Cette collection les Reines de sang semble être amenée dans les années à venir à devenir une référence en matière de BD historique, car tout y est soigné et précis ; l'attente fut longue pour Aliénor, la légende noire, mais ça valait le détour, et ici, enfin le tome 2 arrive et ne me déçoit pas.
Pour avoir été bercé très jeune par la diffusion à la télé du feuilleton les Rois Maudits (l'original de 1972 pas le remake incolore de 2005) et la lecture du roman de Maurice Druon dont il était adapté, j'ai sans doute approfondi ma passion du Moyen Age et surtout de ses turpitudes politico-sentimentalo-sanglantes, spécialement celles de cette période de fin XIIIème siècle-début XIVème, avec le règne du "roi de fer" Philippe le Bel, les déboires territoriaux de Robert d'Artois avec sa catin de tante Mahaut, le scandale des brus du roi et de la Tour de Nesle, le règne du chétif Louis le Hutin, et les débuts de la guerre de Cent Ans. Et Isabelle dans tout ça qui fait son trou à force d'intrigues de palais et de poigne de fer, jouant un rôle bien plus ferme et masculin que son piètre époux Edouard II, elle reste même imperturbable devant les supplices des personnes qui lui ont nui, savourant sa vengeance et affichant un caractère fort hérité de son père.
Je ne pouvais donc que m'émerveiller à la lecture de ce tome 1 qui reprend la trame historique et l'intrigue développée par les Rois Maudits ; les événements sont riches, il y a matière à traiter une histoire forte, et quand le dessin est à la hauteur de l'histoire, que demander de plus ? Calderon fait preuve d'une très grande maîtrise graphique, son dessin est somptueux, décors et costumes très fidèles, malgré quelques raccourcis narratifs et la vision bien soft du supplice des frères d'Aunay (qui dans une Bd plus mordante, aurait sans doute été beaucoup plus crue, car ce supplice fut dans la réalité d'une atrocité sans nom). De même que le portrait d'Edouard II est ici plus viril et bien trop flatteur ; ce ne fut pas un grand roi, peu doué en politique comme le fut son père Edouard Ier, il n'a fait qu'affaiblir le royaume, d'où sa fin piteuse.
Le tome 2 est certainement encore plus réussi, le dosage entre scènes de bataille et scènes de palais est bien dosé, on s'aperçoit que la politique est toujours au coeur des problèmes, et surtout tous les faits sont exacts, les scénaristes ne faisant que suivre le cours de l'Histoire et l'intrigue des "Rois Maudits". Il n'y a qu'un détail qui n'est pas forcément vrai, c'est la cause de la guerre de Cent Ans (qui éclate à la fin du tome), beaucoup d'auteurs de BD se laissent emporter par la thèse non officielle qui est l'ambition d'Edouard III à réclamer la couronne de France grâce à son lignage (héritier direct par sa mère Isabelle) ; en fait, c'est un prétexte, la vraie raison étant de récupérer la Guyenne pour ne plus avoir à rendre l'hommage simple au roi de France, cette position de vassal étant perçue comme humiliante.
Graphiquement, Calderon se surpasse, c'est toujours aussi beau ; lorsque je l'ai rencontré en dédicace sur Les Voies du Seigneur, il m'a avoué adorer cette période moyenâgeuse, et ça se sent quand on voit la justesse des costumes, des armures (sauf certaines épées qui sont plutôt XVème siècle) et la précision sur les pierres des édifices et des salles de châteaux, ou les éléments de décor. Là encore, comme pour le supplice des frères d'Aunay, celui d'Edouard II est montré sobrement, je m'y attendais, car il est trop horrible ; le supplice de Despenser est également à peine montré. Je trouve que Calderon réussit mieux ses visages tels ceux d'Isabelle, de Mortimer, d'Edouard III ou Robert d'Artois...
En tout cas, c'est passionnant, magnifique et bien conté sans ennui car ça ne vise pas qu'un public d'initiés ou de médiévistes, c'est de la grande Histoire et ça donne envie de s'y intéresser. Un splendide diptyque qui mérite les 5 étoiles.
Très bonne entrée en matière dans le genre vampirique.
La page Garulfo est tournée, nous avons là un récit un peu plus noir, même si Alain Ayroles ne peut s'empêcher de glisser un peu d'humour dans son histoire. Cet humour est toutefois le bienvenu, cela permet de relâcher un peu la pression. La reconstitution de la société victorienne me semble très sérieuse, notamment dans ce mélange subtil de décadence et de pudibonderie qui la caractérise parfois. Le personnage de Swindley, fortement inspiré par celui d'Oscar Wilde, me plaît beaucoup.
