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Couverture de la série La Fillette de l'enfer
La Fillette de l'enfer

J'ai découvert cette oeuvre dans l'exposition BD à Paris (2024) sur le thème horrifique. Lors de mon entrée dans celle-ci, j'ai été scotché par les planches en encre de chine; et une forte émotion m'a enveloppé en comprenant l'histoire par le seul dessin. Manga des années 80 avec un charme fou, les traits des personnages ne sont pas du tout les mêmes que le manga moderne, c'est beaucoup plus artistique. Les décors y sont sublimés par la main de l'auteur, ce qui nous plonge dans une ambiance lugubre qui correspond parfaitement à notre pauvre protagoniste... Une vrai révélation, rien à redire !

15/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Esprit critique
L'Esprit critique

Je note à la moyenne supérieur, mais la BD est assez complète sur le sujet présenté, même un poil trop riche ! Mais c'est assez didactique dans la représentation de la zététique et de l'esprit critique, avec toute ses difficultés à l'apprécier. Je connaissais le dessin de Gally, qui est une autrice de blog que j'ai suivi pendant mes années de fac sur le dessin, et qui a publiée quelques albums depuis. Bref, j'avais entendu parler de la publication de cet album, dont elle avait détaillée le processus de fabrication sur son blog. Et c'est intéressant comme façon de procéder, puisque ce sera un dialogue entre une personne qui n'est pas formée à l'esprit critique et ce fameux esprit critique qui va lui expliquer qui elle est ! Le dialogue qui s'ensuit est long et passionnant, surtout si l'on est déjà un peu formé à la pratique de la zététique. En effet, la BD liste de nombreux biais comportementaux humains que nous avons tous et qu'il est possible de débusquer facilement lorsque nous conversons, surtout avec ceux qui ne sont pas du même avis que nous. La BD est une approche pas simple, qui demande de se concentrer lors de la lecture, mais qui permets de comprendre l'origine de la pensée critique au cours de l'Histoire, puis les différents biais qui structurent l'esprit humain et enfin la mise en pratique de ce qui est exposé (d'ailleurs j'ai foiré l'exercice dans les grandes largeurs). C'est dense, comme souligné, mais j'apprécie à la fois le travail informatif mais surtout le final qui rappelle le besoin émotionnel des humains et surtout la nécessité du dialogue. La pensée critique est le fondement de la science et la façon la plus certaine d'approcher la vérité. Mais en même temps, c'est aussi une méthode lourde et contraignante qui ne peut être appliquée dans tout les aspects de la vie. Il faut se rappeler que parfois il faut savoir relâcher notre esprit aussi. Bref, un ouvrage didactique mais qui a aussi l'intelligence de poser les limites de cette méthode en même temps. C'est une piqure de rappel de la nécessité de confronter notre esprit sans cesse pour éviter de croire absurdement en des choses qui peuvent nous faire mal. Et ça, j'apprécie ! Un 3.5 rehaussé pour l'importance du propos.

15/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Voyage de malade
Voyage de malade

Une histoire toute mignonne, très réussie. J'ai moins ri qu'avec Le Grand Méchant Renard, que j'ai lu juste après, mais j'ai trouvé l'histoire bien plus touchante et agréable à lire. Je rejoins totalement l'avis de Tomdelapampa, et c'est en partie pour ces mêmes raisons que j'arrondis avec plaisir ma note de 3,5 en une belle note ! Contrairement à l'histoire du "grand méchant renard" assez prévisible, et peut-être aussi parce que j'avais en tête Je suis au-delà de la mort ! - une histoire que j'avais beaucoup appréciée et qui partage une structure similaire avec 2 belles amitiés nées de la maladie, mais qui se termine de manière très différente - j'étais constamment dans l'incertitude quant au ton que prendrait la fin de l'histoire. Puis effectivement, La personnalité "floue" du loup, ne nous aide pas vraiment à trancher sur ce point. L'auteur parvient à maintenir le doute tout au long du récit. Rien que pour ça, j'ai trouvé l'intrigue très réussi. je rejoins les autres avis concernant les petites déceptions personnelles, tout a été dit. Malgré cela, j'ai passé un très bon moment. J'ai aimé le dessin, la mise en page, la colorisation, les petites touches d'humour, ainsi que les mimiques toutes mignonnes du lapin qui m'ont vraiment charmé. Et bien sûr, comment ne pas s'attacher au loup avec son caractère atypique. Ces deux loustics forment un très bon duo. Les autres personnages sont aussi attachants, et je pense même que ça mériterait un autre tome, juste pour suivre les aventures de l'autre duo, Max et Maurice. Une BD que je recommande !

