Je me retrouve totalement dans l’avis précédent. Voilà le 3e album de cet auteur Flamand, et c’est la encore une vraie réussite. On retrouve les caractéristiques de Ben Gijemans. Avec des thèmes peu faciles. Après avoir abordé la solitude avec Hubert et l’homosexualité avec Aaron, voilà qu’il aborde en même temps la piété et l’éveil à la sexualité. L’histoire est assez simple: deux frères qui fréquent assidûment l’église et s’ennuie à mourir en vacances chez leurs grands parents découvrent un jour une vidéo porno graphique qui va engendrer bien des fantasmes chez nos deux compères. Ce qui change chez Gijemans c’est le traitement de l’histoire. Jusqu’à présent il se rapprochait très clairement d’un Chris Ware avec des successions de cases où les personnages sont quasi immobiles et qui caractérisent une forme de lenteur et de monotonie. On retrouve quelque peu cette forme de récit mais de manière très marginale. En effet il n’y a quasiment pas de case dans cette bd. Gijemans se contente de montrer les visages des différents interlocuteurs sur un fond blanc ( les planches sont elles même en noir et blanc). On voit aussi souvent les enfants allongés dans leur lit. Le lecteur devine ainsi leur intimité. On a parfois des dessins plus grands avec un aspect symbolique évident. Bref le dessinateur a véritablement innové avec ce nouvel album. Bien sûr le thème abordé n’est pas très « grand public », bien sûr cet album est plutôt destiné à un public a un public adulte, quoi que les adolescents pourront très bien se sentir concernés. La critique de la religion qui semble incapable de traiter de la sexualité n’échappera pas aux lecteurs. Et dans un contexte ou les scandales nombreux ont éclaté au sein de l’église catholique, on se dit que Ben Gijemans a visé juste. Quoi qu’on pense de ce type d’histoire, on ne peut nier que cet auteur tente vraiment de renouveler le 9 art, et il mérite largement d’être salué pour ça.
Je découvre cet auteur avec cet album. Brian Blomerth est illustrateur, musicien et "strip-teaseur de bandes dessinées", il a passé des années à combiner des styles d'art underground classiques avec son esprit visuel irrévérencieusement mordant dans les zines, les bandes dessinées et les couvertures d'albums. Il vit et travaille à Brooklyn et ce "Mycelium Wassonii" est sa première BD publiée en France et c'est une très belle surprise.
Je vais commencer par souligner le très beau travail éditorial de Rackham, c'est vraiment un très bel objet, et la jolie préface de Paul Stamets, mycologue et écrivain américain.
On va découvrir la biographie de Valentina Pavlovna Wasson et de Gordon Wasson. Elle est née en 1901 en Russie, un pays éminemment mycophile, lui est né en 1898 dans le Montana. Elle est pédiatre, lui banquier.
Tout commence en 1927 lors de leur voyage de noce dans les montagnes Catskill, elle cherchait des champignons comestibles et c'est à ce moment que tout va basculer. Surpris par la différence des attitudes culturelles envers le champignon en Russie et aux États-Unis, le couple commence ses recherches.
Des recherches qui vont initier un nouveau champ disciplinaire, l'ethnomycologie, lorsque que Gordon arrive à participer à un rituel Mazatèque dirigé par Maria Sabina, une chamane, avec des champignons hallucinogènes.
Ce comics met en évidence le rôle majeur de Valentina Wasson, trop tôt disparue. Un titre qui prend tout son sens.
Une lecture rapide malgré la pagination importante, très peu de texte, mais une lecture instructive, captivante et tout public avec une pointe d'humour.
La partie graphique est enchanteresse.
Une narration qui repose énormément sur le visuel, dans un style qui rappelle le génialissime Tex Avery pour la gestuelle des personnages.
Les personnages ont des têtes de chien, pas trop mon truc, mais là j'ai aimé ce choix, il apporte ce côté surréaliste qui plaira à toutes les générations.
J'ai tout aimé, de la créativité de la mise en page aux superbes couleurs chatoyantes en passant par la richesse des nombreux détails. Même les champignons ont leurs phylactères et leur langage. Prenez le temps de savourer chaque planche.
J'ai adoré.
L'album se termine avec les confessions de l'auteur sur la réalisation de ce comics. Instructif.
Une très très belle découverte sur deux pionniers oubliés.
De la part d’un bédéiste qui sort des cases, il est assez logique de ne pas mettre de case dans sa bédé. En effet, David Snug refuse autant les étiquettes que le système, et à cet égard, il n’y a guère qu’avec l’anarchisme, le gros mot qui fait peur au bourgeois, qu’il pouvait se trouver des affinités. Car le bourgeois, tout comme la meute d'électeurs acquise aux bienfaits d’un système qui en vérité la méprise, n’aime pas les tire-au-flanc. Et David Snug en est un, et même un magnifique spécimen ! Un brin décalé, totalement décomplexé, non-violent revendiqué, plus wawache que black bloc, et qui plus est a l’outrecuidance de faire marrer son audience !