Le personnage de Drake est bien campé, il me plaît beaucoup avec ce panachage d'héroïsme un peu bourrin et d'intelligence cultivée. Le lent basculement d'Elisabeth dans sa nouvelle condition est habilement amené, les changements de postures des personnages sont franchement bien équilibrés. Et n'oublions pas que certains gardent leur part d'ombres... L'histoire aurait pu se terminer à la moitié du tome 2, mais Ayroles introduit d'autres éléments et personnages qui nous emmènent sur d'autres pistes. Astucieux. dans le tome 3 on approche également l'histoire de Jack l'Eventreur, mais il s'agit -ou pas- d'une fausse piste. La fin du récit est relativement prévisible, mais j'ai bien aimé son cheminement et son traitement.
Le tout est remarquablement servi par le trait jouissif de Bruno Maïorana, qui n'a pas pour autant lâché certains "tics" visuels de Garulfo. C'est un plaisir pour les yeux. dommage qu'il aie décidé d'arrêter la BD :(
Un classique.
Une sacrée histoire que celle de Paul Grappe ! Curieusement, ce n’est qu’en refermant la dernière page que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une histoire vraie. Et pourtant je ne doute pas qu’un scénariste brillant ait pu concevoir un récit aussi incroyable, aussi dérangeant, aussi fascinant. Un gros pavé dans la mare fétide des opposants au mariage gay et autres paranoïaques redoutant un enseignement du plus « mauvais genre »… Et quand je dis « gros pavé », surtout ne pas se méprendre ! Car si pavé il y a, celui-ci est tout en finesse, servi par un joli dessin au pastel à dominante gris sépia parsemé de touches de rouge, pour évoquer d’une part le sang de la boucherie 14-18 et d’autre part la relation passionnelle et tumultueuse entre Louise et Paul ou encore la séduction un brin provocante. Au niveau du trait, on est presque plus dans l’esquisse, le but étant de faire ressortir les ambiances, les attitudes et les expressions des personnages, ce que Chloé Cruchaudet réussit avec énormément de talent. C’est vraiment très très beau à regarder et on se dit que les contours des cases auraient été superflus dans une histoire sur la relativité du genre…
Par ailleurs inspirée d’un roman, cette BD nous fait vivre la transformation physique et morale d’un homme qui au départ se travestissait uniquement pour sortir de la clandestinité. Un rien macho au départ, Paul va peu à peu découvrir sa part de féminité qu’il finira par assumer totalement et mettre en valeur en devenant la star des soirées olé-olé du Bois de Boulogne. Du coup, on se dit que ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard si on disait de ces années qu’elles étaient « folles »… L’humour n’est pas absent et vient judicieusement contrebalancer la dureté de certaines scènes évoquant la Grande guerre au début de l’album, une guerre où par chance Paul n’aura (délibérément) laissé qu’un doigt pour éviter d’y laisser le reste.
Il va sans dire que « Mauvais Genre » est un énorme coup de cœur pour moi, et incontestablement une des meilleures productions de l’année 2013.
Etrange histoire que celle de cet immeuble peuplé de personnes peu ordinaires, entre l'obsédé par les personnes malades, la mamie qui se fond -littéralement- dans le décor, l'obèse qui dirige un club de gourmands et la femme entre deux âges qui s'occupe d'un club d'entraide pour justement maigrir...
L'occasion pour Karrie Fransman de faire une étude de moeurs aussi fine que dérangeante, ses personnages allant très loin dans leurs obsessions, entre sexe, aliénation urbaine, solitude et dépravations diverses.On est un peu dégoûté, un peu fasciné, mais on ne peut s'empêcher d'aller plus avant, de voir comment cela va finir... Et forcément cela sera cruel.
Le dessin de Fransman est très particulier, parfois épuré, parfois plein de détails, et les visages de ses personnages sont vraiment étranges, avec ces cercles figurant les joues...
Une vraie curiosité...
Cette série est géniale, que ce soit pour le plaisir ressenti par le lecteur adulte ou bien pour l'enfant la bouquinant (même les petits récalcitrants à la lecture pourront s'amuser des dessins fantastiques de drôlerie de Sieur Libon).
La bd a effectivement le mérite d'avoir plusieurs sens de lecture ce qui lui permet de pouvoir toucher un large public.
Jacques le petit lézard géant est très attachant de par son innocence et sa gentillesse infantile; si bien que je me sens comme une petite fillette qui s' égosillerait à chaque fois qu'elle le voit "Moi aussi, j' en veuuux uuuun ouiiiin hiiin hiiiin...!"
Excellent personnage que cet olibrius de Hector.
Le trait de Libon est naturellement marrant, mais étoffé d' une galerie de personnages finement ciselés pour le burlesque, de situations extravagantes et de dialogues réalistes et bien sentis, ça en devient franchement hilarant.