15/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Traverse
La Traverse

Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa publication initiale date de 2019. Elle a été réalisée par Edmond Baudoin & Mariette Nodet pour l'histoire, et par le premier pour les dessins. Ce récit est en noir & blanc et compte environ cent-six pages de bande dessinée. Il s'ouvre avec un texte introductif d'une page qui n'est pas signé (mais vraisemblablement de la main de l'autrice), évoquant les rails, les lignes de nos vies, et ces traverses qui relient les vies entre elles, comme ce livre. En première page, Edmond est assis à même le sol et indique en guise de présentation, qu'il ne sait plus combien il a fait de livres et qu'il n'a pas envie de compter, mais toujours celui qu'il fait est le premier. C'est au tour de Mariette de se présenter, elle aussi assise à même le sol : elle est ici dans sa montagne immuable, il est là-bas au milieu de tellement de gens, pourtant elle ressent, pour eux deux, une même énergie, une action constante. Ce qui les différencie vraiment, c'est le silence. Les crêtes d'une chaine de montagnes en Himalaya. le silence est dans sa vie comme un ami. Elle le regarde comme empreint de liberté et de joie. Plus elle avance dans sa vie, plus elle marche dans les hauteurs, plus elle est certaine de cela : le silence est une présence joyeuse aux choses, il la façonne comme un artiste amoureux. le silence, l'horizon qui en cache un autre, et la solitude. Elle aime ressentir l'existence du tout qui n'a aucune intention, et elle partie du tout. Pouvoir porter le regard au loin est une manière sans réfléchir de comprendre sa place dans ce monde. Être là, rechercher cet état l'aspire et l'éloigne du précipice dans lequel elle est tombée un jour. Elle se tient assise sur le bord d'une falaise à pic, son esprit s'envolant comme une forme d'aile issue de la transformation de sa tête. Toujours le regard porté vers l'horizon, avec des crêtes à perte de vue et dans le lointain sur sa droite, un rapace en plein ciel, elle continue de laisser les pensées venir à elle. Depuis ce jour, elle fait toujours le même cauchemar, celui de son enfant qui tombe de la falaise. C'est peut-être la peur de la perte du dernier être important pour elle. Mais elle est bien ancrée, et c'est plutôt elle qui tombe sans fin. En baissant un peu le regard, les pentes des montagnes s'imposent à elle. Est-ce pour sortir de cette chute dans le précipice qu'elle retourne sans cesse sur son bord ? Elle avance, elle ne peut que ça, et c'est ça qui la sauve. Rester immobile, être au fond de la vallée, c'est avoir froid, c'est avoir l'horizon bouché. Il y a toujours un col à atteindre pour aller plus loin. Mariette a repris sa marche dans cette zone de haute montagne, sur les crêtes. Elle éprouve la sensation que des rochers la survolent. Être là en montagne comme en soi-même, mettre un pied devant l'autre, jouer avec le relief, toujours dans le déséquilibre de la marche, transpirer, parfois grimper ou désescalader, chercher l'itinéraire. Pas de présentation en quatrième de couverture, une couverture énigmatique avec cette personne sur une hauteur rocheuse contemplant la montagne devant elle, avec sa tête mangée se confondant avec l'ombre d'une pente, ou semblant partir en fumée. le lecteur peut y voir comme un écho visuel de la couverture de le chemin de Saint-Jean (2002) de Baudoin, où l'auteur se représente assis sur des pierres, avec un rocher flottant là où devrait se trouver sa tête. En fonction de ses affinités électives, le lecteur peut être venu à cet ouvrage en amateur transi des œuvres du bédéiste et se demander avec qui il s'est acoquiné, ou avoir été attiré par le nom de cette grande randonneuse en montagne, ancienne championne de ski télémark et pigiste pour des revues de montagne. Dans les deux cas, il ne dispose pas de moyens de savoir qui a apporté quoi à l'ouvrage et dans quelle proportion. Il découvre ce texte sur la métaphore des traverses, la page de présentation de Baudoin, puis celle de Nodet, très succincte l'une comme l'autre. Vient un dessin de flanc de montagne en illustration pleine page, sans texte, avec des coups de pinceau à la fois spontanés, à la fois capturant avec une précision surnaturelle l'impression que produit la montagne. le lecteur découvre ensuite une succession de sept illustrations en double page, toutes consacrées à la montagne de haute altitude, avec les pensées de Mariette, entre réflexions organisées et flux libre. Page d'après, trois personnages assis sur une grande banquette semi-circulaire en train de consulter des cartes à même le sol, et, pour la première fois, des phylactères. Puis une illustration pleine page sans un mot. C'est reparti pour le voyage en montagne, cette fois-ci dans un lieu identifié, à partir de Ladakh, une région du Tibet qui forme un territoire de l'Union