C’est con, ça partait vraiment bien… mais Cati Baur semble avoir eu du mal à trouver sa fin. Du coup, le dernier tiers de l’album perd beaucoup de son charme. Ca dérape (la soirée d’ouverture du café tourne au grand burlesque), ça s’égare (cette histoire de mur transformé en urinoir n’a pas grand intérêt) et ça se termine en eau de boudin (les deux frangines auraient quand même pu se renseigner un peu plus tôt sur le passé de leur bienfaitrice).
C’est con, car j’ai adoré les deux premiers tiers du récit. C’est un récit feelgood et tendance aux dialogues espiègles. Les personnages sont attachants et leurs profils si différents ne nous empêchent pas de croire en leur amitié. La mise en page est joueuse et je me suis amusé à ainsi voyager dans ces planches. Le dessin dégage une grande fraicheur et une spontanéité qui cadrent bien avec le récit. Les heureux hasards ne sont pas rares et nous rappellent au besoin que nous sommes devant un récit feelgood, mais ça reste relativement plausible et on a envie d’y croire.
Pour moi, il y a eu un problème de construction du récit. Le terminer au moment de l’inauguration m’aurait semblé plus opportun. Parler plus tôt du passé de la généreuse tante, et accorder plus d’espace à cette partie du récit auraient été plus judicieux.
Mais je ne veux que retenir le positif, ces deux premiers tiers qui m’ont vraiment beaucoup plu. Réel coup de cœur pour ceux-ci !
Cette bande dessinée est une franche réussite. J'avais beaucoup apprécié dans le passé Une affaire de caractères et ici je suis également complétement conquis. L'exercice de style et la lecture qui en découle est ultra jouissif.
Partant d'un postulat assez classique, deux personnes s'échangent leur bagages respectifs à l'insu de leur plein gré au prémice d'un week-end sur le quai d'une gare. Le parti pris de l'auteur, narration en miroir pour suivre les pérégrinations des deux protagonistes est juste magique tant leur déambulations et chassé-croisé vous captivent. Finiront-ils par physiquement se rencontrer ?
Souvent dans ce type de bd, la forme peut avoir raison du fond mais ici pas du tout, l'histoire est très prenante et la narration juste parfaite. Cet album se lit d'une traite.
C'est très bien illustré dans la veine ligne claire. Même sur ce plan là, rien à redire. Cet album frôle la perfection.
Bon on va pas tourner autour du pot, le label 619 a encore frappé !!
J’adore cette collection, elle nous propose toujours des albums soignés et c’est mené par une chouette génération d’auteurs fidèles. Il y en a du talent et ils ne cessent de s’améliorer au fil du temps.
Leur catalogue est rempli de pépites, Frontier ne déroge pas à la règle.
A mes yeux, une aussi belle surprise que Hoka Hey ! de Neyef, j’adore ces albums que l’on n’attend pas et qui te font Waouh. Comme son comparse avant lui, Guillaume Singelin franchit un cap en tant qu’auteur complet. J’aime ses précédentes œuvres mais là c’est la belle claque, ce sentiment est renforcé par la taille et la beauté de l’écrin.
J’ai adoré son style graphique et le parti pris du côté kawaii des personnages ne m’a absolument pas dérangé, chaque case est un délice de détails, et que dire des couleurs et des décors magnifiques, un plaisir pour les yeux.
Le tout est dans une narration impeccable pour une histoire fluide et prenante, c’est rempli de persos charismatiques et attachants (notre trio et leur petit compagnon en tête). Les thématiques développées sont passionnantes, divertissantes et intelligentes pour un récit dur mais plein d’optimisme, il y a un côté feel good bien agréable.
Un voyage spatial au top, je ne peux que conseiller sa découverte, un album fort attachant.
Lue dans le cadre professionnel, j'ai entamé cette BD avec certaines réticences qui sont rapidement tombées devant l'originalité de la chose.
D'abord graphiquement, il y a une force indéniable qui, pour autant que je puisse en juger, rend parfaitement compte de la vie intérieure de son frère, personnage central et autiste avéré. On est dans sa tête, on ressent ses émotions et, oui, on comprend ses réactions. Le récit est électrique et file à la vitesse de l'éclair, à l'image de ce grand personnage dégingandé, son frère donc. Très vite s'installe un sentiment de connivence très fort tant on se sent proche de lui. C'est franchement très immersif.