J' adore tout simplement.
Sur fond de ruines, de friches industrielles ou de villes fantômes, de populations plus ou moins abandonnées à leur sort, Emmanuel Lepage a su faire un album vraiment réussi !
Alors que les couleurs employées sont à dominante sombre, comme l’est la situation de cette région d’Europe touchée par une catastrophe aussi terrible que l’a été l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les quelques planches où éclatent la couleur permettent à Lepage de rappeler que la vie ne rend pas les armes facilement.
Et lui-même – que l’on suit dans ses questionnements, est le premier surpris, presque gêné, de voir et donc de représenter essentiellement des traces de vie – dans la végétation, mais aussi chez les gens qui l’accueillent, le visitent durant son séjour en Ukraine.
C’est aussi que la mort est ici en partie invisible. Les probables dizaines de milliers de morts (les liquidateurs) ont disparu. Et les radiations qui continuent l’œuvre mortifère sont moins visibles qu’audibles (terrible tic tic des compteurs rappelant leur présence !).
Si ce « Printemps à Tchernobyl » est un triste mais beau voyage, c’est aussi que le dessin est vraiment excellent ! Dans l’esquisse, les détails ou les vues d’ensemble, le talent d’Emmanuel Lepage porte l’album très haut !
En tout cas, malgré le côté vivifiant de certaines planches ou réflexions de l’auteur, il ne perd pas de vue que tout semble ici en sursis, précaire, presque irréel. Et il rappelle bien plusieurs fois que le sacrifice de milliers de personnes a été nécessaire pour que la mort sortie de la centrale ne frappe pas plus durement l’Europe entière (même si on ne peut s’empêcher de penser qu’elle la frappe tout de même suite aux retombées ayant suivi l’explosion : le « nuage radioactif » a évidemment survolé la France). Je me demande surtout ce qui se passerait en cas d’accident équivalent dans une démocratie, chez nous. Qui pour se sacrifier et colmater les brèches, comment imposer ce sacrifice sans user des moyens dont disposait l’URSS ?
Je n’ai pas la réponse, et c’est justement pour cela que cet album, et les motivations d’Emmanuel Lepage et des associations à l’origine de ce travail prennent tout leur sens. Et ce qui s’est passé et se passe au Japon depuis l’explosion des réacteurs de Fukushima ne me rend pas plus enclin à la confiance en ce mode de production et en des « autorités » acceptant de placer la rentabilité d’une activité économique au niveau de la vie.
Un album essentiel pour alimenter le débat. Mais aussi et surtout un très bel album tout court, sur une expérience pleine d’humanité, finalement. Qui montre à la fois la force et la fragilité des hommes.
Alex Alice, qu'il ne faut plus présenter, publie ici chez l'éditeur "Rue de Sèvres", cette nouvelle aventure Le Château des étoiles.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'auteur, que l'on savait friand de projets originaux, nous offre une première parution des plus réussies!
Dans un premier temps, c'est le format d'édition qui nous fait de l'œil. Publié en format journal agrafé (29cmx42cm), cette parution de 22 planches est le premier tiers de l'aventure qui devrait être publiée en intégralité à la rentrée. Adepte ou non de ces éditions décalées (je me souviens au passage de la collection 32 de Futuro), l'audace du projet est évidente et personnellement, cela me plaît. D'abord parce je sais qu'avant même d'avoir lu la première planche, je vais découvrir quelque chose de très singulier. La curiosité qui m'anime à ce moment-là est énorme et ne me permet pas de faire preuve de patience... Il faut que j'ouvre ce journal. Et là, une nouvelle claque des plus agréables vient heurter mes mirettes. La mise-en-couleurs directe, constituée d'un crayonné léger et de couleurs pastels, est sublime. J'adore et je me retrouve immédiatement transporté dans des souvenirs d'enfance, mêlant rêve et aventure.
Vient ensuite la lecture de ce premier volume. L'histoire tient ses promesses même si à la fin du journal, je reste sur l'impression d'une introduction; excellente, certes, mais qui ne demande qu'à se développer. L'influence de Jules Verne est évidente: la machinerie steampunk, l'époque des grandes découvertes de la seconde moitié du XXème siècle, la quête entreprise, autant d'éléments qui éveillent en moi une douce nostalgie qu'il me plaît de redécouvrir. J'ai cru également ressentir, de la thématique au dessin de certains visages, une influence des grands Hayao Miyazaki, auteur de "Nausicaä de la vallée du vent" et Le Château dans le Ciel, ou Katsuhiro Otomo pour son Steamboy.
