Voilà ce que j'aime dans la BD : prendre un album qui ne paye pas de mine, le lire sans pouvoir décrocher un instant, le refermer en se disant qu'on a pris une bonne claque, et y repenser encore quelques jours après...
Cet album traite du harcèlement à l'école, d'une manière assez directe et poétique à la fois. On suit le quotidien de Joe maltraité par Jason. On comprend avec peu de dialogues et le trait efficace de l'auteur le mal-être de ce jeune garçon, la honte qu'il ressent à se faire traiter de la sorte.
Apparaît rapidement un orignal que chacun interprétera à sa façon : véritable animal ou métaphore ?
Quant à la fin, que je ne révélerai pas bien entendu, elle est surprenante et laisse une impression assez étrange.
Je pense que cette histoire ne laissera personne indifférent.
Allons droit au but, cette histoire est un petit régal. C'est celle d'Ethan, un bon flic et un bon père de famille, fan de romans policier. Son quotidien est réglé comme du papier à musique entre son boulot, ses sorties pêches, et ses parties de jambes en l'air avec sa maîtresse. Tout ce petit train train va vriller progressivement pour devenir un enfer. Que c'est bien amené et que c'est bien construit !
Il se voit confier une enquête, celle sur le meurtre de sa maîtresse. C'est pour lui le début d'une terrible spirale. Personne n'est au courant de cette liaison, personne ne peut le relier à cette jeune femme, personne ne le soupçonne une seconde, mais pour lui, tout l'accuse. A commencer par l'arme du crime. Et plus l'enquête avance plus il va découvrir des éléments qui l'associent à cette affaire. On assiste alors à un terrible jeu de pistes qui va crescendo dans l'intensité. Un à un il va essayer d'effacer ou de détourner ces indices, tout en recherchant le vrai coupable. Mais rien à faire, plus l'histoire avance et plus la situation empire. Il est pris au piège. A chaque fois qu'il pense avoir rectifié quelque chose, ce qui arrive derrière l'enfonce encore plus.
Cette dérive progressive est assez jubilatoire.
De primes abords, ce n'est pas le style de dessin que je préfère le plus. Mais après quelques pages il me semblait en parfaite adéquation tellement j'étais happé par cette histoire, par son ambiance chaleureuse et par l'intensité du récit. Où cette descente aux enfers va t-elle s’arrêter ? Qui est derrière tout ça ? Pourquoi ? Toutes ces questions amènent un certain suspens à ce récit qui était déjà bien rythmé par tous ses rebondissements.
J'aime ce genre d'histoire, et celle là est vraiment bien racontée et vraiment bien pensée dans l’enchaînement d'emmerdes qui tombe sur son héros. D'ailleurs ce personnage est lui aussi très bon, dans sa psychologie ou dans ses réactions notamment.
Un sans faute.
Et c'est reparti pour un looping!
Buck Danny, Le Buck Danny, revient dans cette nouvelle série aux éditions Zephyr. Comment s'attaquer à ce monstre de la BD ? Peut-on faire du neuf avec de l'ancien ?
Après ce que j'ai lu, je vous réponds oui, haut et fort, oui ! À ce sujet, l'avant-propos de l'éditeur, que l'on sent humble et passionné, nous invite à (re)plonger dans ce monument de la BD. Pourquoi le faire, étant donné que le récit vient s'insérer dans une période qui a déjà été développée dans la série mère, avec les mêmes personnages, les mêmes avions, les mêmes complots et trahisons ? La réponse s'impose d'elle-même à la fermeture de l'album : l'éditeur et les auteurs n'ont pas voulu travestir ce qui a été fait, mais rendre un hommage actuel et soigné à ce grand classique de la BD. Pour ce premier tome, pari tenu, vraiment !
Je ne peux pas me prétendre expert dans la série principale car je n'ai pas lu tous les albums mais je peux affirmer qu'il m'a été terriblement agréable de me replonger dans cet univers. Ce premier tome est d'une justesse à couper le souffle : le background, l'intrigue, les personnages, les avions, tout est parfaitement recréé pour nous divertir une fois de plus autour de Buck Danny, Sonny Tuckson et Jerry Tumbler.
