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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série X-Men - Dieu crée, l'Homme détruit
X-Men - Dieu crée, l'Homme détruit

La différence - Il s'agit d'une histoire complète initialement parue en 1982, de 62 pages, avec un scénario de Chris Claremont, des dessins de Brent Anderson et mise en couleurs de Steve Oliff. Deux jeunes noirs sont poursuivis au milieu d'un parc public et abattu froidement par une équipe qui vient d'exécuter leurs parents, menée par une femme appelée Anne. Leur crime : avoir été des mutants. Un homme de Dieu, le révérend William Stryker, mène une croisade médiatique anti-mutants en prenant comme thèse que ce sont des abominations qui n'ont pas leur place dans la création divine. Face à lui, Charles Xavier défend la position de la cohabitation entre les mutants et les homos sapiens et Magneto a mis un peu d'eau dans son vin en prêchant moins pour la domination du monde par les mutants et plus pour la cohabitation pacifique. Mais Stryker est également à la tête d'une organisation paramilitaire qui enlève Xavier, Cyclops et Storm pour préparer le grand soir. Ce récit des x-Men est chargé d'histoire. Tout d'abord il s'agit d'un projet avorté entre Chris Claremont et Neal Adams que ce dernier abandonna pour manifester son désaccord sur la nature des contrats d'emploi des dessinateurs et scénaristes. Il avait cependant déjà dessiné 6 pages dont les crayonnés sont inclus dans la présente édition. Ensuite ce récit a servi de trame au film X-Men 2 ce qui a renouvelé l'intérêt qui lui a été porté. Mais avant tout, ce récit a conquis le cœur de générations de lecteurs par ses qualités. En 1982, cela fait déjà sept ans que Claremont imagine les aventures des X-Men. Marvel Comics et lui souhaitent profiter d'un nouveau format ("graphic novel", l'équivalent de nos albums de bande dessinée en couverture souple) pour publier une histoire exceptionnelle des X-Men. Claremont propose un projet qui met en avant la principale thématique de la série depuis sa création en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby : la tolérance, l'acceptation de l'autre. du coup, il brise le moule de ce qui se faisait à l'époque en racontant une histoire sans supercriminel (Magneto se joint aux X-Men) et complète, sans suite à suivre. Il met en scène les X-Men de l'époque : Charles Xavier, Cyclops, Kitty Pride, Storm, Colossus (et sa petite sœur), Wolverine et Nightcrawler. Et Claremont se lâche dans la dialectique relative à l'altérité. Près de 30 ans plus tard, il est surprenant de voir comment il a écrit une ode à la diversité et un pamphlet contre le fanatisme religieux (ici catholique). En outre, il ose mettre en scène des personnages ayant des convictions religieuses (Kitty Pride, Kurt Wagner) sans les ridiculiser, ni les caricaturer (une vraie preuve de tolérance et d'ouverture). À l'époque, c'était révolutionnaire, aujourd'hui cette histoire se lit agréablement avec des thématiques qui restent toujours d'actualité (il est possible qu'un auteur plus récent ait dissocié Stryker de la milice pour donner encore plus d'impact à son discours, sans l'incriminer dans les exactions criminelles). Par le biais de superhéros, Chris Claremont évoque sa conception de la société, la nécessité d'accepter la différence du voisin. La lecture du tome souffre un peu du format comics traditionnel, plus petit que celui initial (les textes des bulles deviennent massifs et en tout petit caractère). Les illustrations souffrent aussi de cette réduction d'échelle. À l'époque, Brent Anderson est encore un dessinateur débutant qui hésite entre ses aînés Neal Adams et John Buscema, et un style plus européen dans les poses des personnages. Il n'a pas encore acquis l'équilibre dont il fait preuve dans la série Astro City (Life in the Big City). La mise en page est assez élaborée avec des découpages de séquences qui guident l'oeil du lecteur de case en case avec une fluidité remarquable. Plusieurs séquences présentent déjà un agencement très cinématographique dans la structuration des prises de vue (plan large, champ & contrechamp, plan fixe, etc.). Il fera encore plus fort visuellement dans Somerset Holmes. Il dispose déjà d'un savoir faire remarquable pour mettre en évidence l'humanité des individus qu'il représente. Les scènes d'interaction entre les personnages et de dialogues utilisent un langage corporel approprié et varié. L'influence de Neal Adams est palpable dans les scènes d'action. Malgré tout, certaines pages souffrent de l'absence totale de décors, et certaines silhouettes semblent plus esquissées que pleinement dessinées. S'il s'agit pour vous d'une première lecture, il est possible que la structure du récit laisse paraître son âge. Si vous voulez enfin savoir pourquoi cette histoire est restée dans les annales des X-Men, vous aurez le plaisir d'une lecture agréable avec un discours bien structuré et développé sur la tolérance et les valeurs d'une société (vivre en commun).

