Bédéphile ne rimerait donc pas avec cinéphile ? C'est en tout cas l'impression que j'ai quand je lis les avis très sévères que récolte l'œuvre de Pierre Guilmard.
Pourtant quel exercice de style! Un véritable hommage rendu à Michel Audiard et à l'âge d'or du cinéma français. Jean Gabin, Bernard Blier, Lino Ventura, Brigitte Bardot, Charles Aznavour pour les monstres sacrés.
Excusez du peu et je ne cite pas les" seconds rôles" absolument irrésistibles. Pour avoir admirer Blier au théâtre dans Anouilh on est très très loin des références données ailleurs.
Revenons à l'œuvre de monsieur Guilmard. Son dessin est typé mais l'œil s'y habitue assez vite. J'aime bien les couleurs vives mais surtout j'aime les détails qu'il dessine, les voitures, les rues de Paris, les néons de Pigalle ou de Ménilmuche.
Evidemment c'est du cinéma: la prostitution n'est pas aussi douce que décrite et le code d'honneur des truands n'existe bien souvent que dans la tête des scénaristes. Je ne parle même pas de l'image donnée de la femme décrite comme juste bonne à recevoir l'homme étalon ou baffeur.
Pas top.
Guilmard propose trois histoires, une à la Nestor Burma, une à la Métamorphose des Cloportes et la dernière à la Rififi à Paname. Guilmard s'amuse à brouiller les pistes, les noms parfois au bon endroit parfois non.
Au lecteur de s'y retrouver! Zaza ressemble furieusement à BB et le numéro avec le champagne qui explose me rappelle une pub d'une célèbre eau pétillante "de l'eau, de l'air, la vie!!".Ces personnages sont tellement vivants.
Enfin The last but not the least les dialogues!! Vouloir faire du Audiard qui tient la route sur trois histoires n'est pas donné à tout le monde.
Quand je lis la pauvreté des dialogues de beaucoup de BD (souvent structure oblige) là j'y trouve créativité, humour et originalité.
C'est différent, c'est unique ,c'est loin des chemins battus. J'aime beaucoup
Evidemment je n'avais pas compris l'intelligence du titre. Je m'étais arrêté à la belle couverture pleine d'amour et au grand boum que fait l'apparition d'un bébé dans la vie (Dans la mienne au moins). Sans la question de Maxou sur les comètes, j'en serais resté à une lecture primaire de l'œuvre d'Aurélie Crop.
Bien que mâle je m'intéresse beaucoup aux histoires de squares comme les appelle madame Brisac. Bon, reprenons au début. Les dessins simples et les couleurs pastel me conviennent parfaitement car ici c'est le message qui compte le plus. J'ai l'impression de lire les affiches collées aux murs de PMI, CMPP ou autres structures sociales que j'ai arpentées durant mes années de responsable associatif.
C'est à la portée de toutes et tous et c'est bien.
L'accent est mis sur les sentiments intérieurs et pas sur l'action encore qu’une tétée toutes les deux heures ça vous bouge. Toute la première partie est un long dessaisissement de soi, fertilisé par des larmes qui vont aboutir à une merveille d'amour.
Car pendant cent pages j'ai trouvé notre Amandine un brin Parisienne douillette privilégiée. Un maillage hospitalier exceptionnel, une disponibilité et une compétence du personnel très grande, un approvisionnement en médicaments sans limite, tout cela presque gratuit, c'est le rêve de centaines de millions de femmes dans le monde. Amandine peut se réjouir, en plus, d'un compagnon impliqué et d'une famille présente. Le top.
Même sa césarienne est presque une cinq étoiles. Tout y est programmé et maîtrisé. Pas de naissance imprévue prématurée, ni d'urgence absolue (trois minutes max avec la sage femme qui retient bébé dans le ventre) due au cordon, ni d'hémorragie.
Pas de Covid qui empêche les visites si importantes pour la maman dans ce premier mois. En seconde lecture je trouve que c'est tout à l'honneur de l'autrice de se montrer telle qu'elle fut ainsi que son compagnon.
Abandonner une part de sa post adolescence n'est pas si facile, beaucoup de papas n'y arrivent pas et laissent les mamans seules.
La suite de l'histoire n'est que beauté, bonheur, poésie et amour.
Cet ouvrage me permet de rendre hommage aux gouvernants français depuis des décennies qui ont su construire toutes ces structures d'aides à la petite enfance handicapée ou non.
