Les derniers avis (39913 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Bombe
La Bombe

Quel pavé mais quelle claque ! Je n'ose imaginer la taille des recherches préalables ainsi que le découpage minutieux, l'ensemble étant dessinée pour ressembler au plus près aux personnes historiques. Si la lecture d'une BD longue et demandeuse ne vous rebute pas, je vous recommande franchement la lecture de cette BD. C'est une BD incroyablement complète sur la fabrication de la première bombe atomique. Un long processus très lent mais qui aboutira à la pire des violences du 20è siècle (pourtant déjà bien riche en violence) : l'anéantissement d'une ville complète dans une seule explosion. Le nombre de mort compté en centaine de milliers, les survivants brulés, défigurés, etc ... J'ai eu la gorge nouée sur le final, où la violence de l'explosion est longuement retranscrite dans ces planches muettes mais chargées de blessés et de morts. Si je parle de ça, c'est que ce final est d'autant plus poignant qu'il est longuement attendu, avec cet uranium qui raconte sa vie et attends patiemment son heure pour enfin se libérer totalement. Une histoire impliquant politique, militaire et scientifiques dans un des projets secrets les plus démentiels de l'histoire de l'humanité. Je pense que la BD a sans doute beaucoup de points communs avec d'autres œuvres parlant du projet Manhattan (je pense notamment au film Oppenheimer que je n'ai pas vu) mais elle relie les différents protagonistes d'une manière claire et simple. Ils sont tous aisément reconnaissables et le dessin classique en noir et blanc permets de s'y retrouver simplement entre toutes les têtes importantes. C'est qu'il y a beaucoup de monde ! La BD est longue, mais je n'ai pas eu un instant une sensation de longueur. C'est suffisamment bien retranscrit pour que l'on sente l'importance de chaque scène et la portée de celle-ci. Le développement du bombardement le jour J est également plus long que je n'aurais cru mais apporte son lot de réflexion sur ce qu'on a fait de cette arme destructrice. Une excellente BD, je le redis : dessin simple au service de l'histoire et de sa clarté, travaille de reconstitution incroyable et efficace, développement lent mais prenant jusqu'à une finalité connue mais inévitable. Et une réflexion intense sur ce que l'humain a fait ce jour-là. Pour apprendre mais surtout pour ne pas oublier.

25/07/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Lait paternel
Le Lait paternel

