On oublie vite lorsque l'on ne se sent plus concerné. Même très vite, c'est peut-être un mécanisme de protection psychologique mis en place par les humains. C'est bien confirmé quand je lis les très dures critiques faites à l'œuvre de Derib, 10 ans après sa publication. Je trouve que c'est presque une insulte aux malades séropositifs d'hier et d'aujourd'hui. Ou alors c'est de l'ignorance bref passons.
C'est pourquoi JO, l'œuvre de DERIB sur la prévention et les risques liés au VIH (SIDA) est essentielle à mon avis. Il n'y a pas si longtemps, trente ans, être contaminé par le VIH, c'était être condamné à mort à plus ou moins brève échéance. Si vous aviez la chance d'être dépisté tôt, d'habiter dans un pays riche, de pouvoir accéder aux meilleurs soins comme c'est le cas pour Jo vous pouviez tenir entre deux et trois ans. Quelques cas exceptionnels ont pu aller au-delà mais pour la grande majorité des infectés c'était beaucoup plus difficile. Alors merci monsieur Derib d'avoir inscrit cela dans le marbre au moyen d'un médium accessible à tous ceux qui savent lire, regarder et réfléchir (je me rends compte que ce n'est pas si facile), au besoin à plusieurs.
Pour moi, monsieur Derib présente deux qualités fortes. La première est son talent de dessinateur et de conteur avec des collections de très grandes qualités souvent destinées au jeune public voire au très jeune public. La seconde est d'avoir accompagné les débuts de monsieur Cosey, ce qui a multiplié les richesses de création.
Dans Jo la cible visée est le public des adolescents ou jeunes adultes.
C'est l'âge des premières rencontres poussées au-delà du simple flirt. C'est ce qu'expérimente Vanessa la sœur de Jo de façon inconsciente et un peu naïve. C'est normal à cet âge-là. Jo est déjà à l'étape suivante, jeune adulte très autonome, pas rebelle pour un sou, ses parents la laisse libre de vivre une vie sexuelle qui paraît très sage avec un partenaire régulier. C'est le talent du scénario de Derib d'orienter les risques sur les rebelles, Vanessa ou Laurent le futur partenaire de JO. A cet âge la construction peut être chaotique avec des temps morts et des temps forts. C'est ce rythme qu'insuffle Derib. Le risque semble encore lointain, par exemple dans une page de journal qui traine sur la table. On s'émeut d'un enfant de star mort du Sida comme on pourrait s'émouvoir d'un bébé qui nait séropositif en Afrique ou au Brésil. Mais après la rubrique sportive on y pense déjà beaucoup moins. Je me rends compte que c'est pire aujourd'hui. Notre vie est ailleurs que dans ces drames que l'on trouve clichés et c'est presque normal et sain de vouloir ne pas y penser tellement c'est porteur d'angoisse. A cette époque quand on faisait une nouvelle rencontre pleine de promesses de futur ou qu'on souhaitait un bébé, on pouvait faire un test. Un peu comme aujourd'hui avant de prendre l'avion en temps de COVID.
Sauf que là, quand vous ouvriez l'enveloppe des résultats même les plus endurcis avaient des palpitations. C'était 100% vie ou 100% mort. Pas d'entre deux, la statistique était détestable. Le chemin de croix commençait. Comme le montre Derib le vide se faisait très très vite autour de vous. Même dans votre famille. Puis la culpabilité, la peur de contaminer ceux qu'on aime et de les condamner à mort.
Quelle injustice cette maladie ! Elle vous touchait principalement dans un des moments le plus beau et le plus épanouissant de votre vie. Une relation sexuelle libre et partagée. Bien sûr il y eu d'autres modes de contamination, seringues, transfusions pour la plupart. Mais c'est la voie sexuelle qui a été la grande contaminatrice. Une vie de couple et de famille était possible mais quand même stressante. Jo doit s'accrocher comme des millions de malades l'ont fait après elle. En bon dessinateur de BD, Derib propose par l'intermédiaire de Jean-Claude un personnage au grand cœur (Il en fallait) une pile de BD. Au menu Don Bosco et Franquin Lol. Iconoclaste ? (Peut être une des raisons des critiques ??) Peut être mais porteur d'espoir si ce n'est d'espérance. Comment vivre ces moments à 20 ans quand la finitude envahit votre vie par effraction ? C'est un peu comme les lettres d'encouragements de l'Abbé Pierre et du Ministre Lang en fin d'ouvrage. Tous les supports sont les bienvenus. Outre les lettres de félicitations qui montrent l'importance de l'engagement de Derib dans ce combat, l'ouvrage se termine par un dossier assez technique sur la maladie et ses conséquences en 1990.
Trente ans après des choses ont changé en bien mais il reste encore beaucoup à faire. Derib a produit son album juste avant la découverte et la mise sur le marché des médicaments antiviraux que l'on nomme trithérapie. Ce fut une découverte majeure pour soigner les malades mais pas pour les guérir. Quand la trithérapie est apparue aux Etats-Unis les effets sur certains malades étaient tellement encourageants que certains malades européens n'hésitaient pas à prendre l'avion pour New-York afin de s'approvisionner. Evidemment cette possibilité était réservée aux plus riches car le coût des médicaments était (et reste) extrêmement cher. Aujourd'hui trente ans après les recherches continuent. Nous en sommes, il me semble, à la troisième génération de trithérapie. Il y a quelques trente-sept millions de personnes qui sont infectées par le VIH, dont un million et demi d'enfants. Dix millions n'ont pas accès aux soins. Près d'un million de personnes en meurt chaque année.