Peu de pays, même industrialisés, peuvent s'enorgueillir d'une telle richesse.
On ne rendra jamais assez hommage à toutes les mamans du monde depuis que les hommes existent. Elles ont toujours été les reines invisibles d'un dévouement gratuit.
Un beau cadeau pour votre maman ou votre compagne. Pourquoi pas pour vous messieurs, si vous voulez sortir de votre zone de confort.
Franchement comment l’auteur a réussi à faire mieux que son ainé.
Pour le scénario 5/5, on se retrouve dans le passé du Nobu Fudo (le général au visage blanc), comment passer d’un personnage détestable à plus que mémorable grâce à ce nouveau volet de la série, je vous jure que je suis vraiment dégoûté de sa fin dans La Légende des nuées écarlates après avoir lu ce chef d’œuvre, mais chut je n’en dis pas plus …
Pour le dessin 5/5 l’auteur nous montre qu’il peut encore plus sublimer que nuée écarlate, les visages sont plus travaillés et moins figés ainsi que les mouvements d’action de tous les personnages.
Un énorme coup de cœur pour cet ouvrage qui redonne envie de relire par la suite La légende des nuées écarlates pour le redécouvrir sous un autre angle.
Voilà une bonne surprise que ces deux albums aux titres bizarres. J'apprécie presque tout dans ces histoires récréatives et assez poétiques. Les scénarii sont originaux et nous emmènent dans des récits assez atypiques. Un zest de surnaturel et d'occultisme pour le premier. Une très belle coutume traditionnelle béninoise pour le second. Merci aux auteurs de nous présenter des Béninois qui parlent un excellent français et font de bonnes études. Les personnages sont pleins d'humour, Tsilla et Aelith sont à tomber mais ne se contentent pas d'un physique de top-model. Les dessins et couleurs sont à mon goût. Un bon rythme soutient l'intrigue. Les auteurs rendent très bien cette ambiance de France profonde de villes moyennes de province.
Une série qui semble peu connue et je trouve cela dommage.
Voilà une adaptation très réussie d’un récit de Pierre Mac Orlan, une histoire de piraterie comme on en lit peu… et pour cause : pas de héros, pas d’abordages tapageurs, pas de personnages extraordinaires. Non, plutôt un journal de bord qui décrit le quotidien bien ordinaire d’un équipage. Divisé en chapitres qui racontent chacun un épisode de la vie finalement assez routinière d’un pirate au 18e siècle, le récit est fluide, bien écrit et sobre. C’est ce qui en fait la force et l’efficacité.
Une suite de rencontres, d’événements, de rêves et de désillusions. Pas de héros, pas de trésor (ou si peu…) mais une floppée d’hommes qui traînent leur misérable vie sur les océans. Ajoutons-y une critique de la société de l’époque qui condamne les plus déshérités à une vie de misère et de dangers.
Le dessin en bichromie de Riff Reb’s est toujours aussi beau et toujours aussi puissant. On entend craquer le bateau sous le vent, on ressent la terreur des marins épouvantés par les fantômes de leurs victimes et la tension permanente entre eux qui ne demande qu’à tourner en bain de sang… et pourtant, des éclairs d’humanité subsistent. Des vies de pirates racontées crument, sans fard, sans héros, sans beaucoup d’espoir et la puissance de la mer, omniprésente, dont aucun ne peut plus se passer. Un album remarquable.
Dans la continuité de Batman, un long Halloween, Amère Victoire nous emmène à la recherche d’un nouveau meurtrier qui, comme Holiday, tue les jours de fêtes. Mais cette fois, ce sont les policiers de Gotham qui sont les cibles du tueur en série. C’est vrai le scénario est calqué presque exactement sur celui de l’album précédent mais je n’ai pas trouvé cela gênant. Si on est moins concentré sur le développement de l'histoire qui surprend moins que dans Un long Halloween, on profite mieux des différents personnages - et ils sont nombreux puisque les pensionnaires d’Arkham se sont à nouveau échappés – pour approfondir leur caractère, leur passé et leurs relations entre eux. C’est un Batman classique qui reprend les fondamentaux et qui est parfaitement maîtrisé jusqu’à la résolution de l’énigme, elle aussi, très bien écrite. Le dessin est très efficace avec un joli travail sur les couleurs et sur les clairs-obscurs.
