Les derniers avis (39861 avis)

Couverture de la série Les Gorilles du Général
Les Gorilles du Général

L’histoire en partie vraie des quatre armoires à glace ayant servi comme garde du corps au général de Gaulle durant son mandat présidentiel. Je ne connaissais pas du tout ce détail amusant qui fait partie de la petite histoire de France donc super découverte. Xavier Dorison tel un Alexandre Dumas moderne utilise personnages, contexte et faits réels pour les refaçonner à sa sauce, y ajouter de l’improbable et un aspect « actioner » à l’américaine, et que dire… ça marche d’enfer. Faut dire que le scénariste n’opère pas en terrain inconnu avec les histoires de barbouzes, les aficionados se rappelleront de Comment faire fortune en juin 40, une réussite dans le genre. Certes, c’est un tome d’introduction, les auteurs en prévoiraient dix à ce que j’ai lu, on sent qu’ils en gardent sous le pied pour les deux prochains numéros, qui sont d’ores et déjà validés par la maison mère. En tout cas moi ça m’a hypé, les personnages ont des gueules, ça cause viril, il y a un décorum délicieusement rétro, c’est jalonné de marqueurs temporels authentiques et saupoudré de quelques punch lines toutes aussi vraies, Dorison a bien fait ses devoirs. J’adore également la partie graphique de Julien Telo, un digne héritier des Robin Recht (crédité en fin d’album), Alex Alice et autres Mathieu Lauffray. C’est le présent et l’avenir, il a encore une marge de progression car c’est un jeune artiste. C’était pas évident j’imagine de terminer seul le cycle d’Elric, là il est quasiment seul au manettes (bravo aux coloristes au passage), et de ce que je lis par-ci par-là, tout le monde s’accorde à dire que c’est du beau boulot, et j’suis bien d’accord, un vrai plaisir à lire et à voir.

19/06/2025 (modifier)
Couverture de la série Bobigny 1972
Bobigny 1972

Voilà un album qui présente simplement et clairement un moment charnière des bouleversements sociétaux de la France de la seconde moitié du XXème siècle. Marie Bardiaux-Vaïente – qui a déjà publié des albums sur d’autres sujets de société (dont la peine de mort) – réussit ici pleinement à présenter son sujet sans le plomber par une narration pesante, ou par des effets artificiels. Au contraire, la narration et fluide. Et le dessin de Carole Maurel l’accompagne très bien, plaisant, dynamique. Avare de décor, focus sur les personnages, agréable. Pour ce qui est du sujet lui-même, il permet de mettre en avant plusieurs choses. D’abord une loi archaïque et inique. Comme les témoins et Gisèle Halimi l’ont répété, comme le fera Simone Veil en défendant sa loi autorisant l’avortement un peu plus tard, seules les femmes les plus vulnérables, les plus pauvres, sont soumises aux conditions précaires et dangereuses, mais surtout elles sont les seules à être poursuivies. C’est le cas ici de Marie-Claire Chevalier. C’est aussi l’occasion de mettre en avant la quasi impunité des violeurs, la honte se portant sur la victime, Marie-Claire n’ayant pas porté plainte contre celui qui l’a violée, l’a ensuite harcelée. Ce qui est encore plus accablant, c’est que la justice, le procureur, n’ont jamais demandé à ce salaud (qui plus est lâche, puisque c’est lui qui a dénoncé Marie-Claire !) de venir répondre de ses actes, ou tout du moins témoigner. Cet album est aussi l’occasion de montrer l’action de quelques femmes, de l’association « Choisir » qu’elles ont créée. Et bien sûr surtout Gisèle Halimi, qui a porté ce combat et gagné ce procès, qui va ensuite permettre de modifier une loi devenue inapplicable après l’acquittement de Marie-Claire Chevalier. Un sujet de société essentiel, un moment charnière – le procès/fait divers ayant ici valeur d’exemple, le tout très bien traité, simplement, voilà donc une belle réussite du genre.

