J’ai lu cet album car j’espérais m’informer sur un sujet dont je sais peu de choses, et à ce titre, il a parfaitement rempli son rôle.
Mat Let, dont c’est le premier album BD, a passé du temps avec les volontaires de diverses associations s’occupant d’une « salle de shoot », où les drogués peuvent venir s’injecter en toute sécurité. Les questions abondent : les associations fournissent-elles les drogues ? Quel genre de personne visite ce genre d’établissement ? Qu’en pensent les résidents du coin ? Il y a-t-il une suivie, des aides pour aider les usagers à arrêter ? Les nombreux témoignages de volontaires mais aussi d’usagers permettent d’apporter des réponses à ces questions cruciales. La postface de Médecins du Monde résume parfaitement la situation, et propose même des solutions sur le long terme à nos politiciens.
La réalisation de l’album est excellente, la narration est fluide, le dessin est élégant et lisible. Si je devais chipoter, je dirais que les fonds souvent clairs font qu’il est parfois difficile de voir à qui sont rattachés les phylactères.
Un album « témoignages » intéressant et instructif, qui me laisse sur la même impression que le récent Traversées - La Route de l'aventure chez le même éditeur, à savoir une admiration et un respect sans fin pour ces volontaires, véritables héros des temps modernes.
Thriller horrifique en plein, Nailbiter a réussi à me tenir en haleine jusqu’au dernier tome. Et même si je n’ai pas trop apprécié ce dernier et les explications qu’il apporte (il y a je pense certaines incohérences avec des événements décrits précédemment), je trouve que la série est réussie dans l’ensemble et vaut le détour.
De quoi ça cause ? D’un étrange bled perdu des Etats-Unis duquel sont issus un nombre étonnant de tueurs en série. Et non seulement le nombre a de quoi effrayer, mais en plus ces tueurs ont tous un modus operandi différent et des manies étranges. Warren, un de ces tueurs assez étonnamment acquitté, va vite se retrouver associé à l’inspecteur Finch dans une quête de la vérité qui tient quelque peu du jeu du chat et de la souris. Autour d’eux gravitent moult personnages, apportant à l’intrigue une richesse en profondeur et matière à renouvellement.
Le suspense est constamment relancé. Les scènes d’horreur s’enchainent. Mais surtout, les personnages ne cessent de se dévoiler, et c’est certainement l’aspect que j’ai préféré. A commencer par Warren dont on ne sait jamais trop s’il est à plaindre ou à blâmer.
Le dessin est agréable, très lisible. Les personnages sont bien typés. Les scènes d’horreur sont très gores à défaut d’être réellement angoissantes mais ce n’est pas un réel problème.
Franchement, dans l’ensemble et dans son genre, c’est une série qui vaut le coup d’œil. Avec une conclusion plus convaincante, j’aurais poussé jusqu’au 4/5 avec coup de cœur. Ici, mon ressenti oscille entre le 3/5 et le 4/5.
Et bien ! Pour un premier album, je trouve que Clara Lodewick nous sort un très bel album. Son récit, qui s’articule autour de la médisance, de la mesquinerie et de l’effet de masse, m’a semblé très juste dans son analyse. Il s’en dégage beaucoup d’humanité, dans le bon sens comme dans le mauvais.
Au niveau du dessin, c’est sans doute plus perfectible mais l’autrice a déjà une belle patte. Son découpage est clair, les personnages sont faciles à distinguer et leurs émotions passent au travers du dessin. Les cadrages proposent finalement peu de gros plans mais plutôt des tableaux d’ensemble qui permettent de visualiser plusieurs protagonistes dans un même temps, ce qui, je trouve, est très judicieux par rapport à l’histoire qui nous est racontée.
L’histoire, elle, m’a beaucoup touché. Clara Lodewick nous plonge au cœur d’un petit village flamand, son concours avicole, son club de foot, son épicerie… et sa mentalité de village. A partir d’une répartie bien sentie, et peut-être un peu maladroite, la médisance va sévir au détriment de Merel, célibataire à l’âge mûr. La rumeur enfle, et avec elle, la méchanceté et l’hypocrisie.
J’ai beaucoup aimé le fait que l’autrice ne pousse pas le bouchon trop loin. On reste sur une histoire réaliste, avec des personnages que l’on a le sentiment d’avoir croisés dans la vie réelle, avec des comportements, des réactions parfois stupides de méchanceté, parfois touchants et humbles.
Vraiment un album qui m’a beaucoup plu, et qui devrait plaire aux amateurs de romans graphiques.
Corentin est l’une des séries les plus anciennes du Journal Tintin puisque ce héros est présent dès 1946 dans l’hebdomadaire. Avec Hergé et Jacobs, Cuvelier est donc un des fondateurs du journal Tintin. Les deux premières histoires de Corentin font
64 et 62 pages ( L’extraordinaire odyssée de Corentin, les nouvelles aventures de Corentin). C’est l’époque où les rebondissements devaient s’enchaîner pour tenir en haleine le lecteur, parfois sans grande cohérence dans le récit. Les dialogues sont également très fournis un peu comme avec Jacobs. Tu n n’en reste pas moins étonnamment surpris par la qualité réaliste du dessin de Cuvelier; un dessin bien moins figé que celui d’un Jacques Martin par exemple qui officiait dans le journal Tintin à la même période. Puis Cuvelier pour qui la Bd était un art mineur repris la série quelques années plus tard en faisant cette fois appel à des scénaristes ( Van Hamme, Greg), et pas des moindres. « Le poignard magique » est un album de transition: énormément de cases par planche pour rester dans les clous des 62,planches, beaucoup de texte et un dessin qui évolue. A partir du « signe du Cobra » la série gagne en qualité: les récits sont plus structurés malgré les 44 planches, les couleurs de qualité pour l’époque, et le dessin des Cuvelier est toujours plus remarquable. Une des particularités de cette courte série est que le personnage de Corentin vieilli ce qui est très rare dans le monde de la Bd, et très novateur pour l’époque. La série prend fin en 1976 dans le Journal Tintin. On peut s’y replonger avec plaisir pour s’imprégner de cette bd d’aventures, ou un jeune breton se retrouve au Royaume des Indes en quête d’exotisme et d’aventures comme l’était le public de la Bd à cette époque d’après guerre.
J'aime beaucoup Mortelle Adèle.
Et j'ai déjà 6 livres ,1 roman et 3 grandes aventures !
J'aime beaucoup, car grâce à Adèle, je me sens moins seule, des fois. J'aimerais bien être comme Adèle des fois, car elle dit ce qu'elle pense sur celles qui les embêtent, et j'aime sa personnalité, ses cheveux roux, avec deux grosses couettes derrière et son uniforme.
Elle montre qu'on peut être qui on veut, où on veut.
Et les dessins sont bien faits et l'imagination ne manque pas.
Poussez vous les moches !
Aucun organisme ne peut grossir indéfiniment. Il finit inévitablement par s'effondrer sous son propre poids.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première publication date de 2022. Il a été entièrement réalisé par Amaury Bündgen, scénario et dessin. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc qui compte cent-deux planches.
Dans une zone très montagneuse, des rapaces vols au-dessus des cimes. Sur des pentes rocheuses, sans une once de végétation, une silhouette encapuchonnée avance. L'homme serre bien sa cape autour de son cou. Il avance posément, avec un rythme régulier. Son regard est calme, il contemple les sommets devant lui. Il s'arrête protégé par un énorme rocher, derrière lequel il se cache. Il regarde tranquillement par-dessus. Au loin, il aperçoit une demi-douzaine de silhouettes en train de monter la garde, une lance à la main, autour d'un feu de camp. Il continue de marcher, en faisant en sorte de rester masqué par les rochers, pour que sa présence ne soit pas détectée. Il s'engage dans une grande vallée en hauteur, et il s'arrête au bord d'un ruisseau de montagne. Il se désaltère. Il reprend sa marche et le vent souffle fort de face. Il arrive à proximité d'un lac de montagne, en prenant soin de ne pas être aperçu. Il observe et détecte d'autres sentinelles. Il déjoue leur attention et parvient à continuer à avancer. Il s'assoit adossé à un rocher et il médite. Quand les nuages masquent le soleil, il se lève et marche vers la rive du lac.
L'homme, un Kévark, laisse sa cape à capuche tomber à terre, il enlève ses bottes. Il prononce une courte incantation, effectue des passes avec les mains, en prononce une deuxième : une petite flamme apparaît entre ses paumes.il se sent investit d'une grande énergie. Il se remet en mouvement et il marche sur la surface de l'eau du lac. Arrivé au milieu de l'étendue d'eau, il s'assoit en position du lotus, toujours flottant à la surface. La nuit passe ainsi. À l'aube, un soldat haïmar va réveiller Osmir, un serviteur, pour qu'il aille chercher de l'eau lac. Celui-ci y va et commence à remplir sa jarre : il finit par remarquer la silhouette du Kévark au milieu du lac. Il va avertir les soldats haïmars. le soldat qui l'a réveillé se moque de sa frayeur, mais Osmir se montre insistant et les convainc quand il dit qu'il s'agit d'un Kevark. Un groupe d'une demi-douzaine de soldats va voir par eux-mêmes : c'est bien un Kevark, même si leur peuple a été exterminé. L'un d'eux rappelle que c'est un peuple d'illusionnistes et de menteurs. Dans une zone boisée non loin de là dans la même région, un centaure scorne suit la trace de son gibier, un roufle, aidé par Hardelin, son traqueur. Ce dernier se met à gesticuler en s'exclamant dans sa langue. le Scorne n'a pas tout compris, mais il a saisi le sens général : la proie est toute proche. Ils arrivent donc à l'issue de cette traque. Des préparatifs doivent être faits. le Scorne indique à Hardelin qu'il peut ranger sa lame. Il en faut une autre pour la mise à mort. Il lui recommande de bien prendre soin de ne pas sortir Aalbex de son étui. Les conditions ne sont pas réunies.
