts » mentionnés plus haut, vous est chaudement recommandée.
Tome 1
Depuis un moment, mon libraire insiste pour me faire lire « le dernier Atlas », une pépite selon lui. Je l’ai feuilleté puis reposé. Cela ne me disait rien. Et puis, je suis tombé dessus à la médiathèque et j’ai commencé à le lire pour vraiment m’en faire une idée et je ne l’ai plus lâché !
Le début de cette histoire est pourtant assez banal : un petit truand de Nantes, Ismael Tayeb qui magouille dans les machines à sous. On pourrait facilement tomber dans le polar avec une guerre des gangs, que nenni ! De mystérieuses migrations d’animaux dans le désert algérien viennent bouleverser la vie de Tayeb.
Autour de Tayeb, gravite une galerie de personnages assez étonnants : Martin et Jean Legoff pour la pègre, Françoise, l’ancienne journaliste au « canard enchainé », sans oublier les anciens du « George Sand », le dernier Atlas, robot hors norme dédié à la construction.
Sur les conséquences de la fin de la guerre d’Algérie, cet album nous entraine en fin de compte dans une uchronie française étonnante, qui finalement nous est révélée dans le dossier présent à la fin de l’album.
J’ai suivi avec une certaine fascination l’histoire de Tayeb, qui au fil des chapitres, s’affirme de plus en plus et finit par s’émanciper de la pègre nantaise. Ce premier opus de cette série (qui en comptera 3) est littéralement addictif. J’en ai pour preuve que mon fils m’a emprunté, à son tour cet album, et lui qui lit rarement des bd, l’a dévoré d’une traite. Les auteurs confirmés (Vehlman, de Bonneval, Tanquerelle & Blanchard) nous livrent là une histoire digne des meilleures séries TV : aucun temps mort, on passe d’un personnage à l’autre, d’un continent à l’autre avec une facilité déconcertante de lecture.
Après avoir lu ce premier opus dans sa version standard (en couleur), j’ai finalement acheté la version noir et blanc , en tirage limité, de canal bd. Cette version est splendide (ce qui n’enlève rien au travail remarquable de la coloriste, Laurence Croix) et met en valeur le dessin d’Hervé Tanquerelle, que je rapproche ici du dessin de Frédéric Peeters, période RG, comme le souligne également Jérôme Briot dans le magazine Zoo (mars/avril 2019). J’ai lu que canalbd allait continuer à éditer les deux volumes suivant en noir et blanc, je m’en réjouie d’avance.
Cet album est une des meilleurs sorties de ces derniers mois, et tranche avec la production actuelle.
Dépaysant, original et addictif, bref une réussite.
Tome 3
J'ai été littéralement subjugué par le premier tome de cette série, qui, ouvrait de nombreuses portes.
J'avoue avoir trouvé le second tome plus faible que le précédent mais là, les auteurs concluent avec maestria cette série. J'ai retrouvé le côté "page turner"du premier tome avec cet ultime volume. En associant encore plus le côté uchronie de l'histoire ( ah! le président François Fillon qui remporte les élections présidentielles) avec la science fiction (avec la réapparition de l'UMO), et l'aspect policier, les auteurs ont réussi leur pari de construire une série prenante, à l'image de certaines série TV devant lesquelles on ne peut plus décrocher.
Beaucoup attendaient les auteurs (Tanquerelle, Blanchard, Vehlman, de Bonneval) au tournant, imaginant un final apocalyptique.
En recentrant l'intrigue autour d'Ismael Tayeb, les scénaristes offrent aux lecteurs un final à la hauteur de leurs attentes.
Je conseille tout de même de lire les trois volumes à la suite pour apprécier toutes les subtilités de cette série.
J'ai lu l'ensemble de ces albums dans la version noir et blanc ,ce qui m'a permis d'obtenir un superbe coffret chez mon libraire canalbd.
Il faut saluer le travail des auteurs qui nous ont offert plus de 700 pages de qualité en 3 ans!
Franquin est un génie !
Ses Spirou, les Gaston et Idées noires méritent l'adoration collective.
