En voilà une bande dessinée épatante.
L’histoire, d’abord : une subtile relecture du Petit Poucet à la sauce d’aujourd’hui couplée avec un road-movie endiablé raconté par les différents adultes rencontrés par nos sept fugueurs.
Le découpage n’est pas en reste, de même que le dessin, à la fois très moderne et très lisible. Tiens j’en profite pour donner un petit coup de chapeau virtuel au dessinateur / coloriste : ce qu’il a fait sur cet album est impressionnant.
C’est mon coup de cœur.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec cette BD. J'imaginais un énième récit sans inventivité sur la Shoah et l'Occupation. De ces sujets, il est bien question, mais l'inventivité, elle, est également bien présente !
L'histoire suit un vieillard qui veut à tout prix trouver un vrai magicien, afin de l'aider à faire sortir une personne du chapeau haut-de-forme dans lequel il la prétend coincée. Un point de départ assez intrigant, renforcé par le fait qu'on ne sait pas trop où l'auteur veut nous emmener. On s'en doute assez vite, étant donné que la 4e de couverture nous a révélé sans ambages le thème principal du récit, mais pendant une bonne moitié de l'intrigue, le doute subsiste. On est plongé dans un univers à cheval entre les sombres réalités de notre histoire et les échappées oniriques d'un univers fantastique, fantasmé et dangereux.
Disons-le tout de suite : les séquences dans cet univers merveilleux sont les moins développées des trois narrations simultanées, et c'est dommage. Il y avait vraiment quelque chose à faire, les auteurs auraient pu développer tout un univers intéressant, mais il aurait fallu pour cela plus qu'un one-shot.
Cela n'empêche pas le récit de bien fonctionner : la bonne idée de Bartosz Sztybor est d'articuler trois univers/époques bien distincts. On a donc l'époque actuelle avec le personnage principal, Tolek Marber, âgé, qui essaye d'exorciser ses vieux démons. Ensuite, la période de l'Occupation, vue en flashbacks et centré sur le mystérieux Monsieur Pinon, un homme quelconque, assez lâche face aux Allemands (j'ai toujours du mal à parler de lâcheté dans un tel contexte, disons que, sans collaborer avec eux, il essaye de ne pas les contrarier afin de ne pas risquer sa vie), et pourtant héroïcisé par le regard de Tolek enfant. Enfin, le monde onirique du chapeau magique où Tolek veut absolument sauver un lapin des griffes de monstres inquiétants.
Cette articulation de trois narrations distinctes fonctionne merveilleusement grâce au talent graphique de Grazia La Padula, que je découvre sur cet album. Son trait est vraiment beau, un peu naïf mais pas trop, introduisant un ton joliment poétique, qui introduit un décalage salvateur par rapport à la (triste) réalité, tout en y étant ancré de plain-pied. Surtout, elle réussit à bien distinguer chacune des trois narrations en variant sur la palette de couleurs (un ton très terne pour l'Occupation et plus coloré pour le temps présent) et sur son style graphique (les contours des objets et personnages disparaissent dès qu'on entre dans l'univers fantastique, uniquement composé d'aplats de couleurs sans contours).
Concernant le scénario, il est très réussi, même si la métaphore est assez évidente et pas forcément très subtile (mais toujours aussi efficace). On comprend vite où l'auteur veut en venir, même si on reste dans un flou plutôt réussi pendant une bonne partie de l'album. Cela diminue toutefois l'impact des « révélations » finales (qui ne sont heureusement pas introduites sous forme de twists censés surprendre le spectateur à tout prix), puisqu'on avait globalement compris quel était le but de ce scénario. Cela permet au moins de ne pas être trop déçu de voir l'univers fantastique ne pas être assez développé puisqu'on a vite compris qu'il était un outil narratif au service de l'histoire et non l'élément central du récit.
Enfin, sur la dimension historique du récit, c'est plutôt pas mal, même si, là encore, ça aurait pu être plus développé. Les personnages ne sont pas assez creusés pour faire ressortir toutes les difficultés et l'ambiguïté de cette période sombre qu'est l'Occupation. Néanmoins, quelques éléments sont très intéressants, particulièrement, bien sûr, M. Pinon, qui donne son nom au titre de la BD. C'est un homme comme les autres, qui n'aime pas les Allemands mais qui, en même temps, a trop peur d'eux pour aider les Juifs. C'est bien fait, car il est suffisamment brossé par l'auteur pour qu'on se demande si, au moment décisif, il prendre le parti d'aider les Juifs ou au contraire de les dénoncer à contre-coeur. Un suspense habilement entretenu qui renforce cette fois l'impact de la scène où justement, il doit faire son choix.
Bref, Le Chapeau mystérieux de Monsieur Pinon est une bande dessinée très agréable à lire, grâce au talent graphique de Grazia La Padula, admirablement mis au service du scénario bien ficelé de Bartosz Sztybor. Quelques légères réserves, néanmoins, sur le traitement du récit, un peu rapide à cause du nombre limité de pages. Il n'entrave pas tout-à-fait l'émotion, mais je pense qu'avec une vingtaine ou une trentaine de pages en plus, on aurait pu atteindre un équilibre mieux dosé.