Une œuvre passée beaucoup trop inaperçue à mon goût... Avec cette autofiction, l’auteur allemand Uli Oesterle a tenté de partir sur les traces d’un père qu’il a peu connu et qu’il ne revit qu’au moment de sa mort, sans avoir pu dialoguer avec lui. A partir d’anecdotes inventées pour combler « les nombreux hiatus qui [jalonnaient] son existence », ce fils, qui avoue avoir souffert de ne pas avoir de modèle, a voulu comprendre ce qui avait conduit son paternel à laisser sa femme dans la dèche, contrainte de l’élever seule, pour ensuite sombrer dans la déchéance. « Le Lait paternel », qui croise deux histoires, celle du fils en 2005, juste au moment du décès de son père, et celle de ce dernier quelque trente années plus tôt, a donc ici une valeur pleinement thérapeutique. En plus de donner une existence au père, ce livre lui donne l’occasion de se remettre en question sur son propre rôle en tant que parent, car lui-même semble dépassé par les crises d’ado de son fils, comme il le montre à travers le personnage de Victor. Celui-ci a tendance à incriminer le paternel et son héritage générique, à savoir son faible pour l’alcool, avec des effets parfois calamiteux. Le premier tome raconte tout cela, avec pour axe la brutale descente aux enfers de Rufus. Uli Oesterle expose les circonstances qui l’ont provoqué, jusqu’à ce point de bascule que fut le tragique accident en introduction du récit, accident qu’il a lui-même provoqué sous l’emprise de l’alcool et qui a entrainé la mort d’une mère et de ses deux enfants. La lecture est captivante, car le lecteur lui aussi veut comprendre. Le père de Victor était-il un salaud ? Comment a-t-il pu tomber si vite dans la cloche ? Il faut l’avouer, c’est assez poignant, et on finit par pardonner à ce père « indigne » ses frasques ininterrompues, son attitude désinvolte vis-à-vis de son épouse et de son fils, son addiction pour l’alcool, ainsi que son obsession pour l’argent facile, le jeu et les femmes. D’ailleurs, on ne l’apprendra que dans la post-face, le père d’Oesterle était victime du syndrome de Korsakoff, qui se manifeste notamment par des troubles prononcés de la mémoire et souvent liés à l’alcoolisme… Le second tome nous montre comment Rufus va tenter de se reconstruire. Toujours officiellement recherché par la police malgré une enquête qui piétine, il a coupé tous les ponts avec son entourage et ses connaissances, se fait désormais appeler Roland Herzig et fréquente les soupes populaires. En quête de rédemption, comment pourra-t-il « ramasser les morceaux » et se sortir de cette situation en échappant au jugement des tribunaux ? Pour l’ancien flambeur, tourmenté par la culpabilité et des crises d’angoisse de plus en plus fréquentes, l’horizon est décidément bien sombre…Sa seule planche de salut réside dans sa relation avec Bernie, un ancien architecte ruiné par son goût excessif pour les prostituées et reconverti en bénévole dans un foyer de sans-abris. Celui-ci s’est mué en une sorte de sage à l’énergie positive, dont la vocation est d’aider les nécessiteux sans rien attendre en retour. En parallèle de ce récit, on retrouve Victor qui, après avoir revu son père à l’hôpital juste avant qu’il ne décède, s’est lancé dans une randonnée alpine avec sa femme et son fils. Son objectif : disperser les cendres du paternel. Victor, qui tente difficilement de se mettre à l’eau comme Rufus trente ans avant lui, compte sur cette expérience vers les hauteurs pour terrasser ses propres démons. On relèvera l’utilisation astucieuse d’Uli Oesterle d’un procédé de synchronicité narrative, de la page 112 à 121 : dans un musée de Munich, Rufus est assis en face (totalement par hasard, car il n’aime pas la peinture) du « Voyageur contemplant une mer de nuages », célèbre tableau de Caspar David Friedrich ; la séquence suivante montre Victor en train de vider le contenu de l’urne funéraire au sommet d’une montagne. Sans doute le plus beau passage et le plus chargé de sens de ce deuxième volet. Graphiquement parlant, Uli Oesterle possède un trait très stylé qui attire l’œil — et c’est d’abord ce qui m’a séduit en feuilletant le livre. Les a-plats de noir donnent un beau rendu dans les ambiances, judicieusement additionné d’une bichromie différente pour les deux fils narratifs, beige pour le père, mauve pour le fils. La seule autre couleur est l’orange pour la Coccinelle, élément-clé du récit. De même, la mise en page est équilibrée, associé à un sens du cadrage accompli. On peut supposer que l’ouvrage aura été bénéfique et apaisant pour son auteur, qui s’est efforcé de présenter le père de la façon la plus objective possible, sans rien édulcorer mais sans haine non plus, comme s’il lui avait pardonné, en regard des troubles cérébraux dont il souffrait. D’ailleurs, il semble presque moins indulgent avec son double, Victor, apparaissant souvent comme irascible sous l’emprise de l’alcool. Les deux premiers tomes de ce « Lait paternel » constituent un excellent moment de lecture. Cette future trilogie, dont on attend avec impatience le troisième tome, mérite véritablement que l’on s’y attarde. Le dessin comme la narration, parfaitement maîtrisées, sont conjuguées avec brio par un auteur qui nous livre ici avec une grande sincérité un récit intime et puissant. Une œuvre fortement recommandée !

25/07/2024 (modifier)
Par Pallot
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Rose écarlate
La Rose écarlate

Une bande dessinée assez classique mais pleine de rebondissements ! J'ai lu les 20 tomes parus et je trouve l'histoire toujours plus passionnante, les graphismes qui mêlent du manga à un style plutôt oriental sont assez réussis et bien colorisés. De plus, Patricia Lyfoung mélange humour et romantisme ce qui donne un certain dynamisme, je trouve les scènes avec des personnages aux grosses têtes pour exagérer leurs expressions très amusantes. Cet humour peut faire rire petits et grands et plaire à un grand public. Belle histoire pour Maud et Guilhem mais qui peut parfois devenir légèrement nian nian surtout dans des moments romantiques, heureusement c'est très rare, je trouve même que certaines de ces scènes sont très bien faites et tournées de façon à ne faire ressortir que le meilleur sans attirer l'oeil sur autre chose. Dans l'ensemble, c'est une excellente bd qui ravira bon nombre de lecteurs-trices.