16/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Al'Togo
Al'Togo

Perso j'ai pris, du plaisir à lire cette série. J'aime beaucoup Morvan et surtout Savoia et je ne sors pas déçu de ma lecture. J'entends les réserves de crédibilité sur certains aspects des scénarios mais dans un genre polar très semi réaliste distrayant j'ai trouvé cela bien construit. Par exemple j'ai bien accroché au T1 avec une psychologie du père qui s'enfonce dans un déni morbide bien rendu. Le personnage d' "Albertus" est un poil trop tendre pour les situations rencontrées mais il dégage une telle empathie que cela ne m'a pas gêné. Le graphisme de Sylvain Savoia était déjà bien plaisant même si ses dernières séries sont plus abouties. C'est encore un peu raide et pointu pour les personnages mais la tonicité humoristique est déjà très présente dans sa façon. Les extérieurs des différents pays visités sont bien travaillés. J'ai apprécié le renouvellement au fil des tomes des ambiances proposées ; routes, gares, campagne, plage ... Une série qui ne se prend pas la tête pour un moment de lecture tonique de détente très agréable.

16/08/2024 (modifier)
Par Joel B
Note: 4/5
Couverture de la série L'Histoire Secrète
L'Histoire Secrète

Approche très sympa et originale de l'histoire de l'humanité. Beaucoup de plaisir à lire chaque tome en souriant par rapport à la période historique choisie. J’aime vraiment beaucoup. Nb: les séries sœurs Arcanes et "arcanes majeur " sont dans la même lignée

16/08/2024 (modifier)
Par PatrikGC
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tongue Lash
Tongue Lash

Que 2 volumes à cette BD, c'est le principal reproche que j'ai à formuler pour cette série. L'univers décrit est cohérent mais les indices, les explications viennent ici et là. Mais déjà dès les premières pages, tout est en place. Les scénaristes ont peut-être bien pensé leur monde, mais le lecteur s'y perd parfois. Oui, il y a des femmes nues partout, des hommes masqués, un fort parfum de SM, mais ça passe bien, malgré parfois des concepts pas toujours très "soft". C'est un monde précolombien avec ses clans, ses institutions assez sanglantes. L'histoire est plus banale, un peu comme un policier des années 50, avec une très grosse louche exotique par dessus. Le dessin est très (trop ?) proche de celui de Moebius, ce qui n'est quand même pas rien. Parfois, le dessinateur se fait plaisir avec des corps féminins ou des images de décor. Et des grandes images plus proches du poster que de la BD. On ne peut néanmoins pas lui jeter la pierre de dessiner avec ses pieds. J'ai failli mettre culte, mais cette BD est difficile d'accès et concerne un public plutôt averti. Beaucoup n'y verront que des culs et des fesses, passant à côté de l'univers décrit et d'une histoire construite, mais pas très retorse. Le 1er volume est dur à trouver, le 2ème existe sous différents noms... ce qui complique un peu la tâche, surtout quand on commande par internet. ---Édit août 2024--- Il n'existe que 2 volumes à ce jour et je ne pense pas qu'il y en aura d'autres, le plus récent étant de mars 2002 (ce que je lis en page intérieure). Je viens de relire les 2 albums, l'univers est reste original, bien qu'il y ait des choses qu'on ne découvre que quelques pages plus tard, ce qui oblige parfois à revenir en arrière pour mieux comprendre certaines cases ou dialogues. C'est gentiment sexy, sans doute sulfureux outre-Atlantique dans les années 90 (le volume 1 date de 1996). C'est assez fortement inspiré de Moebius, mais quitte à faire hurler les puristes, je préfère Dave Taylor. J'aurais été preneur d'un tome 3, mais celui-ci ne sortira jamais, sauf si je décide de prendre le crayon et la plume :)