Quoiqu'il en soit, même après autant d'éloges, il m'est difficile d'être complètement enthousiaste et conquis car, comme déjà évoqué, l'histoire n'en est qu'à ses balbutiements. Mais pour l'heure, l'audace du projet, parfaitement assumée, et son traitement efficace, font de cette première parution une excellente découverte et, sans la moindre hésitation, un très gros coup de cœur! Vivement la suite, qui ne se fera par ailleurs pas attendre, puisque les deux prochains mois devraient nous offrir le restant de cette aventure.
L'histoire se poursuit dans cette deuxième parution. Bien que le récit garde un rythme relativement calme, l'aventure n'en demeure pas moins prenante dans son évolution. Reste qu'il me semble difficile de conclure cela en un dernier tome qui devra, non seulement apporter plusieurs réponses mais également développer l'expédition principale. Je trépigne d'impatience de lire la conclusion de cette aventure car l'exercice est à ce stade dangereux: la qualité générale du récit va beaucoup dépendre du dernier tiers de l'aventure…
Pour le reste, je trouve le trait et la colorisation magnifique. La réussite est toujours au rendez-vous et le plaisir de lecture, dans cette édition originale, est pour ma part un vrai plaisir. Allez, la suite s'il vous plaît!
J’ai beaucoup apprécié l’utilisation de la couleur. Les premières histoires (qui se révèlent être des chapitres, en définitive) se centrent à chaque fois sur un personnage et n’utilisent à chaque fois qu’une couleur. Mais lorsque, plus loin dans le récit, les personnages se retrouvent au sein d’un même chapitre, les couleurs elles aussi se conjuguent. C’est non seulement beau mais également original.
De plus, le premier chapitre offre un très poétique récit, tout en pudeur et en finesse. Bien sûr Vanyda continue à exploiter la veine déjà explorée dans ses précédents albums, à savoir l’amour au quotidien, mais elle gagne indubitablement en maturité.
Malheureusement, tous les personnages ne se révéleront pas aussi intéressants et j’ai trouvé certains chapitres inutiles. Ils ne sont pas rébarbatifs pour autant mais je me suis parfois demandé pourquoi l’auteure les avait inclus dans son script.
Autre petit problème : avec autant de personnages, il m’a été parfois difficile de m’y retrouver. Heureusement, l’usage des couleurs et une narration claire facilitent le travail mais il n’empêche que, parfois, je ne voyais plus trop de qui on parlait.
Côté dessin, ce qui continue à me marquer chez cette artiste, c’est son art de saisir les poses des jeunes adolescentes. C’est saisissant de naturel et de spontanéité et tout en simplicité et en souplesse.
Dans l’ensemble, c’est quand même plus que « pas mal ». De là à accorder un « franchement bien », il y a une marche que j’ai du mal à franchir. Bon, allez, pas mal du tout et coup de cœur pour l’emploi fin et intelligent de la couleur.
Je ne vois pas ce qu'on peut demander de plus à une BD.
Le scénario de ce western est sur le mode tragique, sans rebondissements incessants, juste le drame et rien que lui, et tout à son service, dans un déroulement implacable. Contrairement à Shutter Island, où l'angoisse absurde mène le bal, et où, de mon point de vue, on n'a pas vraiment de prise, puisque la situation est totalement insensée, ici au contraire, chaque situation découle d'une précédente, qui n'a rien d'impossible, voire qui est défendable par chacune des parties. C'est aussi un drame qui met en jeu des inquiétudes intemporelles (la filiation, le mensonge, le pouvoir de l'argent...) ce qui lui donne une portée qui ne vieillira pas.
Ce scénario cohérent est servi par un dessin au crayon, extrêmement fin dans les visages, ce qui permet de ressentir très précisément les nuances de l'expression des personnages.(des expressions qui peuvent être le reflet de la pensée, ou au contraire un art de la dissimulation de celle-ci) Cette finesse en noir et blanc, associée à une certaine lenteur, remarquée par d'autres lecteurs, contribue à rappeler les films de John Ford. (évidement c'est plutôt une référence de vieillard, mais qu'à cela ne tienne...) Les décors sont, eux, traité avec une certaine rugosité, des hachures grossières au crayon gras, des trames en surimpression, et un fond doux, façon papier jauni. Les traces de rouge n'apportent rien mais elle ne nuisent pas non plus à la force de l'assemblage.
J'insiste encore sur la précision des expressions, leur beauté tragique mais aussi leur duplicité ou leur candeur (tout le contraire de Servitudes, par exemple, aussi en noir et blanc, mais avec des statues de sels à la place des personnages) C'est vraiment un bijou de compréhension de "l'âme humaine". C'est peut-être un cliché, mais le cliché, c'est ce qui nous est commun.
