Le coup de coeur est essentiellement graphique. En effet c'est en feuilletant cet album que j'ai eu envie de le lire, rien que pour son aspect visuel.
Roc Espinet est un auteur espagnol qui a en effet des crayons (numériques ?) virtuoses, une telle envolée dans le dessin ne pouvait pas passer inaperçue. J'avoue m'être plusieurs fois arrêté dans ma lecture pour bien regarder les planches : des décors fouillés, des créatures fort inquiétantes, et des personnages virevoltants forment l'essentiel de son univers. Et même si parfois il y a des petits soucis de proportions (Litha a par moments des grosses cuisses, puis plus loin une taille de guêpe), on se laisse emporter par cette orgie graphique.
Au niveau de l'histoire c'est quand même assez sympa, avec une île légendaire (et interdite) au large d'une nation polynésienne un brin engoncée dans ses traditions séculaires. Une jeune fille téméraire décide un beau jour d'éclaircir ce mystère, et se rendre compte que ce domaine interdit lui est étroitement lié.
Divinités, créatures démoniaques, monstres surgis des profondeurs, tous les ingrédients de l'aventure sont bel et bien là.
Je me suis régalé à lire cette série "aux couleurs de l'Afrique". C'est pour le moment la série de la collection Harmattan BD que je préfère.
Cette histoire peut être lue à partir de 8 ans et les adultes y trouveront de quoi aiguillonner leur curiosité sur l'histoire du thé. J'ai trouvé le scénario d'Elanni et de Djaï très réussi.
L'histoire d'Adjoua, jeune Ivoirienne moderne et courageuse s'articule autour des trois parties d'un proverbe Touareg sur le thé : "Fort comme le vie, amer comme l'amour et suave comme la mort".
Le scénario mêle des éléments historiques qui nous emmènent du Maroc à la Sierra Léone et ses blood diamants pour finir en Chine berceau historique d'une plante qui a fait couler beaucoup de sang.
Le récit est bien structuré, nerveux et rapide. Les auteurs ont su équilibrer les passages historiques très intéressants avec une partie romanesque à fort tension émotionnelle. Le personnage d'Adjoua est vraiment attachant et son côté ouverte au monde m'a séduit.
Le graphisme de Koffi Roger s'inscrit dans un style réaliste un peu naïf qui ouvre le récit aux enfants aussi bien qu'aux adultes. Son trait un peu figé me rappelle les séries 80's mais c'est compensé par une modernité d'esprit.
Une lecture rapide ouverte à tous qui m'a beaucoup plu.
Cette BD est un superbe récit à la fois fantastique, sensuel et empli de suspense, dans lequel le surnaturel se fait une place dans le monde réel à travers deux histoires menées en parallèle, qui s’entrecroisent progressivement et finissent par se rejoindre avec un premier tome qui se termine sur un « cliffhanger haletant » qui ne donne qu’une envie : ouvrir le 2ème tome.
Le personnage d’Ambroise, harpiste confirmé aspirant à devenir professionnel est celui qui fait le lien entre ces deux récits :
Le premier raconte la façon dont une métamorphe (créature fantastique capable de prendre n’importe quelle apparence) tente de le séduire sans lui dévoiler sa nature, alors que le second décrit l’insertion difficile d’Ambroise dans un orchestre où joue déjà sa sœur percussionniste. La formation musicale est traversée de sourdes tensions en raison notamment des agissements d’un corbeau malveillant et des rivalités, conflits ou attirances dans l’orchestre.
Les interactions entre personnages (humains ou fantastiques) sont très riches de désirs exprimés ou refoulés, de sentiments généreux ou plus obscurs qui créent mystère et suspense. Les personnages eux-mêmes sont finement dessinés dans toutes leur diversités.
Un des autres intérêts du récit est de laisser beaucoup de zones d’ombre et de mystère sur les nombreux personnages principaux et secondaires dont l’on découvre peu à peu certains secrets ou motivations, alors que d’autres restent dans l’ombre au moins pour le premier tome.
Ainsi par exemple, Ambroise reste froidement indifférent à toutes les variantes d’incarnations classiques de la séduction (de la pin-up à la sportive en passant par la fille d’à côté ou la lectrice…), et c’est par un jeu de billard à deux bandes inattendu et surprenant que se révélera à lui celle qui correspond à son attente profonde : une femme plus grande que lui dans tous les domaines : que ce soit par sa reconnaissance artistique internationale, sa force de caractère, sa maturité d’âge, l’amplitude généreuse de son corps… sachant qu’une possible clé sur l’explication de cette correspondance nous est donnée ensuite plus loin dans le récit.
L’histoire joue avec virtuosité sur les thèmes des relations multiples de l’amour et du désir, de la vérité et de la dissimulation, de la confiance et de la trahison...
L’illustration est très réussie : les dessins fins et précis de Thomas Le Boucher sont aussi excellents lorsqu’ils représentent le monde « normal » avec finesse et réalisme, que lorsqu’ils dépeignent l’intrusion du fantastique dont certaines scènes sont dignes de certains tableaux de Jérôme Bosch, ou lorsqu’il représentent des extraits (souvent très drôles) du carnet à dessins d’Ambroise qui illustre les moments importants de sa vie.
La qualité des dessins est mise au service d’un scénario découpé de façon vive et dynamique, très cinématographique.
