Touchant, vraiment.
Surtout quand on sait que l’autrice souffre elle-même de problèmes de santé oculaire, mais même sans ça, cette histoire ne m’a pas laissé indifférente.
Dès la première case, on est immergé. Les appareils du cabinet d’optométrie donnent à notre héroïne une allure de robot mécanique, mais on voit tout de suite derrière ça une jeune femme un peu désemparée mais qui s’avère déterminée à vivre normalement malgré le handicap qui s’installe.
L’évolution des sentiments qui l’animent est vraiment bien racontée, on vit avec elle les différentes phases de sa maladie, et l’implication de ses proches également. Car Odette est bien entourée, elle vit d’ailleurs une histoire d’amour naissante qui contrebalance le côté douloureux du récit. Le dessin aussi est agréable, d’un noir et blanc très doux et très lisible.
J’ai beaucoup aimé.
Et merci à Mac Arthur de m'avoir fait découvrir la bd et l'autrice.
Dans ma fougueuse jeunesse, alors que j'avais lu le blog de Boulet pendant des années alors que je faisais ma licence, j'avais posté un avis sur les fameuses "Notes" de Boulet dont j'achetais scrupuleusement tous les tomes.
Aujourd'hui, les années ont passé et je peux prendre un peu de recul sur mon avis bien trop enthousiaste. Mais pour autant, je suis toujours aussi content de lire les fameuses notes de Blog.
Boulet est un géant des blogs-bd qui ont fleuri dans les années 2010 et pratiquement tous disparu aujourd'hui. Durant les grandes années, les notes étaient presque hebdomadaires et avec assez de blog je pouvais lire une nouvelle petite BD chaque jour. Mais dans cet ensemble gigantesque, c'est bien Boulet qui dépassait par l'importance de la fréquentation de son blog. Et à la relecture, on comprend pourquoi !
Les tomes sont assez disparates et les premiers sont moins intéressants que les suivants : l'arrangement entre les notes existantes sur le blog sont plus de l'ordre du commentaire et ne rajoutent pas grand chose à l'ensemble. Cependant, les tomes à partir du 3 et surtout le quatrième se construisent autour d'une thématique générale qui relie quelques unes des histoires dans le volume et sert à développer quelques considérations sympathiques. C'est un ajout qui a un bel intérêt et explique pourquoi je recommande tout de même l'achat.
En dehors de ça, les notes sont celles que l'on peut lire gratuitement sur le net et que j'apprécie toujours autant : avec un développement progressif du dessin, qui s'affine et trouve vraiment le style de Boulet, on découvre la vie d'un dessinateur de BD parisien. Mais en même temps, on a l'humour de Boulet qui marche super bien, quelques considérations qui font mouche, des petites notes sur la vie quotidienne … C'est toujours aussi drôle à lire, beaucoup de références au monde de la BD, et puis des idées parfois incroyable. Comment les a-t-il eu ? Je ne sais pas, mais c'est toujours un plaisir de se faire titiller le cerveau tout en s'amusant.
Pour moi, c'est un bonbon de nostalgie, de mes années fac et de l'explosion -puis la mort- des blogs-bd, mais aussi un humour qui me plait toujours autant, des réflexions qui font toujours mouche. C'est simple et rafraichissant, ça détends lorsqu'on se pose un soir quand on veut juste lire un truc léger mais pour autant, je ne trouve pas que ça vieillisse si mal que ça !
En tout cas, il est indéniable que les notes font partie de ces BD qui m'ont amené à lire de plus en plus de BD par la suite. Et je ne m'en porte pas plus mal !
Franchement je suis resté bluffé par cette série de 2 tomes.
Et je viens de voir que le tome 3 ne sortira pas car cette série est abandonnée Quel dommage
l'histoire nous fait voyager dans un monde de magie de voyage et de mystères
les dessins sont incroyablement réalisés les ambiances et les lumières m'ont fait voyager et je donnerais cher pour que le tome 3 qui était pourtant prévu paraisse un jour
« Le Ciel dans la tête » vient s’ajouter aux nombreuses histoires qui nous montrent le calvaire des immigrés clandestins qui débarquent aux portes de nos pays riches, et le moins qu’on puisse dire, c’est que les auteurs frappent fort.