Si les combats aériens retrouvent toute leur fougue, c'est sans aucun doute grâce au trait qui, comme le reste de l'album, est juste, précis et cohérent. Je ne peux pas parler de la colorisation, étant donné que j'ai pu lire la version noir et blanc numérotée qui, ceci dit, était tout à fait abordable compte tenu de l'édition et des trois ex-libris qui l'accompagnaient.
C'est donc comme un grand gamin que je vous exhorte à replonger dans ce classique. Selon moi, ce n'est pas un ersatz de la première série mais une bien belle renaissance qui ne demande qu'à grandir et à nous offrir encore de beaux moments de lecture. Chapeau bas, messieurs !
Un petit bijou. Le dessin est très détaillé, précis et recherché historiquement (le travail des deux auteurs a commencé il y a 10 ans !).
Les expressions des visages peuvent parfois être déroutantes mais les visages sont assez expressifs. Et l’arrière plan très travaillé.
Au niveau de l’histoire le personnage principal : Cesare Borgia a une personnalité très complexe que l’on découvre au fur et à mesure du récit grâce aux yeux d’un jeune garçon, Angelo de Canossa (personnage fictif). Les auteurs ont fait le pari de créer Angelo pour guider le lecteur à travers l’Italie de la Renaissance et lui expliquer les mœurs et coutumes.
Le récit, romancé bien évidemment, est basé sur des faits historiques et tout en distrayant, il instruit. Peu de mangas jusqu’à présent ont pris ce pari, assez intéressant.
En attente des tomes suivants.
Quand Pol a posté cet album, j'ai tout de suite été interpellé car le gouffre de Padirac reste pour moi un souvenir inoubliable (j'y suis retourné en 2008, 25 ans après ma première visite avec les parents) ; c'est l'une des merveilles naturelles les plus spectaculaires de France et l'un des plus importants ensembles de concrétions souterraines d'Europe. Creusé dans les entrailles du causse de Gramat, le gouffre s'impose d'abord par son ouverture large, béante, effrayante, mystérieuse qui fait comprendre pourquoi il a suscité pendant longtemps l'effroi des populations voisines qui lui attribuaient une origine diabolique.
Devenu une grande attraction touristique, Padirac m'a toujours fasciné et émerveillé par ses voûtes à 103 m sous terre, et je trouve l'idée de cet album très originale de s'être penché sur un personnage que tous les amateurs de grottes et excavations connaissent : E. A. Martel, le père de la spéléologie. Les auteurs arrivent à faire partager au lecteur les sensations de cet homme extraordinaire et passionné, véritable autodidacte affrontant les ténèbres souterraines. Randonneur infatigable, il commencera par arpenter les Causses tout d'abord (où se situe Padirac) qui restent sa terre d'élection, et ensuite tous les massifs calcaires de France et du monde.
A la tête d'une équipe remarquablement outillée pour cette fin de XIXème siècle, mais qui fait aujourd'hui évidemment sourire avec leur attirail rudimentaire et leur tenue de complet-veston et canotiers, Martel et ses hommes prenaient des risques calculés en sondant gouffres et cavernes, se spécialisant plutôt dans les abîmes verticaux et les avens, terreurs des bergers et des villageois. Un buste de Martel a été installé à Padirac au fond d'une galerie, et l'Aven-Armand (en Lozère) porte le nom de son dévoué assistant Louis Armand qu'on voit aussi dans cette Bd.
La narration n'est pas ennuyeuse et ne se contente pas de montrer seulement l'exploration de Padirac, elle tente aussi à travers les entretiens entre Martel et le jeune journaliste de saisir la passion de cet homme qui a connu d'intenses émotions dans ces effrayantes profondeurs entre 1889 et 1913. Le dessin de Rollin qui m'avait tout juste convaincu sur Ombres et la Bête de l'Apocalypse trouve ici sa parfaite adéquation.
Une Bd intelligente, atypique, sur un sujet rarement traité en BD, qui ravira les passionnés de découvertes spéléologiques... et les curieux.
Ceux qui ont déjà lu les albums scénarisés par Lapuss' (et parfois dessinés aussi, double peine) connaissent cet humour grinçant, cynique, qui ne laisse parfois aucun répit au lecteur.