Quelques années après avoir lu Economix, et quelque mois après la lecture d'Le Monde sans fin, j'ai un peu trainé à acheter celui-ci. Je me disais "est-ce que je vais apprendre quelque chose de nouveau ? " Eh bien oui. Le questionnement est plus proche de économix : comment en arrive-t-on à autant d'inégalités sociales, pourquoi l'économie finance-t-elle si mal nos hôpitaux et nos écoles ? Mais c'est une étude historique qui va jusqu'à des propositions, ce qui nous laisse moins dans la déprime, et en ces temps, c'est plutôt une bonne chose ! La prise en compte du fait que notre vieille Europe s'est construite sur l'esclavage, nous mènera assurément vers des solutions différentes de celles de Jancovici qui insidieusement continue dans cette voie...
1. le parti graphique est très efficace et agréable. Les lecteurs de la revue dessinée retrouveront les pages pastelles et souvent bicolores de Benjamin Adam, où les contrastes forts de valeur entre les cases donnent un rythme visuel et un cadre sécurisant. Dans le même esprit, les bulles noires ou blanches aident à suivre les personnages dans leurs dialogues. Chaque chapitre s'appuie sur un fond de couleur différente, ce qui fait qu'on pourra le retrouver (intéressant dans une BD/thèse, où le fond est roboratif et complexe, il faut parfois faire des retours en arrière)
2. l'idée de découper les étapes de l'histoire suivant les aventures d'une famille aurait pu sembler artificielle, et même si les anachronismes langagiers ne manquent pas, le sous-texte de l'histoire familiale nous aide vraiment à fixer notre attention. Les caractères des personnages, installés dans leur généalogie et leur environnement social et historique, réussissent à nous toucher malgré leur discours parfois didactique. On ressent que les choix idéologiques sont liés à des habitudes familiales mais aussi à des intérêts financiers qui se modifient avec les évolutions géopolitiques du monde.
3. Quelques chiffres, quelques dates, , on prend parfois à parti le lecteur, et c'est une histoire de l'économie en France jusqu'à nous en 2020 ! Après le covid, après me-too, l'album se termine par 6 propositions de Thomas Piketty pour diminuer les inégalités sociales au niveau européen. Des propositions de modification du droit social des entreprises, de la fiscalité du patrimoine, une taxe carbone progressive (et non proportionnelle) , bref des outils atteignables.
Contrairement au "monde sans fin" de Blain et Jancovici qui assoient leur solution sur la continuation du pillage de l'uranium dans des pays lointains, sans se soucier de la légitimité de ce choix, ici l'objectif est bien de réduire les inégalités d'abord. Redistribuer différemment et éduquer mieux, pour que les décisions puissent être prise de manière légitime. Bel objectif, qui me parle plus en tout cas !
Adapté du roman d’Olivier Guez « La Disparition de Joseph Mengele (prix Renaudot 1987), cet album raconte la cavale d’un des hauts responsables des horreurs commises par les Nazis : le tristement célèbre « médecin d’Auschwitz ». Resté dans l’histoire comme celui qui a pratiqué des expériences médicales souvent mortelles sur des hommes, des femmes et même des enfants, Mengele a réussi à passer à travers les mailles du filet et à fuir en Amérique Latine. L’histoire commence alors que Mengele alias Helmut Gregor débarque en Argentine, pays d’accueil des Nazis en fuite. Le récit est très bien construit, avec des flash-backs très noirs qui rappellent le rôle qu’il a joué à Auschwitz. Dans un premier temps, on assiste assez médusés à la vie d’expat des Nazis qui n'ont rien perdu de leurs convictions idéologiques et qui, depuis leurs résidences luxueuses, envisagent la renaissance de l’Allemagne nazie sous le nom de IVe Reich. Dans un second temps, la pression des services secrets israéliens et l’enlèvement d’Eichmann font basculer le récit dans une fuite sans répit jusqu’à la mort. Le scénario est fidèle à l’histoire, un peu rapide sur certains points mais on ne peut pas tout développer. Il aborde aussi la question des procès, de l’après-guerre en Allemagne et de la place des anciens Nazis dans la société ainsi que le rôle des familles de Nazis qui tout en soutenant financièrement leur parent en exil ont, elles aussi, repris une vie normale sans être inquiétées. Le scénario est très cohérent et se développe chronologiquement puisqu’on suit le personnage jusqu’à sa mort. Le très beau dessin restitue parfaitement ces ambiances lourdes que ce soit à Auschwitz avec des couleurs presque noires ou en Amérique du Sud. Mailliet fait d’ailleurs un usage du noir tout à fait intéressant le faisant apparaitre là où on ne l’attend pas forcément, alourdissant les ambiances même quand la scène se déroule au soleil. Un très bon album qui remet en lumière la grande question de la justice internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Trés surpris des avis précédents !
Pour ma part je trouve le dessin sublime et je considère ce comics comme un chef d'œuvre.
Evidemment il faut être ouvert à la fantaisie pour en apprécier le sel
Enfin ! Enfin j'ai lu Les Indociles ! Je guignais cette grosse BD de plus de 400 pages depuis sa sortie qui s'est faite sans tambour ni trompette fin 2022. Plus exactement, il s'agit d'une intégrale réunissant les 5 tomes originels parus entre février 2012 et janvier 2016, agrémentée d'un petit bonus.
Bref ! Sur le net, rien, aucun écho, ou quasi. Côté avis des lecteurs, une seule critique du tome 1 publiée sur PlanetBd, au demeurant peu engageante. Au dos de la BD elle-même, pas mieux. En guise de résumé, ce court extrait de dialogue :
- Papa, ça veut dire quoi communiste ?
