Les derniers avis (9706 avis)

Couverture de la série Jolies ténèbres
Jolies ténèbres

Le titre de cet album est on ne peut plus judicieux, et explicite, tant il réunit les deux « ambiances » vers lesquelles tend l’histoire. En effet, dans une sorte d’oxymore narratif, les auteurs mêlent – quasiment à chaque page – une histoire de conte de fées ou de poupée qui pourrait friser la bluette, à des passages violents, noirs, ceux-ci intervenant de façon abrupte, sans que l’on puisse forcément les voir venir, et sans que cela ne perturbe cette narration fluide et légère. Ces soubresauts, ces hoquets, qui crispent le sourire presque béat de l’intrigue principale (basée sur un fantastique assez doux et classique), apportent presque un aspect comique parfois. Le décalage brutal entre le côté fleur bleue et insouciant de la plupart des personnages, et la disparition brutale de la plupart d’entre eux – mais aussi par rapport à certaines images marquantes, morbides (par exemple la fenêtre qui se révèle être l’orbite vide de l’œil absent d’un cadavre) est original et quelque peu perturbant. Et cela se poursuit jusqu’à la fin qui, toute en sérénité, comme la fin de n’importe quel conte, suit pourtant l’ultime massacre perpétué par l’héroïne qui, par sa naïveté, avait vainement tenté de faire fonctionner le monde hétéroclite créé par les auteurs. Ajoutons que le dessin, lui aussi léger, accentue les deux aspects : de jolies images traversées par des éclairs de cruauté.

20/01/2021 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté
Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté

Je lis (en douce) et j'avise cet album juste avant de l'offrir à une jeune fille de 15 ans. Le dessin faussement naïf laisse penser que ce conte est enfantin. Alors, pas tout à fait. D'abord près de 200 pages, ce n'est pas rien, et ensuite l'histoire est dense et riche. Nous suivons l'évolution d'une ''petite'' fille vers son statut de femme et surtout de femme libre. Le parcours de l'héroïne est particulièrement intéressant. Au fur et à mesure de ses apprentissages et de ses expériences, elle s'affirme à la fois par sa forte personnalité mais aussi grâce à des rencontres avec des guides et des initiateurs (-trices) bienveillants. C'est que le monde est difficile pour tous, mais plus encore pour les filles. Oui, le propos est féministe, mais pas dans l'affrontement, juste dans le respect des autres. Dans chaque chapitre elle a à affronter les intolérances diverses, la place de la femme dans l'éducation, dans la vie familiale et la sexualité, les communautés religieuses... Elle remet tout le monde à sa place de façon magistrale. J'ai bien aimé justement son statut de géante qui lui permet de s'imposer sans qu'on lui en conte, à chacun(e) de devenir symboliquement géant(e) à son tour en suivant son exemple d'indépendance d'esprit. J'espère que la jeune fille à qui je le destine comprendra bien le message. J'ai beaucoup apprécié le dessin, même les yeux si stylisés, il sert bien le conte. Et l'édition est superbe avec une couverture des plus réussies. Pour chipoter, deux petits bémols peut-être : une fin un poil trop ''utopique'' mais c'est la suite logique de l'histoire et, ce qui me gêne un peu plus, même si la dénonciation des dogmes religieux est bien présente, il y a (à mon goût) un petit reste de religiosité avec ce ''Haut-puissant'' qui ne semble pas être remis en question.

20/01/2021 (modifier)
Par cac
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dracula (Bess)
Dracula (Bess)

Une version de Dracula par Georges Bess qui frappe d'abord par sa beauté graphique. Cela fait maintenant quelque années que je connais ce dessinateur et son trait est d'une finesse, on est impressionné par les heures de travail qui ont du être nécessaires pour toutes ces planches en noir et blanc. Ce gros album est fidèle à l'histoire originale de Bram Stoker. Jonathan Harker se rend en Transylvanie et finit dans les griffes du monstre allant jusqu'à perdre la notion du temps dans un château labyrinthique. Pendant ce temps sa fiancée l'attend à Londres. On ne sera pas trop surpris par l'histoire, mais on savoure près de 200 pages de claque visuelle.