Le parcours de Nivek est jonché de violence, chaque étape nous rappelle la complexité de la situation en Afrique (et ailleurs dans le monde). Nous rappelle que ces immigrés sont les victimes d’un système cruel que les européens et la Chine ne font rien pour enrayer. Que la RDC est le plus gros exportateur de coltan, minerai essentiel dans la production de nos appareils électroniques (tablettes etc.) grâce à ses nombreuses mines non-régulées et ses travailleurs esclaves. Que la traite des êtres humains existe toujours, juste à coté de chez nous, de notre confort quotidien. La fin est certes un peu convenue, mais touchante et terriblement réaliste. Difficile de ne pas s’émouvoir de la toute dernière page.
Le dessin de Sergio García Sánchez et les couleurs de Lola Moral sont magnifiques, et sublimés par le format plein page sans marge. La représentation des personnages est originale, tantôt réaliste, tantôt déformée, se rapprochant presque du cubisme, ou de l’esthétisme sans relief des vitraux d’églises. Un délice pour les yeux, je faisais souvent des pauses lors de ma lecture pour admirer les planches.
Un album dur, mais un sans faute en ce qui me concerne, et très certainement mon album préféré de 2023.
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette série. Je la trouve très représentative du parcours dramatique de jeunes hommes et femmes (souvent de "bonnes familles") qui sont devenus les terroristes assassins des Brigades Rouges.
Anna Laura Braghetti, la vingtaine, issue d'une famille bourgeoise de gauche dans une vie sans réelle difficulté se construit une toile idéologique superficielle qui va la conduire à intégrer les Brigades Rouges.
Le fait majeur dans ce parcours est qu'elle va participer à l'enlèvement d'Aldo Moro la principale action du groupe terroriste italien. Elle commet aussi un assassinat contre le procureur Bachelet.
Le témoignage d'Anna permet ainsi aux auteurs de nous livrer le face à face entre Moro et ses kidnappeurs. Personnellement c'est la première fois que je lis un témoignage aussi crédible sur un épisode majeur de la politique des années 80. J'ai été captivé par la qualité de ce passage qui possède en outre une très bonne qualité littéraire.
Son incarcération de 15 ans est centrée sur sa rencontre avec le père Bachelet, frère de l'homme que Anna a assassiné.
Au delà du pardon chrétien accordé par le père de façon classique, il y a un dialogue très intéressant sur l'humanité irréductible de chacun qui se brise face à l'idéologie. Anna était prédisposée à faire ce questionnement car elle l'avait en germe déjà dans ses promenades nocturnes quand elle préparait ses actions violentes. En aparté, j'ai trouvé que son incarcération semblait assez cool et bienveillante. C'est à mettre au crédit de la justice italienne.
La mise en scène qui intercale des passages présents et passés est très intelligemment construite pour garder la fluidité et donner du sens au récit.
Le graphisme est du type journalistique assez minimaliste mais dynamique et très expressif sans aucune caricature des différents personnages.
À noter que le passage sur Aldo Moro est traité avec une dignité exemplaire.
La série se termine par un article du Professeur Alessandro Orsini nommé "Idéologie et Terrorisme" d'un niveau universitaire.
Une excellente lecture qui éclaire sur le déclenchement d'actions criminelles liées à l'idéologie.
Formidable !!!
Autant pour la qualité des planches et que pour l'atmosphère rendue.
Vivement le tome 4.
Je recherchais une BD captivante, je n'ai pas été déçu.
Après La Forêt des Renards Pendus, c’est la seconde fois que Nicolas Dumontheuil se livre à une adaptation en BD de l’écrivain finlandais Arto Paasilinnna. Et on comprend assez vite, étant donné la teneur des romans de ce dernier, ce qui rapproche ces deux auteurs. Paasilinna, décédé en 2018, avait pour habitude d’injecter du burlesque et de la jovialité dans ses récits, une caractéristique qui se retrouve souvent dans les ouvrages de l’auteur de Qui a tué l'idiot ?.