Enfin, ça reste une lecture intéressante et touchante, que je recommande bien.
Hésitant beaucoup entre 3 et 4 étoiles (on est à 3,5/5), j'avoue être un tout petit peu moins enthousiaste que la moyenne. Mais cela ne change rien au fait que j'ai passé un excellent moment en lisant cette bande dessinée, qui nous offre un bon paquet de fous rires.
J'ai simplement deux petites réserves : tout d'abord, le dessin de Fabcaro, qui colle certes assez bien, mais dont le côté volontairement brouillon ne me séduit pas toujours. J'aurais préféré une patte graphique un poil plus réaliste ou cartoonesque, au choix. L'autre (toute) petite réserve est que je trouve ce type d'humour plus adapté à un style "un gag par page" plutôt qu'à une histoire complète, et d'ailleurs, cela se voit dans la structure narrative, puisque presque chaque page nous fait changer de scène pour nous présenter un gag différent, mais qui s'insère dans l'histoire globale. Toutefois, cette insertion au récit global est parfois un peu forcée, ce qui me fait dire que ça aurait mieux marché si l'auteur avait tranché carrément entre un gag par page ou une histoire complète plus unifiée.
Bon, après ces quelques réserves formulées, il y a quand même plus de positif que de négatif. L'humour de Fabcaro fait souvent mouche et suscite une hilarité parfois difficile à maîtriser : on est vraiment face à une BD qui fait parfois éclater de rire, vraiment. Et ça, c'est toujours précieux ! L'humour totalement absurde et décalé de Fabcaro fait souvent merveille, avec ce ton à la fois pince-sans-rire et complètement délirant.
L'odyssée homérique et très déjantée à laquelle nous convie l'auteur-dessinateur est un merveilleux moment de bande dessinée, qui nous fait voir d'un œil parfois un peu énervé, mais souvent attendri ce monde fantasmé qui correspond si bien à notre réalité tout en s'en échappant complètement. On reconnaît tellement ces politiciens qui alignent des mots sans cohérence, ces policiers qui agissent avant de réfléchir, ces bobos qui prônent la tolérance et refusent d'aider leur prochain, etc... C'est bel et bien notre monde qui est dépeint dans cette bande dessinée, mais vu sous l'angle du miroir déformant, ce qui nous garantit un rire de presque tous les instants.
Au bilan, je rejoins totalement l'avis général sur le fait que cette bande dessinée constitue une vraie pépite d'humour absurde où l'on trouve tout son plaisir et je la recommande tout-à-fait à la lecture. Toutefois, je recommande encore davantage l'hilarant 1er tome de Faut pas prendre les cons pour des gens, tout aussi absurde (voire plus) et au ton bien plus mordant.
Contrairement aux apparences, cette version de Pinocchio s'apparente plus au monstre de Frankenstein qu'à la marionnette de Carlo Collodi.
Philippe Foerster s'approprie le récit d'origine qu'il cite d'ailleurs par cette petite gitane qui a eu vent de cette histoire et se renomme Gepetta.
Méprisée de tous, cette petite femme qui ressemble curieusement à Edith Piaf par la taille et l'argot qu'elle utilise réanime une mandragore qui va pousser et devenir un colosse.... le fameux Pinocchio.
Muet et imposant, la créature cherche des émotions qu'elle ne trouvera jamais. En voulant serrer contre lui tout âme charitable, il les tue accidentellement et déclenche une véritable vendetta des proches de ses victimes qui ne cessent de le traquer....
Véritable condensé du savoir faire de Philippe Foerster dans une trentaine de pages, les dessins sont fidèles au maître. Son Pinocchio est effrayant, les cités qu'il dessine ont des verticalités vertigineuses et le tout est emballé dans une joli bichromie aux dominantes rouges (refaites en 2020 près de 40 ans après sa première édition). Seul le personnage de la gitane me semble loupé graphiquement, l'auteur étant bien plus doué pour dessiner ses Freaks que la beauté féminine.
Bien sur l'histoire est violente, cruelle voire même gore avec cette touche si particulière de poésie macabre et d'humour noir qui fait tout le charme de ses oeuvres. Voici un classique qui mérite d'être redécouvert et dont le seul véritable défaut est d'être hélas bien trop vite lu.
Seconde salve me concernant après mon retour enthousiaste sur L'Appel de Cthulhu toujours adapté par Gou Tanabe.
Si le bouquin est un peu moins épais, il n'en est pas moins palpitant avec cette histoire de météorite tombée en plein milieu d'une campagne uniquement peuplée de quelques masures paysannes.
La famille Gardner va en faire les frais après quelques faits insolites (une drôle de couleur inconnue sur terre en émane et va métamorphoser nature et êtres vivants) et sur un ton montant crescendo.
Encore ici le dessinateur profite de cet environnement rupestre pour tisser de splendides décors aussi détaillées qu'inquiétants. Dans un noir et blanc superbement contrasté, on devine même cette couleur inconnue qui va laisser de profondes cicatrices aux autochtones ainsi qu'au lecteur pris au piège d'une histoire simple mais diablement orchestrée.
