Les derniers avis (39871 avis)

Couverture de la série Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes

Tiens, je n'ai toujours pas avisé cette série ! Réparons cet affront ! "Calvin et Hobbes", c'est l'une de mes séries du cœur, l'une de celle que j'avais découverte étant encore enfant (bon, grande enfant pour le coup) et qui non seulement m'avaient donné une vraie claque mais avait surtout réussi à me marquer pour la vie. C'est simple, fut un temps, mon rituel quand je tombais malade était d'envoyer mon père me chercher les Calvin et Hobbes à la bibliothèque pour les relire. C'est vraiment pour moi une BD du réconfort. Pour celleux ne connaissant pas la série, il s'agit de strips humoristiques mettant en scène Calvin, enfant extrêmement turbulant ayant tendance à vivre dans son monde. Son acolyte est Hobbes, son tigre en peluche qui prend vie dès lors qu'ils sont seuls et avec qui il fait de grandes réflexions et de petites piques sur la vie. Calvin et Hobbes, c'est l'histoire du sale gamin par excellence, attachant dans son imagination enfantine et ses réflexions poussées, contrebalancé par son ami imaginaire plus terre à terre jouant plus ou moins le rôle de la "voix de la raison". Bon, voilà, le fond est profond et touchant dans son humanité, mais quid de l'humour ? Cela reste une série humoristique, après tout ! Il est drôle. Cela reste subjectif, mais pour quiconque aime l'humour de répartie, les répliques pince-sans-rire et le sarcasme, "Calvin et Hobbes" reste une référence du genre, encore parfaitement lisible et appréciable par des enfants aujourd'hui. Et toujours bon à l'âge adulte, d'ailleurs ! J'en profite pour féliciter l'intégrité artistique de Bill Watterson qui a su arrêter sa série phare quand il a senti que l'inspiration lui manquait et qui a tenu à s'assurer que la reprise mercantile de ses personnages soient plus compliquée. Cela reste suffisamment rare pour mériter un applaudissement.