Il en va de même avec « Le Meunier hurlant », une fable tragi-comique avec pour protagoniste principal un personnage haut en couleurs, Agnar Huttunen, qui va provoquer un tohu-bohu mémorable dans un bourg forestier paisible de Finlande. Et Agnar, tout sympathique soit-il, on n’aimerait pas l’avoir comme voisin ! Particulièrement doué de ses mains, l’homme a réparé le vieux moulin à la grande satisfaction des habitants qui l’adoptent rapidement. De plus, les enfants l’adorent, fascinés par son exubérance et son talent pour imiter les cris d’animaux. Le problème, c’est que notre meunier a des phases où il semble possédé et se met à hurler très fort comme cent loups, de préférence la nuit. De coqueluche sympathique, il deviendra ainsi paria, obligé de fuir ceux qui veulent le faire enfermer, car c’est certain, on a affaire un fou furieux !
On ne va pas se mentir, il est plutôt perché Agnar, et pas qu’un peu. Mais s’il passe pour fou aux yeux des habitants, il est loin d’être idiot, avec peut-être même un Q.I. au-dessus de la moyenne. Dans son cas, on pourrait imaginer une forme extrême du syndrome de la Tourette, même si personne ne l’a diagnostiqué. Et le jeune homme n’est pas rebutant pour autant. D’ailleurs, une idylle va naître entre lui et la jeune et affriolante conseillère du club rural local, celle-ci n’étant pas insensible à sa fougue et son côté… animal ! Mais bien sûr, comme on s’en doute, cette charmante histoire d’amour sera entravée par nombre d’obstacles, notamment la jalousie de la gent masculine…
Comme indiqué plus haut, le dessin de Dumontheuil est à l’image du propos. Son trait semi-réaliste, extrêmement dynamique et détaillé, respire la vie de tous les côtés. « Gueules » expressives, corps élancés, postures énergiques, refus des lignes droites, tout contribue à faire virevolter nos rétines enivrées par un tel savoir-faire. La représentation des sombres forêts scandinaves et des imposantes habitations en bois ajoutent à l’ambiance envoûtante. Je suis moi-même toujours émerveillé par la façon dont l’auteur dessine les demeures, avec ce je-ne-sais-quoi de cosy qui fait appel peut-être à l’imaginaire enfantin.
Si « Le Meunier hurlant » fournit le prétexte à ses auteurs de brocarder la méchanceté et la mesquinerie du genre humain, cette fable grinçante, qui se termine un peu comme un conte — soyez sans crainte, je ne spoilerai rien —, est aussi une très belle ode à la nature (il faut préciser ici que Paasilinna a été bucheron et ouvrier agricole). En tous cas, une réussite de plus pour Nicolas Dumontheuil, qui inaugure en beauté la première salve de parutions de l’année.
Pour les plus curieux, on peut préciser qu’une adaptation au cinéma à été faite du roman. Passée inaperçue à sa sortie en 2018, cette revisite déjantée a été réalisé par Yann Le Quellec, par ailleurs scénariste de la bande dessinée Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie, avec dans les rôles principaux Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern et Denis Lavant. On notera que la musique du film est interprété par Iggy Pop (eh oui !) et Anaïs Demoustier.
Des fois je suis un peu débile, je me suis lancé dans l’aventure en me disant que j’allais être fort indulgent, tant j’ai de la sympathie pour cet auteur.
Je pensais tomber sur un truc relativement mineur dans sa bibliographie, assister aux prémices de son style, sans que ce soit réellement abouti … mais quelle belle erreur !!
Nul besoin d’indulgence ou quoique ce soit, Les nuits de Saturne possède tout d’une œuvre majeure.
Je ne connaissais pas le roman et le résumé ne me bottait que moyennement. Mais quelle claque mes aïeux !! Je n’en reviens toujours pas, quelle belle adaptation.