Le lecteur regarde la couverture avec sa partie basse, l'eau, et sa partie haute, les pentes d'une montagne et la rive, et le personnage en plein rite qui fait le lien entre les deux. Il se lance dans sa lecture : quinze pages sans texte à suivre un individu progresser dans la montagne, jusqu'à s'assoir en tailleur sur l'eau d'un lac. La narration visuelle se fait par des dessins en noir & blanc, avec un trait fin et sec, parfois un peu plus épais et gras, des aplats de noir assez réduits de forme irrégulière. Une passe magique avec une incantation dans une langue inconnue, un simple glyphe, puis un second, la manifestation d'une énergie qui emplit l'individu. Une coiffure étrange, comme des tatouages sur le bas du visage. En page vingt-deux, le fil narratif quitte ce personnage et les soldats du campement avoisinant, pour prendre en cours de route la traque d'un animal sauvage, un roufle, par un centaure et un humanoïde à grosses moustaches, mais au visage caché par une capuche. le trait est toujours aussi fin et bien dosé pour évoquer l'herbe de la forêt, les troncs d'arbre et leur texture, les rochers et leurs aspérités, le déplacement mi-homme mi-bête de Hardelin, la majesté un peu lourde du centaure, et la forme très exotique de son arme blanche. Mais que se passe-t-il ? le narrateur sait très bien ce qu'il fait, il dose à la perfection les ingrédients de son récit, la manière dont il les égraine. le cerveau du lecteur effectue le travail de manière automatique et inconsciente. Un homme à l'allure étrange, aux habits moyenâgeux : une forme ou une autre du genre Fantasy. Des soldats, une guerre ou plutôt une conquête. Un centaure : des créatures fantastiques, avec des us et des coutumes barbares ou primordiaux.
Le lecteur ne s'est rendu compte de rien : pourtant il est déjà en train de supputer, d'établir des liens de cause à effet, d'échafauder des schémas de fonctionnement, de s'interroger sur les motivations des uns et des autres, de projeter du sens sur la base des éléments épars dont il dispose. Il s'est pris au jeu, sans bien s'en rendre compte. Il regarde le Kévark (c'est le nom de son peuple, mais il n'est jamais mentionné son nom à lui) avancer dans la montagne et se prendre ce souffle de vent en pleine face, un instant comme il peut s'en produire en montagne. Il voit le Scorne tout à sa traque, une activité d'une grande importance dans sa culture, une traque qui participe à définir le personnage, sans qu'il n'en mesure bien toutes les ramifications. À partir de la page trente-deux, la situation est posée : un face-à-face entre ce Kévark immobile assis au beau milieu du lac, et le commandant de l'armée haïvar. La suite s'apparente donc à un face-à-face en deux parties, une nuit s'écoulant entre les deux, le commandant essayant d'établir le contact avec l'un des derniers représentants du peuple Kévark, d'abord avec un interprète, puis directement, et cet individu, peut-être un mage, seul face à une armée de la nation qui a anéanti son peuple. D'un point de vue narratif, cela constitue une gageure maintenir un suspense dans une longue discussion statique.
L'auteur s'en sort très bien, car plusieurs questions posées par le Kévark appellent une réponse développant des faits passés, ce qui donne lieu à leur représentation : des femmes esclaves, la mythologie du peuple Kévark, les conquêtes successives des Haïmars, leur formidable armée, jusqu'à une bataille entre ces deux peuples donnant lieu à une superbe illustration en double page, soixante-dix et soixante-et-onze. En fonction des séquences, l'artiste peut aussi bien réaliser une narration séquentielle traditionnelle à base d'actions découpées dans des bandes de cases, que glisser vers un registre plus illustratif, pouvant évoque Hal Foster et Prince Vaillant. Alors même qu'il sent bien l'immobilité de la confrontation de ces échanges verbaux, le lecteur ne s'ennuie pas visuellement. le commandant a clairement expliqué à ses hommes la nature du lac : il est magique car pour les Kévarks c'est le lac originel, celui dont ils sont sortis à l'aube des temps. Puis la discussion s'engage entre le commandant et le Kévark, par l'entremise du traducteur, un érudit tavoule. le Kévark semble bien calme. La confrontation s'engage entre l'envahisseur, le commandant à la tête de sa puissante armée, et le faible individu. le commandant explicite clairement ce qu'il en est : les forts écrasent les faibles, et les autres doivent prendre parti. le rapport ne force ne laisse pas place au doute.
Comme le Kévark au milieu du lac semble inoffensif, mais aussi inaccessible, le Haïmar accepte d'engager la conversation ; de toute façon, l'autre n'a aucune chance d'y réchapper. le fort donne donc sa version des faits, sa version de la conquête, sa version de la consolidation de la position de pouvoir de son peuple, la nécessité de faire plier les autres, de grossir. L'homme au milieu du lac pose des questions qui mettent en lumière les incohérences de cette version, le fait que ces démonstrations de force cachent une faiblesse, une inquiétude tout du moins. Il bénéficie en plus d'un témoin, le Scorne, un individu capable de réfléchir par lui-même, un allié de circonstance des Haïmars, mais qui ne leur est pas inféodé. le lecteur continue d'essayer d'anticiper les révélations, de détecter une conséquence implicite, une implication que l'un ou l'autre essaye de faire dire explicitement à son interlocuteur. Qu'est-il en train de se jouer ? Quel est l'enjeu ? Que peu un homme seul face à une armée ? Que prépare-t-il ? de temps à autre, une remarque en passant vient donner un autre sens à un fait évoqué précédemment.
En fonction de ses lectures passées, le lecteur peut estimer qu'il y a peu de chances qu'un récit de Fantasy de plus puisse receler beaucoup de surprises. Pour autant, il se laisse vite prendre à la narration visuelle, solide et délicate, claire et minutieuse. Il note les noms exotiques, les petits décalages anatomiques, la présence d'un centaure, des armes blanches. Il se rend compte que l'auteur a su capturer son attention, et que sa narration engendre une envie d'anticiper, de faire des déductions pour comprendre. Il se retrouve à jauger les deux camps lors de cette conversation où à l'évidence l'un comme l'autre cherchent à faire admettre sa vérité à son ennemi. Il se fait cueillir par la résolution de ce conflit, implacable, sans être prévisible. Un récit sans concession, en forme de jeu de pouvoir et d'intimidation, sur la détermination des forts, et celles des faibles.
Je me suis régalé. Ça m'aura occupé 2 belles soirées. Petite appréhension au début par rapport au dessin, que j'ai fini par vraiment apprécier au fil des tomes (même si j'ai toujours eu un peu de mal avec les visages).
Friand des séries post-apocalyptiques, il ne m'en faut pas beaucoup pour apprécier une lecture de ce genre. J'ai rarement eu l'occasion de lire une série de ce type sur plusieurs tomes, donc c'était d'autant plus cool, surtout que j'ai adoré du début à la fin.
Le scénario, qui pourrait sembler de déjà vu au premier abord, se révèle finalement vachement original, intéressant, et franchement bien construit. Les 12 (13 avec Alice) sont tous attachants à leur manière, j'ai eu un gros coup de coeur pour Arkady, que j'ai particulièrement appréciée pour sa douceur et sa joie de vivre.(Et c'est aussi le seul visage dont j'ai aimé le dessin et les expressions)
Comme Gaston, j'ai vraiment bien aimé les dialogues, surtout l'humour souvent sarcastique que j'ai trouvé très réussi.
Il n'y a pas énormément de violence (quoique), mais quand il y en a, il faut admettre que le dessinateur n'a pas été timide sur l'hémoglobine. Alors c'est vrai qu'en général, j'aime que la violence, s'il y en a, soit réaliste, mais ici c'était peut-être un peu trop ?
La mise en page souvent découpée en 4 grandes cases, voire moins, est vraiment agréable à lire. Les cases sont la plupart du temps bien remplies, et en tant qu'amateur de post-apo, j'ai été servi comme il se doit en détails et décors. Mention spéciale pour les ciels magnifiques, très réalistes, on a l'impression que ce sont de vraies photos (peut-être que c'est le cas), en tout cas, ça n'a rien à voir avec le reste, et pourtant, ça colle parfaitement au décor.
En bref, une très bonne histoire, j'ai vraiment passé un bon moment. Je ne pense pas spoiler en disant que c'est du post-apo fantastique. Il ne me reste plus qu'à découvrir d'autres séries de cet auteur...
Immonde
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Ce tome regroupe les 5 épisodes d'une minisérie initialement parue en 2008. Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre.
