« Soeurs d'Ys » est un conte inspiré d’une ancienne légende bretonne, adaptée ici par… un Américain (Matthew Tobin Anderson) et une Canadienne (Jo Rioux) et bon sang que c’est beau.
Il y est question de « Ys », ville puissante d’une beauté incomparable, mais bâtie sur de terribles secrets. Les deux princesses héritières se déchirent quant aux méthodes utilisées, alors que le roi sombre petit à petit dans l’apathie, jamais vraiment remis de la perte de sa femme. Comme tout conte digne de ce nom, impossible de ne pas faire de parallèles avec notre monde : corruption et trahisons nécessaires pour bâtir un tel empire, impact de la cupidité humaine sur l’environnement, et futilité d’une telle réalisation sur le long terme. Le manichéisme, assez présent tout au long du récit entre les deux sœurs, s’efface habillement lors d’un dénouement que j’ai trouvé très juste et touchant.
La réalisation est exemplaire. La narration est fluide (j’ai englouti les 213 pages d’une traite), les textes se font discrets et laissent souvent place aux superbe dessins de Jo Rioux… les couleurs m’ont particulièrement enchanté.
Un album indispensable si vous aimez les contes un peu noirs.
Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas régalé comme ça à lire une BD ! Une histoire originale et palpitante avec un graphisme somptueux. Quoi demander de plus ? Tous les ingrédients sont là pour un bon moment de lecture.
En 1932 le long métrage « les chasses du comte Zaroff » d’Irving Pichel et Enerst B. Schoedsack - tourné dans les décors de King Kong - allait marquer l’histoire du cinéma. Avant la tragédie du grand singe, Zaroff apportait une incarnation plus radicale de la cruauté humaine. Déjà, l’homme ne sort pas grandi de King Kong, longue agonie du primate martyr, sacrifié au nom de l’appât du gain et pour la grandiloquence du spectacle. Dans « les chasses du comte de Zaroff » c’est encore pire ! Là, l’humain devient jouet, lâché dans la jungle, pour assouvir la passion essoufflée du chasseur. Le comte Zaroff a tout du héros sadique, au sens littéral, toujours en quête de nouvelles sensations à pourvoir à un corps émoussé. Avec cet album, Sylvain Runberg au scénario, nous propose ce qu’aurait pu devenir ce comte russe aimant citer Marc Aurèle durant ses chasses à l’homme. Chaud devant … mais cette aventure bestiale palpitante au final, est juste magnifique. Elle bénéficie de tous les éléments pour un bon thriller avec une multitude de rebondissements.
François Miville-Deschênes contribue efficacement à la réussite de cet album. Les dessins sont particulièrement réussis. Coup de chapeau particulier pour les traits du général Zaroff. Le russe y exhale un mélange subtil de raffinement et d’animalité, de distinction et de sauvagerie primitive. Un aristocrate éclairé sous le vernis policé duquel se révèle une bête de sang obsédé par sa proie. Un régal pour les yeux. J’ai même trouvé ce personnage immonde par moment sympathique. Coup de chapeau également aux décors. Nous sommes sur une île tropicale façon Jurassic park. Les paysages sont merveilleux. Vous plongez allégrement dans une jungle particulièrement luxuriante. Les animaux sauvages sont parfaits. C’est époustouflant.
Je ne vois pas de défauts. Tout pour moi est remarquable. Mon coup de cœur du moment.
Bablet nous embarque dans un univers construit avec le même procédé que Shangri La, il rend crédible son scénario en faisant référence à des évènements réels récents et des technologies existantes .
Il décrit l'aventure de deux intelligences artificielles à partir de leur mise en service et leurs parcours au cours des siècles.
L'une des chercheuses refuse leur obsolescence programmée et c'est le début d'une aventure dans deux mondes. Une ia vit dans le monde virtuel et l'autre s'échappe et parcourt le monde réel.
L'auteur en profite pour dénoncer le cynisme des dirigeants des grandes compagnies et une société basée sur la consommation de produits.
Dans les scénarios classiques de science fiction, les androïdes occupent des rôles secondaires au service des hommes. L'originalité de cette bd, ce sont deux intelligences artificielles qui sont nos héros. Nous partons de 2 machines connectées rendues humaines en leur créant une enveloppe charnelle pour obtenir des entités douées de sentiments humains, dégagées de nos contraintes corporelles.
Avec des sentiments l'une envers l'autre et des caractères différents, l'auteur les différencie de simples machines et ce procédé nous fait vivre l'aventure de deux êtres à partir de leurs naissances et non de leurs mises en service.
En toile de fond, nous assistons à l'effondrement de la société humaine qui survit sur les détritus du monde d'avant, victime de ses excès. Une vision du futur pessimiste qui s'appuie sur des thèmes comme la fin du capitalisme, l'écologie et le consumérisme.