Notre sympathique anar égrène à travers ses strips à longueur variable son aversion pour le système et la bêtise, avec un sens de l’autodérision et de la punchline irrésistibles. S’il s’en prend avec une nonchalance caustique à Macron, Darmanin, Borne et consorts, le reste de la classe politique n’est pas épargné, tout comme les médias détenus par Bolloré et ses chiens de garde Praud et Hanouna. Mais Snug aborde aussi les thèmes de l’époque, l’écologie, la bouffe, la consommation et les panneaux publicitaires, mais aussi sa détestation du sport et des JO à venir (« L’important c’est de ne pas participer ! »), les gros festivals comme le Hellfest (« Dormir dans un camping avec des gens bourrés, ça me fait chier ») ou la fête de l’Huma (où l’on doit présenter un QR code à l’entrée) et Fabien Roussel (qui se déplace toujours avec ses gardes du corps), ou encore le film « Oppenheimer », qui attribue la célèbre formule de P.J. Proudhon, « La propriété c’est le vol », à Karl Marx (sic)…
Mais la « star de la bédé underground de gauche » n’oublie pas de rappeler quelques vérités historiques et n’hésite pas à égratigner Mitterrand et son « gars sûr », Jacques Delors, à l’origine de la désindexation des salaires en 1983 ! Il confesse par ailleurs son admiration pour son « anar préféré », Elisée Reclus, géographe français du XIXe siècle, qui considérait l’anarchie comme « la plus haute expression de l’ordre. »
David Snug ne sait pas « dessiner » mais il s’en fout. Ses personnages ont l’air statique, avec les mêmes postures un peu balourdes, bras raides et dos voûté. Son style est pourtant très adapté à un genre plus proche du dessin de presse que de Largo Winch ! Et puis on l’aime bien ce trait minimaliste net et sans bavures, avec ces mignons petits cacas qui essaiment à quasiment toutes les pages, ces oiseaux obèses au vol paresseux, tous ces animaux à la mine engourdie, ces arbres ronds et ces fleurs des champs disséminées un peu partout, bref, tout ça donne un dessin très vivant et joyeux qui vient équilibrer le sérieux du propos, avec un côté graphique pas déplaisant. Sans vouloir cataloguer l’auteur, on pourrait le placer quelque part entre Geluck (en moins consensuel) et Charb (en moins méchant).
Quand on a terminé le livre, la première chose qu’on se dit est qu’on n’a pas perdu son temps ! « En marche ou grève » est à la fois drôle et instructif, branché sur une actualité pas très fun mais pas plombant pour autant car l’ensemble est plutôt hilarant. Certes, certaines vérités énoncées ne nous feront pas forcément plaisir en nous confrontant souvent à nos propres contradictions. On pourra aussi être déroutés par moments, par exemple quand il parle de Gaspard Proust comme du « nouveau comique d’extrême gauche », ou du fait que Thiéfaine, « star du show-biz » (sic), « aurait » été amené en hélicoptère à la fête de l’Huma, sans que l’on parvienne à deviner si c’est de l’humour (ou alors au 16e degré).
Néanmoins, on ne saurait en vouloir à David Snug, qui avance quelques arguments irréfutables, frappés au coin du bon sens, certes pas toujours avec la meilleure foi du monde et pas toujours avec diplomatie (mais la diplomatie est-elle l’attitude la plus appropriée face au mépris désinvolte du pouvoir ?). Arguments auxquels les plus blasés ou les plus réactionnaires rétorqueront qu’il n’est qu’un doux rêveur. Mais par un processus étrange, le bougre a quelque chose de singulièrement attachant, non seulement parce qu’il est drôle mais aussi peut-être parce qu’il donne cette impression à travers son livre de nous parler comme si l’on était face à lui, accessoirement autour d’un verre. Avec « En marche ou grève », le camarade Snug prouve au moins qu’on peut être militant et pas chiant pour autant… C’est cocasse, non ?
Coup de cœur pour l'aquarelle : dans une grille classique sur fond blanc, très droite mais pas cernée, la couleur est vraiment bien choisie et semble familière.
Il n'est pas si facile de reproduire des visages reconnaissables en couleur directe, sans beaucoup de trait de construction, ici le défi est relevé, on ne peine pas à reconnaître les personnages. Leur épaisseur n'est pas donné par l'histoire et c'est bien par les postures, les expressions, que l'on perçoit leur caractère, parfois drôle, parfois dramatique.
Les dialogues apportent aussi beaucoup et le choix de chaque mot, en particulier pour le héros, installe un humour pince sans rire très agréable. Je vais de ce pas chercher l'autre livre de Geneviève Marot, qui est sur BDthèque.
Mes regrets sont plutôt du côté du scénario, avec quelques erreurs de scripte, (des lunettes qui sont cassées puis qu'on retrouve sur le nez du personnage, mais comme cette aventure n'est pas loin d'être un gigantesque rêve, il est possible que ces "erreurs", ne soient que des indices pour nous remettre sur la voie de la réalité) C'est donc l'histoire d'un monsieur en nœud papillon et complet veston qui suit une obsession, (comprendre pourquoi il est sujet à une vision récurrente : une belle dame rousse à coté d'un château) et en trouvant le château de sa vision, il se perd dans les boves (souterrains) et finit par se balader de période en période (2ème guerre mondiale, 18ème siècle, moyen-âge, et même en 2500) retrouvant la belle rousse, maîtresse femme qui sauve le monde, un peu grâce aux cascades involontaires du héros.
Bref, c'est vraiment le personnage qui tient toute l'affaire , son flegme, son a propos, sa culture historique qui sauve les situations avec humour et courage.
La dernière partie, dans l'avenir, a quelque originalité et je vous laisse la découvrir.