Les six premières pages servent à présenter le personnage principal : Raymond Delgado. Cet homme d'une trentaine d'années est une force de la nature, il a le crâne rasé et il porte des lunettes. Dans son enfance, il a été victime d'abus sexuels de la part de son père et de son oncle. Il a été le souffre-douleur des enfants de son âge. Il a été traumatisé (à nouveau) par son expérience de soldat pendant la guerre. Il est interné dans une prison de très haute sécurité, condamné pour avoir tué 21 personnes (au moins). Aujourd'hui il est transféré dans une prison appelée Hoxford, avec un groupe d'autres détenus aussi monstrueux dont Morton (violeur d'enfants multirécidiviste), Burly Bill (violeur et meurtrier multirécidiviste) et Skinny (meurtrier et nécrophile). Les conditions d'incarcération à Hoxford sont sévères, ce qui n'empêche pas quelques dérapages sous les douches, ou dans les parties communes. le docteur Jessica Ainley qui suivait le traitement psychiatrique de Delgado se rend à Hoxford pour contrôler ses conditions de détention. Elle découvre que l'administration de la prison ne délivre pas les médicaments aux prisonniers. Mais elle va bientôt en savoir plus car sa visite tombe le jour où les responsables de Hoxford célèbrent un rituel séculaire.
Dans l'introduction, Ben Templesmith explique qu'il avait toujours méprisé les loups garous dans le bestiaire des monstres horrifiques car il estime qu'ils font trop dessins animés, et pas assez peur. Or lui ce qu'il aime, c'est l'horreur qui fout la trouille, qui est contre nature, qui est perverse, malsaine, et primale. Il est le co-créateur avec Steve Niles de la série 30 jours de nuit. C'est également un illustrateur très particulier qui est connu pour avoir dessiné Fell de Warren Ellis.
Ce tome commence comme un film de série Z qui se prend au sérieux en listant tous les sévices qu'a subis Delgado et en le décrivant comme une grosse brute énigmatique, victime de délires hallucinatoires. Il est dangereux, il a tué à plusieurs reprises et il est enfermé avec d'autres ayant commis des actes tellement barbares que la société souhaite les oublier, faute de pouvoir les exécuter du fait de l'absence de peine de mort. Ces individus aiment surtout parler de leurs crimes immondes et promettre qu'ils s'entretueront à la première occasion, avec sévices sexuels à la clef. Les dialogues sont malsains et il est visible que Templesmith raconte son récit au premier degré, sans aucune ironie.
Arrivé à Hoxford, Templesmith introduit le responsable de l'établissement qui semble sadique à souhait, et le docteur Ainley qui semble destinée à être la frêle jeune femme qui jouera le rôle de l'otage. Mais petit à petit, les éléments graphiques attirent l'attention du lecteur sur des détails qui renforcent le premier degré d'une manière sinistre qui force son implication. Il est assez difficile de décrire le style de Templesmith. L'histoire commence avec une pleine page de la tête du père de Raymond Delgado s'apprêtant à le maltraiter alors qu'il est encore enfant. L'image est baignée dans une teinte jaune orangé évoquant la lumière crue d'une ampoule non protégée, mais qui n'arrive pas à dissiper la noirceur du monde. Son père est fort et gras, il a un visage asymétrique avec des yeux de taille différente, un gros pif, une grimace qui lui découvre 24 dents (anatomiquement impossible) et il est vêtu d'un marcel qu'on suppose crade. Il n'y a aucune information visuelle sur le lieu. En fait la scène suivante avec les persécuteurs de l'école baigne dans la même lumière, toujours sans décors, et il en va de même pour la scène sur le champ de bataille. Il faut presque attendre le voyage en bus pour commencer à voir apparaître les bancs improbables et les chaines qui assurent l'immobilité des prisonniers. Par contre quand Jessica Ainley se tient à l'extérieur de Hoxford, Templesmith utilise l'infographie pour insérer une photographie retouchée d'un bâtiment en fond de case. Il sur-imprime parfois des trames aux dessins pour leur donner une texture. La prédominance des couleurs sombres et des contours de formes délavées demandent une forte attention du lecteur qui s'implique dans l'observation des cases. le rendu des personnages oscille entre la caricature avec un langage corporel exagéré et des formes parfois proches de l'esquisse rapide. Parfois Templesmith choisit de privilégier l'impact visuel au détriment de tout réalisme en tirant ses représentations vers le symbolisme ou l'abstraction. Il ne représente plus vraiment la réalité de l'action, mais plus l'idée sous-jacente, l'impression, les sensations.
Ben Templesmith ne s'embarrasse pas de réalisme et il joue avec son lecteur en le contraignant à vraiment regarder ses illustrations par des teintes très sombres et des contours difficiles à distinguer. du coup, quand il focalise une case sur une action ou une anatomie détaillée, l'implication du lecteur est plus importante et les détails s'incrustent dans sa rétine. le lecteur perçoit l'intensité de Raymond Delgado, et sa distance par rapport à ce que tout le monde s'accorde à être la réalité. L'apparence singulière des monstres devient immonde grâce à la forme abjecte de leur dentition, leur salive, etc. Bien sûr ces éléments ne sont pas nouveaux, mais la représentation de Templesmith leur rend toute leur horreur, leur impossibilité, leur inhumanité. le lecteur est sorti de sa zone de confort pour découvrir des individus abjects confrontés à des créatures monstrueuses. le style graphique sophistiqué et intellectualisé de Templesmith empoigne le lecteur et le plonge dans les sensations, dans le ressenti pour mieux le choquer et l'atteindre. Par exemple, Delgado mord un prisonnier après la douche. La case en question baigne dans un camaïeu de vert légèrement cafardeux qui recouvre indifféremment le fond indistinct et les personnages. Il y a un gros effet sonore "CHOMP", presque comique, le buste du prisonnier vu de devant et la tête de Delgado derrière dont les dents se fiche dans le cou du prisonnier. À part l'effet sanguinolent et l'impact de la prise de Delgado pour maintenir sa victime, le dessin reste assez retenu (pas de jet d'hémoglobine, pas de morceau déchiqueté dans la bouche, pas de détails chirurgicaux). du coup, le lecteur scrute la case suivante pour se rendre compte des dégâts. Or l'illustration n'est pas plus précise, le plan n'est pas plus rapproché, il faut donc bien regarder pour voir le morceau qui manque, et le lecteur se retrouve pris en flagrant délit de voyeurisme nauséabond.
Cette histoire met en scène des criminels immondes confrontés à des créatures inhumaines, pour un massacre gore et sanglant. le savoir faire de Ben Templesmith, son talent de conteur, permet de rendre viscérale cette histoire classique.
Une enquête visuellement envoûtante
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Ce tome regroupe les 6 épisodes de la minisérie parue en 1993. L'histoire se déroule après les évènements de Devil's Reign.
Quelque part dans un tripot, un homme joue et gagne au poker, de grosses sommes. Il s'appelle Calhoun, c'est un Grendel, une sorte de templier dédié au culte de Grendel, ayant prêté serment aux valeurs d'Orion Assante, premier Grendel-Khan du nom. Calhoun redistribue l'argent qu'il a gagné à des institutions charitables comme des orphelinats. Josef Mantovani n'est pas un Grendel, il a échoué aux tests. Il exerce le métier de détective privé et un propriétaire de restaurant lui a demandé d'enquêter sur meurtre de son frère. Son enquête l'amène à la nouvelle Orléans. Il y a également Alfred Bixby qui était comptable pour un groupe de Grendel, qui a pété les plombs, qui a revêtu l'habit et qui se prend pour un chevalier pourfendant les dragons (sa consommation de psychotropes est franchement déraisonnable). Il y a Gloria DeVere, une Grendel anglaise dont l'objectif est de sauvegarder les œuvres d'art des siècles passés. Justement un de ses informateurs lui a indiqué la présence d'une pièce inestimable à la Nouvelle Orléans. Dan cette ville se trouve également Renute, un autre Grendel qui est attiré par les pratiques vaudous.
En 1989, Matt Wagner estime qu'il a dit tout ce qu'il avait à dire avec le concept de Grendel. Il décide donc d'ouvrir le monde qu'il a créé à d'autres auteurs. Il ouvre sa création à un moment qui se situe plusieurs siècles dans l'avenir, après un effondrement global de la civilisation humaine et sa reconstruction par Orion Assante, un visionnaire exceptionnel qui a utilisé l'image de Grendel comme symbole de ses actions. Après sa mort le monde est toujours en phase de reconstruction et Grendel est le symbole d'une forme de police hétérogène et avec des idéaux chevaleresques.
James Robinson propose donc de suivre trois Gendel en titre et un en esprit dont les actions vont les amener à se rencontrer à la Nouvelle Orléans. le premier choc est visuel. le texte de Diana Schutz en fin de volume explique que Teddy Christiansen a mis 14 mois pour réaliser les 6 épisodes, et ça se voit. Il travaille directement à la peinture avec une vision pleinement formée de cet étrange future. La première page est une vue subjective d'un joueur de poker attablé à une partie, en pleine page. La fumée de cigarettes possède une densité impressionnante (elle est presque littéralement à couper au couteau). Les autres joueurs sont plongés dans une pénombre marron inquiétante. La deuxième page joue le contraste des couleurs puisqu'elle est dominée par une teinte rouge vive, dans le bureau de Mantovani. Les couleurs vertes de la jungle sud américaine où se trouve Bixby nagent dans une éclatante luminosité. Tout du long, Christiansen éclabousse ses pages de couleurs enchanteresses, osant tous les mélanges, y compris des compositions roses et vertes irrésistibles.