J’en suis sorti ravi, avec cette impression que Pierre-Henri Gomont sublime vraiment le matériau de base.
L'histoire et les personnages sont bons bien sûr mais c’est surtout l’atmosphère qui y règne que j’ai trouvé magistral dans le rendu. Quelle science des couleurs, des silences, de la mise en page … bref de l’émotion, ça sonne juste. Je ne pensais pas être autant touché par la trajectoire des protagonistes.
Un album superbe et qui se classe dans le top de ce que j’ai déjà pu découvrir de cet auteur.
C’est un album vraiment intéressant. Par son sujet bien sûr. Mais aussi par ses choix narratifs, qui jamais ne laissent de côté le lecteur, qui ne s’ennuie pas en lisant cet épais album, tout en s’instruisant, sur un sujet terrible.
Car il s’agit ici d’un crime de guerre atroce, à savoir l’organisation méthodique et quasi administrative de viols de dizaines de milliers de femmes (Coréennes surtout, mais aussi européennes – je ne savais pas que des Européennes en avaient aussi été victimes – , voire japonaises juste après la fin de la guerre), dans des bordels militaires de l’armée japonaise d’occupation, durant les années 1930 et la seconde guerre mondiale.
L’album est très complet, factuel (une abondante bibliographie en fin d’album permet à qui veut d’approfondir tous les aspects du sujet), et retrace très bien les étapes, les responsables de ces crimes. Il s’appuie aussi sur des témoignages assez forts.
Il montre aussi comment ces femmes victimes de ce système cynique étaient de véritables esclaves, mais aussi pourquoi la plupart d’entre elles n’ont pas témoigné après-guerre (les préjugés sexistes en Corée même y ont joué un rôle). L’auteur semble annoncer un second tome consacré à l’absence de procès, ou à la non prise en compte de ce phénomène dans les procès d’après-guerre, mais cet album semble ne pas avoir paru (en France tout du moins).
Le dessin est très simple, avare de détails, de décors, mais il est très efficace et fluide. Surtout, sur un sujet aussi terrible, l’auteur joue avec l’humour, la dérision dans les dialogues et les mimiques des protagonistes, et cela passe très bien.
Une lecture édifiante. D’autant plus que le Japon refuse d’admettre officiellement ses responsabilités, la population ayant été « protégée » des « mauvaises rumeurs » sur ces viols collectifs, mais aussi sur les massacres de civils en Chine (le massacre de Nankin est évoqué en début d’album).
Un roman noir, très (trop?) court, qui met en scène une travailleuse sociale/journaliste aux prises avec les milieux interlopes dans lesquels elle doit gagner son pain. Montréal est ici montré sous un jour peu reluisant, et cela me rappel un roman de Trévanian, où l'ambiance est très bien décrite et les personnages ont une belle épaisseur. Cependant l'intrigue de Laurent Chabin est ici plus haletante, et le caractère de l'héroïne, sa manière de s'habiller, son quotidien, nous la rend très proche : ce n'est pas une bimbo qui serai là pour faire joli.
Le dessin, en niveau de gris (plutôt qu'en noir et blanc) est dans le même esprit que l’œuvre la plus connue de Godbout, Red Ketchup qui vient d'ailleurs d'être adapté en série animée, j'ai vu les deux premiers épisodes à Angoulême et c'est très fidèle à l'esprit saignant de la BD et la question du genre est abordée en bénéficiant directement de l'évolution qui se réalise au fur et à mesure des volumes (apparition de la sœur du héros, collaborateur gay, etc...) L'animation ressemble un peu à celle de Scoubidou, c'est-à-dire volontairement simple, sans effets spéciaux, un peu comme le trait de la BD, alors que le propos est drôle et provocateur. Réal Godbout m'a dit qu'il réfléchissait à deux derniers albums papier où Red se retrouverait à notre époque.
Bref, j'ai beaucoup aimé cette petite lecture et je vous la conseille. A lire et relire pour ceux qui aime aussi regarder la grisaille.
