Le Ventre de la Hyène fait partie de ces bandes dessinées qui vous filent un coup de poing en pleine face.
Une histoire d'enfant soldat. Histoire au sens large, le récit montre le cheminement de Talino, son passé, sa vie, sa famille et les rencontres qui laisseront une marque profonde en lui.
Les guerres de clans, la manipulation des esprits en entretenant les espoirs et les désillusions des gosses perdus. Ceux qui rêvent d'un monde meilleur, qui permettrait d'envisager un avenir. C'est par la violence qu'il semble le plus simple de l'obtenir...
L'inéluctable l'amène à sombrer dans une violence où les limites semblent ne pas exister.
Le scénario est ultra dynamique, pas le temps de souffler. Le trait précis, incisif et tranchant d'Alliel et la colorisation de Facio viennent soutenir le propos de Clément Balou.
Une BD coup de poing.
L’adolescence est un vaste débat. Déjà parce qu’il s’agit d’une période particulière que tout le monde vit de façon très brutale ou effacée mais toujours très personnelle.
Après parce qu’on n’en sort jamais réellement de ce douloureux passage de l’enfance à l’age adulte (j’en suis un bel exemple ;) ).
Enfin parce que toutes les œuvres consacrées à l’adolescence sont toujours passionnantes à mes yeux et riches d’instructions.
Après avoir refermé Vacuum du méconnu mais talentueux Lukas Jüliger, on se remémore forcément certaines images imprimées à vie sur nos rétines de Virgin Suicides, Donnie Darko (encore et toujours ce film) sans oublier Elephant de Gus Van Sant.
Malgré les nombreuses références évoquées (Vacuum pourrait être effectivement une adaptation littéraire de Donnie Darko et de son apocalypse en compte à rebours), le présent bouquin n’est pas un plagiat de plus mais possède sa propre identité s’affranchissant tour à tour de ses références par un univers qui lui est propre et distinct.
Aidé par un dessin tout en substances et en douceurs tirant vers le beige et le gris, on nous prend par la main sans brusquer les choses, aidé il est vrai par un rythme calme et précédant la tempête qu’on nous promet en fin d’ouvrage (il s’agit de relater la dernière semaine avant la fin du monde chapitrée par les jours). Quelques vignettes sont tout à fait sublimes et évoquent autant la contemplation que la mélancolie qui habite chaque page comme chaque cœur de nos jeunes protagonistes.
Car l’auteur n’a pas son pareil pour dépeindre une révolte passive mais bien présente. Les « héros » déjà n’ont pas de prénom afin de mieux s’en identifier à part Sho qui a trop abusé de drogues et s’invente un monde alternatif dont lui seul possède les clés d’entrée comme de sortie.
A côté de cela une histoire d’amour perturbée et complexe s’installe entre le narrateur et la « girl next door » qui lui ouvrira certaines voix de perception rajoutant un peu de fantastique et surtout de poésie par petites touches là où Charles Burns cherchait à installer un électrochoc « cronenbergien » avec les mutants isolés de Black Hole.
Ici les actes violents sont évoqués et effleurés là où le duo Mezzo/Pirus usait et abusait d’ironie et de provocation dans le Roi des Mouches.
On peut trouver l’histoire immobile mais son côté figé amène une véritable progression sur l’ensemble des personnages dont on pourra comprendre leur passé dans une narration complètement maîtrisée de l’auteur.
Les ellipses peuvent paraître brutales mais l’ensemble est d’une telle cohérence et évidence au final qu’il est difficile de ne pas y adhérer pour peu que l’on soit sensible au sujet.
Le choc ressenti à la fin de l’ouvrage découle même d’une logique implacable là où tout parait flotter et donne envie de s’y replonger plus tard, le cœur un peu plus vide des sensations évoquées.
Il s’agit surement d’un des plus beaux romans graphiques que Rackham nous fait l’honneur d’éditer dans un format approprié sur un papier de qualité. Difficile de résister à ces jolis dessins au contenu finalement pas si anodin.
"Les naufragés du temps" est vraiment ma série SF préférée.
Le dessin de Gillon est vraiment génial, les courbes féminines sont les plus réussies que je connaisse, on voit bien le dessinateur qui a appris la BD sans couleur, simplement en jouant entre les contrastes de traits noirs sur blanc. Selon les éditions et numéro la série a été colorisée et permet de décrire un univers SF d'une richesse absolue. Cette série porte en elle toute l'histoire de la technique BD.