Les qualités de cet illustrateur ne s'arrêtent pas aux couleurs vibrantes, il y a une densité dans vision créatrice qui transforme chaque scène en un voyage exceptionnel, sans recourir à des mises en page alambiquées ou des dessins indéchiffrables. Sous son pinceau chaque personnage acquiert une densité de caractère incroyable. Gloria DeVere a la fois l'allure d'un garçon manqué, une légère préciosité qui sied à sa qualité de conservatrice, une forme trapue qui trahit son habitude de se battre. Elle est à l'opposé de tout cliché pour être unique. Les crises d'hallucinations de Bixby constitue des gemmes graphiques de délire maîtrisé, avec une reprise des codes visuels créés par Bernie Mireault dans The Devil Inside. Christiansen s'extirpe des lieux communs habituels des comics pour créer un junky bien parti, dangereux, avec une forme de noblesse inattendue. le récit de Robinson se trouve littéralement transfiguré par les riches visuels de Christiansen.
Le récit en lui-même s'avère intrigant pour le lecteur qui s'interroge sur la nature des liens qui rapprochent les quatre Grendel, sur la nature du complot ourdi à la Nouvelle Orléans et sur les raisons du meurtre initial pour lequel Mantoni a été embauché. Mais Robinson n'arrive pas à profiter pleinement de la thématique liée à Grendel. Il utilise les Grendel pour montrer que la violence corrompt cet ordre aux objectifs purs et altruistes. Mais les personnages ont du mal à dépasser leurs actions. Ils n'ont pas de vraie personnalité au-delà de la mission qu'ils se sont chacun assignés. Robinson privilégie franchement l'intrigue et le mystère lié à l'enquête aux dépends de vrais points de vue des Grendel. du coup le récit qui aurait pu donner des points de vue croisé sur les faits et les évènements reste dans le domaine de l'aventure, sans s'aventurer dans le polar psychologique ou social.
Ce premier récit franchisé dans le monde de Grendel se révèle une aventure graphique épatante, un mystère intéressant, mais avec des personnages qui ont du mal à exister en tant qu'individus.
Eobard Thawne
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Ce tome (édition 2015 d'Urban comics) regroupe les 5 épisodes de la minisérie parue en 2011. Cette histoire met fin à la continuité de l'univers partagé DC, telle qu'elle avait été développée depuis 1985 à partir de Crisis on Infinite Earths. Urban a placé en début de recueil, l'épisode 8 de la série Flash qui sert de prélude à Flashpoint.
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- Flash 8 (scénario de Geoff Johns, dessins et encrage de Scott Kolins) – Cet épisode raconte comment Eobard Thawne en est venu à maîtriser la source d'énergie qui donne ses pouvoirs à Flash.
Le choix d'Urban s'avère judicieux, puisque le lecteur peut découvrir les origines de ce personnage un peu mystérieux qui vient du futur. Geoff Johns dresse le portrait d'un individu égocentrique faisant un usage logique (à ses yeux) de sa découverte sur ses capacités à influer sur le temps, et sur le déroulement des événements.
Scott Kolins dessine en mode un peu plus canalisé qu'à son habitude, avec un bon niveau de détails pour donner de la consistance à ce récit qui se déroule dans un futur très lointain, sans rien perdre de sa capacité à représenter une énergie débridée et crépitante quand le récit le nécessite. 4 étoiles pour une introduction nécessaire au professeur Zoom.
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- Flashpoint (scénario de Geoff Johns, dessins d'Adam Kubert, encrage de Sandra Hope et Jesse Delperdang) - Barry Allen est le Flash, un superhéros costumé qui coure tellement vite que cela lui permet de courir sur l'eau. Il est basé à Central City, une ville fictive des États-Unis. Il fait partie de la Justice League of America (JLA). Il tire ses pouvoirs d'une source d'énergie appelée Speed Force, et il existe de nombreux autres superhéros dont les pouvoirs sont basés sur une vitesse surhumaine qui puisent à la même source.
Un collègue du laboratoire de police le tire de son assoupissement sur la paillasse et Barry Allen n'a plus de pouvoir. L'un de ses pires ennemis est le superhéros attitré de Central City : Citizen Cold (Leonard Snart). Nora Allen (sa mère) est toujours vivante, et Iris (sa femme dans la réalité d'origine) fréquente un autre homme. Il ne reste qu'un seul recours à Barry Allen : prendre contact avec Batman qui a lui aussi quelque peu changé. de son coté Victor Stone tente de rallier les différents superhéros de cette réalité pour enrayer la guerre qui sévit en Europe, entre New Themyscira (les amazones de Wonder Woman ont envahi et conquis le Royaume Uni) et New Atlantis (Aquaman a fait sombrer toute l'Europe occidentale et les atlantes se sont installés dans les cités submergées.
Flashpoint rentre dans la catégorie des crossovers, ces histoires qui rassemblent des dizaines de superhéros pour lutter contre des évènements cataclysmiques, avec des répercussions dans la quasi-intégralité des séries mensuelles de l'éditeur. Réussir un crossover demande un dosage d'une grande précision pour répondre aux contraintes imposées : faire apparaître un maximum de superhéros (les plus connus, et un bon échantillon des plus oubliés), concevoir une menace globale qui n'a pas déjà été vue 100 fois, orchestrer des combats titanesques avec des dizaines de personnages, et trouver un petit peu de place pour caser les émotions des uns et des autres (pour que le lecteur puisse développer un peu d'empathie).
Pour ce crossover, DC Comics a sorti l'artillerie lourde avec 15 miniséries de 3 épisodes chacune et 4 numéraux spéciaux. Ce déploiement gigantesque de titres supplémentaires profite à Geoff Johns : il se concentre uniquement sur l'intrigue principale en laissant le soin aux miniséries de développer. du coup Barry Allen a de la place pour exister (le nouveau Batman aussi), le lecteur a le temps d'apprécier ses émotions et peut s'impliquer dans les enjeux. Pour être parfaitement honnête, il vaut mieux connaître l'histoire de Barry Allen (au moins depuis "Rebirth") pour apprécier pleinement l'histoire. La contrepartie est que la version de la réalité de Flashpoint est plus évoquée que visitée. le résultat est prenant avec une montée en puissance progressive, de vrais défis pour Barry Allen et pour Batman, et une résolution satisfaisante. C'est une bonne histoire de superhéros, même si un ou deux détails déconcertent, tels que la manière dont Barry Allen récupère ses pouvoirs, ou son doigt cassé par Batman.
Coté graphique, DC Comics a confié les illustrations à une valeur sure : Andy Kubert, encré par Sandra Hope et Jesse Delperdang. Ils créent des images de superhéros traditionnelles, avec majoritairement un niveau de détails satisfaisant (sauf le dernier épisode qui compte 15 pages dépourvues de tout décor). Andy Kubert s'attache essentiellement aux personnages pour leur donner une apparence travaillée. Il est visible à la lecture qu'il a pris du temps pour créer des variations sur les costumes traditionnels des superhéros de l'univers DC. Pour les fans de cet univers, il est facile de reconnaître les superhéros habituels, et les nouvelles apparences constituent autant de petits cadeaux supplémentaires (je garde un bon souvenir de Element Woman (Emily Sung)). Parmi les autres bons cotés de ses illustrations, il y a la mise en page fluide, et un nombre de cases par pages de 5 à 7. Andy Kubert n'abuse pas des pleines pages et il prend le temps de construire des séquences de cases élaborées. Pour le reste, Andy Kubert propose des illustrations où les expressions des visages manquent de subtilité (il règne une certaine uniformité dans les visages). le rendu des décors correspond à une vision simpliste, plus qu'à une interprétation d'auteur. Et la largeur des épaules de Batman a tendance à varier de façon déconcertante. le lecteur retrouve donc Andy Kubert égal à lui-même : appliqué dans l'apparence des personnages, et dans la construction des enchaînements de cases, peu convaincant dans les expressions et dans la vision artistique. Enfin il est évident que les délais pour produire le dernier épisode ont dû être très serrés. Malgré tout, l'aspect graphique reste supérieur à la production de masse des comics de superhéros.
Flashpoint constitue un crossover bien ficelé, avec des illustrations de professionnels. Geoff a tiré le meilleur parti de la brièveté du récit pour se concentrer sur Flash et un ou deux autres personnages, tout en réussissant à donner une idée de l'ampleur des différences de ce monde par rapport à l'univers DC traditionnel. Il reste que les dessins restent limités au style comics en plus fouillés et plus dynamiques, et que le scénario débouche sur une résolution arbitraire qui laisse songeur.
Et après ? En 2004/2005, Geoff Johns entame sa progression inéluctable au sein de DC Comics en concevant et écrivant le retour d'Hal Jordan au poste de Green Lantern (dans Green Lantern rebirth). En 2009, il fait de même pour Barry Allen en le réinstituant dans le costume de Flash (voir Flash rebirth). Johns déclare dans les interviews que le temps est venu pour DC Comics de remettre sur le devant de la scène les incarnations les plus célèbres des personnages. Il est assez ironique et paradoxal de voir qu'en 2011, c'est ce même défenseur de la tradition qui se charge de fermer la porte de l'univers partagé DC tel qu'il existait depuis son redémarrage en 1985 avec Crisis on Infinite Earths. En septembre 2011, DC Comics frappe un grand coup (marketing) en redémarrant l'intégralité de ses séries au numéro 1 ; cet évènement est baptisé The new 52 (recueil des 52 nouveaux numéros 1).
