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Couverture de la série Sur la route de Selma
Sur la route de Selma

Au départ, je me méfiais un peu avec Tome, plus connu pour ses séries humoristiques, puis je me suis rappelé qu'il avait commis Berceuse assassine qui, même si j'avais aimé à moitié, faisait plus crédible sur sa carte de visite pour aborder ce polar. C'est une bonne histoire, tout en atmosphère, bien ancrée dans cet Alabama, symbole pour la communauté noire de la lutte contre la ségrégation ; le nom de Kounta Kinte, allusion au roman Racines, est d'ailleurs significatif, et Tome parvient à renouveler ce type de récit (déjà vu à l'écran) au sein d'une Amérique raciste des années 80, même si on s'aperçoit qu'il y a eu une légère évolution, puisqu'on y voit des Noirs dans un bar côtoyant des Blancs, chose qui n'aurait pu arriver avant. J'aime bien pourtant cette Amérique du Sud et du Midwest avec ses cafés truck stop, ses stations-service, ses motels perdus dans des petites villes, ses gros trucks et ses pick-up un peu déglingués... c'est tout un folklore U.S. très imagé que je préfère de loin au contexte urbain et souvent sombre des grandes villes. Et tout ceci est parfaitement restitué par le dessin élégant à la fois dépouillé et réaliste de Berthet, avec des cadrages et une mise en page très cinématographiques au service d'un scénario remarquablement huilé de Tome, qui entretient le suspense jusqu'à la dernière scène. Tous les personnages sont bien travaillés, y compris le chien pour un thriller impeccable en forme de tragédie grecque. Un grand moment de lecture.

02/07/2014 (modifier)
Par Alix
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Scalped
Scalped

Je réécris mon avis après la lecture de l’intégralité de la série, et j’enlève un point à la note. J’ai pourtant beaucoup aimé les premiers tomes. Initialement j’avais eu du mal à accrocher à la violence omniprésente, au héros, stéréotype même du « dur à cuire », et à la quantité de jurons par phylactère (dans la VO tout du moins). Et puis… je me suis laissé emporter par le scenario… rythmé, intéressant, bien construit, facile à suivre malgré la pléthore de personnages et les flashbacks incessants… quelle maîtrise narrative ! Mais voilà, 10 tomes, c’est trop, et en ce qui me concerne les auteurs ont trop allongé la sauce. Je n’ai rien contre les histoires qui mettent en place des protagonistes intéressants à la personnalité développée, mais à condition que cela se fasse naturellement. Ici on démarre sur les chapeaux de roues pendant 2-3 tomes, et puis… plus rien, l’intrigue n’avance presque plus pendant des albums entiers, qui se contentent de nous narrer le passé des personnages. J’ai failli décrocher lors du tome 7. Désolé, mais moi je vois ça comme un ajout « après coup », pour étaler l’intrigue sur plus de tomes. Les qualités indéniables de cette série sont certes toujours là (dessin, narration, contexte intéressant, noirceur omniprésente), mais selon moi les auteurs auraient dû boucler en 5-6 tomes maximum. Dans l’état, je me vois mal recommander un tel investissement à un ami.

17/03/2010 (MAJ le 01/07/2014) (modifier)
Par dut
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Homme de l'Année - 1967
L'Homme de l'Année - 1967

Le concept de cette série est plutôt accrocheur, on prend un événement marquant de l'histoire, et l'on raconte l'histoire d'un homme qui a un rôle important dans cet événement historique. Le tout est une fiction qui sort de la tête du scénariste. Outre le thème et l'époque abordés, ça repose quand même sur l'histoire imaginée par le scénariste. Les auteurs changent à chaque tomes pour garder un rythme de sortie soutenu, ça a son avantage mais aussi des inconvénients Difficile de noter cette série dans son ensemble, car dans les séries concept qui ne comprennent que des one shot, la qualité peut être assez inégale. Après 4 tomes, selon moi, la qualité fait dans l'ordre : très bien / moyen / moyen / excellent. Ce tome 4 est juste excellent ! Une histoire top par Lupano, pleine de symboles avec le Che, le dessin vraiment bon. Espérons que la qualité reste bonne pour les tomes suivants !

