Un petit ovni dans le monde de la BD que nous présente Delcourt dans sa collection prestigieuse Mirages. Certes, assez difficile d'accès de prime abord, cette bande dessinée se révèle être un pur chef d'oeuvre.
Difficile, car le thème choisi, l'histoire d'un scientifique allemand Fritz Haber (1868-1934), tourmenté par deux questions, son nationalisme et son judaïsme, ne prête pas à rire.
David Vandermeulen continue un étonant tour de piste d'auteur avec des styles très différents qui vont de l'étonnante Littérature pour tous au "cid , version 6.0" mais toujours avec un côté très littéraire voire élitiste.
J'ai parlé d'ovni car vous ne trouverez aucun phylactère dans ce livre; les paroles étant retranscrites à la manière de sous titres - comme dans les films en VO - et les récitatifs sont présents sous forme d'encart - comme dans les films muets -. Le tout donne plus l'impression de voir un vieux film en noir et blanc plutôt que de lire une bd. En outre le dessin ressemble plus à de la peinture qu'à un dessin traditionnel de bd.
Très beau témoignage sur la société allemande de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. (à l'image de ce qu'a fait Proust pour la société française).
Vous l'avez compris, j'ai adoré cette bd et ne passez pas à côté d'un tel chef d'oeuvre (prévu d'ailleurs en 3 volumes). Incontournable vous-dis-je !
De loin la meilleure série de western, sans aucun rival possible. Charlier nous livre la quintessence de son talent, de l'aventure tellement bien écrite que ça en devient profond: Blueberry incarne finalement le héros qui n'a pas peur du danger et de la difficulté, qui ne la contourne pas, mais qui fait AVEC. Les réflexions ne manquent pas d'intelligence sur la condition des indiens, et puis que de personnages secondaires extraordinaires!
On y voit des rascals et des fils de coyotes à tout bout de champs, des crapules cyniques, et les deux acolytes de Blueberry sont pour le moins coloré. Le western y est sale et poussiéreux, comme dans un film de Leone.
Evidemment les 7-8 premiers tomes sont en dessous, mais à partir du cycle de la"mine", ça décolle, avec l'incroyable épopée de "Chihuahua Pearl" jusqu'au"bout de la piste". Ces albums retracent une des évolutions de personnages les plus cohérentes et palpitantes qui soit. Vigo, Chihuaha Pearl, MacClure, Tête-Jaune, Cochise... des noms associés à l'histoire du 9ème art.
Le schizophrène Giraud/Moebius ne peut hélas s'empêcher ensuite de reprendre la série à son compte (à la mort de Charlier), pour donner une bien misérable fin au beau lieutenant. Mais ce n'est pas assez pour faire baisser la cote.
Superbe, flamboyant... l'aventure dans tous les sens du terme: exotisme, voyages lointains dans les océans et dans la tête. Corto découvre le monde, tel un observateur neutre qui prend position selon son degré de connaissance d'une situation. Et de ses intérêts! Mais au gré de ses rencontres, Corto Maltese incarne un homme libre dans son esprit, côtoyant des héros, des criminels, des militaires paumés, des rebelles-poètes, des savants, des magiciens et la liste est encore longue.
Hugo Pratt livre ici en toute simplicité l'expérience d'une vie, créant des personnages incroyablement romantiques et au vécu se confondant à l'imaginaire. Il n'y a pas deux Bouche Dorée dans l'histoire de la bd, par exemple.
Et puis Corto Maltese, c'est un genre à lui tout seul, comme le jazz ou la musique classique. Entre maturité humaine et barbarie, entre poésie et guerre, "Corto"est ni plus ni moins la plus riche série que j'ai pu lire jusqu'à présent. Une baffe intemporelle.
N.B: avis à Casterman: Le type responsable des nouvelles couvertures n/b est-il un fou échappé de l'asile,un daltonien du dernier degré,un sadique du mauvais goût,ou(ce que je crains)les trois à la fois?
Exemple type du grand savoir-faire de Comès: intrigue psychologique consistante, réflexion sur l'ésotérisme (dans le bon sens du terme) mystère, sorcellerie, et graphisme unique à son apogée.
