J'ai été immédiatement captivé par l'histoire de Max, ce jeune homme à la recherche de son passé en Amazonie. L'aventure, teintée de mystère et de révélations surprenantes, m'a tenu en haleine du début à la fin.
Les personnages sont si réalistes et bien développés que je me suis rapidement attaché à eux. Leur quête personnelle et leur dynamique de groupe ajoutent une profondeur émotionnelle à l'histoire.
Le trait d'Olivier Pont, allié aux couleurs de François Lapierre, donne vie à la jungle amazonienne avec une richesse et une précision qui m'ont transporté au coeur de l'aventure.
Au-delà de l'aventure, cette BD m'a fait réfléchir sur des thèmes comme la survie, la corruption et la beauté de la nature. C'est une oeuvre qui, tout en divertissant, invite à la réflexion.
En résumé, cette bande dessinée est une réussite. Elle combine habilement l'action, l'émotion et la réflexion, le tout servi par un graphisme de qualité. Un régal pour les yeux et l'esprit !
J'ai été immédiatement happé par l'histoire de Bragon, ce jeune paysan avide d'aventures et de combats. La quête de sa transformation en chevalier défenseur d'Akbar est racontée avec un rythme soutenu qui maintient l'intérêt à chaque page.
Les auteurs ont su créer des moments émotionnels intenses, particulièrement aux tomes 1, 3 et 5, où Bragon doit affronter des pertes personnelles déchirantes, ajoutant une profondeur psychologique à son parcours.
Malgré le changement de dessinateurs, la série conserve une qualité visuelle remarquable. Chaque planche est un régal pour les yeux, avec une attention particulière portée à la création d'une faune et d'une flore originales.
Bien que cette préquelle ne surpasse pas l'originalité et la puissance de La Quête de l'Oiseau du Temps, elle reste une lecture très agréable et respecte l'univers établi tout en offrant une aventure fraîche et intéressante.
Finalement, cette préquelle m'a procuré un plaisir de lecture certain. Elle a su renouveler mon intérêt pour l'univers de La Quête de l'Oiseau du Temps et m'a invité à redécouvrir la série originale avec un regard neuf. Je lui donne une note de 4/5 pour son scénario intelligent et son dessin sublime.
La quête de l'oiseau du temps est une série qui m'a captivé dès le début. L'univers est riche et les personnages sont attachants, chacun avec sa propre histoire et ses motivations.
Le style de dessin évolue magnifiquement au fil des tomes, passant d'un trait initial un peu brut à une finesse et une colorisation qui subliment l'histoire.
L'intrigue est prenante, pleine de rebondissements et d'originalité. Les thèmes abordés sont intemporels et la fin est particulièrement surprenante et émouvante.
Cette bande dessinée est un classique qui a su traverser le temps. Elle mérite amplement la note maximale pour son histoire captivante, ses illustrations magnifiques et son impact durable dans le monde de la BD. Un indispensable pour les amateurs du genre.
Après avoir commandé l’album, ma première réaction a été d’être bien deg’.
Ma faute aussi de n’avoir pas fait plus attention, j’imaginais une suite à Comme un poisson dans l’huile et Les sardines sont cuites, 2 albums que j’apprécie beaucoup … et c’est à 1/3 vrai. En fait, Une sardine à la mer les compile tout en y ajoutant une conclusion plus de 15 ans après : Extra ball + 2 autres courts récits, un peu dommage d’ailleurs que le 3eme titre oublie l’allusion « poiscaille » (même si c’est justifié par la suite).
Rien vraiment de méchant au final mais c’est toujours con quand on possède déjà les tomes chez Vertige Graphic.
Dans les 2 premiers tomes, Guillaume Long nous narre ses 2 premières années aux Beaux-Arts. Je vous renvoie à mes avis pour plus de détails mais j’aime beaucoup, l’auteur se raconte sans se la raconter. Je trouve ça assez frais, drôle, léger et décalé.
Au rayon des nouveautés, on a donc un premier récit de 2001 placé en interlude. C’est une lettre sous forme de bd qu’il a adressé à Matthieu Boogaert. Les premiers pas de l’auteur, son style est encore un peu maladroit mais le fond est très touchant. L’autre court récit sert d’épilogue à son aventure autobiographique, je dois dire que je n’aime pas trop le trait utilisé, mais le but est atteint.
Et enfin la conclusion des 2ers tomes, l’auteur reprend les pinceaux pour reprendre le fil de son aventure mais 15 ans après. On retrouve sa narration et ton mais son style a bien évolué, il n’est plus ce jeune étudiant insouciant.
Ce récit se divise en 2 parties. Une première où l’auteur va revenir sur cette période de sa vie, ainsi que ses premiers travaux avec toujours autant d’honnêteté et d’autodérision, j’aime son parti pris esthétique mais c’est encore plus marrant quand on connaît le dessous des cartes. Nous connaîtrons ou pas le destin des différents étudiants et mine de rien ces albums ont lancé la profession de l’auteur, lui qui ne savait pas trop quoi faire. Le fait que l’auteur réalisait ses pages avant son examen final renforce ma sympathie comme le côté authentique et journal de bord.
La deuxième partie est consacrée à un événement beaucoup moins léger, l’auteur nous livre son expérience suite à un cancer. La dissymétrie testiculaire, moquée à ses débuts, n’était malheureusement pas si anodine.
La narration redondante (gaufrier, texte) peut faire peur mais pour moi c’est l’une des grandes forces.
Bref, un récit autobiographique, un peu atypique, et pour lequel j’éprouve plus que de la sympathie.
Pour une expérience de lecture différente et expérimentale
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Ce commentaire porte sur l'intégralité de la série Hellspawn, soit les épisodes 1 à 16, parus d'août 2000 à avril 2003.
Quelque part dans la ville de New York, Fastbender et Hertz (2 clochards) parlent de Gengis Khan, de la manière dont il a unifié les tribus mongoles, de ses conquêtes à travers la Chine et du prix qu'il a dû payer. Ailleurs Corrie (une jeune femme) écrit de la poésie et se suicide. Dans un cinéma, un homme seul dans la salle contemple un film pornographique. Le Clown (un agent des Enfers) vient s'installer derrière lui et lui donnent des clefs de compréhension sur la vie des actrices qui s'ébattent à l'écran, et sur celle d'un acteur. Spawn arrive trop tard pour sauver cet homme d'une mort atroce, mais assez vite pour se lancer dans un combat physique contre le Clown. Sur internet dans les forums, les rumeurs les plus folles circulent concernant Spawn et sa nature véritable. Au fil des épisodes, Spawn va croiser la route du révérend Gary Danes qui attise les flammes de la haine raciale par ses interventions hypocrites, d'une petite frappe qui a assassiné sa copine, puis de Cy-Gor (un ex-militaire qui a subi des expérimentations qui l'ont transformé en monstre). Dans le dernier tiers du volume, Hellspawn accède au trône des enfers.