19/06/2025 (modifier)
Couverture de la série Le Piano Oriental
Le Piano Oriental

J'ai dévoré cette série de Zeina Abirached avec délectation. La même délectation que lorsque j'entends une partition de Chopin au piano. J'ai trouvé son récit d'une grande intelligence et d'une originalité certaine. J'aime beaucoup cette thématique du langage qui va bien au delà de la simple transmission d'informations basiques : "avec le langage m'arrivaient les idées" fait dire l'autrice à sa jeune héroïne. En mettant en parallèle certaines subtilités du français et de l'arabe l'autrice nous fait toucher du doigt comment une langue peu induire une philosophie ou des comportements spécifiques. De plus Zeina enrichit son récit en ajoutant de façon très équilibrée une analogie avec la musique. Le piano est l'instrument roi de la musique occidentale mais sa conception le rend inapte à la musique orientale et donc à faire partie du patrimoine de cette musique. Zeina nous fait vivre cette quête du quart de ton comme une véritable aventure aux résultats imprévisibles. Zeina nous propose ainsi un double récit qui prend le temps de poser les fondations au rapprochement de deux univers linguistiques et musicaux. On peut le lire comme un message utopique espérant que ce rapprochement ouvrirait la porte à une meilleure compréhension des deux mondes. Un pont entre l'Orient et l'Occidentale rêvaient les timides facteurs de pianos viennois. J'ai aussi apprécié ce graphisme plan qui me rappelle le théâtre de marionnette des traditions orientales ou extrême-orientales. Les personnages, souvent de face, sont d'une belle vitalité avec des dialogues lettrés. La double histoire est bien équilibrée et se fait sans rupture afin de proposer un ensemble cohérent et plaisant à lire. Le N&B est bien maitrisé en contrastes bien marqués comme pour exprimer la thématique de la dualité qui traverse cet ouvrage. Une belle lecture pleine de finesse et d'intelligence.

19/06/2025 (modifier)
Couverture de la série Un été indien
Un été indien

C'est avec un vrai plaisir que j'ai relu cet ouvrage de ces deux célèbres auteurs. Avec le recul je m'aperçois que chacun des deux auteurs est un peu sorti de son registre habituel même si on retrouve des thématiques connues. Comme le prouve un final très académique Pratt nous entraine dans un épisode anecdotique bien que violent de l'histoire américaine des premières années avec des colons hollandais cohabitant pacifiquement avec une tribu indienne. Le scénario de Pratt est intéressant du fait qu'il souligne l'ambiguïté et l'hypocrisie de la situation. Ainsi le personnage de Shevah, élément déclencheur des massacres, présente une attitude équivoque dans son rapport à sa sexualité. C'est vrai pour presque tous les personnages du récit que les auteurs s'ingénient à rendre soumis de façon perverse et diabolique à leur sexualité alors que les indiens la vivent de façon plus naturelle. L'intérêt du scénario de Pratt est qu'il équilibre les points de vue ceux des colons et ceux des indiens sans réellement définir quelle est la forme de justice la plus légitime ou plutôt illégitime dans ce cas précis. Manara sait se saisir de cette ambiance hypocrite et perverse pour produire des attitudes fidèles à son dessin. Les filles Phillis ou Shevah sont souvent comme possédées bien accompagnées par les révérends Black père et fils. Des ambiances intimes dans l'intériorité des foyers qui tranchent avec la rigueur des scènes extérieures où s'affrontent les deux camps. Cela donne un graphisme presque sage avec un beau travail sur le côté historique du récit. Un ouvrage qui n'a pas vieilli même si l'on peut regretter les dernières pages trop chargées. 3.5

19/06/2025 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série D'or et d'oreillers
D'or et d'oreillers