Le mérite en revient à l'histoire de Lovecraft en premier lieu (qui a été également adaptée cette année dans un film contemporain plutôt réussi malgré un budget que l'on devine maigrelet et la présence d'un Nicolas Cage aux antipodes de ses rôles les plus mémorables) mais également au talent de Gou Tanabe.
Si on ajoute à l'ensemble une qualité exceptionnelle du travail de l'éditeur avec ce rendu imitation cuir et la qualité du papier utilisé, il ne devrait plus subsister beaucoup de sceptiques. Vivement le prochain opus !
J’avais découvert cet auteur avec l’album La Machine Écureuil, qui visiblement s’est avéré très clivant. Je pense que celui-ci va l’être tout autant. Ou plutôt, je crois qu’il ne va encore une fois révéler ses merveilles qu’à certains initiés. Non qu’il s’agisse d’une secte ou d’un quelconque club d’happy few, mais plutôt que Hans Rickheit développe un univers très personnel, original et quelque peu dérangeant, qui attire ou repousse, mais qui ne saurait laisser indifférent.
C’est un univers franchement marqué par un surréalisme noir – ou violet, puisque cette teinte domine, avec le marron, les deux albums de lui que je connais. Et j’aime beaucoup ces couleurs ici ! Elles s’accommodent parfaitement à l’ambiance développée par Rickheit – puisqu’il s’agit ici davantage d’ambiance que d’intrigue à proprement parler.
Une longue histoire occupe les deux-tiers de l’album, durant laquelle nous suivons deux jeunes filles – Cochléa et Eustachia donc, deux jumelles qui suivent une sorte d’homme-taupe se déplaçant sur un fauteuil roulant, dans un manoir improbable. Tout est à moitié cassé, animaux et machines fusionnent pour former des êtres hybrides, des décors un peu steampunk ou simplement décalés habillent murs et sols, couloirs, tuyaux ou simples planches posées entre deux bouts de planchers éventrés servent à relier les pièces entre elles. Nous pénétrons même dans le corps de certains animaux comme on ouvre un tiroir ou comme on regarde dans une longue-vue…
Très peu de dialogues, encore moins « d’explications ». En quatrième de couverture est inscrit : « Qui sont Cochléa & Eustachia ? ». Il faut dire que nous n’aurons jamais la réponse. Et que pour apprécier cet album, il ne faut pas la chercher, du moins, elle ne doit pas être nécessaire pour apprécier cette sorte de long poème visuel, noir et décalé, parfois trash (mais moins que dans La Machine Écureuil). Œuvre déroutante, mais dans laquelle je suis entré aisément, captivé.
Le dernier tiers de l’album reprend plusieurs histoires courtes dans lesquelles apparaissent nos deux filles énigmatiques, dans des univers toujours aussi étranges. Cette partie m’a peut-être un peu moins accroché. D’abord parce que la colorisation, moins homogène, joue sur des couleurs un peu moins à mon goût. Ensuite parce que les cases sont cette fois-ci très – trop – petites, on apprécie moins bien le dessin, et les textes sont du coup plus difficiles à lire. Enfin, comme visiblement cela semble être des petites histoires parues en revue, Huber aurait peut-être pu en signaler l’origine en fin de volume.
Mais là je chipote, car le travail éditorial est remarquable, la qualité de l’album, avec une couverture cartonnée très épaisse, un dos renforcé, la qualité du papier et des reproductions permettent d’apprécier toutes les qualités de l’œuvre de Rickheit.
A feuilleter avant d’acheter, car c’est assez particulier. Mais moi j’en redemande, et j’espère que d’autres albums de cet auteur paraîtront rapidement en France.
Comment résister à pareille couverture ?
« Shirtless Bear Fighter ! », c’est du grand n’importe quoi réalisé avec une belle maîtrise. Je dirais même presque trop de maîtrise car le scénario est finalement tellement solide que l’album en perd un peu en déconne totale. Oui, bon, d’accord, il reste quelques scènes d’anthologie, comme la cuvette de wc volante de Bucheron, le méchant de l’histoire… mais les moments les plus hilarants sont à aller chercher en début de récit.
Sinon, et bien je dirais simplement que cet album est à essayer. Ce mélange d’action et d’humour à deux balles, aux scènes de combat directement empruntées au catch américain, aux dialogues dont la gravité du ton ne fait que renforcer l’absurdité du propos, est des plus digestes. Ce qui, quelque part, est quand même un réel exploit lorsqu’on songe deux minutes au scénario. Du coup, même si le scénario est très classique dans son déroulement (ben oui, on est quand même devant une sorte de parodie des films d’action made in USA), même si l’humour n’est pas spécialement fin (et c’est un euphémisme), cet album m’a offert un agréable moment de lecture.
Et puis, franchement, jetez un œil à la couverture. Moi je dis : « quand on fait du grand n’importe quoi avec autant d’application, on mérite autre chose qu’un simple regard distrait ! »
Là, clairement, il s’agit d’un album qui laissera plus d’un lecteur de marbre. Amateurs de bandes dessinées classiques, d’aventure et d’action, je n’aurai qu’un mot à vous dire : FUYEZ !