Le scénario est d'une telle richesse qu'il permet à l'auteur d'aborder encore un autre thème, c'est le transhumanisme avec un message qui nous fait comprendre que peut être seule notre technologie nous survivra.
Pour le dessin, mon avis est contrasté. La représentation des décors est réussie, elle nous transporte à chaque chapitre dans une autre époque et sur un continent différent en quelques cases. Mais la représentation des personnages avec leurs visages aplatis ou leurs têtes qui font un demi tour sans que le corps ne bouge me dérangent pendant la lecture.
Un scénario de science fiction d'une qualité exceptionnelle, une vraie performance, un style Bablet qui s'impose et qui devient incontournable.
Bwouf...je viens de terminer La Bête et c'est excellent.
Le dessin et surtout la mise en page sont très bien maîtrisés et parcourir les pages de cet album est un véritable plaisir.
La scène d'introduction est parfaite, la cohérence de l'ensemble, le travail de présentation des personnages... du très beau boulot et on ne peut que se prendre d'affection pour Fran(z)çois, sa mère, Monsieur Boniface et autres seconds rôles.
Le tout a un côté cinématographique très prononcé, notamment dans les angles de vue et le déroulement. Certaines planches retranscrivent à merveille les émotions des personnages sans avoir besoin de montrer leur visage ou de les faire parler...
Bref, une très très bonne surprise et je recommande vivement la lecture de cet album riche en émotions.
C’est d’abord un coup de cœur visuel ! En effet, le dessin, très simple, sans fioriture, parfois même minimaliste, se révèle extrêmement expressif, avec pourtant une grande économie de moyens. Et il s’en dégage une force, une poésie (souvent noire) que j’ai beaucoup aimées.
La colorisation est elle aussi chouette – comme l’est le travail éditorial (très grand format, papier épais, etc.).
Bref, on a là un lourd et bel objet. Mais l’écrin vaut le bijou je trouve. Si le début de l’histoire m’a un peu décontenancé, avec ses airs de procès kafkaïen (qu’elle garde quand même un peu jusqu’au bout !), j’ai été ensuite happé par le long voyage, la lente fuite de ces deux jeunes gens, comprenant que leur histoire éclaire d’une lumière noire la destinée de bien des réfugiés : on a là une sorte d’allégorie de ce que vivent des millions de gens, fuyant la guerre et la misère, risquant leur vie pour gagner « l’autre monde » (comme c’est le cas ici), c’est-à-dire un havre de paix plus ou moins réel et fantasmé.
Aucun lieu, aucune période n’est clairement identifiable, cela se veut universel, ce qui en fait peut-être la force, ou la faiblesse. En effet, rien de revendicatif dans ce récit triste, rien non plus pour approfondir une analyse du phénomène (causes et conséquences), si ce n’est le constat de son existence, et de l’horreur qu’il révèle et véhicule. L’absence de nuance aussi, le côté tranché des personnages (affreux méchants et faibles victimes) limite sans doute la portée éventuelle d’un message.
Il n’en reste pas moins que cet album réussit à traiter d’un sujet douloureux – souvent bâclé ou déformé dans les médias : une réalité sur laquelle on ne peut pas faire l’impasse. Et surtout, indépendamment du sujet, le récit est vraiment très bien mis en image. La narration fluide, des textes assez rares, des personnages dont les visages ressemblent à des masques : si cela empêche une identification et peut rendre impersonnel le message, en tout cas cela donne des airs de théâtre antique (on imagine aisément un chœur psalmodiant des arrêtés divins, des lois « contre l’immigration clandestine »).
Album à lire.
Roboratif
Long témoignage du quotidien d'une gamine de 10 ans dans un milieu plutôt favorisé. Ici rien de Titeuf ou de Kid Paddle, qui visent à nous faire rire avant tout. Riad Sattouf cherche à traduire le plus platement possible le témoignage recueilli. Le déroulement des jours est divisé en pages indépendantes, c'est sans doute la contrainte principale qui a dû donner forme au récit de départ, sans début ni fin.
Ce cortège de points de vue enfantins qui vont de propos extrêmement injustes, cruels (dégout assumé pour la faiblesse, la pauvreté, la laideur, la raideur) à d'autres totalement superficiels (le désir absolu d'avoir un Iphone6, ou d'être blonde). L'univers de l'auteur et sa curiosité récurrente pour ces comportements absurdes trouve ici un objet à sa mesure.
Parfois ennuyeux (les petites histoires de cour de récré), par moment drôle (pas souvent), par moment désagréable. Notre réaction n'est pas décidée à l'avance, c'est assez déconcertant finalement. C’est une sorte de document à avoir, pour se souvenir que l'enfance est aussi un ramassis de bêtise.
Déprime, nostalgie, hébétement, agacement, j'avoue que cet album touche.