Quant au scénario, ma foi il est expédié d'une traite sans laisser aucun temps mort sur son passage. C'est souvent très drôle, oui. On imagine aisément la force de l'amour qui anima Emilie Gleason pour s'amuser de certaines situations, malgré le handicap, et surtout malgré cette fin dramatique qui vous coupe littéralement le souffle, au point qu'on se surprend à ressentir une tristesse aussi brutale qu'un coup de poing dans le bide.
Sur le sujet, voilà une lecture marquante et très recommandable, drôle, tendre et sans filtre, dont la forme est on-ne-peut plus originale.
Je suis vraiment tombé sous le charme de cette petite série de trois albums. J'ai été séduit par le scénario très bien construit, avec beaucoup de surprises proposées par Cazenove.
Pourtant le dessin de Cécile nous invite à lire cette série comme une production Jeunesse dans le sillage d'un Johan et Pirlouit. Cette idée est renforcée au tome1 par des histoires de sorcières, de potions ou de renard de compagnie qui rentrent bien dans un univers merveilleux dirigé vers un jeune lectorat.
Mais déjà une lecture attentive montre que Cazenove nous réserve quelques surprises comme s’il s'amusait à détourner les codes pour introduire des thématiques bien plus complexes.
On se retrouve vite dans une ambiance historique de la période Jeanne d'Arc où Cazenove nous fait visiter une salle de torture avec une description des outils du bourreau. L'auteur nous rappelle plus loin comment la justice expéditive pouvait mener au bûcher.
Comme tout bon héros le jeune Piik doit partir en quête d'un trésor. Géniale trouvaille de Cazenove que cette lettre-trésor qui invite Piik à découvrir cet immense trésor qu'est la lecture. Le scénario prend vite de la hauteur en tome 2 qui nous propose une réflexion sur le combat entre l'ignorance génitrice de peur et de violence et la lecture porte ouverte vers la liberté.
Le récit fourmille de rebondissements qui donnent de la profondeur aux personnages qui paraissaient insignifiants au début du récit. Jusqu'à la fin du tome 3 le récit m'a tenu en haleine pour savoir comment Piik qui a accédé à la liberté de choix va pouvoir utiliser ce pouvoir.
Le graphisme de Cécile fait contre-poids à ce récit qui rappelle des épisodes de "Slumdog millionaire" quand les enfants sont enlevés et martyrisés pour mendier. Ce décalage entre le message visuel très apaisant et le message textuel bien plus rude fait une partie du charme de la série. On trouve même du vocabulaire style moyenâgeux des "Visiteurs" bien loin d'une série jeunesse classique.
Cécile travaille dans un style de ligne claire qui plaira à un très large public. Ses personnages ont "la tête de l'emploi" et elle sait les rendre attachants ou repoussants à souhait.
En conclusion j'ai beaucoup aimé cette lecture car elle m'a surpris à de nombreux endroits. Évidemment des enfants n'auront probablement pas la même lecture que la mienne sur les nombreux détails qu'introduisent les auteurs. Ce sont ces détails qui incitent à aller au delà des apparences d'un visuel à la Disney qui cache un univers bien plus sombre.
Malgré cela le récit reste optimiste et se conclut par une très belle dernière planche comme un hommage à Victor Hugo.
Il était temps pour moi de retourner en librairie, après plusieurs semaines sans prendre connaissance des sorties récentes, et boum! Voilà t'y pas qu'est sorti un Chabouté y'a 2 jours. Béni soit le Dieu du destin, j'achète sans hésiter.
Je vais me répéter, mais le dessin de Chabouté sait m'absorber dès la première planche. Son style est pour moi l'art de la contemplation. Le muet occupe un tiers du récit, au début. Et puis, peu à peu, les personnages du musée font naître les phylactères. Certains sont immobiles, d'autres ont la bougeotte. Certains sont taiseux et pensifs quand d'autres bavardent, se querellent ou se questionnent. Ces personnages, ce sont tantôt les visiteurs du musée d'Orsay, tantôt les œuvres d'art qui, après une journée à les écouter sans bouger, prennent vie durant la nuit. Tout au long du récit, Chabouté nous fait alterner les moments diurnes et nocturnes. Le quotidien défile en même temps que le temps semble s'arrêter, dans un moment où le lecteur rencontre toutes ses œuvres traversant les âges.