06/03/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Idéal
Idéal

Elle est censée être en capacité d’interpréter les désirs d’autrui. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Baptiste Chaubard pour le scénario, et par Thomas Hayman pour les dessins et la couleur. Il compte deux-cent-quarante-neuf pages de bande dessinée. De nombreuses personnes montent le long escalier menant à un temple. Edo Nishimarru effectue la même ascension, tout en fumant tranquillement une cigarette, avec un petit paquet cadeau à la main. Il observe le mont Fuji dans le lointain. Il voit un couple se tenir serré l’un contre l’autre en admirant la vue. Il voit un groupe de trois collégiennes ayant posé leur sac sur les marches et papotant en admirant la vue. Il regarde une jeune femme se faire photographier devant un buste commémoratif, celui de Hideo Nishimaru, 2095-2155. Il commence à redescendre ; sur un palier il croise une femme en habit traditionnel, kimono, ombrelle, geta. Il apprécie cette vision. Arrivé en bas, il prend un taxi, son regard se perd dans le paysage qui défile. La route en corniche l’amène jusqu’au portail imposant d’une grande propriété. Il se fait déposer, et il marche sur les pas japonais jusqu’à sa luxueuse demeure. Il dépose son paquet cadeau sur la table basse et s’assoit sur le canapé. Sur leur terrasse, son épouse Hélène Ishimaru contemple également le mont Fuji. Elle observe un oiseau perché sur une branche. Elle quitte sa robe transparente et elle rentre doucement dans l’eau de la piscine. L’oiseau s’est envolé et il vient se cogner à la baie vitre, tombant assommé. Hélène le ramasse et le met dans une cage : il n’est pas encore capable de voler de ses propres ailes. En passant devant la baie vitrée, elle regarde sa silhouette, plutôt satisfaite, même si les marques de l’âge sont bien présentes. Hélène décide de rentrer dans la maison. Elle monte l’escalier jusqu’à l’étage. Elle passe devant le piano dont elle caresse le bois. Elle traverse l’immense chambre, et jette un coup d’œil dans sa grande penderie pour choisir une robe. Elle se rend dans la magnifique salle de bain, où elle profite de la grande baignoire carrée. À l’extérieure, Osachi simplement vêtue d’un short de bain plonge en apnée pour aller pêcher un ormeau, qu’elle détache avec son couteau, et elle remonte. Elle met sa prise dans le seau en bois qui flotte. Elle prend le seau et le dépose dans sa barque, dans laquelle elle monte. Elle rame jusqu’à la petite crique. Elle hale la barque sur le sable. Elle s’habille avec une jupe et un corsage stricts, et met son tablier. Tenant le seau de bois de la main droite, elle avance vers l’escalier de pierre qu’elle monte. Elle rentre dans les communs de la villa, et elle offre un ormeau au chat qui l’attend. Elle passe à côté de la piscine et elle rentre à l’intérieur. Elle entame les tâches domestiques : laver le sol avec un balai, faire les carreaux, rincer le chiffon, faire tourner la machine à laver le linge, briser quelques coquilles et découper les coquillages pour préparer de délicats nigiris dans une cuisine étincelante. Quelle puissance de séduction ! Tout commence avec cette couverture énigmatique : une femme qui regarde le mont Fuji depuis une terrasse avec piscine, avec une belle baie à ses pieds, un transat en bois assez classique, un pied-table design pour le parasol, un dallage soigné, un bel arbre. Le lecteur ouvre ce tome épais avec un beau dos toilé : les pages intérieures bénéficient de la même minutie que l’image de couverture, même trait de contour fin et souple, mêmes textures à l’apparence mécanographiée, des couleurs majoritairement en aplat, quelques dégradés organiques, même sensibilité pour les compositions travaillées. L’amateur d’aménagement est aux anges : le portail arrondi dans le mur d’enceinte de la propriété, l’entrée avec son meuble métallique à chaussures, la table évidée avec les beaux vases, les bonsaïs, les panneaux glissants, les grandes baies vitrées assurant une grande transparence à la construction, l’arbre intérieur dans une énorme pièce, le beau piano à queue, les tableaux de paysage aux murs, la baignoire avec une vasque débordante pour la remplir, le futon et les tatamis dans la chambre à coucher à l’ameublement minimaliste, la pièce à vivre plus encombrée de la bonne avec un petit autel et son bâtonnet d’encens en mémoire de son défunt mari, la maison plus traditionnelle de l’oncle Nishimaru Ueda, l’architecture plus moderne du Philharmonique, la magnifique vue de dessus de la propriété pour la réception avec son petit pavillon du jardin, etc. D’un côté, le phénomène d’exotisme joue à plein pour le lecteur occidental ; de l’autre côté, il ressent une vraie sensibilité pour ce Japon traditionnel, avec un degré d’authenticité qui dépasse la carte postale sans âme. Le choix du Japon va au-delà d’un simple artifice de dépaysement : l’Histoire de ce pays joue un rôle important dans l’intrigue. En effet, le gouvernement a décidé que voilà trop longtemps que le Japon est à l’école de l’occident qu’il est temps, et plus que temps, que le pays ferme ses portes à ce monde extérieur qui sombre et s’éteint. Ainsi s’est exprimé lundi soir le député Takizawa Bakin, du groupe majoritaire à la chambre des représentants, lors de la présentation du projet de loi sur la fermeture. Il est vraisemblable qu’en quelques mois, le pays se refermera comme sous le règne des Tokugawa, il y a six cents ans. Cette décision a une incidence directe sur la situation d’Hélène, une occidentale, l’épouse d’Edo Nishimaru. La mise en scène de la demeure traditionnelle, des quelques concessions d’aménagement moderne constitue autant d’éléments narratifs indispensables à l’intrigue, indissociables de l’histoire. Régulièrement, le lecteur prend conscience qu’un élément visuel vu quelques pages avant acquiert une autre dimension à la lecture d’une nouvelle information. Par exemple, le personnage principal masculin se tient devant le buste commémoratif d’Hideo Nishimaru en page dix. Le lecteur suppose