Les derniers avis (9708 avis)

Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dédales (Burns)
Dédales (Burns)

Depuis sa dernière trilogie Toxic, Charles Burns a pris le goût de la couleur. Cette nouvelle oeuvre conserve le format et la colorisation des albums précédents. Que nous réserve ce premier tome en guise d'introduction ? Charles Burns semble plus sage et plus posé qu'auparavant, la touche fantastique qui émaillait de Black Hole ou de Fleur de peau semble ici être légèrement mise de côté si ce n'est par quelques rêves dérangeants (serait-ce des hallucinations ?) ou quelques croquis inspirés du bestiaire de Lovecraft. Sous couvert d'une banale historiette d'amours adolescentes, Burns revisite tout un pan du cinéma fantastique d'antan et ose même le citer ouvertement. En effet le prodigieux film "L'Invasion des profanateurs de sépultures" ou "Invasion of the Body Snatchers" de Don Siegel sous son nom d'origine est reproduit scrupuleusement lors d'une séance cinéma rappelant à son tour une scène du film "Donnie Darko". Brian le geek cinéphile et la jolie Laurie sont tour à tour narrateurs, se cherchent, hésitent... L'histoire est finalement pleine de simplicité. C'est surtout l'ambiance qui est particulière car on devine que tout va bientôt s'écrouler comme un château de cartes. Les 64 pages se lisent facilement et avec avidité. Si Charles Burns semble assagi en signant ici son oeuvre la plus accessible au grand public (pour le moment), il n'a rien perdu de sa superbe au crayon en nous gratifiant comme à son habitude de dessins fabuleux et inspirés, un régal de chaque instant pour les yeux et en lisibilité. C'est donc bien trop peu pour l'instant mais le tout est intriguant... Vivement la suite.

08/10/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Love Nest / Nid d'Amour
Love Nest / Nid d'Amour

Acheté dès sa parution, ce petit bouquin au format carré intrigue déjà par sa couverture représentant une météorite argentée perdue dans le néant. Est-ce donc cela le "Love Nest" ou plutôt nid d'amour sous le regard de Charles Burns ? Pour moi il ne s'agissait ni d'une bande dessinée, pas vraiment non plus un artbook et son contenu ne le rend pas aisé à chroniquer... Pour tout curieux le feuilletant, il ne s'agira que d'illustrations en noir et blanc (dont 3 en couleurs pour la préface) représentant des scènes grotesques de vamps, de monstres ou de scientifiques tous droits sortis d'un quelconque récit E.C Comics. Parfois érotiques, souvent prises sur le vif, ces vignettes (1 par page) semblent raconter une histoire dont il faudra relier les cases par sa seule imagination. Cette construction en miroir pourra échapper à certains, mais la maîtrise des dessins et l'émotion ou angoisse distillées sont parfaitement saisissantes. Charles Burns est-il un escroc ? Un auteur surestimé dont les dessins hypnotiques lissent les défauts d'une narration éclatée ? Probablement ... et probablement pas. "Love Nest" se déguste à la fois donc comme une bande dessinée ET un artbook dont chaque relecture délivre une histoire différente mais captivante. Fascinant.

07/10/2019 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Je suis rivière
Je suis rivière

Voilà un album assez difficile à mettre dans une case, et c'est tant mieux. En effet en apparence nous suivons les aventures de Louise, une jeune paysanne de 1850, qui décide de tout plaquer pour retrouver un jeune homme qui l'a secourue d'une agression. Ses recherches l'amènent à suivre les cours de la Bièvre, un affluent de la Seine à Paris, et dont la vie va curieusement suivre l'histoire du cours d'eau. Elle va ainsi être utilisée comme force de travail, se retrouver détournée de son cours, mise sous terre... Il s'agit donc autant d'un roman graphique que d'une sorte de fable naturaliste. Mais alors que le cours de la rivière a été entièrement recanalisé puis mis sous terre au fil des décennies, jusqu'à se jeter directement dans les égouts de la capitale ; la tendance de ces 30 à 40 dernières années est de lui faire retrouver l'air libre, et de l'assainir. J'avais découvert le travail graphique de Nina Luec dans Yan' Dargent, et beaucoup aimé. Ici encore elle fait preuve d'une grande sensibilité, s'emparant d'un sujet fort de société (le patrimoine naturel) trop souvent étouffé en Ile de France, au propre comme au figuré. Charmant. A noter que l'album propose de nombreux bonus : illustrations, photos des différents lieux traversés par la Bièvre, carte du parcours de Louise...