indienne. À l'évidence, Mariette Nodet évoque le drame qui frappé sa vie, et un voyage en particulier, accompagnée de sa fille, émaillé de réflexions sur ce que lui apportent la montagne et le silence, sur sa soif de sortir de sa zone de confort pour rencontrer des étrangers au mode de vie radicalement différent du sien. À chaque page tournée, le lecteur découvre une autre vision à couper le souffle de la montagne, avec ou sans êtres humains, comme si l'artiste dessinait le paysage pris sur le vif. Baudoin lui-même n'apparaît que peu : en première page pour se présenter en deux phrases lapidaires, page vingt en train de regarder des cartes avec Mariette et Lou, puis de manière un peu plus régulière à partir de la page trente-cinq, toujours dans de brèves séquences d'une ou deux pages, et en nombre beaucoup plus petit que celles consacrées aux deux femmes. le lecteur relève plusieurs thèmes évoqués au fil des pages : le silence, l'attrait du vide, le plaisir de se projeter dans un voyage en consultant des cartes, le dépouillement du mode de vie dans le Ladakh, l'étrange communion qui s'installe avec les guides lors de la randonnée et même temps que la distance infranchissable qui sépare européens et tibétains, l'artificialité d'une frontière par rapport à la réalité géographique, l'écart entre carte et territoire, l'effort physique de la marche en montagne en même temps que son rythme hypnotique, l'altérité de tout autre être humain, la disparition définitive de tout individu décédé. Le lecteur peut s'en tenir là : une randonnée en haute montagne un peu exotique, avec des illustrations rudes et évocatrices, et de temps à autres les souvenirs du bédéiste resté dans le Var vaguement rattachés au fil principal par le thème de l'étranger, de l'altérité et de la mortalité… En fonction de son histoire personnelle, le lecteur prend conscience qu'un élément ou un autre de cette œuvre lui parle avec acuité : une remarque en passant sur le rapport au silence, à la solitude, sur l'envie de découvrir l'altérité de l'autre pour se décentrer de sa vie et de son enfermement mental, sur le plaisir de lire une carte, de découvrir la réalité du territoire (remarque qui renvoie à l'aphorisme d'Alfred Korzybski : une carte n'est pas le territoire qu'elle représente), etc. Ces réflexions lui parlent alors, révélant la richesse d'une expérience de vie, pas juste une collection de remarques superficielles prêtes à penser : elles sont l'expression des acquis de l'expérience de l'autrice, de son cheminement personnel, pas des recettes artificielles prêtes à l'emploi de développement personnel. Comme elle l'écrit, Mariette Nodet a éprouvé ces sensations, ces découvertes : Sortir de la carte, ne plus avoir la sécurité des courbes et des noms, franchir une frontière. Quitter le trop plein de ce côté-ci et aller vers le néant de ce côté-là. Un pied dans le jour et un pied dans la nuit. Accepter le risque de l'inconnu, du hors-soi. Et, jour après jour, se rendre compte que c'est là, dans ce hors-soi, que l'on vit pleinement ! Le lecteur peut également éprouver la sensation de cheminer en montagne aux côtés de la mère et de la fille : il voit des paysages de montagnes à la fois concrets et uniques, par les yeux de la personne qui s'y trouve, avec sa perception. C'est un tour de force impressionnant que réalise Edmond Baudoin car il n'a pas fait ce chemin, il n'a pas accompagné les deux femmes, et pour autant chaque représentation apparaît authentique, avec la même âpreté que les représentations de Jean-Marc Rochette dans ?Ailefroide : Altitude 3 954 (2018). Peut-être a-t-il travaillé d'après photographies, certainement en étroite collaboration avec l'autrice, totalement à son service. Il partage avec elle l'appétence pour l'énergie, la volonté passée à vouloir exister, un regard sur la vie, sans aucune animosité, aucune critique, une espèce d'attention intérieure. Cette communauté d'esprit aboutit à un ouvrage qui semble avoir été réalisé par une seule et même personne, avec la narration visuelle si personnelle et si particulière de Baudoin, avec l'expérience de la montagne de Nodet, une création fusionnelle, une façon d'habiter le monde très similaire. Une collaboration entre Edmond Baudoin et une ex-championne de ski amoureuse de la montagne : une narration qui semble totalement issue du premier et réalisée par lui dans cette bande dessinée au format libre. En même temps, la transmission de l'expérience personnelle de la seconde d'une randonnée au Ladakh et d'un deuil. Une communion d'esprit organique pour une façon peu commune d'habiter le monde, de repousser symboliquement les frontières, de faire l'expérience que l'imagination ne pourra jamais embrasser la beauté et la complexité de la réalité, d'emprunter les chemins que l'on connaît, ceux qui relient les hommes aux hommes, de la manière la plus évidente. Des instants magiques.