Après lecture de deux autres tomes, je remonte d'une étoile ma note : la compilation de ses années donne vraiment une vue très juste de notre époque, et je rapprocherais plutôt l'ensemble du petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Un Petit Nicolas d'aujourd'hui, où la rigolade n'est plus le quotidien des enfants, où les rapports de genre tiennent une place beaucoup plus grande, où l'idée du héros neutre, sans âge a disparu. Tout est situé dans le temps CM1, CM2, 6ème etc... et l'évolution de l'histoire est assumée et fait partie du défi scénaristique. Le monde de l'enfance aussi a cessé d'être fixe et éternel, c'est le mouvement, même lent, qui est l'enjeu.
Je me demande si l'explication selon laquelle la vraie Esther existe vraiment et rend compte de son quotidien à Sattouf par téléphone est une réalité...
Le risque désormais est que la petite Esther devenant grande, elle refuse de continuer l'expérience, et la frustration du public sera immense !
"De la came pour Agecanonix" ? Je vois que l'ami Noirdésir a l'air de bien me connaître, c'est assez flatteur...
L'expo "les Mondes de Wallace Wood" cette année au Musée d'Angoulême que j'ai visitée lors du Festival, m'a remis en mémoire le génie graphique de cet auteur américain connu surtout pour Sally Forth, mais on oublie souvent qu'il a oeuvré dans l'érotique joyeux et insouciant, voire parfois dans le pornographique, mais toujours sous le couvert de l'humour et de la parodie.
C'est ce qu'il démontre dans cet album. J'ai trouvé récemment pour un prix abordable la première édition de 1977 de ces "Cons de Fée" aux Editions du Fromage, dont ces petits récits avaient été publiés dans l'Echo des Savanes, je n'en avais qu'un faible souvenir vu que ça figurait dans des numéros que je ne possède pas ; cette expo très riche et très complète sur Wood à Angoulême, m'a donné envie de chercher cet album.
Il s'agit de parodies très amusantes de personnages de BD et de la pop culture que Wood passe à la moulinette érotique, en poussant parfois dans le créneau plus hard, il tord littéralement le cou à Blanche-Neige, au Magicien d'Oz, à Flash Gordon et quelques autres en sexualisant les femmes de façon débridée, ça reste joyeux et surtout très drôle, le ton est très proche de Sally Forth mais aussi des histoires de Mad, magazine auquel il a collaboré dans un style plus soft mais aussi plus déjanté, et je me souviens que dans l'expo, un texte disait que pour Wood, c'était une sorte de défouloir. Ces historiettes sont d'un niveau à peu près égal, une de mes préférées est "la Belle au poids gonflant", et c'est d'autant plus sympa que le dessin de Wood m'a toujours séduit, il adopte parfois un trait fin et léger, et sur d'autres, il appuie le trait avec un aspect plus encré, les cases sont souvent bien remplies de petits détails savoureux à scruter, c'est un vrai régal.
Ces petits récits m'ont beaucoup rappelé également les "Contes Féerotiques", publication chez Elvifrance dont je me régalais pendant mon service militaire ; cet éditeur spécialisé dans les petits formats érotiques dans les années 70, a publié une quarantaine de numéros de ce pocket de 1975 à 1978, avec un collectif de dessinateurs italiens dont faisait partie Stellio Fenzi ; je ne sais pas s'ils se sont inspirés de Wallace Wood et qui a copié sur l'un ou sur l'autre, mais les similitudes entre ces Contes Féerotiques et ces Cons de Fée sont selon moi évidentes puisque ces pockets parodiaient de la même façon nos contes enfantins avec une dose de sexe très poussée. On peut les voir sur BDgest qui a répertorié cette série.
Lorsque « Torpedo 1972 » a été posté, ma curiosité a été immédiatement piquée. Ma faiblesse a fait le reste en me conduisant chez mon libraire. Un an plus tard, je viens d’achever ma lecture et… QUELLE CLAQUE ! J’ai pris la torpille droit dans le citron !
L’album débute sur une introduction qui permet au lecteur profane, comme moi, de faire connaissance avec Lucas Torelli, dit Torpedo. On comprend ce qu’il était et ce qu’il est devenu, s’épargnant ainsi un prologue rébarbatif pour les connaisseurs et des planches inutiles. On entre donc directement dans le vif du sujet, c’est le moins que l’on puisse dire.
Autant être clair, cette histoire n’est pas à mettre entre toutes les mains. Violence, langage fleuri et sexe explosent à chaque page. Torpedo, ancienne gloire du grand banditisme, a claqué sa fortune en vivant comme un roi. Ne lui reste plus que son passé, sa réputation, son expérience, son caractère de merde, son fidèle second, Rascal, quelques billets (encore que…), et une santé sur le déclin, conséquence probable d’une vie de bâton de chaise. Un journaliste peu scrupuleux et sa plantureuse blonde vont réveiller la bête en s’intéressant à la mort d’un mafieux, père des frères Caputo.