01/07/2014 (modifier)
Couverture de la série Isabelle - La Louve de France
Isabelle - La Louve de France

Cette collection les Reines de sang semble être amenée dans les années à venir à devenir une référence en matière de BD historique, car tout y est soigné et précis ; l'attente fut longue pour Aliénor, la légende noire, mais ça valait le détour, et ici, enfin le tome 2 arrive et ne me déçoit pas. Pour avoir été bercé très jeune par la diffusion à la télé du feuilleton les Rois Maudits (l'original de 1972 pas le remake incolore de 2005) et la lecture du roman de Maurice Druon dont il était adapté, j'ai sans doute approfondi ma passion du Moyen Age et surtout de ses turpitudes politico-sentimentalo-sanglantes, spécialement celles de cette période de fin XIIIème siècle-début XIVème, avec le règne du "roi de fer" Philippe le Bel, les déboires territoriaux de Robert d'Artois avec sa catin de tante Mahaut, le scandale des brus du roi et de la Tour de Nesle, le règne du chétif Louis le Hutin, et les débuts de la guerre de Cent Ans. Et Isabelle dans tout ça qui fait son trou à force d'intrigues de palais et de poigne de fer, jouant un rôle bien plus ferme et masculin que son piètre époux Edouard II, elle reste même imperturbable devant les supplices des personnes qui lui ont nui, savourant sa vengeance et affichant un caractère fort hérité de son père. Je ne pouvais donc que m'émerveiller à la lecture de ce tome 1 qui reprend la trame historique et l'intrigue développée par les Rois Maudits ; les événements sont riches, il y a matière à traiter une histoire forte, et quand le dessin est à la hauteur de l'histoire, que demander de plus ? Calderon fait preuve d'une très grande maîtrise graphique, son dessin est somptueux, décors et costumes très fidèles, malgré quelques raccourcis narratifs et la vision bien soft du supplice des frères d'Aunay (qui dans une Bd plus mordante, aurait sans doute été beaucoup plus crue, car ce supplice fut dans la réalité d'une atrocité sans nom). De même que le portrait d'Edouard II est ici plus viril et bien trop flatteur ; ce ne fut pas un grand roi, peu doué en politique comme le fut son père Edouard Ier, il n'a fait qu'affaiblir le royaume, d'où sa fin piteuse. Le tome 2 est certainement encore plus réussi, le dosage entre scènes de bataille et scènes de palais est bien dosé, on s'aperçoit que la politique est toujours au coeur des problèmes, et surtout tous les faits sont exacts, les scénaristes ne faisant que suivre le cours de l'Histoire et l'intrigue des "Rois Maudits". Il n'y a qu'un détail qui n'est pas forcément vrai, c'est la cause de la guerre de Cent Ans (qui éclate à la fin du tome), beaucoup d'auteurs de BD se laissent emporter par la thèse non officielle qui est l'ambition d'Edouard III à réclamer la couronne de France grâce à son lignage (héritier direct par sa mère Isabelle) ; en fait, c'est un prétexte, la vraie raison étant de récupérer la Guyenne pour ne plus avoir à rendre l'hommage simple au roi de France, cette position de vassal étant perçue comme humiliante. Graphiquement, Calderon se surpasse, c'est toujours aussi beau ; lorsque je l'ai rencontré en dédicace sur Les Voies du Seigneur, il m'a avoué adorer cette période moyenâgeuse, et ça se sent quand on voit la justesse des costumes, des armures (sauf certaines épées qui sont plutôt XVème siècle) et la précision sur les pierres des édifices et des salles de châteaux, ou les éléments de décor. Là encore, comme pour le supplice des frères d'Aunay, celui d'Edouard II est montré sobrement, je m'y attendais, car il est trop horrible ; le supplice de Despenser est également à peine montré. Je trouve que Calderon réussit mieux ses visages tels ceux d'Isabelle, de Mortimer, d'Edouard III ou Robert d'Artois... En tout cas, c'est passionnant, magnifique et bien conté sans ennui car ça ne vise pas qu'un public d'initiés ou de médiévistes, c'est de la grande Histoire et ça donne envie de s'y intéresser. Un splendide diptyque qui mérite les 5 étoiles.