25/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série M.O.M. - Mother of Madness
M.O.M. - Mother of Madness

Être une jeune femme - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, qui n'appelle pas forcément de saison supplémentaire. Il regroupe les trois épisodes doubles, initialement parus en 2021, avec un scénario d'Emilia Clarke et de Marguerite Bennett, des dessins et un encrage de Leila Leiz, aidée par Leila del Duca pour 7 pages (94, 99, 100, 112 à 115), et une mise en couleurs réalisée par Triona Farrell. Les couvertures ont été réalisées par Jo Ratcliffe. Il contient également un texte introductif d'une page de chacune des coscénaristes, les couvertures variantes réalisées par Jen Bartel, Leila Leiz (*2), Mirka Andolfo, Tula Lotay, Cat Ferris, Luana Vecchio, Maria Llovet, Emi Lenox, Caitlin Yarsky. Il contient également une page explicitant les pouvoirs de l'héroïne en fonction de l'émotion qu'elle ressent. Dans le musée d'art Clapton à New York en 2049, Maya Kuyper se trouve dans une grande réception mondaine, et elle s'adresse au lecteur, brisant le quatrième mur. Elle indique son nom, et ajoute qu'elle a 29 ans, qu'elle est mère célibataire, qu'elle n'a pas fini la fac, qu'elle est une ingénieure en chimie, et travailleuse du sexe à temps partiel. Elle continue à donner des détails sur sa vie et ses goûts : fan de nourriture thaï, signe astrologique scorpion, amatrice des discours de Bader Ginsburg et de Martha Stewart living, spectatrice de beaucoup de séries télé pour enfants, incapable de tenir ses bonnes résolutions de janvier de faire plus de sport. Son anxiété a tendance à revenir, surtout quand elle se dit qu'elle n'écoute pas assez de podcasts sur comment contrôler son anxiété, et elle a joué et terminé Undertale, en tant que pacifiste. Elle participe actuellement à une soirée organisée par son employeur sur le thème de la capacitation des femmes sur le lieu de travail. Cette soirée constitue l'incarnation d'un ses propres cauchemars. Les différents invités papotent sur des sujets anodins ou pour se mettre en valeur : #metoo, des opportunités de marché pour un produit innovant, le potentiel du maché chinois, les tableaux de maître accrochés au mur représentant des femmes, des propos ouvertement anti transgenre, l'impossibilité de reproduire les poses des femmes peintes par Johannes Vermeer (1635-1675, La jeune fille à la perle), par Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867, La grande odalisque), ou encore par François Boucher (1703-1770, L'odalisque). En continuant à déambuler parmi les invités, son verre à la main, Maya finit par prendre conscience que plusieurs d'entre eux ont remarqué une tâche rouge sur l'arrière de jupe blanche. Ils s'indignent qu'elle n'ait pas été capable d'éviter cette tache de sang menstruel. Elle sort dignement, avant de se lâcher dans une salle vide, en laissant s'exprimer son pouvoir de métamorphe. Elle se met à raconter sa vie : en 2028, à huit ans, fille d'Eva & Mark Kuyper, deux scientifiques. En 2031, en 2034, en 2036, une rapide anecdote à chaque fois. La mort de ses parents à quelques jours d'intervalle. La continuation de leurs travaux dans leur laboratoire. Ce comics a bénéficié d'une mise en avant du fait de sa cocréatrice, l'actrice interprétant Daenerys Targaryen dans la série Game of Thrones. Pour autant, la page des crédits précise que la série a été cocréée avec Margueritte Bennett, scénariste professionnelle de comics depuis 2013. La première page annonce la couleur : utilisation du dispositif narratif consistant à briser le quatrième mur, l'héroïne s'adressant en direct au lecteur, faisant des observations sur ce qui va se passer, sur les événements passés, et sur la condition de la femme et la pression à laquelle elle est soumise, en termes d'attentes implicites et explicites dans la société. Au cas où le lecteur n'ait pas bien compris ce dispositif, les autrices y vont franco avec la tache de sang, la perte des parents de Maya à peine entrée dans la vie adulte, les responsabilités de mère célibataire, les collègues de travail faisant preuve de misogynie ordinaire, l'ex-mari pas très fréquentable qui veut revoir son fils, la collègue de travail en fauteuil roulant au mieux ignorée par les autres employés, et même une femme PDG n'hésitant à profiter de la vulnérabilité de ses employées. Maya expose donc ces considérations de manière explicite et détaillée, avec une forme d'autocritique sur la propension des femmes à se conformer à ces attentes innombrables, et à se laisser dominer par leurs émotions. D'ailleurs, Maya Kuyper elle-même a acquis des superpouvoirs qui se manifestent quand elle est le jouet d'émotions fortes comme la colère (superpouvoir : force physique et super-célérité), l'anxiété (super ouïe), la peur (invisibilité), la joie (corps élastique et extensible), la tristesse (guérison instantanée), le