Pour les bénéficiaires de médicaments votre sort dépend du pays où vous vivez. Vous pouvez alors bénéficier de façon plus ou moins complète de médicament de la première, deuxième ou troisième génération. En France les malades bénéficient de la dernière génération. Les trois antiviraux sont regroupés en un seul comprimé, ce qui simplifie la prise une fois par jour, sans interruption toute l'année à heure fixe. Il ne faut pas oublier ! Les effets secondaires ont été considérablement réduits mais ce ne sont pas des médicaments bénins. Il faut aussi que votre organisme supporte sur le long terme un tel traitement.
En France, les soins sont remboursés à 100 %. Heureusement car le coût d'une boîte pour un mois (31 comprimés) est supérieur à 700 euros, plus les visites médicales. Un vrai budget de millionnaire !!
Pensez aux pays sans sécurité sociale ni assurance maladie même dans des pays riches cela peut être une ruine pour la famille. Quant aux pays pauvres... Je le disais c'est la maladie de l'injustice dans beaucoup de domaines. Un mauvais esprit pourrait penser que le traitement à vie (pour le moment) du VIH est une véritable aubaine financière pour certains laboratoires. Mais je ne suis pas un mauvais esprit.
Aujourd'hui encore ni vaccin ni guérison, il faut vivre avec. Pour ceux qui bénéficient des meilleurs soins c'est devenu possible. Grace au progrès on peut devenir I (U en anglais). Cela signifie que votre charge virale est indétectable. Si Jo avait vécu quelques années de plus, elle serait probablement toujours en vie aujourd'hui. Elle aurait pu avoir des enfants qui n'auraient probablement pas le VIH. Elle aurait même pu avoir des relations sexuelles avec Laurent SANS préservatif. Le top. En effet I=I; Indétectable = Intransmissible. Quand la charge virale n'est plus détectable vous n'avez plus l'angoisse de contaminer vos proches, quelle que soit la situation de vie que vous rencontrez. Un rêve pour l'époque de Jo.
Je finis ce (trop ?) long avis par du soleil. Aujourd'hui un bébé qui naît séropositif peut être traité par des antiviraux dès sa naissance et comme c'est pris tout de suite, je crois même qu'ils peuvent guérir. Encore faut-il que les soins arrivent jusqu'à eux.
Merci à ceux qui auront eu le courage de me lire. Et merci à ceux qui ont accompagné ces presque quarante millions de morts depuis le début de la maladie. L'œuvre de monsieur Derib leur rend hommage.
Oyez, oyez, nous ne sommes pas très loin du chef-d’œuvre avec cette adaptation d'un roman de R.J. Ellory. Bravo à messieurs Colin au scénario et Guérineau au dessin. Merci à Mac Arthur de m'avoir conseillé cette lecture et comme lui j'enjoins le plus grand nombre à faire l'achat sans réserve aucune. Vous allez vous régaler.
J'ai tout aimé dans ce récit avec une petite préférence pour la première partie qui se situe dans les années 30/40, une ambiance à la Steinbeck ou à certains de ces films qui nous montre un visage de l'Amérique rurale un brin arriéré, loin des grandes métropoles. Au passage vous noterez des planches dans les tons sépia magnifiques
Le précédent avis vous a donné le pitch, mais sachez qu'au-delà de celui-ci c'est une vraie peinture de la vie dans une petite bourgade rurale qui défile devant nos yeux. Tout cela est d'une grande justesse de ton avec une galerie de personnages fouillée.
Un très beau polar noir dont les images restent longtemps en mémoire, forcément un coup de cœur.
C’est inégal, et il y a clairement des longueurs, certaines maladresses (dans le dessin ou la narration), mais j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet album, d’un auteur indé américain que je découvre ici.
Je suis plutôt amateur de cette forme de production indé américaine, qui a des accointances avec le travail de Woodring, de Millionnaire ou de Rickheit par exemple, des auteurs souvent originellement publiés par fantagraphics (même si ce n’est pas le cas pour Ellsworth). Cela faisait quelques temps que cet album me faisait de l’œil (attiré que j’étais par les quelques images et retours sur lesquels j’avais pu tomber).
Un passage et feuilletage sur le stand d’Ici Même au festival Quai des Bulles m’a permis de sauter le pas et d’enfin découvrir cette histoire, à la fois simple et sophistiquée.
Simple et sophistiquée, une histoire qui développe donc un oxymore, mais cette remarque est valable pour le dessin comme pour la narration. Pour faire simple donc, nous suivons les questionnements de l’auteur, ses réflexions, son introspection, avec un dessin au trait un peu brouillon, faussement simpliste.
Mais en fait ce dessin se révèle bien plus riche qu’il n’y parait, avec des planches parfois très chargées. Quant à « l’intrigue », elle part un peu dans tous les sens. Nous pénétrons dans la tête de l’auteur, cheminons au fil de ses pensées et des images plus ou moins fantastiques, voire surréalistes qui y fleurissent. Le lecteur est même souvent directement interpellé, devient presque un personnage, invisible mais nécessaire au bon déroulement des « dialogues ».
Il faut clairement être réceptif à ce type d’oeuvre, qui fait la part belle au rêve, à une certaine poésie, parfois enfantine (beaucoup de monstres ressemblent à ceux de Sendak dans ses « Maximonstres »), mais aussi à une certaine forme d’analyse autobiographique très présente chez beaucoup d’auteurs indé américains.