Je trouve la couverture un peu ratée, pas du tout en concordance avec l'intérieur : la partie du haut très classique et équilibrée, avec l'arbre sur le coté, le titre très statique. Et puis la partie basse manque la cible avec cette chevelure rousse, en tâche informe, qui n'est pas en contraste avec le reste et se heurte à l'escalier jaune sans s'y fondre, le regard inquiet du héros essoufflé, et démultiplié, et celui de la dame de La Roche, sombre, amer, avec ce col rose très pâle qui ne va pas non plus avec le orange flamboyant de la chevelure... L'humour subtil de la BD est absent, et la grande qualité de la composition des pages n'est pas au rendez-vous. Dommage !
La première fois que j'ai écouté une chanson de Fréhel, c'était sur une cassette, oui! C'est en 1981 que Renaud avait enregistré : "Le petit bal du samedi soir et autres chansons réalistes". Fréhel était morte le 3 février 1951, il y a aujourd'hui même 73 ans. Et probablement à l'occasion du trentenaire de sa mort, Renaud avait eu l'idée de ressortir ce répertoire qui chante des vies de parisiennes de l'entre deux guerre. Je me rends compte que je n'avais que 8 ans, mais j'ai peut-être acheté plus tard la cassette d'occasion... Bref ça m'a donné envie d'écouter l'original et quand j'ai entendu la voix de Fréhel et ces histoires de prostituées qui "[prennent] de la coco", pour "troubler [leur] cerveau", ça m'a touché. Ces vies à la merci des hommes, défendues avec force par ce timbre sans artifice, plein d'ironie et de mordant : ça m'a donné la pêche pour devenir une femme moi aussi, avec moins d'emmerdement à la clef, me semblait-il.
Donc quand l’éditrice de Nada m'a "fait l'article" sur cet album, j'ai eu une petite curiosité. Bien m'en a pris, parce que j'ai retrouvé la voix et les chansons de la môme. On y voit toute sa vie dans un dessin aquarellé, joufflu et un peu délavé. Une petite fille qui est toujours à trainer dans Paris, sans surveillance, qui aime chanter et qu'on la regarde. Qui se fait embobiner par des profiteurs, qui emballe le public, qui fuit en Russie au moment de la 1ere guerre... Bref rien d'étonnant quand on a entendu ses chansons. On se rend compte qu'elle chantait sa vie, même si ce sont des hommes qui ont signé les paroles comme les musiques.
Il manque quelque chose à la BD pour être vraiment chouette, mais je ne sais pas le définir : du rêve, peut-être. On a l'impression qu'elle s'est toujours laissée porter par les évènements, ses rebuffades ne duraient pas, sans doute anesthésiées par la cocaïne, dans une sorte d'abandon qui semble démenti par sa voix forte et les paroles de ses chansons qui la montrent maline et combative. La scène a du être pour elle une bouée, un rêve devenu réalité.
Bref ce qui m'embête c'est qu'elle n'aie pas pu sortir de ses addictions qui comme souvent sont décuplées par les désespoirs successifs (perte d'enfant, jalousie, abandon, misère économique...) Comment raconter une histoire triste sans faire fuir les lecteurs ?
En règle générale j'aime beaucoup le dessin de Panaccione, parce qu'il sait parfaitement représenter l'incertitude dans le regard ; et je me retrouve dans ce sentiment de ne pas maîtriser la marche du monde et d'être prise dedans à mon corps défendant. Donc ce petit volume m'attendait dans la sélection chrétienne des BD d'Angoulême, dans la cathédrale. J'en avais lu des avis contradictoires et je n'était pas enthousiaste a priori, mais en ouvrant sur une page avec ce vieux barbu aux arcades sourcilières fripées, j'ai presque cru reconnaître mon père, et je l'ai pris.
Ici, le héros solitaire et confronté à quelque chose d’invraisemblable, qu'il tente, le plus longtemps possible de rattacher au monde rationnel qu'il a habité jusque-là. Mais finalement, c'est peine perdue, il fait un pas vers une incertitude plus grande encore.
Plus j'y pense et plus je me dis que le mot Dieu n'est qu'un autre mot pour l'incertitude : celle à qui nous sommes tous à la fois soumis et reconnaissant. Un exemple de cette incertitude : commencer à contribuer à BDthèque et dix ans plus tard se retrouver avec 13 contributeurices dans un gîte près d'Angoulême à partager un chili. (J'ai peur que les églises, elles, oublient trop souvent ce nœud originel, et se laissent aller à la certitude.) Rien d'étonnant donc à retrouver Panaccione dans une cathédrale.
Ce volume m'a fait penser aux adaptations de Thierry Murat (Le Vieil Homme et la Mer et Les Larmes de l'assassin), le pitch tient en une ligne, mais l'intrigue narrative est tenue de bout en bout par la densité du dessin. Je comprends que certains puissent rester à la porte de l'album, et principalement parce qu'il ne faut pas s'y aventurer dans une salle d'attente, ou entre l'épluchage des oignons et le lavage de la cocotte. Il faut y consacrer un temps indéfini, libre de toute contrainte, sans bruit parasite.
Une bande dessinée qui demande toute notre attention.
3 magnifiques tomes qui humanisent les réfugiés et visibilisent leur courage et les dangers auxquels ils sont exposés.
L'Europe dépense 13 milliards par an pour blinder les frontières, pourquoi ne pas les utiliser pour l'accueil et des voies d'accès sûres des personnes qui n'ont pas d'autre choix que de fuir!!!