Je vous le dis tout de go … cet album est magnifique ! je l’ai découvert un peu par hasard au gré de mes déambulations dans les allées de quai des bulles à St Malo. Une lecture d’un seul trait. Et me voilà scotché littéralement par cette BD. L’histoire est juste incroyable. Et les dessins sont particulièrement séduisants et réalistes. Vous pouvez me croire, je vais régulièrement en Afrique du Sud et en quelques planches je me suis retrouvé à Cape Town sous le soleil au bord de la plage. Bidonvilles, Montagne de la Table, sorcellerie, vignobles sont les ingrédients de ce thriller décapant avec une kyrielle de rebondissements. Ça pulse. C’est brutal. L’atmosphère post apartheid est bien peinte et reflète malheureusement toujours le fossé existant entre les blancs et les noirs.
Assurément vous allez attraper un coup de chaud à la lecture de cet album. Les destins s’entrecroisent pour votre plus grand plaisir. Les auteurs tentent de vous aiguiller sur de fausses pistes. Vous reprendrez votre respiration et vous replongerez avec avidité dans votre lecture même si le climat est suffoquant et la cruauté sous-jacente.
Délicieuse découverte que je recommande chaudement. Mon coup de cœur du moment.
Vu comme Spirou est tombé bien bas, autant dans les épisodes officiels que dans les hors-séries, je n'attendais rien de celui-ci. Pourtant, force est de constater qu'il s'agit d'une bonne surprise !
Si l'album n'est pas exempt de certains défauts, il faut reconnaître qu'aucun album depuis certains Tome et Janry (pas tous, loin de là) n'avait réussi à renouer à ce point avec le style Franquin. A ce titre, l'introduction de l'album est exemplaire. Toute la séquence au château de Champignac et au sein des éditions Dupuis avant de partir pour la Russie fonctionne à merveille. L'humour est typique de ce qu'un Franquin aurait fait, bourré d'allusions bien placées, pas trop lourdes, et le scénario nous immisce dans ce que Spirou et Fantasio a de plus classique, on y prend un plaisir fou.
Ensuite, nos héros s'envolent pour la Russie, et là, les deux auteurs prennent la distance nécessaire pour faire un vrai pastiche, mais sans tomber dans la pâle copie. Ainsi, les péripéties prennent le pas sur l'humour (qui reste néanmoins toujours assez drôle), de nouveaux personnages - surtout féminins - sont introduits, et l'ensemble fait mouche.
Du côté des reproches, je trouve que le scénario aurait pu être légèrement plus travaillé, mais surtout qu'il manque de scènes d'action alors que les péripéties en appelaient plusieurs qui ne viennent pas. Je pense notamment à l'évasion du camp (je pensais que la couverture annonçait une jolie séquence sur le train, mais non) ou de l'infiltration sur la base de lancement de la fusée.
Néanmoins, la fin n'est pas trop décevante, grâce à quelques twists malins et inattendus, légèrement politiques mais pas de manière trop appuyée, typiquement dans la lignée de ce que Franquin aurait fait, mettant à la fois le communisme et le capitalisme face à leurs contradictions.
Enfin, il faut souligner l'excellence du dessin de Fabrice Tarrin. Typique de l'école de Marcinelle, mais avec une petite touche de modernité en plus, il restitue à merveille l'atmosphère recherchée dans un Spirou et Fantasio, c'est un vrai plaisir de voir ça après les catastrophiques errances de la saga officielle...
Ainsi, Spirou chez les Soviets constitue un joli retour aux sources de la saga, qui se lit avec un plaisir indéniable, mais manque peut-être de quelques scènes vraiment marquantes pour être au niveau de l'âge d'or de Greg et Franquin. En tous cas, ça reste une des meilleures reprises de la saga depuis longtemps !
Si vous ne le savez pas encore, le danger peut surgir de n’importe où ! Prenons cet album. L’histoire se situe dans une zone résidentielle d’une ville quelconque. Il y a des rues larges, des familles avec des enfants qui jouent dans le jardin, des commerces de proximité … Banalité du quotidien. On imagine mal dans un décor aussi ordinaire qu’un malheur puisse se produire. Et pourtant … c’est dans un quartier de ce type qu’un cauchemar va poindre le bout de son nez !