17/01/2021 (modifier)
Couverture de la série Billy the cat
Billy the cat

Bonjour, la BD Billy the cat m'a beaucoup plu. Et je souhaiterais que les auteurs de la BD relancent les aventures de Billy, afin qu'il puisse redevenir un garçon. Par exemple, chez ses parents, en la présence de sa petite soeur Marie et de sa mère, il ferait signe à Marie pour lui dire qu'il voudrait écrire quelque chose. Ainsi il pourrait tout expliquer à sa mère par écrit, et pourrait aussi lui parler d'Icare, qui a la connaissance du langage des animaux. De ce fait, il pourrait être compris par sa famille au lieu d'entendre des miaulements, ce qui pourrait l'aider à redevenir un garçon.

17/01/2021 (modifier)
Couverture de la série Nous vivons chez nos chats
Nous vivons chez nos chats

J’avais la larme à l’œil en tournant les dernières pages de cet album tant celui-ci a réussi à me toucher. Oui, bon, j’avoue que le fait d’éprouver une affection particulièrement forte vis-à-vis des chats a joué dans mon ressenti mais il n’empêche qu’avec sa sincérité, la douceur de son trait, la simplicité des sentiments exprimés et la pudeur des grandes peines évoquées, Eloisa Scichilone (principale instigatrice de ce projet) m’a conquis. J’ai beaucoup aimé l’apparente simplicité du synopsis qui se résume à une journée de vie des auteur.e.s en compagnie de leurs chats mais derrière lequel se cache un éloge à l’esprit de clan face à la perte, à l’échec. Les facéties des chats, leur côté ‘collant’ apportent à la fois de la légèreté au récit mais aussi ce sentiment pour le lecteur d’être les spectateurs d’une tribu solidaire et unie dans laquelle les deux humains sont acceptés, et exploités autant que choyés. L'image de ce cocon chaleureux au coeur de l'hiver est celle qui persiste après lecture... Et ça fait du bien ! J’ai aimé la douceur, l’amour complice, la tendresse qui se dégagent du récit. J’ai aimé la mise en page aérée, les couleurs pastel. J’ai aimé la retenue avec laquelle les peines et difficultés sont évoquées… En fait, j’ai tout aimé ! Alors oui, je pense que cet album doit être réservé aux amoureux des chats mais si c’est votre cas, je suis convaincu que vous allez adorer.

16/01/2021 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Spirou d'Emile Bravo - Le journal d'un ingénu
Le Spirou d'Emile Bravo - Le journal d'un ingénu

Un très bon album. Si je ne me trompe pas, c'est l'album qui m'a fait découvrir Émile Bravo et j'ai tout de suite aimé son dessin même si son style se rapproche plus d'un Tintin que d'un Spirou. Le scénario est très mature, probablement l'album le plus 'adulte' de Spirou et pourtant c'est écrit dans un style qui peut plaire à la fois aux jeunes et aux adultes. En tout cas, moi j'ai lu ça la première fois lorsque je terminais mon adolescence et j'ai adoré. La relation entre Spirou et son amie polonaise est très touchante et j'ai bien aimé voir ce qu'un jeune comme Spirou qui ne connait pas grand chose à la vie réagit face aux événements qui vont engendrer la seconde guerre mondiale. Seule ombre au tableau qui fait en sorte que je ne donne pas la note maximal: je n'aime pas du tout le traitement du personnage de Fantasio qui est transformé en crétin. Il était loufoque sous Jijé et dans les premiers Franquin, mais il était sympathique alors qu'ici il est énervant et j'avais envie de le frapper. Et il y a son rôle dans le dénouement que j'ai toujours détesté. Presque un chef d'œuvre pour moi donc.