07/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Attends
Attends

Nous parlons ici non pas d'un nouveau Jason, auteur norvégien idolâtré par certains (dont nous faisons partie...) de ce que l'on pourrait qualifier - de manière musicale - de "BD indie", mais de la réédition chez Atrabile de son premier et remarquable ouvrage, "Attends...", datant de vingt ans déjà... Vingt ans : un gouffre, rempli par le ressassement d'une vie "ratée", mais aussi le temps de juste prononcer un simple mot avant que votre univers s'effondre. Peut-être parce que le temps - qui passe, trop vite, trop lentement, et qui nous tue... - est fondamentalement le sujet du livre, "Attends" n'a pas pris une ride : au contraire, ces cases soigneusement rangées, souvent sans dialogues, parfois systématiquement répétées, habitées par des personnages aux yeux vides qui nous ressemblent inexplicablement, sont depuis devenues pour nous un univers absurdement familier, qui nous rassure et nous terrorise à la fois... puisque les cauchemars "mous" de Jason sont les nôtres. Oui, il est étonnant de réaliser combien le "style" de l'auteur n'a pas évolué depuis ce premier livre - qui avait fait son petit effet dans le monde de la BD en 2000 -, ou, pour l'exprimer plus justement, combien toute la grandeur, toute la force de son Art étaient déjà présentes, et d'une redoutable efficacité dans "Attends...". Bien sûr, il y a d'abord dans "Attends..." ce coup de force narratif qui ne nous laisse toujours pas un indemnes en 2019, et que nous ne pouvons en aucune manière spoiler : d'une évidence et d'une audace telles que très peu d'auteurs (de livres "conventionnels", de scénarios de films...) osent l'utiliser, cette rupture terrifiante d'une narration entamée sous le signe d'une chronique d'enfance douce et un peu surréaliste nous projette, hagards, dans la réalité d'une vie "foutue" qui ressemble quand même beaucoup à la nôtre, qui que nous soyons. Répétition interminable de rituels de (sur)vie, tristesse insondable nourrie de regrets de ce qui aurait pu être et de remords quant à ce que nous n'aurions pas dû faire, tout est déjà exprimé dans le titre anodin et pourtant terrible du livre : car on n'attend jamais assez, même si l'on passe sa vie à attendre quelque chose qui ne viendra (plus) jamais, qui ne peut plus advenir. Et à la fin, parce qu'on a grandi trop vite (un jeu de deux cases saisissantes), puis vieilli trop vite, il n'y a que la nostalgie mortifère d'une enfance saccagée. Et puis la Mort. Qui n'attend pas.

05/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

Ne connaissant pas encore l'oeuvre à l'excellente réputation de Derf Backderf - l'aborder sous l'angle de son plus célèbre ouvrage, "Mon Ami Dahmer" (qui m'a été offert par un ami qui a très bon goût...), avait tout d'une évidence, pour moi, qui suis fan d'une certaine école "classique" du comics façon Crumb. Le graphisme de Backderf désoriente tout d'abord, avec cette "rectangularité" des visages et des corps, dont on craint qu'elle ne prive le livre de ces émotions qu'on associe plutôt à une certaine liberté des formes... Et puis on s'habitue, et on est surpris au contraire devant la subtilité des sentiments qui naissent, au détour de scènes remarquables par leur construction (... très cinématographiques, il est vrai, mais c'est désormais presque incontournable dans la BD, tant le cinéma est devenu la manière "normale" de raconter des histoires. On pourrait d'ailleurs réfléchir à la façon dont les "livres en images" originels sont devenus des "films dessinés" !). La simplicité apparente des cases et de leur enchaînement crée ainsi, plus on avance dans le livre, une impression de trouble, puis de vertige existentiel, qui contribuent beaucoup à la force de l'histoire racontée. Et cette histoire, ce n'est évidemment pas rien, puisqu'il s'agit de narrer ici l'enfance d'un serial killer célèbre et monstrueux, vue par ceux qui l'ont côtoyé durant ses années de collèges. Logiquement, le récit est extrêmement précis et bien documenté, puisque Backderf n'a pas seulement fait confiance à sa propre mémoire, mais il a conduit une enquête approfondie avant de nous livrer ce qui a tout de "l'oeuvre d'une vie". "Mon ami Dahmer" se présente comme l'analyse des éléments qui ont pu amener à un tel Dérapage d'un adolescent - dont les circonstances étaient certes difficiles (parents en crise, puis plongés dans un divorce haineux, désirs homosexuels inexprimables dans la société de l'époque...), mais pas forcément si différentes de millions d'autres. Néanmoins, l'aspect le plus intéressant du livre réside dans la cécité manifeste de tous par rapport aux comportements de plus en plus alarmants d'une personne qu'ils côtoyaient quotidiennement. Ce "Comment est-il possible qu'ILS n'aient rien vus ?" devient, inévitablement sans doute, un fascinant "Comment est-il possible que JE n'ai rien vu ?", voire un "... que je n'ai rien FAIT ?", forcément angoissant. Bien sûr, Dahmer n'a jamais été vraiment un "AMI" de Backderf, juste un sujet de plaisanterie, abandonné sans un seul regard dès qu'il est devenu trop encombrant, trop dérangeant, trop incompréhensible. Et il est clair en lisant le livre que ce qui en constitue le "point aveugle" et en même temps la "pierre de touche", c'est la question de la responsabilité, voire la culpabilité à la fois générale (de l'école, des enseignants, des voisins, etc. ) et individuelle. La coupable indifférence de Backderf lui-même, vis à vis d'un être en perdition, qu'il "ose" qualifier en titre de son livre de son "ami Dahmer"... C'est bien pour se libérer de tout cela que Backderf a dû écrire ce livre, qui lui a pris une bonne partie de sa vie adulte. Pas sûr pourtant qu'il ait réussi à chasser ses démons. Ni qu'il ait réussi à s'avouer à lui-même la nature de son trouble.