Il en fait preuve ici aussi, avec ce personnage qui est une sorte d'alter ego (car il faut bien le dire, Lapuss' est un vrai couillon dans la vie, belge de surcroît) négatif, à qui il arrive les pires mésaventures. L'auteur se lâche donc complètement, la seule contrainte étant l'orientation des pages, à l'italienne. On a ainsi des illustrations pleine page, des strips de deux, trois, six cases, Lapuss' maîtrisant suffisamment le genre humoristique pour utiliser de façon optimale l'espace imparti.
Côté graphisme c'est du franco-belge tout rond, avec des gros nez, à la limite du minimalisme, mais c'est pour mieux nous faire rire, mon enfant.
Je ne sais pas s'il y aura d'autres gags après ce premier tome, mais Lapuss' semble en avoir sous le pied et derrière la truffe.
Tiens, voilà une chouette BD sur un lieu un peu insolite.
Une île lacustre au coeur du Nicaragua, dont la faune préservée et le paysage volcanique semblent avoir inspiré de nombreuses légendes. Saracino a récupéré ces histoires, souvent issues du folklore amérindien, pour les arranger à sa sauce et les rendre plus vivaces. Il y a un petit fil rouge avec ce voyageur étranger qui apparaît dans au moins deux récits sur six.
Il flotte un charme indéfinissable sur cet album, avec ce lieu où le temps semble s'être arrêté, avec ces histoires débridées, mais aussi ces dessins où le crayon et l'aquarelle se marient à merveille, au service d'histoires inattendues. Joli boulot.
A découvrir pour une parenthèse enchantée...
20 ans pour la première édition, 25 ans pour la seconde d'actualités retracées par des auteurs de BD dessinée qui, chacun, décortique un événement. Si le dessin de tous les auteurs ne me plaît pas nécessairement, le choix de laisser chacun
Enorme coup de coeur, par exemple, pour la manière dont Etienne Davodeau traite de la tempête du 26 décembre 1999. Insérée entre plusieurs événements très lourds pour lesquels j'attendais de lire avec impatience le rendu en BD (guerre du Kosovo, attentats du 11 septembre 2001 - j'aime tout particulièrement le travail de Pierre Christin et Guillaume Martinez pour ceux-ci), elle m'a surprise dans le bon sens : une BD courte, pleine de poésie, avec un décalage parfaitement maîtrisé entre un "poème amoureux" au vent narratif et la tempête dessinée. Fan de cet auteur, il m'a surprise par cette BD sur la tempête, une vraie réussite.
D'autres coups de coeur parsèment la lecture. On retrouve le style de Joe Sacco dans son traitement de la torture pratiquée en Afghanistan et en Irak par l'armée étasunienne, ou celui de Guy Delisle pour le massacre de la place Tienanmen. On se surprend à découvrir d'autres facettes d'auteurs que l'on connaît bien (le duo Kris/Thierry Martin par exemple - je connais surtout les BD du premier - à propos de la libération de Mandela, qui fait un choix particulièrement plaisant de la répétition d'une case, qui rythme la BD ; ou Jacques Ferrandez qui a déjà traité de la Bosnie-Herzégovine par ses carnets dessinés - Les Tramways de Sarajevo -, mais qui s'empare ici de la ville de Sarajevo à la manière de ses Carnets d'Orient, mêlant ses deux types de production). On découvre, enfin, certains auteurs dont on se dit toujours "un jour, lui, je lirais ces BD", mais pour lesquels on ne prend pas le temps.
Si j'ai moins, par goûts personnels, accroché avec certaines BD (je n'ai pas trop adhéré à la première lecture à la proposition de Blutch à propos de la mort de Lady Di, mais une relecture m'a rendue moins dure - cela n'en fait pas pour autant mon coup de coeur, mais c'est assez subjectif, comme toute lecture de BD !), le tout m'a séduit : je n'y cherchais pas une cohérence particulière. Au contraire, je trouve plaisant que plusieurs auteurs traitent à leur manière, avec leur dessin, avec leur manière de faire de la BD (de fiction ou de non-fiction) de ces différents événements. Le tout est très séduisant, un collectif qui me semble à mettre dans toutes les mains.