que cette marque de respect sert surtout à donner une indication de l’époque (l’homme est décédé en 2155, il s’agit donc d’un récit entre anticipation et science-fiction), et un peu à donner une idée de l’importance du passé pour Edo. Ce n’est qu’en page cent-vingt qu’un autre personnage salue Edo par son nom de famille, et que le lecteur fait le lien avec le buste. Dans un premier temps, le lecteur se laisse porter par la douceur de la narration. Le récit s’ouvre avec une séquence de trente pages, dépourvue de tout mot. Les personnages se conduisent comme des adultes, calmement et posément. Il n’y a qu’à regarder les cases : les enchaînements sont évidents de l’une à l’autre, ne nécessitant aucun effort de compréhension. Le lecteur fait tranquillement connaissance avec l’un, puis avec l’autre : le mari Edo Shinimaru, son épouse Hélène et Osachi la bonne. Il effectue des déductions basiques : la situation financière très aisée du couple, l’activité de pêche traditionnelle aux ormeaux de l’employée de maison en plus de son travail, la sollicitude d’Hélène pour l’oiseau, celle d’Osachi pour le chat. La première discussion intervient en page trente-neuf, entre les époux. De temps à autre, le lecteur passe dans un autre mode de lecture, reliant un élément à un autre. Ainsi il remarque les mouvements réflexes d’Hélène se frottant le poignet, le piano, l’image d’elle-même dans un lit d’hôpital. À d’autres moments, il relève une forme de métaphore : cet oiseau qui se cogne contre une barrière qu’il n’a pas vu, et Hélène qui se heurte aux conséquences d’être une étrangère, une occidentale au Japon et qui se heurte à des barrières sociales dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Au cours du récit, le lecteur relève plusieurs thèmes qui se nourrissent les uns les autres. L’intrigue principale correspond à la relation de couple entre les époux Nishimaru : les conséquences de l’accident d’Hélène, sa décision de faire entrer une Intelligence Artificielle Humanisée (IAH) dans leur demeure, le risque de perdre son poste au Philharmonique. Il s’agit d’un drame : la pianiste sait que : Personne ne se rend compte de tout ce qu’elle a dû sacrifier, pour devenir une artiste exceptionnelle. De tout ce que ça lui a coûté. Des milliers d’heures… Sans aucune distraction… Toute son enfance… Toute son adolescence… Les concours… Les représentations… C’est toute sa vie. Jouer… C’est la seule chose qu’elle sache vraiment faire. Le lecteur se rend compte que le comportement de l’oiseau en cage évoque une facette de la situation d’Hélène. C’est également l’histoire d’une relation de couple : Hélène a fait le constat du temps qui passe, des décennies qui s’accumulent et que le temps est loin de la beauté et de la passion de la jeunesse. En pleine crise existentielle, elle décide d’offrir un cadeau à son mari, une sorte de robot de substitution. Son époux se retrouve ainsi soumis à une tentation cornélienne : rester fidèle à son épouse, ou rester fidèle à ce qu’a été son épouse. La réaction politique du gouvernement du Japon de refermer les frontières incarne également la réaction face à l’étranger, or Hélène est une étrangère. Cela a induit des changements dans son époux qui a accepté d’intégrer des éléments modernes dans la maison traditionnelle de son père. Cette union maritale devient à son tour une métaphore de toute union, des conséquences de l’apport d’éléments exogène dans l’environnement de vie d’un individu, la capacité de l’être humain à accepter, ou plutôt à s’adapter au changement. Capacité qui semble décroître avec les années qui passent, voire qui peut évoluer en rejet. Le récit va encore plus loin avec Kai, l’IAH : elle dispose de la capacité d’interpréter les désirs d’autrui. Hélène explique : Son fonctionnement repose principalement sur une capacité d’analyse comportementale. Elle étudie aussi les changements de température chez son interlocuteur, et le type de phéromones qu’il dégage. Avec tout ça, elle calcule une forte probabilité d’une catégorie de désir ou d’humeur. Dès qu’elle sent un désir assez fort pour retenir son attention, elle va chercher à le satisfaire par le moyen le plus efficace. Elle agit comme un écho à ce que désire le plus ardemment le cœur d’un individu, d’un être vivant. Cela induit un questionnement à deux niveaux. Comment va se comporter Kai confrontée à deux désirs inconciliables : celui de l’oiseau qui veut être libre, et celui du chat qui veut manger l’oiseau ? À un autre niveau, l’androïde Kai incarne également un être humain qui serait guidé par l’empathie, et qui se mettrait en devoir d’aider son prochain. Comment l’individu peut-il adapter son comportement pour répondre aux attentes intimes et parfois inconscientes d’un autre ? Une forme d’amour inconditionnel. Les auteurs montrent l’effet de la démarche de Kai sur Edo et sur Hélène, mais aussi sur Osachi pour qui la présence de Kai s’avère bénéfique. Le lecteur en vient à s’interroger sur ce qui dans la personnalité d’Osachi fait que le contentement de ses désirs constitue une amélioration ce qui n’est pas le cas pour les époux Nishimaru. Il pense aux pulsions du chat et de l’oiseau, aux lectures possibles de cette métaphore des désirs des personnages humains. Une copieuse bande dessinée, avec de beaux dessins un peu maniérés et une narration éthérée ? Oui, il y a de cela… Et beaucoup plus. Un récit d’anticipation avec un androïde dédié au contentement des aspirations profondes des individus ? Aussi, et c’est une intrigue poignante amenant à s’interroger sur sa propre relation à autrui. Un drame tragique ? Certes, générant une prise de conscience et une réflexion sur la nostalgie, sur le temps qui passe, les évolutions et les changements inéluctables, la capacité de s’y adapter, l’altérité, l’attachement à la tradition, la distance émotionnelle et les expériences de vie qui éloignent et qui séparent, les circonstances qui remettent en question des choix de vie, des investissements personnels et sacrifices réalisés pendant des décennies. Bouleversant.