L'histoire sur l'ensemble de toute la série est un peu chaotique, dans un multivers d'une imagination incroyable, pour ma part certaines idées m'ont fait rêver.
Une BD qui aborde la première guerre mondiale de manière assez atypique puisqu'elle ne développe pas vraiment de réel scénario, on se contente de nous présenter certains faits année après année (de 1914 à l'armistice) vus par les yeux d'un soldats français enrolé comme tant d'autres dans une guerre qui va le changer à tout jamais.
Ainsi l'histoire ne comporte aucun dialogue mais seulement la voix off du "héros" qui utilise le jargon du troufion de base de l'époque.
On met l'accent sur ses impressions, son ressenti en décrivant avec minutie certaines horreurs de cette guerre, la bétise des hauts gradés, le désespoir des combattants et leurs sacrifices inutiles, les conditions de vie déplorables dans les tranchées, la boucherie des grandes offensives, mais aussi les avancées technologiques, la vie des populations civiles de l'arrière. Le récit se termine sur le destin croisé de plusieurs personnages de tous camps qui ont vécu de près ou de loin ce terrible conflit.
Quant aux dessins, ceux qui connaissent les oeuvres de Tardi (comme le très célèbre Nestor Burma) reconnaitront son style propre qui se marie très bien avec toutes ces scènes de combats et d'horreurs.
La colorisation, au début, comprend une palette diverse et lumineuse mais s'estompe progressivement pour en arriver sur une dominante de gris comme pour mieux coller au moral du soldat ou au paysage du front d'une uniformité cataclismique.
La dernière partie est une sorte de document, avec photos d'archives à l'appui, qui dépeind le conflit de a à z avec toutes les répercutions géopolitiques qui en découleront. En une vingtaine de pages l'essentiel est résumé pour les années 1914 à 1919 et on peut dire que cette analyse est tellement complète qu'elle n'a rien à envier à certains livres d'histoire.
Bref, cette BD comprend tous les attributs d'un pamphlet anti militariste poignant traitant des affres de cette guerre qui, aux égards d'une telle cruauté, aurait vraiment dû être la der des ders. A lire pour tous les amateurs d'histoire ou ceux qui veulent découvrir un des conflits les plus sanglants de l'humanité.
Très bien vu !
Réaliser une biographie historique sans être lourd et ennuyeux relève souvent du tour de force, même lorsqu'il s'agit de celle d'Isabelle de France dont la vie est au centre d'enjeux géopolitiques et d'intrigues de palais qui en font un merveilleux sujet de scénario. Maurice Druon ne s'y est pas trompé dans ses Rois maudits.
Marie et Thierry Gloris construisent une histoire passionnante et bien rythmée autour de la réalité historique, que Jaime Calderón illustre avec brio.
Les deux albums racontent 15 années de la vie d'Isabelle, fille de roi, mariée à un roi étranger, écartelée entre son sens du devoir, ses ambitions et ses passions. C'est brillamment raconté et les auteurs rendent compréhensible une époque et des querelles politiques qui ne le sont guère.
Un petit dossier présentant les généalogies royales, quelques cartes et une chronologie en fin d'album ne seraient peut-être pas superflus.
Isabelle la Louve de France est très bon diptyque qui séduira les passionnés d'histoire, mais aussi tous ceux qui aiment les sagas dramatiques centrées sur une personnalité attachante.
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin)
Pfiouuu ! Un tout bon thriller !
Genre qui est peut-être plus difficile à rendre en BD qu’au cinéma, par exemple, où l’on peut mettre du vrai rythme, des effets spéciaux, du son… Mais là, on commence le premier tome de ce diptyque et on ne lâche plus l’affaire jusqu’au dénouement du deuxième album, tellement on est pris par l’histoire, le dessin, précis, aidant bien à se mettre dans l’ambiance. Du coup, le rythme c’est toi qui te le donne puisque tu dévores les livres !
A partir de faits complètement réels (que je ne veux pas dévoiler au risque de déflorer un peu le contenu), M.Hautière, le scénariste, nous concocte un thriller haletant qui fait froid dans le dos si l’on vient à penser que tout cela est plausible. Et bon sang, que cela le semble ! De quoi en tirer un sacré film dans la veine des "Ne le dis à personne" ou "A bout portant" pour le rythme, d’un "Blood diamond" pour un thème plus approchant !