Inattaquable tant idéologiquement (même si sa conception de l'écologie est... disons datée), que dans le trait d'un dynamisme et d'une rondeur incroyables.
Je l'affirme, je peux soutenir cette BD au-delà du raisonnable.
Ces personnages bleus sont pour moi la plus belle invention de la bande dessinée. Oui, il y aurait à redire sur le méchant Gargamel, le non féminisme de "La Schtroumpfette", le peut-être racisme des "Schtroumpfs noirs". Mais malgré tout, c'est absolument merveilleux !
Seul le Marsupilami a approché la richesse poétique et la pertinence globale de cette invention miraculeuse.
Clairement, l'album "Le Schtroumpfissime" mérite le Panthéon. Et combien de merveilleuses idées dans "Les Schtroumpfs et le Cracoucass", "Le Cosmoschtroumpf", "L'oeuf et les schtroumpfs"...
Indiscutable coup de mou après l'excellent tome 9 "Schtroumpf vert et vert schtroumpf", déjà aperçu lors des gags en une planche : Peyo cède aux sirènes de la notoriété et accentue le côté jeunesse-mignon de la série, rendant la relecture des contes banale dans l'épisode de la soupe, le discours sur le sport bien convenu, etc.
Bien tristement surtout, seuls les albums de Peyo père méritent cet éloge, car Culliford a plus que trahi l'esprit et l'idéologie saint-simonienne. L'inachevé "Schtroumpf financier" demeure beau et stimulant, mais davantage pour la méta-lecture offerte quant au combat d'influence créatrice (sinon parricide en cours) entre le génial Peyo et son horrible Culliford de fils.
Merveilleuse BD d'aventure.
Du panache, un souffle romanesque, la richesse thématique via le théâtre, des tirades en vers admirables.
Une totale réussite.
Le diptyque consacré à Eusèbe n'est malheureusement pas du même acabit. L'arrière-goût des amours de jeunesse perdus est présent durant la lecture, le sacrilège plus qu'effleuré, mais la mythologie est respectée et le résultat fort acceptable néanmoins.
Peut-être la meilleure série de Larcenet ; ça commence très fort, mais de mémoire les tomes 3 et 4 tiennent moins la dragée. Qu'importe.
Le monde du travail via la condition ouvrière, la crainte de voir l'idéologie nauséabonde du FN/RN gangréner les esprits fatigués par les années de labeur et les argumentations fallacieuses.
C'est beau.
Je n’ai jamais été un grand fan de Balzac, monument de la littérature française. Pourtant j’ai découvert avec grand plaisir les contes drolatiques revendiqués par l’auteur dans la veine de Rabelais. Et pour moi, une belle réussite, j’ai trouvé cela drôle, truculent, attachant et d’une certaine façon émouvant. Mais surtout, je ne serais pas venu vers cette œuvre sans l’adaptation BD faite par les frères Brizzi. L’introduction de chaque conte par Balzac lui-même est très réussie et les mimiques de l’écrivain très maitrisées et d’une grand justesse ; j’imagine que si le cinéma existait à l’époque et si Balzac y avait été croqué, c’est aux illustrations des frères Brizzi que cela ressemblerait. Le contenu des contes m’a aussi enchanté par la qualité du dessin, en particulier des dames) et la justesse des expressions des différents personnages. Les scènes d’action sont également magistralement dessinées. Enfin l’absence de couleur donne un charme suranné qui rappelle un peu Daumier ou Gustave Doré par moments. Bref vous aurez compris que j’ai beaucoup aimé cet album, mais à ne pas mettre entre toutes les mains bien sûr.