Ce livre devrait être enseigné à l'école et servir de point de départ aux réformes des politiques migratoires.
Plus jamais de trajectoires comme celle d'Hakim!
J’ai adoré cette promenade loufoque et onirique dans le monde intrigant de Bunkerville. Les décors steampunk et les scaphandres m’ont rappelé le jeu vidéo BioShock (le premier), même si les auteurs citent plutôt Jules Verne et Albert Robida comme influences. J’ai noté de nombreuses références (par exemple le nom de l’hôtel, « Bunkerville Palace Hotel », faisant écho au film de Bilal « Bunker Palace Hotel »). En tout cas l’histoire est prenante et intrigante, et le dénouement est réussi et parvient à fournir une explication logique et cohérente.
Le dessin réalisé entièrement en aquarelles est absolument magnifique, tout en restant parfaitement lisible… un délice pour les yeux. Et puis quelle couverture !
Une promenade onirique et steampunk parfaitement réalisée, que je recommande aux amateurs du genre.
Et dire qu'on a bien failli ne jamais lire cette BD !!! La faute à un voleur opportuniste qui s'est retrouvé à braquer les planches originales confiées au livreur. Fut-il pris de remords ? Allez savoir ! Toujours est-il qu'il a finalement restitué l'objet de son larcin.
Et quelle perte cela eut été ! Ces derniers jours de Robert Johnson sont une sorte d'apothéose, compilant thèmes et personnages déjà évoqués, parfois à peine effleurés, dans les œuvres précédentes de l'auteur : la musique bien entendu, et le Blues avant tout (on y croise d'ailleurs Meteor Slim), le Deep South et tout ce que charrie cet imaginaire... Il s'amuse également avec la légende qui colle à la peau de Robert Johnson, à savoir son fameux pacte avec le Diable ! Je ne dirai rien là-dessus afin de ne rien dévoiler, inutile d'insister, mais l'auteur revisite le mythe de manière tout à fait originale. Ce coup de ripolin lui confère au passage une profondeur psychologique qui trouve ici tout son sens.
Le récit prend la forme d'une déambulation et nous trimballe à travers le vieux sud, jusqu'à New York où notre bluesman compte bien décrocher la Lune, une déambulation croisée puisque le chemin de nos deux compères va justement croiser (mais juste croiser) deux blancs-becs du Carnegie Hall, précisément à la recherche de Robert Johnson afin de le produire sur scène. Au-delà de l'aspect géographique, c'est également une ballade temporelle dans les souvenirs de notre héros. Tout cela est très habile, peut-être même trop, car Duchazeau nous perd parfois dans cet écheveau. En outre, j'ai quelques fois eut du mal à reconnaître Johnson de son compagnon de route. Fort heureusement, notre homme porte des bretelles, et son compère une cravate. Ouf !
A cela près, l'auteur de Lomax et compagnie nous offre un sommet graphique. Son trait noir et poudreux a encore franchi un cap et c'est du pur plaisir esthétique. Chaque case ou presque est un petit tableau dont certaines nous offrent des saynètes imprégnées du parfum de l'époque. Tout est vivant, on entend la foule qui discute, les voitures, les guitares, l'harmonica... C'est somptueux, tout simplement.
L'avis de Noirdesir m'a invité à regarder l'album de plus près et je suis franchement d'accord avec lui (et d'ailleurs je rejoins aussi celui de Cacal), parce que je suis ressorti ravi de ma lecture !
Si je note un peu large dans ma lecture, c'est avant tout parce que le plaisir de lecture était là d'un bout à l'autre. Déjà rien que la couverture, épaisse et toilée, avec ce bleu magnifique et ce dessin qui attire l'œil à tout pour plaire. Mais le plaisir est aussi à l'intérieur, les dessins faisant la part belle aux environnements de SF faisant très années 60, avec des structures organiques et tout en courbe en tout sens. Le dessin, c'est le point fort du récit, puisqu'entre les couleurs, les inspirations et l'inventivité graphique de certaines planches, on en prend plein les mirettes !
Maintenant, la BD ne se contente pas de faire plaisir à l'œil et nous sert une intrigue certes assez rapidement lue (la BD possède une pagination importante mais aussi un rythme lent et contemplatif) mais qui ne se prive pas de quelques idées que j'ai personnellement bien aimé. Ca rappelle les scénarios de SF à la Barbarella, je trouve, où l'on explore des planètes inconnues peuplées de vie étrange. Il y a des idées autour de plantes, notamment, et bien sur les reines, dont on ne dévoile pas beaucoup de choses mais dont j'ai beaucoup apprécié le principe !
Bien sur, il y a quelques détails qui peuvent faire tiquer l'œil, notamment les talons aiguilles pour visiter des planètes hostiles, mais je trouve que ça accompagne bien le rendu global. Je tiens d'ailleurs à faire remarquer que malgré quelques scènes de sexe explicite, le récit est franchement plutôt soft et qu'il est dans la limite du strictement pour adulte, à mon gout.
En tout cas, je suis très friand de la BD qui m'avait tapé dans l'œil et dont je ne regrette pas un instant l'achat (et la dédicace !). Je verrais pour me procurer l'autre volume produit par l'auteur et j'espère qu'il continuera à produire des albums de SF dans ce style, parce que ça me plait beaucoup !