rire (capable de briser les objets autour d'elle). Pour faire bonne mesure, elles se permettent d'ajouter que la puissance de ses pouvoirs dépend de la phase de cycle menstruel, particularité qui aurait conduit au pilori un auteur mâle. Le lecteur est impressionné dès la première page par les dessins. L'artiste réalise des images dans un registre descriptif, réaliste et détaillé. Il remarque l'expressivité du visage de Maya, avec un sourire très agréable, et son regard par-dessus ses lunettes à la monture fantaisie. Elle insuffle la vitalité de la jeunesse à l'héroïne, une réelle joie de vivre malgré les épreuves et les combats, une façon naturelle de s'habiller et de se comporter, plus en adulte qu'en adolescente, sans jamais en faire un objet. Elle met en scène une dizaine d'autres personnages de second plan, tous différenciés, à l'apparence assez jeune, moins de trente ans, ainsi que Billy le fils de Maya dont les postures et le langage corporel sont bien celui d'un enfant. le lecteur peut prendre le temps de détailler les différentes tenues vestimentaires, toutes en cohérence avec la position sociale du personnage et son activité du moment, allant du plus décontracté (un pyjama) au plus strict (le magnifique tailleur de Lucile Caldwell). Les autrices ont choisi de réaliser une histoire pleine à craquer, de dialogues, d'expositions, d'idées, de situations surprenantes, et Leiz donne à voir tout sans sembler fatiguer. Les séquences génèrent donc un divertissement de bon niveau : la belle coiffure de Maya pendant la soirée, la première manifestation de son pouvoir avec ses bras qui s'allongent, la rame de métro bien graffitée à l'intérieur, Maya profitant de sa super-vitesse pour faire des blagues à ses collègues de travail dans leur cubicule, la forme du fauteuil roulant de sa collègue Wanda Boone, son costume de superhéroïne, sa voiture de superhéroïne, les affrontements physiques, etc. Les autrices ne se contentent pas de resservir les conventions visuelles des comics de superhéros : elles ont créé un personnage original, avec des superpouvoirs classiques, et une narration visuelle cohérente avec le thème de fond, plutôt que respectant les conventions du genre. Ainsi, Maya se rend compte qu'elle souhaite mettre à profit ses pouvoirs pour lutter contre les injustices et aider les plus faibles. C'est son entourage qui en vient à lui suggérer de revêtir un costume, et de confier la tâche à une de ses copines propriétaires d'un grand magasin de vêtements. Il en va de même pour la voiture, dont les adaptations sont réalisées par un de ses amis mécaniciens. le lecteur sent bien que les autrices utilisent le genre superhéros, ou plutôt superhéroïne, comme elles l'entendent. Sous réserve qu'il ne soit pas allergique à une forme d'exposé très conscient sur la condition féminine considérée sous le prisme des exigences qui pèsent sur les femmes, le lecteur ou la lectrice plonge dans une histoire aux côtés d'une jeune femme très sympathique, combattante et souriante, sans être parfaite à chaque instant. Elle fait de son mieux pour élever son fils, jongler avec deux ou trois boulots, et combattre le crime. le lecteur sourit donc en voyant comment les autrices assument le principe de la force des émotions ressenties par une femme : cette caractéristique caricaturale de la condition féminine devient le déclencheur, ou plutôt le carburant de ses superpouvoirs. Clarke & Bennett assument leur idée jusqu'au bout avec les fluctuations de ces pouvoirs en fonction de la phase du cycle menstruel, ce qui force le respect du lecteur. Il voit bien comment elles orientent la charge contre les stéréotypes masculins de la représentation féminine, et leur reconnaît l'honnêteté intellectuelle d'évoquer les stéréotypes qui pèsent également sur les hommes. Elles vont même plus loin encore en montrant que ces stéréotypes sont également alimentés par les femmes elles-mêmes, et qu'elles n'hésitent pas à se voir en compétition les unes contre les autres. Un discours féministe, mais pas angélique. À l'opposé d'un produit vite fait mal fait pour profiter de la notoriété de l'actrice, ce tome propose une histoire très copieuse, avec une narration visuelle soignée, pleine de vie et amusée. le lecteur découvre la vie de Maya Kuyper jeune mère célibataire, jonglant entre trois emplois pour joindre les deux bouts, et disposant de superpouvoirs. Les autrices brisent le quatrième mur pour donner plus de personnalité à l'héroïne et lui donner l'occasion d'exposer ses idées et ses convictions de jeune femme, montrant à quel point la société fait peser sur elle des exigences démesurées, et en quoi le comportement de certains hommes peut être sexiste et pénible, sans qu'ils n'en aient forcément conscience. Une aventure divertissante et reflétant une forme de féminisme refusant de supporter des comportements idiots, sans pour autant être agressif.

