Les derniers avis (9709 avis)

Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Mort vivante
La Mort vivante

Ici Olivier Vatine adapte un roman de Stefan Wul paru en 1958, auteur prolifique mais que je trouve un brin surannéet qui avouons le est un peu vieillot dans sa forme, en effet les races extraterrestres nous sont bien plus familières aujourd'hui qu'à l'époque de la sortie du roman. Depuis la mort de sa fille Lise, Martha est inconsolable. Son seul espoir semble résider en la personne de Joachim, nanobiologiste de renom assigné à résidence sur Mars ou l'humanité a émigrée une fois la terre dévastée. Dans un premier temps contraint, le jeune chercheur y voit l'opportunité de poursuivre ses recherches afin de cloner Lise et d'en faire une réplique aussi parfaite que possible, tel qu'elle était au moment de sa mort. Dans le roman de Wul les choses étaient traitées de manières vieillottes, un peu désuètes. Ici O. Vatine remet les choses au gout du jour. Une présentation rapide du contexte Martien et Terrien, puis l'histoire se focalise sur la relation Martha, Joachim dans un lieu unique, une citadelle inspirée des délires architecturaux de Louis II de Bavière. Une ambiance victorienne de décors néo-gothiques et une galerie de personnages et de créatures issue des meilleurs contes macabres du XIX ème siècle. Et puis il y a le dessin de Alberto Varanda et la mesdames et messieurs, attention c'est du très grand art. Il y a longtemps que je n'avais pas vue quelque chose du même niveau. Imaginons un mix entre le grandissime Bernie Wrightson et Gustave Doré qui auraient été aidé par F. Shuitten et Andreas. Un dessin ou le clair obscur est parfaitement maitrisé que je n'hésite pas à qualifier de grandiose, personnellement je suis resté scotché devant certaines planches pendant longtemps. Voila donc un one shot de très haute volée et de très haute tenue dont je fais mon coup de cœur du moment. Histoire gothique comme j'aime ambiance oppressante et puis j'ai un petit faible pour ces céphalopodes très Lovecraftiens.

01/09/2018 (modifier)
Par Jérem
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nausicaä de la vallée du vent
Nausicaä de la vallée du vent

Nausicaä est l’un de mes mangas préférés. On retrouve les thèmes et les figures chers à Miyazaki comme l’écologie et la difficile cohabitation de l’homme et de la nature, l’absurdité de la guerre, des personnages féminins forts et charismatiques, la personnification de la nature à travers d’animaux géants ou l’importance de l’aviation. Et pourtant Nausicaä est assez différent des autres productions du « Maître » (à l’exception de Conan, fils du futur) qui tient certainement du choix de faire une œuvre de pure science-fiction. Graphiquement, on reconnait, il est vrai, immédiatement le style de Miyazaki ; autant dire que c’est magnifique. L’histoire, sombre et complexe, est passionnante de bout en bout, parfaitement nourrie par l’incroyable univers de la saga, les nombreux personnages globalement très réussis et une narration maitrisée. Fait rare pour un manga, nous n’avons pas l’impression de suivre un feuilleton mais bien un récit homogène et pensé dans sa globalité dès le départ. N’hésitez surtout pas à vous plonger cette œuvre géniale !

30/08/2018 (modifier)
Couverture de la série HMS Beagle, aux origines de Darwin
HMS Beagle, aux origines de Darwin

Très bel album qui se concentre sur le voyage effectué par Charles Darwin à bord du HMS Beagle, voyage on ne peut plus formateur pour lui ! De fait, c’est lors de celui-ci, au travers de découvertes géologiques, botaniques et zoologiques qu’il va avoir l’intuition de l’évolution des espèces. Tout au long de ce voyage nous découvrons un homme curieux, ouvert, audacieux. Un humaniste aussi, farouchement opposé à l’esclavagisme. Un être qui croit à la civilisation comme vecteur d’évolution. Au plus les pages s’enchainent, au plus le personnage m’est devenu sympathique. Le dessin faussement naïf et la narration légère et vive qu’emploient Fabien Grolleau et Jérémie Royer comptent beaucoup dans mon appréciation finale. C’est pour moi le ton parfait pour donner un réel plaisir de lecture tout en instruisant le lecteur. Jamais rébarbatif, avec régulièrement le mot pour rire, il donne envie d’être curieux, de découvrir, de s’intéresser aux personnages, à leurs destinées, à leur époque. Et puis ce périple en lui-même est une fameuse aventure en soi. Long de quasi 5 ans, il fait voyager ses participants à travers la terre entière, une terre encore mal connue où tout est sujet à découverte. Enfin, l’audace dont doit faire montre Darwin pour oser développer une intuition profondément blasphématoire à une époque où la sacro-sainte religion chrétienne domine les hommes et la pensée est soulignée avec justesse. Un très bel album, donc, que je ne peux que vous inviter à découvrir. Accessible aux plus vieux comme aux jeunes adolescents, il est aussi instructif que divertissant. Et, cerise sur le gâteau, je le trouve beau dans son style naïf.