- Appelle-moi pas papa.
Plutôt succinct. Difficile d'acheter ce pavé à plus de cinquante balles dans de telles conditions. Pourtant, quelque chose me titillait. Le dessin déjà me séduisait, malgré l'avis du site pré-cité dont l'auteur lui attribuait à peine la moyenne. Dur ! Enfin, autour de moi, personne ne semblait avoir entendu parler de cette série. 416 pages, ça fait quand même 3,5 centimètres d'épaisseur, et ça pèse une tonne ! En somme, une belle bête qui ne passe pas inaperçue en principe.
Et puis c'est mon grand refré qui a tranché la question, m'offrant le pavé sans crier gare. Alors du coup, nous y voilà !
Et bien c'est génial ! Je suis tombé sous le charme de ce coup de crayon gracieux soutenu par une mise en couleur tout à fait convaincante. Pitch Comment propose un genre de gaufrier non conventionnel. Les bords des cases sont flottant, certaines ne comportant d'ailleurs aucun bord. Parfois une case plus grande vient casser le rythme, plus rarement une pleine page. Le trait de Comment est subtil, délicat, très fluide, et rend le mouvement dans toute sa spontanéité. Attitudes et expressions sont croquées avec justesse, les personnages sont de suite reconnaissables malgré leur nombre conséquent, et malgré les années qui passent (Les indociles est une histoire qui s'étale sur presque 7 décennies !). Notre duo d'auteurs possède en outre un sens de l’ellipse remarquable. On saute d'une scène à l'autre ou d'une époque à l'autre avec une aisance naturelle. Bref ! C'est une grande réussite. J'adore !
Le scénario quant à lui ne manque pas non plus de saveur, et c'est peu de le dire. On est loin, très loin, à des années lumière même de ce scénario "ennuyeux et guère convaincant" évoqué par le confrère. Déjà, on suit une bande de potes depuis les années 60 jusqu'aux années 2000, et même jusqu'à aujourd'hui si l'on inclut le bonus de cette intégrale. C'est ambitieux certes, et étant donnée la nature du projet, il faut avoir quelque chose à raconter. Après une préface aussi drôle qu'énigmatique, signé par un certain Stéphane Babey, rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique suisse romand Vigousse, on pénètre dans le vif du sujet. Dans la série originale, chaque tome porte le nom de l'un des protagonistes principaux associé à une décennie. Tout commence ainsi dans les années 60 quand, en plein cœur d'un Jura Suisse étouffé par les convenances, une bande de jeunes crée une communauté dont le lecteur va suivre l'évolution jusqu'à nos jours, ainsi que la transmission de cette utopie à leur progéniture, bon gré mal gré. A ce stade, il m'est vraiment difficile de ne pas en dire plus tant j'ai été embarqué par le rythme incroyable de cette saga. J'étais avec les personnages au quotidien, j'ai vécu leurs espoirs, leurs déconvenues. J'ai ri, j'ai supporté leurs hypocrisies parfois, ressenti leurs joies, leurs peines, leurs frustrations... Parce que j'étais mal parfois. Certains passages sont vraiment durailles, et certains personnages assez antipathiques, sans toutefois l'être totalement. Mais tout sonne juste. On sent que les anecdotes fleurent le vécu. Allez ! J'arrête là pour ce qui est du récit. Il serait dommage de dévoiler la substantifique moelle des Indociles. Je me contenterai d'ajouter que les dialogues sont vraiment excellents, au point que je me demande si Olivier Hervé a réellement lu la même BD que moi, lui qui les jugeait "sans relief". Ils ont au contraire si vivants qu'on les croirait enregistrés dans le jus.
Mais au-delà du scénario, en toile de fond, cette histoire si proche de nous (de l'humain qui est en nous s'entend) dresse le bilan de plus de soixante ans de vie politique suisse mais aussi française, puisque cette dernière est très présente. Gardons en effet à l'esprit que nous sommes dans une région frontalière ! En leur temps, Bakounine et Gustave Courbet y avaient trouvé refuge... Alors oui, au-delà du scénario disais-je, il y a soixante années bercées d'utopies et de désillusions. Et aujourd'hui ? Y a-t-il encore une alternative à créer ? Quels espoirs sont encore susceptibles de porter les jeunes générations ? Que reste-t-il des rêves de liberté des sixties ? Toutes ces questions sont posées ici et les auteurs y apportent quelques réponses avec cette fin suspendue.
Bref ! Les Indociles est un monstre. Ça cause d'utopie et de politique, bien entendu, mais ça parle aussi d'amour, d'amitié, de sexualité, de paternité, de transmission, de trahison, d'avenir... C'est une saga formidable à échelle d'être humain, une histoire en 3D dont les contours se dévoilent à l'aune de l'actualité passée et présente. Rien que pour ça, Camille Rebetez et Pitch Comment sont largement parvenus à donner vie à leur ambition, avec un brio rare. Il y a dans ce pavé un cœur qui bat, fort et clair. Et pour qui sait écouter, on peut y entendre une voix qui nous enjoint de tracer son propre chemin, loin des sentiers battus.
Personne ne s'est dévoué à poster cet album, sans doute ma meilleure lecture BD de 2022. Sélectionné à Angoulême 2023, il n'a pas eu l'honneur d'un prix. Mais il faut dire que Ludovic Debeurme avait déjà eu les honneurs pour son album Lucille et aussi plusieurs sélections auparavant.