J’ai trouvé le héros très crédible et les seconds rôles bien présents. Bref que du bon (où les deux couvertures démontrent bien qu’il y est décidément question de lunettes !).
Le dessin semble perfectible au début pour s’améliorer rapidement et grandement ensuite. Vraiment adapté au profil demandé.
16 / 20 4* oui
Voilà un petit album bien réjouissant, et une agréable découverte ! Une histoire qui pourrait paraître désespérée et désespérante, mais que j’ai au contraire trouvée franchement marrante et très poétique.
Corbeyran développe ici un univers que j’ai beaucoup apprécié. Un album très influencé par le film Brazil (c’est d’ailleurs le nom de la barque où Paul fait connaissance de celle qui va l’accompagner dans sa quête). C’est un univers totalement absurde, désensibilisé, fataliste, qui se rapproche aussi fortement de celui développé par le génial Marc-Antoine Mathieu dans sa série Julius Corentin Acquefacques - en particulier dans l’album « La Qu… ».
On se trouve dans une société sclérosée, froide, un système dictatorial indéfini dans lequel domine le loufoque, l’ennui. Au milieu – de quoi en fait ?, une digue, LA digue, dont on ne saisit pas vraiment l’utilité ni les extrémités.
La chute est amusante – et apporte un grand vent de fraicheur dans cette aventure étrange. Et nous donne une version surprenante de l’histoire de Paul et Virginie (même si j’avais un peu vu venir la chose en faisant le lien avec les deux prénoms).
Pour finir, il faut dire que le dessin en Noir et Blanc d’Alfred est excellent, tant pour les personnages « à trognes » des scrutateurs (entre autres) que pour les lignes éperdues des décors – essentiellement la digue et les quelques constructions qui la jalonnent.
Un vrai coup de cœur pour cet univers kafkaïen !
Voilà un album franchement inclassable, et difficile à résumer, donc à présenter. Je vais pourtant m’y essayer !
C’est d’abord un visuel parfois violent, qui déborde de cases quasiment inexistantes, qui prend souvent le pas sur l’histoire proprement dite : on est là finalement assez proche de ce que pouvait faire Philippe Druillet dans ses albums inspirés comme les Lone Sloane ou le déchirant La Nuit.
C’est très psychédélique, parfois kitchissime, avec des couleurs roses seventies à la fois pétantes, mais aussi « sages », puisque « cadrées » par le contour des formes : un dessin stylisé, finalement assez froid au milieu de ces couleurs chaudes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le parti pris esthétique est assez radical !
Les dialogues – souvent au style indirect, et les commentaires en off se baladent un peu partout dans les pages, avec un texte utilisant tailles et formes différentes (j’avoue que c’est parfois difficile à lire !) : ici aussi le côté final de feu d’artifice qui domine, ça explose dans tous les sens !
L’intrigue quant à elle – car il y en a une, pas toujours discernable, au milieu de l’explosion des couleurs et des cases, eh bien l’intrigue est elle aussi un peu foutraque. Grosso modo, il y a une opposition entre Quasar, roi de l’origami interstellaire, capable de tout plier (mais qui n’arrive pas à assumer ses nombreux succès auprès de la gente féminine), et un scientifique surpuissant et mégalomane, Pulsar, qui rêve de recréer l’univers. Là aussi, ça part dans tous les sens, et c’est difficilement résumable. Cela mélange l’onirisme pur, la création expérimentale et la simple caricature de la SF à papa. Improbable ! Mais qu’ont pris les auteurs pour stimuler leur inspiration ?
Voilà le genre d’album qui en rebutera beaucoup, mais qui est plein de folie, de créativité, l’imagination des auteurs ayant débordé des cases pour nous sauter aux yeux ! Si son prix est relativement élevé, il faut aussi voir l’originalité du projet, et le souci qu’ont eu les éditions 2024 d’en faire un bel objet. Le prix de la rareté, de la beauté, qui n’a pas de prix.
Le sort des réfugiés clandestins en transit est un vrai problème de société en France. Aurélien Ducoudray, en tant que photographe de presse, avait réalisé plusieurs reportages à Sangatte, où s'est trouvé pendant des années un camp de transit.