29/08/2018 (modifier)
Couverture de la série Didier, la 5e roue du tracteur
Didier, la 5e roue du tracteur

Bien sûr, il y a un petit côté « L’amour est dans les prés » dans cet album mais pour moi celui-ci va bien au-delà de ça. Et c’est un grand moment de plaisir coupable que je viens de passer à lire ce délicieux récit. Je retrouve ici Pascal Rabaté dans le domaine dans lequel je le préfère. Cet album est dans la lignée des Petits Ruisseaux et autres Marie en plastique. Il s’en dégage une profonde tendresse pour le genre humain, sa bêtise et sa bonté. François Ravard l’illustre avec grand talent et l’éclaire grâce à une colorisation légère et lumineuse, voire audacieuse avec des intérieurs rose flashy des plus sympathiques. Ce duo aime les personnages qu’il met en scène et cela se sent ! Comment ne pas s’attacher à Didier, malgré sa fainéantise, sa bêtise et son penchant pour la bouteille ? Comment ne pas sympathiser avec sa sœur au caractère de grand frère, au bon sens paysan et au cœur en jachère ? Mais là où cet album confine au grand art, c’est dans le fait qu’il parvient à nous parler de choses graves avec une légèreté, une ironie, un recul… qui finiraient presque par nous convaincre que rien n'est grave dans la vie et que l’humanité à un avenir. La fin est résolument optimiste, heureuse, sereine. Elle arrive bien trop vite, me laissant avec un goût de trop peu. J’aurais tant voulu encore accompagner ce trio magique, maintenant devenu quatuor… Que dire encore, sinon que chaque planche est un ravissement à mes yeux tantôt par un visuel apaisant, tantôt par un dialogue savoureux, tantôt par un visage expressif, tantôt par un silence éloquent ? L’ensemble sonne merveilleusement juste et cela semble si simple, si évident… Quel talent !!! Et comme me le disait ma copine Herta en allant chercher des œufs : ne passons pas à côté des choses simples ! C’est pitoyable. C’est drôle. C’est con. C’est touchant. C’est humain… C'est un album à ne pas rater.

28/08/2018 (modifier)
Couverture de la série L'Échiquier cubique
L'Échiquier cubique

Cet album est une sorte d’ovni. D’abord parce qu’il n’est pas courant de le rencontrer (c’est une des premières publications de Glénat je pense, et je ne l’ai pas vu trainer souvent sur les étals des librairies d’occasion). Ensuite par son contenu, assez éloigné des canons de la grande diffusion. Son titre et la couverture déjà, assez énigmatiques, donnent une idée, sinon du contenu, du moins de l’ambiance générale qui va dominer. Le premier tiers de l’album tourne peu à peu au fantastique, autour d’une mystérieuse armoire, liée à quelques personnages et moments forts de l’histoire de France depuis la Renaissance. Puis, après ce premier tiers, le fantastique est exacerbé, mais finalement dépassé par une sorte de poème visuel, le texte (littéraire, pour ne pas dire poétique parfois, en tout cas assez abondant) et les images s’écartant alors fortement d’une narration classique. Au point que, parfois, j’ai eu du mal à suivre. C’est en tous les cas une histoire torturée, une ambiance assez noire et pessimiste. Les cases sont alors dans ces deux derniers tiers souvent déstructurées, voire absentes, ça part vraiment dans tous les sens ! Mais le dessin de Poïvet est vraiment très bon. Classique, mais très bon. Il se concentre sur les personnages, et quelques éléments des décors, qui sont même souvent absents, épurés (avec des esquisses géométriques presque abstraites parfois pour en faire office), au point de donner – faussement je le précise – une impression d’inachevé. Je regrette juste un encrage un peu léger sur quelques pages. Résumer l’histoire est difficile, et pas forcément souhaitable. Je vous conseille en tout cas de feuilleter cet album avant de l’acheter (si vous avez la chance de tomber dessus).