C'est sûrement ici son histoire la plus personnelle. A part peut-être Ludologie mais je ne l'ai pas lu. L'auteur se met en scène avec la finesse de son trait. Il arrive avec sa petite famille dans une maison de bord de mer comme il l'a toujours souhaité et cela lui rappelle sa maison d'enfance. La falaise est toute proche (comme d'ailleurs sur la couverture du susdit Ludologie). La vue panoramique, sur l'écume entre autres. La cendre quant à elle est plutôt celle des gens qui ne sont plus là et qu'on disperse au gré du vent. Il aménage le jardin, découpe un arbre déraciné. Un arbre qui symbolise en quelque sorte une généalogie comme on peut le voir en couverture.
Un bon pavé où l'auteur s'interroge et nous avec sur le temps qui passe, ses relations familiales à un âge où ses parents s'en vont et lui donne la vie à son tour, comme un relais entre les époques. Des souvenirs remontent. Ça ne parlera peut-être pas à tout le monde mais j'ai trouvé ce récit émouvant.
Mise à jour suite à lecture du dernier tome.
C'est un Père Noël lubrique qui m'a déposé ces deux albums au pied du sapin. Mais c'est aussi un Père Noël saligaud, merde il en manque un, je suis en plein coït interrompu. Sniff sniff.
Je viens de dévorer ces deux tomes en un après-midi. Un délice visuel sur un scénario en béton.
Un sucre d'orge à lécher, sucer ou croquer suivant ses envies.
Une soirée mondaine, Iris et Simon s'ennuient, leurs regards se croisent et il en découlera une nuit torride. Elle se sauve au petit matin, elle doit retrouver Bruno, son mari. Mais cette nuit aura laissée des traces indélébiles. Je vous laisse le plaisir de découvrir la suite.
Un récit qui explore les méandres du plaisir, de la séduction, du désir, du dominant(e)/dominé(e), de la trahison et de l'amour.
Nos personnages principaux sont entourés d'une kyrielle de seconds rôles aux personnalités diverses et intrigantes.
Une narration faite des voix off de nos protagonistes qui donne une ambiance intemporelle. Tout ce petit monde est attachant et nous fait découvrir le monde de la nuit et de ses soirées où le sexe sous toutes ses formes est le maître mot. Mais aussi le monde de l'art et celui des rapports humains dans toutes ses contradictions.
Un noir et blanc de toute beauté où juste le rouge fait éruption pour apporter cette touche de sensualité et d'érotisme.
Un trait fin, léché, qui retranscrit les émotions et le plaisir. Il suffit de regarder le mordillement des lèvres de ces dames.
Une merveille.
Ça titille, ça émoustille.Mais là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir.
Faites-vous du bien.
Moi je vais de ce pas me procurer le tome 3.
Tome 3
Quel bonheur de lire ce troisième opus qui explore les profondeurs de l'âme humaine.
Une osmose parfaite entre narration et dessin. Une narration d'une grande justesse, poignante. Un dessin d'un érotisme rare, hypnotisant.
Je ne peux que vous en conseiller la lecture que vous soyez ou non un adepte de ce genre.
Je monte ma note à 5 étoiles.
Tome 4
Ce dernier tome clos de bien belle manière les aventures de nos protagonistes, entre désespoir et joie, entre solitude et amour. Il suffit parfois d'une étincelle ....
Une narration toujours maîtrisée, toujours juste et toujours avec son lot de surprises. On ne peut que s'attacher à tous ces personnages bien différents, chacun avec sa part d'ange et sa part de démon.
La partie graphique évolue dans cet album, puisque une autre couleur apparaît, le mauve, celui des iris, pour mieux visualiser le début de la transformation d'Iris jusqu'à une pleine colorisation lorsqu'elle sera passée de chrysalide à papillon.
Visuellement, ça transpire de sensualité et la mise en page permet d'en prendre plein les yeux.
En fin d'album, un magnifique artbook.
Dans le genre, un must have.
Culte et re,re coup de cœur.
Avec cet album, c'est ma première découverte du travail de Pierre-Henry Gomont. Croisé sur le stand de Sarbacane au festival d'Angoulême de cette année, j'ai sauté sur l'occasion après avoir lu pas mal d'avis dithyrambiques sur ses albums.
Et bien m'en a pris, car c'est plus qu'une bonne surprise ! "Les nuits de Saturne" se révèle être une BD prenante de bout en bout, aux personnages forts et atypiques. Lancés sur les rails d'une vengeance toute programmée, tout cela déraille de façon certaine pour nous sortir des poncifs attendus. Clovis, ex taulard en mal de vengeance va croiser la route de l'étrange et évanescente Césaria. Ce duo improbable que même Clovis semble honnir va finalement s'imposer dans la douleur. On est happés par cette relation articulée autour de cette soif de vengeance d'une part grâce à la très bonne construction du récit qui nous dévoile par touches impressionnistes le passé d'activiste de Clovis, et d'autre part par la fabuleuse colorisation à l'aquarelle de Gomont ! Que c'est beau ! Que les ambiances sont réussies ! Qu'il s'agisse des paysages ou des intérieurs de boîte de nuit, des expressions ou postures des personnages, tout sonne juste et s'accorde à merveille !
Bref ! Une très belle et bonne découverte que je recommande chaudement ! Il me reste maintenant à me pencher sur le reste de sa production...