05/10/2019 (modifier)
Par Raoul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Là où nos pas nous mènent
Là où nos pas nous mènent

Dans un monde où des hommes à tête d'oiseaux ou de chats vivent comme aux temps préhistoriques, un clan va partir sur les routes. Ce qu'ils trouvent en chemin ce sont d'autres clans avec lesquels les personnage discutent et partagent leurs connaissances. À travers cette marche et ces différents clans, ce sont des pas en avant technologiques qu'ils découvrent, avec leurs avantages mais aussi leurs inconvénients jusqu'à tomber sur un clan qui a inventé la notion de frontières... Cette BD est intéressante et se lit vite, le style de dessin est assez simple (noir et blanc) mais il est efficace et sied bien à l'ingénuité des personnages.

03/10/2019 (modifier)
Couverture de la série La Fleur dans l'atelier de Mondrian
La Fleur dans l'atelier de Mondrian

Que voilà un bel objet. Oui, je l’avoue et même si ce n’est pas dans mes habitudes, j’ai acheté cet album avant toutes choses pour son traitement graphique. Je suis hypnotisé par le trait d’Antonio Lapone. J’aime ses personnages, j’aime son découpage, j’aime sa colorisation, j’aime son style atome. ‘tain, je passerais des heures à contempler béatement certaines cases, quitte à m’en exploser la rétine. Et je ne dois pas être le seul car si cet album est édité en un très grand format, ce n’est pas sans raison. Quant au sujet du livre, à savoir une évocation de Piet Mondrian, il m’intéressait beaucoup plus moyennement. Peintre néoplastique dont le tableau le plus connu (« Composition en rouge, jaune, bleu et noir ») passerait chez l’inculte pour une nouvelle gamme de déco pour meubles de cuisine Ikea, ce personnage est cependant digne d’attention. Et, soyons honnête, je suis assez sensible à ses peintures même si je n’y comprends pas grand-chose. Mais les auteurs ont l’intelligence de se centrer sur le personnage plutôt que sur son oeuvre. Et le talent de l’évoquer comme on peindrait un tableau : par petites touches qui s’accolent, s’imbriquent, se superposent pour nous offrir en définitive un portrait d’ensemble. Le découpage divise ce récit en de très courts chapitres unis par un fil narratif fugace, une liaison amoureuse à sens unique entre Mondrian et une jeune femme dont finalement on ne saura pas grand-chose. Et au travers de cette évocation, on découvre un personnage austère, semblant dépourvu d’émotions mais amoureux fou de la danse et de Paris, allergique au vert (d’une allergie absolue et maladive), passionné, habité même par une vision de la peinture qu’il était incapable de transmettre : un être fascinant en somme, mais totalement insaisissable. Le tableau est léger, aéré et l’album se lit d’ailleurs très vite. Je suis arrivé à la fin sans vraiment le réaliser (il n’y a pas de véritable conclusion à ce récit) mais je garde une agréable impression d’ensemble. J’en sais un peu plus sur ce personnage et, surtout, j’ai effectué un beau voyage graphique (qui se prolonge longuement dans les bonus de fin d’album car le récit tient dans un format classique de 48 pages quand le livre, lui, en contient 88). Si vous n’êtes sensibles ni à Mondrian et à son œuvre ni à Antonio Lapone et à son style, franchement je ne vois pas pourquoi vous liriez cet album… mais dans le cas contraire, voici un objet qui vaut bien plus qu’un simple regard distant.