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Je me retrouve totalement dans l’avis précédent. Voilà le 3e album de cet auteur Flamand, et c’est la encore une vraie réussite. On retrouve les caractéristiques de Ben Gijemans. Avec des thèmes peu faciles. Après avoir abordé la solitude avec Hubert et l’homosexualité avec Aaron, voilà qu’il aborde en même temps la piété et l’éveil à la sexualité. L’histoire est assez simple: deux frères qui fréquent assidûment l’église et s’ennuie à mourir en vacances chez leurs grands parents découvrent un jour une vidéo porno graphique qui va engendrer bien des fantasmes chez nos deux compères. Ce qui change chez Gijemans c’est le traitement de l’histoire. Jusqu’à présent il se rapprochait très clairement d’un Chris Ware avec des successions de cases où les personnages sont quasi immobiles et qui caractérisent une forme de lenteur et de monotonie. On retrouve quelque peu cette forme de récit mais de manière très marginale. En effet il n’y a quasiment pas de case dans cette bd. Gijemans se contente de montrer les visages des différents interlocuteurs sur un fond blanc ( les planches sont elles même en noir et blanc). On voit aussi souvent les enfants allongés dans leur lit. Le lecteur devine ainsi leur intimité. On a parfois des dessins plus grands avec un aspect symbolique évident. Bref le dessinateur a véritablement innové avec ce nouvel album. Bien sûr le thème abordé n’est pas très « grand public », bien sûr cet album est plutôt destiné à un public a un public adulte, quoi que les adolescents pourront très bien se sentir concernés. La critique de la religion qui semble incapable de traiter de la sexualité n’échappera pas aux lecteurs. Et dans un contexte ou les scandales nombreux ont éclaté au sein de l’église catholique, on se dit que Ben Gijemans a visé juste. Quoi qu’on pense de ce type d’histoire, on ne peut nier que cet auteur tente vraiment de renouveler le 9 art, et il mérite largement d’être salué pour ça.
Mycelium Wassonii
Je découvre cet auteur avec cet album. Brian Blomerth est illustrateur, musicien et "strip-teaseur de bandes dessinées", il a passé des années à combiner des styles d'art underground classiques avec son esprit visuel irrévérencieusement mordant dans les zines, les bandes dessinées et les couvertures d'albums. Il vit et travaille à Brooklyn et ce "Mycelium Wassonii" est sa première BD publiée en France et c'est une très belle surprise. Je vais commencer par souligner le très beau travail éditorial de Rackham, c'est vraiment un très bel objet, et la jolie préface de Paul Stamets, mycologue et écrivain américain. On va découvrir la biographie de Valentina Pavlovna Wasson et de Gordon Wasson. Elle est née en 1901 en Russie, un pays éminemment mycophile, lui est né en 1898 dans le Montana. Elle est pédiatre, lui banquier. Tout commence en 1927 lors de leur voyage de noce dans les montagnes Catskill, elle cherchait des champignons comestibles et c'est à ce moment que tout va basculer. Surpris par la différence des attitudes culturelles envers le champignon en Russie et aux États-Unis, le couple commence ses recherches. Des recherches qui vont initier un nouveau champ disciplinaire, l'ethnomycologie, lorsque que Gordon arrive à participer à un rituel Mazatèque dirigé par Maria Sabina, une chamane, avec des champignons hallucinogènes. Ce comics met en évidence le rôle majeur de Valentina Wasson, trop tôt disparue. Un titre qui prend tout son sens. Une lecture rapide malgré la pagination importante, très peu de texte, mais une lecture instructive, captivante et tout public avec une pointe d'humour. La partie graphique est enchanteresse. Une narration qui repose énormément sur le visuel, dans un style qui rappelle le génialissime Tex Avery pour la gestuelle des personnages. Les personnages ont des têtes de chien, pas trop mon truc, mais là j'ai aimé ce choix, il apporte ce côté surréaliste qui plaira à toutes les générations. J'ai tout aimé, de la créativité de la mise en page aux superbes couleurs chatoyantes en passant par la richesse des nombreux détails. Même les champignons ont leurs phylactères et leur langage. Prenez le temps de savourer chaque planche. J'ai adoré. L'album se termine avec les confessions de l'auteur sur la réalisation de ce comics. Instructif. Une très très belle découverte sur deux pionniers oubliés.