06/03/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Le Fils de Taïwan
Le Fils de Taïwan

3.5 Un manhua très intéressant parce que c'est la biographie de Kunlin Tsai, un taiwanais qui a fait divers métiers dans sa vie incluant éditeurs de manhua et traducteur de mangas. Ce qui est passionnant dans cette série est qu'au travers la vie de Kunlin on voit aussi l'évolution de la société taiwanais durant le 20ème siècle. Il est né en 1930 et a donc vécu sa jeunesse sous l'occupation japonaise de l'ile. Ensuite, le Japon perd la guerre et Taiwan redevient chinois. La guerre civile a lieu en Chine, les communistes gagnent les nationalistes se replient sur l'ile transformé en dictateur. C'est durant une période de terreur que le pauvre Kunlin va se retrouver prisonnier politique pendant une décennie entière pour des crimes qu'il n'a pas commis (le seul truc qu'il a fait s'est....participé au club de lecture de son école). Lorsqu'il sort il va continuer a subir un régime autoritaire jusqu'à ce que tout change dans les années 80 et que le pays devient démocratique même si cela va prendre du temps pour que le gouvernement reconnaisse les crimes du régime dictatorial et la génération de Kunlin a apprit toute sa vie à se la fermer et subir les événements. On a aussi droit au début de chaque volume à des textes qui expliquent la situation de Taiwan, notamment les changements dans les langues parlés qui ont fait en sorte que la génération de Kunlin est facilement devenue trilingue. Taiwan était un pays dont je ne connaissais que les grandes lignes de son histoire et aussi un peu de sa situation actuelle. Cette série m'a donc appris beaucoup de choses. Même si la situation de Taiwan est particulière, il y a malheureusement des éléments que l'on retrouve dans tous les régimes autoritaires. Le pauvre Kunlin a quand même perdu 10 ans de sa jeunesse pour des crimes qu'il n'a pas commis. J'ai bien aimé aussi voir comment était l'industrie du manhuas dans les années 60 et dommage qu'il n'a pas pu persévérer dans cette activité parce que j'aurais bien aimé voir l'évolution de cette industrie. Un truc qui m'a semblé bizarre est que dans les trois premiers tomes l'action se passe entièrement dans le passé alors que le dernier tome on faisait des allers-retours entre le passé et le présent et ce changement de ton est un peu déstabilisant au début. Le dessin est sympathique quoique les personnages secondaires se ressemblent souvent un peu trop.

06/03/2025 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Seule à la récré
Seule à la récré

J'ai aimé le choix que fait cette BD d'aborder le sujet du harcèlement scolaire en adoptant un format de gags en une planche. Cela permet une lecture simple, que l'on peut picorer ici et là sans forcément s'obliger à lire une histoire complète. Je trouve que cela amène le lecteur à rentrer plus vite dans le récit sans prendre le risque qu'il lâche l'affaire avant de vraiment commencer. Et par extension, je pense que cela permet de s'adresser plus facilement à des jeunes lecteurs éventuellement concernés sans qu'ils aient l'impression qu'on les force à lire quelque chose qui pourrait les barber. L'histoire d'Emma, harcelée par Clarisse, est racontée avec humour, tendresse et relativement peu de manichéisme. Cela peut laisser un peu perplexe par moments, notamment quand certains gags semblent minimiser la gravité des situations, comme les violences physiques, mais on comprend que l’intention est de dédramatiser le sujet pour un jeune public. Ce ton léger peut contraster avec réalité des expériences vécues par les victimes de harcèlement mais j'ai le sentiment qu'il aide à rentrer dans l'histoire et à s'attacher à l'héroïne. En outre, le dossier en fin de livre, qui propose des solutions et des explications sur le harcèlement, permet de compenser cette légèreté en offrant de vraies solutions. Si le style graphique de Bloz est très accessible, l'album manque parfois de profondeur, notamment dans sa façon d’aborder les personnages adultes, trop souvent dépeints comme incompétents ou indifférents. J'ai le sentiment que c’est un livre plutôt utile pour sensibiliser les jeunes au fléau du harcèlement, et je l'ai trouvé touchant dans sa manière de mettre en scène des sujets graves avec humour ou du moins légèreté.