Un album d’une force incroyable qui confronte le lecteur au traumatisme dont Coco, de son vrai nom Corinne Rey, dessinatrice à Charlie Hebdo, est victime après les attentats. Le 7 janvier 2015, la jeune dessinatrice est prise en otage par des terroristes qui l’obligent à ouvrir la porte de la rédaction de Charlie. Et là, elle assiste au massacre de ses amis. La scène est terrible et le bilan humain effrayant. Depuis ce jour, Coco est en état de choc post traumatique, elle y est aussi submergée par une culpabilité tenace qui s’ajoute à son mal-être. Graphiquement, elle formalise cette submersion en dessinant d’énormes vagues bleues qui font immédiatement penser à l’estampe d’Hokusai (la Grande Vague de Kanagawa) et qui l’emportent. Entre récit chronologique des événements, autoanalyse de ses sentiments et angoisses qui la poursuivent obsessionnellement, Coco tente de trouver la bonne thérapie pour s’en sortir. L’album est d’autant plus émouvant que la dessinatrice raconte aussi les jours heureux, les jours d’avant où tout le monde s’engueulait joyeusement ! C’est vraiment un album à lire.
Une couverture austère, un auteur que je découvre mais un nom magique pour qui aime courir : MARATHON. En feuilletant ce très bel album je m’aperçois qu'il s'agit des Jeux Olympiques d'Amsterdam de 1928 assez peu connus. De quoi passer un excellent moment de lecture.
Un préambule paradoxal où le dessin minéral inquiète mais où la parole réchauffe l'esprit et le cœur.
Un dessin couleur de cendrée qui met en contraste l’aspect figé de la foule et le dynamisme esthétique des foulées. Un sport d'une autre époque, sans milliards mais déjà avec ce même frisson, cette poésie, cette fascination pour un effort dont on ne saisit pas toujours le but et cette beauté du geste sans artifice comme le faisaient les chasseurs il y a dix mille ans.
Merci à Nicolas Debon de faire mémoire à un champion oublié de presque tous, à travers ce récit journalistique sportif mais aussi de fait divers. Monsieur El Ouafi fait partie (comme le prestigieux Mimoun) de ces hommes de pays lointains qui ont fait briller les couleurs françaises. C'est la magie du marathon, nous sommes tous frères dans l'effort et la douleur contre un ennemi invisible mais puissant. Honneur au premier comme aux suivants.
L'insurgée de Varsovie est un récit historique comme je les aime. Il arrive à raconter un fait historique en le rendant interessant et surtout en le rendant accessible, facile à lire et prenant. Si il est question de la seconde guerre mondiale, que tout le monde connait, qu'on a lu et relu, ce récit est focalisé sur un épisode précis et moins connu. C'est d'autant plus interessant.
Au travers du prisme de Maria, nous suivrons donc un petit groupe de résistants polonais isolés lors d'un siège (enfin un massacre) perpétrés par l'envahisseur allemand en aout 44. Ils lutteront sans relâche avec peu de moyens, quelques fusils et autres pistolets bien dérisoires faces aux tanks et aux mitrailleuses ennemis. Leur courage et leur audace leur permettront, non sans mal, de tenter de repousser les nazis. Bien sur le combat est inégal, les dégâts immenses et les pertes nombreuses. Les vues de Varsovie en flamme et détruite font relativement froid dans le dos. A ce titre d'ailleurs, le dessin est bien agréable, le trait est moderne et lisible. Il sert bien le propos.
Comme dit en introduction la lecture est fluide, on n'est pas bombardé de sigles et de termes militaires incompréhensibles pour le lecteur lambda. Au final on lit ce récit avec intérêt, on referme l'album avec le gout amer de se dire que c'est arrivé il y a 70 ans seulement et que nos grands parents ont connus ça.
Cet album rend un bel hommage à ces civils qui ont tout donné pour leur liberté.