01/02/2008 (MAJ le 16/08/2024) (modifier)
Couverture de la série Lili Crochette et Monsieur Mouche
Lili Crochette et Monsieur Mouche

Je suis, moi aussi tombé sous le charme de cette charmante série jeunesse (autour des 6 ans). Joris Chamblain aux éditions de la Gouttière, c'est la quasi-certitude de ne pas se tromper dans le choix d'une lecture pour jeunes enfants. Après un premier tome qui transgresse gentiment les codes de Peter Pan, Chamblain fait preuve d'originalité et de créativité pour fournir des histoires très rythmées drôles et accessibles aux plus jeunes avec un vocabulaire tonique et de bon niveau sans mièvrerie. J'ai noté un lettrage très agréable pour des primo lecteurs-trices. Je ne connaissais pas le travail d'Olivier Supiot au graphisme et j'ai adoré la vivacité de sa petite Elisabeth/Lili qui donne beaucoup de punch à la série. Mais surtout j'ai vraiment aimé cette mise en couleur avec cette prédominance de fonds jaunes, orangés ou bleus qui produisent des contrastes très lumineux et mettent en valeur la dynamique des personnages. Cela nous change tellement des mises en couleur standardisées façon animation. Une belle série à découvrir pour les enfants et ceux qui le sont restés.

16/08/2024 (modifier)
Couverture de la série On l'appelait Bebeto
On l'appelait Bebeto

Un bête truc pour me tenir hors d’un récit à cause d’un détail visuel, c’est de dessiner des oreilles sans aspérités, sans cavité. Je sais, c’est stupide mais immanquablement, je me focalise là-dessus et ça me perturbe durant toute ma lecture. Et du coup, il faut vraiment que le scénario me prenne pour que je passe outre ce détail. On l’appellait Bebeto m’a fait oublier ce détail… Le récit nous plonge dans une cité de la grande banlieue de Barcelone. Le personnage central arrive à cet âge où l’on n’est plus vraiment un enfant mais pas encore pleinement adolescent. Les parties de football ne sont pas encore supplantées par l’attrait des jeunes filles et l’amitié entre gamins demeure indestructible. Mais Carlos a une fêlure en lui, un deuil qui a du mal à cicatriser, et ce passage n’en est que plus délicat. Sa rencontre avec Bebeto, dont le surnom évoque bien plus l’apparente ‘simplicité’ de cet étrange adolescent que le nom du célèbre joueur de football brésilien, va lui ouvrir les portes de la maturité et de l’acceptation. Ce récit a réussi à me toucher. J’ai réellement été ému par le parcours de Carlos, qui quitte progressivement son regard d’enfant pour gagner en maturité. En allant vers l’autre, il se trouve lui-même et parvient à faire face à ses démons. J’ai aimé le fait que tout ne se passe pas bien sans que tout ne soit noir pour autant. L’auteur nous offre une belle tranche de vie, emplie d’une nostalgie amère, qui m’a parfois mis mal à l’aise tant ça sonne juste. C’est beau, parfois drôle, souvent triste… c’est la vie qui passe et qui ne reviendra pas. Au niveau du dessin, s’il n’y avait cette histoire d’oreilles, j’aurai été séduit. Le découpage est bon, le trait est facile à lire, la colorisation apporte la lumière en accord avec le contexte. Parce que ce récit a réussi à faire naître en moi un sentiment de nostalgie amère alors même que dès la couverture je me suis dit « mais c’est quoi, ces oreilles à la con !?! », j’accorde à l’album la note de 4/5 rehaussée d’un coup de cœur. Vraiment une très belle surprise sur une double thématique pourtant déjà souvent explorée (le deuil et la nostalgie de l’enfance).