Car cet album est une petite perle… poético-philosophico-contemplative. Son auteur, Victor Hussenot, nous parle de son amusement à observer son entourage. Ses pensées donnent lieu à de courts récits tantôt poétiques (lorsqu’il regarde le jeu de lumières qui s’allument et s’éteignent dans un bloc d’immeubles alors qu’il passe la nuit dehors), tantôt philosophiques (la manière dont on perçoit les inconnus en fonction de trois âges, soit jeune, soit adulte, soit vieux, alors que nous apportons plus de nuances vis-à-vis de nos proches) mais toujours contemplatives. Pas d’agressivité, pas de jugement, juste de simples réflexions.
Ces courts récits sont entrecoupés par des sortes d’entractes dans lesquels ses personnages vont sauter d’une apparence à une autre. C’est bien joli mais je vous concède que là, j’ai pas toujours tout capté. Mais bon, c’est pas trop grave car j’ai vraiment bien apprécié le reste.
Enfin, un mot sur le dessin qui m’a beaucoup plu. Chaque case est un tableau dont les teintes n’ont pas été sans me rappeler Jean-Michel Folon. Il s’en dégage souvent la même douceur et un peu de sa poésie.
Petit bémol toutefois : à cause d’un des courts récits, j’ai eu « Les Villes de grande solitude » de Michel Sardou en tête durant une bonne partie de la soirée. Et pour ça, franchement, je ne remercie pas Victor Hussenot ! (Mais si vous aimez ce genre de récit très contemplatif, c’est vraiment un album à essayer).
Il est toujours difficile de faire revivre une légende qui a déjà été rebattue des dizaines de fois. Pierre Allary s'en sort pourtant avec les honneurs, tout en laissant un très léger sentiment d'incomplétude.
Allary signe un western dans la grande tradition du genre. C'est dire que le récit sera efficace, et fonctionne à merveille. Tous les éléments du mythe sont là : des riches propriétaires qui achètent toutes les terres qu'ils peuvent, des paysans qui essayent tant bien que mal d'y résister, un justicier masqué qui accomplit à la fois une vengeance collective et personnelle... Bref, tout est là et garantit un plaisir de tous les instants.
On peut néanmoins trouver que l'histoire de Pierre Allary pèche par un certain manque d'originalité. Et de fait, la volonté de l'auteur n'est pas ici de "relire" un mythe déjà connu, mais simplement d'en raconter une nouvelle fois l'histoire, afin de ressusciter les codes d'un genre qu'on n'arrive décidément pas a faire tomber en désuétude. Donc non, ce n'est pas très original, mais ce classicisme assumé, s'il pourra en décevoir certains, me plaît bien. J'aime le fait qu'Allary n'essaie pas de nous surprendre à tout moment mais se contente de marcher sur une voie déjà connue, mais bien plus certaine.
Le principal intérêt de Don Vega se situe donc avant tout dans ses indéniables qualités graphiques. La narration témoigne certes de quelques faiblesses (ellipses maladroites ou légères confusions dans l'action), mais les images d'Allary sont très belles.
Assez stylisé pour ne pas être trop réaliste tout en restant élégant, le trait du dessinateur est vraiment sûr et crée une belle atmosphère. Il est très facile de se plonger dans cet univers brutal et miséreux, si caractéristique du western.
Ainsi, Don Vega constitue une expérience de lecture très agréable et perpétue de belle manière une aventure à l'ancienne. D'un grand classicisme, c'est peut-être ce classicisme qui impose ses limites à ce récit quelque peu dénué de surprise. Pour autant, je ne considère cela comme un défaut majeur, car ainsi, Allary peut assumer ses influences et les laisser s'épanouir dans cette bande dessinée qui ne marquera certes pas l'histoire du 9e art mais reste une jolie pépite pour tout amateur d'aventures et de western.
Cette série marque le retour de Luc Brunschwig chez Delcourt, après environ 20 ans chez d'autres éditeurs. La collaboration avec Etienne Le Roux se place également dans une fidélité à son éditeur pour le dessinateur. Et ce retour est rien moins qu'ambitieux, puisque "Les Frères Rubinstein" est prévu en 9 tomes. Une vraie saga familiale, nourrie en partie par la relation qu'entretient le scénariste avec son frère, dans un contexte historique lourd, celui de la seconde guerre mondiale.
On retrouve la patte Brunschwig, mêlant chronique sociale et arrière-plan historique, avec des personnages plutôt riches. Une patte que j'apprécie toujours autant, puisque j'ai eu du mal à lâcher ma lecture. On ne s'ennuie jamais à la lecture de ce tome 1 des Frères Rubinstein, et même si je n'ai pas été "surpris" outre mesure par l'histoire (d'où également mon ton modérément enthousiaste), je suis en situation d'attente de la suite, n'ayant pas encore, à ma grande honte, lu le tome 2.
Le travail graphique d'Etienne Le Roux, à l'aise dans tous les univers, est impeccable, on sent qu'il est en confiance dans ce type de récit. Partageant la tâche avec Loïc Chevallier, cela permet des sorties rapprochées, pour notre plus grand plaisir. Avec un peu de chance les 9 tomes prévus sortiront en moins de 5 ans.
Encore une belle série à suivre.