25/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve

Une indéniable réussite ce tome, j’ai attendu l’emprunt pour le découvrir mais il sera dans ma liste de cadeaux ;) C’est typique de l’album que je relirai et toujours avec autant de plaisir. Le duo d’auteurs régale le lecteur. J’ai trouvé leur partie respective au diapason pour cette fable brutale et sauvage. Malgré des couleurs un peu ternes et monotones, le graphisme est admirable. Le trait est soigné et la mise en page réussie, il y a une belle puissance qui s’en dégage. On retrouve également cette puissance dans le scénario, c’est parfaitement séquencé et bien pensé. Ce n’est pas le genre d’œuvre qu’il faut lire à la va-vite, ça demande un peu d’investissement au lecteur. On a vite fait d’être un peu perdu avec les nombreux personnages et le chapitrage. Cependant j’ai trouvé que ça valait franchement le coup, il y a du souffle et de la force, j’ai dégusté ma lecture. Finalement une histoire relativement sommaire et simple mais habile et magistralement racontée. La fin n’a pas la portée de « Les Cinq Conteurs de Bagdad » mais elle me plaît beaucoup. J’ai du mal à mettre la note culte quand je n’ai lu qu’une seule fois une bd. Mais dans le cas présent, il y a un petit truc. L’avenir nous le dira ;)

25/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Mer à boire
La Mer à boire