15/08/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série L'Étrange vie de Nobody Owens
L'Étrange vie de Nobody Owens

3.5 J'ai souvent du mal avec Gaiman et cette adaptation d'un de ses nombreux livres est une de ces récits qui m'ont le plus convaincu. J'ai bien aimé le ton gothique de la série et Gaiman fait preuve de beaucoup d'imagination. Je ne savais jamais ce qu'il allait se passer ensuite. Si les aventures de Nobody Owens semblent un peu décousu, la plupart des choses qu'il a vécu lui seront utilise lors de la dernière partie du récit. J'ai lu les deux tomes avec un certain plaisir même si quelques passages m'ont semblé moins bien que le reste. Le point faible est le dessin ou plutôt les dessins. Au lieu d'avoir un seul dessinateur pour les deux tomes, il y en a plusieurs et leurs styles sont très hétérogènes ce qui accentue l'impression que par moment le récit part dans tous les sens. Il y a des styles tellement différents qu'on pourrait presque croire qu'on lit plusieurs séries au lieu d'une seule.

14/08/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Aparthotel Deluxe
Aparthotel Deluxe

Le petit immeuble « Aparthotel Deluxe » est le lieu principal où se déroule l’action, il est aussi le nom éponyme de cette bande dessinée, avec une connotation gentiment ironique. En effet, il n’est pas question ici d’immobilier de luxe, ne serait-ce que parce que le bâtiment, bien qu’à l’architecture contemporaine, laisse apparaître des signes d’usure. Certains autres indices, tel ce mendiant assis à proximité, montrent qu’il n’est pas non plus situé dans les beaux quartiers. Les gens qui l’habitent font partie d’une classe moyenne subissant plus ou moins les effets de la crise économique, et ce sont eux qui vont intéresser Edo Brenes. Si ce récit choral a pour théâtre la ville de San José au Costa Rica, d’où l’auteur est originaire, il pourrait se dérouler (presque) n’importe où ailleurs. « Aparthotel Deluxe » parle du monde moderne, à travers les états d’âme de ses résidents, abordant des thèmes devenus universels. Plusieurs protagonistes vont ainsi défiler au fil des pages, qu’ils soient célibataires, en couple ou divorcés, avec des occupations très variées. Il y a tout d’abord cet homme qui vient de perdre son père (celui qui est mort en sortant de sa douche) et doit organiser le tri dans son appartement. Puis l’épouse du concierge qui part visiter sa mère et tente de culpabiliser son mari enclin à l’alcoolisme, cet homme qui aime s’habiller en femme et a une relation d’amitié avec Tina, une prostituée, puis ce jeune père en instance de divorce qui tire le diable par la queue, ou encore ces jeunes parents qui pouponnent tout en matant des séries… A travers les discussions ou états d’âme de ces personnages, Edo Brenes nous fait pénétrer leur intimité. C’est bien sûr