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Isabelle - La Louve de France
Cette collection les Reines de sang semble être amenée dans les années à venir à devenir une référence en matière de BD historique, car tout y est soigné et précis ; l'attente fut longue pour Aliénor, la légende noire, mais ça valait le détour, et ici, enfin le tome 2 arrive et ne me déçoit pas. Pour avoir été bercé très jeune par la diffusion à la télé du feuilleton les Rois Maudits (l'original de 1972 pas le remake incolore de 2005) et la lecture du roman de Maurice Druon dont il était adapté, j'ai sans doute approfondi ma passion du Moyen Age et surtout de ses turpitudes politico-sentimentalo-sanglantes, spécialement celles de cette période de fin XIIIème siècle-début XIVème, avec le règne du "roi de fer" Philippe le Bel, les déboires territoriaux de Robert d'Artois avec sa catin de tante Mahaut, le scandale des brus du roi et de la Tour de Nesle, le règne du chétif Louis le Hutin, et les débuts de la guerre de Cent Ans. Et Isabelle dans tout ça qui fait son trou à force d'intrigues de palais et de poigne de fer, jouant un rôle bien plus ferme et masculin que son piètre époux Edouard II, elle reste même imperturbable devant les supplices des personnes qui lui ont nui, savourant sa vengeance et affichant un caractère fort hérité de son père. Je ne pouvais donc que m'émerveiller à la lecture de ce tome 1 qui reprend la trame historique et l'intrigue développée par les Rois Maudits ; les événements sont riches, il y a matière à traiter une histoire forte, et quand le dessin est à la hauteur de l'histoire, que demander de plus ? Calderon fait preuve d'une très grande maîtrise graphique, son dessin est somptueux, décors et costumes très fidèles, malgré quelques raccourcis narratifs et la vision bien soft du supplice des frères d'Aunay (qui dans une Bd plus mordante, aurait sans doute été beaucoup plus crue, car ce supplice fut dans la réalité d'une atrocité sans nom). De même que le portrait d'Edouard II est ici plus viril et bien trop flatteur ; ce ne fut pas un grand roi, peu doué en politique comme le fut son père Edouard Ier, il n'a fait qu'affaiblir le royaume, d'où sa fin piteuse. Le tome 2 est certainement encore plus réussi, le dosage entre scènes de bataille et scènes de palais est bien dosé, on s'aperçoit que la politique est toujours au coeur des problèmes, et surtout tous les faits sont exacts, les scénaristes ne faisant que suivre le cours de l'Histoire et l'intrigue des "Rois Maudits". Il n'y a qu'un détail qui n'est pas forcément vrai, c'est la cause de la guerre de Cent Ans (qui éclate à la fin du tome), beaucoup d'auteurs de BD se laissent emporter par la thèse non officielle qui est l'ambition d'Edouard III à réclamer la couronne de France grâce à son lignage (héritier direct par sa mère Isabelle) ; en fait, c'est un prétexte, la vraie raison étant de récupérer la Guyenne pour ne plus avoir à rendre l'hommage simple au roi de France, cette position de vassal étant perçue comme humiliante. Graphiquement, Calderon se surpasse, c'est toujours aussi beau ; lorsque je l'ai rencontré en dédicace sur Les Voies du Seigneur, il m'a avoué adorer cette période moyenâgeuse, et ça se sent quand on voit la justesse des costumes, des armures (sauf certaines épées qui sont plutôt XVème siècle) et la précision sur les pierres des édifices et des salles de châteaux, ou les éléments de décor. Là encore, comme pour le supplice des frères d'Aunay, celui d'Edouard II est montré sobrement, je m'y attendais, car il est trop horrible ; le supplice de Despenser est également à peine montré. Je trouve que Calderon réussit mieux ses visages tels ceux d'Isabelle, de Mortimer, d'Edouard III ou Robert d'Artois... En tout cas, c'est passionnant, magnifique et bien conté sans ennui car ça ne vise pas qu'un public d'initiés ou de médiévistes, c'est de la grande Histoire et ça donne envie de s'y intéresser. Un splendide diptyque qui mérite les 5 étoiles.