Cette courte série a frappé l'imagination des lecteurs pour son coté expérimental. Ashley Wood illustre les épisodes 1 à 10 et c'est effectivement une expérience visuelle qui sort de l'ordinaire. Il est plus intéressé par les illustrations que la narration séquentielle. Dès la première page, le lecteur comprend qu'il va lui falloir preuve d'ouverture d'esprit et d'une attention soutenue pour déchiffrer les images. Il s'agit d'une tête représentée de face d'un être cornu. Plusieurs images semblent s'interpénétrer, sans se chevaucher, en étant recouvertes d'une sorte de voile grisâtre qui floute les détails, le tout dessiné sur une feuille avec des motifs de fonds indiscernables. La deuxième page est une composition pleine page d'une sorte de mur avec quelques traits rapidement effectués figurant des briques (à moins que ce ne soient des cartons se chevauchant), sur laquelle se trouvent 4 petites cases avec des formes en ombres chinoises dont le texte permet de s'assurer qu'il s'agit de 2 clochards discutant autour d'un brasero de fortune.
Le lecteur est donc invité à plonger dans un monde aux contours flous et mal définis, qui baigne dans une lumière étrange et cafardeuse. Il faut également qu'il investisse le temps nécessaire pour aller chercher les informations visuelles supplémentaires qui lui permettront de comprendre certaines cases, de plonger au-delà des étonnantes ambiances émanant de chaque planche. Ashley Wood foule au pied tous les codes narratifs les plus basiques de la bande dessinée pour mieux déstabiliser le lecteur et le plonger dans un univers différent, dangereux, mystérieux, bizarre. Sous réserve que le lecteur accepte ce parti pris graphique pas toujours facile d'accès, il voyage dans un monde angoissant où les apparences sont fantasmées, déformées, pour mieux révéler la noirceur des individus.
Les épisodes 10 à 16 sont illustrés par Ben Templesmith (le co-créateur de avec Steve Niles). Il reprend à l'identique le principe de base d'Ashley Wood : déformer la réalité, laisser de la place à l'imagination du lecteur, flouter les contours, noyers les illustrations dans une lumière changeante, ne pas respecter les formes basiques (qu'l s'agisse de l'anatomie humaine ou des objets), insérer de ci de là des textures en fonds de case ou de page. Templesmith est un peu plus sensible à l'art séquentiel et son utilisation de l'infographie pour insérer des morceaux de photographies retouchées est plus discernable que celle de Wood. Le résultat est tout autant dérangeant et décalé. Il s'amuse de ci de là à insérer une petite référence poil à gratter, comme la réaction d'Adolph Hitler lorsque Spawn prend la tête des Enfers. Il ajoute parfois une inscription dans l'image pour clarifier ce qu'il a représenté, par exemple la mention Hellspawn avec une flèche vers une petite tâche rouge.
Les scénarios ont été écrits par Brian Michael Bendis pour les épisodes 1 à 6 ; Steve Niles prend la relève au cours de l'épisode 6 et les écrit jusqu'à la fin, c'est-à-dire l'épisode 16. Le début de l'histoire est aussi expérimental que les illustrations. Le lecteur retrouve les dialogues chers à Bendis, jusqu'à certaines pages constituées de cases photocopiées pour simuler les interlocuteurs intervenant sans changer d'[removed]un raccourci graphique assez vite irritant). Parmi les essais effectués par Bendis, il y a la volonté de donner une autre dimension à Spawn (pas simplement en le rebaptisant Hellspawn), en particulier en le rattachant à la figure historique de Gengis Kahn. Mais cette idée est abandonnée en cours de route, et Niles ne la reprend pas.
Bendis adopte une approche narrative dans laquelle Spawn devient une légende urbaine, un être qui est avant tout perçu par les autres. Il y a les 2 clochards qui en discutent comme d'un mythe, les usagers du forum en ligne, les victimes de forces surnaturelles, etc. Là encore ces éléments sont abandonnés en cours, sans être repris par Niles. Et puis, il y a Bendis qui essaye différents registres dans l'horreur. Il est tout de suite beaucoup plus convaincant. Par exemple, le discours du Clown en train de déciller le spectateur dans le cinéma se déploie phrase par phrase pour transformer le plaisir coupable de la pornographie en complicité écoeurante favorisant la misère humaine, avec une montée virtuose. Le thème de l'intolérance est également mis en scène de manière magistrale avec le révérend Gary Danes. Par contre Bendis insiste lourdement pour développer le thème de l'existence de l'Enfer et du Paradis et il ne fait pas mieux que McFarlane dans la série Spawn, en restant à un niveau purement surnaturel, et en tenant soigneusement éloignée toute considération religieuse.
Steve Niles reprend une partie des éléments mis en place par Bendis, mais revient à une narration plus classique avec une intrigue linéaire. Toutefois Steve Niles utilise à plein le fait qu'il ne s'agisse pas de la série principale pour installer Spawn sur le trône des Enfers. Le lecteur reprend pied et Niles l'emmène dans des situations également dérangeantes. Il n'y a toujours aucune approche religieuse, mais il joue sur les différents types de damnation et les responsabilités que Spawn doit assumer. Au fur et à mesure des épisodes, la narration de Steve Niles prend un peu d'ampleur puisqu'il doit parfois expliquer en quelques mots ce qui n'est pas lisible dans l'image.
Ce tome est à réserver aux lecteurs curieux, prêts à tenter une expérience graphique qui sort des sentiers battus et une expérience narrative qui ne débouche pas toujours sur quelque chose de concret. Il vaut mieux avoir déjà une connaissance de l'univers de Spawn avant de se lancer dans ce tome car Bendis et Niles ne font pas de rappel sur Al Simmons, sa femme, son ancien boss, Billy Kincaid, etc. Sous cette réserve, il s'agit d'une lecture qui s'aventure dans des contrées différentes et déstabilisantes.
Je suis professeur d’Histoire et, comme Samuel Paty, j’enseigne à des élèves de quatrième. Forcément une leçon sur la liberté d’expression, et très souvent avec des caricatures de Charlie-Hebdo, utilisées pour nourrir un débat sur la liberté d’expression et ses éventuelles limites. C’est dire si sa mort – et son caractère « monstrueux » m’a touché. L’idée que l’on puisse mourir de la sorte, simplement pour avoir « fait son travail »…
J’ai déjà vu des documentaires et reportages où étaient interrogés les anciens collègues, et suis donc familiarisé avec le contexte et « l’après » de ce drame. Mais cet album est bien fichu, bien mené. Il prend son temps pour « mettre en place » les choses, que ce soit la personnalité de Paty, ses cours et les relations avec ses élèves, ses maladresses. Et, en parallèle, la radicalisation de son futur meurtrier. Et bien sûr « l’affaire » (Paty a surtout été victime de rumeurs, de fausses dénonciations, récupérées et amplifiées par des imbéciles extrémistes).
Comme les collègues de Paty, ce n’est pas tant l’absence de réactivité de l’institution (qui avait pas mal d’information sur ceux qui « montaient la cabale » avant le drame) qui m’a le plus marqué (mis à part l’assassinat lui-même bien sûr), c’est surtout ces 5 ou 6 élèves qui ont aidé le meurtrier, qui ont accepté sans se poser trop de question de désigner leur prof contre de l’argent. Qu’est-ce qui a été « raté » ?
Paty n’est pas un héros, ni un professeur hors du commun. Mais à l’évidence il était un bon pédagogue, apprécié de ses élèves. Sa mort interroge les enseignants, l’institution Education Nationale, et notre société. Les questions posées n’ont pas toutes trouvé de réponses, loin de là.