J'adore les contes et particulièrement les contes modernes qui renouvellent le genre en jouant avec les codes et en ayant un message progressif. Ce qui m'a attiré en dehors des bons avis est le dessin. Je ne sais pas trop comment s'appelle ce style, mais je le vois de plus en plus dans des bandes dessinées de type conte et je pense que c'est le style parfait pour ce type d'histoire. La mise en page est incroyable avec des scènes très audacieuses au niveau de la narration sans perdre le lecteur. Le scénario est prenant et cela ne se voit pas du tout que c'est l'adaptation d'un roman tellement tout est fluide et semble pensé pour de l'art séquentiel. Je ne connais pas le roman, mais on sent que l'autrice s'est appropriée l'œuvre au lieu de bêtement illustrer un récit comme c'est le cas avec les mauvaises adaptations de romans en BD. Il y a beaucoup de symbolisme dans cet album, mais tout me semble facile à comprendre pour un lecteur un peu cultivé. Un récit étonnant à lire pour les fans du genre.

18/06/2025 (modifier)
Couverture de la série L'Homme en noir
L'Homme en noir

J'ai vraiment beaucoup aimé la façon avec laquelle les auteurs ont réussi à traiter le sujet de la pédophilie à hauteur d'enfant. Mattéo fait des cauchemars depuis les vacances . Il fait pipi au lit, a du mal à se coucher et ne suit plus à l'école. C'est perturbant pour les parents qui s'oriente vers un harcèlement scolaire mais sans résultat. La construction du récit s'appuie sur une trouvaille intelligente de Di Gregorio qui invite son lectorat dans deux univers sans que l'on sache vraiment lequel est réel et lequel est imaginaire. En effet il est difficile de discerner si cet homme noir appartient à l'imaginaire de l'enfant comme complément maléfique de son monde de super héros ou si c'est homme noir représente une réalité dramatique que l'enfant essaye de combattre avec ses pauvres armes. La narration invite au doute le plus longtemps possible tant que la parole ne s'est pas libérée. Ce qui rend le récit encore plus dramatique est la découverte finale du prédateur: incontournable et parent insoupçonnable, il est plutôt sympathique en surface. Di Gregorio vise juste en soulignant cette part de difficulté dans la découverte du crime. Le graphisme de Panaccione travaille avec maitrise sur la juxtaposition des deux univers sans jamais dévoiler où se trouve l'imaginaire du réel. Il alterne insécurité et zone de confort en montrant comment la première grignote l'espace de la seconde sans que l'entourage ne s'en rende compte. C'est parfaitement raccord avec la narration textuelle. Une lecture qui m'a bougé avec une belle intelligence dans la construction.

18/06/2025 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Impact - Green War
Impact - Green War

Je n'ai jamais pris le temps de lire les romans d'Olivier Norek (trop de BD à lire :P ), mais en tant que bibliothécaire, je suis son succès de près. Cette adaptation en BD par lui même au scénario et Frédéric Pontarolo au dessin m'aura pour le coup clairement donné envie de lire ses romans ! Car Norek nous propose de mettre un grand coup de botte dans la fourmilière de l'hypocrisie et de l'inaction politique face au dérèglement climatique et à notre destruction consciencieuse de notre environnement. L'auteur a le sens du récit et du suspens. Son thriller est très bien construit, et sans manichéisme, déroulant un récit dur et éclairant. Si la mise en place est un peu surprenante au début, une fois lancée l'histoire déroule tambour battant jusqu'à un final peut-être nn brin utopiste, mais qui laisse quand même une lueur d'espoir. Côté dessin, je ne connaissais pas le travail de Frédéric Pontarolo. S'il surprend au début par son côté "brouillon" et coloré, je m'y suis rapidement habitué et j'ai même beaucoup apprécié son travail. Une BD coup de poing à découvrir !