d’abord du deuil dont il est question avec ce fils tout juste orphelin qui inaugure le récit. Celui-ci est en proie à mille questionnements, perdu dans les souvenirs incarnés par divers objets probablement voués à disparaître dans les cartons. Mais d’autres thèmes sont développés, et ceux-ci sont en corrélation avec un monde qui change, hésitant entre l’archaïsme et la modernité, notamment celui de l’orientation sexuelle. C’est par le biais du personnage de Garçon, un homme qui aime porter des vêtements féminins, que cette question de l’acceptation de l’autre dans ses différences qui va se poser au lecteur. Et ici, on est bien au-delà des clichés. Certes, s’il songe à se faire poser des implants mammaires, il tient à conserver son pénis. Et qui plus est, il est profondément croyant. Un passage qui déroutera sans doute les esprits les plus réactionnaires, ceux qui, pour reprendre une citation de Garçon, « n’arrivent pas à comprendre que l’essence de la moralité réside dans l’absence de jugement ». Plus globalement, c’est le poids des valeurs catholiques sur la société qui apparaît en filigrane — même si le Costa Rica compte un nombre de pratiquants similaire à celui des pays « développés » — mais comme en France ou ailleurs, on ne se débarrasse pas aussi facilement de mœurs imposées par deux mille ans de christianisme. L’approche d’Edo Brenes, tout en nous faisant découvrir une des facettes d’un pays davantage connu pour son côté « carte postale », nous livre une œuvre profondément humaine, faisant confiance à la capacité empathique de ses lecteurs. Ses personnages sont plutôt attachants car d’une certaine manière, c’est avec nous qu’ils conversent, avec les mêmes questionnements, les mêmes préoccupations, celles d’un monde où les rapports sociaux se distendent, souvent avec notre consentement, sous l’influence de Netflix et d’’internet. Car à l’exception de la jeune Istaya, quel autre voisin se serait rendu compte si rapidement qu’il se passait quelque chose d’anormal chez monsieur B. ? La ligne claire, simple et agréable, est bien en phase avec le propos, certes audacieux mais sans volonté de provoquer gratuitement. Cadrage impeccable, couleurs sobres, Brenes maîtrise parfaitement les codes de la BD franco-belge avec une touche de modernité. Œuvre sensible invitant à la réflexion, « Aparthotel Deluxe » est la quatrième bande dessinée d’Edo Brenes dont on a pu découvrir récemment « Touristes à la Havane », et, nous prévient l’éditeur, le premier roman graphique créé directement pour lui. Ainsi, on ne sera guère surpris de voir cet auteur, déjà récompensé par divers prix à l’étranger, émerger doucement mais sûrement dans le petit monde du neuvième art. Et on est d’autant plus ravi quand celui-ci vient d’un pays qui n’est pas forcément connu pour sa production en la matière.