16/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Sisyphe - Le Châtiment des Dieux
Sisyphe - Le Châtiment des Dieux

Occasionnellement, je me laisse séduire par un récit adaptant un mythe ou une légende de la Grèce antique mais je demeure très éloigné des spécialistes en la matière. Et plutôt qu’une simple retranscription de l’histoire telle que déjà racontée, je préfère me pencher sur des adaptations plus libres, plus modernes. J’avais adoré le Médée de Blandine Le Callet et Nancy Peña par exemple, mais aussi le Pygmalion de Serge Le Tendre et Frédéric Peynet. Sisyphe est un personnage que je ne connais pour ainsi dire pas. Tout ce que j’en savais se résumait au fait qu’il devait sans cesse remonter une pierre au sommet d’une colline suite à une punition divine. Son histoire vient justement d’être adaptée par le duo formé par Le Tendre et Peynet, et l’opportunité était trop belle pour ne pas découvrir le mythe derrière l’image d’Epinal. J’ai bien aimé. L’histoire est certes classique mais aussi prenante. Ce père qui va se damner par amour pour son fils, s’enfonçant toujours plus dans l’horreur, jouet malheureux de la perversité des Dieux, a un destin marquant. Les auteurs en donnent une version plaisante. L’aspect dramatique est ainsi atténué par quelques notes d’humour alors que le dessin magnifie vraiment le récit tout en restant dans une veine très classique. La pagination est idéale, ni trop courte (on n’a pas le sentiment de lire un résumé) ni inutilement tirée en longueur (on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer). Une chouette manière de découvrir un peu plus en profondeur un des grands mythes de la Grèce antique tout en s’amusant. Vraiment pas mal du tout ! je dirais même plus : franchement bien !

16/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5
Couverture de la série La Femme Corneille - Enquête sur le monde caché des oiseaux noirs
La Femme Corneille - Enquête sur le monde caché des oiseaux noirs