April Walters est une mère de famille. Son existence n’est pas très épanouissante mais elle s’écoule plutôt paisiblement. Du moins jusqu’au jour où sa fille disparait. Deux options s’offrent à elle. S’en remettre à la police ou agir de son côté. Vous avez sûrement compris celle qu’elle va choisir ! Au fil des pages, elle va plonger de plus en plus profondément au cœur d’un monde inconnu dont elle ignore les règles et dominé par une reine du crime.
La violence est bien présente. Ca valse dans tous les sens. La maman est prête à tout pour retrouver sa progéniture … et elle sera impitoyable. On ne touche pas à sa gamine ! Les recoins les plus obscurs sont explorés. Vous aurez votre dose de sang bien évidemment. Ca déménage. Suspens garanti même si au final le scénario n’est pas très original.
Le graphisme est au top. Ca déchire ! Le découpage est rythmé. Les scènes d’actions sont impressionnantes.
C’est du très bon au final cette BD. L’amour d’une mère est sans limite ! Et je peux vous assurer que vous ne verrez plus les quartiers résidentiels de la même manière. Cette virée vengeresse est à découvrir rapidement.
Je continue mon exploration du travail de Jeff Lemire, même si Scott Snyder s’occupe ici du scenario… et je me retrouve carrément dans l’avis de Mac Arthur !
Le format de l’album est déroutant. Il alterne des passages de BD traditionnels (qui racontent le présent) et des passages typés romans / journal intime (qui racontent le passé). La narration est volontairement nébuleuse, et le lecteur rassemble graduellement les pièces du puzzle, jusqu’à arriver à une compréhension (presque) complète.
En tout cas l’histoire m’a passionné. J’ai adoré la réflexion sur la mort (et sur le sens de la vie), j’ai beaucoup aimé le mystère ambiant, et la révélation finale a réussi à me surprendre. Je la trouve bien amenée et parfaitement logique.
Jeff Lemire est fidèle à lui-même, on reconnait bien son style classieux et ses couleurs aquarelles.
Voila, un album original, et une lecture longue et stimulante en ce qui me concerne.
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Les Grands Conteurs (Pierre Guilmard présente)
Bédéphile ne rimerait donc pas avec cinéphile ? C'est en tout cas l'impression que j'ai quand je lis les avis très sévères que récolte l'œuvre de Pierre Guilmard. Pourtant quel exercice de style! Un véritable hommage rendu à Michel Audiard et à l'âge d'or du cinéma français. Jean Gabin, Bernard Blier, Lino Ventura, Brigitte Bardot, Charles Aznavour pour les monstres sacrés. Excusez du peu et je ne cite pas les" seconds rôles" absolument irrésistibles. Pour avoir admirer Blier au théâtre dans Anouilh on est très très loin des références données ailleurs. Revenons à l'œuvre de monsieur Guilmard. Son dessin est typé mais l'œil s'y habitue assez vite. J'aime bien les couleurs vives mais surtout j'aime les détails qu'il dessine, les voitures, les rues de Paris, les néons de Pigalle ou de Ménilmuche. Evidemment c'est du cinéma: la prostitution n'est pas aussi douce que décrite et le code d'honneur des truands n'existe bien souvent que dans la tête des scénaristes. Je ne parle même pas de l'image donnée de la femme décrite comme juste bonne à recevoir l'homme étalon ou baffeur. Pas top. Guilmard propose trois histoires, une à la Nestor Burma, une à la Métamorphose des Cloportes et la dernière à la Rififi à Paname. Guilmard s'amuse à brouiller les pistes, les noms parfois au bon endroit parfois non. Au lecteur de s'y retrouver! Zaza ressemble furieusement à BB et le numéro avec le champagne qui explose me rappelle une pub d'une célèbre eau pétillante "de l'eau, de l'air, la vie!!".Ces personnages sont tellement vivants. Enfin The last but not the least les dialogues!! Vouloir faire du Audiard qui tient la route sur trois histoires n'est pas donné à tout le monde. Quand je lis la pauvreté des dialogues de beaucoup de BD (souvent structure oblige) là j'y trouve créativité, humour et originalité. C'est différent, c'est unique ,c'est loin des chemins battus. J'aime beaucoup
Comme une comète - Une histoire de post-partum et d'albinisme