18/06/2025 (modifier)
Couverture de la série Moi, menteur
Moi, menteur

J’ai déjà lu plusieurs albums d’Altarriba – généralement avec grand, voire très grand plaisir – mais je n’ai pas lus tous ceux qui appartiennent à sa trilogie du « Moi ». J'attaque donc cette trilogie dans le désordre. Mais ça n’empêche en rien de comprendre le propos, l’album peut se lire comme un one-shot. Ceux qui ont lu d’autres séries d’Altarriba le savent, c’est un auteur engagé. Cet engagement se voit aussi ici, dans un album très « politique ». Qui fait de la politique, au sens où il traite de choses publiques, mais aussi car il met à nu – en ayant modifié les noms et changé quelques faits – le système politique espagnol de ces dernières années. Il revendique d’ailleurs cet arrière-plan. La force du travail d’Altarriba est aussi de dépasser le simple cadre espagnol, pour atteindre à une critique systémique qui va au-delà. La quête du pouvoir à tout prix, sans scrupules, à l’envers des valeurs prétendument mises en avant, mais aussi et surtout le travail de communication (tous les artifices y passent) qui prend le pas sur la réalité, on sent bien qu’il n’y a pas qu’en Espagne que tout ceci se développe. Il n’y a qu’à voir la novlangue au pouvoir, les discours quasi révolutionnaires et creux de Macron (prétendument ni de gauche ni de droite, « sorti de nulle-part » en 2017) et de pas mal d’autres animaux politiques, dont tous les discours créés par des communicants, avec la complicité des médias dominants (d’autant plus facilement maintenant que quelques magnats les contrôlent) façonnent une réalité alternative. Le personnage de Cuadrado, conseiller en communication, nous sert de guide dans cet univers artificiel. C’est un être méprisable, mais qui a tout compris des rouages du pouvoir. Il ment à tout le monde, à commencer par sa famille, se révèle froid, tendu vers un but, le pouvoir. Un être et un système d’autant plus abject que le lecteur se rend bien compte que c’est de nos sociétés que parle cette histoire, hélas pas si romancée. Le dessin de Keko est intéressant, et très adapté au sujet. Un Noir et Blanc où le Noir domine largement bien sûr. Et quelques touches de Vert apparaissant de-ci de-là… Mes seuls bémols concernent un peu le dessin, certes intéressant, mais parfois un peu trop sombres, pas toujours aisé à lire (mais c’est quand même rare). Et la narration, qui est quand même dense, il y a pas mal de textes, de dialogues. Mais bon, ça reste une lecture très recommandable.

18/06/2025 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série Et si l'amour c'était aimer ?
Et si l'amour c'était aimer ?

Peut-être le meilleur Fabcaro. Même si beaucoup préfèrent citer l'également très bon Zaï Zaï Zaï Zaï, sans doute pour ses thématiques sociétales laissant poindre une plus grande ampleur (finalement non présente, l'absurde n'étant pas véritablement un point de vue, ou bien un "tout se vaut" droitier incroyablement nihiliste). Bref. Ma récente relecture m'amène néanmoins à émettre un conseil préalable, le conseil également formulé par un habitué d'ici appréciant Lapinot : l'humour de Fabcaro joue sur le registre de l'absurde et de la bêtise, et se renouvèle assez peu, aussi il est préférable de laisser un certain temps s'écouler entre la lecture de deux titres de ce bon copain. Ce crû-ci est indubitablement bon (du fait de formulations des dialogues bien senties, de situations particulièrement risibles, etc.), mais tous les ressorts comiques usités dans cette parodie de roman-photo le seront en d'autres occurrences, et l'habileté plus évidente ici, sera moins goûtée si elle apparaît vue sinon revue. Un ouvrage à consommer avec modération, mais si l'on est bien luné, il est tout à fait possible de s'entendre rire à gorge déployée, ou pleurer devant la merveilleuse connerie, ici assumée avec jubilation.

18/06/2025 (modifier)
Couverture de la série La Fille dans l'écran
La Fille dans l'écran

La Fille dans l’écran est une BD très réussie, qui mêle habilement deux styles graphiques pour raconter une histoire touchante et authentique. On suit Coline, une jeune illustratrice qui gagne progressivement en confiance en elle grâce à cette rencontre virtuelle avec Marley. Les thèmes de la solitude, des relations à distance, et surtout de la construction personnelle sont abordés avec beaucoup de sensibilité. Une lecture moderne, pleine d’émotions, que je recommande vivement !

18/06/2025 (modifier)