En marche ou grève
De la part d’un bédéiste qui sort des cases, il est assez logique de ne pas mettre de case dans sa bédé. En effet, David Snug refuse autant les étiquettes que le système, et à cet égard, il n’y a guère qu’avec l’anarchisme, le gros mot qui fait peur au bourgeois, qu’il pouvait se trouver des affinités. Car le bourgeois, tout comme la meute d'électeurs acquise aux bienfaits d’un système qui en vérité la méprise, n’aime pas les tire-au-flanc. Et David Snug en est un, et même un magnifique spécimen ! Un brin décalé, totalement décomplexé, non-violent revendiqué, plus wawache que black bloc, et qui plus est a l’outrecuidance de faire marrer son audience ! Notre sympathique anar égrène à travers ses strips à longueur variable son aversion pour le système et la bêtise, avec un sens de l’autodérision et de la punchline irrésistibles. S’il s’en prend avec une nonchalance caustique à Macron, Darmanin, Borne et consorts, le reste de la classe politique n’est pas épargné, tout comme les médias détenus par Bolloré et ses chiens de garde Praud et Hanouna. Mais Snug aborde aussi les thèmes de l’époque, l’écologie, la bouffe, la consommation et les panneaux publicitaires, mais aussi sa détestation du sport et des JO à venir (« L’important c’est de ne pas participer ! »), les gros festivals comme le Hellfest (« Dormir dans un camping avec des gens bourrés, ça me fait chier ») ou la fête de l’Huma (où l’on doit présenter un QR code à l’entrée) et Fabien Roussel (qui se déplace toujours avec ses gardes du corps), ou encore le film « Oppenheimer », qui attribue la célèbre formule de P.J. Proudhon, « La propriété c’est le vol », à Karl Marx (sic)… Mais la « star de la bédé underground de gauche » n’oublie pas de rappeler quelques vérités historiques et n’hésite pas à égratigner Mitterrand et son « gars sûr », Jacques Delors, à l’origine de la désindexation des salaires en 1983 ! Il confesse par ailleurs son admiration pour son « anar préféré », Elisée Reclus, géographe français du XIXe siècle, qui considérait l’anarchie comme « la plus haute expression de l’ordre. » David Snug ne sait pas « dessiner » mais il s’en fout. Ses personnages ont l’air statique, avec les mêmes postures un peu balourdes, bras raides et dos voûté. Son style est pourtant très adapté à un genre plus proche du dessin de presse que de Largo Winch ! Et puis on l’aime bien ce trait minimaliste net et sans bavures, avec ces mignons petits cacas qui essaiment à quasiment toutes les pages, ces oiseaux obèses au vol paresseux, tous ces animaux à la mine engourdie, ces arbres ronds et ces fleurs des champs disséminées un peu partout, bref, tout ça donne un dessin très vivant et joyeux qui vient équilibrer le sérieux du propos, avec un côté graphique pas déplaisant. Sans vouloir cataloguer l’auteur, on pourrait le placer quelque part entre Geluck (en moins consensuel) et Charb (en moins méchant). Quand on a terminé le livre, la première chose qu’on se dit est qu’on n’a pas perdu son temps ! « En marche ou grève » est à la fois drôle et instructif, branché sur une actualité pas très fun mais pas plombant pour autant car l’ensemble est plutôt hilarant. Certes, certaines vérités énoncées ne nous feront pas forcément plaisir en nous confrontant souvent à nos propres contradictions. On pourra aussi être déroutés par moments, par exemple quand il parle de Gaspard Proust comme du « nouveau comique d’extrême gauche », ou du fait que Thiéfaine, « star du show-biz » (sic), « aurait » été amené en hélicoptère à la fête de l’Huma, sans que l’on parvienne à deviner si c’est de l’humour (ou alors au 16e degré). Néanmoins, on ne saurait en vouloir à David Snug, qui avance quelques arguments irréfutables, frappés au coin du bon sens, certes pas toujours avec la meilleure foi du monde et pas toujours avec diplomatie (mais la diplomatie est-elle l’attitude la plus appropriée face au mépris désinvolte du pouvoir ?). Arguments auxquels les plus blasés ou les plus réactionnaires rétorqueront qu’il n’est qu’un doux rêveur. Mais par un processus étrange, le bougre a quelque chose de singulièrement attachant, non seulement parce qu’il est drôle mais aussi peut-être parce qu’il donne cette impression à travers son livre de nous parler comme si l’on était face à lui, accessoirement autour d’un verre. Avec « En marche ou grève », le camarade Snug prouve au moins qu’on peut être militant et pas chiant pour autant… C’est cocasse, non ?
La Dame de La Roche
Coup de cœur pour l'aquarelle : dans une grille classique sur fond blanc, très droite mais pas cernée, la couleur est vraiment bien choisie et semble familière. Il n'est pas si facile de reproduire des visages reconnaissables en couleur directe, sans beaucoup de trait de construction, ici le défi est relevé, on ne peine pas à reconnaître les personnages. Leur épaisseur n'est pas donné par l'histoire et c'est bien par les postures, les expressions, que l'on perçoit leur caractère, parfois drôle, parfois dramatique. Les dialogues apportent aussi beaucoup et le choix de chaque mot, en particulier pour le héros, installe un humour pince sans rire très agréable. Je vais de ce pas chercher l'autre livre de Geneviève Marot, qui est sur BDthèque. Mes regrets sont plutôt du côté du scénario, avec quelques erreurs de scripte, (des lunettes qui sont cassées puis qu'on retrouve sur le nez du personnage, mais comme cette aventure n'est pas loin d'être un gigantesque rêve, il est possible que ces "erreurs", ne soient que des indices pour nous remettre sur la voie de la réalité) C'est donc l'histoire d'un monsieur en nœud papillon et complet veston qui suit une obsession, (comprendre pourquoi il est sujet à une vision récurrente : une belle dame rousse à coté d'un château) et en trouvant le château de sa vision, il se perd dans les boves (souterrains) et finit par se balader de période en période (2ème guerre mondiale, 18ème siècle, moyen-âge, et même en 2500) retrouvant la belle rousse, maîtresse femme qui sauve le monde, un peu grâce aux cascades involontaires du héros. Bref, c'est vraiment le personnage qui tient toute l'affaire , son flegme, son a propos, sa culture historique qui sauve les situations avec humour et courage. La dernière partie, dans l'avenir, a quelque originalité et je vous laisse la découvrir. Je trouve la couverture un peu ratée, pas du tout en concordance avec l'intérieur : la partie du haut très classique et équilibrée, avec l'arbre sur le coté, le titre très statique. Et puis la partie basse manque la cible avec cette chevelure rousse, en tâche informe, qui n'est pas en contraste avec le reste et se heurte à l'escalier jaune sans s'y fondre, le regard inquiet du héros essoufflé, et démultiplié, et celui de la dame de La Roche, sombre, amer, avec ce col rose très pâle qui ne va pas non plus avec le orange flamboyant de la chevelure... L'humour subtil de la BD est absent, et la grande qualité de la composition des pages n'est pas au rendez-vous. Dommage !