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Harpoon
Le coup de coeur est essentiellement graphique. En effet c'est en feuilletant cet album que j'ai eu envie de le lire, rien que pour son aspect visuel. Roc Espinet est un auteur espagnol qui a en effet des crayons (numériques ?) virtuoses, une telle envolée dans le dessin ne pouvait pas passer inaperçue. J'avoue m'être plusieurs fois arrêté dans ma lecture pour bien regarder les planches : des décors fouillés, des créatures fort inquiétantes, et des personnages virevoltants forment l'essentiel de son univers. Et même si parfois il y a des petits soucis de proportions (Litha a par moments des grosses cuisses, puis plus loin une taille de guêpe), on se laisse emporter par cette orgie graphique. Au niveau de l'histoire c'est quand même assez sympa, avec une île légendaire (et interdite) au large d'une nation polynésienne un brin engoncée dans ses traditions séculaires. Une jeune fille téméraire décide un beau jour d'éclaircir ce mystère, et se rendre compte que ce domaine interdit lui est étroitement lié. Divinités, créatures démoniaques, monstres surgis des profondeurs, tous les ingrédients de l'aventure sont bel et bien là.
Légère amertume (une histoire du thé)
Je me suis régalé à lire cette série "aux couleurs de l'Afrique". C'est pour le moment la série de la collection Harmattan BD que je préfère. Cette histoire peut être lue à partir de 8 ans et les adultes y trouveront de quoi aiguillonner leur curiosité sur l'histoire du thé. J'ai trouvé le scénario d'Elanni et de Djaï très réussi. L'histoire d'Adjoua, jeune Ivoirienne moderne et courageuse s'articule autour des trois parties d'un proverbe Touareg sur le thé : "Fort comme le vie, amer comme l'amour et suave comme la mort". Le scénario mêle des éléments historiques qui nous emmènent du Maroc à la Sierra Léone et ses blood diamants pour finir en Chine berceau historique d'une plante qui a fait couler beaucoup de sang. Le récit est bien structuré, nerveux et rapide. Les auteurs ont su équilibrer les passages historiques très intéressants avec une partie romanesque à fort tension émotionnelle. Le personnage d'Adjoua est vraiment attachant et son côté ouverte au monde m'a séduit. Le graphisme de Koffi Roger s'inscrit dans un style réaliste un peu naïf qui ouvre le récit aux enfants aussi bien qu'aux adultes. Son trait un peu figé me rappelle les séries 80's mais c'est compensé par une modernité d'esprit. Une lecture rapide ouverte à tous qui m'a beaucoup plu.
47 Cordes
Cette BD est un superbe récit à la fois fantastique, sensuel et empli de suspense, dans lequel le surnaturel se fait une place dans le monde réel à travers deux histoires menées en parallèle, qui s’entrecroisent progressivement et finissent par se rejoindre avec un premier tome qui se termine sur un « cliffhanger haletant » qui ne donne qu’une envie : ouvrir le 2ème tome. Le personnage d’Ambroise, harpiste confirmé aspirant à devenir professionnel est celui qui fait le lien entre ces deux récits : Le premier raconte la façon dont une métamorphe (créature fantastique capable de prendre n’importe quelle apparence) tente de le séduire sans lui dévoiler sa nature, alors que le second décrit l’insertion difficile d’Ambroise dans un orchestre où joue déjà sa sœur percussionniste. La formation musicale est traversée de sourdes tensions en raison notamment des agissements d’un corbeau malveillant et des rivalités, conflits ou attirances dans l’orchestre. Les interactions entre personnages (humains ou fantastiques) sont très riches de désirs exprimés ou refoulés, de sentiments généreux ou plus obscurs qui créent mystère et suspense. Les personnages eux-mêmes sont finement dessinés dans toutes leur diversités. Un des autres intérêts du récit est de laisser beaucoup de zones d’ombre et de mystère sur les nombreux personnages principaux et secondaires dont l’on découvre peu à peu certains secrets ou motivations, alors que d’autres restent dans l’ombre au moins pour le premier tome. Ainsi par exemple, Ambroise reste froidement indifférent à toutes les variantes d’incarnations classiques de la séduction (de la pin-up à la sportive en passant par la fille d’à côté ou la lectrice…), et c’est par un jeu de billard à deux bandes inattendu et surprenant que se révélera à lui celle qui correspond à son attente profonde : une femme plus grande que lui dans tous les domaines : que ce soit par sa reconnaissance artistique internationale, sa force de caractère, sa maturité d’âge, l’amplitude généreuse de son corps… sachant qu’une possible clé sur l’explication de cette correspondance nous est donnée ensuite plus loin dans le récit. L’histoire joue avec virtuosité sur les thèmes des relations multiples de l’amour et du désir, de la vérité et de la dissimulation, de la confiance et de la trahison... L’illustration est très réussie : les dessins fins et précis de Thomas Le Boucher sont aussi excellents lorsqu’ils représentent le monde « normal » avec finesse et réalisme, que lorsqu’ils dépeignent l’intrusion du fantastique dont certaines scènes sont dignes de certains tableaux de Jérôme Bosch, ou lorsqu’il représentent des extraits (souvent très drôles) du carnet à dessins d’Ambroise qui illustre les moments importants de sa vie. La qualité des dessins est mise au service d’un scénario découpé de façon vive et dynamique, très cinématographique.