Evidemment je n'avais pas compris l'intelligence du titre. Je m'étais arrêté à la belle couverture pleine d'amour et au grand boum que fait l'apparition d'un bébé dans la vie (Dans la mienne au moins). Sans la question de Maxou sur les comètes, j'en serais resté à une lecture primaire de l'œuvre d'Aurélie Crop. Bien que mâle je m'intéresse beaucoup aux histoires de squares comme les appelle madame Brisac. Bon, reprenons au début. Les dessins simples et les couleurs pastel me conviennent parfaitement car ici c'est le message qui compte le plus. J'ai l'impression de lire les affiches collées aux murs de PMI, CMPP ou autres structures sociales que j'ai arpentées durant mes années de responsable associatif. C'est à la portée de toutes et tous et c'est bien. L'accent est mis sur les sentiments intérieurs et pas sur l'action encore qu’une tétée toutes les deux heures ça vous bouge. Toute la première partie est un long dessaisissement de soi, fertilisé par des larmes qui vont aboutir à une merveille d'amour. Car pendant cent pages j'ai trouvé notre Amandine un brin Parisienne douillette privilégiée. Un maillage hospitalier exceptionnel, une disponibilité et une compétence du personnel très grande, un approvisionnement en médicaments sans limite, tout cela presque gratuit, c'est le rêve de centaines de millions de femmes dans le monde. Amandine peut se réjouir, en plus, d'un compagnon impliqué et d'une famille présente. Le top. Même sa césarienne est presque une cinq étoiles. Tout y est programmé et maîtrisé. Pas de naissance imprévue prématurée, ni d'urgence absolue (trois minutes max avec la sage femme qui retient bébé dans le ventre) due au cordon, ni d'hémorragie. Pas de Covid qui empêche les visites si importantes pour la maman dans ce premier mois. En seconde lecture je trouve que c'est tout à l'honneur de l'autrice de se montrer telle qu'elle fut ainsi que son compagnon. Abandonner une part de sa post adolescence n'est pas si facile, beaucoup de papas n'y arrivent pas et laissent les mamans seules. La suite de l'histoire n'est que beauté, bonheur, poésie et amour. Cet ouvrage me permet de rendre hommage aux gouvernants français depuis des décennies qui ont su construire toutes ces structures d'aides à la petite enfance handicapée ou non. Peu de pays, même industrialisés, peuvent s'enorgueillir d'une telle richesse. On ne rendra jamais assez hommage à toutes les mamans du monde depuis que les hommes existent. Elles ont toujours été les reines invisibles d'un dévouement gratuit. Un beau cadeau pour votre maman ou votre compagne. Pourquoi pas pour vous messieurs, si vous voulez sortir de votre zone de confort.
Les Nuées écarlates - Le Masque de Fudo
Franchement comment l’auteur a réussi à faire mieux que son ainé. Pour le scénario 5/5, on se retrouve dans le passé du Nobu Fudo (le général au visage blanc), comment passer d’un personnage détestable à plus que mémorable grâce à ce nouveau volet de la série, je vous jure que je suis vraiment dégoûté de sa fin dans La Légende des nuées écarlates après avoir lu ce chef d’œuvre, mais chut je n’en dis pas plus … Pour le dessin 5/5 l’auteur nous montre qu’il peut encore plus sublimer que nuée écarlate, les visages sont plus travaillés et moins figés ainsi que les mouvements d’action de tous les personnages. Un énorme coup de cœur pour cet ouvrage qui redonne envie de relire par la suite La légende des nuées écarlates pour le redécouvrir sous un autre angle.
150 loups-garous
Voilà une bonne surprise que ces deux albums aux titres bizarres. J'apprécie presque tout dans ces histoires récréatives et assez poétiques. Les scénarii sont originaux et nous emmènent dans des récits assez atypiques. Un zest de surnaturel et d'occultisme pour le premier. Une très belle coutume traditionnelle béninoise pour le second. Merci aux auteurs de nous présenter des Béninois qui parlent un excellent français et font de bonnes études. Les personnages sont pleins d'humour, Tsilla et Aelith sont à tomber mais ne se contentent pas d'un physique de top-model. Les dessins et couleurs sont à mon goût. Un bon rythme soutient l'intrigue. Les auteurs rendent très bien cette ambiance de France profonde de villes moyennes de province. Une série qui semble peu connue et je trouve cela dommage.