« Torpedo 1972 » est un polar noir et violent, mais pas seulement. Plusieurs passages sont très drôles. C’est un peu comme si Tarantino avait fait équipe avec l’équipe du film « Red » tiré du comics éponyme, ou si Joe Pesci était devenu un sombre bad ass. Le tout est bien rythmé et tient le lecteur en haleine. L’équilibre entre la noirceur et l’humour est savamment dosé. S’ajoute à cela un petit twist final bien trouvé.
Le dessin me rappelle énormément Far South, au point que je me suis demandé si le dessinateur était le même. C’est sombre, avec une touche flashy très 70’s, cohérente avec le New York de l’époque. Les couleurs, pouvant paraître un peu faciles de prime abord, se révèlent finalement judicieuses et soulignent idéalement le dessin et le scénario. Elles varient également au gré du récit. J'ai donc été conforté dans mon choix d’acquérir l’album en couleur. La mise en scène est très cinématographique, à juste titre. J’ai énormément apprécié les variations de découpages lors de certaines scènes, en particulier celle du viol qui reste pour moi le passage le plus réussi, le plus marquant et finalement celui qui résume le mieux cet album irrévérencieux, drôle et violent à la fois.
Je pensais pouvoir apprécier « Torpedo 1972 ». Tel n’a pas été le cas… j’ai adoré ! J’avoue que je balance entre l’envie de lire une suite et le souhait que ce bel album reste unique et magnifique. Sans hésitation mon coup de cœur du moment !
Derf Backderf est décidément un de mes auteurs de comics préférés et il est avec Joe Sacco mon documentariste en BD préféré.
Ici, l'auteur nous parle d'une manifestation étudiante qui tournera au tragique lorsque la garde nationale finira par tirer sur la foule. La reconstruction historique est bien fait, on montre bien l'ambiance de l'époque avec une Amérique bien divisée en deux camps...et lorsqu'on suit l'actualité aujourd'hui on voit que plusieurs décennies plus tard, les choses ont peu changé. En tout cas, l'auteur explique bien les motivations des étudiants et des autorités de l'époque (la peur d'aller au Vietnam contre la peur du communisme)
Même si on sent que Backderf a un parti-pris, il essaye d'être objectif et de montrer les deux cotés. Ainsi, certains étudiants m'ont franchement paru antipathiques pendant une bonne partie de l'album, quoique je note que les étudiants dont j'avais envie de casser la figure ont disparu progressivement du récit, préférant s'enfuir lorsque la garde débarque et il y a la théorie que certains des extrémistes étaient des agents provocateurs. En tout cas, on va voir comment les autorités se sont servi de l'extrême-gauche la plus radicale pour détruire le mouvement étudiant en faisant en sorte que les radicaux prennent le pouvoir du mouvement et aussi que rapidement des étudiants innocents et sans défense vont se faire attaquer par les autorités. Backderf montrera aussi les conditions des soldats de la garde qui expliquerait pourquoi certains ont fini par tirer (moi aussi je pense que je péterais les plombs si on me laissait pas dormir pendant 4 jours). En tout cas, l'auteur montre surtout du doigt l'incompétence, les erreurs et l'opportunisme des autorités et que le massacre aurait pu être évité s'ils avaient été plus compétents et moins radicaux.
Le scénario est prenant. On va suivre plusieurs protagonistes durant 4 jours où la tension montera jusqu'à la tragédie qui aurait pu être évitée. C'est un excellent documentaire historique que j'ai trouvé bien instructif et qui me semble malheureusement d'actualité lorsqu'on voit ce qui arrive aux États-Unis en ce moment.
Touché par la justesse de ces récits. Cette petite Esther raconte en toute simplicité, sans complexe absolument tout son quotidien d'enfant partagé entre école et maison. Forcément les rapports filles garçons sont abordés, mais les relations d'amitiés aussi, sans oublier le cercle familiale. Et puis des sujets plus complexes sur le sexe, la mort, l'amour, le succès, sont abordé à hauteur d'enfant... Le plus surprenant dans tout cela est ce ton si juste. Ce matériel pourrait servir d'étude sociologique sur cette génération post 2000!
Esther n'est pas la plus populaire, la plus gentille, la plus intelligente ni la plus belle de son école, et malgré la dimension tout à fait ordinaire de cette héroïne, elle m'a toujours surpris par ses réactions, touché par ses peurs, fait rire par sa vision réductrice voir parfois complètement fausse de la vie, fait fondre par son amour si innocent pour son père...
Pour l'anecdote, mes 3 enfants de sexe et d'age variés ont aussi dévoré ces histoires.
On tient là une belle série multigénérationnelle.