Je réalise que c'est en arrivant à destination que le véritable voyage commence. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Cette bande dessinée compte un peu plus de quatre-vingts pages avec la particularité qu'elle commence dès la deuxième de couverture et s'achève sur la troisième de couverture. Elle a été réalisée par Blutch (Christian Hincker). Elle a été publiée pour la première fois en 2022, imprimée en Italie, en quadrichromie HUV sur un papier Munken Pure Rough de cent cinquante grammes pour le compte des éditions 2024. Un train tiré par une locomotive à vapeur traverse une région montagneuse. Dans un wagon, un vieil homme avec une barbe blanche et une veste à d'apparat agite une cloche en annonçant l'arrivée à Bruxelles, pour vingt-quatre heures d'arrêt. Pour les correspondances, il invite les voyageurs à consulter l'affichage sur le quai. Sur sa banquette, avec son stetson sur la tête, B se parle à lui-même : deux jours de chemin de fer pour arriver jusqu'ici, l'essentiel c'est qu'ils y soient. En bordure de ville, un panneau indique : Bienvenue à Bruxelles, son lac, sa plage, ses montagnes, ses promenades, son casino. Sur le quai de la gare, un homme en habit militaire d'apparat, avec un sabre à sa ceinture, inique à B, la direction de l'hôtel Métropole, dans la ville haute. B se met en marche, il remarque un vrai Peau-Rouge assis sur le trottoir en train de fumer un calumet. Comme c'est pittoresque ! B poursuit son chemin en marchant : il a assez perdu de temps et il touche au but de son voyage. Il a égaré sa monture, et sa réserve d'eau est épuisée. Tout en haut d'une colline, il aperçoit l'hôtel Métropole. Il marche à belle allure, le long d'un escalier aux longues marches. Il arrive devant Daniel l'ermite, en bure, allongé à même le sol, sa tête calée contre un rocher. Daniel sa lue B : ce dernier le corrige car il ne s'appelle plus B. Il voyage son un nom d'aventure, son nom est désormais Espoir-du-soir, et c'est le désir qui l'amène sur les pentes de Bruxelles. Daniel l'enjoint de se garder de tout sentimentalisme. Les hommes doivent se garder de toute complaisance. Ventre affamé n'a pas point d'oreille. B devrait prendre l'arme qu'il lui tend. B s'empare de l'arme et dit au revoir à Daniel tout en lui tirant dessus. B a fini de gravir l'escalier, il traverse d'un bon pas, le parking de l'hôtel où sont stationnées de belles limousines noires. D'abord la réception : il avance toujours aussi déterminé, tout en demandant aux gens présents, de s'écarter car il a rendez-vous avec A. Il se présente à l'accueil et demande à parler à A. le réceptionniste indique qu'il n'y a personne de ce nom. Il ne la reconnaît pas sur le dessin que B en fait. B suggère qu'elle a pu réserver sous un nom d'emprunt, Incartade par exemple. Effectivement, il y a bien une réservation à ce nom, mais la personne n'est pas encore arrivée. B décide d'aller attendre dans le grand salon du bar. Il se rend compte que la conversation de chacune des personnes présentes par petit groupe, évoque A ou le parfum Incartade. Un long voyage en train de deux jours, une locomotive à vapeur, une ville de Bruxelles avec un lac et des montagnes : pas de doute, il s'agit d'une bande dessinée avec une composante onirique. Les situations et les propos ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais comme les divagations d'un flux de pensée, avec ses associations libres, et parfois comme des métaphores. La couverture est très cryptique. le titre renvoie à l'expression : ce n'est pas la mer à boire, pour indiquer que l'obstacle dont l'individu se fait une montagne, n'est pas si difficile que ça à surmonter. En fonction de sa manière de lire une image, le lecteur peut d'abord être attiré par le couple s'enlaçant, ou par l’œil au centre de la composition. Un observateur, géant ou n'appartenant pas au même plan d'existence que les personnages, observe le baiser fougueux de deux voyageurs, l'homme ayant déjà dénudé une partie de la poitrine de la femme, leurs bagages se trouvant derrière chacun d'eux. Ils s'étreignent dans une allée assez large, avec une végétation luxuriante en arrière-plan. C'est donc une histoire d'amour, deux amants qui se retrouvent. Il n'y a pas de géant dans l'histoire : l’œil appartient donc à un observateur externe, celui du lecteur qui s'attache aux pas de B (le monsieur) et à ceux de A (la dame). Peut-être peut-on y voir l’œil de l'auteur dont le rôle est à mi-chemin entre l'invention pure et simple de la vie de ces deux personnages, et la transcription de ce qu'ils lui racontent, ayant pris une forme d'existence indépendante. Le récit commence avec un dessin en pleine page : dans un registre