A bord de l'Etoile Matutine
Voilà une adaptation très réussie d’un récit de Pierre Mac Orlan, une histoire de piraterie comme on en lit peu… et pour cause : pas de héros, pas d’abordages tapageurs, pas de personnages extraordinaires. Non, plutôt un journal de bord qui décrit le quotidien bien ordinaire d’un équipage. Divisé en chapitres qui racontent chacun un épisode de la vie finalement assez routinière d’un pirate au 18e siècle, le récit est fluide, bien écrit et sobre. C’est ce qui en fait la force et l’efficacité. Une suite de rencontres, d’événements, de rêves et de désillusions. Pas de héros, pas de trésor (ou si peu…) mais une floppée d’hommes qui traînent leur misérable vie sur les océans. Ajoutons-y une critique de la société de l’époque qui condamne les plus déshérités à une vie de misère et de dangers. Le dessin en bichromie de Riff Reb’s est toujours aussi beau et toujours aussi puissant. On entend craquer le bateau sous le vent, on ressent la terreur des marins épouvantés par les fantômes de leurs victimes et la tension permanente entre eux qui ne demande qu’à tourner en bain de sang… et pourtant, des éclairs d’humanité subsistent. Des vies de pirates racontées crument, sans fard, sans héros, sans beaucoup d’espoir et la puissance de la mer, omniprésente, dont aucun ne peut plus se passer. Un album remarquable.
Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Dans la continuité de Batman, un long Halloween, Amère Victoire nous emmène à la recherche d’un nouveau meurtrier qui, comme Holiday, tue les jours de fêtes. Mais cette fois, ce sont les policiers de Gotham qui sont les cibles du tueur en série. C’est vrai le scénario est calqué presque exactement sur celui de l’album précédent mais je n’ai pas trouvé cela gênant. Si on est moins concentré sur le développement de l'histoire qui surprend moins que dans Un long Halloween, on profite mieux des différents personnages - et ils sont nombreux puisque les pensionnaires d’Arkham se sont à nouveau échappés – pour approfondir leur caractère, leur passé et leurs relations entre eux. C’est un Batman classique qui reprend les fondamentaux et qui est parfaitement maîtrisé jusqu’à la résolution de l’énigme, elle aussi, très bien écrite. Le dessin est très efficace avec un joli travail sur les couleurs et sur les clairs-obscurs.
Sangoma - Les Damnés de Cape Town
Je vous le dis tout de go … cet album est magnifique ! je l’ai découvert un peu par hasard au gré de mes déambulations dans les allées de quai des bulles à St Malo. Une lecture d’un seul trait. Et me voilà scotché littéralement par cette BD. L’histoire est juste incroyable. Et les dessins sont particulièrement séduisants et réalistes. Vous pouvez me croire, je vais régulièrement en Afrique du Sud et en quelques planches je me suis retrouvé à Cape Town sous le soleil au bord de la plage. Bidonvilles, Montagne de la Table, sorcellerie, vignobles sont les ingrédients de ce thriller décapant avec une kyrielle de rebondissements. Ça pulse. C’est brutal. L’atmosphère post apartheid est bien peinte et reflète malheureusement toujours le fossé existant entre les blancs et les noirs. Assurément vous allez attraper un coup de chaud à la lecture de cet album. Les destins s’entrecroisent pour votre plus grand plaisir. Les auteurs tentent de vous aiguiller sur de fausses pistes. Vous reprendrez votre respiration et vous replongerez avec avidité dans votre lecture même si le climat est suffoquant et la cruauté sous-jacente. Délicieuse découverte que je recommande chaudement. Mon coup de cœur du moment.