24/08/2018 (modifier)
Couverture de la série Otto (par Frodo De Decker)
Otto (par Frodo De Decker)

Otto propose quelque chose de différent en matière d’humour et c’est là son plus grand mérite. L’auteur joue avec son récit, sa mise en page et, en choisissant de réaliser une bande dessinée muette, se complique encore un peu la tâche. Mais chaque challenge est habilement relevé. Le muet est parfaitement maîtrisé, Frodo De Decker parvenant à nous faire partager le cheminement cognitif de ses personnages au travers de quelques symboles dessinés. Le découpage se transforme parfois en un jeu visuel dans lequel les cases se lisent comme un ensemble et non comme une suite. L’humour est absurde et la lecture d'un album dégage donc une impression de lire… autre chose. Quelque chose d’intéressant, d’amusant, de ludique, parfois de répétitif… mais justement ce sens de la répétition est un des ressors comiques du premier récit (et du second aussi mais dans une moindre mesure). Chaque tome propose une histoire complète dans lequel nous suivons le cheminement absurde du héros, cheminement durant lequel il croisera les personnages les plus divers (de Noé à des nains en passant par des extraterrestres, des monstres ou des chimpanzés), s’enfuira plus souvent qu’à son tour ou nouera des amitiés éphémères. Pour des albums muets, ils ne se lisent pas si vite que l’on pourrait le craindre. Il se passe toujours quelque chose et le découpage (que je trouve excellent) se savoure lorsqu’on y prête l’attention nécessaire, enfin certains symboles demandent un peu de réflexion pour être déchiffrés, ce qui ralenti agréablement le rythme de la lecture (oui, oui, ça fait du bien de parfois devoir un peu réfléchir). C’est vraiment à essayer. Je suis bien conscient que tous les lecteurs ne seront pas sensibles à ce type d’humour (si l’absurde vous ennuie, passez votre chemin) mais, pour ma part, j’ai passé un agréable moment, avec ce sentiment qu’une relecture m’apportera d’autres satisfactions (grâce à des détails qui m’auront échappés durant la première lecture). Le premier tome est cependant un peu supérieur au deuxième (même si c’est dans le deuxième que j’ai trouvé le gag qui m’a le plus amusé).

24/08/2018 (modifier)
Par JJJ
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Il faut flinguer Ramirez
Il faut flinguer Ramirez

"Oh non il achète le dernier Ramirez", s'est-elle exclamée quand j'ai saisi ce bouquin pour le feuilleter. J'étais venu pour ça, mais c'est toujours bon d'être conforté dans ses choix par les libraires dont j'aime les goûts. Et oui j'ai acheté Ramirez, je l'ai lu, feuilleté, relu et encore relu. Je l'aime ce Ramirez, je l'ai savouré et c'est au moment où les glaçons fondent gentiment dans mon deuxième pastis que je prend la plume pour t'en parler un peu. Au fil des cases on peut y voir du Tarantino, du Pekinpah ou d'autres, ouais bon, que ce soit pour la virtuosité des dialogues, pour la sécheresse ambiante, on peut y voir mille références et autres influences et même s'amuser à en chercher (y a des choses fendardes à dénicher lors des scènes en bagnole, tu verras si tu lis). Au delà de tout ça, Ramirez c'est simplement une très bonne BD. Pour le vieux lecteur que je suis devenu, il est de plus en plus difficile de prendre du plaisir et m'extasier à chaque BD, j'ai des plaisirs bien sûr, j'en lis toujours des tonnes, mais l'extase qui est de découvrir un album auquel il ne manque rien se fait bien rare. Ramirez est de ceux-là. Le scénario captive, rien de compliqué hein, mais assez de roublardise et de fluidité pour que les farfelues fantaisies passent toutes seules, tout en nous donnant envie de plus au fil des cases. Il n'y a pas de temps mort et les ajouts d'éléments narratifs pages après pages font la maille sans jamais alourdir, pourtant Ramirez c'est du lourd. Quant aux dessins, c'est à l'appréciation de chacun, c'est un style qui ne paye pas de mine, pas le genre à me faire vibrer quand je le découvre, mais parfois l'amour se crée sans coup de foudre, entre moi et les vignettes illustrées de Ramirez ça a été ça, ça à prit le temps... de tourner quelques feuilles entre mes doigts. Je dirais que le style est faussement froid au départ puis se révèle plein d'une belle maîtrise. Et j'aime les moustaches et les Renault 5 jaunes. Je vais me servir un troisième pastis, je viens de poser Ramirez, j'ai hâte du tome deux. Si ce n'est déjà fait je te conseille d'acheter ou d'emprunter le premier. Ramirez, ils veulent tous le flinguer, je te conseille de le lire. JJJ