Cet album est aussi l’occasion pour beaucoup de protagonistes de « faire le point ». C’est un très bon documentaire « à chaud », sur un crime qui m’a je pense davantage touché que je ne l’ai pensé au départ.
Guy Delisle fait partie de mes auteurs préférés donc suis-je encore objectif ? J’ai particulièrement aimé Shenzhen, Pyongyang et S'enfuir par exemple.
Cet album n’échappe pas à la règle et j’ai beaucoup aimé cette plongée dans le coeur de Jérusalem. Guy Delisle ne propose qu’un témoignage et n’est pas un auteur engagé comme peut l’être Joe Sacco. Delisle adopte une posture de témoin plutôt que de militant, ce qui peut donner une impression de distance par rapport aux événements dramatiques qu’il décrit.
Il accompagne ici sa femme, et c’est son expérience d’expat père de famille qu’il partage ici. L’album se compose de multiples scènes de la vie quotidienne, entre anecdotes personnelles, observations sur la ville et réflexions sur les conflits. Cette structure permet à Delisle de juxtaposer des moments légers avec des passages plus sérieux, et c’est ce que j’apprécie particulièrement dans cette formule.
Les péripéties des expatriés, les défis logistiques et les rencontres improbables se succèdent, offrant un tableau vivant et souvent drôle de la vie à Jérusalem.
Le trait de Delisle, bien que simple, est terriblement expressif. Ses dessins capturent l’essence des lieux et des personnes avec une précision presque documentaire, mais sans jamais perdre cette touche personnelle qui rend ses chroniques si attachantes.
C’est le fait de rendre accessibles et intéressants des aspects souvent méconnus de la vie en Israël et en Palestine qui m’a beaucoup plu ici, et qui me plait dans les BD autobiographiques en général. L’humour pince-sans-rire de Delisle et son regard naïf mais perspicace font mouche, rendant la lecture à la fois agréable et instructive.
Savant mix quand La Route rencontre Gung Ho, Kaya souffrira néanmoins de la comparaison avec ces deux chef d’œuvres.
Pourtant, conseil avisé, accordé lui sa chance, cette BD arrive en effet à trouver sa place et s’en tire avec beaucoup plus que les honneurs dans le secteur ultra embouteillé du post-apo.
Œuvre plutôt ambitieuse (presque un veritable studio crédité!), pluri-forme puisqu’accompagné par un environnement sonore de qualité (en scannant un QR code), l’expérience global fonctionne bien (c-a-d séquençage musique/lecture) et se révèle très réussi. Je n'ai en effet pas trouvé de coté gadget à la musique, au contraire elle complète la lecture et apporte un coté Miyazaki à l'ensemble avec son brin de mélancolie et de contemplation.
La bd en elle-même n'est pas très bavarde et se lit assez vite. Beaucoup de choses resteront d'ailleurs inexpliquées. Cet album est annoncé comme un one shot mais il y a matière à développer d'autres histoires dans cet univers.
Une bonne pioche et un vrai coup de coeur.
Note réelle: 03.75/5
J’ai passé vraiment un très bon moment avec ce tome. Je suis rapidement rentré dedans pour ne plus le lâcher jusqu’au dénouement.
Certes ça ne révolutionnera pas grand chose mais j’ai trouvé ça super bien fait, les auteurs m’ont régalé.
Grossièrement résumé, l’histoire prend la tournure d’un tournoi de tueurs façon Highlander. Un pitch pas bien profond déjà aperçu sur grand écran (The Tournament, Mi$e à prix …) mais la BD les enterre tous. Les auteurs amènent leur patte pour en faire un cocktail réussi et se démarquer.
En fait tout est dans l’atmosphère, je vais reprendre les références de mes prédécesseurs qui ne s’y sont pas trompés : un mix de Shining, d’Agatha Christie et de Tarantino. C’est parfaitement orchestré et millimétré, une longue mise en place exemplaire avant de lâcher les chiens.
Ça a fonctionné sur moi du tonnerre, à mes yeux le cahier des charges est plus que rempli. Je ne peux que constater le soin apporté par les auteurs à leur création, nous ne sommes jamais perdus.
Un scénario astucieux d’Hanna donc mais pas que, la mise en page de Boivin accompagne magnifiquement le récit et participe grandement à l’ambiance. Ses personnages sont vites reconnaissables et surtout sa narration est magique (la scène du dîner est formidable). Il n’y a qu’un truc qui m’a chiffonné (mais c’est pour faire mon chieur), c’est qu’à un moment un personnage se retrouve blessé sans que ça me paraisse si évident.
Bref passé ce détail plutôt anodin, j’ai beaucoup aimé, un petit plaisir coupable.
C'est un niais, il fera l'affaire.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition date de 2022. Il a été écrit par Pierre Christin, dessiné et mis en couleurs par Jean-Michel Arroyo. Il s'agit d'une bande dessinée en bichromie comprenant environ 124 pages. L'ouvrage se termine avec neuf dessins en double page représentant différents endroits de Paris en 1950 : le cinéma Gaumont-Palace 1 rue Caulaincourt, le Muséum d'histoire naturelle au Jardin des Plantes, le cirque Médrano 63 boulevard Rochechouart, les usines Citroën quai de Javel, le café de Flore 172 boulevard Saint-Germain, le parc des Buttes-Chaumont 1 rue Botzaris, les usines à gaz à la Plaine Saint-Denis, le Pont Royal vu de la passerelle Solférino, l'Île Saint-Lois et le Pont Louis-Philippe.
Dans les années 1980, par une soirée pluvieuse, Antoine, la cinquantaine, emprunte le funiculaire de Montmartre. Il sort de la cabine et va se promener dans le quartier, dans des rues qu'il a fréquentées, jusqu'à l'avenue Junot. Bien avant ce temps, il est parti à la fin de l'été, pile le jour de ses dix-huit ans. À part le petit cri de la buse qui le précédait, pas un bruit. Sa seule copine sur le plateau d'Aubrac, celle-là. Peut-être qu'elle avait compris qu'il s'en allait pour de bon ? Les autres gars du buron avaient du mal à y croire eux. Plusieurs années qu'ils étaient tous les quatre là-haut à fabriquer de la tome chaque été. Bouffer du lard rance et du pain rassis en buvant du lait sans jamais voir personne pendant des jours et des jours, ça leur allait. Comme il était le plus jeune de l'équipe, on disait le roul, il était chargé des cochons et des ordures. Mais tout ça, c'était fini pour lui. Fini.