D
Très bonne entrée en matière dans le genre vampirique. La page Garulfo est tournée, nous avons là un récit un peu plus noir, même si Alain Ayroles ne peut s'empêcher de glisser un peu d'humour dans son histoire. Cet humour est toutefois le bienvenu, cela permet de relâcher un peu la pression. La reconstitution de la société victorienne me semble très sérieuse, notamment dans ce mélange subtil de décadence et de pudibonderie qui la caractérise parfois. Le personnage de Swindley, fortement inspiré par celui d'Oscar Wilde, me plaît beaucoup. Le personnage de Drake est bien campé, il me plaît beaucoup avec ce panachage d'héroïsme un peu bourrin et d'intelligence cultivée. Le lent basculement d'Elisabeth dans sa nouvelle condition est habilement amené, les changements de postures des personnages sont franchement bien équilibrés. Et n'oublions pas que certains gardent leur part d'ombres... L'histoire aurait pu se terminer à la moitié du tome 2, mais Ayroles introduit d'autres éléments et personnages qui nous emmènent sur d'autres pistes. Astucieux. dans le tome 3 on approche également l'histoire de Jack l'Eventreur, mais il s'agit -ou pas- d'une fausse piste. La fin du récit est relativement prévisible, mais j'ai bien aimé son cheminement et son traitement. Le tout est remarquablement servi par le trait jouissif de Bruno Maïorana, qui n'a pas pour autant lâché certains "tics" visuels de Garulfo. C'est un plaisir pour les yeux. dommage qu'il aie décidé d'arrêter la BD :( Un classique.
Mauvais genre
Une sacrée histoire que celle de Paul Grappe ! Curieusement, ce n’est qu’en refermant la dernière page que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une histoire vraie. Et pourtant je ne doute pas qu’un scénariste brillant ait pu concevoir un récit aussi incroyable, aussi dérangeant, aussi fascinant. Un gros pavé dans la mare fétide des opposants au mariage gay et autres paranoïaques redoutant un enseignement du plus « mauvais genre »… Et quand je dis « gros pavé », surtout ne pas se méprendre ! Car si pavé il y a, celui-ci est tout en finesse, servi par un joli dessin au pastel à dominante gris sépia parsemé de touches de rouge, pour évoquer d’une part le sang de la boucherie 14-18 et d’autre part la relation passionnelle et tumultueuse entre Louise et Paul ou encore la séduction un brin provocante. Au niveau du trait, on est presque plus dans l’esquisse, le but étant de faire ressortir les ambiances, les attitudes et les expressions des personnages, ce que Chloé Cruchaudet réussit avec énormément de talent. C’est vraiment très très beau à regarder et on se dit que les contours des cases auraient été superflus dans une histoire sur la relativité du genre… Par ailleurs inspirée d’un roman, cette BD nous fait vivre la transformation physique et morale d’un homme qui au départ se travestissait uniquement pour sortir de la clandestinité. Un rien macho au départ, Paul va peu à peu découvrir sa part de féminité qu’il finira par assumer totalement et mettre en valeur en devenant la star des soirées olé-olé du Bois de Boulogne. Du coup, on se dit que ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard si on disait de ces années qu’elles étaient « folles »… L’humour n’est pas absent et vient judicieusement contrebalancer la dureté de certaines scènes évoquant la Grande guerre au début de l’album, une guerre où par chance Paul n’aura (délibérément) laissé qu’un doigt pour éviter d’y laisser le reste. Il va sans dire que « Mauvais Genre » est un énorme coup de cœur pour moi, et incontestablement une des meilleures productions de l’année 2013.
La Maison qui grince
Etrange histoire que celle de cet immeuble peuplé de personnes peu ordinaires, entre l'obsédé par les personnes malades, la mamie qui se fond -littéralement- dans le décor, l'obèse qui dirige un club de gourmands et la femme entre deux âges qui s'occupe d'un club d'entraide pour justement maigrir... L'occasion pour Karrie Fransman de faire une étude de moeurs aussi fine que dérangeante, ses personnages allant très loin dans leurs obsessions, entre sexe, aliénation urbaine, solitude et dépravations diverses.On est un peu dégoûté, un peu fasciné, mais on ne peut s'empêcher d'aller plus avant, de voir comment cela va finir... Et forcément cela sera cruel. Le dessin de Fransman est très particulier, parfois épuré, parfois plein de détails, et les visages de ses personnages sont vraiment étranges, avec ces cercles figurant les joues... Une vraie curiosité...
Jacques le petit lézard géant
Cette série est géniale, que ce soit pour le plaisir ressenti par le lecteur adulte ou bien pour l'enfant la bouquinant (même les petits récalcitrants à la lecture pourront s'amuser des dessins fantastiques de drôlerie de Sieur Libon). La bd a effectivement le mérite d'avoir plusieurs sens de lecture ce qui lui permet de pouvoir toucher un large public. Jacques le petit lézard géant est très attachant de par son innocence et sa gentillesse infantile; si bien que je me sens comme une petite fillette qui s' égosillerait à chaque fois qu'elle le voit "Moi aussi, j' en veuuux uuuun ouiiiin hiiin hiiiin...!"
Hector Kanon
Excellent personnage que cet olibrius de Hector. Le trait de Libon est naturellement marrant, mais étoffé d' une galerie de personnages finement ciselés pour le burlesque, de situations extravagantes et de dialogues réalistes et bien sentis, ça en devient franchement hilarant. J' adore tout simplement.