06/08/2013 (MAJ le 01/07/2014) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série D
D

Très bonne entrée en matière dans le genre vampirique. La page Garulfo est tournée, nous avons là un récit un peu plus noir, même si Alain Ayroles ne peut s'empêcher de glisser un peu d'humour dans son histoire. Cet humour est toutefois le bienvenu, cela permet de relâcher un peu la pression. La reconstitution de la société victorienne me semble très sérieuse, notamment dans ce mélange subtil de décadence et de pudibonderie qui la caractérise parfois. Le personnage de Swindley, fortement inspiré par celui d'Oscar Wilde, me plaît beaucoup. Le personnage de Drake est bien campé, il me plaît beaucoup avec ce panachage d'héroïsme un peu bourrin et d'intelligence cultivée. Le lent basculement d'Elisabeth dans sa nouvelle condition est habilement amené, les changements de postures des personnages sont franchement bien équilibrés. Et n'oublions pas que certains gardent leur part d'ombres... L'histoire aurait pu se terminer à la moitié du tome 2, mais Ayroles introduit d'autres éléments et personnages qui nous emmènent sur d'autres pistes. Astucieux. dans le tome 3 on approche également l'histoire de Jack l'Eventreur, mais il s'agit -ou pas- d'une fausse piste. La fin du récit est relativement prévisible, mais j'ai bien aimé son cheminement et son traitement. Le tout est remarquablement servi par le trait jouissif de Bruno Maïorana, qui n'a pas pour autant lâché certains "tics" visuels de Garulfo. C'est un plaisir pour les yeux. dommage qu'il aie décidé d'arrêter la BD :( Un classique.

26/02/2009 (MAJ le 30/06/2014) (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mauvais genre
Mauvais genre

Une sacrée histoire que celle de Paul Grappe ! Curieusement, ce n’est qu’en refermant la dernière page que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une histoire vraie. Et pourtant je ne doute pas qu’un scénariste brillant ait pu concevoir un récit aussi incroyable, aussi dérangeant, aussi fascinant. Un gros pavé dans la mare fétide des opposants au mariage gay et autres paranoïaques redoutant un enseignement du plus « mauvais genre »… Et quand je dis « gros pavé », surtout ne pas se méprendre ! Car si pavé il y a, celui-ci est tout en finesse, servi par un joli dessin au pastel à dominante gris sépia parsemé de touches de rouge, pour évoquer d’une part le sang de la boucherie 14-18 et d’autre part la relation passionnelle et tumultueuse entre Louise et Paul ou encore la séduction un brin provocante. Au niveau du trait, on est presque plus dans l’esquisse, le but étant de faire ressortir les ambiances, les attitudes et les expressions des personnages, ce que Chloé Cruchaudet réussit avec énormément de talent. C’est vraiment très très beau à regarder et on se dit que les contours des cases auraient été superflus dans une histoire sur la relativité du genre… Par ailleurs inspirée d’un roman, cette BD nous fait vivre la transformation physique et morale d’un homme qui au départ se travestissait uniquement pour sortir de la clandestinité. Un rien macho au départ, Paul va peu à peu découvrir sa part de féminité qu’il finira par assumer totalement et mettre en valeur en devenant la star des soirées olé-olé du Bois de Boulogne. Du coup, on se dit que ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard si on disait de ces années qu’elles étaient « folles »… L’humour n’est pas absent et vient judicieusement contrebalancer la dureté de certaines scènes évoquant la Grande guerre au début de l’album, une guerre où par chance Paul n’aura (délibérément) laissé qu’un doigt pour éviter d’y laisser le reste. Il va sans dire que « Mauvais Genre » est un énorme coup de cœur pour moi, et incontestablement une des meilleures productions de l’année 2013.

25/06/2014 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Maison qui grince
La Maison qui grince

Etrange histoire que celle de cet immeuble peuplé de personnes peu ordinaires, entre l'obsédé par les personnes malades, la mamie qui se fond -littéralement- dans le décor, l'obèse qui dirige un club de gourmands et la femme entre deux âges qui s'occupe d'un club d'entraide pour justement maigrir... L'occasion pour Karrie Fransman de faire une étude de moeurs aussi fine que dérangeante, ses personnages allant très loin dans leurs obsessions, entre sexe, aliénation urbaine, solitude et dépravations diverses.On est un peu dégoûté, un peu fasciné, mais on ne peut s'empêcher d'aller plus avant, de voir comment cela va finir... Et forcément cela sera cruel. Le dessin de Fransman est très particulier, parfois épuré, parfois plein de détails, et les visages de ses personnages sont vraiment étranges, avec ces cercles figurant les joues... Une vraie curiosité...