La parole donnée aux peintures et aux sculptures amènent des situations tout à fait absurdes qui prêtent à rire (à commencer par Héraclès). Il y a beaucoup d'humour oui, mais aussi une simplicité poétique que je ne saurai pas décrire. Je vais simplement rappeler que Chabouté réussit encore à porter un regard artistique formidable sur des faits et évènements qui semblent basiques, dont on ne prête pas vraiment attention. Et, fait rare ressenti: Chabouté ne met pas autant en exergue la bêtise humaine ni sa cruauté. On retrouve sa vision critique et sombre bien sûr, mais je la trouve bien faible face aux passages qui redonnent foi en l'humanité. Peut-être que le fait de poser l'Art plutôt que l'Homme au centre de son récit lui fait changer d'état d'esprit.
Enfin, au niveau du dessin, c'est ce qui me fait ajouter le coup de coeur. Alors OK, de base j'adore. Mais là, c'est pas pareil. J'adore plus. Et je vais vous dire pourquoi en fait. A force de lire Chabouté, je trouvais le faciès des personnages assez répétitifs quelle que soit la BD. Grosso modo. Mais cette fois, et peut-être grâce à tous ses visiteurs éphémères qui vont qui viennent, l'auteur s'est amusé à jouer avec les formes pour nous offrir des visages et expressions bien plus variées qu'à l'accoutumée.
Après Yellow Cab, Chabouté prouve encore son audace (si tenté qu'il cherche à prouver quoi que ce soit). Voilà un objet curieux, au récit simple et poétique et dont le dessin rend l'ensemble profondément enivrant.
Dans tout ça, le lecteur peut jouer à s'identifier parmi tous ces visiteurs dessinés, il peut également se divertir ou s'interloquer devant les scènes nocturnes, ou encore réfléchir sur l'intérêt qu'il porte sur l'Art. Et par-dessus tout, j'espère qu'il n'en finira pas d'apprécier le monde incroyablement riche du quotidien, aussi basique semble-t-il être.
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui m’a un peu rappelé les romans de « La trilogie de Corfou » de Gerald Durrell (et la série télévisée qui en est tirée) : Charity se passionne elle aussi pour la nature, et notamment pour les animaux, qu’elle capture et étudie, transformant ainsi sa chambre en véritable ménagerie.
Il y a je trouve un double niveau de lecture intéressant : en surface on suit avec intérêt et amusement les déboires de Charity, ses machinations astucieuses mais pas toujours couronnées de succès, le tout saupoudré d’un humour qui m’a vraiment fait rire. Mais on peut aussi y voir une chronique sociale de la vie d’une jeune fille dans l’Angleterre victorienne, et tout ce que cela implique en termes d’attentes et de mœurs - une femme qui s’intéresse à la science, est-ce bien raisonnable ?
Le tome 2 s’intéresse à l’adolescence de Charity. Les thèmes sont un peu plus sombres, mais l’histoire est toujours aussi prenante et intéressante.
Le dessin d’Anne Montel fourmille de détails et les couleurs pastelles à l’aquarelle sont vraiment magnifiques… A ce titre je regrette personnellement le manque de décors sur de nombreuses cases. Je réalise parfaitement qu’il s’agit d’un choix des auteurs, mais les quelques cases « complètes » sont tellement belles.
Une lecture agréable et remplie de tendresse et d’humour. Vivement le troisième et dernier tome !
J’ai beaucoup aimé cette lecture, alors même que l’intrigue m’est apparue à la fois des plus légères (elle peut se résumer en quelques mots) et pas toujours des plus limpides. Mais malgré ces remarques, jamais je n’ai été tenté de renoncer, et j’ai lu cette histoire SF assez froide et manquant d’empathie avec plaisir, tournant les pages avec la quasi-certitude d’être surpris sur la suivante.
C’est en fait le travail graphique qui justifie mon coup de cœur. Et là pas de bémols. Pourtant cet aspect peut rebuter pas mal de lecteurs, comme l’intrigue peut en refroidir par sa relative obscurité. Mais j’ai trouvé très beau le travail de Legendre. Le Noir et Blanc tranché (agrémenté de rares et belles touches d’un rose chair), avec un jeu sur des formes géométriques et des représentations géantes de puces électroniques, tout cela donne un caché très original et fort à l’ensemble.
Une histoire moyennement convaincante, mais une mise en images superbe : un album original à découvrir.