14/01/2021 (modifier)
Couverture de la série La Bête est morte
La Bête est morte

Cela faisait pas mal de temps que cette série me faisait de l’œil. Et j’ai enfin pu la lire, dans la version des Humanos de 1977. J’en ressors avec un avis un chouia mitigé. Essentiellement à cause des textes, surabondants, ce qui alourdit un peu la lecture (d’autant plus que ce texte est très dense, peu aéré et avec une taille de police petite), même si ce travers s’explique en partie par l’époque de création. Pour la même raison, ce texte est généralement placé aux abords des « cases, en voix off. Texte qui se veut exhaustif, mais qui reste quand même partial – écrit alors que les braises étaient encore vives, ce qui donne une vision manichéenne proche de la propagande (avec aussi des choix d’animaux pour représenter les protagonistes qui ne sont pas neutres) – sans y tomber complètement. Il faut quand même reconnaitre un matériau presque trop riche pour être contenu dans ces pages, et pourtant on a ici une vision des combats, de certains personnages qui vont intéresser les amateurs de la seconde guerre mondiale. Mais c’est clairement dans ce domaine que le bât blesse, le texte étant parfois indigeste, et aussi daté, naïf parfois. Par contre, vu le contexte et la période de création (incertitudes de l’occupation et immédiat après-guerre), il est normal que les camps de la mort ne soient pas mis en avant (il faudra attendre la fin des années 1950 pour qu’on les distingue réellement des camps de concentration), et que cela soit centré sur l’Europe (avec la situation française mise en avant – voir la page douloureuse évoquant la tragédie d'Oradour-sur-Glane), on ne peut faire de reproches anachroniques à Dancette. On pourrait presque ne voir là qu’un beau livre illustré sur la guerre, à la limite de la BD. Mais quelle illustration ! C’est ce domaine qui m’a marqué (comme beaucoup de lecteurs j’imagine), et explique mon coup de cœur, et c’est aussi ce qui me fait arrondir aux quatre étoiles. En effet, Calvo, malgré le texte abondant, réussit à faire une place à son dessin. Et quel dessin ! Là, c’est bien simple, c’est aussi daté, mais c’est justement cet aspect presque désuet, rétro qui m’a plu. En effet, j’adore les cartoons des années 30 aux années 50, et Calvo a développé ici un style qui en est très proche. On pense évidemment au style de certains dessins animés de Disney, et surtout au « Blitz Wolf » du génial (pas forcément ici d’ailleurs) Tex Avery (lui-même parodiant Disney). Et là c’est franchement très bon et très beau ! Calvo s’en donne à cœur-joie, usant parfois de pleines pages (fourmillant souvent de détails), jouant aussi avec la mise en page (de nombreux médaillons aérant la lecture et diversifiant les points de vue, certains dessins sortant parfois du cadre des cases, comme le faisaient certains cartoons d’Avery ou de Chuck Jones). On pourrait presque ne lire l’histoire qu’avec les illustrations de Calvo ! C’est en tout cas à lire au moins une fois dans sa vie ! Note réelle 3,5/5.

13/01/2021 (modifier)
Couverture de la série Basilicò
Basilicò

Je pense que pour apprécier cette histoire, il faut en savoir le moins possible à son sujet. Du coup, je ne vous en dirai que peu. Le dessin de Giulio Macaione est très agréable, ultra-lisible, bien typé dans ses personnages et bien exposé par un découpage classique et élégant. Les recettes de cuisine qui agrémentent ce récit lui apportent une petite note gastronomique agréable même si peu essentielle au bon déroulé de celui-ci (mais ça participe à l’ambiance). Le découpage qui alterne les époques peut désarçonner dans un premier temps, mais en fait il est très clair et facile à suivre. Les personnages sont très forts, à commencer par Maria, la mère de famille au caractère bien trempé qui nous raconte cette histoire depuis son cercueil. Au plus j’ai avancé dans ce récit, au plus celui-ci m’a captivé. Si cet album vous tente, je vous conseille de ne pas trop chercher d’avis à gauche et à droite, au risque d’en apprendre peut-être de trop, ce qui vous priverait d’un aspect que j’ai adoré mais qu’il est difficile de garder secret en écrivant un avis.

13/01/2021 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Vagabond des Étoiles
Le Vagabond des Étoiles