05/03/2025 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Boule de Feu
Boule de Feu

Boule de feu est un album de grand format que j'ai emprunté car j'aime particulièrement ce que propose Anouk Ricard. Quant à Etienne Chaize je ne connaissais pas donc j'imagine que c'est l'artiste des décors plutôt réalistes sur lesquels les personnages au dessin "enfantin" d'Anouk Ricard sont plaqués. Le mélange des 2 auteurs fonctionne bien mais ce sont surtout les traits d'humour qui font passer une lecture agréable dans un monde Fantasy rempli de clins d'oeil, à Astérix entre autres. On jurerait voir Animan dans ces personnages, ou plutôt c'est Animan publié par la suite qui s'est inspiré du Patrix malgré lui qui est tout l'enjeu de la quête de cette histoire.

05/03/2025 (modifier)
Par Cleck
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Comme une pierre
Comme une pierre

Les éditions iLatina m'ont permis de découvrir le grandiose La Grande Arnaque, ce dont je ne les remercierai jamais assez ! Avec "Comme une pierre", l'on découvre un Brésil ancestral, austère, silencieux. Pas exactement celui idéalisé, festif et coloré, chaleureux et exubérant, associé au carnaval de Rio, aux plages, à la samba, au football champagne... Mais pas non plus celui des favelas, jeune, violent, mais tout aussi exubérant et lumineux. L'auteur nous dépeint le quotidien de pauvres fermiers, en proie à une sécheresse infernale. La survie de la famille est en jeu, la folie guette, la foi est interrogée jusqu'à l'impensable. Cette BD est une véritable tragédie, les excès magnifiquement orchestrés : la pauvreté extrême qui fait tourner les têtes, le mutisme des personnages interdisant toute résolution raisonnable, le conservatisme glaçant le lecteur même, la foi désespérée sinon désespérante... ; et puis ce formalisme génial dans la mise en page : les contrastes poussés à l'extrême, le jeu grandiose avec les pleins et les vides, le développement quasiment muet de l'intrigue... On ne sort pas indemne de cette lecture : on s'implique, on vit ce cauchemar et l'on craint l'infernale fatalité. Véritablement magnifique !

05/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Zizi chauve-souris
Zizi chauve-souris