14/08/2024 (modifier)
Couverture de la série L'Eau et la Terre
L'Eau et la Terre

Je rejoins en partie les remarques de Ro et Noirdésir sur les difficultés de cette série. Toutefois la thématique est tellement bouleversante que je ne peux me résoudre à mettre une note moyenne. Je connais assez bien cette tragédie humaine qui renvoie vraiment à Ubu tellement les situations furent absurdes, criminelles et de pure folie. La construction assez décousue de Séra renvoie à cette incohérence criminelle édifiée par les Khmers rouges au rang de pensée idéologique révolutionnaire. Par exemple le rappel que le port de simples lunettes vous condamnait à mort reste un sommet d'inhumanité du siècle dernier. Séra ne fait pas dans le voyeurisme morbide par respect pour les millions de morts. C'est comme si il voulait nous amener devant un tableau géant avec le visage souriant des victimes que l'on se doit de ne pas oublier. C'est un devoir de mémoire que nous nous devons de perpétuer d'autant plus que nombres de criminels n'ont pas été jugés mais pire n'ont eu aucun remords et pour certains ont continué les actions armées pendant des années. Le graphisme de Séra est hyper réaliste à la limite de la photographie. Le noir des tenues Khmers, le brun de la terre et le rouge du sang dominent dans une atmosphère lourde d'angoisse. Aucune éclaircie ne vient alléger cette ambiance. Une lecture mémoire d'une série au visuel et à la construction singulière mais pour un résultat très touchant.

14/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Trinité
Trinité

Iconique - Je suis un grand fan de Matt Wagner, surtout pour ses deux créations Mage et Grendel. C'est toujours avec plaisir que je me plonge dans l'une de ses œuvres, même s'il s'agit ici des héros de DC. Ce recueil regroupe les trois numéros de la minisérie du même nom. Ra's al Ghul (terroriste écologiste) a mis la main sur plusieurs armes de destruction massive dont Bizarro. Il souhaite éradiquer plusieurs cités et profiter d'une bizarrerie des satellites de communication pour créer le chaos et diminuer drastiquement la population terrestre. Les exactions de ses séides attirent l'attention de Superman et de Batman qui décident de collaborer. Une maladresse de Bizarro entraîne l'explosion d'un missile nucléaire à coté de Paradise Island ce qui amène Wonder Woman à enquêter dans le monde des hommes. Comme à son habitude, Matt Wagner préfère situer l'action au début la carrière de chacun de ces héros et il raconte la première rencontre entre les trois piliers de l'univers DC (sa trinité). L'histoire commence lentement et il faut attendre le milieu du tome pour que le rythme de l'action s'accélère. Par contre dès le début, Wagner cerne admirablement la personnalité des trois héros. Clark Kent se donne un mal fou pour passer pour un être humain normal en ratant régulièrement son métro pour aller travailler. Batman est préparé à toutes les situations, il dirige Superman (sans le commander ou le mépriser pour autant) et il succombe au charme de la Princesse Diana, tout en jalousant son avion robot. Coté Wonder Woman, Wagner reprend l'intégralité des éléments du mythe : Themyscira, les amazones, la Reine Hyppolita, l'avion robot, le lasso, les aigles guetteurs… Autant Wagner a fait un effort de simplification et de cohérence pour Clark Kent et Bruce Wayne, autant il garde tous les éléments (même s'ils sont contradictoires) pour Diana. Et pour autant, sa maîtrise de son profil psychologique nous montre une Wonder Woman parfaitement crédible : royale, légèrement féministe sans être caricaturale, vive d'esprit, respectueuse de l'environnement… Coté illustrations, Matt Wagner est fidèle à son credo : il choisit une mise en page très sage (pas de cases en trapèze) et aérée, un style rétro pour ancrer sa narration dans le début de ces héros, des dessins précis qui privilégient le trait juste à la myriade de lignes inutiles. Ce tome est à la hauteur des promesses : la première rencontre de Wonder Woman avec Batman et Superman. Les réactions des uns et des autres font admirablement ressortir leurs différences et ce qui les unit. Les péripéties sont lentes à démarrer mais le scénario est solidement construit, il rend intéressant cette nouvelle attaque de Ra's al Ghul et il contient son lot de surprises. Il s'agit d'un comics qui mise sur la nuance plutôt que sur le rentre dedans. Si vous avez apprécié, ne vous privez pas des autres histoires de Batman réalisées par Matt Wagner (Batman et les Monstres par exemple).