Le travail éditorial d’Ici Même est vraiment très bon, avec une couverture cartonnée épaisse (comme le papier), dans un format presque carré. Je regrette juste un format un chouia trop petit. En effet, certaines planches auraient mérité d’être plus grandes, ne serait-ce que pour rendre plus lisibles certains textes, vraiment riquiquis parfois. Et ce d’autant plus que le texte est vraiment abondant (il ne faut pas non plus être réfractaire à cet aspect).
Une chouette découverte en ce qui me concerne donc, et j’encourage les plus curieux à jeter un œil à cet album, dont je m’étonne qu’il n’ait pas été avisé depuis sa publication en France, il y a maintenant 8 ans.
Le genre fantastique est un exercice difficile. Il a été peu utilisé dans la littérature française à quelques exceptions notables (Maupassant ou Mérimée).
La série Niklos Koda présente tous les critères du genre et je trouve que c'est une réussite totale.
Pourtant l'introduction d'un élément fantastique en BD peut être une facilité de scénario qui a tendance à m'agacer. C'est le cas dans Jessica Blandy où je trouve le personnage de Razza superfétatoire, débarquant au milieu de la série comme un cheveu sur la soupe.
Ici rien de tel, nous sommes plongés dans une ambiance fantastique dès les premières pages du tome 1. Le personnage de Barrio Jésus restera central dans l'esprit du récit jusqu'à la conclusion du tome 15.
Le dessin d'Olivier Grenson est parmi ceux que je préfère. L'expression de ses visages, ses positions de corps (Aïcha en tailleur sage sur son bureau jambes croisées devant Niklos, merveille d'érotisme), j'en raffole.
Mais le plus pour moi, ce sont toutes ces ambiances un peu glauques de Paris, Prague, Marrakech, Barcelone, Le Caire et autres villes d'Asie ou du Moyen Orient. C'est une vraie invitation à la rêverie et la flânerie un peu frissonnante.
Niklos est-il le Nième séducteur qui permet d'introduire une bonne dose d'érotisme dans le récit ? Et bien non. Le personnage murit au fil des épisodes. Il devient papa de Seleni et le rapport père-fille humainement et en magie va apporter énormément au récit.
D'ailleurs, il ne fait pas très bon entrer dans le lit du beau Koda, beaucoup y perdront la vie.
Cette paternité est une première trouvaille du scénario. La seconde c'est la confrontation de Niklos à deux méchants très intéressants. L'un matériel qui tendra vers le surnaturel Hali Mirvic, et l'autre surnaturel qui finira vers le réel, Barrio.
Je trouve chaque tome bon et d'un niveau sensiblement égal. Ce qui est rare dans une série mi-longue comme celle-ci.
Les femmes sont magnifiques, sur un modèle de magasines ouest européen mais cela correspond à l'action et à la géographie. Les scènes érotiques sont bien placées, dans la logique de l'action et de la construction de la personnalité ambiguë de Koda.
Les personnages secondaires du cercle sont vraiment top avec une véritable influence sur l'histoire.
Enfin l'élément fantastique du récit. C'est un parti pris qu'il faut accepter tout de suite. Je trouve que Dufaux respecte tous les codes du genre. C'est vraiment très bien fait.
Il y a à la fois unité du récit à travers les cartes et originalité des situations à travers le cercle.
J'ai oublié les couleurs... Subliiiiimes
Les histoires d'invasions extraterrestres ne sont pas un genre qui me passionne habituellement, mais ici j'ai été charmé !
Cela tient en grande partie aux personnages qui aux premiers abords sont un peu stéréotypés, mais terriblement attachants. J'ai adoré les relations entre eux, tout sonne parfaitement juste. Cerise sur le gâteau, on voit très vite que ce n'est pas tout le monde qui va survivre, un personnage très important peut mourir subitement. Le fait que cela ne soit pas juste les personnages secondaires qui meurent ajoute du suspense et de la tension au scénario et le rend très prenant. Après un début qui ne m'a pas enchanté, j'ai vite été embarqué dans le récit.
Le dessin est très bon, c'est typiquement un style que j'aime. Les bonus sont pas mal, ils sont facultatifs tout en permettant d'approfondir l'univers. Vivement le dernier tome !
J’attendais beaucoup de cet album (surtout que les premiers avis sont très positifs), j’avais donc peur que la déception soit énorme… je ressors pourtant conquis de ma lecture. J’irai jusqu’à dire que « Goldorak » a dépassé mes espérances sur tous les points.
La nostalgie joue évidemment beaucoup : quel plaisir de retrouver les personnages qui ont bercé mes mercredis après-midi, ces vaisseaux aux designs mythiques, le ranch, les golgoths, le « Goldorak, go ! ».
Les auteurs (clairement des fans – voir dossier en fin d’album) font honneur à l’œuvre de Nagai et nous proposent une histoire passionnante et remarquablement écrite. Le rythme est enjoué, les thèmes humanistes et « anti-guerres » sont plus d’actualité que jamais, surtout en ce 11 novembre. Mais surtout, je ne m’attendais pas à ressentir autant d’émotions. De nombreux passages m’ont beaucoup ému et touché.
La réalisation « à 10 mains » est exemplaire. Le dessin est léché, mais c’est surtout le découpage et le dynamisme de l’ensemble qui m’ont impressionné – la première scène de combat en plein Tokyo m’a scotché… époustouflant !
Voilà, un album culte pour un personnage culte, et un sans-faute en ce qui me concerne.