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À moindres risques - Immersion en "salle de shoot"
J’ai lu cet album car j’espérais m’informer sur un sujet dont je sais peu de choses, et à ce titre, il a parfaitement rempli son rôle. Mat Let, dont c’est le premier album BD, a passé du temps avec les volontaires de diverses associations s’occupant d’une « salle de shoot », où les drogués peuvent venir s’injecter en toute sécurité. Les questions abondent : les associations fournissent-elles les drogues ? Quel genre de personne visite ce genre d’établissement ? Qu’en pensent les résidents du coin ? Il y a-t-il une suivie, des aides pour aider les usagers à arrêter ? Les nombreux témoignages de volontaires mais aussi d’usagers permettent d’apporter des réponses à ces questions cruciales. La postface de Médecins du Monde résume parfaitement la situation, et propose même des solutions sur le long terme à nos politiciens. La réalisation de l’album est excellente, la narration est fluide, le dessin est élégant et lisible. Si je devais chipoter, je dirais que les fonds souvent clairs font qu’il est parfois difficile de voir à qui sont rattachés les phylactères. Un album « témoignages » intéressant et instructif, qui me laisse sur la même impression que le récent Traversées - La Route de l'aventure chez le même éditeur, à savoir une admiration et un respect sans fin pour ces volontaires, véritables héros des temps modernes.
Nailbiter
Thriller horrifique en plein, Nailbiter a réussi à me tenir en haleine jusqu’au dernier tome. Et même si je n’ai pas trop apprécié ce dernier et les explications qu’il apporte (il y a je pense certaines incohérences avec des événements décrits précédemment), je trouve que la série est réussie dans l’ensemble et vaut le détour. De quoi ça cause ? D’un étrange bled perdu des Etats-Unis duquel sont issus un nombre étonnant de tueurs en série. Et non seulement le nombre a de quoi effrayer, mais en plus ces tueurs ont tous un modus operandi différent et des manies étranges. Warren, un de ces tueurs assez étonnamment acquitté, va vite se retrouver associé à l’inspecteur Finch dans une quête de la vérité qui tient quelque peu du jeu du chat et de la souris. Autour d’eux gravitent moult personnages, apportant à l’intrigue une richesse en profondeur et matière à renouvellement. Le suspense est constamment relancé. Les scènes d’horreur s’enchainent. Mais surtout, les personnages ne cessent de se dévoiler, et c’est certainement l’aspect que j’ai préféré. A commencer par Warren dont on ne sait jamais trop s’il est à plaindre ou à blâmer. Le dessin est agréable, très lisible. Les personnages sont bien typés. Les scènes d’horreur sont très gores à défaut d’être réellement angoissantes mais ce n’est pas un réel problème. Franchement, dans l’ensemble et dans son genre, c’est une série qui vaut le coup d’œil. Avec une conclusion plus convaincante, j’aurais poussé jusqu’au 4/5 avec coup de cœur. Ici, mon ressenti oscille entre le 3/5 et le 4/5.
Merel
Et bien ! Pour un premier album, je trouve que Clara Lodewick nous sort un très bel album. Son récit, qui s’articule autour de la médisance, de la mesquinerie et de l’effet de masse, m’a semblé très juste dans son analyse. Il s’en dégage beaucoup d’humanité, dans le bon sens comme dans le mauvais. Au niveau du dessin, c’est sans doute plus perfectible mais l’autrice a déjà une belle patte. Son découpage est clair, les personnages sont faciles à distinguer et leurs émotions passent au travers du dessin. Les cadrages proposent finalement peu de gros plans mais plutôt des tableaux d’ensemble qui permettent de visualiser plusieurs protagonistes dans un même temps, ce qui, je trouve, est très judicieux par rapport à l’histoire qui nous est racontée. L’histoire, elle, m’a beaucoup touché. Clara Lodewick nous plonge au cœur d’un petit village flamand, son concours avicole, son club de foot, son épicerie… et sa mentalité de village. A partir d’une répartie bien sentie, et peut-être un peu maladroite, la médisance va sévir au détriment de Merel, célibataire à l’âge mûr. La rumeur enfle, et avec elle, la méchanceté et l’hypocrisie. J’ai beaucoup aimé le fait que l’autrice ne pousse pas le bouchon trop loin. On reste sur une histoire réaliste, avec des personnages que l’on a le sentiment d’avoir croisés dans la vie réelle, avec des comportements, des réactions parfois stupides de méchanceté, parfois touchants et humbles. Vraiment un album qui m’a beaucoup plu, et qui devrait plaire aux amateurs de romans graphiques.
Corentin
Corentin est l’une des séries les plus anciennes du Journal Tintin puisque ce héros est présent dès 1946 dans l’hebdomadaire. Avec Hergé et Jacobs, Cuvelier est donc un des fondateurs du journal Tintin. Les deux premières histoires de Corentin font 64 et 62 pages ( L’extraordinaire odyssée de Corentin, les nouvelles aventures de Corentin). C’est l’époque où les rebondissements devaient s’enchaîner pour tenir en haleine le lecteur, parfois sans grande cohérence dans le récit. Les dialogues sont également très fournis un peu comme avec Jacobs. Tu n n’en reste pas moins étonnamment surpris par la qualité réaliste du dessin de Cuvelier; un dessin bien moins figé que celui d’un Jacques Martin par exemple qui officiait dans le journal Tintin à la même période. Puis Cuvelier pour qui la Bd était un art mineur repris la série quelques années plus tard en faisant cette fois appel à des scénaristes ( Van Hamme, Greg), et pas des moindres. « Le poignard magique » est un album de transition: énormément de cases par planche pour rester dans les clous des 62,planches, beaucoup de texte et un dessin qui évolue. A partir du « signe du Cobra » la série gagne en qualité: les récits sont plus structurés malgré les 44 planches, les couleurs de qualité pour l’époque, et le dessin des Cuvelier est toujours plus remarquable. Une des particularités de cette courte série est que le personnage de Corentin vieilli ce qui est très rare dans le monde de la Bd, et très novateur pour l’époque. La série prend fin en 1976 dans le Journal Tintin. On peut s’y replonger avec plaisir pour s’imprégner de cette bd d’aventures, ou un jeune breton se retrouve au Royaume des Indes en quête d’exotisme et d’aventures comme l’était le public de la Bd à cette époque d’après guerre.
Mortelle Adèle
J'aime beaucoup Mortelle Adèle. Et j'ai déjà 6 livres ,1 roman et 3 grandes aventures ! J'aime beaucoup, car grâce à Adèle, je me sens moins seule, des fois. J'aimerais bien être comme Adèle des fois, car elle dit ce qu'elle pense sur celles qui les embêtent, et j'aime sa personnalité, ses cheveux roux, avec deux grosses couettes derrière et son uniforme. Elle montre qu'on peut être qui on veut, où on veut. Et les dessins sont bien faits et l'imagination ne manque pas. Poussez vous les moches !