descriptif, avec une palette de couleurs qui met en jeu des nuances de violet, de Parme à Violet d'évêque en passant par Lilas. Ce choix est présent tout du long, jusque dans l'épilogue avec la couleur du teeshirt de A. L'effet s'apparente à un glissement du spectre lumineux naturel vers une sorte de voile, comme si les couleurs étaient légèrement ternies, laissant la sensibilité du lecteur pencher plus du côté du passé ou de l'onirisme. Au cours du récit, B se pose la question de la temporalité suite à une remarque de Chokolé la fée cheyenne : l'année dans laquelle il vit est 2004, mais elle lui dit venir de 2022. L'effet d'irréalité se trouve accentué par l'absence de téléphone portable, des tenues vestimentaires parfois désuètes, que ce soit le contrôleur du train, ou la tenue du groom de l'hôtel évoquant celle de Spirou. D'un autre côté, A & B effectuent un voyage en avion, et la petitesse de la surface couvrante du maillot de bain deux pièces de A laisse penser que le récit se déroule bien à l'époque contemporaine. Les dessins restent dans un registre descriptif du début à la fin, avec un bon niveau de détails, similaire à celui de l'image de couverture. La narration visuelle présente donc le récit avec la consistance d'une réalité concrète. le lecteur effectue ses jugements de valeur au fur et à mesure, repérant les éléments qui appartiennent à un registre fantaisiste. Après tout, B peut bien s'être entiché d'un stetson et le porter de manière naturelle. En revanche le costume du contrôleur ferroviaire et celui du garde sur le quai de la gare relèvent soit du costume d'opérette, soir du dix-neuvième siècle. de même, Daniel le sage allongé à même le sol sur le long escalier menant à l'hôtel Métropole ne peut relever que du rêve ou de la métaphore. B capturé par une tribu d'Indiens : le rêve. Puis attaché à un pieu en bois : une évocation de Tintin en Amérique ? Cette page où un moine est en train de se recueillir avec une tonsure et en robe de bure dans la case supérieure, et Blutch lui-même en train de dessiner à sa table de travail dans la case inférieure : le quatrième mur est brisé. le plus incroyable survient dans les cinq pages suivantes dont quatre dépourvues de mot : A réalise un numéro de funambule sur une corde tendue, attachée d'un côté à un large anneau fixé dans le mur de sa chambre d'hôtel, et de l'autre au sexe turgescent de B ligoté au poteau du campement indien. Pour faire bonne mesure, son numéro d'équilibriste l'amène à passer au-dessus d'une bataille où s'affronte deux armées, l'une défendant une petite maison blanche contre l'autre. Dès le départ, le lecteur est donc invité à participer à ce jeu d'interprétation. Il pourrait s'en tenir à apprécier l'intrigue au premier degré, mais de nombreux passages ne font alors pas sens, soit par manque de résolution (finalement Daniel ne réapparaît par la suite), soit par leur impossibilité physique. La séance de funambulisme incite le lecteur à y voir une forme de lien entre l'homme et la femme, un chemin risqué sur lequel elle s'avance pour le rejoindre. La corde est tendue grâce à l'érection de l'homme : A parvient à lui grâce au désir de B, établir un lien affectif avec lui, ou renouer ce lien passe par son désir physique, ce qui conduit A à une prise de risque car elle n'est pas sûre que les sentiments soient au bout du désir. Un peu plus tard, les deux amants sont couchés dans le même lit. A dort profondément, B est réveillé. Il la découvre et lui enlève sa culotte. Fixant les deux pieds de la jeune femme, il se parle à lui-même : il s'agit de découvrir ce qui se trame entre ces deux points entre le pied gauche et le pied droit. Toujours à moitié endormie, elle répond : la nouvelle frontière. Douze pages plus loin, B est allongé nu sur son lit et endormi, agité dans son sommeil. C'est au tour de A de le considérer longuement. Puis alors qu'il est allongé nu sur le ventre, sur le canapé, elle est assise affalée derrière lui et, avec ses pieds, elle lui écarte les deux fesses pour considérer son anus et ses bourses. le lecteur note ce jeu de miroir, et il se met à faire d'autres suppositions, cherchant à identifier d'autres schémas, d'autres connexions, d'autres liens de cause à effet. Une bande dessinée comme une autre : une histoire racontée avec des dessins disposés en case sur des pages. Une bande dessinée pas comme les autres avec une intrigue qui mêle des éléments réels avec des éléments oniriques, des métaphores psychanalytiques non explicites, laissant le lecteur se faire son interprétation par lui-même. Un mode d'expression poétique, d'associations d'idées visuelles ou thématiques, de visions pragmatiques et parfois impossibles.