Antoine monte à Paris, pour se rendre chez Alric, un cousin bougnat. Pas habitué aux chaussures que sa mère lui a payées à Rodez. Pas habitué à marcher sur du dur. Paris lui parait immense. Des endroits si différents en quelques centaines de mètres. Des gens faisant des choses bizarres. C'est plus tard qu'il a appris ce que c'était que des chandelles, des prostituées quoi. Des gens bizarres eux-mêmes. Hommes ou femmes ? C'est plus tard aussi qu'il a su comment on les appelait. Beaucoup de noms pour se moquer d'eux, en fait. Sur le boulevard, des animaux bizarres aussi. Les vaches et les cochons, il a vite compris qu'il n'y aurait pas que ça dans la vie. Des lumières tout aussi bizarres, il n'avait jamais vu ça, des néons on lui a dit. Il parvient rue Lepic, et trouve le café et le commerce de son cousin. Celui-ci l'accueille et lui montre sa chambre, au-dessus de l'écurie. le boulot d'Antoine est de charger la charrette en boulets de charbon. le lendemain, réveil à cinq heures, et première livraison à six heures à l'établissement La Lune bleue, un des plus gros clients, un des cabarets les plus connus de Pigalle. Fillette, la jument tirant la carriole, sait même y aller toute seule. Antoine fait comme demandé : charger la remorque, aller se coucher, et se lever à l'heure. le lendemain, il entre pour la première fois dans ce cabaret, où il est accueilli par Poing Barre, l'aboyeur de la Lune bleue.
C'est l'histoire d'un jeune gars du Massif Central qui monte à Paris et qui fait son apprentissage de la vie dans le quartier de Montmartre, dans un milieu criminel. le mode narratif tient un peu le lecteur à distance. La scène introductive se déroule dans les années 1980 : trois pages dont deux sans aucun mot, et la bande dessinée se termine avec une séquence de trois pages qui lui fait écho. le scénariste commence donc par un dispositif qui indique que l'histoire se déroule dans le passé, qu'il s'agit d'événements révolus et déjà connus. Cela produit un premier effet de distanciation. La seconde scène dure cinq pages et est racontée par la voix d'Antoine âgé qui évoque son arrivée à la capitale : autre effet d'éloignement, car le lecteur ne vit pas en direct les événements. Les dialogues commencent donc en page 13, quand le jeune adulte se présente à son cousin. Cet effet de prise de recul se produit régulièrement, le scénariste repassant en mode commentaire du personnage principal plus âgé dans des cartouches pour apporter des informations supplémentaires sur ce que montrent les dessins. Cette sensation est encore accentuée par le parti pris de la mise en couleurs : une sorte de bichromie, faite de nuances de gris. En outre, sous ce gris, les dessins sont très propres sur eux : des contours adoucis pour les personnages, des décors propres et en bon état.
Cette sensation de détachement n'entame pas pour autant l'envie de lecture et de découverte. le titre annonce clairement l'intention : une reconstitution de ce quartier de Paris à cette époque. le lecteur constate tout de suite la qualité de la reconstitution historique visuelle. Bon, le funiculaire de Montmartre, les ruelles, les façades d‘immeuble, la ferme sur le plateau de l'Aubrac : bien dessiné, mais rien de très extraordinaire. La traversée de quelques quartiers en 1950, à l'arrivée à Paris : sympathique pour les tenues vestimentaires et les voitures. À partir de la page 13, Antoine s'installe au-dessus du café de son cousin, et là la reconstitution historique atteint un autre niveau avec la description du quotidien : les boulets de charbon à charger dans la charrette, la jument Fillette, la cabaret La Lune bleue au petit matin avec les tables pas encore débarrassées, les réverbères, le calorifère, les autobus de l'époque, les différents modèles de voiture de la traction avant à celle de la police, les usines à gaz en proche banlieue, une salle de billard, etc. Les auteurs emmènent également le lecteur à la basilique avec une superbe vue du ciel, et devant le Moulin rouge, avec sa façade éminemment reconnaissable. Mais globalement ce n'est pas une reconstitution de nature touristique : elle se concentre plutôt sur les éléments du quotidien d'Antoine : en tant que livreur de charbon le matin, de spiritueux le soir, puis d'aide au cabaret, et enfin d'homme de confiance pour le patron de cet établissement.
Manquant parfois un peu de texture ou d'un détail concret comme la nature du revêtement de chaussée, les dessins génèrent parfois comme une vague impression de consistance insuffisante. Mais lorsqu'il regarde les neuf dessins en double planche après la fin du récit, le lecteur distrait prend conscience que les auteurs ne se sont pas contentés d'aller chercher quelques cartes postales d'époque pour installer un décor en toile de fond. le scénariste a effectué des recherches plus approfondies sur le tissu socio-économique du quartier, et le rayonnement probable d'un individu comme Antoine, pour trouver à quels lieux cela correspondait. Ces derniers sont représentés de manière organique dans les planches, sans que l'artiste n'attire l'attention sur eux, mais bien présents et nourrissant le récit.
De la même manière, le scénariste donne l'impression de raconter une histoire toute simple, très linéaire, très facile à lire, sans beaucoup de consistance. Mais en y repensant, le lecteur peut lister les différentes composantes de la reconstitution historique : la vie sur le plateau de l'Aubrac, les bougnats, le cabaret et ses artistes, ainsi que sa clientèle hétérogène, les petits trafics et les plus gros, l'évolution des numéros de cabaret, l'évolution de la géopolitique et en particulier la situation en Algérie. À nouveau, le ressenti est assez étrange : entre une forme de détachement, et une sensation d'évidence, comme si l'auteur alignait des lieux communs. Toutefois c'est sa connaissance de l'époque qui lui permet d'aboutir à une narration qui coule de source, encore faut-il disposer de cette connaissance des faits et savoir la distiller de manière organique dans le récit, sans donner l'impression de passer en mode leçon d'Histoire. du coup, le récit maintient l'attention du lecteur en douceur. Il n'y a pas de vrai drame, ou plutôt lorsqu'une mort survient, elle est présentée comme un simple fait, avec des conséquences émotionnelles très limitées. Une image montre les parents de Mireille, en tandem, fauchés par un bus. L'image d'après, leur fille affiche un regard attristé, mais c'est un souvenir déjà lointain et durant les années écoulées, elle a fait son deuil et trouvé comment gagner de l'argent pour pouvoir nourrir et s'occuper de sa petite sœur Blanche. C'est de l'histoire ancienne. Plus loin dans le récit, un gang de Corses entre dans La Lune bleue et ouvre le feu sur les clients et les employés, dans une séquence de cinq pages. La mise en scène du coup d'éclat montre bien la panique et les morts, à nouveau de manière plus factuelle qu'émotionnelle, ne touchant pas forcément le lecteur. Il n'y a pas de volonté de faire pleurer dans les chaumières, en exagérant pour toucher la corde sensible.
Pierre Christin & Jean-Michel Arroyo font revivre le quartier de la Butte Montmartre, en suivant la vie d'un jeune provincial monté à Paris, et s'intégrant progressivement dans le milieu, sans manier de flingue, sans commettre d'agressions. Les auteurs effectuent une reconstitution visuelle remarquable, en toute discrétion, et évoquent plusieurs facettes de cette époque, de ce milieu, également sans se reposer sur des artifices spectaculaires. le lecteur suit bien volontiers Antoine, son premier amour, sa découverte du monde du cabaret, sa participation plus périphérique que directe aux affaires, sans pour autant être dupe des activités illégales du patron du cabaret et de sa bande. D'un côté, il apprécie cette narration pragmatique, sans romantisme ou cynisme artificiel ; de l'autre, il peut être décontenancé par ce rythme posé et presque tranquille.