Le Rite
Aucun organisme ne peut grossir indéfiniment. Il finit inévitablement par s'effondrer sous son propre poids. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première publication date de 2022. Il a été entièrement réalisé par Amaury Bündgen, scénario et dessin. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc qui compte cent-deux planches. Dans une zone très montagneuse, des rapaces vols au-dessus des cimes. Sur des pentes rocheuses, sans une once de végétation, une silhouette encapuchonnée avance. L'homme serre bien sa cape autour de son cou. Il avance posément, avec un rythme régulier. Son regard est calme, il contemple les sommets devant lui. Il s'arrête protégé par un énorme rocher, derrière lequel il se cache. Il regarde tranquillement par-dessus. Au loin, il aperçoit une demi-douzaine de silhouettes en train de monter la garde, une lance à la main, autour d'un feu de camp. Il continue de marcher, en faisant en sorte de rester masqué par les rochers, pour que sa présence ne soit pas détectée. Il s'engage dans une grande vallée en hauteur, et il s'arrête au bord d'un ruisseau de montagne. Il se désaltère. Il reprend sa marche et le vent souffle fort de face. Il arrive à proximité d'un lac de montagne, en prenant soin de ne pas être aperçu. Il observe et détecte d'autres sentinelles. Il déjoue leur attention et parvient à continuer à avancer. Il s'assoit adossé à un rocher et il médite. Quand les nuages masquent le soleil, il se lève et marche vers la rive du lac. L'homme, un Kévark, laisse sa cape à capuche tomber à terre, il enlève ses bottes. Il prononce une courte incantation, effectue des passes avec les mains, en prononce une deuxième : une petite flamme apparaît entre ses paumes.il se sent investit d'une grande énergie. Il se remet en mouvement et il marche sur la surface de l'eau du lac. Arrivé au milieu de l'étendue d'eau, il s'assoit en position du lotus, toujours flottant à la surface. La nuit passe ainsi. À l'aube, un soldat haïmar va réveiller Osmir, un serviteur, pour qu'il aille chercher de l'eau lac. Celui-ci y va et commence à remplir sa jarre : il finit par remarquer la silhouette du Kévark au milieu du lac. Il va avertir les soldats haïmars. le soldat qui l'a réveillé se moque de sa frayeur, mais Osmir se montre insistant et les convainc quand il dit qu'il s'agit d'un Kevark. Un groupe d'une demi-douzaine de soldats va voir par eux-mêmes : c'est bien un Kevark, même si leur peuple a été exterminé. L'un d'eux rappelle que c'est un peuple d'illusionnistes et de menteurs. Dans une zone boisée non loin de là dans la même région, un centaure scorne suit la trace de son gibier, un roufle, aidé par Hardelin, son traqueur. Ce dernier se met à gesticuler en s'exclamant dans sa langue. le Scorne n'a pas tout compris, mais il a saisi le sens général : la proie est toute proche. Ils arrivent donc à l'issue de cette traque. Des préparatifs doivent être faits. le Scorne indique à Hardelin qu'il peut ranger sa lame. Il en faut une autre pour la mise à mort. Il lui recommande de bien prendre soin de ne pas sortir Aalbex de son étui. Les conditions ne sont pas réunies. Le lecteur regarde la couverture avec sa partie basse, l'eau, et sa partie haute, les pentes d'une montagne et la rive, et le personnage en plein rite qui fait le lien entre les deux. Il se lance dans sa lecture : quinze pages sans texte à suivre un individu progresser dans la montagne, jusqu'à s'assoir en tailleur sur l'eau d'un lac. La narration visuelle se fait par des dessins en noir & blanc, avec un trait fin et sec, parfois un peu plus épais et gras, des aplats de noir assez réduits de forme irrégulière. Une passe magique avec une incantation dans une langue inconnue, un simple glyphe, puis un second, la manifestation d'une énergie qui emplit l'individu. Une coiffure étrange, comme des tatouages sur le bas du visage. En page vingt-deux, le fil narratif quitte ce personnage et les soldats du campement avoisinant, pour prendre en cours de route la traque d'un animal sauvage, un roufle, par un centaure et un humanoïde à grosses moustaches, mais au visage caché par une capuche. le trait est toujours aussi fin et bien dosé pour évoquer l'herbe de la forêt, les troncs d'arbre et leur texture, les rochers et leurs aspérités, le déplacement mi-homme mi-bête de Hardelin, la majesté un peu lourde du centaure, et la forme très exotique de son arme blanche. Mais que se passe-t-il ? le narrateur sait très bien ce qu'il fait, il dose à la perfection les ingrédients de son récit, la manière dont il les égraine. le cerveau du lecteur effectue le travail de manière automatique et inconsciente. Un homme à l'allure étrange, aux habits moyenâgeux : une forme ou une autre du genre Fantasy. Des soldats, une guerre ou plutôt une conquête. Un centaure : des créatures fantastiques, avec des us et des coutumes barbares ou primordiaux. Le lecteur ne s'est rendu compte de rien : pourtant il est déjà en train de supputer, d'établir des liens de cause à effet, d'échafauder des schémas de fonctionnement, de s'interroger sur les motivations des uns et des autres, de projeter du sens sur la base des éléments épars dont il dispose. Il s'est pris au jeu, sans bien s'en rendre compte. Il regarde le Kévark (c'est le nom de son peuple, mais il n'est jamais mentionné son nom à lui) avancer dans la montagne et se prendre ce souffle de vent en pleine face, un instant comme il peut s'en produire en montagne. Il voit le Scorne tout à sa traque, une activité d'une grande importance dans sa culture, une traque qui participe à définir le personnage, sans qu'il n'en mesure bien toutes les ramifications. À partir de la page trente-deux, la situation est posée : un face-à-face entre ce Kévark immobile assis au beau milieu du lac, et le commandant de l'armée haïvar. La suite s'apparente donc à un face-à-face en deux parties, une nuit s'écoulant entre les deux, le commandant essayant d'établir le contact avec l'un des derniers représentants du peuple Kévark, d'abord avec un interprète, puis directement, et cet individu, peut-être un mage, seul face à une armée de la nation qui a anéanti son peuple. D'un point de vue narratif, cela constitue une gageure maintenir un suspense dans une longue discussion statique. L'auteur s'en sort très bien, car plusieurs questions posées par le Kévark appellent une réponse développant des faits passés, ce qui donne lieu à leur représentation : des femmes esclaves, la mythologie du peuple Kévark, les conquêtes successives des Haïmars, leur formidable armée, jusqu'à une bataille entre ces deux peuples donnant lieu à une superbe illustration en double page, soixante-dix et soixante-et-onze. En fonction des séquences, l'artiste peut aussi bien réaliser une narration séquentielle traditionnelle à base d'actions découpées dans des bandes de cases, que glisser vers un registre plus illustratif, pouvant évoque Hal Foster et Prince Vaillant. Alors même qu'il sent bien l'immobilité de la confrontation de ces échanges verbaux, le lecteur ne s'ennuie pas visuellement. le commandant a clairement expliqué à ses hommes la nature du lac : il est magique car pour les Kévarks c'est le lac originel, celui dont ils sont sortis à l'aube des temps. Puis la discussion s'engage entre le commandant et le Kévark, par l'entremise du traducteur, un érudit tavoule. le Kévark semble bien calme. La confrontation s'engage entre l'envahisseur, le commandant à la tête de sa puissante armée, et le faible individu. le commandant explicite clairement ce qu'il en est : les forts écrasent les faibles, et les autres doivent prendre parti. le rapport ne force ne laisse pas place au doute. Comme le Kévark au milieu du lac semble inoffensif, mais aussi inaccessible, le Haïmar accepte d'engager la conversation ; de toute façon, l'autre n'a aucune chance d'y réchapper. le fort donne donc sa version des faits, sa version de la conquête, sa version de la consolidation de la position de pouvoir de son peuple, la nécessité de faire plier les autres, de grossir. L'homme au milieu du lac pose des questions qui mettent en lumière les incohérences de cette version, le fait que ces démonstrations de force cachent une faiblesse, une inquiétude tout du moins. Il bénéficie en plus d'un témoin, le Scorne, un individu capable de réfléchir par lui-même, un allié de circonstance des Haïmars, mais qui ne leur est pas inféodé. le lecteur continue d'essayer d'anticiper les révélations, de détecter une conséquence implicite, une implication que l'un ou l'autre essaye de faire dire explicitement à son interlocuteur. Qu'est-il en train de se jouer ? Quel est l'enjeu ? Que peu un homme seul face à une armée ? Que prépare-t-il ? de temps à autre, une remarque en passant vient donner un autre sens à un fait évoqué précédemment. En fonction de ses lectures passées, le lecteur peut estimer qu'il y a peu de chances qu'un récit de Fantasy de plus puisse receler beaucoup de surprises. Pour autant, il se laisse vite prendre à la narration visuelle, solide et délicate, claire et minutieuse. Il note les noms exotiques, les petits décalages anatomiques, la présence d'un centaure, des armes blanches. Il se rend compte que l'auteur a su capturer son attention, et que sa narration engendre une envie d'anticiper, de faire des déductions pour comprendre. Il se retrouve à jauger les deux camps lors de cette conversation où à l'évidence l'un comme l'autre cherchent à faire admettre sa vérité à son ennemi. Il se fait cueillir par la résolution de ce conflit, implacable, sans être prévisible. Un récit sans concession, en forme de jeu de pouvoir et d'intimidation, sur la détermination des forts, et celles des faibles.
FreakAngels
Je me suis régalé. Ça m'aura occupé 2 belles soirées. Petite appréhension au début par rapport au dessin, que j'ai fini par vraiment apprécier au fil des tomes (même si j'ai toujours eu un peu de mal avec les visages). Friand des séries post-apocalyptiques, il ne m'en faut pas beaucoup pour apprécier une lecture de ce genre. J'ai rarement eu l'occasion de lire une série de ce type sur plusieurs tomes, donc c'était d'autant plus cool, surtout que j'ai adoré du début à la fin. Le scénario, qui pourrait sembler de déjà vu au premier abord, se révèle finalement vachement original, intéressant, et franchement bien construit. Les 12 (13 avec Alice) sont tous attachants à leur manière, j'ai eu un gros coup de coeur pour Arkady, que j'ai particulièrement appréciée pour sa douceur et sa joie de vivre.(Et c'est aussi le seul visage dont j'ai aimé le dessin et les expressions) Comme Gaston, j'ai vraiment bien aimé les dialogues, surtout l'humour souvent sarcastique que j'ai trouvé très réussi. Il n'y a pas énormément de violence (quoique), mais quand il y en a, il faut admettre que le dessinateur n'a pas été timide sur l'hémoglobine. Alors c'est vrai qu'en général, j'aime que la violence, s'il y en a, soit réaliste, mais ici c'était peut-être un peu trop ? La mise en page souvent découpée en 4 grandes cases, voire moins, est vraiment agréable à lire. Les cases sont la plupart du temps bien remplies, et en tant qu'amateur de post-apo, j'ai été servi comme il se doit en détails et décors. Mention spéciale pour les ciels magnifiques, très réalistes, on a l'impression que ce sont de vraies photos (peut-être que c'est le cas), en tout cas, ça n'a rien à voir avec le reste, et pourtant, ça colle parfaitement au décor. En bref, une très bonne histoire, j'ai vraiment passé un bon moment. Je ne pense pas spoiler en disant que c'est du post-apo fantastique. Il ne me reste plus qu'à découvrir d'autres séries de cet auteur...