C'est plus facile d'intercepter un animal à cinquante personnes pour le tuer que de le capturer seul et de veiller à ce qu'il reste vivant pour le relâcher ensuite. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. La première publication de l'album date de 2023. Il a été réalisé par Geoffrey le Guilcher & Camille Royer pour le scénario et par cette dernière pour les dessins et les couleurs. Il comprend cent-quarante-quatre pages de bande dessinée. le tome se termine avec une postface de deux pages, rédigée par Frédéric Jiguet (ornithologue et biologiste de la conservation, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, directeur adjoint du Centre de recherches sur la biologie des populations d'oiseaux), deux pages de tweets avec photographie sur les corneilles du Jardin des Plantes, une carte des territoires des corneilles du Jardin des Plantes, une modélisation de la vision des oiseaux, la pesée d'une corneille par F. Jiguet, une bibliographie et une liste de travaux scientifiques, sur le sujet. Ce jour-là, le 1er décembre 2017, si on lui avait prédit qu'elle ferait une rencontre du troisième type, Marie-Lan aurait probablement parié sur un énième gamer bizarre. En tout cas, pas sur un animal sauvage… Quand, comme elle, on joue à Pokémon GO, il n'y a qu'une vraie difficulté : réunir six ou sept joueurs dans une rue ou un square. Après ça, son Pokémon légendaire, on est sûre de le capturer. En fait, c'est un peu un jeu pour vieux, mais il faut être discipliné. Elle, elle aime bien, ça permet de passer du temps dehors et de rencontrer des gens. Elle rencontre un groupe de joueurs au coin d'une rue et ils attrapent des Pokémons. À la fin, elle échange quelques mots avec Frédéric Jiguet qui indique qu'il va baguer des corneilles. Il accepte qu'elle l'accompagne. Chemin faisant, elle se présente : Marie-Lan, scripte pour des grosses entreprises. En gros, elle rédige des compte-rendus de réunions plus ou moins confidentielles. C'est bien payé, et ça lui laisse pas mal de temps libre. Et lui, pourquoi il bague les corneilles ? Frédéric Giguet se présente à son tour : il est professeur au Muséum d'histoire naturelle. Depuis 2015, la mairie de Paris l'a chargé de surveiller les populations de corneilles vivant à Paris. Les corneilles se sont installées en masse dans les parcs et cimetières parisiens à cause de l'instauration du plan Vigipirate en 1997. le rapport se trouve dans les poubelles et leurs sacs transparents. Les corneilles repèrent la nourriture puis percent le sac. L'autre problème, c'est qu'il y a eu des attaques de corneilles sur des passants. La mairie l'a questionné sur ce qu'on pouvait faire pour régler la question, sans les tuer. Chemin faisant, ils sont arrivés au Muséum d'histoire naturelle, et ils se rendent dans le bureau du professeur. Il continue : il les attrape et il les bague depuis deux ans afin de comprendre leurs comportements. En vérité, l'important pour réguler une population animale, c'est de commencer par l'accès aux ressources alimentaires. Pour trouver des solutions, ils font des tests au Jardin des Plantes. Il lui propose de le suivre pour s'y rendre. Tout commence avec une partie de Pokémon Go, une rencontre, la présentation sommaire de Marie-Lan et de Frédéric, le premier contact avec une corneille quand elle en tient une dans ses mains pour que Frédéric puisse la baguer, une vidéo d'un test en huit étapes passé haut la main (ou l'aile) par une corneille, et le constat que Marie-Lan avait initié la première version de l'article Corneille sur Wikipedia. Après ces dix-huit pages d'introduction, le lecteur découvre six chapitres. Chacun commence avec un extrait de la fable d'Ésope : la corneille et la cruche, le dernier avec la morale de la fable. Sur son site, la bédéiste indique que son travail se caractérise par son dessin au crayon, au pastel, des matériaux rugueux et brumeux pour un dessin énergique, pur. de fait, elle opte pour une simplification des formes, que ce soit pour les êtres humains ou les décors, apportant parfois une sensation de naïveté, ne permettant pas toujours de déterminer l'âge d'une personne en la regardant, des perspectives tout en diagonale, une absence de texture de certains revêtements en particulier les chaussées et les allées, une narration visuelle douce et tout public avec une apparence, en surface, de livre pour enfant. Cette apparence peut déconcerter le lecteur dans un premier temps qui assimile alors la narration à celle d'un conte. En fait, ce récit ne relève pas du tout du conte, mais de l'histoire personnelle de Marie-Lan une jeune adulte qui en vient à se passionner pour les corneilles après une rencontre fortuite avec un spécialiste qui lui propose de l'accompagner pour en découvrir plus. L'histoire est donc celle de la découverte personnelle de cette jeune femme : prendre des photographies