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L'Enfant océan
En voilà une bande dessinée épatante. L’histoire, d’abord : une subtile relecture du Petit Poucet à la sauce d’aujourd’hui couplée avec un road-movie endiablé raconté par les différents adultes rencontrés par nos sept fugueurs. Le découpage n’est pas en reste, de même que le dessin, à la fois très moderne et très lisible. Tiens j’en profite pour donner un petit coup de chapeau virtuel au dessinateur / coloriste : ce qu’il a fait sur cet album est impressionnant. C’est mon coup de cœur.
Le Chapeau mystérieux de Monsieur Pinon
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec cette BD. J'imaginais un énième récit sans inventivité sur la Shoah et l'Occupation. De ces sujets, il est bien question, mais l'inventivité, elle, est également bien présente ! L'histoire suit un vieillard qui veut à tout prix trouver un vrai magicien, afin de l'aider à faire sortir une personne du chapeau haut-de-forme dans lequel il la prétend coincée. Un point de départ assez intrigant, renforcé par le fait qu'on ne sait pas trop où l'auteur veut nous emmener. On s'en doute assez vite, étant donné que la 4e de couverture nous a révélé sans ambages le thème principal du récit, mais pendant une bonne moitié de l'intrigue, le doute subsiste. On est plongé dans un univers à cheval entre les sombres réalités de notre histoire et les échappées oniriques d'un univers fantastique, fantasmé et dangereux. Disons-le tout de suite : les séquences dans cet univers merveilleux sont les moins développées des trois narrations simultanées, et c'est dommage. Il y avait vraiment quelque chose à faire, les auteurs auraient pu développer tout un univers intéressant, mais il aurait fallu pour cela plus qu'un one-shot. Cela n'empêche pas le récit de bien fonctionner : la bonne idée de Bartosz Sztybor est d'articuler trois univers/époques bien distincts. On a donc l'époque actuelle avec le personnage principal, Tolek Marber, âgé, qui essaye d'exorciser ses vieux démons. Ensuite, la période de l'Occupation, vue en flashbacks et centré sur le mystérieux Monsieur Pinon, un homme quelconque, assez lâche face aux Allemands (j'ai toujours du mal à parler de lâcheté dans un tel contexte, disons que, sans collaborer avec eux, il essaye de ne pas les contrarier afin de ne pas risquer sa vie), et pourtant héroïcisé par le regard de Tolek enfant. Enfin, le monde onirique du chapeau magique où Tolek veut absolument sauver un lapin des griffes de monstres inquiétants. Cette articulation de trois narrations distinctes fonctionne merveilleusement grâce au talent graphique de Grazia La Padula, que je découvre sur cet album. Son trait est vraiment beau, un peu naïf mais pas trop, introduisant un ton joliment poétique, qui introduit un décalage salvateur par rapport à la (triste) réalité, tout en y étant ancré de plain-pied. Surtout, elle réussit à bien distinguer chacune des trois narrations en variant sur la palette de couleurs (un ton très terne pour l'Occupation et plus coloré pour le temps présent) et sur son style graphique (les contours des objets et personnages disparaissent dès qu'on entre dans l'univers fantastique, uniquement composé d'aplats de couleurs sans contours). Concernant le scénario, il est très réussi, même si la métaphore est assez évidente et pas forcément très subtile (mais toujours aussi efficace). On comprend vite où l'auteur veut en venir, même si on reste dans un flou plutôt réussi pendant une bonne partie de l'album. Cela diminue toutefois l'impact des « révélations » finales (qui ne sont heureusement pas introduites sous forme de twists censés surprendre le spectateur à tout prix), puisqu'on avait globalement compris quel était le but de ce scénario. Cela permet au moins de ne pas être trop déçu de voir l'univers fantastique ne pas être assez développé puisqu'on a vite compris qu'il était un outil narratif au service de l'histoire et non l'élément central du récit. Enfin, sur la dimension historique du récit, c'est plutôt pas mal, même si, là encore, ça aurait pu être plus développé. Les personnages ne sont pas assez creusés pour faire ressortir toutes les difficultés et l'ambiguïté de cette période sombre qu'est l'Occupation. Néanmoins, quelques éléments sont très intéressants, particulièrement, bien sûr, M. Pinon, qui donne son nom au titre de la BD. C'est un homme comme les autres, qui n'aime pas les Allemands mais qui, en même temps, a trop peur d'eux pour aider les Juifs. C'est bien fait, car il est suffisamment brossé par l'auteur pour qu'on se demande si, au moment décisif, il prendre le parti d'aider les Juifs ou au contraire de les dénoncer à contre-coeur. Un suspense habilement entretenu qui renforce cette fois l'impact de la scène où justement, il doit faire son choix. Bref, Le Chapeau mystérieux de Monsieur Pinon est une bande dessinée très agréable à lire, grâce au talent graphique de Grazia La Padula, admirablement mis au service du scénario bien ficelé de Bartosz Sztybor. Quelques légères réserves, néanmoins, sur le traitement du récit, un peu rapide à cause du nombre limité de pages. Il n'entrave pas tout-à-fait l'émotion, mais je pense qu'avec une vingtaine ou une trentaine de pages en plus, on aurait pu atteindre un équilibre mieux dosé. Enfin, ça reste une lecture intéressante et touchante, que je recommande bien.