Suzie Wendel, dit "Zizi", est une petite fille vivant seule avec sa mère dans un petit village et qui se retrouve un beau jour à adopter une chauve-souris venue se réfugier dans ses cheveux. Des histoires sur le quotidien d'une gamine fantasque avec un animal parlant rigolo lui donnant la réplique, une enfant qui réfléchit sur le monde des adultes et se montre souvent plus censée qu'elleux, des strips humoristiques reposant sur le sarcasme et l'humour con, ... tout ça n'est pas nouveau. Mais tout de même bien réalisé ! Déjà, Zizi se révèle un peu plus complexe qu'une simple "gamine à problème" Elle est sarcastique et calculatrice, mais contre toute attente elle ne se révèle pas être une petite peste en puissance car elle s'avère également être assez gentille dans le fond, souhaitant notamment protéger les animaux vulnérables - sauf les araignées ! - et aimant sincèrement sa mère à qui elle fait pourtant vivre des misères. C'est juste une enfant très chaotique, un peu (trop) grande-gueule et qui vit dans un monde où l'impossible et l'imaginaire enfantin se révèlent bien souvent plus proche de la réalité que la vision des adultes. Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'impossible et d'imaginaire enfantin ? Eh bien figurez-vous que les bois à côté de chez Zizi regorgent de créatures toutes plus dangereuses et invraisemblables les unes que les autres (comme les terribles fourmi-zombies !) et qu'elle se transforme chaque nuit de pleine lune en adulte (depuis sa blessure face à un terrible Grand-Garou). J'aurais presque comparée Zizi à Calvin, de Calvin et Hobbes, mais la comparaison est en fait assez imparfaite, car bien que tous deux marquent par leur côté "enfant avec des réflexions très adultes et un grand amour pour les catastrophes et les sarcasmes", les aventures fantastiques de Zizi sont en fait bien réelles. Ici, pas de "doute" comme entre Calvin et Hobbes, les étranges créatures que voient Zizi, sa transformation en adulte chaque pleine lune ou encore sa voisine pratiquant un art martial surpuissant à base de cuillère en bois, ... tout ça est en fait bien réel et plusieurs personnes interagissent avec ces apparitions. Ici l'on n'est pas vraiment dans les fantasmes et les interprétations enfantines d'un-e enfant à l'esprit beaucoup trop adulte, plutôt les aventures quotidienne d'une fillette très chaotique vivant dans un monde où le fantasque s'avère en réalité être très banal. Ce traitement presque normal des évènements fantastiques donnent un vrai cachet à la série L'humour est drôle, en tout cas il m'a beaucoup fait rire. Je n'ai réalisé qu'après ma lecture que l'écriture était de Trondheim, j'aurais pu m'en douter, j'ai un faible pour son humour. Surtout qu'il sait écrire des personnages à la fois simples, loufoques et surtout attachant. C'est vraiment ça que je retire de ces petites histoires : c'était attachants. J'ai beaucoup aimé suivre les déboires et réflexions de Zizi, gamine pouvant paraître bizarre mais se révélant en réalité très maligne. En tout cas aussi maligne qu'un-e adulte. En tout cas pas plus bête. Après tout, elle nous le dit elle-même, "les adultes sont juste des enfants qui font un mètre de plus...".

05/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Le Serpent majuscule
Le Serpent majuscule

Adaptation très réussie du roman de Pierre Lemaitre : un polar amoral à l'humour pince sans rire, noir et délicieusement rétro. En 2021, Pierre Lemaitre et son éditeur (Albin Michel) avaient eu la bonne idée de ressortir un fond de tiroir pour profiter de la renommée grandissante de l'auteur. C'était un thriller immoral et délicieusement divertissant, empreint d'un humour noir et pince-sans-rire, qui nous replongeait dans les années 80, à l'époque où l'on sillonnait les routes en Renault 5 (et pas le nouveau modèle électrique, hein !). Pierre Lemaitre, Dominique Monféry et les éditions Rue de Sèvres nous remettent ça et adaptent Le serpent majuscule en bande dessinée. Lemaitre n'en est bien sûr pas à son coup d'essai : il a déjà adapté plusieurs de ses romans en BD (Au revoir là-haut, la série Brigade Verhoeven, ...). Quant à Dominique Monféry il est connu dans le monde du dessin animé. C'est une BD avec une héroïne mais messieurs voyons, calmez-vous, ce n'est pas du côté de Superwoman que ça se passe, plutôt du côté de Carmen Cru : l'héroïne en question est une vieille dame très âgée, prénommée Mathilde. Accessoirement, Mathilde Perrin est aussi tueuse à gages, oui, oui. Ludo, son chien, est un dalmatien, facile à reconnaître car c'est lui qui fait la couverture du bouquin comme de la BD et que "généralement, les grands chiens blancs avec des tâches noires, c'est pas des saint-bernards". Le flic c'est René, un vieux garçon plus ou moins amoureux de la dame de compagnie de son vieux père. Et puis il y a Henri, le commanditaire de Mathilde, ils se sont connus pendant la guerre, dans la Résistance où la jeune et belle Mathilde s'était déjà forgé une solide réputation (savoureux flash back !) ! Jusque là tout allait bien et Mathilde enchaînait les petits boulots ou les missions, avec efficacité. Elle était réputée pour fournir des "prestations parfaites", elle était même "insoupçonnable, un agent exceptionnel". Elle trouvait même que "c'est agréable comme métier, mais qu'est-ce que c'est salissant". Mais avec l'âge, tout n'est peut-être plus aussi net, la vue baisse, on a vite fait de confondre un bout de papier avec un autre. Et puis Mathilde se lâche un peu avec son gros revolver, ça ne se fait pas de tirer dans les ... Au point d'éveiller l'intérêt des flics : "l'étonnant c'est cette balle de gros calibre dans les ... c'est pas fréquent". Ça fait un peu mafia non ? "Les ritals, ils tirent dans les burnes ! Sont très connus pour ça !", en tout cas c'est l'avis du commissaire, le patron pas très futé de René. [...] - Cette femme je ne la sens pas. - Franchement, René ... Vous voyez une bonne femme de 60 ans armée d'un 'desert eagle' dézinguer trois personnes en une semaine ? - Il faut bien que quelqu'un l'ait fait ... - Un ancien légionnaire, faites-moi confiance ! Quelques bonnes raisons d'ouvrir cet album ? Ah bien sûr le plaisir de se replonger dans cette histoire savoureuse de Pierre Lemaitre ! Le roman sans prétention [clic] était une simple histoire de tueur à gage, mais bien montée et bien racontée, où l'on passait un bon moment. Avec l'auteur lui-même aux commandes de l'adaptation, il est naturel que le plaisir soit de nouveau au rendez-vous de cette histoire immorale où les cadavres s'accumulent rapidement. Mais une histoire plus subtile qu'il n'y parait et qui s'adapte parfaitement au format BD. Et puis, bonne surprise, les dessins et couleurs de Dominique Monféry sont superbes. Des visages très expressifs, un style pastel ou aquarelle et des tons sépias qui rappellent les années passées, les années 80. Ce n'est pas une simple réinterprétation marketing de Lemaitre, c'est véritablement un bel album. Un polar noir (et jaune), une version "3ème âge" de la série Le Tueur de Matz et Jacamon.