21/08/2018 (modifier)
Couverture de la série L'Atelier des Sorciers
L'Atelier des Sorciers

Une belle surprise et forcément un petit coup de cœur pour compenser mon manque de foi pour ce manga dont je n’attendais rien de spécial. Je l’avais noté dans un coin de ma tête lors de sa parution début 2018 mais sans trop y prêter attention car j’avais flairé l’aspect Harry Potter – like qui n’est pas ce que je préfère en Fantasy, pourtant mon genre de prédilection. Néanmoins, en vue de l’offrir à une de mes connaissances très fan du plus célèbre binoclard de Poudlard, je me suis dit que je pourrais le lire au passage. Et bien m’en a pris car sans révolutionner le genre, j’ai passé un super moment de détente, un plaisir un peu coupable comme sur les 3 – 4 premiers films d’Harry Potter où on ne se prenait pas la tête en se laissant porter la magie ambiante. Déjà je ne pense pas que je l’aurai acheté si je n’avais pas été séduit par les graphismes de Kamome Shirahama au trait fin, très détaillé, découpé bien comme il faut. Il n’y a pas tous ses petits traits qui donnent un effet de vitesse, ou ces arrières plans bâclés qu’on retrouve dans pas mal de Shônen. Là c’est plutôt pausé, l’auteur prend le temps de construire son récit, du coup on a parfois de superbes planches, malgré le petit format des éditions Pika. Il existe pas mal de mangas de Fantasy, mais tomber sur une mangaka qui a suffisamment de talent pour être à la hauteur du genre (qui demande souvent une certaine maîtrise pour dessiner tout un tas de décors, créatures et costumes improbables), c’est assez rare pour être souligné. Après au niveau de l’histoire, cela commence comme du très grand classique avec la quête de l’orpheline élue d’une prophétie, la fameuse quête du héros aux mille et un visages, le tout nappé à la sauce Harry Potter. Vite résumé cela donne : la jeune Coco rencontre un monsieur se disant sorcier et qui lui apprend qu’elle aussi est une sorcière, donc elle quitte sa famille pour entrer dans une école de... sorciers, où elle rencontre l’alter ego féminin de Ron Wesley, une clone de Luna Lovegood, et un mixe entre l'intello "mademoiselle je-sais-tout" Hermione Granger et la peste Drago Malefoy. Elle se rend même dans une ville spéciale pour y faire des achats, etc. Bref, vous avez vu les films vous aussi. J’ai bien aimé le système de magie où les sorciers ne manipulent pas une baguette mais ont recours au pinceau, au dessin et des glyphes pour lancer des sorts. Une jolie mise en abîme car aux yeux de Shirahama le dessin représente une forme de magie. J'ai de même apprécié l'aspect Shônen au féminin dans la tonalité du récit. Ce n’est pas un Shojo, attention, mais bien une histoire qui reprend les codes du Shônen mais écrit et dessiné par une femme avec des personnages essentiellement féminins, sans être forcément pour autant destiné à un public exclusivement féminin. Il y a un humour où effectivement cela fait très fille, « girly », mais c’est plutôt un bon point, et cela permet de retrouver certains faciès humoristiques propres au style graphique japonais. J'ai trouvé qu’il y avait un bon compromis entre la légèreté du Shônen au féminin avec tous ses bons sentiments, la positivité qu’il se dégage de son héroïne, et un ton parfois plus sérieux, un fond d’intrigue dont on perçoit déjà la complexité et les futurs enjeux dramatique. Jamais on ne bascule dans la niaiserie cul-cul-la-praline. Je ne m’y attendais vraiment pas et je me surprends à attendre impatiemment le troisième volume.