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Un putain de salopard
J'ai été immédiatement captivé par l'histoire de Max, ce jeune homme à la recherche de son passé en Amazonie. L'aventure, teintée de mystère et de révélations surprenantes, m'a tenu en haleine du début à la fin. Les personnages sont si réalistes et bien développés que je me suis rapidement attaché à eux. Leur quête personnelle et leur dynamique de groupe ajoutent une profondeur émotionnelle à l'histoire. Le trait d'Olivier Pont, allié aux couleurs de François Lapierre, donne vie à la jungle amazonienne avec une richesse et une précision qui m'ont transporté au coeur de l'aventure. Au-delà de l'aventure, cette BD m'a fait réfléchir sur des thèmes comme la survie, la corruption et la beauté de la nature. C'est une oeuvre qui, tout en divertissant, invite à la réflexion. En résumé, cette bande dessinée est une réussite. Elle combine habilement l'action, l'émotion et la réflexion, le tout servi par un graphisme de qualité. Un régal pour les yeux et l'esprit !
La Quête de l'Oiseau du Temps - Avant la Quête
J'ai été immédiatement happé par l'histoire de Bragon, ce jeune paysan avide d'aventures et de combats. La quête de sa transformation en chevalier défenseur d'Akbar est racontée avec un rythme soutenu qui maintient l'intérêt à chaque page. Les auteurs ont su créer des moments émotionnels intenses, particulièrement aux tomes 1, 3 et 5, où Bragon doit affronter des pertes personnelles déchirantes, ajoutant une profondeur psychologique à son parcours. Malgré le changement de dessinateurs, la série conserve une qualité visuelle remarquable. Chaque planche est un régal pour les yeux, avec une attention particulière portée à la création d'une faune et d'une flore originales. Bien que cette préquelle ne surpasse pas l'originalité et la puissance de La Quête de l'Oiseau du Temps, elle reste une lecture très agréable et respecte l'univers établi tout en offrant une aventure fraîche et intéressante. Finalement, cette préquelle m'a procuré un plaisir de lecture certain. Elle a su renouveler mon intérêt pour l'univers de La Quête de l'Oiseau du Temps et m'a invité à redécouvrir la série originale avec un regard neuf. Je lui donne une note de 4/5 pour son scénario intelligent et son dessin sublime.
La Quête de l'Oiseau du Temps
La quête de l'oiseau du temps est une série qui m'a captivé dès le début. L'univers est riche et les personnages sont attachants, chacun avec sa propre histoire et ses motivations. Le style de dessin évolue magnifiquement au fil des tomes, passant d'un trait initial un peu brut à une finesse et une colorisation qui subliment l'histoire. L'intrigue est prenante, pleine de rebondissements et d'originalité. Les thèmes abordés sont intemporels et la fin est particulièrement surprenante et émouvante. Cette bande dessinée est un classique qui a su traverser le temps. Elle mérite amplement la note maximale pour son histoire captivante, ses illustrations magnifiques et son impact durable dans le monde de la BD. Un indispensable pour les amateurs du genre.
Une sardine à la mer
Après avoir commandé l’album, ma première réaction a été d’être bien deg’. Ma faute aussi de n’avoir pas fait plus attention, j’imaginais une suite à Comme un poisson dans l’huile et Les sardines sont cuites, 2 albums que j’apprécie beaucoup … et c’est à 1/3 vrai. En fait, Une sardine à la mer les compile tout en y ajoutant une conclusion plus de 15 ans après : Extra ball + 2 autres courts récits, un peu dommage d’ailleurs que le 3eme titre oublie l’allusion « poiscaille » (même si c’est justifié par la suite). Rien vraiment de méchant au final mais c’est toujours con quand on possède déjà les tomes chez Vertige Graphic. Dans les 2 premiers tomes, Guillaume Long nous narre ses 2 premières années aux Beaux-Arts. Je vous renvoie à mes avis pour plus de détails mais j’aime beaucoup, l’auteur se raconte sans se la raconter. Je trouve ça assez frais, drôle, léger et décalé. Au rayon des nouveautés, on a donc un premier récit de 2001 placé en interlude. C’est une lettre sous forme de bd qu’il a adressé à Matthieu Boogaert. Les premiers pas de l’auteur, son style est encore un peu maladroit mais le fond est très touchant. L’autre court récit sert d’épilogue à son aventure autobiographique, je dois dire que je n’aime pas trop le trait utilisé, mais le but est atteint. Et enfin la conclusion des 2ers tomes, l’auteur reprend les pinceaux pour reprendre le fil de son aventure mais 15 ans après. On retrouve sa narration et ton mais son style a bien évolué, il n’est plus ce jeune étudiant insouciant. Ce récit se divise en 2 parties. Une première où l’auteur va revenir sur cette période de sa vie, ainsi que ses premiers travaux avec toujours autant d’honnêteté et d’autodérision, j’aime son parti pris esthétique mais c’est encore plus marrant quand on connaît le dessous des cartes. Nous connaîtrons ou pas le destin des différents étudiants et mine de rien ces albums ont lancé la profession de l’auteur, lui qui ne savait pas trop quoi faire. Le fait que l’auteur réalisait ses pages avant son examen final renforce ma sympathie comme le côté authentique et journal de bord. La deuxième partie est consacrée à un événement beaucoup moins léger, l’auteur nous livre son expérience suite à un cancer. La dissymétrie testiculaire, moquée à ses débuts, n’était malheureusement pas si anodine. La narration redondante (gaufrier, texte) peut faire peur mais pour moi c’est l’une des grandes forces. Bref, un récit autobiographique, un peu atypique, et pour lequel j’éprouve plus que de la sympathie.