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Soeurs d'Ys - La malédiction du royaume englouti
« Soeurs d'Ys » est un conte inspiré d’une ancienne légende bretonne, adaptée ici par… un Américain (Matthew Tobin Anderson) et une Canadienne (Jo Rioux) et bon sang que c’est beau. Il y est question de « Ys », ville puissante d’une beauté incomparable, mais bâtie sur de terribles secrets. Les deux princesses héritières se déchirent quant aux méthodes utilisées, alors que le roi sombre petit à petit dans l’apathie, jamais vraiment remis de la perte de sa femme. Comme tout conte digne de ce nom, impossible de ne pas faire de parallèles avec notre monde : corruption et trahisons nécessaires pour bâtir un tel empire, impact de la cupidité humaine sur l’environnement, et futilité d’une telle réalisation sur le long terme. Le manichéisme, assez présent tout au long du récit entre les deux sœurs, s’efface habillement lors d’un dénouement que j’ai trouvé très juste et touchant. La réalisation est exemplaire. La narration est fluide (j’ai englouti les 213 pages d’une traite), les textes se font discrets et laissent souvent place aux superbe dessins de Jo Rioux… les couleurs m’ont particulièrement enchanté. Un album indispensable si vous aimez les contes un peu noirs.
Zaroff
Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas régalé comme ça à lire une BD ! Une histoire originale et palpitante avec un graphisme somptueux. Quoi demander de plus ? Tous les ingrédients sont là pour un bon moment de lecture. En 1932 le long métrage « les chasses du comte Zaroff » d’Irving Pichel et Enerst B. Schoedsack - tourné dans les décors de King Kong - allait marquer l’histoire du cinéma. Avant la tragédie du grand singe, Zaroff apportait une incarnation plus radicale de la cruauté humaine. Déjà, l’homme ne sort pas grandi de King Kong, longue agonie du primate martyr, sacrifié au nom de l’appât du gain et pour la grandiloquence du spectacle. Dans « les chasses du comte de Zaroff » c’est encore pire ! Là, l’humain devient jouet, lâché dans la jungle, pour assouvir la passion essoufflée du chasseur. Le comte Zaroff a tout du héros sadique, au sens littéral, toujours en quête de nouvelles sensations à pourvoir à un corps émoussé. Avec cet album, Sylvain Runberg au scénario, nous propose ce qu’aurait pu devenir ce comte russe aimant citer Marc Aurèle durant ses chasses à l’homme. Chaud devant … mais cette aventure bestiale palpitante au final, est juste magnifique. Elle bénéficie de tous les éléments pour un bon thriller avec une multitude de rebondissements. François Miville-Deschênes contribue efficacement à la réussite de cet album. Les dessins sont particulièrement réussis. Coup de chapeau particulier pour les traits du général Zaroff. Le russe y exhale un mélange subtil de raffinement et d’animalité, de distinction et de sauvagerie primitive. Un aristocrate éclairé sous le vernis policé duquel se révèle une bête de sang obsédé par sa proie. Un régal pour les yeux. J’ai même trouvé ce personnage immonde par moment sympathique. Coup de chapeau également aux décors. Nous sommes sur une île tropicale façon Jurassic park. Les paysages sont merveilleux. Vous plongez allégrement dans une jungle particulièrement luxuriante. Les animaux sauvages sont parfaits. C’est époustouflant. Je ne vois pas de défauts. Tout pour moi est remarquable. Mon coup de cœur du moment.
Carbone & Silicium
Bablet nous embarque dans un univers construit avec le même procédé que Shangri La, il rend crédible son scénario en faisant référence à des évènements réels récents et des technologies existantes . Il décrit l'aventure de deux intelligences artificielles à partir de leur mise en service et leurs parcours au cours des siècles. L'une des chercheuses refuse leur obsolescence programmée et c'est le début d'une aventure dans deux mondes. Une ia vit dans le monde virtuel et l'autre s'échappe et parcourt le monde réel. L'auteur en profite pour dénoncer le cynisme des dirigeants des grandes compagnies et une société basée sur la consommation de produits. Dans les scénarios classiques de science fiction, les androïdes occupent des rôles secondaires au service des hommes. L'originalité de cette bd, ce sont deux intelligences artificielles qui sont nos héros. Nous partons de 2 machines connectées rendues humaines en leur créant une enveloppe charnelle pour obtenir des entités douées de sentiments humains, dégagées de nos contraintes corporelles. Avec des sentiments l'une envers l'autre et des caractères différents, l'auteur les différencie de simples machines et ce procédé nous fait vivre l'aventure de deux êtres à partir de leurs naissances et non de leurs mises en service. En toile de fond, nous assistons à l'effondrement de la société humaine qui survit sur les détritus du monde d'avant, victime de ses excès. Une vision du futur pessimiste qui s'appuie sur des thèmes comme la fin du capitalisme, l'écologie et le consumérisme. Le scénario est d'une telle richesse qu'il permet à l'auteur d'aborder encore un autre thème, c'est le transhumanisme avec un message qui nous fait comprendre que peut être seule notre technologie nous survivra. Pour le dessin, mon avis est contrasté. La représentation des décors est réussie, elle nous transporte à chaque chapitre dans une autre époque et sur un continent différent en quelques cases. Mais la représentation des personnages avec leurs visages aplatis ou leurs têtes qui font un demi tour sans que le corps ne bouge me dérangent pendant la lecture. Un scénario de science fiction d'une qualité exceptionnelle, une vraie performance, un style Bablet qui s'impose et qui devient incontournable.
Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête
Bwouf...je viens de terminer La Bête et c'est excellent. Le dessin et surtout la mise en page sont très bien maîtrisés et parcourir les pages de cet album est un véritable plaisir. La scène d'introduction est parfaite, la cohérence de l'ensemble, le travail de présentation des personnages... du très beau boulot et on ne peut que se prendre d'affection pour Fran(z)çois, sa mère, Monsieur Boniface et autres seconds rôles. Le tout a un côté cinématographique très prononcé, notamment dans les angles de vue et le déroulement. Certaines planches retranscrivent à merveille les émotions des personnages sans avoir besoin de montrer leur visage ou de les faire parler... Bref, une très très bonne surprise et je recommande vivement la lecture de cet album riche en émotions.
Les Ombres
C’est d’abord un coup de cœur visuel ! En effet, le dessin, très simple, sans fioriture, parfois même minimaliste, se révèle extrêmement expressif, avec pourtant une grande économie de moyens. Et il s’en dégage une force, une poésie (souvent noire) que j’ai beaucoup aimées. La colorisation est elle aussi chouette – comme l’est le travail éditorial (très grand format, papier épais, etc.). Bref, on a là un lourd et bel objet. Mais l’écrin vaut le bijou je trouve. Si le début de l’histoire m’a un peu décontenancé, avec ses airs de procès kafkaïen (qu’elle garde quand même un peu jusqu’au bout !), j’ai été ensuite happé par le long voyage, la lente fuite de ces deux jeunes gens, comprenant que leur histoire éclaire d’une lumière noire la destinée de bien des réfugiés : on a là une sorte d’allégorie de ce que vivent des millions de gens, fuyant la guerre et la misère, risquant leur vie pour gagner « l’autre monde » (comme c’est le cas ici), c’est-à-dire un havre de paix plus ou moins réel et fantasmé. Aucun lieu, aucune période n’est clairement identifiable, cela se veut universel, ce qui en fait peut-être la force, ou la faiblesse. En effet, rien de revendicatif dans ce récit triste, rien non plus pour approfondir une analyse du phénomène (causes et conséquences), si ce n’est le constat de son existence, et de l’horreur qu’il révèle et véhicule. L’absence de nuance aussi, le côté tranché des personnages (affreux méchants et faibles victimes) limite sans doute la portée éventuelle d’un message. Il n’en reste pas moins que cet album réussit à traiter d’un sujet douloureux – souvent bâclé ou déformé dans les médias : une réalité sur laquelle on ne peut pas faire l’impasse. Et surtout, indépendamment du sujet, le récit est vraiment très bien mis en image. La narration fluide, des textes assez rares, des personnages dont les visages ressemblent à des masques : si cela empêche une identification et peut rendre impersonnel le message, en tout cas cela donne des airs de théâtre antique (on imagine aisément un chœur psalmodiant des arrêtés divins, des lois « contre l’immigration clandestine »). Album à lire.
Les Cahiers d'Esther
Roboratif Long témoignage du quotidien d'une gamine de 10 ans dans un milieu plutôt favorisé. Ici rien de Titeuf ou de Kid Paddle, qui visent à nous faire rire avant tout. Riad Sattouf cherche à traduire le plus platement possible le témoignage recueilli. Le déroulement des jours est divisé en pages indépendantes, c'est sans doute la contrainte principale qui a dû donner forme au récit de départ, sans début ni fin. Ce cortège de points de vue enfantins qui vont de propos extrêmement injustes, cruels (dégout assumé pour la faiblesse, la pauvreté, la laideur, la raideur) à d'autres totalement superficiels (le désir absolu d'avoir un Iphone6, ou d'être blonde). L'univers de l'auteur et sa curiosité récurrente pour ces comportements absurdes trouve ici un objet à sa mesure. Parfois ennuyeux (les petites histoires de cour de récré), par moment drôle (pas souvent), par moment désagréable. Notre réaction n'est pas décidée à l'avance, c'est assez déconcertant finalement. C’est une sorte de document à avoir, pour se souvenir que l'enfance est aussi un ramassis de bêtise. Déprime, nostalgie, hébétement, agacement, j'avoue que cet album touche. Après lecture de deux autres tomes, je remonte d'une étoile ma note : la compilation de ses années donne vraiment une vue très juste de notre époque, et je rapprocherais plutôt l'ensemble du petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Un Petit Nicolas d'aujourd'hui, où la rigolade n'est plus le quotidien des enfants, où les rapports de genre tiennent une place beaucoup plus grande, où l'idée du héros neutre, sans âge a disparu. Tout est situé dans le temps CM1, CM2, 6ème etc... et l'évolution de l'histoire est assumée et fait partie du défi scénaristique. Le monde de l'enfance aussi a cessé d'être fixe et éternel, c'est le mouvement, même lent, qui est l'enjeu. Je me demande si l'explication selon laquelle la vraie Esther existe vraiment et rend compte de son quotidien à Sattouf par téléphone est une réalité... Le risque désormais est que la petite Esther devenant grande, elle refuse de continuer l'expérience, et la frustration du public sera immense !