Capital & Idéologie
Quelques années après avoir lu Economix, et quelque mois après la lecture d'Le Monde sans fin, j'ai un peu trainé à acheter celui-ci. Je me disais "est-ce que je vais apprendre quelque chose de nouveau ? " Eh bien oui. Le questionnement est plus proche de économix : comment en arrive-t-on à autant d'inégalités sociales, pourquoi l'économie finance-t-elle si mal nos hôpitaux et nos écoles ? Mais c'est une étude historique qui va jusqu'à des propositions, ce qui nous laisse moins dans la déprime, et en ces temps, c'est plutôt une bonne chose ! La prise en compte du fait que notre vieille Europe s'est construite sur l'esclavage, nous mènera assurément vers des solutions différentes de celles de Jancovici qui insidieusement continue dans cette voie... 1. le parti graphique est très efficace et agréable. Les lecteurs de la revue dessinée retrouveront les pages pastelles et souvent bicolores de Benjamin Adam, où les contrastes forts de valeur entre les cases donnent un rythme visuel et un cadre sécurisant. Dans le même esprit, les bulles noires ou blanches aident à suivre les personnages dans leurs dialogues. Chaque chapitre s'appuie sur un fond de couleur différente, ce qui fait qu'on pourra le retrouver (intéressant dans une BD/thèse, où le fond est roboratif et complexe, il faut parfois faire des retours en arrière) 2. l'idée de découper les étapes de l'histoire suivant les aventures d'une famille aurait pu sembler artificielle, et même si les anachronismes langagiers ne manquent pas, le sous-texte de l'histoire familiale nous aide vraiment à fixer notre attention. Les caractères des personnages, installés dans leur généalogie et leur environnement social et historique, réussissent à nous toucher malgré leur discours parfois didactique. On ressent que les choix idéologiques sont liés à des habitudes familiales mais aussi à des intérêts financiers qui se modifient avec les évolutions géopolitiques du monde. 3. Quelques chiffres, quelques dates, , on prend parfois à parti le lecteur, et c'est une histoire de l'économie en France jusqu'à nous en 2020 ! Après le covid, après me-too, l'album se termine par 6 propositions de Thomas Piketty pour diminuer les inégalités sociales au niveau européen. Des propositions de modification du droit social des entreprises, de la fiscalité du patrimoine, une taxe carbone progressive (et non proportionnelle) , bref des outils atteignables. Contrairement au "monde sans fin" de Blain et Jancovici qui assoient leur solution sur la continuation du pillage de l'uranium dans des pays lointains, sans se soucier de la légitimité de ce choix, ici l'objectif est bien de réduire les inégalités d'abord. Redistribuer différemment et éduquer mieux, pour que les décisions puissent être prise de manière légitime. Bel objectif, qui me parle plus en tout cas !
La Disparition de Josef Mengele
Adapté du roman d’Olivier Guez « La Disparition de Joseph Mengele (prix Renaudot 1987), cet album raconte la cavale d’un des hauts responsables des horreurs commises par les Nazis : le tristement célèbre « médecin d’Auschwitz ». Resté dans l’histoire comme celui qui a pratiqué des expériences médicales souvent mortelles sur des hommes, des femmes et même des enfants, Mengele a réussi à passer à travers les mailles du filet et à fuir en Amérique Latine. L’histoire commence alors que Mengele alias Helmut Gregor débarque en Argentine, pays d’accueil des Nazis en fuite. Le récit est très bien construit, avec des flash-backs très noirs qui rappellent le rôle qu’il a joué à Auschwitz. Dans un premier temps, on assiste assez médusés à la vie d’expat des Nazis qui n'ont rien perdu de leurs convictions idéologiques et qui, depuis leurs résidences luxueuses, envisagent la renaissance de l’Allemagne nazie sous le nom de IVe Reich. Dans un second temps, la pression des services secrets israéliens et l’enlèvement d’Eichmann font basculer le récit dans une fuite sans répit jusqu’à la mort. Le scénario est fidèle à l’histoire, un peu rapide sur certains points mais on ne peut pas tout développer. Il aborde aussi la question des procès, de l’après-guerre en Allemagne et de la place des anciens Nazis dans la société ainsi que le rôle des familles de Nazis qui tout en soutenant financièrement leur parent en exil ont, elles aussi, repris une vie normale sans être inquiétées. Le scénario est très cohérent et se développe chronologiquement puisqu’on suit le personnage jusqu’à sa mort. Le très beau dessin restitue parfaitement ces ambiances lourdes que ce soit à Auschwitz avec des couleurs presque noires ou en Amérique du Sud. Mailliet fait d’ailleurs un usage du noir tout à fait intéressant le faisant apparaitre là où on ne l’attend pas forcément, alourdissant les ambiances même quand la scène se déroule au soleil. Un très bon album qui remet en lumière la grande question de la justice internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Manhattan Projects (Projets Manhattan)
Trés surpris des avis précédents ! Pour ma part je trouve le dessin sublime et je considère ce comics comme un chef d'œuvre. Evidemment il faut être ouvert à la fantaisie pour en apprécier le sel
Les Indociles