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La Méduse
Touchant, vraiment. Surtout quand on sait que l’autrice souffre elle-même de problèmes de santé oculaire, mais même sans ça, cette histoire ne m’a pas laissé indifférente. Dès la première case, on est immergé. Les appareils du cabinet d’optométrie donnent à notre héroïne une allure de robot mécanique, mais on voit tout de suite derrière ça une jeune femme un peu désemparée mais qui s’avère déterminée à vivre normalement malgré le handicap qui s’installe. L’évolution des sentiments qui l’animent est vraiment bien racontée, on vit avec elle les différentes phases de sa maladie, et l’implication de ses proches également. Car Odette est bien entourée, elle vit d’ailleurs une histoire d’amour naissante qui contrebalance le côté douloureux du récit. Le dessin aussi est agréable, d’un noir et blanc très doux et très lisible. J’ai beaucoup aimé. Et merci à Mac Arthur de m'avoir fait découvrir la bd et l'autrice.
Notes
Dans ma fougueuse jeunesse, alors que j'avais lu le blog de Boulet pendant des années alors que je faisais ma licence, j'avais posté un avis sur les fameuses "Notes" de Boulet dont j'achetais scrupuleusement tous les tomes. Aujourd'hui, les années ont passé et je peux prendre un peu de recul sur mon avis bien trop enthousiaste. Mais pour autant, je suis toujours aussi content de lire les fameuses notes de Blog. Boulet est un géant des blogs-bd qui ont fleuri dans les années 2010 et pratiquement tous disparu aujourd'hui. Durant les grandes années, les notes étaient presque hebdomadaires et avec assez de blog je pouvais lire une nouvelle petite BD chaque jour. Mais dans cet ensemble gigantesque, c'est bien Boulet qui dépassait par l'importance de la fréquentation de son blog. Et à la relecture, on comprend pourquoi ! Les tomes sont assez disparates et les premiers sont moins intéressants que les suivants : l'arrangement entre les notes existantes sur le blog sont plus de l'ordre du commentaire et ne rajoutent pas grand chose à l'ensemble. Cependant, les tomes à partir du 3 et surtout le quatrième se construisent autour d'une thématique générale qui relie quelques unes des histoires dans le volume et sert à développer quelques considérations sympathiques. C'est un ajout qui a un bel intérêt et explique pourquoi je recommande tout de même l'achat. En dehors de ça, les notes sont celles que l'on peut lire gratuitement sur le net et que j'apprécie toujours autant : avec un développement progressif du dessin, qui s'affine et trouve vraiment le style de Boulet, on découvre la vie d'un dessinateur de BD parisien. Mais en même temps, on a l'humour de Boulet qui marche super bien, quelques considérations qui font mouche, des petites notes sur la vie quotidienne … C'est toujours aussi drôle à lire, beaucoup de références au monde de la BD, et puis des idées parfois incroyable. Comment les a-t-il eu ? Je ne sais pas, mais c'est toujours un plaisir de se faire titiller le cerveau tout en s'amusant. Pour moi, c'est un bonbon de nostalgie, de mes années fac et de l'explosion -puis la mort- des blogs-bd, mais aussi un humour qui me plait toujours autant, des réflexions qui font toujours mouche. C'est simple et rafraichissant, ça détends lorsqu'on se pose un soir quand on veut juste lire un truc léger mais pour autant, je ne trouve pas que ça vieillisse si mal que ça ! En tout cas, il est indéniable que les notes font partie de ces BD qui m'ont amené à lire de plus en plus de BD par la suite. Et je ne m'en porte pas plus mal !