Cons de Fée (Fées en Folie)
"De la came pour Agecanonix" ? Je vois que l'ami Noirdésir a l'air de bien me connaître, c'est assez flatteur... L'expo "les Mondes de Wallace Wood" cette année au Musée d'Angoulême que j'ai visitée lors du Festival, m'a remis en mémoire le génie graphique de cet auteur américain connu surtout pour Sally Forth, mais on oublie souvent qu'il a oeuvré dans l'érotique joyeux et insouciant, voire parfois dans le pornographique, mais toujours sous le couvert de l'humour et de la parodie. C'est ce qu'il démontre dans cet album. J'ai trouvé récemment pour un prix abordable la première édition de 1977 de ces "Cons de Fée" aux Editions du Fromage, dont ces petits récits avaient été publiés dans l'Echo des Savanes, je n'en avais qu'un faible souvenir vu que ça figurait dans des numéros que je ne possède pas ; cette expo très riche et très complète sur Wood à Angoulême, m'a donné envie de chercher cet album. Il s'agit de parodies très amusantes de personnages de BD et de la pop culture que Wood passe à la moulinette érotique, en poussant parfois dans le créneau plus hard, il tord littéralement le cou à Blanche-Neige, au Magicien d'Oz, à Flash Gordon et quelques autres en sexualisant les femmes de façon débridée, ça reste joyeux et surtout très drôle, le ton est très proche de Sally Forth mais aussi des histoires de Mad, magazine auquel il a collaboré dans un style plus soft mais aussi plus déjanté, et je me souviens que dans l'expo, un texte disait que pour Wood, c'était une sorte de défouloir. Ces historiettes sont d'un niveau à peu près égal, une de mes préférées est "la Belle au poids gonflant", et c'est d'autant plus sympa que le dessin de Wood m'a toujours séduit, il adopte parfois un trait fin et léger, et sur d'autres, il appuie le trait avec un aspect plus encré, les cases sont souvent bien remplies de petits détails savoureux à scruter, c'est un vrai régal. Ces petits récits m'ont beaucoup rappelé également les "Contes Féerotiques", publication chez Elvifrance dont je me régalais pendant mon service militaire ; cet éditeur spécialisé dans les petits formats érotiques dans les années 70, a publié une quarantaine de numéros de ce pocket de 1975 à 1978, avec un collectif de dessinateurs italiens dont faisait partie Stellio Fenzi ; je ne sais pas s'ils se sont inspirés de Wallace Wood et qui a copié sur l'un ou sur l'autre, mais les similitudes entre ces Contes Féerotiques et ces Cons de Fée sont selon moi évidentes puisque ces pockets parodiaient de la même façon nos contes enfantins avec une dose de sexe très poussée. On peut les voir sur BDgest qui a répertorié cette série.