25/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Tête de Chien
Tête de Chien

Après l’uchronie avec leur univers Block 109, les auteurs semblent se faire une spécialité de récits historiques (Ira Dei, Le Roy des Ribauds, Cosaques…), un tandem (devenu trio en cours de route) toujours aussi efficace malgré leur forte production. Ce premier tome de Tête de chien s’avère sans réelles surprises mais rondement mené et bien réalisé, un très bon moment de lecture à la clé. J’ai bien aimé l’idée de départ, à savoir le mode de vie de ces chevaliers sans richesse, les tournois étant leur seule source de revenu. Après c’est plus classique dans les péripéties, les personnages sont bien campés mais stéréotypés … mais malgré çà, ça reste très agréable à suivre. J’ai beaucoup aimé les premières pages de chaque chapitres, un peu moins la mise en page de certains combats que j’ai trouvé parfois confuse (mais c’est pour faire mon chieur). En l’état un très bon premier tome, j’espère que la suite sera du même acabit et ne me fera pas le même effet que Le Roy des ribauds où la tournure des événements m’a moins accroché au fil des parutions. Nota : D’ailleurs je me demande si ces 2 séries ne partagent pas la même temporalité, il m’a semblé reconnaître Le Triste Sire et le roi dans une case, bientôt des aventures communes ? MàJ tome 2 : En entamant ce 2eme tome, j’avais une petite crainte mais vite envolée. Je l’ai même préféré au 1er. Graphiquement tout d’abord, un trait peut être plus poussé, mais c’est surtout les scènes de combats que j’ai trouvé bien plus sympa et inspiré (le coup du reflet dans le casque …). Les protagonistes sont toujours aussi bien campés. Niveau histoire (comme les personnages), nous sommes toujours dans les archétypes mais sans que ce soit gênant. Un récit rondement mené, bien réalisé et plus qu’efficace. Pour moi maintenant, Tête de chien n’est pas qu’un personnage de « L’Incal ». Bref franchement sympa à suivre.

28/06/2023 (MAJ le 25/07/2024) (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série Superman - Red Son
Superman - Red Son

J’ai vraiment apprécié lire cette bande dessinée. Le concept de Superman élevé en URSS est original et intriguant. Les dessins sont beaux et les couleurs vives. J’ai aimé voir des personnages connus comme Batman et Wonder Woman dans ce contexte de guerre froide. Cependant, j’ai trouvé que l’histoire devenait un peu confuse vers la fin. Il y a beaucoup de personnages et de sauts dans le temps, ce qui rend parfois la lecture difficile. Malgré cela, j’ai passé un bon moment et je recommande cette BD à ceux qui aiment les super-héros et les histoires alternatives.

25/07/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Boule & Bill
Boule & Bill

Boule & Bill c'est le retour en enfance et le temps de l'innocence et des bêtises pas très graves. Autant je déteste Titeuf, autant j'ai une tendresse particulière pour cette série. Certainement parce qu'elle fut une des premières que j'ai lue et qui mettait en scène un enfant (et son chien, surtout son chien). La star de Boule & Bill c'est Bill, le chien, qui ne pense qu'avec son estomac, qui n'aime pas les chats et les bains. Et voilà on a fait a peu près fait le tour des gags car cela va essentiellement tourner autour des ces sujets Il y a donc effectivement une certaine redondance dans les gags. La série étant produite depuis 1962 c'est donc inévitable. C'est d'ailleurs peut être là qu'est le problème, aurait-elle dû survivre à Roba ? Je n'en suis vraiment pas sûr. Graphiquement je les préfère de loin à Titeuf ou Kid Paddle que je trouve horribles. Niveau humour ma préférence va pour Le Petit Spirou (et l'inénarrable prof Mégot) Comme le dit gruizzli dans sa critique Boule & Bill c'est gentil, c'est rétro mais cela se lit toujours bien. Boule & Bill c'est la BD d'été à lire sur le transat à l'ombre du cerisier en attendant que Morphée vienne vous chercher pour une petite sieste Allez je met un 4, histoire de remonter la note car c'est impossible que "Boule & Bill" soit plus mauvais que Titeuf

25/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Ma révérence
Ma révérence

4eme lecture d'une BD de Lupano et 4eme coup de cœur. Il faut dire que j'ai choisi les mieux notées jusqu'à présent. Un véritable régal cette lecture. Ça me fais penser à des films comme *Snatch* ou *Arnaques, Crimes et Botanique* avec un bon rythme du début à la fin, des personnages se retrouvant dans des situations loufoques, et une dernière partie qui ne laisse aucun répit. J'ai adoré la narration, les flashbacks, et la mise en page originale de certains passages. Gaby, le personnage que je pensais aimer le moins, m'a finalement beaucoup fait rire, surtout quand il s'imagine des choses dans l'appartement en venant chercher le gamin. Le style de dessin est plutôt sympa et colle bien avec cette ambiance de "quartier" et les grossièretés du langage. C'est une histoire de braquage du dimanche qui nous tient en haleine tout du long avec un final franchement sympathique.

25/07/2024 (modifier)