Enfin ! Enfin j'ai lu Les Indociles ! Je guignais cette grosse BD de plus de 400 pages depuis sa sortie qui s'est faite sans tambour ni trompette fin 2022. Plus exactement, il s'agit d'une intégrale réunissant les 5 tomes originels parus entre février 2012 et janvier 2016, agrémentée d'un petit bonus. Bref ! Sur le net, rien, aucun écho, ou quasi. Côté avis des lecteurs, une seule critique du tome 1 publiée sur PlanetBd, au demeurant peu engageante. Au dos de la BD elle-même, pas mieux. En guise de résumé, ce court extrait de dialogue : - Papa, ça veut dire quoi communiste ? - Appelle-moi pas papa. Plutôt succinct. Difficile d'acheter ce pavé à plus de cinquante balles dans de telles conditions. Pourtant, quelque chose me titillait. Le dessin déjà me séduisait, malgré l'avis du site pré-cité dont l'auteur lui attribuait à peine la moyenne. Dur ! Enfin, autour de moi, personne ne semblait avoir entendu parler de cette série. 416 pages, ça fait quand même 3,5 centimètres d'épaisseur, et ça pèse une tonne ! En somme, une belle bête qui ne passe pas inaperçue en principe. Et puis c'est mon grand refré qui a tranché la question, m'offrant le pavé sans crier gare. Alors du coup, nous y voilà ! Et bien c'est génial ! Je suis tombé sous le charme de ce coup de crayon gracieux soutenu par une mise en couleur tout à fait convaincante. Pitch Comment propose un genre de gaufrier non conventionnel. Les bords des cases sont flottant, certaines ne comportant d'ailleurs aucun bord. Parfois une case plus grande vient casser le rythme, plus rarement une pleine page. Le trait de Comment est subtil, délicat, très fluide, et rend le mouvement dans toute sa spontanéité. Attitudes et expressions sont croquées avec justesse, les personnages sont de suite reconnaissables malgré leur nombre conséquent, et malgré les années qui passent (Les indociles est une histoire qui s'étale sur presque 7 décennies !). Notre duo d'auteurs possède en outre un sens de l’ellipse remarquable. On saute d'une scène à l'autre ou d'une époque à l'autre avec une aisance naturelle. Bref ! C'est une grande réussite. J'adore ! Le scénario quant à lui ne manque pas non plus de saveur, et c'est peu de le dire. On est loin, très loin, à des années lumière même de ce scénario "ennuyeux et guère convaincant" évoqué par le confrère. Déjà, on suit une bande de potes depuis les années 60 jusqu'aux années 2000, et même jusqu'à aujourd'hui si l'on inclut le bonus de cette intégrale. C'est ambitieux certes, et étant donnée la nature du projet, il faut avoir quelque chose à raconter. Après une préface aussi drôle qu'énigmatique, signé par un certain Stéphane Babey, rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique suisse romand Vigousse, on pénètre dans le vif du sujet. Dans la série originale, chaque tome porte le nom de l'un des protagonistes principaux associé à une décennie. Tout commence ainsi dans les années 60 quand, en plein cœur d'un Jura Suisse étouffé par les convenances, une bande de jeunes crée une communauté dont le lecteur va suivre l'évolution jusqu'à nos jours, ainsi que la transmission de cette utopie à leur progéniture, bon gré mal gré. A ce stade, il m'est vraiment difficile de ne pas en dire plus tant j'ai été embarqué par le rythme incroyable de cette saga. J'étais avec les personnages au quotidien, j'ai vécu leurs espoirs, leurs déconvenues. J'ai ri, j'ai supporté leurs hypocrisies parfois, ressenti leurs joies, leurs peines, leurs frustrations... Parce que j'étais mal parfois. Certains passages sont vraiment durailles, et certains personnages assez antipathiques, sans toutefois l'être totalement. Mais tout sonne juste. On sent que les anecdotes fleurent le vécu. Allez ! J'arrête là pour ce qui est du récit. Il serait dommage de dévoiler la substantifique moelle des Indociles. Je me contenterai d'ajouter que les dialogues sont vraiment excellents, au point que je me demande si Olivier Hervé a réellement lu la même BD que moi, lui qui les jugeait "sans relief". Ils ont au contraire si vivants qu'on les croirait enregistrés dans le jus. Mais au-delà du scénario, en toile de fond, cette histoire si proche de nous (de l'humain qui est en nous s'entend) dresse le bilan de plus de soixante ans de vie politique suisse mais aussi française, puisque cette dernière est très présente. Gardons en effet à l'esprit que nous sommes dans une région frontalière ! En leur temps, Bakounine et Gustave Courbet y avaient trouvé refuge... Alors oui, au-delà du scénario disais-je, il y a soixante années bercées d'utopies et de désillusions. Et aujourd'hui ? Y a-t-il encore une alternative à créer ? Quels espoirs sont encore susceptibles de porter les jeunes générations ? Que reste-t-il des rêves de liberté des sixties ? Toutes ces questions sont posées ici et les auteurs y apportent quelques réponses avec cette fin suspendue. Bref ! Les Indociles est un monstre. Ça cause d'utopie et de politique, bien entendu, mais ça parle aussi d'amour, d'amitié, de sexualité, de paternité, de transmission, de trahison, d'avenir... C'est une saga formidable à échelle d'être humain, une histoire en 3D dont les contours se dévoilent à l'aune de l'actualité passée et présente. Rien que pour ça, Camille Rebetez et Pitch Comment sont largement parvenus à donner vie à leur ambition, avec un brio rare. Il y a dans ce pavé un cœur qui bat, fort et clair. Et pour qui sait écouter, on peut y entendre une voix qui nous enjoint de tracer son propre chemin, loin des sentiers battus.