"Békame" est une fiction, née de ces fragments d'histoires vraies recueillies à cette époque. C'est pour cela qu'un fort parfum d'authenticité s'en dégage. Car le petit Bilel, débrouillard mais aussi malheureux dans certaines de ses rencontres, n'a qu'un but en débarquant en France : retrouver son frère aîné. Il y parviendra, mais quel sera son destin ? Combien de Bilels sont-ils passés par là ?Le diptyque de Ducoudray et Pourquié va plutôt loin dans cette réalité glauque et abrupte des clandestins qui sont coincés en Nord-Pas-de-Calais. Ils vont loin, mais leur message est plein d'espoir. l'argent peut faire énormément de choses, mais l'humain encore plus. Et c'est dans les rencontres les plus inattendues que se cache peut-être le bonheur.
Le dessin de Jeff Pourquié est un peu dur dans cette BD, à l'image de l'histoire ; il apporte cette dimension fragile, ténue, sur le fil du rasoir qui caractérise le sort des réfugiés clandestins. Son trait réaliste accentue un peu - mais sans aller jusqu'à la caricature - les petits défauts physiques des personnages. Etrange et surprenant.
Un beau diptyque sur un sujet sociétal difficile.
On pourrait croire, de prime abord, qu'il s'agit d'une énième série avec des démons, des sorciers et tout le tralala...
Mais curieusement, j'ai plus accroché à cette nouvelle série fantastique qu'à d'autres. Je ne sais pas trop à quoi cela tient... Aux pouvoirs et à l'histoire de Yôko Amagi, la jeune sorceriste ? Au fait que l'un de returners semble avoir échappé au débuggage et qu'il constitue donc une menace latente ? A l'histoire de la série, cette peine de mort inversée ? Peut-être tout ça à la fois... Toujours est-il que j'ai bien accroché à l'histoire, et que je suis curieux de lire la suite...
...suite qui se révèle plutôt intéressante, avec l'adjonction d'autres sorceristes aux pouvoirs liés à des armes à feu, ainsi que la découverte de l'"origine" des revenants, devenus des retourneras depuis.
Côté dessin j'aime bien ce que fait Kojino, même si par moments j'ai un peu de mal à "lire" certains de ses dessins ; cela manque un peu de clarté, dans les scènes d'action, mais c'est très correct.
La fin arrive bientôt, avec le tome 3, et j'avoue que je suis curieux de connaître le fin mot de l'histoire.
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Le Ventre de la Hyène
Le Ventre de la Hyène fait partie de ces bandes dessinées qui vous filent un coup de poing en pleine face. Une histoire d'enfant soldat. Histoire au sens large, le récit montre le cheminement de Talino, son passé, sa vie, sa famille et les rencontres qui laisseront une marque profonde en lui. Les guerres de clans, la manipulation des esprits en entretenant les espoirs et les désillusions des gosses perdus. Ceux qui rêvent d'un monde meilleur, qui permettrait d'envisager un avenir. C'est par la violence qu'il semble le plus simple de l'obtenir... L'inéluctable l'amène à sombrer dans une violence où les limites semblent ne pas exister. Le scénario est ultra dynamique, pas le temps de souffler. Le trait précis, incisif et tranchant d'Alliel et la colorisation de Facio viennent soutenir le propos de Clément Balou. Une BD coup de poing.
Vacuum
L’adolescence est un vaste débat. Déjà parce qu’il s’agit d’une période particulière que tout le monde vit de façon très brutale ou effacée mais toujours très personnelle. Après parce qu’on n’en sort jamais réellement de ce douloureux passage de l’enfance à l’age adulte (j’en suis un bel exemple ;) ). Enfin parce que toutes les œuvres consacrées à l’adolescence sont toujours passionnantes à mes yeux et riches d’instructions. Après avoir refermé Vacuum du méconnu mais talentueux Lukas Jüliger, on se remémore forcément certaines images imprimées à vie sur nos rétines de Virgin Suicides, Donnie Darko (encore et toujours ce film) sans oublier Elephant de Gus Van Sant. Malgré les nombreuses références évoquées (Vacuum pourrait être effectivement une adaptation littéraire de Donnie Darko et de son apocalypse en compte à rebours), le présent bouquin n’est pas un plagiat de plus mais possède sa propre identité s’affranchissant tour à tour de ses références par un univers qui lui est propre et distinct. Aidé par un dessin tout en substances et en douceurs tirant vers le beige et le gris, on nous prend par la main sans brusquer les choses, aidé il est vrai par un rythme calme et précédant la tempête qu’on nous promet en fin d’ouvrage (il s’agit de relater la dernière semaine avant la fin du monde chapitrée par les jours). Quelques