Une bande dessinée réussie à bien des égards !
Un scénario sans temps mort qui développe une intrigue, un relationnel entre les personnages poussé et la découverte d'une culture étrangère.
Le dessin n'est pas en reste et offre des panoramas de la ville de Calcutta de toute beauté.
Entre roman graphique, BD d'aventures, Roman policier et reportage, Rouge Karma est un titre à découvrir.
Avec Rouge comme la neige , Christian de Metter nous offre un véritable polar digne des meilleurs auteurs du genre, sur fonds d'histoire indienne (avec l'évocation de la bataille de Wounded Knee). En situant l'action en hiver 1896, dans le Colorado, le dessinateur de Metter, cette fois-ci, se permet le luxe de livrer aux amateurs de Western un ouvrage magnifique. Entre le crayonné (surtout pour les flash-back) et le dessin, les planches sont d'une beauté incroyable. On ressent à la fois la magie des grands espaces et le désespoir de Mme Mackinley, partie à la recherche de sa fille Abby, enlevée dans de mystérieuses circonstances.
Mais ce qui fait la force de cette histoire, ce sont les rebondissements riches et nombreux qui font de ce one shot un ouvrage remarquable.
En outre, cette histoire est fort bien construite avec un scénario parfaitement huilé : la dernière partie "6 ans plus tôt" renvoie aux premières pages de l'album (page 11, notamment, avec l'apparition d'un personnage qui pourrait paraître insignifiant)
Enfin, le titre choisi "Rouge comme la neige" reflète parfaitement l'ambiance de l'album aux planches monochromes, sauf lorsque le sang coule (où le rouge ressort des planches).
Un excellent album qui mérite d'être lu mais aussi relu tant l'album est riche sur de nombreux points. A noter que cet ouvrage est présenté sur 110 pages, dans un grand format, et sur un papier de qualité.
Bref du bel ouvrage.
Avec Shutter Island, Christian de Metter signe là son meilleur album, à mon avis.
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Orignal
Voilà ce que j'aime dans la BD : prendre un album qui ne paye pas de mine, le lire sans pouvoir décrocher un instant, le refermer en se disant qu'on a pris une bonne claque, et y repenser encore quelques jours après... Cet album traite du harcèlement à l'école, d'une manière assez directe et poétique à la fois. On suit le quotidien de Joe maltraité par Jason. On comprend avec peu de dialogues et le trait efficace de l'auteur le mal-être de ce jeune garçon, la honte qu'il ressent à se faire traiter de la sorte. Apparaît rapidement un orignal que chacun interprétera à sa façon : véritable animal ou métaphore ? Quant à la fin, que je ne révélerai pas bien entendu, elle est surprenante et laisse une impression assez étrange. Je pense que cette histoire ne laissera personne indifférent.
Burn out
Allons droit au but, cette histoire est un petit régal. C'est celle d'Ethan, un bon flic et un bon père de famille, fan de romans policier. Son quotidien est réglé comme du papier à musique entre son boulot, ses sorties pêches, et ses parties de jambes en l'air avec sa maîtresse. Tout ce petit train train va vriller progressivement pour devenir un enfer. Que c'est bien amené et que c'est bien construit ! Il se voit confier une enquête, celle sur le meurtre de sa maîtresse. C'est pour lui le début d'une terrible spirale. Personne n'est au courant de cette liaison, personne ne peut le relier à cette jeune femme, personne ne le soupçonne une seconde, mais pour lui, tout l'accuse. A commencer par l'arme du crime. Et plus l'enquête avance plus il va découvrir des éléments qui l'associent à cette affaire. On assiste alors à un terrible jeu de pistes qui va crescendo dans l'intensité. Un à un il va essayer d'effacer ou de détourner ces indices, tout en recherchant le vrai coupable. Mais rien à faire, plus l'histoire avance et plus la situation empire. Il est pris au piège. A chaque fois qu'il pense avoir rectifié quelque chose, ce qui arrive derrière l'enfonce encore plus. Cette dérive progressive est assez jubilatoire. De primes abords, ce n'est pas le style de dessin que je préfère le plus. Mais après quelques pages il me semblait en parfaite adéquation tellement j'étais happé par cette histoire, par son ambiance chaleureuse et par l'intensité du récit. Où cette descente aux enfers va t-elle s’arrêter ? Qui est derrière tout ça ? Pourquoi ? Toutes ces questions amènent un certain suspens à ce récit qui était déjà bien rythmé par tous ses rebondissements. J'aime ce genre d'histoire, et celle là est vraiment bien racontée et vraiment bien pensée dans l’enchaînement d'emmerdes qui tombe sur son héros. D'ailleurs ce personnage est lui aussi très bon, dans sa psychologie ou dans ses réactions notamment. Un sans faute.