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Le Voyage du Commodore Anson
C'est une belle chose que d'avoir des affinités, notamment de lecture, avec son propre frère. C'est donc sur ses conseils enthousiastes que j'ai lu l'ouvrage, et d'une traite je dois dire, tant celui-ci vous emporte... « Le Voyage du Commodore Anson » rentre dans la catégorie des bons gros pavés comme on les aime, une lecture parfaite pour l’été où l’appel du large est toujours plus fort… Le dépaysement est garanti, et la passion perceptible des auteurs pour leur sujet y est incontestablement pour quelque chose. A coup sûr, on se laissera très vite embarquer — le terme est on ne peut plus approprié — par cette fantastique épopée tirée d’une histoire vraie et portée par ce vieux rêve millénaire propre à l’humanité : la conquête de territoires « vierges ». Le contexte historique du récit étant la conquête de l’Amérique, il est clairement établi aujourd’hui que ces territoires étaient loin d’être vierges, mais à l’époque, « l’homme blanc », aveuglé par sa soif de découvertes (et d’enrichissement aussi…), s’était enfermé dans un déni visant à déshumaniser les populations autochtones et minimiser leur importance, un déni qui persista pendant plusieurs siècles. Les royaumes européens étaient en concurrence pour asseoir leur domination sur terre et mer, au mépris des peuples indigènes. Pour cela, la fin justifiait les moyens, si odieux soient-ils, et leur mission prétendument civilisatrice s’accompagnait souvent d’actes les plus barbares, toujours sous le sceau du sabre et du goupillon. Il n’est donc plus question de faire des héros ces conquérants ayant participé à cette vaste entreprise, et d’ailleurs, leurs statues sont toutes vouées un jour ou l’autre à être déboulonnées. Les auteurs, qui l’ont bien compris, se sont attachés à retranscrire en images, de façon factuelle, en s’inspirant du livre-témoignage de Richard Walter, le récit de cette spectaculaire et édifiante épopée maritime de la Couronne britannique. D’ailleurs, on ne verra que très peu les populations dépossédées de leurs terres par les envahisseurs européens, l’action se situant principalement sur l’eau, plus rarement sur la terre. En revanche, on se rendra compte que l’organisation de cette expédition n’avait rien de vraiment glorieux, et que les hommes recrutés de force comme de la vulgaire chair à canon, certains étant parfois âgés ou estropiés, ont en outre terriblement souffert des conditions de vie déplorables sur ces imposants galions et des tâches surhumaines qu’on leur demandait d’accomplir pour éviter le naufrage sur l’océan déchaîné. Des maladies épouvantables telles que le scorbut ou le typhus firent des ravages dans les équipages, entassés dans les soutes. Partis à 2.000 hommes, ils étaient moins de 200 à la fin d’un périple qui dura quatre ans ! Anson fut décrit comme un homme honnête et soucieux du bien-être de ses « compagnons de voyage ». Délaissant sa stature héroïque, les auteurs le présentent comme un type simple avec ses doutes, qui suscitait le respect de ceux qu’il commandait. Celui-ci était apprécié, et ce voyage (qui permit de récolter 400.000 livres avec la prise du Galion de Manille) contribua à son prestige dans tout le royaume de Grande-Bretagne. Il est impossible de ne pas être admiratif devant le travail accompli par les deux auteurs, tant sur le plan documentaire que graphique. Pour cela, il ne faudra pas se fier à un simple feuilletage de l’objet. Le dessin de Matthieu Blanchin est assez particulier de prime abord, plutôt réussi dans sa représentation contextuelle (décors, bateaux, paysages…) mais exécuté à la main gauche en ce qui concerne les personnages. De même, la vilaine police de caractère dédiée à la trame narrative centrale, de forme manuscrite, semble avoir été conçue par un élève de CM2. Pourtant, curieusement, ces aspects finissent par passer au second plan devant la force de l’épopée et la narration impeccable de Christian Perrissin. Le trait finit même par exercer une sorte de fascination, tant l’on est surpris de ne pas se perdre au milieu de ces nombreux personnages parfois peu identifiables, confirmant le professionnalisme de Blanchin. L’histoire est entrecoupée d’intermèdes documentaires avec des cartes et gravures extraites du livre de Walter ou des citations de Voltaire et Rousseau à propos de l’expédition, ce qui révèle le retentissement qu’a pu avoir un tel récit en son temps. Tout cela contribue à une mise en page variée, rehaussée par un joli travail sur les aquarelles. Bref, le livre ne tombe jamais des mains, bien au contraire : on le dévore littéralement. Pour nous conter l’épopée de ces vieux gréements, les auteurs se sont appuyés sur une documentation solide, évoquée en début d’ouvrage. On a plaisir à contempler ces vieilles cartes et gravures d’époque qui ne font que renforcer l’immersion du lecteur, rappelant un peu le Florida de Jean Dytar. Que vous appréciez ou pas les récits maritimes durant la « conquête de l’Amérique », cette lecture, dont le souffle incroyablement captivant compense largement les petits « défauts » mentionnés plus haut, vous est chaudement recommandée.