Zaï Zaï Zaï Zaï
Hésitant beaucoup entre 3 et 4 étoiles (on est à 3,5/5), j'avoue être un tout petit peu moins enthousiaste que la moyenne. Mais cela ne change rien au fait que j'ai passé un excellent moment en lisant cette bande dessinée, qui nous offre un bon paquet de fous rires. J'ai simplement deux petites réserves : tout d'abord, le dessin de Fabcaro, qui colle certes assez bien, mais dont le côté volontairement brouillon ne me séduit pas toujours. J'aurais préféré une patte graphique un poil plus réaliste ou cartoonesque, au choix. L'autre (toute) petite réserve est que je trouve ce type d'humour plus adapté à un style "un gag par page" plutôt qu'à une histoire complète, et d'ailleurs, cela se voit dans la structure narrative, puisque presque chaque page nous fait changer de scène pour nous présenter un gag différent, mais qui s'insère dans l'histoire globale. Toutefois, cette insertion au récit global est parfois un peu forcée, ce qui me fait dire que ça aurait mieux marché si l'auteur avait tranché carrément entre un gag par page ou une histoire complète plus unifiée. Bon, après ces quelques réserves formulées, il y a quand même plus de positif que de négatif. L'humour de Fabcaro fait souvent mouche et suscite une hilarité parfois difficile à maîtriser : on est vraiment face à une BD qui fait parfois éclater de rire, vraiment. Et ça, c'est toujours précieux ! L'humour totalement absurde et décalé de Fabcaro fait souvent merveille, avec ce ton à la fois pince-sans-rire et complètement délirant. L'odyssée homérique et très déjantée à laquelle nous convie l'auteur-dessinateur est un merveilleux moment de bande dessinée, qui nous fait voir d'un œil parfois un peu énervé, mais souvent attendri ce monde fantasmé qui correspond si bien à notre réalité tout en s'en échappant complètement. On reconnaît tellement ces politiciens qui alignent des mots sans cohérence, ces policiers qui agissent avant de réfléchir, ces bobos qui prônent la tolérance et refusent d'aider leur prochain, etc... C'est bel et bien notre monde qui est dépeint dans cette bande dessinée, mais vu sous l'angle du miroir déformant, ce qui nous garantit un rire de presque tous les instants. Au bilan, je rejoins totalement l'avis général sur le fait que cette bande dessinée constitue une vraie pépite d'humour absurde où l'on trouve tout son plaisir et je la recommande tout-à-fait à la lecture. Toutefois, je recommande encore davantage l'hilarant 1er tome de Faut pas prendre les cons pour des gens, tout aussi absurde (voire plus) et au ton bien plus mordant.
Pinocchio (Foerster)
Contrairement aux apparences, cette version de Pinocchio s'apparente plus au monstre de Frankenstein qu'à la marionnette de Carlo Collodi. Philippe Foerster s'approprie le récit d'origine qu'il cite d'ailleurs par cette petite gitane qui a eu vent de cette histoire et se renomme Gepetta. Méprisée de tous, cette petite femme qui ressemble curieusement à Edith Piaf par la taille et l'argot qu'elle utilise réanime une mandragore qui va pousser et devenir un colosse.... le fameux Pinocchio. Muet et imposant, la créature cherche des émotions qu'elle ne trouvera jamais. En voulant serrer contre lui tout âme charitable, il les tue accidentellement et déclenche une véritable vendetta des proches de ses victimes qui ne cessent de le traquer.... Véritable condensé du savoir faire de Philippe Foerster dans une trentaine de pages, les dessins sont fidèles au maître. Son Pinocchio est effrayant, les cités qu'il dessine ont des verticalités vertigineuses et le tout est emballé dans une joli bichromie aux dominantes rouges (refaites en 2020 près de 40 ans après sa première édition). Seul le personnage de la gitane me semble loupé graphiquement, l'auteur étant bien plus doué pour dessiner ses Freaks que la beauté féminine. Bien sur l'histoire est violente, cruelle voire même gore avec cette touche si particulière de poésie macabre et d'humour noir qui fait tout le charme de ses oeuvres. Voici un classique qui mérite d'être redécouvert et dont le seul véritable défaut est d'être hélas bien trop vite lu.
La Couleur tombée du ciel
Seconde salve me concernant après mon retour enthousiaste sur L'Appel de Cthulhu toujours adapté par Gou Tanabe. Si le bouquin est un peu moins épais, il n'en est pas moins palpitant avec cette histoire de météorite tombée en plein milieu d'une campagne uniquement peuplée de quelques masures paysannes. La famille Gardner va en faire les frais après quelques faits insolites (une drôle de couleur inconnue sur terre en émane et va métamorphoser nature et êtres vivants) et sur un ton montant crescendo. Encore ici le dessinateur profite de cet environnement rupestre pour tisser de splendides décors aussi détaillées qu'inquiétants. Dans un noir et blanc superbement contrasté, on devine même cette couleur inconnue qui va laisser de profondes cicatrices aux autochtones ainsi qu'au lecteur pris au piège d'une histoire simple mais diablement orchestrée. Le mérite en revient à l'histoire de Lovecraft en premier lieu (qui a été également adaptée cette année dans un film contemporain plutôt réussi malgré un budget que l'on devine maigrelet et la présence d'un Nicolas Cage aux antipodes de ses rôles les plus mémorables) mais également au talent de Gou Tanabe. Si on ajoute à l'ensemble une qualité exceptionnelle du travail de l'éditeur avec ce rendu imitation cuir et la qualité du papier utilisé, il ne devrait plus subsister beaucoup de sceptiques. Vivement le prochain opus !