de corneilles dans les parcs et cimetières parisiens, parfois en banlieue, nourrir des corneilles dans le Jardin des Plantes, se renseigner sur ce jardin et le Muséum d'histoire naturelle, en apprendre plus sur les corvidés et leur vision en trétrachromie, découvrir l'existence de territoire pour les corneilles, et en dresser la carte de celle du Jardin des Plantes, s'intéresser aux transmissions satellite de la bague des corneilles, à leur migration, à la chasse aux corneilles, aux solutions alternatives à cette chasse, à l'intelligence des corneilles, à leur langage, à la coévolution entre elles et les êtres humains et à leur place dans la mythologie. le récit apporte de nombreuses informations scientifiques et biologiques, tout en les présentant sous forme de vulgarisation, et en citant les ouvrages de référence. de fait cette dimension du récit prend le pas sur la vie de Marie-Lan à la fin du premier tiers. le lecteur constate que l'artiste adapte sa représentation à cette approche scientifique : facsimilé d'une page wikipedia, dessins organisés en double planche pour montrer une corneille résolvant le test le plus complexe de l'intelligence animale en huit étapes, plan masse du Jardin des Plantes, facsimilé de la vision de la corneille en tétrachromie, vue du ciel des bâtiments du Muséum d'histoire naturelle, vue générale d'un satellite de télécommunication dans l'espace, et bien sûr le comportement des corneilles, leurs postures, leurs mouvements. Le lecteur suit la progression de Marie-Lan dans sa passion et se rend compte qu'il se retrouve captivé à son tour. Comme elle, il peut observer que ces oiseaux noirs ont surpassé les grands singes dans plusieurs tests au point d'être désormais d'être considérés par nombre de scientifiques comme les animaux les plus intelligents après les êtres humains. Les corvidés chantent leurs morts, se projettent dans l'avenir, ou encore fabriquent des outils. Arrivé dans la dernière partie, il découvre l'ampleur de la présence des corvidés dans les mythologies humaines : psychopompe, peinture rupestre dans la grotte de Lascaux, Vikings, Celtes d'Irlande, Inuit, cosmogonie dans une légende du peuple Tsimshian, les corbeaux d'Odin (Huginn et Muninn), Apollon, Athéna, l'arche de Noé, les traditions païennes. Ce récit ne se confine pas à un registre encyclopédique ou scientifique. Dans le premier chapitre, les auteurs en disent plus sur Marie-Lan Lay : son enfance dans un petit village situé à trente bornes de Beauvais (Oudeuil) où il était compliqué d'avoir un père d'origine vietnamienne et une mère limousine dans un bled où il y a plus de vaches que d'habitants. Les dessins sont alors renforcés par la mise en couleurs, ce qui aboutit à un très beau portrait de vache dans son pâturage. Dans le chapitre quatre, les auteurs effectuent la présentation de Frédéric Jiguet : petit dévorant déjà les livres de sa maman professeure de biologie, crapahutant, dans les champs et dans les alpages avec un oncle chasseur passionné par la nature, puis ayant écrit une quinzaine de livres qui font référence, dont une majorité sur les oiseaux, professeur rattaché au Muséum d'histoire naturelle, en charge du programme d'étude sur les corneilles parisiennes. Les personnes qui travaillent à accroître la connaissance sur les corneilles deviennent alors incarnés, des individus autonomes ainsi que des scientifiques de haut niveau. La narration visuelle prend le temps de les faire exister, que ce soit dans des scènes de leur vie personnelle, ou en train d'observer et d'étudier les corneilles, avec régulièrement des pages muettes. Au bout de quelques pages, le lecteur s'adapte à cet entrelacement de connaissances et de démarches personnelles, de science et de passion, grâce à des dessins qui montrent avec plus de précisions que les apparences ne le laissent croire, et une douceur qui concrétise le respect que portent les auteurs sur leurs sujets. de la page cent-vingt-sept à la page cent-quarante-et-un, le récit passe en mode transmission d'informations et de savoir, laissant à penser que les auteurs ont fait une croix sur la dimension personnelle. Il n'en est rien car les cinq pages suivantes reviennent à Marie-Lan et explicitent le titre de Femme Corneille. Une couverture énigmatique qui laisse à penser qu'il s'agit d'un conte avec une narration visuelle tout public, sur une femme faisant montre de capacités de corneille, partagée entre un monde végétal et un monde fantastique violet. L'introduction cadre la nature du récit : une enquête, comme l'indique le sous-titre, sur les corvidés, auprès d'un spécialiste rencontré grâce à Pokémon Go. Scénaristes et dessinatrice parviennent à rendre aussi intéressant les informations sur les corneilles que la démarche personnelle de Marie-Lan et Frédéric Jiguet, fascinés par ces oiseaux. Une lecture étonnante.