Les Aventures de Buck Danny (classic)
Et c'est reparti pour un looping! Buck Danny, Le Buck Danny, revient dans cette nouvelle série aux éditions Zephyr. Comment s'attaquer à ce monstre de la BD ? Peut-on faire du neuf avec de l'ancien ? Après ce que j'ai lu, je vous réponds oui, haut et fort, oui ! À ce sujet, l'avant-propos de l'éditeur, que l'on sent humble et passionné, nous invite à (re)plonger dans ce monument de la BD. Pourquoi le faire, étant donné que le récit vient s'insérer dans une période qui a déjà été développée dans la série mère, avec les mêmes personnages, les mêmes avions, les mêmes complots et trahisons ? La réponse s'impose d'elle-même à la fermeture de l'album : l'éditeur et les auteurs n'ont pas voulu travestir ce qui a été fait, mais rendre un hommage actuel et soigné à ce grand classique de la BD. Pour ce premier tome, pari tenu, vraiment ! Je ne peux pas me prétendre expert dans la série principale car je n'ai pas lu tous les albums mais je peux affirmer qu'il m'a été terriblement agréable de me replonger dans cet univers. Ce premier tome est d'une justesse à couper le souffle : le background, l'intrigue, les personnages, les avions, tout est parfaitement recréé pour nous divertir une fois de plus autour de Buck Danny, Sonny Tuckson et Jerry Tumbler. Si les combats aériens retrouvent toute leur fougue, c'est sans aucun doute grâce au trait qui, comme le reste de l'album, est juste, précis et cohérent. Je ne peux pas parler de la colorisation, étant donné que j'ai pu lire la version noir et blanc numérotée qui, ceci dit, était tout à fait abordable compte tenu de l'édition et des trois ex-libris qui l'accompagnaient. C'est donc comme un grand gamin que je vous exhorte à replonger dans ce classique. Selon moi, ce n'est pas un ersatz de la première série mais une bien belle renaissance qui ne demande qu'à grandir et à nous offrir encore de beaux moments de lecture. Chapeau bas, messieurs !
Cesare
Un petit bijou. Le dessin est très détaillé, précis et recherché historiquement (le travail des deux auteurs a commencé il y a 10 ans !). Les expressions des visages peuvent parfois être déroutantes mais les visages sont assez expressifs. Et l’arrière plan très travaillé. Au niveau de l’histoire le personnage principal : Cesare Borgia a une personnalité très complexe que l’on découvre au fur et à mesure du récit grâce aux yeux d’un jeune garçon, Angelo de Canossa (personnage fictif). Les auteurs ont fait le pari de créer Angelo pour guider le lecteur à travers l’Italie de la Renaissance et lui expliquer les mœurs et coutumes. Le récit, romancé bien évidemment, est basé sur des faits historiques et tout en distrayant, il instruit. Peu de mangas jusqu’à présent ont pris ce pari, assez intéressant. En attente des tomes suivants.