Le Dernier Atlas
Tome 1 Depuis un moment, mon libraire insiste pour me faire lire « le dernier Atlas », une pépite selon lui. Je l’ai feuilleté puis reposé. Cela ne me disait rien. Et puis, je suis tombé dessus à la médiathèque et j’ai commencé à le lire pour vraiment m’en faire une idée et je ne l’ai plus lâché ! Le début de cette histoire est pourtant assez banal : un petit truand de Nantes, Ismael Tayeb qui magouille dans les machines à sous. On pourrait facilement tomber dans le polar avec une guerre des gangs, que nenni ! De mystérieuses migrations d’animaux dans le désert algérien viennent bouleverser la vie de Tayeb. Autour de Tayeb, gravite une galerie de personnages assez étonnants : Martin et Jean Legoff pour la pègre, Françoise, l’ancienne journaliste au « canard enchainé », sans oublier les anciens du « George Sand », le dernier Atlas, robot hors norme dédié à la construction. Sur les conséquences de la fin de la guerre d’Algérie, cet album nous entraine en fin de compte dans une uchronie française étonnante, qui finalement nous est révélée dans le dossier présent à la fin de l’album. J’ai suivi avec une certaine fascination l’histoire de Tayeb, qui au fil des chapitres, s’affirme de plus en plus et finit par s’émanciper de la pègre nantaise. Ce premier opus de cette série (qui en comptera 3) est littéralement addictif. J’en ai pour preuve que mon fils m’a emprunté, à son tour cet album, et lui qui lit rarement des bd, l’a dévoré d’une traite. Les auteurs confirmés (Vehlman, de Bonneval, Tanquerelle & Blanchard) nous livrent là une histoire digne des meilleures séries TV : aucun temps mort, on passe d’un personnage à l’autre, d’un continent à l’autre avec une facilité déconcertante de lecture. Après avoir lu ce premier opus dans sa version standard (en couleur), j’ai finalement acheté la version noir et blanc , en tirage limité, de canal bd. Cette version est splendide (ce qui n’enlève rien au travail remarquable de la coloriste, Laurence Croix) et met en valeur le dessin d’Hervé Tanquerelle, que je rapproche ici du dessin de Frédéric Peeters, période RG, comme le souligne également Jérôme Briot dans le magazine Zoo (mars/avril 2019). J’ai lu que canalbd allait continuer à éditer les deux volumes suivant en noir et blanc, je m’en réjouie d’avance. Cet album est une des meilleurs sorties de ces derniers mois, et tranche avec la production actuelle. Dépaysant, original et addictif, bref une réussite. Tome 3 J'ai été littéralement subjugué par le premier tome de cette série, qui, ouvrait de nombreuses portes. J'avoue avoir trouvé le second tome plus faible que le précédent mais là, les auteurs concluent avec maestria cette série. J'ai retrouvé le côté "page turner"du premier tome avec cet ultime volume. En associant encore plus le côté uchronie de l'histoire ( ah! le président François Fillon qui remporte les élections présidentielles) avec la science fiction (avec la réapparition de l'UMO), et l'aspect policier, les auteurs ont réussi leur pari de construire une série prenante, à l'image de certaines série TV devant lesquelles on ne peut plus décrocher. Beaucoup attendaient les auteurs (Tanquerelle, Blanchard, Vehlman, de Bonneval) au tournant, imaginant un final apocalyptique. En recentrant l'intrigue autour d'Ismael Tayeb, les scénaristes offrent aux lecteurs un final à la hauteur de leurs attentes. Je conseille tout de même de lire les trois volumes à la suite pour apprécier toutes les subtilités de cette série. J'ai lu l'ensemble de ces albums dans la version noir et blanc ,ce qui m'a permis d'obtenir un superbe coffret chez mon libraire canalbd. Il faut saluer le travail des auteurs qui nous ont offert plus de 700 pages de qualité en 3 ans!