Spirou chez les Soviets
Vu comme Spirou est tombé bien bas, autant dans les épisodes officiels que dans les hors-séries, je n'attendais rien de celui-ci. Pourtant, force est de constater qu'il s'agit d'une bonne surprise ! Si l'album n'est pas exempt de certains défauts, il faut reconnaître qu'aucun album depuis certains Tome et Janry (pas tous, loin de là) n'avait réussi à renouer à ce point avec le style Franquin. A ce titre, l'introduction de l'album est exemplaire. Toute la séquence au château de Champignac et au sein des éditions Dupuis avant de partir pour la Russie fonctionne à merveille. L'humour est typique de ce qu'un Franquin aurait fait, bourré d'allusions bien placées, pas trop lourdes, et le scénario nous immisce dans ce que Spirou et Fantasio a de plus classique, on y prend un plaisir fou. Ensuite, nos héros s'envolent pour la Russie, et là, les deux auteurs prennent la distance nécessaire pour faire un vrai pastiche, mais sans tomber dans la pâle copie. Ainsi, les péripéties prennent le pas sur l'humour (qui reste néanmoins toujours assez drôle), de nouveaux personnages - surtout féminins - sont introduits, et l'ensemble fait mouche. Du côté des reproches, je trouve que le scénario aurait pu être légèrement plus travaillé, mais surtout qu'il manque de scènes d'action alors que les péripéties en appelaient plusieurs qui ne viennent pas. Je pense notamment à l'évasion du camp (je pensais que la couverture annonçait une jolie séquence sur le train, mais non) ou de l'infiltration sur la base de lancement de la fusée. Néanmoins, la fin n'est pas trop décevante, grâce à quelques twists malins et inattendus, légèrement politiques mais pas de manière trop appuyée, typiquement dans la lignée de ce que Franquin aurait fait, mettant à la fois le communisme et le capitalisme face à leurs contradictions. Enfin, il faut souligner l'excellence du dessin de Fabrice Tarrin. Typique de l'école de Marcinelle, mais avec une petite touche de modernité en plus, il restitue à merveille l'atmosphère recherchée dans un Spirou et Fantasio, c'est un vrai plaisir de voir ça après les catastrophiques errances de la saga officielle... Ainsi, Spirou chez les Soviets constitue un joli retour aux sources de la saga, qui se lit avec un plaisir indéniable, mais manque peut-être de quelques scènes vraiment marquantes pour être au niveau de l'âge d'or de Greg et Franquin. En tous cas, ça reste une des meilleures reprises de la saga depuis longtemps !
Bad mother
Si vous ne le savez pas encore, le danger peut surgir de n’importe où ! Prenons cet album. L’histoire se situe dans une zone résidentielle d’une ville quelconque. Il y a des rues larges, des familles avec des enfants qui jouent dans le jardin, des commerces de proximité … Banalité du quotidien. On imagine mal dans un décor aussi ordinaire qu’un malheur puisse se produire. Et pourtant … c’est dans un quartier de ce type qu’un cauchemar va poindre le bout de son nez ! April Walters est une mère de famille. Son existence n’est pas très épanouissante mais elle s’écoule plutôt paisiblement. Du moins jusqu’au jour où sa fille disparait. Deux options s’offrent à elle. S’en remettre à la police ou agir de son côté. Vous avez sûrement compris celle qu’elle va choisir ! Au fil des pages, elle va plonger de plus en plus profondément au cœur d’un monde inconnu dont elle ignore les règles et dominé par une reine du crime. La violence est bien présente. Ca valse dans tous les sens. La maman est prête à tout pour retrouver sa progéniture … et elle sera impitoyable. On ne touche pas à sa gamine ! Les recoins les plus obscurs sont explorés. Vous aurez votre dose de sang bien évidemment. Ca déménage. Suspens garanti même si au final le scénario n’est pas très original. Le graphisme est au top. Ca déchire ! Le découpage est rythmé. Les scènes d’actions sont impressionnantes. C’est du très bon au final cette BD. L’amour d’une mère est sans limite ! Et je peux vous assurer que vous ne verrez plus les quartiers résidentiels de la même manière. Cette virée vengeresse est à découvrir rapidement.
A.D. After Death
Je continue mon exploration du travail de Jeff Lemire, même si Scott Snyder s’occupe ici du scenario… et je me retrouve carrément dans l’avis de Mac Arthur ! Le format de l’album est déroutant. Il alterne des passages de BD traditionnels (qui racontent le présent) et des passages typés romans / journal intime (qui racontent le passé). La narration est volontairement nébuleuse, et le lecteur rassemble graduellement les pièces du puzzle, jusqu’à arriver à une compréhension (presque) complète. En tout cas l’histoire m’a passionné. J’ai adoré la réflexion sur la mort (et sur le sens de la vie), j’ai beaucoup aimé le mystère ambiant, et la révélation finale a réussi à me surprendre. Je la trouve bien amenée et parfaitement logique. Jeff Lemire est fidèle à lui-même, on reconnait bien son style classieux et ses couleurs aquarelles. Voila, un album original, et une lecture longue et stimulante en ce qui me concerne.