Le Gouffre de Padirac
Quand Pol a posté cet album, j'ai tout de suite été interpellé car le gouffre de Padirac reste pour moi un souvenir inoubliable (j'y suis retourné en 2008, 25 ans après ma première visite avec les parents) ; c'est l'une des merveilles naturelles les plus spectaculaires de France et l'un des plus importants ensembles de concrétions souterraines d'Europe. Creusé dans les entrailles du causse de Gramat, le gouffre s'impose d'abord par son ouverture large, béante, effrayante, mystérieuse qui fait comprendre pourquoi il a suscité pendant longtemps l'effroi des populations voisines qui lui attribuaient une origine diabolique. Devenu une grande attraction touristique, Padirac m'a toujours fasciné et émerveillé par ses voûtes à 103 m sous terre, et je trouve l'idée de cet album très originale de s'être penché sur un personnage que tous les amateurs de grottes et excavations connaissent : E. A. Martel, le père de la spéléologie. Les auteurs arrivent à faire partager au lecteur les sensations de cet homme extraordinaire et passionné, véritable autodidacte affrontant les ténèbres souterraines. Randonneur infatigable, il commencera par arpenter les Causses tout d'abord (où se situe Padirac) qui restent sa terre d'élection, et ensuite tous les massifs calcaires de France et du monde. A la tête d'une équipe remarquablement outillée pour cette fin de XIXème siècle, mais qui fait aujourd'hui évidemment sourire avec leur attirail rudimentaire et leur tenue de complet-veston et canotiers, Martel et ses hommes prenaient des risques calculés en sondant gouffres et cavernes, se spécialisant plutôt dans les abîmes verticaux et les avens, terreurs des bergers et des villageois. Un buste de Martel a été installé à Padirac au fond d'une galerie, et l'Aven-Armand (en Lozère) porte le nom de son dévoué assistant Louis Armand qu'on voit aussi dans cette Bd. La narration n'est pas ennuyeuse et ne se contente pas de montrer seulement l'exploration de Padirac, elle tente aussi à travers les entretiens entre Martel et le jeune journaliste de saisir la passion de cet homme qui a connu d'intenses émotions dans ces effrayantes profondeurs entre 1889 et 1913. Le dessin de Rollin qui m'avait tout juste convaincu sur Ombres et la Bête de l'Apocalypse trouve ici sa parfaite adéquation. Une Bd intelligente, atypique, sur un sujet rarement traité en BD, qui ravira les passionnés de découvertes spéléologiques... et les curieux.
Les Déprimantes Aventures de Jack Russell
Ceux qui ont déjà lu les albums scénarisés par Lapuss' (et parfois dessinés aussi, double peine) connaissent cet humour grinçant, cynique, qui ne laisse parfois aucun répit au lecteur. Il en fait preuve ici aussi, avec ce personnage qui est une sorte d'alter ego (car il faut bien le dire, Lapuss' est un vrai couillon dans la vie, belge de surcroît) négatif, à qui il arrive les pires mésaventures. L'auteur se lâche donc complètement, la seule contrainte étant l'orientation des pages, à l'italienne. On a ainsi des illustrations pleine page, des strips de deux, trois, six cases, Lapuss' maîtrisant suffisamment le genre humoristique pour utiliser de façon optimale l'espace imparti. Côté graphisme c'est du franco-belge tout rond, avec des gros nez, à la limite du minimalisme, mais c'est pour mieux nous faire rire, mon enfant. Je ne sais pas s'il y aura d'autres gags après ce premier tome, mais Lapuss' semble en avoir sous le pied et derrière la truffe.
Ometepe
Tiens, voilà une chouette BD sur un lieu un peu insolite. Une île lacustre au coeur du Nicaragua, dont la faune préservée et le paysage volcanique semblent avoir inspiré de nombreuses légendes. Saracino a récupéré ces histoires, souvent issues du folklore amérindien, pour les arranger à sa sauce et les rendre plus vivaces. Il y a un petit fil rouge avec ce voyageur étranger qui apparaît dans au moins deux récits sur six. Il flotte un charme indéfinissable sur cet album, avec ce lieu où le temps semble s'être arrêté, avec ces histoires débridées, mais aussi ces dessins où le crayon et l'aquarelle se marient à merveille, au service d'histoires inattendues. Joli boulot. A découvrir pour une parenthèse enchantée...
France Info, 30 ans d'actualité (Le jour où...)