C'est assurément la BD la plus honnête, la plus intelligente et la plus en phase avec l'idée de la débrouille/déprime et rigolade de la banlieue des années 80/90. Au point même que cette BD et son personnage Kebra - ô combien culte - devraient être étudiés en sociologie voire en sémiologie également (pourquoi pas après tout, l'argot de banlieue aussi a son âge d'or). Bref, j'adore, je collectionne et je recommande vivement cette lecture aussi délirante que… déridante !!! Big up à mon ami Jano et son acolyte Tramber. Respect éternel ! MooZ
J'ai découvert le manga avec l'anime qui a commencé, au moment où j'écris ses lignes,....la semaine dernière. C'était un mini-événement dans le monde des fans d'anime parce qu'au lieu de faire les 24 minutes habituelles, le premier épisode fait presque 90 minutes ! Et pour une bonne raison parce que cet épisode adapte tout le premier volume et dans ce tome il y a deux retournements de situations et c'est tellement bien fait que j'étais scotché du début jusqu'à la fin et après avoir fini l'épisode, il fallait que j'achète tous les tomes disponibles en français tellement je voulais savoir la suite immédiatement !
Je n'ai pas été déçu. Ce manga est vraiment très bien fait. Je veux pas trop spoiler pour ne pas gâcher la lecture du premier tome, mais je pense que je peux dire sans problème que cela se passe dans les coulisses du monde du show-business japonais. Je sais pas si le scénariste a fait beaucoup de recherches, mais je peux dire que pour le moment, c'est réaliste et crédible et il y a une bonne critique du monde impitoyable des idoles. On est loin des shonens avec un ton naïf où le héros a un don naturel dans un domaine et devient vite le meilleur. Le scénario est vraiment prenant avec des intrigues qui donnent envie de découvrir la suite. Les auteurs parlent de tout: les choix de castings, le poids des grosses maisons de productions par rapport aux plus petites, le harcèlement sur internet que subissent les célébrités, les difficultés d'adapter une oeuvre....C'est vraiment passionnant ! Les personnages sont complexes et terriblement attachants. Le dessin est très bon.
Bref, un manga qui mérite d'être mieux connu et que je recommande à tous.
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Pisse-Mémé
C’est con, ça partait vraiment bien… mais Cati Baur semble avoir eu du mal à trouver sa fin. Du coup, le dernier tiers de l’album perd beaucoup de son charme. Ca dérape (la soirée d’ouverture du café tourne au grand burlesque), ça s’égare (cette histoire de mur transformé en urinoir n’a pas grand intérêt) et ça se termine en eau de boudin (les deux frangines auraient quand même pu se renseigner un peu plus tôt sur le passé de leur bienfaitrice). C’est con, car j’ai adoré les deux premiers tiers du récit. C’est un récit feelgood et tendance aux dialogues espiègles. Les personnages sont attachants et leurs profils si différents ne nous empêchent pas de croire en leur amitié. La mise en page est joueuse et je me suis amusé à ainsi voyager dans ces planches. Le dessin dégage une grande fraicheur et une spontanéité qui cadrent bien avec le récit. Les heureux hasards ne sont pas rares et nous rappellent au besoin que nous sommes devant un récit feelgood, mais ça reste relativement plausible et on a envie d’y croire. Pour moi, il y a eu un problème de construction du récit. Le terminer au moment de l’inauguration m’aurait semblé plus opportun. Parler plus tôt du passé de la généreuse tante, et accorder plus d’espace à cette partie du récit auraient été plus judicieux. Mais je ne veux que retenir le positif, ces deux premiers tiers qui m’ont vraiment beaucoup plu. Réel coup de cœur pour ceux-ci !
Océan Express
Cette bande dessinée est une franche réussite. J'avais beaucoup apprécié dans le passé Une affaire de caractères et ici je suis également complétement conquis. L'exercice de style et la lecture qui en découle est ultra jouissif. Partant d'un postulat assez classique, deux personnes s'échangent leur bagages respectifs à l'insu de leur plein gré au prémice d'un week-end sur le quai d'une gare. Le parti pris de l'auteur, narration en miroir pour suivre les pérégrinations des deux protagonistes est juste magique tant leur déambulations et chassé-croisé vous captivent. Finiront-ils par physiquement se rencontrer ? Souvent dans ce type de bd, la forme peut avoir raison du fond mais ici pas du tout, l'histoire est très prenante et la narration juste parfaite. Cet album se lit d'une traite. C'est très bien illustré dans la veine ligne claire. Même sur ce plan là, rien à redire. Cet album frôle la perfection.