Torpedo 1972
Lorsque « Torpedo 1972 » a été posté, ma curiosité a été immédiatement piquée. Ma faiblesse a fait le reste en me conduisant chez mon libraire. Un an plus tard, je viens d’achever ma lecture et… QUELLE CLAQUE ! J’ai pris la torpille droit dans le citron ! L’album débute sur une introduction qui permet au lecteur profane, comme moi, de faire connaissance avec Lucas Torelli, dit Torpedo. On comprend ce qu’il était et ce qu’il est devenu, s’épargnant ainsi un prologue rébarbatif pour les connaisseurs et des planches inutiles. On entre donc directement dans le vif du sujet, c’est le moins que l’on puisse dire. Autant être clair, cette histoire n’est pas à mettre entre toutes les mains. Violence, langage fleuri et sexe explosent à chaque page. Torpedo, ancienne gloire du grand banditisme, a claqué sa fortune en vivant comme un roi. Ne lui reste plus que son passé, sa réputation, son expérience, son caractère de merde, son fidèle second, Rascal, quelques billets (encore que…), et une santé sur le déclin, conséquence probable d’une vie de bâton de chaise. Un journaliste peu scrupuleux et sa plantureuse blonde vont réveiller la bête en s’intéressant à la mort d’un mafieux, père des frères Caputo. « Torpedo 1972 » est un polar noir et violent, mais pas seulement. Plusieurs passages sont très drôles. C’est un peu comme si Tarantino avait fait équipe avec l’équipe du film « Red » tiré du comics éponyme, ou si Joe Pesci était devenu un sombre bad ass. Le tout est bien rythmé et tient le lecteur en haleine. L’équilibre entre la noirceur et l’humour est savamment dosé. S’ajoute à cela un petit twist final bien trouvé. Le dessin me rappelle énormément Far South, au point que je me suis demandé si le dessinateur était le même. C’est sombre, avec une touche flashy très 70’s, cohérente avec le New York de l’époque. Les couleurs, pouvant paraître un peu faciles de prime abord, se révèlent finalement judicieuses et soulignent idéalement le dessin et le scénario. Elles varient également au gré du récit. J'ai donc été conforté dans mon choix d’acquérir l’album en couleur. La mise en scène est très cinématographique, à juste titre. J’ai énormément apprécié les variations de découpages lors de certaines scènes, en particulier celle du viol qui reste pour moi le passage le plus réussi, le plus marquant et finalement celui qui résume le mieux cet album irrévérencieux, drôle et violent à la fois. Je pensais pouvoir apprécier « Torpedo 1972 ». Tel n’a pas été le cas… j’ai adoré ! J’avoue que je balance entre l’envie de lire une suite et le souhait que ce bel album reste unique et magnifique. Sans hésitation mon coup de cœur du moment !
Kent State, quatre morts dans l'Ohio
Derf Backderf est décidément un de mes auteurs de comics préférés et il est avec Joe Sacco mon documentariste en BD préféré. Ici, l'auteur nous parle d'une manifestation étudiante qui tournera au tragique lorsque la garde nationale finira par tirer sur la foule. La reconstruction historique est bien fait, on montre bien l'ambiance de l'époque avec une Amérique bien divisée en deux camps...et lorsqu'on suit l'actualité aujourd'hui on voit que plusieurs décennies plus tard, les choses ont peu changé. En tout cas, l'auteur explique bien les motivations des étudiants et des autorités de l'époque (la peur d'aller au Vietnam contre la peur du communisme) Même si on sent que Backderf a un parti-pris, il essaye d'être objectif et de montrer les deux cotés. Ainsi, certains étudiants m'ont franchement paru antipathiques pendant une bonne partie de l'album, quoique je note que les étudiants dont j'avais envie de casser la figure ont disparu progressivement du récit, préférant s'enfuir lorsque la garde débarque et il y a la théorie que certains des extrémistes étaient des agents provocateurs. En tout cas, on va voir comment les autorités se sont servi de l'extrême-gauche la plus radicale pour détruire le mouvement étudiant en faisant en sorte que les radicaux prennent le pouvoir du mouvement et aussi que rapidement des étudiants innocents et sans défense vont se faire attaquer par les autorités. Backderf montrera aussi les conditions des soldats de la garde qui expliquerait pourquoi certains ont fini par tirer (moi aussi je pense que je péterais les plombs si on me laissait pas dormir pendant 4 jours). En tout cas, l'auteur montre surtout du doigt l'incompétence, les erreurs et l'opportunisme des autorités et que le massacre aurait pu être évité s'ils avaient été plus compétents et moins radicaux. Le scénario est prenant. On va suivre plusieurs protagonistes durant 4 jours où la tension montera jusqu'à la tragédie qui aurait pu être évitée. C'est un excellent documentaire historique que j'ai trouvé bien instructif et qui me semble malheureusement d'actualité lorsqu'on voit ce qui arrive aux États-Unis en ce moment.
Les Cahiers d'Esther
Touché par la justesse de ces récits. Cette petite Esther raconte en toute simplicité, sans complexe absolument tout son quotidien d'enfant partagé entre école et maison. Forcément les rapports filles garçons sont abordés, mais les relations d'amitiés aussi, sans oublier le cercle familiale. Et puis des sujets plus complexes sur le sexe, la mort, l'amour, le succès, sont abordé à hauteur d'enfant... Le plus surprenant dans tout cela est ce ton si juste. Ce matériel pourrait servir d'étude sociologique sur cette génération post 2000! Esther n'est pas la plus populaire, la plus gentille, la plus intelligente ni la plus belle de son école, et malgré la dimension tout à fait ordinaire de cette héroïne, elle m'a toujours surpris par ses réactions, touché par ses peurs, fait rire par sa vision réductrice voir parfois complètement fausse de la vie, fait fondre par son amour si innocent pour son père... Pour l'anecdote, mes 3 enfants de sexe et d'age variés ont aussi dévoré ces histoires. On tient là une belle série multigénérationnelle.