Friand de western je ne pouvais passer à côté de ce one shot regroupant de merveilleux dessinateurs et Tiburce Oger comme chef d'orchestre.
Le résultat est superbe.
Nous avons plusieurs tranches de vie avec des personnages différents à chaque fois, bien que quelques uns y soient sur deux consécutives.
Cet album commence en 1763 et se termine en 1938. Il nous fait revisiter l'histoire du Far West : les guerres amérindiennes, les trappeurs, le pony express, la guerre de sécession, les attaques de diligence, les puits de pétrole, les saloons et ses femmes de petite vertu, les voleurs de bétail, la révolution mexicaine pour finir au Nouveau Mexique et la fin de la grande dépression. De fil en aiguille cela mènera à faire de belles rencontres mais aussi tomber sur des salauds. La dure réalité où la mort est souvent au tournant ne fera pas de cadeaux.
Nous y rencontrerons des personnages célèbres tels que Wild Bill Hickok, Pancho Villa, Cattle Kate.
Des petits bouts de vie en deux à neuf planches avec pour seul fil conducteur une montre à gousset en or.
Et une petite surprise à la fin que je n'avais pas vu venir.
Un scénario maitrisé et rondement mené qui m'a transporté dans les vieux films de mon enfance avec les John Wayne (la prisonnière du désert) et Henry Fonda (Sur la piste des Mohawks), bref c'est la Conquête de l'ouest version BD. Un must.
Nous avons 16 dessinateurs bourrés de talent qui dans des registres divers nous dépeignent un Far West dangereux, rude et sauvage dans des décors somptueux. Malgré des styles différents la transition se fait naturellement entre chaque passage de témoin.
Que c'est beau.
Amateurs de western, cet album est fait pour vous. Assurément.
En plein XVIIIe siècle, deux civilisations s'affrontent, l'occident colonisateur, conquérant et mercantile sur les terres de l'Inde millénaire et résistante, puissante d'une histoire riche et foisonnante.
Affrontements à tous les niveaux, des armées, des rois avec les alliances qui se font ou se défont, et des créatures maléfiques des légendes,... et quelles créatures : les vampires européens, princes de la nuit contre les rakshasas, démons cannibales brahmaniques.
Et tout cela est magistralement raconté, avec ces interactions entre les êtres maléfiques et les humains, et surtout le personnage de Bishan, tiraillé entre son désir d'humanité et sa nature démoniaque.
La couverture est sublime. Le dessin est sublime. Quant à la colorisation, on est partagé entre les tons chauds et rougeoyants de l'Inde et par contraste l'ambiance bleu sombre des nuits londoniennes...
Moi, si ça se passe en Inde, je prends. Mais là je prends, je garde et j'en redemande...
Juste un petit détail curieux : la phrase au dos faisant référence aux rives de l'Indus, je n'ai pas compris ; les guerres de Mysore – Madras, si on veut citer un des grands fleuves sacrés, c'est plutôt la Kaveri. L'Indus coule loin au nord, dans l'actuel Pakistan, mais bon...je pinaille.
Yann 135, Sloane, je vous invite chaleureusement à vous pencher sur cet album. D’ailleurs, je conseille à tout amateur de polar noir aux influences américaines manifestes de faire de même car ce récit est rondement et très efficacement mené !
Seul le silence est adapté d’un roman de R. J. Ellory (roman que je n’ai pas lu, ceci dit en passant). Il relate le destin d’un jeune homme de l’Amérique des années 30 aux années 60. D’abord enfant marqué par le décès d’une jeune fille de son entourage proche, il va voir son destin lié à celui d’un tueur en série, à un point tel que l’on en vient à se demander comment il est possible que ces deux personnages soient aussi intimement liés.
Ce récit est très bien mené. La vocation d’écrivain du héros légitimise le caractère très littéraire de la narration. La progression dramatique est très bien menée et le mystère reste complet jusqu’à la fin du récit. Les doutes sont constants, les personnages marquent et intriguent, il est donc très difficile d’abandonner notre lecture avant la dernière page.
Au niveau du dessin, il n’est plus trop nécessaire de présenter Richard Guérineau, déjà auteur de quelques albums marquants (dont certaines adaptations de Jean Teulé, mais pas que !) Son trait réaliste propose un aspect légèrement caricatural qui accentue l’expressivité de ses personnages, ce qui convient parfaitement au présent récit. Mais ce qui est le plus remarquable à mes yeux dans « Seul le silence » est son emploi de la couleur qui évolue en fonction des époques, conférant aux premiers chapitres une ambiance que n’aurait pas renié Steinbeck pour évoluer vers un style de plus en plus coloré qui rappellera peut-être à certains d’entre vous les séries policières américaines des années 70. C’est à la fois très esthétique, pratique pour nous situer dans le temps et adéquat vis-à-vis du récit qui voit le héros évoluer avec les années.
Au final, Seul le silence est un polar très noir qui m’aura énormément plu pour de multiples raisons. Une très bonne pioche ! Je recommande chaudement !!
Au premier regard cette oeuvre peut paraître austère, dure à lire. En effet, le dessin N&B peut rebuter, les textes extraits des carnets des deux héroïnes peuvent sembler longs... Mais tout cela est complètement maîtrisé par Juncker. Il nous déroule un double récit cru, sans concession, et atrocement subtile sur cette période sombre de l'histoire allemande, et que l'on pourrait extrapoler au sort des femmes sur chaque terrain de guerre. Je l'ai lu d'une traite... Le tout est parfaitement écrit et dessiné, il n'y a pas une case ou un mot de trop!