05/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Little Tulip
Little Tulip

Très bel album que ce Little Tulip, avec de superbes dessins de François Boucq sur un excellent scénario de l'américain Jerome Charyn. Le script fait s'entrecroiser deux périodes : 1947, le jeune Paul se voit brutalement déporté avec ses parents au goulag de la Kolyma et se retrouve bien vite orphelin dans les pattes des malfrats qui font régner leur terreur sur le camp. Son don pour le dessin (hérité de son américain et couillon de père, venu en URSS dessiner des décors pour Eisenstein avant de se faire dénoncer pour le goulag), son don pour le dessin va assurer sa promotion au rang de tatoueur des gangs de la Kolyma. Seconde histoire, 1970, Paul a bien vieilli mais continue de dessiner et de tatouer à New-York (la ville fétiche de Charyn), tirant des portraits robots pour la police à la recherche d'un serial-killer déguisé en père noël. Bien entendu les deux périodes, les deux intrigues vont s'entrecroiser et plutôt deux fois qu'une. Le scénario est plutôt bien monté qui enchaîne les événements d'une époque après l'autre comme s'ils se répétaient à 25 ans de distance. Mais il n'y a pas que les péripéties qui s'imbriquent, c'est aussi le cas des dessins puisque les tatouages dessinés sur les corps forment presque une BD dans la BD et là encore, les effets de cadrage et de mise en scène sont plutôt bien vus. Bref, voilà un album sacrément bien foutu, tout en échos et répons, une histoire de deux enfances sans innocence, une histoire dense et violente qui se lit trop rapidement mais que l'on va feuilleter plusieurs fois avant de refermer. Les dessins fouillés de François Boucq rappellent un peu le Jean Giraud de Blueberry et, avec des visages et des corps très expressifs, sont au même niveau d'exigence que le scénario. Les deux compères viennent de sortir un nouvel album, New York cannibals, une suite plutôt réussie.

05/03/2025 (modifier)
Couverture de la série New York cannibals
New York cannibals

Après le très beau Little Tulip qu'on vient juste de relire (l'album datait de 2014), le duo franco-américain remet cela avec François Boucq aux dessins et Jerome Charyn au récit. C'est un peu une suite au précédent album : on retrouve à NY quelques uns des personnages et même quelques fantômes revenus des camps de la Kolyma. Cette fois, c'est l'ancienne protégée du tatoueur, la japonaise Azami, qui a grandi et désormais tient le haut du pavé des rues de New York (et la une de couverture). La recette est la même avec côté dessins, les corps, les visages et les tatouages où excelle François Boucq et côté scénario, une histoire plus 'américaine' mais toujours bien noire qui farfouille du côté obscur de l'âme humaine, forcément avec un titre pareil ... [...] Des cannibales en plein New York, décidément le passé continue à me mordre au talon ! L'album apparait plus classique que le précédent, l'effet de découverte ne joue plus, et si cela reste tout de même une excellente BD, on a trouvé ce Little Paul un cran en-dessous de Little Tulip. Mais les deux font la paire !

05/03/2025 (modifier)