02/10/2019 (modifier)
Par LuluZifer
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Prince et la Couturière
Le Prince et la Couturière

Petit plaisir coupable (ou non coupable) que je me suis fait en me procurant cette très belle BD de Jen Wang, publiée par Akiléos. Le livre est fortement joli, relié, tranche fil et belle dorure. C’est un très bel objet. D’un simple coup d’œil j’ai craqué tout en ne connaissant pas cette dessinatrice/scénariste. J’ai lu la C4 et là je me suis dit petite pépite. Ça en est bien une ! Une pépite pétillante, 'mignonnesque' et rigolote. Pourtant, à travers tous ces adjectifs jolis, il se cache derrière une véritable histoire émouvante. 296 pages de pur plaisir exquis pour les yeux et l’humeur. C’est de la jeunesse je dois vous prévenir mais cela ne gâche en rien le ravissement de lecture en découvrant cette histoire charmante. Nous allons suivre l’histoire extravagante du Prince Sébastien qui, imposé par ses parents Le Roi et la Reine de Belgique, doit absolument se choisir une épouse. C’est à Paris que défile alors un nombre considérable de jeunes filles, de bonne famille, mais qui l’indiffèrent totalement. Et pourquoi ? Et bien parce que le Prince Sébastien n’a qu’une passion dans la vie ce sont les belles et élégantes toilettes féminines, les chaussures, le maquillage et les perruques. C’est par le biais de son majordome, qui connaît son secret, que le Prince Sébastien va rencontrer la jeune et timide Francès, coutière de son métier. Et c’est grâce au talent atypique et brillant de Francès que le Prince Sébastien va devenir Lady Crystallia, qui deviendra l’icône de mode la plus courue de la Capitale. Une capitale en plein changement durant ces années folles. Mais voilà, peu a peu, cette merveilleuse aventure va-t-elle durer ? Le Prince Sébastien pourra s’absoudre de ses devoirs de princier et Francès pourra-t-elle également rester dans l’ombre de cette supercherie qui l’empêche d’avancer dans ses grands rêves de haute couture ? Vous le saurez en lisant Le Prince et La Couturière. Jen Wang nous livre une histoire magique, pleine de finesse et soutenue par un style graphique somptueux et frais. De par son trait et le design de ses décors très recherchés, de par les expressions des visages de ses personnages ou de par le choix de sa palette graphique, tout est réellement extraordinaire et précieux. Et du plus bel effet, Jen Wang nous raconte une histoire formidable et émouvante. Une belle histoire. De plus, le dénouement est totalement inoubliable et inattendu. J’en reste encore émerveillée et imprégnée. Et cela fait du bien ! <3

30/09/2019 (modifier)
Par LuluZifer
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mademoiselle Else
Mademoiselle Else

Mademoiselle Else, d’après le roman d’Arthur Schnitzler. Adapté par Manuele Fior :D J'ai lu Mademoiselle Else il y a quelques temps déjà. Publié en 2009 dans la collection Mirages des Éditions Delcourt. Inspiré d’un court roman, ou presque une nouvelle je dirais, de l’auteur viennois Arthur Schnitzler et publié 1924, ce texte est souvent qualifié comme étant l’un des plus beaux exercices de style de la littérature contemporaine. Je n’écris que ce que j’ai lu par-ci, par-là car je n’ai pas encore eu le plaisir de lire ce texte. Et il faut avouer que depuis que j’ai lu l’adaptation de Manuele Fior en bande dessinée, je n’arrête pas d’y penser. Else est une jeune fille de 19 ans en vacances avec sa tante et son cousin. Elle évolue avec maladresse et un désarroi qu’on ressent tout de suite au milieu de cette bourgeoisie viennoise symptomatique de non-dits, de convenances, et de bienséance ennuyeuse et tatillonne. Il faut dire que ce poids est très lourd à porter par cette jeune fille qui n’arrive pas à s'en accommoder. Else porte le poids de sa famille également, qui rencontre des problèmes pécuniaires, car son père, avocat de métier, cumule dette sur dette. Else va donc être forcée de faire une chose qu’elle ne veut pas suite à la réception d’un télégramme angoissant envoyé par sa mère. Cela la dérange énormément. Elle doit emprunter de l’argent à une connaissance familiale, Mr. Dorsday. Mais rien n’est gratuit et surtout quand on traite avec un marchand d’art obséquieux et pervers. Pourtant elle va s’y plier, et malgré tout, en essayant de se rebeller. Mais face à la morale viennoise en plein changement, Else va se retrouver prise au piège jusqu’à l’irréparable. Manuele Fior ajuste son trait de manière à coller à la peinture viennoise des années 1900 , un somptueux mélange graphique entre du Egon Schiele et du Klimt. Manuele Fior réalise un album sulfureux, malsain, fantomatique, sombre où se mêlent des silhouettes parfois hagardes et obscènes à la limite de l’insalubrité mentale. Il est fort. Il adapte son trait et sa palette de couleurs à ce récit terrible, et tellement noir, que cela en devient obsédant. Mademoiselle Else est une histoire totalement tragique, un soliloque désespéré où Else oscille entre envie, désir, réflexion et angoisse. Une jeune femme bloquée entre sa famille, les convenances et son désir d’émancipation. Comme la société viennoise de cette époque où la modernité fait face à une morale bourgeoise hautaine, et grotesque, qui se déchire entre hésitation et fantasmes. Je n’ai donc qu’une envie : c’est que vous lisiez cet album car c’est une pépite et moi je n’ai qu’une envie c’est de lire le texte d’Arthur Schnitzler. De découvrir cet auteur, adapté d’ailleurs au cinéma par Kubrick avec son dernier ‘sulfureux’ long métrage Eyes Wide shot.