HellSpawn
Pour une expérience de lecture différente et expérimentale - Ce commentaire porte sur l'intégralité de la série Hellspawn, soit les épisodes 1 à 16, parus d'août 2000 à avril 2003. Quelque part dans la ville de New York, Fastbender et Hertz (2 clochards) parlent de Gengis Khan, de la manière dont il a unifié les tribus mongoles, de ses conquêtes à travers la Chine et du prix qu'il a dû payer. Ailleurs Corrie (une jeune femme) écrit de la poésie et se suicide. Dans un cinéma, un homme seul dans la salle contemple un film pornographique. Le Clown (un agent des Enfers) vient s'installer derrière lui et lui donnent des clefs de compréhension sur la vie des actrices qui s'ébattent à l'écran, et sur celle d'un acteur. Spawn arrive trop tard pour sauver cet homme d'une mort atroce, mais assez vite pour se lancer dans un combat physique contre le Clown. Sur internet dans les forums, les rumeurs les plus folles circulent concernant Spawn et sa nature véritable. Au fil des épisodes, Spawn va croiser la route du révérend Gary Danes qui attise les flammes de la haine raciale par ses interventions hypocrites, d'une petite frappe qui a assassiné sa copine, puis de Cy-Gor (un ex-militaire qui a subi des expérimentations qui l'ont transformé en monstre). Dans le dernier tiers du volume, Hellspawn accède au trône des enfers. Cette courte série a frappé l'imagination des lecteurs pour son coté expérimental. Ashley Wood illustre les épisodes 1 à 10 et c'est effectivement une expérience visuelle qui sort de l'ordinaire. Il est plus intéressé par les illustrations que la narration séquentielle. Dès la première page, le lecteur comprend qu'il va lui falloir preuve d'ouverture d'esprit et d'une attention soutenue pour déchiffrer les images. Il s'agit d'une tête représentée de face d'un être cornu. Plusieurs images semblent s'interpénétrer, sans se chevaucher, en étant recouvertes d'une sorte de voile grisâtre qui floute les détails, le tout dessiné sur une feuille avec des motifs de fonds indiscernables. La deuxième page est une composition pleine page d'une sorte de mur avec quelques traits rapidement effectués figurant des briques (à moins que ce ne soient des cartons se chevauchant), sur laquelle se trouvent 4 petites cases avec des formes en ombres chinoises dont le texte permet de s'assurer qu'il s'agit de 2 clochards discutant autour d'un brasero de fortune. Le lecteur est donc invité à plonger dans un monde aux contours flous et mal définis, qui baigne dans une lumière étrange et cafardeuse. Il faut également qu'il investisse le temps nécessaire pour aller chercher les informations visuelles supplémentaires qui lui permettront de comprendre certaines cases, de plonger au-delà des étonnantes ambiances émanant de chaque planche. Ashley Wood foule au pied tous les codes narratifs les plus basiques de la bande dessinée pour mieux déstabiliser le lecteur et le plonger dans un univers différent, dangereux, mystérieux, bizarre. Sous réserve que le lecteur accepte ce parti pris graphique pas toujours facile d'accès, il voyage dans un monde angoissant où les apparences sont fantasmées, déformées, pour mieux révéler la noirceur des individus. Les épisodes 10 à 16 sont illustrés par Ben Templesmith (le co-créateur de avec Steve Niles). Il reprend à l'identique le principe de base d'Ashley Wood : déformer la réalité, laisser de la place à l'imagination du lecteur, flouter les contours, noyers les illustrations dans une lumière changeante, ne pas respecter les formes basiques (qu'l s'agisse de l'anatomie humaine ou des objets), insérer de ci de là des textures en fonds de case ou de page. Templesmith est un peu plus sensible à l'art séquentiel et son utilisation de l'infographie pour insérer des morceaux de photographies retouchées est plus discernable que celle de Wood. Le résultat est tout autant dérangeant et décalé. Il s'amuse de ci de là à insérer une petite référence poil à gratter, comme la réaction d'Adolph Hitler lorsque Spawn prend la tête des Enfers. Il ajoute parfois une inscription dans l'image pour clarifier ce qu'il a représenté, par exemple la mention Hellspawn avec une flèche vers une petite tâche rouge. Les scénarios ont été écrits par Brian Michael Bendis pour les épisodes 1 à 6 ; Steve Niles prend la relève au cours de l'épisode 6 et les écrit jusqu'à la fin, c'est-à-dire l'épisode 16. Le début de l'histoire est aussi expérimental que les illustrations. Le lecteur retrouve les dialogues chers à Bendis, jusqu'à certaines pages constituées de cases photocopiées pour simuler les interlocuteurs intervenant sans changer d'[removed]un raccourci graphique assez vite irritant). Parmi les essais effectués par Bendis, il y a la volonté de donner une autre dimension à Spawn (pas simplement en le rebaptisant Hellspawn), en particulier en le rattachant à la figure historique de Gengis Kahn. Mais cette idée est abandonnée en cours de route, et Niles ne la reprend pas. Bendis adopte une approche narrative dans laquelle Spawn devient une légende urbaine, un être qui est avant tout perçu par les autres. Il y a les 2 clochards qui en discutent comme d'un mythe, les usagers du forum en ligne, les victimes de forces surnaturelles, etc. Là encore ces éléments sont abandonnés en cours, sans être repris par Niles. Et puis, il y a Bendis qui essaye différents registres dans l'horreur. Il est tout de suite beaucoup plus convaincant. Par exemple, le discours du Clown en train de déciller le spectateur dans le cinéma se déploie phrase par phrase pour transformer le plaisir coupable de la pornographie en complicité écoeurante favorisant la misère humaine, avec une montée virtuose. Le thème de l'intolérance est également mis en scène de manière magistrale avec le révérend Gary Danes. Par contre Bendis insiste lourdement pour développer le thème de l'existence de l'Enfer et du Paradis et il ne fait pas mieux que McFarlane dans la série Spawn, en restant à un niveau purement surnaturel, et en tenant soigneusement éloignée toute considération religieuse. Steve Niles reprend une partie des éléments mis en place par Bendis, mais revient à une narration plus classique avec une intrigue linéaire. Toutefois Steve Niles utilise à plein le fait qu'il ne s'agisse pas de la série principale pour installer Spawn sur le trône des Enfers. Le lecteur reprend pied et Niles l'emmène dans des situations également dérangeantes. Il n'y a toujours aucune approche religieuse, mais il joue sur les différents types de damnation et les responsabilités que Spawn doit assumer. Au fur et à mesure des épisodes, la narration de Steve Niles prend un peu d'ampleur puisqu'il doit parfois expliquer en quelques mots ce qui n'est pas lisible dans l'image. Ce tome est à réserver aux lecteurs curieux, prêts à tenter une expérience graphique qui sort des sentiers battus et une expérience narrative qui ne débouche pas toujours sur quelque chose de concret. Il vaut mieux avoir déjà une connaissance de l'univers de Spawn avant de se lancer dans ce tome car Bendis et Niles ne font pas de rappel sur Al Simmons, sa femme, son ancien boss, Billy Kincaid, etc. Sous cette réserve, il s'agit d'une lecture qui s'aventure dans des contrées différentes et déstabilisantes.
Crayon noir - Samuel Paty, histoire d'un prof
Je suis professeur d’Histoire et, comme Samuel Paty, j’enseigne à des élèves de quatrième. Forcément une leçon sur la liberté d’expression, et très souvent avec des caricatures de Charlie-Hebdo, utilisées pour nourrir un débat sur la liberté d’expression et ses éventuelles limites. C’est dire si sa mort – et son caractère « monstrueux » m’a touché. L’idée que l’on puisse mourir de la sorte, simplement pour avoir « fait son travail »… J’ai déjà vu des documentaires et reportages où étaient interrogés les anciens collègues, et suis donc familiarisé avec le contexte et « l’après » de ce drame. Mais cet album est bien fichu, bien mené. Il prend son temps pour « mettre en place » les choses, que ce soit la personnalité de Paty, ses cours et les relations avec ses élèves, ses maladresses. Et, en parallèle, la radicalisation de son futur meurtrier. Et bien sûr « l’affaire » (Paty a surtout été victime de rumeurs, de fausses dénonciations, récupérées et amplifiées par des imbéciles extrémistes). Comme les collègues de Paty, ce n’est pas tant l’absence de réactivité de l’institution (qui avait pas mal d’information sur ceux qui « montaient la cabale » avant le drame) qui m’a le plus marqué (mis à part l’assassinat lui-même bien sûr), c’est surtout ces 5 ou 6 élèves qui ont aidé le meurtrier, qui ont accepté sans se poser trop de question de désigner leur prof contre de l’argent. Qu’est-ce qui a été « raté » ? Paty n’est pas un héros, ni un professeur hors du commun. Mais à l’évidence il était un bon pédagogue, apprécié de ses élèves. Sa mort interroge les enseignants, l’institution Education Nationale, et notre société. Les questions posées n’ont pas toutes trouvé de réponses, loin de là. Cet album est aussi l’occasion pour beaucoup de protagonistes de « faire le point ». C’est un très bon documentaire « à chaud », sur un crime qui m’a je pense davantage touché que je ne l’ai pensé au départ.