Black Stone
Franchement je suis resté bluffé par cette série de 2 tomes. Et je viens de voir que le tome 3 ne sortira pas car cette série est abandonnée Quel dommage l'histoire nous fait voyager dans un monde de magie de voyage et de mystères les dessins sont incroyablement réalisés les ambiances et les lumières m'ont fait voyager et je donnerais cher pour que le tome 3 qui était pourtant prévu paraisse un jour
Le Ciel dans la tête
« Le Ciel dans la tête » vient s’ajouter aux nombreuses histoires qui nous montrent le calvaire des immigrés clandestins qui débarquent aux portes de nos pays riches, et le moins qu’on puisse dire, c’est que les auteurs frappent fort. Le parcours de Nivek est jonché de violence, chaque étape nous rappelle la complexité de la situation en Afrique (et ailleurs dans le monde). Nous rappelle que ces immigrés sont les victimes d’un système cruel que les européens et la Chine ne font rien pour enrayer. Que la RDC est le plus gros exportateur de coltan, minerai essentiel dans la production de nos appareils électroniques (tablettes etc.) grâce à ses nombreuses mines non-régulées et ses travailleurs esclaves. Que la traite des êtres humains existe toujours, juste à coté de chez nous, de notre confort quotidien. La fin est certes un peu convenue, mais touchante et terriblement réaliste. Difficile de ne pas s’émouvoir de la toute dernière page. Le dessin de Sergio García Sánchez et les couleurs de Lola Moral sont magnifiques, et sublimés par le format plein page sans marge. La représentation des personnages est originale, tantôt réaliste, tantôt déformée, se rapprochant presque du cubisme, ou de l’esthétisme sans relief des vitraux d’églises. Un délice pour les yeux, je faisais souvent des pauses lors de ma lecture pour admirer les planches. Un album dur, mais un sans faute en ce qui me concerne, et très certainement mon album préféré de 2023.
Rouge passé
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette série. Je la trouve très représentative du parcours dramatique de jeunes hommes et femmes (souvent de "bonnes familles") qui sont devenus les terroristes assassins des Brigades Rouges. Anna Laura Braghetti, la vingtaine, issue d'une famille bourgeoise de gauche dans une vie sans réelle difficulté se construit une toile idéologique superficielle qui va la conduire à intégrer les Brigades Rouges. Le fait majeur dans ce parcours est qu'elle va participer à l'enlèvement d'Aldo Moro la principale action du groupe terroriste italien. Elle commet aussi un assassinat contre le procureur Bachelet. Le témoignage d'Anna permet ainsi aux auteurs de nous livrer le face à face entre Moro et ses kidnappeurs. Personnellement c'est la première fois que je lis un témoignage aussi crédible sur un épisode majeur de la politique des années 80. J'ai été captivé par la qualité de ce passage qui possède en outre une très bonne qualité littéraire. Son incarcération de 15 ans est centrée sur sa rencontre avec le père Bachelet, frère de l'homme que Anna a assassiné. Au delà du pardon chrétien accordé par le père de façon classique, il y a un dialogue très intéressant sur l'humanité irréductible de chacun qui se brise face à l'idéologie. Anna était prédisposée à faire ce questionnement car elle l'avait en germe déjà dans ses promenades nocturnes quand elle préparait ses actions violentes. En aparté, j'ai trouvé que son incarcération semblait assez cool et bienveillante. C'est à mettre au crédit de la justice italienne. La mise en scène qui intercale des passages présents et passés est très intelligemment construite pour garder la fluidité et donner du sens au récit. Le graphisme est du type journalistique assez minimaliste mais dynamique et très expressif sans aucune caricature des différents personnages. À noter que le passage sur Aldo Moro est traité avec une dignité exemplaire. La série se termine par un article du Professeur Alessandro Orsini nommé "Idéologie et Terrorisme" d'un niveau universitaire. Une excellente lecture qui éclaire sur le déclenchement d'actions criminelles liées à l'idéologie.
La Horde du contrevent
Formidable !!! Autant pour la qualité des planches et que pour l'atmosphère rendue. Vivement le tome 4. Je recherchais une BD captivante, je n'ai pas été déçu.