Frontier
Bon on va pas tourner autour du pot, le label 619 a encore frappé !! J’adore cette collection, elle nous propose toujours des albums soignés et c’est mené par une chouette génération d’auteurs fidèles. Il y en a du talent et ils ne cessent de s’améliorer au fil du temps. Leur catalogue est rempli de pépites, Frontier ne déroge pas à la règle. A mes yeux, une aussi belle surprise que Hoka Hey ! de Neyef, j’adore ces albums que l’on n’attend pas et qui te font Waouh. Comme son comparse avant lui, Guillaume Singelin franchit un cap en tant qu’auteur complet. J’aime ses précédentes œuvres mais là c’est la belle claque, ce sentiment est renforcé par la taille et la beauté de l’écrin. J’ai adoré son style graphique et le parti pris du côté kawaii des personnages ne m’a absolument pas dérangé, chaque case est un délice de détails, et que dire des couleurs et des décors magnifiques, un plaisir pour les yeux. Le tout est dans une narration impeccable pour une histoire fluide et prenante, c’est rempli de persos charismatiques et attachants (notre trio et leur petit compagnon en tête). Les thématiques développées sont passionnantes, divertissantes et intelligentes pour un récit dur mais plein d’optimisme, il y a un côté feel good bien agréable. Un voyage spatial au top, je ne peux que conseiller sa découverte, un album fort attachant.
Ted, drôle de coco
Lue dans le cadre professionnel, j'ai entamé cette BD avec certaines réticences qui sont rapidement tombées devant l'originalité de la chose. D'abord graphiquement, il y a une force indéniable qui, pour autant que je puisse en juger, rend parfaitement compte de la vie intérieure de son frère, personnage central et autiste avéré. On est dans sa tête, on ressent ses émotions et, oui, on comprend ses réactions. Le récit est électrique et file à la vitesse de l'éclair, à l'image de ce grand personnage dégingandé, son frère donc. Très vite s'installe un sentiment de connivence très fort tant on se sent proche de lui. C'est franchement très immersif. Quant au scénario, ma foi il est expédié d'une traite sans laisser aucun temps mort sur son passage. C'est souvent très drôle, oui. On imagine aisément la force de l'amour qui anima Emilie Gleason pour s'amuser de certaines situations, malgré le handicap, et surtout malgré cette fin dramatique qui vous coupe littéralement le souffle, au point qu'on se surprend à ressentir une tristesse aussi brutale qu'un coup de poing dans le bide. Sur le sujet, voilà une lecture marquante et très recommandable, drôle, tendre et sans filtre, dont la forme est on-ne-peut plus originale.
Le Livre de Piik
Je suis vraiment tombé sous le charme de cette petite série de trois albums. J'ai été séduit par le scénario très bien construit, avec beaucoup de surprises proposées par Cazenove. Pourtant le dessin de Cécile nous invite à lire cette série comme une production Jeunesse dans le sillage d'un Johan et Pirlouit. Cette idée est renforcée au tome1 par des histoires de sorcières, de potions ou de renard de compagnie qui rentrent bien dans un univers merveilleux dirigé vers un jeune lectorat. Mais déjà une lecture attentive montre que Cazenove nous réserve quelques surprises comme s’il s'amusait à détourner les codes pour introduire des thématiques bien plus complexes. On se retrouve vite dans une ambiance historique de la période Jeanne d'Arc où Cazenove nous fait visiter une salle de torture avec une description des outils du bourreau. L'auteur nous rappelle plus loin comment la justice expéditive pouvait mener au bûcher. Comme tout bon héros le jeune Piik doit partir en quête d'un trésor. Géniale trouvaille de Cazenove que cette lettre-trésor qui invite Piik à découvrir cet immense trésor qu'est la lecture. Le scénario prend vite de la hauteur en tome 2 qui nous propose une réflexion sur le combat entre l'ignorance génitrice de peur et de violence et la lecture porte ouverte vers la liberté. Le récit fourmille de rebondissements qui donnent de la profondeur aux personnages qui paraissaient insignifiants au début du récit. Jusqu'à la fin du tome 3 le récit m'a tenu en haleine pour savoir comment Piik qui a accédé à la liberté de choix va pouvoir utiliser ce pouvoir. Le graphisme de Cécile fait contre-poids à ce récit qui rappelle des épisodes de "Slumdog millionaire" quand les enfants sont enlevés et martyrisés pour mendier. Ce décalage entre le message visuel très apaisant et le message textuel bien plus rude fait une partie du charme de la série. On trouve même du vocabulaire style moyenâgeux des "Visiteurs" bien loin d'une série jeunesse classique. Cécile travaille dans un style de ligne claire qui plaira à un très large public. Ses personnages ont "la tête de l'emploi" et elle sait les rendre attachants ou repoussants à souhait. En conclusion j'ai beaucoup aimé cette lecture car elle m'a surpris à de nombreux endroits. Évidemment des enfants n'auront probablement pas la même lecture que la mienne sur les nombreux détails qu'introduisent les auteurs. Ce sont ces détails qui incitent à aller au delà des apparences d'un visuel à la Disney qui cache un univers bien plus sombre. Malgré cela le récit reste optimiste et se conclut par une très belle dernière planche comme un hommage à Victor Hugo.