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Jo
On oublie vite lorsque l'on ne se sent plus concerné. Même très vite, c'est peut-être un mécanisme de protection psychologique mis en place par les humains. C'est bien confirmé quand je lis les très dures critiques faites à l'œuvre de Derib, 10 ans après sa publication. Je trouve que c'est presque une insulte aux malades séropositifs d'hier et d'aujourd'hui. Ou alors c'est de l'ignorance bref passons. C'est pourquoi JO, l'œuvre de DERIB sur la prévention et les risques liés au VIH (SIDA) est essentielle à mon avis. Il n'y a pas si longtemps, trente ans, être contaminé par le VIH, c'était être condamné à mort à plus ou moins brève échéance. Si vous aviez la chance d'être dépisté tôt, d'habiter dans un pays riche, de pouvoir accéder aux meilleurs soins comme c'est le cas pour Jo vous pouviez tenir entre deux et trois ans. Quelques cas exceptionnels ont pu aller au-delà mais pour la grande majorité des infectés c'était beaucoup plus difficile. Alors merci monsieur Derib d'avoir inscrit cela dans le marbre au moyen d'un médium accessible à tous ceux qui savent lire, regarder et réfléchir (je me rends compte que ce n'est pas si facile), au besoin à plusieurs. Pour moi, monsieur Derib présente deux qualités fortes. La première est son talent de dessinateur et de conteur avec des collections de très grandes qualités souvent destinées au jeune public voire au très jeune public. La seconde est d'avoir accompagné les débuts de monsieur Cosey, ce qui a multiplié les richesses de création. Dans Jo la cible visée est le public des adolescents ou jeunes adultes. C'est l'âge des premières rencontres poussées au-delà du simple flirt. C'est ce qu'expérimente Vanessa la sœur de Jo de façon inconsciente et un peu naïve. C'est normal à cet âge-là. Jo est déjà à l'étape suivante, jeune adulte très autonome, pas rebelle pour un sou, ses parents la laisse libre de vivre une vie sexuelle qui paraît très sage avec un partenaire régulier. C'est le talent du scénario de Derib d'orienter les risques sur les rebelles, Vanessa ou Laurent le futur partenaire de JO. A cet âge la construction peut être chaotique avec des temps morts et des temps forts. C'est ce rythme qu'insuffle Derib. Le risque semble encore lointain, par exemple dans une page de journal qui traine sur la table. On s'émeut d'un enfant de star mort du Sida comme on pourrait s'émouvoir d'un bébé qui nait séropositif en Afrique ou au Brésil. Mais après la rubrique sportive on y pense déjà beaucoup moins. Je me rends compte que c'est pire aujourd'hui. Notre vie est ailleurs que dans ces drames que l'on trouve clichés et c'est presque normal et sain de vouloir ne pas y penser tellement c'est porteur d'angoisse. A cette époque quand on faisait une nouvelle rencontre pleine de promesses de futur ou qu'on souhaitait un bébé, on pouvait faire un test. Un peu comme aujourd'hui avant de prendre l'avion en temps de COVID. Sauf que là, quand vous ouvriez l'enveloppe des résultats même les plus endurcis avaient des palpitations. C'était 100% vie ou 100% mort. Pas d'entre deux, la statistique était détestable. Le chemin de croix commençait. Comme le montre Derib le vide se faisait très très vite autour de vous. Même dans votre famille. Puis la culpabilité, la peur de contaminer ceux qu'on aime et de les condamner à mort. Quelle injustice cette maladie ! Elle vous touchait principalement dans un des moments le plus beau et le plus épanouissant de votre vie. Une relation sexuelle libre et partagée. Bien sûr il y eu d'autres modes de contamination, seringues, transfusions pour la plupart. Mais c'est la voie sexuelle qui a été la grande contaminatrice. Une vie de couple et de famille était possible mais quand même stressante. Jo doit s'accrocher comme des millions de malades l'ont fait après elle. En bon dessinateur de BD, Derib propose par l'intermédiaire de Jean-Claude un personnage au grand cœur (Il en fallait) une pile de BD. Au menu Don Bosco et Franquin Lol. Iconoclaste ? (Peut être une des raisons des critiques ??) Peut être mais porteur d'espoir si ce n'est d'espérance. Comment vivre ces moments à 20 ans quand la finitude envahit votre vie par effraction ? C'est un peu comme les lettres d'encouragements de l'Abbé Pierre et du Ministre Lang en fin d'ouvrage. Tous les supports sont les bienvenus. Outre les lettres de félicitations qui montrent l'importance de l'engagement de Derib dans ce combat, l'ouvrage se termine par un dossier assez technique sur la maladie et ses conséquences en 1990. Trente ans après des choses ont changé en bien mais il reste encore beaucoup à faire. Derib a produit son album juste avant la découverte et la mise sur le marché des médicaments antiviraux que l'on nomme trithérapie. Ce fut une découverte majeure pour soigner les malades mais pas pour les guérir. Quand la trithérapie est apparue aux Etats-Unis les effets sur certains malades étaient tellement encourageants que certains malades européens n'hésitaient pas à prendre l'avion pour New-York afin de s'approvisionner. Evidemment cette possibilité était réservée aux plus riches car le coût des médicaments était (et reste) extrêmement cher. Aujourd'hui trente ans après les recherches continuent. Nous en sommes, il me semble, à la troisième génération de trithérapie. Il y a quelques trente-sept millions de personnes qui sont infectées par le VIH, dont un million et demi d'enfants. Dix millions n'ont pas accès aux soins. Près d'un million de personnes en meurt chaque année. Pour les bénéficiaires de médicaments votre sort dépend du pays où vous vivez. Vous pouvez alors bénéficier de façon plus ou moins complète de médicament de la première, deuxième ou troisième génération. En France les malades bénéficient de la dernière