Le Meunier hurlant
Après La Forêt des Renards Pendus, c’est la seconde fois que Nicolas Dumontheuil se livre à une adaptation en BD de l’écrivain finlandais Arto Paasilinnna. Et on comprend assez vite, étant donné la teneur des romans de ce dernier, ce qui rapproche ces deux auteurs. Paasilinna, décédé en 2018, avait pour habitude d’injecter du burlesque et de la jovialité dans ses récits, une caractéristique qui se retrouve souvent dans les ouvrages de l’auteur de Qui a tué l'idiot ?. Il en va de même avec « Le Meunier hurlant », une fable tragi-comique avec pour protagoniste principal un personnage haut en couleurs, Agnar Huttunen, qui va provoquer un tohu-bohu mémorable dans un bourg forestier paisible de Finlande. Et Agnar, tout sympathique soit-il, on n’aimerait pas l’avoir comme voisin ! Particulièrement doué de ses mains, l’homme a réparé le vieux moulin à la grande satisfaction des habitants qui l’adoptent rapidement. De plus, les enfants l’adorent, fascinés par son exubérance et son talent pour imiter les cris d’animaux. Le problème, c’est que notre meunier a des phases où il semble possédé et se met à hurler très fort comme cent loups, de préférence la nuit. De coqueluche sympathique, il deviendra ainsi paria, obligé de fuir ceux qui veulent le faire enfermer, car c’est certain, on a affaire un fou furieux ! On ne va pas se mentir, il est plutôt perché Agnar, et pas qu’un peu. Mais s’il passe pour fou aux yeux des habitants, il est loin d’être idiot, avec peut-être même un Q.I. au-dessus de la moyenne. Dans son cas, on pourrait imaginer une forme extrême du syndrome de la Tourette, même si personne ne l’a diagnostiqué. Et le jeune homme n’est pas rebutant pour autant. D’ailleurs, une idylle va naître entre lui et la jeune et affriolante conseillère du club rural local, celle-ci n’étant pas insensible à sa fougue et son côté… animal ! Mais bien sûr, comme on s’en doute, cette charmante histoire d’amour sera entravée par nombre d’obstacles, notamment la jalousie de la gent masculine… Comme indiqué plus haut, le dessin de Dumontheuil est à l’image du propos. Son trait semi-réaliste, extrêmement dynamique et détaillé, respire la vie de tous les côtés. « Gueules » expressives, corps élancés, postures énergiques, refus des lignes droites, tout contribue à faire virevolter nos rétines enivrées par un tel savoir-faire. La représentation des sombres forêts scandinaves et des imposantes habitations en bois ajoutent à l’ambiance envoûtante. Je suis moi-même toujours émerveillé par la façon dont l’auteur dessine les demeures, avec ce je-ne-sais-quoi de cosy qui fait appel peut-être à l’imaginaire enfantin. Si « Le Meunier hurlant » fournit le prétexte à ses auteurs de brocarder la méchanceté et la mesquinerie du genre humain, cette fable grinçante, qui se termine un peu comme un conte — soyez sans crainte, je ne spoilerai rien —, est aussi une très belle ode à la nature (il faut préciser ici que Paasilinna a été bucheron et ouvrier agricole). En tous cas, une réussite de plus pour Nicolas Dumontheuil, qui inaugure en beauté la première salve de parutions de l’année. Pour les plus curieux, on peut préciser qu’une adaptation au cinéma à été faite du roman. Passée inaperçue à sa sortie en 2018, cette revisite déjantée a été réalisé par Yann Le Quellec, par ailleurs scénariste de la bande dessinée Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie, avec dans les rôles principaux Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern et Denis Lavant. On notera que la musique du film est interprété par Iggy Pop (eh oui !) et Anaïs Demoustier.
Les Nuits de Saturne
Des fois je suis un peu débile, je me suis lancé dans l’aventure en me disant que j’allais être fort indulgent, tant j’ai de la sympathie pour cet auteur. Je pensais tomber sur un truc relativement mineur dans sa bibliographie, assister aux prémices de son style, sans que ce soit réellement abouti … mais quelle belle erreur !! Nul besoin d’indulgence ou quoique ce soit, Les nuits de Saturne possède tout d’une œuvre majeure. Je ne connaissais pas le roman et le résumé ne me bottait que moyennement. Mais quelle claque mes aïeux !! Je n’en reviens toujours pas, quelle belle adaptation. J’en suis sorti ravi, avec cette impression que Pierre-Henri Gomont sublime vraiment le matériau de base. L'histoire et les personnages sont bons bien sûr mais c’est surtout l’atmosphère qui y règne que j’ai trouvé magistral dans le rendu. Quelle science des couleurs, des silences, de la mise en page … bref de l’émotion, ça sonne juste. Je ne pensais pas être autant touché par la trajectoire des protagonistes. Un album superbe et qui se classe dans le top de ce que j’ai déjà pu découvrir de cet auteur.