Chroniques de Jérusalem
Guy Delisle fait partie de mes auteurs préférés donc suis-je encore objectif ? J’ai particulièrement aimé Shenzhen, Pyongyang et S'enfuir par exemple. Cet album n’échappe pas à la règle et j’ai beaucoup aimé cette plongée dans le coeur de Jérusalem. Guy Delisle ne propose qu’un témoignage et n’est pas un auteur engagé comme peut l’être Joe Sacco. Delisle adopte une posture de témoin plutôt que de militant, ce qui peut donner une impression de distance par rapport aux événements dramatiques qu’il décrit. Il accompagne ici sa femme, et c’est son expérience d’expat père de famille qu’il partage ici. L’album se compose de multiples scènes de la vie quotidienne, entre anecdotes personnelles, observations sur la ville et réflexions sur les conflits. Cette structure permet à Delisle de juxtaposer des moments légers avec des passages plus sérieux, et c’est ce que j’apprécie particulièrement dans cette formule. Les péripéties des expatriés, les défis logistiques et les rencontres improbables se succèdent, offrant un tableau vivant et souvent drôle de la vie à Jérusalem. Le trait de Delisle, bien que simple, est terriblement expressif. Ses dessins capturent l’essence des lieux et des personnes avec une précision presque documentaire, mais sans jamais perdre cette touche personnelle qui rend ses chroniques si attachantes. C’est le fait de rendre accessibles et intéressants des aspects souvent méconnus de la vie en Israël et en Palestine qui m’a beaucoup plu ici, et qui me plait dans les BD autobiographiques en général. L’humour pince-sans-rire de Delisle et son regard naïf mais perspicace font mouche, rendant la lecture à la fois agréable et instructive.
Kaya
Savant mix quand La Route rencontre Gung Ho, Kaya souffrira néanmoins de la comparaison avec ces deux chef d’œuvres. Pourtant, conseil avisé, accordé lui sa chance, cette BD arrive en effet à trouver sa place et s’en tire avec beaucoup plus que les honneurs dans le secteur ultra embouteillé du post-apo. Œuvre plutôt ambitieuse (presque un veritable studio crédité!), pluri-forme puisqu’accompagné par un environnement sonore de qualité (en scannant un QR code), l’expérience global fonctionne bien (c-a-d séquençage musique/lecture) et se révèle très réussi. Je n'ai en effet pas trouvé de coté gadget à la musique, au contraire elle complète la lecture et apporte un coté Miyazaki à l'ensemble avec son brin de mélancolie et de contemplation. La bd en elle-même n'est pas très bavarde et se lit assez vite. Beaucoup de choses resteront d'ailleurs inexpliquées. Cet album est annoncé comme un one shot mais il y a matière à développer d'autres histoires dans cet univers. Une bonne pioche et un vrai coup de coeur. Note réelle: 03.75/5
Douze
J’ai passé vraiment un très bon moment avec ce tome. Je suis rapidement rentré dedans pour ne plus le lâcher jusqu’au dénouement. Certes ça ne révolutionnera pas grand chose mais j’ai trouvé ça super bien fait, les auteurs m’ont régalé. Grossièrement résumé, l’histoire prend la tournure d’un tournoi de tueurs façon Highlander. Un pitch pas bien profond déjà aperçu sur grand écran (The Tournament, Mi$e à prix …) mais la BD les enterre tous. Les auteurs amènent leur patte pour en faire un cocktail réussi et se démarquer. En fait tout est dans l’atmosphère, je vais reprendre les références de mes prédécesseurs qui ne s’y sont pas trompés : un mix de Shining, d’Agatha Christie et de Tarantino. C’est parfaitement orchestré et millimétré, une longue mise en place exemplaire avant de lâcher les chiens. Ça a fonctionné sur moi du tonnerre, à mes yeux le cahier des charges est plus que rempli. Je ne peux que constater le soin apporté par les auteurs à leur création, nous ne sommes jamais perdus. Un scénario astucieux d’Hanna donc mais pas que, la mise en page de Boivin accompagne magnifiquement le récit et participe grandement à l’ambiance. Ses personnages sont vites reconnaissables et surtout sa narration est magique (la scène du dîner est formidable). Il n’y a qu’un truc qui m’a chiffonné (mais c’est pour faire mon chieur), c’est qu’à un moment un personnage se retrouve blessé sans que ça me paraisse si évident. Bref passé ce détail plutôt anodin, j’ai beaucoup aimé, un petit plaisir coupable.
Pigalle, 1950
C'est un niais, il fera l'affaire. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition date de 2022. Il a été écrit par Pierre Christin, dessiné et mis en couleurs par Jean-Michel Arroyo. Il s'agit d'une bande dessinée en bichromie comprenant environ 124 pages. L'ouvrage se termine avec neuf dessins en double page représentant différents endroits de Paris en 1950 : le cinéma Gaumont-Palace 1 rue Caulaincourt, le Muséum d'histoire naturelle au Jardin des Plantes, le cirque Médrano 63 boulevard Rochechouart, les usines Citroën quai de Javel, le café de Flore 172 boulevard Saint-Germain, le parc des Buttes-Chaumont 1 rue Botzaris, les usines à gaz à la Plaine Saint-Denis, le Pont Royal vu de la passerelle Solférino, l'Île Saint-Lois et le Pont Louis-Philippe. Dans les années 1980, par une soirée pluvieuse, Antoine, la cinquantaine, emprunte le funiculaire de Montmartre. Il sort de la cabine et va se promener dans le quartier, dans des rues qu'il a fréquentées, jusqu'à l'avenue Junot. Bien avant ce temps, il est parti à la fin de l'été, pile le jour de ses dix-huit ans. À part le petit cri de la buse qui le précédait, pas un bruit. Sa seule copine sur le plateau d'Aubrac, celle-là. Peut-être qu'elle avait compris qu'il s'en allait pour de bon ? Les autres gars du buron avaient du mal à y croire eux. Plusieurs années qu'ils étaient tous les quatre là-haut à fabriquer de la tome chaque été. Bouffer du lard rance et du pain rassis en buvant du lait sans jamais voir personne pendant des jours et des jours, ça leur allait. Comme il était le plus jeune de l'équipe, on disait le roul, il était chargé des cochons et des ordures. Mais tout ça, c'était fini pour lui. Fini. Antoine monte à Paris, pour se rendre chez Alric, un cousin bougnat. Pas habitué aux chaussures que sa mère lui a payées à Rodez. Pas habitué à marcher sur du dur. Paris lui parait immense. Des endroits si différents en quelques centaines de mètres. Des gens faisant des choses bizarres. C'est plus tard qu'il a appris ce que c'était que des chandelles, des prostituées quoi. Des gens bizarres eux-mêmes. Hommes ou femmes ? C'est plus tard aussi qu'il a su comment on les appelait. Beaucoup de noms pour se moquer d'eux, en fait. Sur le boulevard, des animaux bizarres aussi. Les vaches et les cochons, il a vite compris qu'il n'y aurait pas que ça dans la vie. Des lumières tout aussi bizarres, il n'avait jamais vu ça, des néons on lui a dit. Il parvient rue Lepic, et trouve le café et le commerce de son cousin. Celui-ci l'accueille et lui montre sa chambre, au-dessus de l'écurie. le boulot d'Antoine est de charger la charrette en boulets de charbon. le lendemain, réveil à cinq