génération. Les trois antiviraux sont regroupés en un seul comprimé, ce qui simplifie la prise une fois par jour, sans interruption toute l'année à heure fixe. Il ne faut pas oublier ! Les effets secondaires ont été considérablement réduits mais ce ne sont pas des médicaments bénins. Il faut aussi que votre organisme supporte sur le long terme un tel traitement. En France, les soins sont remboursés à 100 %. Heureusement car le coût d'une boîte pour un mois (31 comprimés) est supérieur à 700 euros, plus les visites médicales. Un vrai budget de millionnaire !! Pensez aux pays sans sécurité sociale ni assurance maladie même dans des pays riches cela peut être une ruine pour la famille. Quant aux pays pauvres... Je le disais c'est la maladie de l'injustice dans beaucoup de domaines. Un mauvais esprit pourrait penser que le traitement à vie (pour le moment) du VIH est une véritable aubaine financière pour certains laboratoires. Mais je ne suis pas un mauvais esprit. Aujourd'hui encore ni vaccin ni guérison, il faut vivre avec. Pour ceux qui bénéficient des meilleurs soins c'est devenu possible. Grace au progrès on peut devenir I (U en anglais). Cela signifie que votre charge virale est indétectable. Si Jo avait vécu quelques années de plus, elle serait probablement toujours en vie aujourd'hui. Elle aurait pu avoir des enfants qui n'auraient probablement pas le VIH. Elle aurait même pu avoir des relations sexuelles avec Laurent SANS préservatif. Le top. En effet I=I; Indétectable = Intransmissible. Quand la charge virale n'est plus détectable vous n'avez plus l'angoisse de contaminer vos proches, quelle que soit la situation de vie que vous rencontrez. Un rêve pour l'époque de Jo. Je finis ce (trop ?) long avis par du soleil. Aujourd'hui un bébé qui naît séropositif peut être traité par des antiviraux dès sa naissance et comme c'est pris tout de suite, je crois même qu'ils peuvent guérir. Encore faut-il que les soins arrivent jusqu'à eux. Merci à ceux qui auront eu le courage de me lire. Et merci à ceux qui ont accompagné ces presque quarante millions de morts depuis le début de la maladie. L'œuvre de monsieur Derib leur rend hommage.
Seul le silence
Oyez, oyez, nous ne sommes pas très loin du chef-d’œuvre avec cette adaptation d'un roman de R.J. Ellory. Bravo à messieurs Colin au scénario et Guérineau au dessin. Merci à Mac Arthur de m'avoir conseillé cette lecture et comme lui j'enjoins le plus grand nombre à faire l'achat sans réserve aucune. Vous allez vous régaler. J'ai tout aimé dans ce récit avec une petite préférence pour la première partie qui se situe dans les années 30/40, une ambiance à la Steinbeck ou à certains de ces films qui nous montre un visage de l'Amérique rurale un brin arriéré, loin des grandes métropoles. Au passage vous noterez des planches dans les tons sépia magnifiques Le précédent avis vous a donné le pitch, mais sachez qu'au-delà de celui-ci c'est une vraie peinture de la vie dans une petite bourgade rurale qui défile devant nos yeux. Tout cela est d'une grande justesse de ton avec une galerie de personnages fouillée. Un très beau polar noir dont les images restent longtemps en mémoire, forcément un coup de cœur.
Capacity
C’est inégal, et il y a clairement des longueurs, certaines maladresses (dans le dessin ou la narration), mais j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet album, d’un auteur indé américain que je découvre ici. Je suis plutôt amateur de cette forme de production indé américaine, qui a des accointances avec le travail de Woodring, de Millionnaire ou de Rickheit par exemple, des auteurs souvent originellement publiés par fantagraphics (même si ce n’est pas le cas pour Ellsworth). Cela faisait quelques temps que cet album me faisait de l’œil (attiré que j’étais par les quelques images et retours sur lesquels j’avais pu tomber). Un passage et feuilletage sur le stand d’Ici Même au festival Quai des Bulles m’a permis de sauter le pas et d’enfin découvrir cette histoire, à la fois simple et sophistiquée. Simple et sophistiquée, une histoire qui développe donc un oxymore, mais cette remarque est valable pour le dessin comme pour la narration. Pour faire simple donc, nous suivons les questionnements de l’auteur, ses réflexions, son introspection, avec un dessin au trait un peu brouillon, faussement simpliste. Mais en fait ce dessin se révèle bien plus riche qu’il n’y parait, avec des planches parfois très chargées. Quant à « l’intrigue », elle part un peu dans tous les sens. Nous pénétrons dans la tête de l’auteur, cheminons au fil de ses pensées et des images plus ou moins fantastiques, voire surréalistes qui y fleurissent. Le lecteur est même souvent directement interpellé, devient presque un personnage, invisible mais nécessaire au bon déroulement des « dialogues ». Il faut clairement être réceptif à ce type d’oeuvre, qui fait la part belle au rêve, à une certaine poésie, parfois enfantine (beaucoup de monstres ressemblent à ceux de Sendak dans ses « Maximonstres »), mais aussi à une certaine forme d’analyse autobiographique très présente chez beaucoup d’auteurs indé américains. Le travail éditorial d’Ici Même est vraiment très bon, avec une couverture cartonnée épaisse (comme le papier), dans un format presque carré. Je regrette juste un format un chouia trop petit. En effet, certaines planches auraient mérité d’être plus grandes, ne serait-ce que pour rendre plus lisibles certains textes, vraiment riquiquis parfois. Et ce d’autant plus que le texte est vraiment abondant (il ne faut pas non plus être réfractaire à cet aspect). Une chouette découverte en ce qui me concerne donc, et j’encourage les plus curieux à jeter un œil à cet album, dont je m’étonne qu’il n’ait pas été avisé depuis sa publication en France, il y a maintenant 8 ans.