Musée
Il était temps pour moi de retourner en librairie, après plusieurs semaines sans prendre connaissance des sorties récentes, et boum! Voilà t'y pas qu'est sorti un Chabouté y'a 2 jours. Béni soit le Dieu du destin, j'achète sans hésiter. Je vais me répéter, mais le dessin de Chabouté sait m'absorber dès la première planche. Son style est pour moi l'art de la contemplation. Le muet occupe un tiers du récit, au début. Et puis, peu à peu, les personnages du musée font naître les phylactères. Certains sont immobiles, d'autres ont la bougeotte. Certains sont taiseux et pensifs quand d'autres bavardent, se querellent ou se questionnent. Ces personnages, ce sont tantôt les visiteurs du musée d'Orsay, tantôt les œuvres d'art qui, après une journée à les écouter sans bouger, prennent vie durant la nuit. Tout au long du récit, Chabouté nous fait alterner les moments diurnes et nocturnes. Le quotidien défile en même temps que le temps semble s'arrêter, dans un moment où le lecteur rencontre toutes ses œuvres traversant les âges. La parole donnée aux peintures et aux sculptures amènent des situations tout à fait absurdes qui prêtent à rire (à commencer par Héraclès). Il y a beaucoup d'humour oui, mais aussi une simplicité poétique que je ne saurai pas décrire. Je vais simplement rappeler que Chabouté réussit encore à porter un regard artistique formidable sur des faits et évènements qui semblent basiques, dont on ne prête pas vraiment attention. Et, fait rare ressenti: Chabouté ne met pas autant en exergue la bêtise humaine ni sa cruauté. On retrouve sa vision critique et sombre bien sûr, mais je la trouve bien faible face aux passages qui redonnent foi en l'humanité. Peut-être que le fait de poser l'Art plutôt que l'Homme au centre de son récit lui fait changer d'état d'esprit. Enfin, au niveau du dessin, c'est ce qui me fait ajouter le coup de coeur. Alors OK, de base j'adore. Mais là, c'est pas pareil. J'adore plus. Et je vais vous dire pourquoi en fait. A force de lire Chabouté, je trouvais le faciès des personnages assez répétitifs quelle que soit la BD. Grosso modo. Mais cette fois, et peut-être grâce à tous ses visiteurs éphémères qui vont qui viennent, l'auteur s'est amusé à jouer avec les formes pour nous offrir des visages et expressions bien plus variées qu'à l'accoutumée. Après Yellow Cab, Chabouté prouve encore son audace (si tenté qu'il cherche à prouver quoi que ce soit). Voilà un objet curieux, au récit simple et poétique et dont le dessin rend l'ensemble profondément enivrant. Dans tout ça, le lecteur peut jouer à s'identifier parmi tous ces visiteurs dessinés, il peut également se divertir ou s'interloquer devant les scènes nocturnes, ou encore réfléchir sur l'intérêt qu'il porte sur l'Art. Et par-dessus tout, j'espère qu'il n'en finira pas d'apprécier le monde incroyablement riche du quotidien, aussi basique semble-t-il être.