Cochléa & Eustachia
J’avais découvert cet auteur avec l’album La Machine Écureuil, qui visiblement s’est avéré très clivant. Je pense que celui-ci va l’être tout autant. Ou plutôt, je crois qu’il ne va encore une fois révéler ses merveilles qu’à certains initiés. Non qu’il s’agisse d’une secte ou d’un quelconque club d’happy few, mais plutôt que Hans Rickheit développe un univers très personnel, original et quelque peu dérangeant, qui attire ou repousse, mais qui ne saurait laisser indifférent. C’est un univers franchement marqué par un surréalisme noir – ou violet, puisque cette teinte domine, avec le marron, les deux albums de lui que je connais. Et j’aime beaucoup ces couleurs ici ! Elles s’accommodent parfaitement à l’ambiance développée par Rickheit – puisqu’il s’agit ici davantage d’ambiance que d’intrigue à proprement parler. Une longue histoire occupe les deux-tiers de l’album, durant laquelle nous suivons deux jeunes filles – Cochléa et Eustachia donc, deux jumelles qui suivent une sorte d’homme-taupe se déplaçant sur un fauteuil roulant, dans un manoir improbable. Tout est à moitié cassé, animaux et machines fusionnent pour former des êtres hybrides, des décors un peu steampunk ou simplement décalés habillent murs et sols, couloirs, tuyaux ou simples planches posées entre deux bouts de planchers éventrés servent à relier les pièces entre elles. Nous pénétrons même dans le corps de certains animaux comme on ouvre un tiroir ou comme on regarde dans une longue-vue… Très peu de dialogues, encore moins « d’explications ». En quatrième de couverture est inscrit : « Qui sont Cochléa & Eustachia ? ». Il faut dire que nous n’aurons jamais la réponse. Et que pour apprécier cet album, il ne faut pas la chercher, du moins, elle ne doit pas être nécessaire pour apprécier cette sorte de long poème visuel, noir et décalé, parfois trash (mais moins que dans La Machine Écureuil). Œuvre déroutante, mais dans laquelle je suis entré aisément, captivé. Le dernier tiers de l’album reprend plusieurs histoires courtes dans lesquelles apparaissent nos deux filles énigmatiques, dans des univers toujours aussi étranges. Cette partie m’a peut-être un peu moins accroché. D’abord parce que la colorisation, moins homogène, joue sur des couleurs un peu moins à mon goût. Ensuite parce que les cases sont cette fois-ci très – trop – petites, on apprécie moins bien le dessin, et les textes sont du coup plus difficiles à lire. Enfin, comme visiblement cela semble être des petites histoires parues en revue, Huber aurait peut-être pu en signaler l’origine en fin de volume. Mais là je chipote, car le travail éditorial est remarquable, la qualité de l’album, avec une couverture cartonnée très épaisse, un dos renforcé, la qualité du papier et des reproductions permettent d’apprécier toutes les qualités de l’œuvre de Rickheit. A feuilleter avant d’acheter, car c’est assez particulier. Mais moi j’en redemande, et j’espère que d’autres albums de cet auteur paraîtront rapidement en France.
Shirtless Bear Fighter !
Comment résister à pareille couverture ? « Shirtless Bear Fighter ! », c’est du grand n’importe quoi réalisé avec une belle maîtrise. Je dirais même presque trop de maîtrise car le scénario est finalement tellement solide que l’album en perd un peu en déconne totale. Oui, bon, d’accord, il reste quelques scènes d’anthologie, comme la cuvette de wc volante de Bucheron, le méchant de l’histoire… mais les moments les plus hilarants sont à aller chercher en début de récit. Sinon, et bien je dirais simplement que cet album est à essayer. Ce mélange d’action et d’humour à deux balles, aux scènes de combat directement empruntées au catch américain, aux dialogues dont la gravité du ton ne fait que renforcer l’absurdité du propos, est des plus digestes. Ce qui, quelque part, est quand même un réel exploit lorsqu’on songe deux minutes au scénario. Du coup, même si le scénario est très classique dans son déroulement (ben oui, on est quand même devant une sorte de parodie des films d’action made in USA), même si l’humour n’est pas spécialement fin (et c’est un euphémisme), cet album m’a offert un agréable moment de lecture. Et puis, franchement, jetez un œil à la couverture. Moi je dis : « quand on fait du grand n’importe quoi avec autant d’application, on mérite autre chose qu’un simple regard distrait ! »
Les Spectateurs
Là, clairement, il s’agit d’un album qui laissera plus d’un lecteur de marbre. Amateurs de bandes dessinées classiques, d’aventure et d’action, je n’aurai qu’un mot à vous dire : FUYEZ ! Car cet album est une petite perle… poético-philosophico-contemplative. Son auteur, Victor Hussenot, nous parle de son amusement à observer son entourage. Ses pensées donnent lieu à de courts récits tantôt poétiques (lorsqu’il regarde le jeu de lumières qui s’allument et s’éteignent dans un bloc d’immeubles alors qu’il passe la nuit dehors), tantôt philosophiques (la manière dont on perçoit les inconnus en fonction de trois âges, soit jeune, soit adulte, soit vieux, alors que nous apportons plus de nuances vis-à-vis de nos proches) mais toujours contemplatives. Pas d’agressivité, pas de jugement, juste de simples réflexions. Ces courts récits sont entrecoupés par des sortes d’entractes dans lesquels ses personnages vont sauter d’une apparence à une autre. C’est bien joli mais je vous concède que là, j’ai pas toujours tout capté. Mais bon, c’est pas trop grave car j’ai vraiment bien apprécié le reste. Enfin, un mot sur le dessin qui m’a beaucoup plu. Chaque case est un tableau dont les teintes n’ont pas été sans me rappeler Jean-Michel Folon. Il s’en dégage souvent la même douceur et un peu de sa poésie. Petit bémol toutefois : à cause d’un des courts récits, j’ai eu « Les Villes de grande solitude » de Michel Sardou en tête durant une bonne partie de la soirée. Et pour ça, franchement, je ne remercie pas Victor Hussenot ! (Mais si vous aimez ce genre de récit très contemplatif, c’est vraiment un album à essayer).