Un printemps à Tchernobyl
Sur fond de ruines, de friches industrielles ou de villes fantômes, de populations plus ou moins abandonnées à leur sort, Emmanuel Lepage a su faire un album vraiment réussi ! Alors que les couleurs employées sont à dominante sombre, comme l’est la situation de cette région d’Europe touchée par une catastrophe aussi terrible que l’a été l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les quelques planches où éclatent la couleur permettent à Lepage de rappeler que la vie ne rend pas les armes facilement. Et lui-même – que l’on suit dans ses questionnements, est le premier surpris, presque gêné, de voir et donc de représenter essentiellement des traces de vie – dans la végétation, mais aussi chez les gens qui l’accueillent, le visitent durant son séjour en Ukraine. C’est aussi que la mort est ici en partie invisible. Les probables dizaines de milliers de morts (les liquidateurs) ont disparu. Et les radiations qui continuent l’œuvre mortifère sont moins visibles qu’audibles (terrible tic tic des compteurs rappelant leur présence !). Si ce « Printemps à Tchernobyl » est un triste mais beau voyage, c’est aussi que le dessin est vraiment excellent ! Dans l’esquisse, les détails ou les vues d’ensemble, le talent d’Emmanuel Lepage porte l’album très haut ! En tout cas, malgré le côté vivifiant de certaines planches ou réflexions de l’auteur, il ne perd pas de vue que tout semble ici en sursis, précaire, presque irréel. Et il rappelle bien plusieurs fois que le sacrifice de milliers de personnes a été nécessaire pour que la mort sortie de la centrale ne frappe pas plus durement l’Europe entière (même si on ne peut s’empêcher de penser qu’elle la frappe tout de même suite aux retombées ayant suivi l’explosion : le « nuage radioactif » a évidemment survolé la France). Je me demande surtout ce qui se passerait en cas d’accident équivalent dans une démocratie, chez nous. Qui pour se sacrifier et colmater les brèches, comment imposer ce sacrifice sans user des moyens dont disposait l’URSS ? Je n’ai pas la réponse, et c’est justement pour cela que cet album, et les motivations d’Emmanuel Lepage et des associations à l’origine de ce travail prennent tout leur sens. Et ce qui s’est passé et se passe au Japon depuis l’explosion des réacteurs de Fukushima ne me rend pas plus enclin à la confiance en ce mode de production et en des « autorités » acceptant de placer la rentabilité d’une activité économique au niveau de la vie. Un album essentiel pour alimenter le débat. Mais aussi et surtout un très bel album tout court, sur une expérience pleine d’humanité, finalement. Qui montre à la fois la force et la fragilité des hommes.
Le Château des étoiles
Alex Alice, qu'il ne faut plus présenter, publie ici chez l'éditeur "Rue de Sèvres", cette nouvelle aventure Le Château des étoiles. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'auteur, que l'on savait friand de projets originaux, nous offre une première parution des plus réussies! Dans un premier temps, c'est le format d'édition qui nous fait de l'œil. Publié en format journal agrafé (29cmx42cm), cette parution de 22 planches est le premier tiers de l'aventure qui devrait être publiée en intégralité à la rentrée. Adepte ou non de ces éditions décalées (je me souviens au passage de la collection 32 de Futuro), l'audace du projet est évidente et personnellement, cela me plaît. D'abord parce je sais qu'avant même d'avoir lu la première planche, je vais découvrir quelque chose de très singulier. La curiosité qui m'anime à ce moment-là est énorme et ne me permet pas de faire preuve de patience... Il faut que j'ouvre ce journal. Et là, une nouvelle claque des plus agréables vient heurter mes mirettes. La mise-en-couleurs directe, constituée d'un crayonné léger et de couleurs pastels, est sublime. J'adore et je me retrouve immédiatement transporté dans des souvenirs d'enfance, mêlant rêve et aventure. Vient ensuite la lecture de ce premier volume. L'histoire tient ses promesses même si à la fin du journal, je reste sur l'impression d'une introduction; excellente, certes, mais qui ne demande qu'à se développer. L'influence de Jules Verne est évidente: la machinerie steampunk, l'époque des grandes découvertes de la seconde moitié du XXème siècle, la quête entreprise, autant d'éléments qui éveillent en moi une douce nostalgie qu'il me plaît de redécouvrir. J'ai cru également ressentir, de la thématique au dessin de certains visages, une influence des grands Hayao Miyazaki, auteur de "Nausicaä de la vallée du vent" et Le Château dans le Ciel, ou Katsuhiro Otomo pour son Steamboy. Quoiqu'il en soit, même après autant d'éloges, il m'est difficile d'être complètement enthousiaste et conquis car, comme déjà évoqué, l'histoire n'en est qu'à ses balbutiements. Mais pour l'heure, l'audace du projet, parfaitement assumée, et son traitement efficace, font de cette première parution une excellente découverte et, sans la moindre hésitation, un très gros coup de cœur! Vivement la suite, qui ne se fera par ailleurs pas attendre, puisque les deux prochains mois devraient nous offrir le restant de cette aventure. L'histoire se poursuit dans cette deuxième parution. Bien que le récit garde un rythme relativement calme, l'aventure n'en demeure pas moins prenante dans son évolution. Reste qu'il me semble difficile de conclure cela en un dernier tome qui devra, non seulement apporter plusieurs réponses mais également développer l'expédition principale. Je trépigne d'impatience de lire la conclusion de cette aventure car l'exercice est à ce stade dangereux: la qualité générale du récit va beaucoup dépendre du dernier tiers de l'aventure… Pour le reste, je trouve le trait et la colorisation magnifique. La réussite est toujours au rendez-vous et le plaisir de lecture, dans cette édition originale, est pour ma part un vrai plaisir. Allez, la suite s'il vous plaît!