vignettes sont tout à fait sublimes et évoquent autant la contemplation que la mélancolie qui habite chaque page comme chaque cœur de nos jeunes protagonistes. Car l’auteur n’a pas son pareil pour dépeindre une révolte passive mais bien présente. Les « héros » déjà n’ont pas de prénom afin de mieux s’en identifier à part Sho qui a trop abusé de drogues et s’invente un monde alternatif dont lui seul possède les clés d’entrée comme de sortie. A côté de cela une histoire d’amour perturbée et complexe s’installe entre le narrateur et la « girl next door » qui lui ouvrira certaines voix de perception rajoutant un peu de fantastique et surtout de poésie par petites touches là où Charles Burns cherchait à installer un électrochoc « cronenbergien » avec les mutants isolés de Black Hole. Ici les actes violents sont évoqués et effleurés là où le duo Mezzo/Pirus usait et abusait d’ironie et de provocation dans le Roi des Mouches. On peut trouver l’histoire immobile mais son côté figé amène une véritable progression sur l’ensemble des personnages dont on pourra comprendre leur passé dans une narration complètement maîtrisée de l’auteur. Les ellipses peuvent paraître brutales mais l’ensemble est d’une telle cohérence et évidence au final qu’il est difficile de ne pas y adhérer pour peu que l’on soit sensible au sujet. Le choc ressenti à la fin de l’ouvrage découle même d’une logique implacable là où tout parait flotter et donne envie de s’y replonger plus tard, le cœur un peu plus vide des sensations évoquées. Il s’agit surement d’un des plus beaux romans graphiques que Rackham nous fait l’honneur d’éditer dans un format approprié sur un papier de qualité. Difficile de résister à ces jolis dessins au contenu finalement pas si anodin.
Les Naufragés du temps
"Les naufragés du temps" est vraiment ma série SF préférée. Le dessin de Gillon est vraiment génial, les courbes féminines sont les plus réussies que je connaisse, on voit bien le dessinateur qui a appris la BD sans couleur, simplement en jouant entre les contrastes de traits noirs sur blanc. Selon les éditions et numéro la série a été colorisée et permet de décrire un univers SF d'une richesse absolue. Cette série porte en elle toute l'histoire de la technique BD. L'histoire sur l'ensemble de toute la série est un peu chaotique, dans un multivers d'une imagination incroyable, pour ma part certaines idées m'ont fait rêver.
Putain de guerre !
Une BD qui aborde la première guerre mondiale de manière assez atypique puisqu'elle ne développe pas vraiment de réel scénario, on se contente de nous présenter certains faits année après année (de 1914 à l'armistice) vus par les yeux d'un soldats français enrolé comme tant d'autres dans une guerre qui va le changer à tout jamais. Ainsi l'histoire ne comporte aucun dialogue mais seulement la voix off du "héros" qui utilise le jargon du troufion de base de l'époque. On met l'accent sur ses impressions, son ressenti en décrivant avec minutie certaines horreurs de cette guerre, la bétise des hauts gradés, le désespoir des combattants et leurs sacrifices inutiles, les conditions de vie déplorables dans les tranchées, la boucherie des grandes offensives, mais aussi les avancées technologiques, la vie des populations civiles de l'arrière. Le récit se termine sur le destin croisé de plusieurs personnages de tous camps qui ont vécu de près ou de loin ce terrible conflit. Quant aux dessins, ceux qui connaissent les oeuvres de Tardi (comme le très célèbre Nestor Burma) reconnaitront son style propre qui se marie très bien avec toutes ces scènes de combats et d'horreurs. La colorisation, au début, comprend une palette diverse et lumineuse mais s'estompe progressivement pour en arriver sur une dominante de gris comme pour mieux coller au moral du soldat ou au paysage du front d'une uniformité cataclismique. La dernière partie est une sorte de document, avec photos d'archives à l'appui, qui dépeind le conflit de a à z avec toutes les répercutions géopolitiques qui en découleront. En une vingtaine de pages l'essentiel est résumé pour les années 1914 à 1919 et on peut dire que cette analyse est tellement complète qu'elle n'a rien à envier à certains livres d'histoire. Bref, cette BD comprend tous les attributs d'un pamphlet anti militariste poignant traitant des affres de cette guerre qui, aux égards d'une telle cruauté, aurait vraiment dû être la der des ders. A lire pour tous les amateurs d'histoire ou ceux qui veulent découvrir un des conflits les plus sanglants de l'humanité.