Ahhhh retrouver Riff Reb's et son sublime graphisme s'attaquant de nouveau à une adaptation de Jack London ! Moi qui était tombé sous le charme envoutant de son album Le Loup des Mers (je vous renvoie à l'interview que j'avais réalisée à Angoulême il y quelques années), j'étais impatient de me laisser griser par ce nouvel album. Riff Reb's s'attaque donc cette fois-ci au roman "Le Vagabond des Étoiles" qui nous raconte la vie de Darell Standing, condamné à mort pour le meurtre d'un professeur d'université. C'est depuis sa cellule qu'il nous fait le récit de sa vie, de pourquoi il est arrivé ici et du curieux pouvoir qui l'habite... Sans trop en révéler pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, ce "pouvoir" nous permet d'éviter un huis clos qui aurait vite tourné en rond et de nous faire voyager à travers le temps et l'espace et de donner à l'auteur toute la marge nécessaire pour déployer son talent et nous offrir des planches somptueuses. Putain qu'est-ce que c'est beau ! Cette maitrise de la bichromie où s'invite parfois à bon escient une couleur supplémentaire le temps d'une case ou d'une pleine page !!! On est vite happé par le récit et la maîtrise de la narration est parfaite. Pas de temps mort, tellement, qu'arrivé à la fin de l'album la frustration est grande en se rappelant que ce n'est que la première partie de l'histoire... LA SUITE BORDEL !!! Allez Riff, t'as intérêt à jouer les forçats pour nous sortir cette suite le plus rapidement possible !!! *** Tome 2 *** Ahhhh !!! Enfin !!! Si cette suite et fin s'est fait attendre, joie et réjouissance sont au rendez-vous. Enfin... pour nous, car notre cher Darell Stranding s'il réussit toujours à s'évader "astralement" n'en reste pas moins soumis à très rude épreuve par ses geôliers. Forte tête un jour... S'il est bien une chose que maîtrise Riff Reb's, c'est bien cette faculté à nous embarquer et à nous faire voyager. Si ses albums précédents emprunts d'aventures marines y parvenaient déjà sans peine, c'est ici à travers l'espace et le temps qu'il s'y emploie de manière magistrale, tout en maîtrisant sa narration, sans jamais nous perdre. Que ce soit au Far West, sous la Rome Antique ou chez les vikings, tout s'enchaîne à merveille dans ce récit avec pour seul fil rouge cette fameuse "colère rouge" de notre protagoniste, telle une mèche allumée prête à tout faire exploser. C'est beau, trépidant et envoutant, Riff Reb's réussit une nouvelle fois une très grande adaptation d'un auteur de talent qui m'a même donné envie de lire le roman de London. Bravo.

05/11/2019 (MAJ le 13/01/2021) (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Spirou de Lebeault et Filippi - Fondation Z
Le Spirou de Lebeault et Filippi - Fondation Z

Filippi et Lebeault rendent hommage à Spirou et Fantasio en les plongeant dans un univers très inspiré de l'oeuvre du second, Horologiom mais qui fourmille de clins d'oeil et de références à la série de Franquin. C'est un récit d'aventure, d'action et de science-fiction dans un univers bigarré comme Lebeault sait les mettre en image. On y retrouve sa passion pour les dystopies administratives aussi saugrenues que superbes visuellement, et son amour pour les engins mécaniques. Le dessin est superbe et on prend plaisir à revisiter les planches après lecture, juste pour le plaisir des yeux et d'en fouiller les détails souvent amusants. Filippi s'est visiblement fait plaisir avec son scénario en permettant à Fabrice Lebeault de s'en donner à cœur joie dans le type d'univers graphique où il excelle. L'intrigue, elle, est très rythmée. Spirou y joue le rôle d'un jeune agent enquêteur prompt à l'action pour la cause du Bien, tout à fait dans l'esprit du personnage. Fantasio, lui, est par contre bien différent de celui qu'on connait. Il joue ici le rôle d'une sorte d'agent secret sérieux et expérimenté, aux méthodes radicales et traitant Spirou avec une attitude supérieure, presque hautaine. C'est un peu déstabilisant mais on s'y fait et cela sert forcément le scénario. Au-delà du décor de science-fiction, c'est avant tout un polar d'espionnage ; presque un scénario de film à l'américaine. Il en a les avantages, à savoir une action de tous les instants et une intrigue accrocheuse, mais aussi les défauts qu'apportent parfois les récits d'espionnage quand leurs tenants et aboutissants se font complexes et légèrement confus. Il y a en effet parfois de quoi s'y perdre. D'autant qu'au final, il y a un côté assez dérisoire voire incongru aux machinations du méchant de l'histoire quand vient l'heure des révélations. Mais tout cela s'avère en réalité un très joli prétexte à accentuer l'hommage au monde de Spirou tel que Franquin l'a bâti. Tous les éléments et clins d'oeil finissent par s'agencer en un tout et une conclusion certes douce amère pour le lecteur qui se serait au préalable attaché à l'enquête que suivaient nos héros dans les pages précédentes, mais également très belle et ramenant le lecteur aux sources de leurs aventures classiques que l'on a aussitôt envie de relire. C'est un final qui m'a marqué et qui sublime pour moi la qualité du reste de l'album, son intrigue certes mais surtout son graphisme et son univers.

13/01/2021 (modifier)