Bienvenue à Hoxford
Immonde - Ce tome regroupe les 5 épisodes d'une minisérie initialement parue en 2008. Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre. Les six premières pages servent à présenter le personnage principal : Raymond Delgado. Cet homme d'une trentaine d'années est une force de la nature, il a le crâne rasé et il porte des lunettes. Dans son enfance, il a été victime d'abus sexuels de la part de son père et de son oncle. Il a été le souffre-douleur des enfants de son âge. Il a été traumatisé (à nouveau) par son expérience de soldat pendant la guerre. Il est interné dans une prison de très haute sécurité, condamné pour avoir tué 21 personnes (au moins). Aujourd'hui il est transféré dans une prison appelée Hoxford, avec un groupe d'autres détenus aussi monstrueux dont Morton (violeur d'enfants multirécidiviste), Burly Bill (violeur et meurtrier multirécidiviste) et Skinny (meurtrier et nécrophile). Les conditions d'incarcération à Hoxford sont sévères, ce qui n'empêche pas quelques dérapages sous les douches, ou dans les parties communes. le docteur Jessica Ainley qui suivait le traitement psychiatrique de Delgado se rend à Hoxford pour contrôler ses conditions de détention. Elle découvre que l'administration de la prison ne délivre pas les médicaments aux prisonniers. Mais elle va bientôt en savoir plus car sa visite tombe le jour où les responsables de Hoxford célèbrent un rituel séculaire. Dans l'introduction, Ben Templesmith explique qu'il avait toujours méprisé les loups garous dans le bestiaire des monstres horrifiques car il estime qu'ils font trop dessins animés, et pas assez peur. Or lui ce qu'il aime, c'est l'horreur qui fout la trouille, qui est contre nature, qui est perverse, malsaine, et primale. Il est le co-créateur avec Steve Niles de la série 30 jours de nuit. C'est également un illustrateur très particulier qui est connu pour avoir dessiné Fell de Warren Ellis. Ce tome commence comme un film de série Z qui se prend au sérieux en listant tous les sévices qu'a subis Delgado et en le décrivant comme une grosse brute énigmatique, victime de délires hallucinatoires. Il est dangereux, il a tué à plusieurs reprises et il est enfermé avec d'autres ayant commis des actes tellement barbares que la société souhaite les oublier, faute de pouvoir les exécuter du fait de l'absence de peine de mort. Ces individus aiment surtout parler de leurs crimes immondes et promettre qu'ils s'entretueront à la première occasion, avec sévices sexuels à la clef. Les dialogues sont malsains et il est visible que Templesmith raconte son récit au premier degré, sans aucune ironie. Arrivé à Hoxford, Templesmith introduit le responsable de l'établissement qui semble sadique à souhait, et le docteur Ainley qui semble destinée à être la frêle jeune femme qui jouera le rôle de l'otage. Mais petit à petit, les éléments graphiques attirent l'attention du lecteur sur des détails qui renforcent le premier degré d'une manière sinistre qui force son implication. Il est assez difficile de décrire le style de Templesmith. L'histoire commence avec une pleine page de la tête du père de Raymond Delgado s'apprêtant à le maltraiter alors qu'il est encore enfant. L'image est baignée dans une teinte jaune orangé évoquant la lumière crue d'une ampoule non protégée, mais qui n'arrive pas à dissiper la noirceur du monde. Son père est fort et gras, il a un visage asymétrique avec des yeux de taille différente, un gros pif, une grimace qui lui découvre 24 dents (anatomiquement impossible) et il est vêtu d'un marcel qu'on suppose crade. Il n'y a aucune information visuelle sur le lieu. En fait la scène suivante avec les persécuteurs de l'école baigne dans la même lumière, toujours sans décors, et il en va de même pour la scène sur le champ de bataille. Il faut presque attendre le voyage en bus pour commencer à voir apparaître les bancs improbables et les chaines qui assurent l'immobilité des prisonniers. Par contre quand Jessica Ainley se tient à l'extérieur de Hoxford, Templesmith utilise l'infographie pour insérer une photographie retouchée d'un bâtiment en fond de case. Il sur-imprime parfois des trames aux dessins pour leur donner une texture. La prédominance des couleurs sombres et des contours de formes délavées demandent une forte attention du lecteur qui s'implique dans l'observation des cases. le rendu des personnages oscille entre la caricature avec un langage corporel exagéré et des formes parfois proches de l'esquisse rapide. Parfois Templesmith choisit de privilégier l'impact visuel au détriment de tout réalisme en tirant ses représentations vers le symbolisme ou l'abstraction. Il ne représente plus vraiment la réalité de l'action, mais plus l'idée sous-jacente, l'impression, les sensations. Ben Templesmith ne s'embarrasse pas de réalisme et il joue avec son lecteur en le contraignant à vraiment regarder ses illustrations par des teintes très sombres et des contours difficiles à distinguer. du coup, quand il focalise une case sur une action ou une anatomie détaillée, l'implication du lecteur est plus importante et les détails s'incrustent dans sa rétine. le lecteur perçoit l'intensité de Raymond Delgado, et sa distance par rapport à ce que tout le monde s'accorde à être la réalité. L'apparence singulière des monstres devient immonde grâce à la forme abjecte de leur dentition, leur salive, etc. Bien sûr ces éléments ne sont pas nouveaux, mais la représentation de Templesmith leur rend toute leur horreur, leur impossibilité, leur inhumanité. le lecteur est sorti de sa zone de confort pour découvrir des individus abjects confrontés à des créatures monstrueuses. le style graphique sophistiqué et intellectualisé de Templesmith empoigne le lecteur et le plonge dans les sensations, dans le ressenti pour mieux le choquer et l'atteindre. Par exemple, Delgado mord un prisonnier après la douche. La case en question baigne dans un camaïeu de vert légèrement cafardeux qui recouvre indifféremment le fond indistinct et les personnages. Il y a un gros effet sonore "CHOMP", presque comique, le buste du prisonnier vu de devant et la tête de Delgado derrière dont les dents se fiche dans le cou du prisonnier. À part l'effet sanguinolent et l'impact de la prise de Delgado pour maintenir sa victime, le dessin reste assez retenu (pas de jet d'hémoglobine, pas de morceau déchiqueté dans la bouche, pas de détails chirurgicaux). du coup, le lecteur scrute la case suivante pour se rendre compte des dégâts. Or l'illustration n'est pas plus précise, le plan n'est pas plus rapproché, il faut donc bien regarder pour voir le morceau qui manque, et le lecteur se retrouve pris en flagrant délit de voyeurisme nauséabond. Cette histoire met en scène des criminels immondes confrontés à des créatures inhumaines, pour un massacre gore et sanglant. le savoir faire de Ben Templesmith, son talent de conteur, permet de rendre viscérale cette histoire classique.
Grendel
Une enquête visuellement envoûtante - Ce tome regroupe les 6 épisodes de la minisérie parue en 1993. L'histoire se déroule après les évènements de Devil's Reign. Quelque part dans un tripot, un homme joue et gagne au poker, de grosses sommes. Il s'appelle Calhoun, c'est un Grendel, une sorte de templier dédié au culte de Grendel, ayant prêté serment aux valeurs d'Orion Assante, premier Grendel-Khan du nom. Calhoun redistribue l'argent qu'il a gagné à des institutions charitables comme des orphelinats. Josef Mantovani n'est pas un Grendel, il a échoué aux tests. Il exerce le métier de détective privé et un propriétaire de restaurant lui a demandé d'enquêter sur meurtre de son frère. Son enquête l'amène à la nouvelle Orléans. Il y a également Alfred Bixby qui était comptable pour un groupe de Grendel, qui a pété les plombs, qui a revêtu l'habit et qui se prend pour un chevalier pourfendant les dragons (sa consommation de psychotropes est franchement déraisonnable). Il y a Gloria DeVere, une Grendel anglaise dont l'objectif est de sauvegarder les œuvres d'art des siècles passés. Justement un de ses informateurs lui a indiqué la présence d'une pièce inestimable à la Nouvelle Orléans. Dan cette ville se trouve également Renute, un autre Grendel qui est attiré par les pratiques vaudous. En 1989, Matt Wagner estime qu'il a dit tout ce qu'il avait à dire avec le concept de Grendel. Il décide donc d'ouvrir le monde qu'il a créé à d'autres auteurs. Il ouvre sa création à un moment qui se situe plusieurs siècles dans l'avenir, après un effondrement global de la civilisation humaine et sa reconstruction par Orion Assante, un visionnaire exceptionnel qui a utilisé l'image de Grendel comme symbole de ses actions. Après sa mort le monde est toujours en phase de reconstruction et Grendel est le symbole d'une forme de police hétérogène et avec des idéaux chevaleresques. James Robinson propose donc de suivre trois Gendel en titre et un en esprit dont les actions vont les amener à se rencontrer à la Nouvelle Orléans. le premier choc est visuel. le texte de Diana Schutz en fin de volume explique que Teddy Christiansen a mis 14 mois pour réaliser les 6 épisodes, et ça se voit. Il travaille directement à la peinture avec une vision pleinement formée de cet étrange future. La première page est une vue subjective d'un joueur de poker attablé à une partie, en pleine page. La fumée de cigarettes possède une densité impressionnante (elle est presque littéralement à couper au couteau). Les autres joueurs sont plongés dans une pénombre marron inquiétante. La deuxième page joue le contraste des couleurs puisqu'elle est dominée par une teinte rouge vive, dans le bureau de Mantovani. Les couleurs vertes de la jungle sud américaine où se trouve Bixby nagent dans une éclatante luminosité. Tout du long, Christiansen éclabousse ses pages de couleurs enchanteresses, osant tous les mélanges, y compris des compositions roses et vertes irrésistibles. Les qualités de cet illustrateur ne s'arrêtent pas aux couleurs vibrantes, il y a une densité dans vision créatrice qui transforme chaque scène en un voyage exceptionnel, sans recourir à des mises en page alambiquées ou des dessins indéchiffrables. Sous son pinceau chaque personnage acquiert une densité de caractère incroyable. Gloria DeVere a la fois l'allure d'un garçon manqué, une légère préciosité qui sied à sa qualité de conservatrice, une forme trapue qui trahit son habitude de se battre. Elle est à l'opposé de tout cliché pour être unique. Les crises d'hallucinations de Bixby constitue des gemmes graphiques de délire maîtrisé, avec une reprise des codes visuels créés par Bernie Mireault dans The Devil Inside. Christiansen s'extirpe des lieux communs habituels des comics pour créer un junky bien parti, dangereux, avec une forme de noblesse inattendue. le récit de Robinson se trouve littéralement transfiguré par les riches visuels de Christiansen. Le récit en lui-même s'avère intrigant pour le lecteur qui s'interroge sur la nature des liens qui rapprochent les quatre Grendel, sur la nature du complot ourdi à la Nouvelle Orléans et sur les raisons du meurtre initial pour lequel Mantoni a été embauché. Mais Robinson n'arrive pas à profiter pleinement de la thématique liée à Grendel. Il utilise les Grendel pour montrer que la violence corrompt cet ordre aux objectifs purs et altruistes. Mais les personnages ont du mal à dépasser leurs actions. Ils n'ont pas de vraie personnalité au-delà de la mission qu'ils se sont chacun assignés. Robinson privilégie franchement l'intrigue et le mystère lié à l'enquête aux dépends de vrais points de vue des Grendel. du coup le récit qui aurait pu donner des points de vue croisé sur les faits et les évènements reste dans le domaine de l'aventure, sans s'aventurer dans le polar psychologique ou social. Ce premier récit franchisé dans le monde de Grendel se révèle une aventure graphique épatante, un mystère intéressant, mais avec des personnages qui ont du mal à exister en tant qu'individus.