Fréhel
La première fois que j'ai écouté une chanson de Fréhel, c'était sur une cassette, oui! C'est en 1981 que Renaud avait enregistré : "Le petit bal du samedi soir et autres chansons réalistes". Fréhel était morte le 3 février 1951, il y a aujourd'hui même 73 ans. Et probablement à l'occasion du trentenaire de sa mort, Renaud avait eu l'idée de ressortir ce répertoire qui chante des vies de parisiennes de l'entre deux guerre. Je me rends compte que je n'avais que 8 ans, mais j'ai peut-être acheté plus tard la cassette d'occasion... Bref ça m'a donné envie d'écouter l'original et quand j'ai entendu la voix de Fréhel et ces histoires de prostituées qui "[prennent] de la coco", pour "troubler [leur] cerveau", ça m'a touché. Ces vies à la merci des hommes, défendues avec force par ce timbre sans artifice, plein d'ironie et de mordant : ça m'a donné la pêche pour devenir une femme moi aussi, avec moins d'emmerdement à la clef, me semblait-il. Donc quand l’éditrice de Nada m'a "fait l'article" sur cet album, j'ai eu une petite curiosité. Bien m'en a pris, parce que j'ai retrouvé la voix et les chansons de la môme. On y voit toute sa vie dans un dessin aquarellé, joufflu et un peu délavé. Une petite fille qui est toujours à trainer dans Paris, sans surveillance, qui aime chanter et qu'on la regarde. Qui se fait embobiner par des profiteurs, qui emballe le public, qui fuit en Russie au moment de la 1ere guerre... Bref rien d'étonnant quand on a entendu ses chansons. On se rend compte qu'elle chantait sa vie, même si ce sont des hommes qui ont signé les paroles comme les musiques. Il manque quelque chose à la BD pour être vraiment chouette, mais je ne sais pas le définir : du rêve, peut-être. On a l'impression qu'elle s'est toujours laissée porter par les évènements, ses rebuffades ne duraient pas, sans doute anesthésiées par la cocaïne, dans une sorte d'abandon qui semble démenti par sa voix forte et les paroles de ses chansons qui la montrent maline et combative. La scène a du être pour elle une bouée, un rêve devenu réalité. Bref ce qui m'embête c'est qu'elle n'aie pas pu sortir de ses addictions qui comme souvent sont décuplées par les désespoirs successifs (perte d'enfant, jalousie, abandon, misère économique...) Comment raconter une histoire triste sans faire fuir les lecteurs ?
La Petite Lumière
En règle générale j'aime beaucoup le dessin de Panaccione, parce qu'il sait parfaitement représenter l'incertitude dans le regard ; et je me retrouve dans ce sentiment de ne pas maîtriser la marche du monde et d'être prise dedans à mon corps défendant. Donc ce petit volume m'attendait dans la sélection chrétienne des BD d'Angoulême, dans la cathédrale. J'en avais lu des avis contradictoires et je n'était pas enthousiaste a priori, mais en ouvrant sur une page avec ce vieux barbu aux arcades sourcilières fripées, j'ai presque cru reconnaître mon père, et je l'ai pris. Ici, le héros solitaire et confronté à quelque chose d’invraisemblable, qu'il tente, le plus longtemps possible de rattacher au monde rationnel qu'il a habité jusque-là. Mais finalement, c'est peine perdue, il fait un pas vers une incertitude plus grande encore. Plus j'y pense et plus je me dis que le mot Dieu n'est qu'un autre mot pour l'incertitude : celle à qui nous sommes tous à la fois soumis et reconnaissant. Un exemple de cette incertitude : commencer à contribuer à BDthèque et dix ans plus tard se retrouver avec 13 contributeurices dans un gîte près d'Angoulême à partager un chili. (J'ai peur que les églises, elles, oublient trop souvent ce nœud originel, et se laissent aller à la certitude.) Rien d'étonnant donc à retrouver Panaccione dans une cathédrale. Ce volume m'a fait penser aux adaptations de Thierry Murat (Le Vieil Homme et la Mer et Les Larmes de l'assassin), le pitch tient en une ligne, mais l'intrigue narrative est tenue de bout en bout par la densité du dessin. Je comprends que certains puissent rester à la porte de l'album, et principalement parce qu'il ne faut pas s'y aventurer dans une salle d'attente, ou entre l'épluchage des oignons et le lavage de la cocotte. Il faut y consacrer un temps indéfini, libre de toute contrainte, sans bruit parasite. Une bande dessinée qui demande toute notre attention.
L'Odyssée d'Hakim
3 magnifiques tomes qui humanisent les réfugiés et visibilisent leur courage et les dangers auxquels ils sont exposés. L'Europe dépense 13 milliards par an pour blinder les frontières, pourquoi ne pas les utiliser pour l'accueil et des voies d'accès sûres des personnes qui n'ont pas d'autre choix que de fuir!!! Ce livre devrait être enseigné à l'école et servir de point de départ aux réformes des politiques migratoires. Plus jamais de trajectoires comme celle d'Hakim!