Don Vega
Il est toujours difficile de faire revivre une légende qui a déjà été rebattue des dizaines de fois. Pierre Allary s'en sort pourtant avec les honneurs, tout en laissant un très léger sentiment d'incomplétude. Allary signe un western dans la grande tradition du genre. C'est dire que le récit sera efficace, et fonctionne à merveille. Tous les éléments du mythe sont là : des riches propriétaires qui achètent toutes les terres qu'ils peuvent, des paysans qui essayent tant bien que mal d'y résister, un justicier masqué qui accomplit à la fois une vengeance collective et personnelle... Bref, tout est là et garantit un plaisir de tous les instants. On peut néanmoins trouver que l'histoire de Pierre Allary pèche par un certain manque d'originalité. Et de fait, la volonté de l'auteur n'est pas ici de "relire" un mythe déjà connu, mais simplement d'en raconter une nouvelle fois l'histoire, afin de ressusciter les codes d'un genre qu'on n'arrive décidément pas a faire tomber en désuétude. Donc non, ce n'est pas très original, mais ce classicisme assumé, s'il pourra en décevoir certains, me plaît bien. J'aime le fait qu'Allary n'essaie pas de nous surprendre à tout moment mais se contente de marcher sur une voie déjà connue, mais bien plus certaine. Le principal intérêt de Don Vega se situe donc avant tout dans ses indéniables qualités graphiques. La narration témoigne certes de quelques faiblesses (ellipses maladroites ou légères confusions dans l'action), mais les images d'Allary sont très belles. Assez stylisé pour ne pas être trop réaliste tout en restant élégant, le trait du dessinateur est vraiment sûr et crée une belle atmosphère. Il est très facile de se plonger dans cet univers brutal et miséreux, si caractéristique du western. Ainsi, Don Vega constitue une expérience de lecture très agréable et perpétue de belle manière une aventure à l'ancienne. D'un grand classicisme, c'est peut-être ce classicisme qui impose ses limites à ce récit quelque peu dénué de surprise. Pour autant, je ne considère cela comme un défaut majeur, car ainsi, Allary peut assumer ses influences et les laisser s'épanouir dans cette bande dessinée qui ne marquera certes pas l'histoire du 9e art mais reste une jolie pépite pour tout amateur d'aventures et de western.
Les Frères Rubinstein
Cette série marque le retour de Luc Brunschwig chez Delcourt, après environ 20 ans chez d'autres éditeurs. La collaboration avec Etienne Le Roux se place également dans une fidélité à son éditeur pour le dessinateur. Et ce retour est rien moins qu'ambitieux, puisque "Les Frères Rubinstein" est prévu en 9 tomes. Une vraie saga familiale, nourrie en partie par la relation qu'entretient le scénariste avec son frère, dans un contexte historique lourd, celui de la seconde guerre mondiale. On retrouve la patte Brunschwig, mêlant chronique sociale et arrière-plan historique, avec des personnages plutôt riches. Une patte que j'apprécie toujours autant, puisque j'ai eu du mal à lâcher ma lecture. On ne s'ennuie jamais à la lecture de ce tome 1 des Frères Rubinstein, et même si je n'ai pas été "surpris" outre mesure par l'histoire (d'où également mon ton modérément enthousiaste), je suis en situation d'attente de la suite, n'ayant pas encore, à ma grande honte, lu le tome 2. Le travail graphique d'Etienne Le Roux, à l'aise dans tous les univers, est impeccable, on sent qu'il est en confiance dans ce type de récit. Partageant la tâche avec Loïc Chevallier, cela permet des sorties rapprochées, pour notre plus grand plaisir. Avec un peu de chance les 9 tomes prévus sortiront en moins de 5 ans. Encore une belle série à suivre.