La Cendre et l'écume
Personne ne s'est dévoué à poster cet album, sans doute ma meilleure lecture BD de 2022. Sélectionné à Angoulême 2023, il n'a pas eu l'honneur d'un prix. Mais il faut dire que Ludovic Debeurme avait déjà eu les honneurs pour son album Lucille et aussi plusieurs sélections auparavant. C'est sûrement ici son histoire la plus personnelle. A part peut-être Ludologie mais je ne l'ai pas lu. L'auteur se met en scène avec la finesse de son trait. Il arrive avec sa petite famille dans une maison de bord de mer comme il l'a toujours souhaité et cela lui rappelle sa maison d'enfance. La falaise est toute proche (comme d'ailleurs sur la couverture du susdit Ludologie). La vue panoramique, sur l'écume entre autres. La cendre quant à elle est plutôt celle des gens qui ne sont plus là et qu'on disperse au gré du vent. Il aménage le jardin, découpe un arbre déraciné. Un arbre qui symbolise en quelque sorte une généalogie comme on peut le voir en couverture. Un bon pavé où l'auteur s'interroge et nous avec sur le temps qui passe, ses relations familiales à un âge où ses parents s'en vont et lui donne la vie à son tour, comme un relais entre les époques. Des souvenirs remontent. Ça ne parlera peut-être pas à tout le monde mais j'ai trouvé ce récit émouvant.
Amabilia
Mise à jour suite à lecture du dernier tome. C'est un Père Noël lubrique qui m'a déposé ces deux albums au pied du sapin. Mais c'est aussi un Père Noël saligaud, merde il en manque un, je suis en plein coït interrompu. Sniff sniff. Je viens de dévorer ces deux tomes en un après-midi. Un délice visuel sur un scénario en béton. Un sucre d'orge à lécher, sucer ou croquer suivant ses envies. Une soirée mondaine, Iris et Simon s'ennuient, leurs regards se croisent et il en découlera une nuit torride. Elle se sauve au petit matin, elle doit retrouver Bruno, son mari. Mais cette nuit aura laissée des traces indélébiles. Je vous laisse le plaisir de découvrir la suite. Un récit qui explore les méandres du plaisir, de la séduction, du désir, du dominant(e)/dominé(e), de la trahison et de l'amour. Nos personnages principaux sont entourés d'une kyrielle de seconds rôles aux personnalités diverses et intrigantes. Une narration faite des voix off de nos protagonistes qui donne une ambiance intemporelle. Tout ce petit monde est attachant et nous fait découvrir le monde de la nuit et de ses soirées où le sexe sous toutes ses formes est le maître mot. Mais aussi le monde de l'art et celui des rapports humains dans toutes ses contradictions. Un noir et blanc de toute beauté où juste le rouge fait éruption pour apporter cette touche de sensualité et d'érotisme. Un trait fin, léché, qui retranscrit les émotions et le plaisir. Il suffit de regarder le mordillement des lèvres de ces dames. Une merveille. Ça titille, ça émoustille.Mais là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir. Faites-vous du bien. Moi je vais de ce pas me procurer le tome 3. Tome 3 Quel bonheur de lire ce troisième opus qui explore les profondeurs de l'âme humaine. Une osmose parfaite entre narration et dessin. Une narration d'une grande justesse, poignante. Un dessin d'un érotisme rare, hypnotisant. Je ne peux que vous en conseiller la lecture que vous soyez ou non un adepte de ce genre. Je monte ma note à 5 étoiles. Tome 4 Ce dernier tome clos de bien belle manière les aventures de nos protagonistes, entre désespoir et joie, entre solitude et amour. Il suffit parfois d'une étincelle .... Une narration toujours maîtrisée, toujours juste et toujours avec son lot de surprises. On ne peut que s'attacher à tous ces personnages bien différents, chacun avec sa part d'ange et sa part de démon. La partie graphique évolue dans cet album, puisque une autre couleur apparaît, le mauve, celui des iris, pour mieux visualiser le début de la transformation d'Iris jusqu'à une pleine colorisation lorsqu'elle sera passée de chrysalide à papillon. Visuellement, ça transpire de sensualité et la mise en page permet d'en prendre plein les yeux. En fin d'album, un magnifique artbook. Dans le genre, un must have. Culte et re,re coup de cœur.
Les Nuits de Saturne
Avec cet album, c'est ma première découverte du travail de Pierre-Henry Gomont. Croisé sur le stand de Sarbacane au festival d'Angoulême de cette année, j'ai sauté sur l'occasion après avoir lu pas mal d'avis dithyrambiques sur ses albums. Et bien m'en a pris, car c'est plus qu'une bonne surprise ! "Les nuits de Saturne" se révèle être une BD prenante de bout en bout, aux personnages forts et atypiques. Lancés sur les rails d'une vengeance toute programmée, tout cela déraille de façon certaine pour nous sortir des poncifs attendus. Clovis, ex taulard en mal de vengeance va croiser la route de l'étrange et évanescente Césaria. Ce duo improbable que même Clovis semble honnir va finalement s'imposer dans la douleur. On est happés par cette relation articulée autour de cette soif de vengeance d'une part grâce à la très bonne construction du récit qui nous dévoile par touches impressionnistes le passé d'activiste de Clovis, et d'autre part par la fabuleuse colorisation à l'aquarelle de Gomont ! Que c'est beau ! Que les ambiances sont réussies ! Qu'il s'agisse des paysages ou des intérieurs de boîte de nuit, des expressions ou postures des personnages, tout sonne juste et s'accorde à merveille ! Bref ! Une très belle et bonne découverte que je recommande chaudement ! Il me reste maintenant à me pencher sur le reste de sa production...