Un petit goût de noisette
J’ai beaucoup apprécié l’utilisation de la couleur. Les premières histoires (qui se révèlent être des chapitres, en définitive) se centrent à chaque fois sur un personnage et n’utilisent à chaque fois qu’une couleur. Mais lorsque, plus loin dans le récit, les personnages se retrouvent au sein d’un même chapitre, les couleurs elles aussi se conjuguent. C’est non seulement beau mais également original. De plus, le premier chapitre offre un très poétique récit, tout en pudeur et en finesse. Bien sûr Vanyda continue à exploiter la veine déjà explorée dans ses précédents albums, à savoir l’amour au quotidien, mais elle gagne indubitablement en maturité. Malheureusement, tous les personnages ne se révéleront pas aussi intéressants et j’ai trouvé certains chapitres inutiles. Ils ne sont pas rébarbatifs pour autant mais je me suis parfois demandé pourquoi l’auteure les avait inclus dans son script. Autre petit problème : avec autant de personnages, il m’a été parfois difficile de m’y retrouver. Heureusement, l’usage des couleurs et une narration claire facilitent le travail mais il n’empêche que, parfois, je ne voyais plus trop de qui on parlait. Côté dessin, ce qui continue à me marquer chez cette artiste, c’est son art de saisir les poses des jeunes adolescentes. C’est saisissant de naturel et de spontanéité et tout en simplicité et en souplesse. Dans l’ensemble, c’est quand même plus que « pas mal ». De là à accorder un « franchement bien », il y a une marche que j’ai du mal à franchir. Bon, allez, pas mal du tout et coup de cœur pour l’emploi fin et intelligent de la couleur.
Rouge comme la neige
Je ne vois pas ce qu'on peut demander de plus à une BD. Le scénario de ce western est sur le mode tragique, sans rebondissements incessants, juste le drame et rien que lui, et tout à son service, dans un déroulement implacable. Contrairement à Shutter Island, où l'angoisse absurde mène le bal, et où, de mon point de vue, on n'a pas vraiment de prise, puisque la situation est totalement insensée, ici au contraire, chaque situation découle d'une précédente, qui n'a rien d'impossible, voire qui est défendable par chacune des parties. C'est aussi un drame qui met en jeu des inquiétudes intemporelles (la filiation, le mensonge, le pouvoir de l'argent...) ce qui lui donne une portée qui ne vieillira pas. Ce scénario cohérent est servi par un dessin au crayon, extrêmement fin dans les visages, ce qui permet de ressentir très précisément les nuances de l'expression des personnages.(des expressions qui peuvent être le reflet de la pensée, ou au contraire un art de la dissimulation de celle-ci) Cette finesse en noir et blanc, associée à une certaine lenteur, remarquée par d'autres lecteurs, contribue à rappeler les films de John Ford. (évidement c'est plutôt une référence de vieillard, mais qu'à cela ne tienne...) Les décors sont, eux, traité avec une certaine rugosité, des hachures grossières au crayon gras, des trames en surimpression, et un fond doux, façon papier jauni. Les traces de rouge n'apportent rien mais elle ne nuisent pas non plus à la force de l'assemblage. J'insiste encore sur la précision des expressions, leur beauté tragique mais aussi leur duplicité ou leur candeur (tout le contraire de Servitudes, par exemple, aussi en noir et blanc, mais avec des statues de sels à la place des personnages) C'est vraiment un bijou de compréhension de "l'âme humaine". C'est peut-être un cliché, mais le cliché, c'est ce qui nous est commun.