16/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série House of M
House of M

État de grâce - À l'issue des événements de Avengers disassembled et New X-Men: Planet X, Magneto prend en charge sa fille et s'en va. Ce tome commence peu de temps après. Wanda Maximoff a perdu le contrôle de ses pouvoirs et a accordé à chaque mutant de réaliser ses aspirations secrètes dans un monde altéré où les mutants occupent la place de l'espèce dominante. Quelques héros ont gardé le souvenir de la réalité précédente et vont tout faire pour rétablir cet ordre originel du monde. Parmi eux, se trouvent Wolverine, Captain America, Rogue, Luke Cage, Cloak, She-Hulk, Doctor Strange, Emma Frost, Hawkeye, Spiderman… Tous les éditeurs le savent : une minisérie événementielle peut vous augmenter votre chiffre de ventes facilement... le seul risque est que votre série soit pourrie et que les fans vous saquent sur internet (pas si grave que ça à court terme). Tous les fans le savent : une minisérie événementielle réussie peut vous doubler le plaisir de lecture. Et dans House of M toute est parfait. Déjà, l'édition dite Deluxe est sublime : format plus grand que le format comics, intégralité des couvertures et images promotionnelles, interview de Brian Michael Bendis parue dans Newsarama, script du premier épisode, crayonnés des pages du premier épisode, et numéros spéciaux de The Pulse et Secrets of the house of M. Ensuite Brian Michael Bendis a réussi à trouver un équilibre parfait entre le développement des personnages, le rythme de narration, le ton de nostalgie. L'histoire se lit comme une histoire complète, le lecteur n'a pas l'impression qu'il lui manque des moments essentiels (comme dans la majorité des autres miniséries événementielles). Les scénaristes des autres séries mensuelles ont pu développer l'univers de House of M en fonction de leurs envies. le statu quo est significativement modifié par cette histoire (très fortement même), son impact se fait encore sentir dans les séries en cours. Les illustrations d'Olivier Coipel bénéficient de ce même état de grâce. le parti pris esthétique traduit magnifiquement le ton de la série avec une légère pointe de nostalgie, et ce qu'il faut de dynamisme. C'est une bande dessinée magique où le scénariste et le dessinateur sont parfaitement à l'unisson. Que vous cherchiez une bonne histoire à lire pour elle même ou un moment significatif de l'évolution de l'univers Marvel, ce recueil comblera vos attentes. Pour pleinement apprécier l'histoire, il faut quand même disposer d'une solide connaissance des personnages Marvel.

15/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Lundi noir sur l'île rouge
Lundi noir sur l'île rouge

Madagascar est un vrai vivier d'artistes dans la musique ou le graphisme. Evidemment dans un pays où 90 ? la population est sous le seuil de pauvreté cela peut sembler dérisoire. Pourtant cette persévérance culturelle dans un île autrefois durement frappée par l'esclavage et aujourd'hui par l'instabilité politique et la violence est une lueur d'espoir. A travers leurs différentes séries Pov et Dwa participent à cette résistance humaniste. Lundi noir sur l'île rouge nous plonge dans une histoire d'amour universelle gâtée par le conflit des ambitions de pouvoir. Janvier 2009 est le début d'une lutte entre Andry Rajoelina et le président Marc Ravalomanana qui sert d'ambiance à la rencontre de Nina et Looms, avides de construire leur vie avec leurs propres capacités. Les auteurs montrent dans un scénario qui renvoie les politiques dos à dos le gâchis pour une grande partie des habitants de l'île. Si l'histoire est classique, l'environnement politique choisi est très intéressant et le profil psy des personnages bien construit. Le graphisme est simple mais apporte un bon dynamisme à la narration visuelle qui complète parfaitement un texte précis et pas trop lourd pour comprendre la situation du pays. Le rythme est bon et la narration propose quelques rebondissements soutenus par les événements de la lutte de pouvoir. Une bonne lecture découverte à encourager.

15/08/2024 (modifier)