14/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Batman et le Moine Fou
Batman et le Moine Fou

Dark Moon rising, acte 2 - Ce tome est la suite directe de Batman et les Monstres et la lecture du premier tome est quasiment indispensable pour comprendre l'intrigue du second. D'ailleurs les deux portent le titre commun de Dark Moon Rising. On retrouve le graphisme si maîtrisé de Matt Wagner qui va à l'essentiel tout en donnant à chaque personnage et chaque élément de décors une identité propre. Comme à son habitude, il a choisi un style épuré en ne traçant que les lignes significatives et chaque dessin possède une immédiateté et une efficacité rare. La mise en couleur de Dave Stewart repose sur une palette chromatique limitée pour renforcer les atmosphères des différentes scènes qui complètent à merveille les dessins. Comme pour le premier tome, l'action se situe dans la deuxième année d'activité du Batman. Et de ce fait le héros n'est pas encore complètement blasé et cynique, il commet même parfois des erreurs tactiques. Cette faillibilité rend Batman beaucoup plus humain et plus accessible, l'empathie que l'on éprouve pour le héros s'en trouve accentuée. Batman doit découvrir ce qui se cache derrière une série de cadavres exsangues et les exactions de la famille Maroni. Ce tome est une fois de plus un coup de maître pour Matt Wagner qui maîtrise son Batman comme pas deux et qui nous livre une histoire prenante et attachante reposant sur de belles planches. Il ne reste plus qu'au lecteur à savourer et à déguster… et à tenter les autres œuvres de ce créateur avec Batman (Trinité - Batman/Superman/Wonder Woman, Batman/Grendel) ou sur ses propres créations Grendel ou Mage.

14/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman et les Monstres
Batman et les Monstres

La fraîcheur des débutants - Matt Wagner est un familier de Batman : il l'a déjà mis en scène, entre autres, dans Trinité - Batman/Superman/Wonder Woman et Batman/Grendel. Il revient au personnage pour développer l'une de ses premières aventures qui se situe un an après la première apparition de l'homme chauve-souris. Dans ce tome, il affronte les machinations d'Hugo Strange. Dès la première page, la maîtrise de Matt Wagner (ici au scénario et aux dessins) éclate et le lecteur est immédiatement en immersion grâce à une référence à un fait bien connu du mythe. Un personnage sirote son café en lisant son journal qui fait sa une sur la disparition de Red Hood (futur Joker, évoqué dans The Killing Joke). L'histoire est campée à la fois au début du Batman, et à la fois elle a sa place dans la perspective de ce qu'il deviendra. Matt Wagner mêle adroitement les aspects très ordinaires, mondains de la vie Bruce Wayne, ses rendez-vous amoureux manqués, ses échanges sarcastiques avec Alfred, et ses acrobaties en tant que Batman. Il a choisi de situer son histoire au tout début du mythe ce qui lui permet de nous faire découvrir le métier de Batman en même temps que son personnage principal, et d'inclure des erreurs de débutant qui lui donne plus crédibilité et d'humanité. Ce point de vue procure une fraîcheur bienvenue à l'histoire et la naïveté de Bruce Wayne confronté à ses premiers véritables monstres fait surgir, par contraste, des instants poétiques inattendus. Je ne saurais trop vous recommander cette histoire qui sait nous faire redécouvrir un personnage que l'on croyait connaître. De plus Matt Wagner est un professionnel chevronné qui donne un ton unique à sa narration à la fois par le point de vue de débutant qu'il fait adopter à Batman, et à la fois par des dessins d'une précision exquise où chaque trait est nécessaire, où il n'y a pas de place pour le superflu ou l'esbrouffe gratuite. Tout est parfaitement maîtrisé. Et le mieux, c'est qu'après ce tome, il y en a un deuxième dans la même veine : Batman et le Moine Fou, encore meilleur.

14/08/2024 (modifier)