Gaston Lagaffe
Franquin est un génie ! Ses Spirou, les Gaston et Idées noires méritent l'adoration collective. Inattaquable tant idéologiquement (même si sa conception de l'écologie est... disons datée), que dans le trait d'un dynamisme et d'une rondeur incroyables.
Les Schtroumpfs
Je l'affirme, je peux soutenir cette BD au-delà du raisonnable. Ces personnages bleus sont pour moi la plus belle invention de la bande dessinée. Oui, il y aurait à redire sur le méchant Gargamel, le non féminisme de "La Schtroumpfette", le peut-être racisme des "Schtroumpfs noirs". Mais malgré tout, c'est absolument merveilleux ! Seul le Marsupilami a approché la richesse poétique et la pertinence globale de cette invention miraculeuse. Clairement, l'album "Le Schtroumpfissime" mérite le Panthéon. Et combien de merveilleuses idées dans "Les Schtroumpfs et le Cracoucass", "Le Cosmoschtroumpf", "L'oeuf et les schtroumpfs"... Indiscutable coup de mou après l'excellent tome 9 "Schtroumpf vert et vert schtroumpf", déjà aperçu lors des gags en une planche : Peyo cède aux sirènes de la notoriété et accentue le côté jeunesse-mignon de la série, rendant la relecture des contes banale dans l'épisode de la soupe, le discours sur le sport bien convenu, etc. Bien tristement surtout, seuls les albums de Peyo père méritent cet éloge, car Culliford a plus que trahi l'esprit et l'idéologie saint-simonienne. L'inachevé "Schtroumpf financier" demeure beau et stimulant, mais davantage pour la méta-lecture offerte quant au combat d'influence créatrice (sinon parricide en cours) entre le génial Peyo et son horrible Culliford de fils.
De Cape et de Crocs
Merveilleuse BD d'aventure. Du panache, un souffle romanesque, la richesse thématique via le théâtre, des tirades en vers admirables. Une totale réussite. Le diptyque consacré à Eusèbe n'est malheureusement pas du même acabit. L'arrière-goût des amours de jeunesse perdus est présent durant la lecture, le sacrilège plus qu'effleuré, mais la mythologie est respectée et le résultat fort acceptable néanmoins.
Le Combat ordinaire
Peut-être la meilleure série de Larcenet ; ça commence très fort, mais de mémoire les tomes 3 et 4 tiennent moins la dragée. Qu'importe. Le monde du travail via la condition ouvrière, la crainte de voir l'idéologie nauséabonde du FN/RN gangréner les esprits fatigués par les années de labeur et les argumentations fallacieuses. C'est beau.
Les Contes Drolatiques
Je n’ai jamais été un grand fan de Balzac, monument de la littérature française. Pourtant j’ai découvert avec grand plaisir les contes drolatiques revendiqués par l’auteur dans la veine de Rabelais. Et pour moi, une belle réussite, j’ai trouvé cela drôle, truculent, attachant et d’une certaine façon émouvant. Mais surtout, je ne serais pas venu vers cette œuvre sans l’adaptation BD faite par les frères Brizzi. L’introduction de chaque conte par Balzac lui-même est très réussie et les mimiques de l’écrivain très maitrisées et d’une grand justesse ; j’imagine que si le cinéma existait à l’époque et si Balzac y avait été croqué, c’est aux illustrations des frères Brizzi que cela ressemblerait. Le contenu des contes m’a aussi enchanté par la qualité du dessin, en particulier des dames) et la justesse des expressions des différents personnages. Les scènes d’action sont également magistralement dessinées. Enfin l’absence de couleur donne un charme suranné qui rappelle un peu Daumier ou Gustave Doré par moments. Bref vous aurez compris que j’ai beaucoup aimé cet album, mais à ne pas mettre entre toutes les mains bien sûr.