Isabelle - La Louve de France
Très bien vu ! Réaliser une biographie historique sans être lourd et ennuyeux relève souvent du tour de force, même lorsqu'il s'agit de celle d'Isabelle de France dont la vie est au centre d'enjeux géopolitiques et d'intrigues de palais qui en font un merveilleux sujet de scénario. Maurice Druon ne s'y est pas trompé dans ses Rois maudits. Marie et Thierry Gloris construisent une histoire passionnante et bien rythmée autour de la réalité historique, que Jaime Calderón illustre avec brio. Les deux albums racontent 15 années de la vie d'Isabelle, fille de roi, mariée à un roi étranger, écartelée entre son sens du devoir, ses ambitions et ses passions. C'est brillamment raconté et les auteurs rendent compréhensible une époque et des querelles politiques qui ne le sont guère. Un petit dossier présentant les généalogies royales, quelques cartes et une chronologie en fin d'album ne seraient peut-être pas superflus. Isabelle la Louve de France est très bon diptyque qui séduira les passionnés d'histoire, mais aussi tous ceux qui aiment les sagas dramatiques centrées sur une personnalité attachante.
Vents Contraires
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin) Pfiouuu ! Un tout bon thriller ! Genre qui est peut-être plus difficile à rendre en BD qu’au cinéma, par exemple, où l’on peut mettre du vrai rythme, des effets spéciaux, du son… Mais là, on commence le premier tome de ce diptyque et on ne lâche plus l’affaire jusqu’au dénouement du deuxième album, tellement on est pris par l’histoire, le dessin, précis, aidant bien à se mettre dans l’ambiance. Du coup, le rythme c’est toi qui te le donne puisque tu dévores les livres ! A partir de faits complètement réels (que je ne veux pas dévoiler au risque de déflorer un peu le contenu), M.Hautière, le scénariste, nous concocte un thriller haletant qui fait froid dans le dos si l’on vient à penser que tout cela est plausible. Et bon sang, que cela le semble ! De quoi en tirer un sacré film dans la veine des "Ne le dis à personne" ou "A bout portant" pour le rythme, d’un "Blood diamond" pour un thème plus approchant ! J’ai trouvé le héros très crédible et les seconds rôles bien présents. Bref que du bon (où les deux couvertures démontrent bien qu’il y est décidément question de lunettes !). Le dessin semble perfectible au début pour s’améliorer rapidement et grandement ensuite. Vraiment adapté au profil demandé. 16 / 20 4* oui
La Digue
Voilà un petit album bien réjouissant, et une agréable découverte ! Une histoire qui pourrait paraître désespérée et désespérante, mais que j’ai au contraire trouvée franchement marrante et très poétique. Corbeyran développe ici un univers que j’ai beaucoup apprécié. Un album très influencé par le film Brazil (c’est d’ailleurs le nom de la barque où Paul fait connaissance de celle qui va l’accompagner dans sa quête). C’est un univers totalement absurde, désensibilisé, fataliste, qui se rapproche aussi fortement de celui développé par le génial Marc-Antoine Mathieu dans sa série Julius Corentin Acquefacques - en particulier dans l’album « La Qu… ». On se trouve dans une société sclérosée, froide, un système dictatorial indéfini dans lequel domine le loufoque, l’ennui. Au milieu – de quoi en fait ?, une digue, LA digue, dont on ne saisit pas vraiment l’utilité ni les extrémités. La chute est amusante – et apporte un grand vent de fraicheur dans cette aventure étrange. Et nous donne une version surprenante de l’histoire de Paul et Virginie (même si j’avais un peu vu venir la chose en faisant le lien avec les deux prénoms). Pour finir, il faut dire que le dessin en Noir et Blanc d’Alfred est excellent, tant pour les personnages « à trognes » des scrutateurs (entre autres) que pour les lignes éperdues des décors – essentiellement la digue et les quelques constructions qui la jalonnent. Un vrai coup de cœur pour cet univers kafkaïen !