20 ans pour la première édition, 25 ans pour la seconde d'actualités retracées par des auteurs de BD dessinée qui, chacun, décortique un événement. Si le dessin de tous les auteurs ne me plaît pas nécessairement, le choix de laisser chacun Enorme coup de coeur, par exemple, pour la manière dont Etienne Davodeau traite de la tempête du 26 décembre 1999. Insérée entre plusieurs événements très lourds pour lesquels j'attendais de lire avec impatience le rendu en BD (guerre du Kosovo, attentats du 11 septembre 2001 - j'aime tout particulièrement le travail de Pierre Christin et Guillaume Martinez pour ceux-ci), elle m'a surprise dans le bon sens : une BD courte, pleine de poésie, avec un décalage parfaitement maîtrisé entre un "poème amoureux" au vent narratif et la tempête dessinée. Fan de cet auteur, il m'a surprise par cette BD sur la tempête, une vraie réussite. D'autres coups de coeur parsèment la lecture. On retrouve le style de Joe Sacco dans son traitement de la torture pratiquée en Afghanistan et en Irak par l'armée étasunienne, ou celui de Guy Delisle pour le massacre de la place Tienanmen. On se surprend à découvrir d'autres facettes d'auteurs que l'on connaît bien (le duo Kris/Thierry Martin par exemple - je connais surtout les BD du premier - à propos de la libération de Mandela, qui fait un choix particulièrement plaisant de la répétition d'une case, qui rythme la BD ; ou Jacques Ferrandez qui a déjà traité de la Bosnie-Herzégovine par ses carnets dessinés - Les Tramways de Sarajevo -, mais qui s'empare ici de la ville de Sarajevo à la manière de ses Carnets d'Orient, mêlant ses deux types de production). On découvre, enfin, certains auteurs dont on se dit toujours "un jour, lui, je lirais ces BD", mais pour lesquels on ne prend pas le temps. Si j'ai moins, par goûts personnels, accroché avec certaines BD (je n'ai pas trop adhéré à la première lecture à la proposition de Blutch à propos de la mort de Lady Di, mais une relecture m'a rendue moins dure - cela n'en fait pas pour autant mon coup de coeur, mais c'est assez subjectif, comme toute lecture de BD !), le tout m'a séduit : je n'y cherchais pas une cohérence particulière. Au contraire, je trouve plaisant que plusieurs auteurs traitent à leur manière, avec leur dessin, avec leur manière de faire de la BD (de fiction ou de non-fiction) de ces différents événements. Le tout est très séduisant, un collectif qui me semble à mettre dans toutes les mains.
Rouge Karma
Une bande dessinée réussie à bien des égards ! Un scénario sans temps mort qui développe une intrigue, un relationnel entre les personnages poussé et la découverte d'une culture étrangère. Le dessin n'est pas en reste et offre des panoramas de la ville de Calcutta de toute beauté. Entre roman graphique, BD d'aventures, Roman policier et reportage, Rouge Karma est un titre à découvrir.
Rouge comme la neige
Avec Rouge comme la neige , Christian de Metter nous offre un véritable polar digne des meilleurs auteurs du genre, sur fonds d'histoire indienne (avec l'évocation de la bataille de Wounded Knee). En situant l'action en hiver 1896, dans le Colorado, le dessinateur de Metter, cette fois-ci, se permet le luxe de livrer aux amateurs de Western un ouvrage magnifique. Entre le crayonné (surtout pour les flash-back) et le dessin, les planches sont d'une beauté incroyable. On ressent à la fois la magie des grands espaces et le désespoir de Mme Mackinley, partie à la recherche de sa fille Abby, enlevée dans de mystérieuses circonstances. Mais ce qui fait la force de cette histoire, ce sont les rebondissements riches et nombreux qui font de ce one shot un ouvrage remarquable. En outre, cette histoire est fort bien construite avec un scénario parfaitement huilé : la dernière partie "6 ans plus tôt" renvoie aux premières pages de l'album (page 11, notamment, avec l'apparition d'un personnage qui pourrait paraître insignifiant) Enfin, le titre choisi "Rouge comme la neige" reflète parfaitement l'ambiance de l'album aux planches monochromes, sauf lorsque le sang coule (où le rouge ressort des planches). Un excellent album qui mérite d'être lu mais aussi relu tant l'album est riche sur de nombreux points. A noter que cet ouvrage est présenté sur 110 pages, dans un grand format, et sur un papier de qualité. Bref du bel ouvrage. Avec Shutter Island, Christian de Metter signe là son meilleur album, à mon avis.