Dessiner encore
Un album d’une force incroyable qui confronte le lecteur au traumatisme dont Coco, de son vrai nom Corinne Rey, dessinatrice à Charlie Hebdo, est victime après les attentats. Le 7 janvier 2015, la jeune dessinatrice est prise en otage par des terroristes qui l’obligent à ouvrir la porte de la rédaction de Charlie. Et là, elle assiste au massacre de ses amis. La scène est terrible et le bilan humain effrayant. Depuis ce jour, Coco est en état de choc post traumatique, elle y est aussi submergée par une culpabilité tenace qui s’ajoute à son mal-être. Graphiquement, elle formalise cette submersion en dessinant d’énormes vagues bleues qui font immédiatement penser à l’estampe d’Hokusai (la Grande Vague de Kanagawa) et qui l’emportent. Entre récit chronologique des événements, autoanalyse de ses sentiments et angoisses qui la poursuivent obsessionnellement, Coco tente de trouver la bonne thérapie pour s’en sortir. L’album est d’autant plus émouvant que la dessinatrice raconte aussi les jours heureux, les jours d’avant où tout le monde s’engueulait joyeusement ! C’est vraiment un album à lire.
Marathon
Une couverture austère, un auteur que je découvre mais un nom magique pour qui aime courir : MARATHON. En feuilletant ce très bel album je m’aperçois qu'il s'agit des Jeux Olympiques d'Amsterdam de 1928 assez peu connus. De quoi passer un excellent moment de lecture. Un préambule paradoxal où le dessin minéral inquiète mais où la parole réchauffe l'esprit et le cœur. Un dessin couleur de cendrée qui met en contraste l’aspect figé de la foule et le dynamisme esthétique des foulées. Un sport d'une autre époque, sans milliards mais déjà avec ce même frisson, cette poésie, cette fascination pour un effort dont on ne saisit pas toujours le but et cette beauté du geste sans artifice comme le faisaient les chasseurs il y a dix mille ans. Merci à Nicolas Debon de faire mémoire à un champion oublié de presque tous, à travers ce récit journalistique sportif mais aussi de fait divers. Monsieur El Ouafi fait partie (comme le prestigieux Mimoun) de ces hommes de pays lointains qui ont fait briller les couleurs françaises. C'est la magie du marathon, nous sommes tous frères dans l'effort et la douleur contre un ennemi invisible mais puissant. Honneur au premier comme aux suivants.
L'Insurgée de Varsovie
L'insurgée de Varsovie est un récit historique comme je les aime. Il arrive à raconter un fait historique en le rendant interessant et surtout en le rendant accessible, facile à lire et prenant. Si il est question de la seconde guerre mondiale, que tout le monde connait, qu'on a lu et relu, ce récit est focalisé sur un épisode précis et moins connu. C'est d'autant plus interessant. Au travers du prisme de Maria, nous suivrons donc un petit groupe de résistants polonais isolés lors d'un siège (enfin un massacre) perpétrés par l'envahisseur allemand en aout 44. Ils lutteront sans relâche avec peu de moyens, quelques fusils et autres pistolets bien dérisoires faces aux tanks et aux mitrailleuses ennemis. Leur courage et leur audace leur permettront, non sans mal, de tenter de repousser les nazis. Bien sur le combat est inégal, les dégâts immenses et les pertes nombreuses. Les vues de Varsovie en flamme et détruite font relativement froid dans le dos. A ce titre d'ailleurs, le dessin est bien agréable, le trait est moderne et lisible. Il sert bien le propos. Comme dit en introduction la lecture est fluide, on n'est pas bombardé de sigles et de termes militaires incompréhensibles pour le lecteur lambda. Au final on lit ce récit avec intérêt, on referme l'album avec le gout amer de se dire que c'est arrivé il y a 70 ans seulement et que nos grands parents ont connus ça. Cet album rend un bel hommage à ces civils qui ont tout donné pour leur liberté.