Niklos Koda
Le genre fantastique est un exercice difficile. Il a été peu utilisé dans la littérature française à quelques exceptions notables (Maupassant ou Mérimée). La série Niklos Koda présente tous les critères du genre et je trouve que c'est une réussite totale. Pourtant l'introduction d'un élément fantastique en BD peut être une facilité de scénario qui a tendance à m'agacer. C'est le cas dans Jessica Blandy où je trouve le personnage de Razza superfétatoire, débarquant au milieu de la série comme un cheveu sur la soupe. Ici rien de tel, nous sommes plongés dans une ambiance fantastique dès les premières pages du tome 1. Le personnage de Barrio Jésus restera central dans l'esprit du récit jusqu'à la conclusion du tome 15. Le dessin d'Olivier Grenson est parmi ceux que je préfère. L'expression de ses visages, ses positions de corps (Aïcha en tailleur sage sur son bureau jambes croisées devant Niklos, merveille d'érotisme), j'en raffole. Mais le plus pour moi, ce sont toutes ces ambiances un peu glauques de Paris, Prague, Marrakech, Barcelone, Le Caire et autres villes d'Asie ou du Moyen Orient. C'est une vraie invitation à la rêverie et la flânerie un peu frissonnante. Niklos est-il le Nième séducteur qui permet d'introduire une bonne dose d'érotisme dans le récit ? Et bien non. Le personnage murit au fil des épisodes. Il devient papa de Seleni et le rapport père-fille humainement et en magie va apporter énormément au récit. D'ailleurs, il ne fait pas très bon entrer dans le lit du beau Koda, beaucoup y perdront la vie. Cette paternité est une première trouvaille du scénario. La seconde c'est la confrontation de Niklos à deux méchants très intéressants. L'un matériel qui tendra vers le surnaturel Hali Mirvic, et l'autre surnaturel qui finira vers le réel, Barrio. Je trouve chaque tome bon et d'un niveau sensiblement égal. Ce qui est rare dans une série mi-longue comme celle-ci. Les femmes sont magnifiques, sur un modèle de magasines ouest européen mais cela correspond à l'action et à la géographie. Les scènes érotiques sont bien placées, dans la logique de l'action et de la construction de la personnalité ambiguë de Koda. Les personnages secondaires du cercle sont vraiment top avec une véritable influence sur l'histoire. Enfin l'élément fantastique du récit. C'est un parti pris qu'il faut accepter tout de suite. Je trouve que Dufaux respecte tous les codes du genre. C'est vraiment très bien fait. Il y a à la fois unité du récit à travers les cartes et originalité des situations à travers le cercle. J'ai oublié les couleurs... Subliiiiimes
Wild's End
Les histoires d'invasions extraterrestres ne sont pas un genre qui me passionne habituellement, mais ici j'ai été charmé ! Cela tient en grande partie aux personnages qui aux premiers abords sont un peu stéréotypés, mais terriblement attachants. J'ai adoré les relations entre eux, tout sonne parfaitement juste. Cerise sur le gâteau, on voit très vite que ce n'est pas tout le monde qui va survivre, un personnage très important peut mourir subitement. Le fait que cela ne soit pas juste les personnages secondaires qui meurent ajoute du suspense et de la tension au scénario et le rend très prenant. Après un début qui ne m'a pas enchanté, j'ai vite été embarqué dans le récit. Le dessin est très bon, c'est typiquement un style que j'aime. Les bonus sont pas mal, ils sont facultatifs tout en permettant d'approfondir l'univers. Vivement le dernier tome !
Goldorak
J’attendais beaucoup de cet album (surtout que les premiers avis sont très positifs), j’avais donc peur que la déception soit énorme… je ressors pourtant conquis de ma lecture. J’irai jusqu’à dire que « Goldorak » a dépassé mes espérances sur tous les points. La nostalgie joue évidemment beaucoup : quel plaisir de retrouver les personnages qui ont bercé mes mercredis après-midi, ces vaisseaux aux designs mythiques, le ranch, les golgoths, le « Goldorak, go ! ». Les auteurs (clairement des fans – voir dossier en fin d’album) font honneur à l’œuvre de Nagai et nous proposent une histoire passionnante et remarquablement écrite. Le rythme est enjoué, les thèmes humanistes et « anti-guerres » sont plus d’actualité que jamais, surtout en ce 11 novembre. Mais surtout, je ne m’attendais pas à ressentir autant d’émotions. De nombreux passages m’ont beaucoup ému et touché. La réalisation « à 10 mains » est exemplaire. Le dessin est léché, mais c’est surtout le découpage et le dynamisme de l’ensemble qui m’ont impressionné – la première scène de combat en plein Tokyo m’a scotché… époustouflant ! Voilà, un album culte pour un personnage culte, et un sans-faute en ce qui me concerne.