Miss Charity
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui m’a un peu rappelé les romans de « La trilogie de Corfou » de Gerald Durrell (et la série télévisée qui en est tirée) : Charity se passionne elle aussi pour la nature, et notamment pour les animaux, qu’elle capture et étudie, transformant ainsi sa chambre en véritable ménagerie. Il y a je trouve un double niveau de lecture intéressant : en surface on suit avec intérêt et amusement les déboires de Charity, ses machinations astucieuses mais pas toujours couronnées de succès, le tout saupoudré d’un humour qui m’a vraiment fait rire. Mais on peut aussi y voir une chronique sociale de la vie d’une jeune fille dans l’Angleterre victorienne, et tout ce que cela implique en termes d’attentes et de mœurs - une femme qui s’intéresse à la science, est-ce bien raisonnable ? Le tome 2 s’intéresse à l’adolescence de Charity. Les thèmes sont un peu plus sombres, mais l’histoire est toujours aussi prenante et intéressante. Le dessin d’Anne Montel fourmille de détails et les couleurs pastelles à l’aquarelle sont vraiment magnifiques… A ce titre je regrette personnellement le manque de décors sur de nombreuses cases. Je réalise parfaitement qu’il s’agit d’un choix des auteurs, mais les quelques cases « complètes » sont tellement belles. Une lecture agréable et remplie de tendresse et d’humour. Vivement le troisième et dernier tome !
Flesh Empire
J’ai beaucoup aimé cette lecture, alors même que l’intrigue m’est apparue à la fois des plus légères (elle peut se résumer en quelques mots) et pas toujours des plus limpides. Mais malgré ces remarques, jamais je n’ai été tenté de renoncer, et j’ai lu cette histoire SF assez froide et manquant d’empathie avec plaisir, tournant les pages avec la quasi-certitude d’être surpris sur la suivante. C’est en fait le travail graphique qui justifie mon coup de cœur. Et là pas de bémols. Pourtant cet aspect peut rebuter pas mal de lecteurs, comme l’intrigue peut en refroidir par sa relative obscurité. Mais j’ai trouvé très beau le travail de Legendre. Le Noir et Blanc tranché (agrémenté de rares et belles touches d’un rose chair), avec un jeu sur des formes géométriques et des représentations géantes de puces électroniques, tout cela donne un caché très original et fort à l’ensemble. Une histoire moyennement convaincante, mais une mise en images superbe : un album original à découvrir.
Kebra
C'est assurément la BD la plus honnête, la plus intelligente et la plus en phase avec l'idée de la débrouille/déprime et rigolade de la banlieue des années 80/90. Au point même que cette BD et son personnage Kebra - ô combien culte - devraient être étudiés en sociologie voire en sémiologie également (pourquoi pas après tout, l'argot de banlieue aussi a son âge d'or). Bref, j'adore, je collectionne et je recommande vivement cette lecture aussi délirante que… déridante !!! Big up à mon ami Jano et son acolyte Tramber. Respect éternel ! MooZ
Oshi no Ko
J'ai découvert le manga avec l'anime qui a commencé, au moment où j'écris ses lignes,....la semaine dernière. C'était un mini-événement dans le monde des fans d'anime parce qu'au lieu de faire les 24 minutes habituelles, le premier épisode fait presque 90 minutes ! Et pour une bonne raison parce que cet épisode adapte tout le premier volume et dans ce tome il y a deux retournements de situations et c'est tellement bien fait que j'étais scotché du début jusqu'à la fin et après avoir fini l'épisode, il fallait que j'achète tous les tomes disponibles en français tellement je voulais savoir la suite immédiatement ! Je n'ai pas été déçu. Ce manga est vraiment très bien fait. Je veux pas trop spoiler pour ne pas gâcher la lecture du premier tome, mais je pense que je peux dire sans problème que cela se passe dans les coulisses du monde du show-business japonais. Je sais pas si le scénariste a fait beaucoup de recherches, mais je peux dire que pour le moment, c'est réaliste et crédible et il y a une bonne critique du monde impitoyable des idoles. On est loin des shonens avec un ton naïf où le héros a un don naturel dans un domaine et devient vite le meilleur. Le scénario est vraiment prenant avec des intrigues qui donnent envie de découvrir la suite. Les auteurs parlent de tout: les choix de castings, le poids des grosses maisons de productions par rapport aux plus petites, le harcèlement sur internet que subissent les célébrités, les difficultés d'adapter une oeuvre....C'est vraiment passionnant ! Les personnages sont complexes et terriblement attachants. Le dessin est très bon. Bref, un manga qui mérite d'être mieux connu et que je recommande à tous.