22/06/2014 (modifier)
Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jacques le petit lézard géant
Jacques le petit lézard géant

Cette série est géniale, que ce soit pour le plaisir ressenti par le lecteur adulte ou bien pour l'enfant la bouquinant (même les petits récalcitrants à la lecture pourront s'amuser des dessins fantastiques de drôlerie de Sieur Libon). La bd a effectivement le mérite d'avoir plusieurs sens de lecture ce qui lui permet de pouvoir toucher un large public. Jacques le petit lézard géant est très attachant de par son innocence et sa gentillesse infantile; si bien que je me sens comme une petite fillette qui s' égosillerait à chaque fois qu'elle le voit "Moi aussi, j' en veuuux uuuun ouiiiin hiiin hiiiin...!"

22/06/2014 (modifier)
Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Hector Kanon
Hector Kanon

Excellent personnage que cet olibrius de Hector. Le trait de Libon est naturellement marrant, mais étoffé d' une galerie de personnages finement ciselés pour le burlesque, de situations extravagantes et de dialogues réalistes et bien sentis, ça en devient franchement hilarant. J' adore tout simplement.

22/06/2014 (modifier)
Couverture de la série Un printemps à Tchernobyl
Un printemps à Tchernobyl

Sur fond de ruines, de friches industrielles ou de villes fantômes, de populations plus ou moins abandonnées à leur sort, Emmanuel Lepage a su faire un album vraiment réussi ! Alors que les couleurs employées sont à dominante sombre, comme l’est la situation de cette région d’Europe touchée par une catastrophe aussi terrible que l’a été l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les quelques planches où éclatent la couleur permettent à Lepage de rappeler que la vie ne rend pas les armes facilement. Et lui-même – que l’on suit dans ses questionnements, est le premier surpris, presque gêné, de voir et donc de représenter essentiellement des traces de vie – dans la végétation, mais aussi chez les gens qui l’accueillent, le visitent durant son séjour en Ukraine. C’est aussi que la mort est ici en partie invisible. Les probables dizaines de milliers de morts (les liquidateurs) ont disparu. Et les radiations qui continuent l’œuvre mortifère sont moins visibles qu’audibles (terrible tic tic des compteurs rappelant leur présence !). Si ce « Printemps à Tchernobyl » est un triste mais beau voyage, c’est aussi que le dessin est vraiment excellent ! Dans l’esquisse, les détails ou les vues d’ensemble, le talent d’Emmanuel Lepage porte l’album très haut ! En tout cas, malgré le côté vivifiant de certaines planches ou réflexions de l’auteur, il ne perd pas de vue que tout semble ici en sursis, précaire, presque irréel. Et il rappelle bien plusieurs fois que le sacrifice de milliers de personnes a été nécessaire pour que la mort sortie de la centrale ne frappe pas plus durement l’Europe entière (même si on ne peut s’empêcher de penser qu’elle la frappe tout de même suite aux retombées ayant suivi l’explosion : le « nuage radioactif » a évidemment survolé la France). Je me demande surtout ce qui se passerait en cas d’accident équivalent dans une démocratie, chez nous. Qui pour se sacrifier et colmater les brèches, comment imposer ce sacrifice sans user des moyens dont disposait l’URSS ? Je n’ai pas la réponse, et c’est justement pour cela que cet album, et les motivations d’Emmanuel Lepage et des associations à l’origine de ce travail prennent tout leur sens. Et ce qui s’est passé et se passe au Japon depuis l’explosion des réacteurs de Fukushima ne me rend pas plus enclin à la confiance en ce mode de production et en des « autorités » acceptant de placer la rentabilité d’une activité économique au niveau de la vie. Un album essentiel pour alimenter le débat. Mais aussi et surtout un très bel album tout court, sur une expérience pleine d’humanité, finalement. Qui montre à la fois la force et la fragilité des hommes.

20/06/2014 (modifier)