19/08/2018 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle

Présentée dans un format à l’italienne, « Jean Doux et le mystère de la disquette molle » se distingue aussi par d’autres aspects, tant graphiques que scénaristiques. Tout d’abord, l’histoire, qui commence dans la PME la plus ennuyeuse qui soit, avec ses employés tout aussi ennuyeux, si bien que certains boulets se sentent investis d’une mission en faisant des blagues douteuses qu’ils croient drôles pour leurs collègues… mais de façon inattendue, tout va s’emballer et prendre la forme d’une aventure extraordinaire, une fois que notre héros, Jean Doux, aura découvert dans le faux plafond d’un débarras une mallette contenant une disquette souple (ou « molle » comme le veut le titre…), relique d’un passé révolu… Armé d’un humour bien déjanté, Philippe Valette en profite au passage pour se moquer allégrement de la vie en entreprise et de cet esprit « corporate » qui frise souvent le ridicule. Comme pour mieux enfoncer le clou, tout le monde dans la société a un prénom composé commençant par « Jean » (« Jeanne » pour les femmes), jusqu’à un chien prénommé Jean-Iench ! Sans parler des tenues vestimentaires colorées (cravates fluo sur chemises flashy) qui faisaient fureur il y a une vingtaine d’années… Et c’est cela, l’autre bonne idée, que d’avoir situé l’histoire dans les années 90 en accentuant leur désuétude par un graphisme complètement inspiré des jeux vidéo de l’époque, mais en plus de nous proposer une mise en abyme temporelle via l’apparition de la fameuse disquette (256 kilobits de stockage !) datant de cette préhistoire de l’informatique qu’étaient encore les seventies. On est toujours le ringard de quelqu’un ! Si cet album ravira probablement les geeks de tout poil, et autres pré-nerds qui ont connu ces trente naissantes et non moins glorieuses du « personal computer », avec le premier OS Windows et son démineur intégré, il évite toute nostalgie bas de gamme par son humour grinçant, les dialogues resituant clairement sa conception dans nos années 2010. C’est une BD originale et surprenante, et c’est d’abord ce qu’on demande à une œuvre, mais en plus elle bénéficie d’un scénario cohérent qui ne nous lâche pas, parsemé de punchlines décapantes qu’un certain Michel Audiard n’aurait pas renié. Si Philippe Valette met en avant les progrès technologiques et surtout informatiques jusqu’en 2000, forme d’hommage pourrait-on penser, cet auteur, nouveau-venu dans la bande dessinée, est également un observateur fin et caustique des évolutions du quotidien (notamment des vêtements, de la déco et du mobilier de bureau !). Le dessin n’est pas vraiment joli, mais paradoxalement, ce qui peut être vu plutôt comme un parti pris sert extrêmement bien le propos. En conclusion, notre « Mario Bros de bureau » mérite amplement son Fauve polar décerné cette année à Angoulême.

19/08/2018 (modifier)
Par Puma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Lune est blanche
La Lune est blanche

Par rapport à son précédent ouvrage Voyage aux îles de la Désolation, l'auteur a fait encore plus fort ! Il aborde en terre Antarctique et se rend au cœur du continent! Rien qu'arriver là-bas est toute une aventure, que la lecture de l'ouvrage vous permettra d'apprécier, et le bateau était à deux doigts de revenir à son point de départ pour impossibilité d'approche au vu des conditions de l'océan austral. La BD nous raconte aussi l’histoire de la découverte de ce continent par les différents explorateurs avec leur réussite parfois douloureuse pour atteindre le pôle (l'expédition britannique menée par Robert Scott n'a pu terminer son retour du pôle et a été congelée sur place). Emmanuel Lepage et son frère finissent par arriver sur le continent blanc, et seront pilotes d'un engin polaire dans un convoi de ravitaillement vers une base reculée à un millier de kilomètres. Ce périple est tout simplement alunissant ; car en ce qui concerne le paysage, l'on est bien davantage sur la lune que sur la terre. Ici, comme dit le titre, la lune est blanche, blanche à s'en brûler les yeux, blanche de cette unique couleur réfléchissante quel que soit le regard porté à l'horizon, et avec des températures bassement mortelles. Accompagné de son frère photographe, de temps à autres, nous avons dans le récit une photographie en double page ; à la lecture, cela ne choque pas, au contraire, la photo renforce le réalisme du récit. Aventure hors du commun et découverte d'un milieu aussi dangereux et inhabituel qu'une randonnée sur mars ou la lune. Epoustouflant !

19/08/2018 (modifier)