Femmes de réconfort (esclaves sexuelles de l'armée japonaise)
C’est un album vraiment intéressant. Par son sujet bien sûr. Mais aussi par ses choix narratifs, qui jamais ne laissent de côté le lecteur, qui ne s’ennuie pas en lisant cet épais album, tout en s’instruisant, sur un sujet terrible. Car il s’agit ici d’un crime de guerre atroce, à savoir l’organisation méthodique et quasi administrative de viols de dizaines de milliers de femmes (Coréennes surtout, mais aussi européennes – je ne savais pas que des Européennes en avaient aussi été victimes – , voire japonaises juste après la fin de la guerre), dans des bordels militaires de l’armée japonaise d’occupation, durant les années 1930 et la seconde guerre mondiale. L’album est très complet, factuel (une abondante bibliographie en fin d’album permet à qui veut d’approfondir tous les aspects du sujet), et retrace très bien les étapes, les responsables de ces crimes. Il s’appuie aussi sur des témoignages assez forts. Il montre aussi comment ces femmes victimes de ce système cynique étaient de véritables esclaves, mais aussi pourquoi la plupart d’entre elles n’ont pas témoigné après-guerre (les préjugés sexistes en Corée même y ont joué un rôle). L’auteur semble annoncer un second tome consacré à l’absence de procès, ou à la non prise en compte de ce phénomène dans les procès d’après-guerre, mais cet album semble ne pas avoir paru (en France tout du moins). Le dessin est très simple, avare de détails, de décors, mais il est très efficace et fluide. Surtout, sur un sujet aussi terrible, l’auteur joue avec l’humour, la dérision dans les dialogues et les mimiques des protagonistes, et cela passe très bien. Une lecture édifiante. D’autant plus que le Japon refuse d’admettre officiellement ses responsabilités, la population ayant été « protégée » des « mauvaises rumeurs » sur ces viols collectifs, mais aussi sur les massacres de civils en Chine (le massacre de Nankin est évoqué en début d’album).
Quand je serai mort
Un roman noir, très (trop?) court, qui met en scène une travailleuse sociale/journaliste aux prises avec les milieux interlopes dans lesquels elle doit gagner son pain. Montréal est ici montré sous un jour peu reluisant, et cela me rappel un roman de Trévanian, où l'ambiance est très bien décrite et les personnages ont une belle épaisseur. Cependant l'intrigue de Laurent Chabin est ici plus haletante, et le caractère de l'héroïne, sa manière de s'habiller, son quotidien, nous la rend très proche : ce n'est pas une bimbo qui serai là pour faire joli. Le dessin, en niveau de gris (plutôt qu'en noir et blanc) est dans le même esprit que l’œuvre la plus connue de Godbout, Red Ketchup qui vient d'ailleurs d'être adapté en série animée, j'ai vu les deux premiers épisodes à Angoulême et c'est très fidèle à l'esprit saignant de la BD et la question du genre est abordée en bénéficiant directement de l'évolution qui se réalise au fur et à mesure des volumes (apparition de la sœur du héros, collaborateur gay, etc...) L'animation ressemble un peu à celle de Scoubidou, c'est-à-dire volontairement simple, sans effets spéciaux, un peu comme le trait de la BD, alors que le propos est drôle et provocateur. Réal Godbout m'a dit qu'il réfléchissait à deux derniers albums papier où Red se retrouverait à notre époque. Bref, j'ai beaucoup aimé cette petite lecture et je vous la conseille. A lire et relire pour ceux qui aime aussi regarder la grisaille.