heures, et première livraison à six heures à l'établissement La Lune bleue, un des plus gros clients, un des cabarets les plus connus de Pigalle. Fillette, la jument tirant la carriole, sait même y aller toute seule. Antoine fait comme demandé : charger la remorque, aller se coucher, et se lever à l'heure. le lendemain, il entre pour la première fois dans ce cabaret, où il est accueilli par Poing Barre, l'aboyeur de la Lune bleue. C'est l'histoire d'un jeune gars du Massif Central qui monte à Paris et qui fait son apprentissage de la vie dans le quartier de Montmartre, dans un milieu criminel. le mode narratif tient un peu le lecteur à distance. La scène introductive se déroule dans les années 1980 : trois pages dont deux sans aucun mot, et la bande dessinée se termine avec une séquence de trois pages qui lui fait écho. le scénariste commence donc par un dispositif qui indique que l'histoire se déroule dans le passé, qu'il s'agit d'événements révolus et déjà connus. Cela produit un premier effet de distanciation. La seconde scène dure cinq pages et est racontée par la voix d'Antoine âgé qui évoque son arrivée à la capitale : autre effet d'éloignement, car le lecteur ne vit pas en direct les événements. Les dialogues commencent donc en page 13, quand le jeune adulte se présente à son cousin. Cet effet de prise de recul se produit régulièrement, le scénariste repassant en mode commentaire du personnage principal plus âgé dans des cartouches pour apporter des informations supplémentaires sur ce que montrent les dessins. Cette sensation est encore accentuée par le parti pris de la mise en couleurs : une sorte de bichromie, faite de nuances de gris. En outre, sous ce gris, les dessins sont très propres sur eux : des contours adoucis pour les personnages, des décors propres et en bon état. Cette sensation de détachement n'entame pas pour autant l'envie de lecture et de découverte. le titre annonce clairement l'intention : une reconstitution de ce quartier de Paris à cette époque. le lecteur constate tout de suite la qualité de la reconstitution historique visuelle. Bon, le funiculaire de Montmartre, les ruelles, les façades d‘immeuble, la ferme sur le plateau de l'Aubrac : bien dessiné, mais rien de très extraordinaire. La traversée de quelques quartiers en 1950, à l'arrivée à Paris : sympathique pour les tenues vestimentaires et les voitures. À partir de la page 13, Antoine s'installe au-dessus du café de son cousin, et là la reconstitution historique atteint un autre niveau avec la description du quotidien : les boulets de charbon à charger dans la charrette, la jument Fillette, la cabaret La Lune bleue au petit matin avec les tables pas encore débarrassées, les réverbères, le calorifère, les autobus de l'époque, les différents modèles de voiture de la traction avant à celle de la police, les usines à gaz en proche banlieue, une salle de billard, etc. Les auteurs emmènent également le lecteur à la basilique avec une superbe vue du ciel, et devant le Moulin rouge, avec sa façade éminemment reconnaissable. Mais globalement ce n'est pas une reconstitution de nature touristique : elle se concentre plutôt sur les éléments du quotidien d'Antoine : en tant que livreur de charbon le matin, de spiritueux le soir, puis d'aide au cabaret, et enfin d'homme de confiance pour le patron de cet établissement. Manquant parfois un peu de texture ou d'un détail concret comme la nature du revêtement de chaussée, les dessins génèrent parfois comme une vague impression de consistance insuffisante. Mais lorsqu'il regarde les neuf dessins en double planche après la fin du récit, le lecteur distrait prend conscience que les auteurs ne se sont pas contentés d'aller chercher quelques cartes postales d'époque pour installer un décor en toile de fond. le scénariste a effectué des recherches plus approfondies sur le tissu socio-économique du quartier, et le rayonnement probable d'un individu comme Antoine, pour trouver à quels lieux cela correspondait. Ces derniers sont représentés de manière organique dans les planches, sans que l'artiste n'attire l'attention sur eux, mais bien présents et nourrissant le récit. De la même manière, le scénariste donne l'impression de raconter une histoire toute simple, très linéaire, très facile à lire, sans beaucoup de consistance. Mais en y repensant, le lecteur peut lister les différentes composantes de la reconstitution historique : la vie sur le plateau de l'Aubrac, les bougnats, le cabaret et ses artistes, ainsi que sa clientèle hétérogène, les petits trafics et les plus gros, l'évolution des numéros de cabaret, l'évolution de la géopolitique et en particulier la situation en Algérie. À nouveau, le ressenti est assez étrange : entre une forme de détachement, et une sensation d'évidence, comme si l'auteur alignait des lieux communs. Toutefois c'est sa connaissance de l'époque qui lui permet d'aboutir à une narration qui coule de source, encore faut-il disposer de cette connaissance des faits et savoir la distiller de manière organique dans le récit, sans donner l'impression de passer en mode leçon d'Histoire. du coup, le récit maintient l'attention du lecteur en douceur. Il n'y a pas de vrai drame, ou plutôt lorsqu'une mort survient, elle est présentée comme un simple fait, avec des conséquences émotionnelles très limitées. Une image montre les parents de Mireille, en tandem, fauchés par un bus. L'image d'après, leur fille affiche un regard attristé, mais c'est un souvenir déjà lointain et durant les années écoulées, elle a fait son deuil et trouvé comment gagner de l'argent pour pouvoir nourrir et s'occuper de sa petite sœur Blanche. C'est de l'histoire ancienne. Plus loin dans le récit, un gang de Corses entre dans La Lune bleue et ouvre le feu sur les clients et les employés, dans une séquence de cinq pages. La mise en scène du coup d'éclat montre bien la panique et les morts, à nouveau de manière plus factuelle qu'émotionnelle, ne touchant pas forcément le lecteur. Il n'y a pas de volonté de faire pleurer dans les chaumières, en exagérant pour toucher la corde sensible. Pierre Christin & Jean-Michel Arroyo font revivre le quartier de la Butte Montmartre, en suivant la vie d'un jeune provincial monté à Paris, et s'intégrant progressivement dans le milieu, sans manier de flingue, sans commettre d'agressions. Les auteurs effectuent une reconstitution visuelle remarquable, en toute discrétion, et évoquent plusieurs facettes de cette époque, de ce milieu, également sans se reposer sur des artifices spectaculaires. le lecteur suit bien volontiers Antoine, son premier amour, sa découverte du monde du cabaret, sa participation plus périphérique que directe aux affaires, sans pour autant être dupe des activités illégales du patron du cabaret et de sa bande. D'un côté, il apprécie cette narration pragmatique, sans romantisme ou cynisme artificiel ; de l'autre, il peut être décontenancé par ce rythme posé et presque tranquille.