Flashpoint
Eobard Thawne - Ce tome (édition 2015 d'Urban comics) regroupe les 5 épisodes de la minisérie parue en 2011. Cette histoire met fin à la continuité de l'univers partagé DC, telle qu'elle avait été développée depuis 1985 à partir de Crisis on Infinite Earths. Urban a placé en début de recueil, l'épisode 8 de la série Flash qui sert de prélude à Flashpoint. - - Flash 8 (scénario de Geoff Johns, dessins et encrage de Scott Kolins) – Cet épisode raconte comment Eobard Thawne en est venu à maîtriser la source d'énergie qui donne ses pouvoirs à Flash. Le choix d'Urban s'avère judicieux, puisque le lecteur peut découvrir les origines de ce personnage un peu mystérieux qui vient du futur. Geoff Johns dresse le portrait d'un individu égocentrique faisant un usage logique (à ses yeux) de sa découverte sur ses capacités à influer sur le temps, et sur le déroulement des événements. Scott Kolins dessine en mode un peu plus canalisé qu'à son habitude, avec un bon niveau de détails pour donner de la consistance à ce récit qui se déroule dans un futur très lointain, sans rien perdre de sa capacité à représenter une énergie débridée et crépitante quand le récit le nécessite. 4 étoiles pour une introduction nécessaire au professeur Zoom. - - Flashpoint (scénario de Geoff Johns, dessins d'Adam Kubert, encrage de Sandra Hope et Jesse Delperdang) - Barry Allen est le Flash, un superhéros costumé qui coure tellement vite que cela lui permet de courir sur l'eau. Il est basé à Central City, une ville fictive des États-Unis. Il fait partie de la Justice League of America (JLA). Il tire ses pouvoirs d'une source d'énergie appelée Speed Force, et il existe de nombreux autres superhéros dont les pouvoirs sont basés sur une vitesse surhumaine qui puisent à la même source. Un collègue du laboratoire de police le tire de son assoupissement sur la paillasse et Barry Allen n'a plus de pouvoir. L'un de ses pires ennemis est le superhéros attitré de Central City : Citizen Cold (Leonard Snart). Nora Allen (sa mère) est toujours vivante, et Iris (sa femme dans la réalité d'origine) fréquente un autre homme. Il ne reste qu'un seul recours à Barry Allen : prendre contact avec Batman qui a lui aussi quelque peu changé. de son coté Victor Stone tente de rallier les différents superhéros de cette réalité pour enrayer la guerre qui sévit en Europe, entre New Themyscira (les amazones de Wonder Woman ont envahi et conquis le Royaume Uni) et New Atlantis (Aquaman a fait sombrer toute l'Europe occidentale et les atlantes se sont installés dans les cités submergées. Flashpoint rentre dans la catégorie des crossovers, ces histoires qui rassemblent des dizaines de superhéros pour lutter contre des évènements cataclysmiques, avec des répercussions dans la quasi-intégralité des séries mensuelles de l'éditeur. Réussir un crossover demande un dosage d'une grande précision pour répondre aux contraintes imposées : faire apparaître un maximum de superhéros (les plus connus, et un bon échantillon des plus oubliés), concevoir une menace globale qui n'a pas déjà été vue 100 fois, orchestrer des combats titanesques avec des dizaines de personnages, et trouver un petit peu de place pour caser les émotions des uns et des autres (pour que le lecteur puisse développer un peu d'empathie). Pour ce crossover, DC Comics a sorti l'artillerie lourde avec 15 miniséries de 3 épisodes chacune et 4 numéraux spéciaux. Ce déploiement gigantesque de titres supplémentaires profite à Geoff Johns : il se concentre uniquement sur l'intrigue principale en laissant le soin aux miniséries de développer. du coup Barry Allen a de la place pour exister (le nouveau Batman aussi), le lecteur a le temps d'apprécier ses émotions et peut s'impliquer dans les enjeux. Pour être parfaitement honnête, il vaut mieux connaître l'histoire de Barry Allen (au moins depuis "Rebirth") pour apprécier pleinement l'histoire. La contrepartie est que la version de la réalité de Flashpoint est plus évoquée que visitée. le résultat est prenant avec une montée en puissance progressive, de vrais défis pour Barry Allen et pour Batman, et une résolution satisfaisante. C'est une bonne histoire de superhéros, même si un ou deux détails déconcertent, tels que la manière dont Barry Allen récupère ses pouvoirs, ou son doigt cassé par Batman. Coté graphique, DC Comics a confié les illustrations à une valeur sure : Andy Kubert, encré par Sandra Hope et Jesse Delperdang. Ils créent des images de superhéros traditionnelles, avec majoritairement un niveau de détails satisfaisant (sauf le dernier épisode qui compte 15 pages dépourvues de tout décor). Andy Kubert s'attache essentiellement aux personnages pour leur donner une apparence travaillée. Il est visible à la lecture qu'il a pris du temps pour créer des variations sur les costumes traditionnels des superhéros de l'univers DC. Pour les fans de cet univers, il est facile de reconnaître les superhéros habituels, et les nouvelles apparences constituent autant de petits cadeaux supplémentaires (je garde un bon souvenir de Element Woman (Emily Sung)). Parmi les autres bons cotés de ses illustrations, il y a la mise en page fluide, et un nombre de cases par pages de 5 à 7. Andy Kubert n'abuse pas des pleines pages et il prend le temps de construire des séquences de cases élaborées. Pour le reste, Andy Kubert propose des illustrations où les expressions des visages manquent de subtilité (il règne une certaine uniformité dans les visages). le rendu des décors correspond à une vision simpliste, plus qu'à une interprétation d'auteur. Et la largeur des épaules de Batman a tendance à varier de façon déconcertante. le lecteur retrouve donc Andy Kubert égal à lui-même : appliqué dans l'apparence des personnages, et dans la construction des enchaînements de cases, peu convaincant dans les expressions et dans la vision artistique. Enfin il est évident que les délais pour produire le dernier épisode ont dû être très serrés. Malgré tout, l'aspect graphique reste supérieur à la production de masse des comics de superhéros. Flashpoint constitue un crossover bien ficelé, avec des illustrations de professionnels. Geoff a tiré le meilleur parti de la brièveté du récit pour se concentrer sur Flash et un ou deux autres personnages, tout en réussissant à donner une idée de l'ampleur des différences de ce monde par rapport à l'univers DC traditionnel. Il reste que les dessins restent limités au style comics en plus fouillés et plus dynamiques, et que le scénario débouche sur une résolution arbitraire qui laisse songeur. Et après ? En 2004/2005, Geoff Johns entame sa progression inéluctable au sein de DC Comics en concevant et écrivant le retour d'Hal Jordan au poste de Green Lantern (dans Green Lantern rebirth). En 2009, il fait de même pour Barry Allen en le réinstituant dans le costume de Flash (voir Flash rebirth). Johns déclare dans les interviews que le temps est venu pour DC Comics de remettre sur le devant de la scène les incarnations les plus célèbres des personnages. Il est assez ironique et paradoxal de voir qu'en 2011, c'est ce même défenseur de la tradition qui se charge de fermer la porte de l'univers partagé DC tel qu'il existait depuis son redémarrage en 1985 avec Crisis on Infinite Earths. En septembre 2011, DC Comics frappe un grand coup (marketing) en redémarrant l'intégralité de ses séries au numéro 1 ; cet évènement est baptisé The new 52 (recueil des 52 nouveaux numéros 1).