Quasar contre Pulsar
Voilà un album franchement inclassable, et difficile à résumer, donc à présenter. Je vais pourtant m’y essayer ! C’est d’abord un visuel parfois violent, qui déborde de cases quasiment inexistantes, qui prend souvent le pas sur l’histoire proprement dite : on est là finalement assez proche de ce que pouvait faire Philippe Druillet dans ses albums inspirés comme les Lone Sloane ou le déchirant La Nuit. C’est très psychédélique, parfois kitchissime, avec des couleurs roses seventies à la fois pétantes, mais aussi « sages », puisque « cadrées » par le contour des formes : un dessin stylisé, finalement assez froid au milieu de ces couleurs chaudes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le parti pris esthétique est assez radical ! Les dialogues – souvent au style indirect, et les commentaires en off se baladent un peu partout dans les pages, avec un texte utilisant tailles et formes différentes (j’avoue que c’est parfois difficile à lire !) : ici aussi le côté final de feu d’artifice qui domine, ça explose dans tous les sens ! L’intrigue quant à elle – car il y en a une, pas toujours discernable, au milieu de l’explosion des couleurs et des cases, eh bien l’intrigue est elle aussi un peu foutraque. Grosso modo, il y a une opposition entre Quasar, roi de l’origami interstellaire, capable de tout plier (mais qui n’arrive pas à assumer ses nombreux succès auprès de la gente féminine), et un scientifique surpuissant et mégalomane, Pulsar, qui rêve de recréer l’univers. Là aussi, ça part dans tous les sens, et c’est difficilement résumable. Cela mélange l’onirisme pur, la création expérimentale et la simple caricature de la SF à papa. Improbable ! Mais qu’ont pris les auteurs pour stimuler leur inspiration ? Voilà le genre d’album qui en rebutera beaucoup, mais qui est plein de folie, de créativité, l’imagination des auteurs ayant débordé des cases pour nous sauter aux yeux ! Si son prix est relativement élevé, il faut aussi voir l’originalité du projet, et le souci qu’ont eu les éditions 2024 d’en faire un bel objet. Le prix de la rareté, de la beauté, qui n’a pas de prix.
Békame
Le sort des réfugiés clandestins en transit est un vrai problème de société en France. Aurélien Ducoudray, en tant que photographe de presse, avait réalisé plusieurs reportages à Sangatte, où s'est trouvé pendant des années un camp de transit. "Békame" est une fiction, née de ces fragments d'histoires vraies recueillies à cette époque. C'est pour cela qu'un fort parfum d'authenticité s'en dégage. Car le petit Bilel, débrouillard mais aussi malheureux dans certaines de ses rencontres, n'a qu'un but en débarquant en France : retrouver son frère aîné. Il y parviendra, mais quel sera son destin ? Combien de Bilels sont-ils passés par là ?Le diptyque de Ducoudray et Pourquié va plutôt loin dans cette réalité glauque et abrupte des clandestins qui sont coincés en Nord-Pas-de-Calais. Ils vont loin, mais leur message est plein d'espoir. l'argent peut faire énormément de choses, mais l'humain encore plus. Et c'est dans les rencontres les plus inattendues que se cache peut-être le bonheur. Le dessin de Jeff Pourquié est un peu dur dans cette BD, à l'image de l'histoire ; il apporte cette dimension fragile, ténue, sur le fil du rasoir qui caractérise le sort des réfugiés clandestins. Son trait réaliste accentue un peu - mais sans aller jusqu'à la caricature - les petits défauts physiques des personnages. Etrange et surprenant. Un beau diptyque sur un sujet sociétal difficile.
Evil Eater
On pourrait croire, de prime abord, qu'il s'agit d'une énième série avec des démons, des sorciers et tout le tralala... Mais curieusement, j'ai plus accroché à cette nouvelle série fantastique qu'à d'autres. Je ne sais pas trop à quoi cela tient... Aux pouvoirs et à l'histoire de Yôko Amagi, la jeune sorceriste ? Au fait que l'un de returners semble avoir échappé au débuggage et qu'il constitue donc une menace latente ? A l'histoire de la série, cette peine de mort inversée ? Peut-être tout ça à la fois... Toujours est-il que j'ai bien accroché à l'histoire, et que je suis curieux de lire la suite... ...suite qui se révèle plutôt intéressante, avec l'adjonction d'autres sorceristes aux pouvoirs liés à des armes à feu, ainsi que la découverte de l'"origine" des revenants, devenus des retourneras depuis. Côté dessin j'aime bien ce que fait Kojino, même si par moments j'ai un peu de mal à "lire" certains de ses dessins ; cela manque un peu de clarté, dans les scènes d'action, mais c'est très correct. La fin arrive bientôt, avec le tome 3, et j'avoue que je suis curieux de connaître le fin mot de l'histoire.