Go West young man
Friand de western je ne pouvais passer à côté de ce one shot regroupant de merveilleux dessinateurs et Tiburce Oger comme chef d'orchestre. Le résultat est superbe. Nous avons plusieurs tranches de vie avec des personnages différents à chaque fois, bien que quelques uns y soient sur deux consécutives. Cet album commence en 1763 et se termine en 1938. Il nous fait revisiter l'histoire du Far West : les guerres amérindiennes, les trappeurs, le pony express, la guerre de sécession, les attaques de diligence, les puits de pétrole, les saloons et ses femmes de petite vertu, les voleurs de bétail, la révolution mexicaine pour finir au Nouveau Mexique et la fin de la grande dépression. De fil en aiguille cela mènera à faire de belles rencontres mais aussi tomber sur des salauds. La dure réalité où la mort est souvent au tournant ne fera pas de cadeaux. Nous y rencontrerons des personnages célèbres tels que Wild Bill Hickok, Pancho Villa, Cattle Kate. Des petits bouts de vie en deux à neuf planches avec pour seul fil conducteur une montre à gousset en or. Et une petite surprise à la fin que je n'avais pas vu venir. Un scénario maitrisé et rondement mené qui m'a transporté dans les vieux films de mon enfance avec les John Wayne (la prisonnière du désert) et Henry Fonda (Sur la piste des Mohawks), bref c'est la Conquête de l'ouest version BD. Un must. Nous avons 16 dessinateurs bourrés de talent qui dans des registres divers nous dépeignent un Far West dangereux, rude et sauvage dans des décors somptueux. Malgré des styles différents la transition se fait naturellement entre chaque passage de témoin. Que c'est beau. Amateurs de western, cet album est fait pour vous. Assurément.
These Savage Shores
En plein XVIIIe siècle, deux civilisations s'affrontent, l'occident colonisateur, conquérant et mercantile sur les terres de l'Inde millénaire et résistante, puissante d'une histoire riche et foisonnante. Affrontements à tous les niveaux, des armées, des rois avec les alliances qui se font ou se défont, et des créatures maléfiques des légendes,... et quelles créatures : les vampires européens, princes de la nuit contre les rakshasas, démons cannibales brahmaniques. Et tout cela est magistralement raconté, avec ces interactions entre les êtres maléfiques et les humains, et surtout le personnage de Bishan, tiraillé entre son désir d'humanité et sa nature démoniaque. La couverture est sublime. Le dessin est sublime. Quant à la colorisation, on est partagé entre les tons chauds et rougeoyants de l'Inde et par contraste l'ambiance bleu sombre des nuits londoniennes... Moi, si ça se passe en Inde, je prends. Mais là je prends, je garde et j'en redemande... Juste un petit détail curieux : la phrase au dos faisant référence aux rives de l'Indus, je n'ai pas compris ; les guerres de Mysore – Madras, si on veut citer un des grands fleuves sacrés, c'est plutôt la Kaveri. L'Indus coule loin au nord, dans l'actuel Pakistan, mais bon...je pinaille.
Seul le silence
Yann 135, Sloane, je vous invite chaleureusement à vous pencher sur cet album. D’ailleurs, je conseille à tout amateur de polar noir aux influences américaines manifestes de faire de même car ce récit est rondement et très efficacement mené ! Seul le silence est adapté d’un roman de R. J. Ellory (roman que je n’ai pas lu, ceci dit en passant). Il relate le destin d’un jeune homme de l’Amérique des années 30 aux années 60. D’abord enfant marqué par le décès d’une jeune fille de son entourage proche, il va voir son destin lié à celui d’un tueur en série, à un point tel que l’on en vient à se demander comment il est possible que ces deux personnages soient aussi intimement liés. Ce récit est très bien mené. La vocation d’écrivain du héros légitimise le caractère très littéraire de la narration. La progression dramatique est très bien menée et le mystère reste complet jusqu’à la fin du récit. Les doutes sont constants, les personnages marquent et intriguent, il est donc très difficile d’abandonner notre lecture avant la dernière page. Au niveau du dessin, il n’est plus trop nécessaire de présenter Richard Guérineau, déjà auteur de quelques albums marquants (dont certaines adaptations de Jean Teulé, mais pas que !) Son trait réaliste propose un aspect légèrement caricatural qui accentue l’expressivité de ses personnages, ce qui convient parfaitement au présent récit. Mais ce qui est le plus remarquable à mes yeux dans « Seul le silence » est son emploi de la couleur qui évolue en fonction des époques, conférant aux premiers chapitres une ambiance que n’aurait pas renié Steinbeck pour évoluer vers un style de plus en plus coloré qui rappellera peut-être à certains d’entre vous les séries policières américaines des années 70. C’est à la fois très esthétique, pratique pour nous situer dans le temps et adéquat vis-à-vis du récit qui voit le héros évoluer avec les années. Au final, Seul le silence est un polar très noir qui m’aura énormément plu pour de multiples raisons. Une très bonne pioche ! Je recommande chaudement !!
Seules à Berlin
Au premier regard cette oeuvre peut paraître austère, dure à lire. En effet, le dessin N&B peut rebuter, les textes extraits des carnets des deux héroïnes peuvent sembler longs... Mais tout cela est complètement maîtrisé par Juncker. Il nous déroule un double récit cru, sans concession, et atrocement subtile sur cette période sombre de l'histoire allemande, et que l'on pourrait extrapoler au sort des femmes sur chaque terrain de guerre. Je l'ai lu d'une traite... Le tout est parfaitement écrit et dessiné, il n'y a pas une case ou un mot de trop!