30/09/2019 (modifier)
Par LuluZifer
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Albin et Zélie
Albin et Zélie

[ LECTURE MERVEILLEUSEMENT DINGUE ] Albin et Zélie de Yannick Marchat – La Boîte à bulles 2012 Albin est un homme effacé, solitaire approchant de la trentaine. Il n’a pas une vie folle folle et son confident n’est autre que Jacques-Yves, son poisson rouge. Mais c’est sans compter qu’un jour il croise la route de Zélie, une nana un peu brute de décoffrage et assez canon disons-le. Avec Zélie, et via l’égide de son infernal poisson rouge, Albin va convier cette jeune femme à vivre une aventure démente et pas des moindre car ils vont faire un voyage qui va les souder à jamais. Je n’en dirais pas plus parce que je n’en ai pas envie ! Ce roman graphique doit être découvert de manière ébouriffante. Car c’est une fresque poétique, romanesque et d’une profondeur unique. Mais également marrante, attachante et enchanteresse. C’est le premier roman graphique de Yannick Marchat, dont j’ai découvert il y a peu l’univers, et qui doit être lu absolument. Le ton graphique est de plus fabuleux, bien que l’on devine que l’auteur se cherche encore. Mais il a déjà un style bien à lui et fait véhiculer des sensations intergalactiques et métaphoriques intenses quand il s’emploie à dessiner un monde complètement décalé où ses deux personnages sont totalement plongés dans leur quête romantique. Une quête à l’allure de lâcher prise et immersive. Yannick Marchat joue avec le lecteur (et se met même en scène dans son roman graphique), il nous perd, nous retrouve, nous fait nous évader, et tels les personnages de l’histoire on voyage dans un continuum espace-temps des plus dingue. L’auteur place quand même des petits indices par-ci par-là pour nous aider à capturer son intrigue relationnelle. Albin et Zélie s’est également, comme dit plus haut, une fresque amoureuse qui est toute de noire et blanc vêtue, où parfois le noir est mis en avant et inversement pour le blanc également. Il y a notamment une planche qui m’a scotchée, durant plusieurs minutes, et celle-ci représente la Lune ! Une énorme Lune noire qui brille et monumentale. C’est la page 81 ! SUBLIME avec un petit dialogue qui va bien. Monstrueux ! D’ailleurs, parlons-en des dialogues. Ils sont géniaux, vivants, inventifs, doux. Ceux de Zélie sont tellement drôles parfois et reflètent tellement bien le caractère ‘entier’ de ce personnage. Et ceux d’Albin, à contrario, sont souples, sages et merveilleux. Comme lui ! Un personnage imposant de par son allure avec une cœur débordant. Un homme nounours prêt à vous envelopper de son aura fabuleuse. Mais il ne faut pas oublier le poisson rouge, ce cher Jacques-Yves. Un être mystérieux et doué de raison. Il y a également la sœur de Zélie, Elise qui attends un heureux évènement. Bien que l’on ne la voit pas beaucoup au travers de l’histoire elle a de l’importance. Vous l’aurez compris ma lecture fut d’une grande éloquence. C’est inspirant ce genre de lecture. Et ça fait rudement du bien. Ce petit bijou est au prix de 15 euros, version souple et format un peu plus grand qu’un format poche et il se trimballe partout. Il ne vous reste que plus qu’à vous le procurez et vous ne serez pas déçue. Si si ! je vous le jure.

30/09/2019 (modifier)