Bunkerville
J’ai adoré cette promenade loufoque et onirique dans le monde intrigant de Bunkerville. Les décors steampunk et les scaphandres m’ont rappelé le jeu vidéo BioShock (le premier), même si les auteurs citent plutôt Jules Verne et Albert Robida comme influences. J’ai noté de nombreuses références (par exemple le nom de l’hôtel, « Bunkerville Palace Hotel », faisant écho au film de Bilal « Bunker Palace Hotel »). En tout cas l’histoire est prenante et intrigante, et le dénouement est réussi et parvient à fournir une explication logique et cohérente. Le dessin réalisé entièrement en aquarelles est absolument magnifique, tout en restant parfaitement lisible… un délice pour les yeux. Et puis quelle couverture ! Une promenade onirique et steampunk parfaitement réalisée, que je recommande aux amateurs du genre.
Les Derniers Jours de Robert Johnson
Et dire qu'on a bien failli ne jamais lire cette BD !!! La faute à un voleur opportuniste qui s'est retrouvé à braquer les planches originales confiées au livreur. Fut-il pris de remords ? Allez savoir ! Toujours est-il qu'il a finalement restitué l'objet de son larcin. Et quelle perte cela eut été ! Ces derniers jours de Robert Johnson sont une sorte d'apothéose, compilant thèmes et personnages déjà évoqués, parfois à peine effleurés, dans les œuvres précédentes de l'auteur : la musique bien entendu, et le Blues avant tout (on y croise d'ailleurs Meteor Slim), le Deep South et tout ce que charrie cet imaginaire... Il s'amuse également avec la légende qui colle à la peau de Robert Johnson, à savoir son fameux pacte avec le Diable ! Je ne dirai rien là-dessus afin de ne rien dévoiler, inutile d'insister, mais l'auteur revisite le mythe de manière tout à fait originale. Ce coup de ripolin lui confère au passage une profondeur psychologique qui trouve ici tout son sens. Le récit prend la forme d'une déambulation et nous trimballe à travers le vieux sud, jusqu'à New York où notre bluesman compte bien décrocher la Lune, une déambulation croisée puisque le chemin de nos deux compères va justement croiser (mais juste croiser) deux blancs-becs du Carnegie Hall, précisément à la recherche de Robert Johnson afin de le produire sur scène. Au-delà de l'aspect géographique, c'est également une ballade temporelle dans les souvenirs de notre héros. Tout cela est très habile, peut-être même trop, car Duchazeau nous perd parfois dans cet écheveau. En outre, j'ai quelques fois eut du mal à reconnaître Johnson de son compagnon de route. Fort heureusement, notre homme porte des bretelles, et son compère une cravate. Ouf ! A cela près, l'auteur de Lomax et compagnie nous offre un sommet graphique. Son trait noir et poudreux a encore franchi un cap et c'est du pur plaisir esthétique. Chaque case ou presque est un petit tableau dont certaines nous offrent des saynètes imprégnées du parfum de l'époque. Tout est vivant, on entend la foule qui discute, les voitures, les guitares, l'harmonica... C'est somptueux, tout simplement.
Lilith
L'avis de Noirdesir m'a invité à regarder l'album de plus près et je suis franchement d'accord avec lui (et d'ailleurs je rejoins aussi celui de Cacal), parce que je suis ressorti ravi de ma lecture ! Si je note un peu large dans ma lecture, c'est avant tout parce que le plaisir de lecture était là d'un bout à l'autre. Déjà rien que la couverture, épaisse et toilée, avec ce bleu magnifique et ce dessin qui attire l'œil à tout pour plaire. Mais le plaisir est aussi à l'intérieur, les dessins faisant la part belle aux environnements de SF faisant très années 60, avec des structures organiques et tout en courbe en tout sens. Le dessin, c'est le point fort du récit, puisqu'entre les couleurs, les inspirations et l'inventivité graphique de certaines planches, on en prend plein les mirettes ! Maintenant, la BD ne se contente pas de faire plaisir à l'œil et nous sert une intrigue certes assez rapidement lue (la BD possède une pagination importante mais aussi un rythme lent et contemplatif) mais qui ne se prive pas de quelques idées que j'ai personnellement bien aimé. Ca rappelle les scénarios de SF à la Barbarella, je trouve, où l'on explore des planètes inconnues peuplées de vie étrange. Il y a des idées autour de plantes, notamment, et bien sur les reines, dont on ne dévoile pas beaucoup de choses mais dont j'ai beaucoup apprécié le principe ! Bien sur, il y a quelques détails qui peuvent faire tiquer l'œil, notamment les talons aiguilles pour visiter des planètes hostiles, mais je trouve que ça accompagne bien le rendu global. Je tiens d'ailleurs à faire remarquer que malgré quelques scènes de sexe explicite, le récit est franchement plutôt soft et qu'il est dans la limite du strictement pour adulte, à mon gout. En tout cas, je suis très friand de la BD qui m'avait tapé dans l'œil et dont je ne regrette pas un instant l'achat (et la dédicace !). Je verrais pour me procurer l'autre volume produit par l'auteur et j'espère qu'il continuera à produire des albums de SF dans ce style, parce que ça me plait beaucoup !