Sans doute un des meilleurs Comès. Sa narration, forme de "bédécriture", atteint ici des sommets tant l'ambiance, les non-dits et les regards sont lourd de signification. Le point fort de l'album, c'est la forte psychologie qui s'en dégage. Une jeune femme, une étrangère de passage, représente la chance pour Yves de se débarrasser de son passé, de passer un cap où il sera affranchi et deviendra une personne plus accomplie. Car Yves a du talent mais n'ose pas complètement s'épanouir. Y arrivera-t-il?
C'est tout ce duel qui est rendu comme rarement en bd, la lutte interne d'un personnage pour sa salvation. Et la comparaison avec le psychose d'Hitchcock n'est que superficielle et pour la forme seulement. A mon avis, le suspense pur n'est pas un des critères les plus fondamentaux pour faire une bonne histoire, c'est plutôt le vécu et son intensité qui compte. Et ici, il est terrible.
Tordu de rire à la première comme à la dixième lecture. Comme toute l’œuvre de Goossens, il faut pénétrer son univers avant d'en saisir toute la richesse humoristique. La barrière du dessin "réaliste" est au départ difficile à franchir, mais elle apporte un vrai plus à l'humour. Pour les connaisseurs, notez la présence d'un certains "Louis" (le petit caporal capricieux), ce qui laisse penser que ce "Voyage" est un roman écrit par Louis Machin , héros de la série Georges et Louis.
Cette BD est immanquable, pour ma part c'est une farce digne de Molière. Les dessins sont géniaux et le scénario ne s'essouffle pas malgré les 6 tomes, ce qui est rare maintenant (je trouve). Parfait cadeau aussi bien pour les amateurs de BD que pour les néophytes.
Culte !!!
C'est exactement le mot...
Des graphismes géniaux, magiques,
des lignes épurées,
des couleurs extraordinaires,
un scénario plein d'humour.
Bref, vraiment tout pour (me) plaire... Il y a trop de choses à dire.
Je le conseille vivement à... beaucoup de monde.
Pierre for ever
PS : merci encore aux concepteurs de ce site génial
Une aventure pas très connue et pourtant très forte du Batman.
Très forte et très puissante pour deux raisons.
Le dessin, d'abord. Les peintures de Scott Hampton dans cet album sont magnifiques. Flirtant avec Hopper, il réussit à transfigurer l'univers sombre et nocturne du Dark Knight de manière subtile et magistrale.
Le sujet, ensuite : les sévices sur enfants.
Le scénario d'Archie Goodwin aborde le problème sans fard, mais sans voyeurisme et manichéisme. Le parti-pris face à cette violence innommable est réaliste, et c'est un constat terriblement désespérant qui attend le protecteur de Gotham (et le lecteur).
"Cris dans la nuit" prouve que Batman reste le sujet phare lorsqu'on veut aborder les Super-héros sur un mode plus noir qu'à l'accoutumée.
(PS : malheureusement non réédité, je pense que cet album est aujourd’hui difficile à trouver)
Ah ! Le Vent dans les Saules ! Cette série est vraiment du concentré de bonheur.
Adapté de l’œuvre de Kenneth Grahame, Plessix nous fait découvrir un univers bucolique et poétique où les animaux côtoient les humains dans une parfaite harmonie.
Faire la connaissance de Rat, Taupe et Crapaud est un réel plaisir sans oublier Blaireau, qui est intrigant à souhaits. De plus, en découvrant le milieu de vie de nos héros, on a parfois l'impression que les senteurs des fleurs sauvages titillent nos narines tellement l'atmosphère du récit reflète parfaitement le charme de nos campagnes.
J'ai particulièrement bien aimé le chapitre 5 où Taupe et Rat sont perdus dans la neige. Ce passage est, je pense, l'exemple le plus représentatif.
On vit donc au rythme des saisons et au fil des pages, on apprend à mieux connaître les protagonistes du récit qui ne manquent pas de caractère.
Le dessin de Michel Plessix est d'une finesse sans égal. Son trait subtil et apaisant donne beaucoup de réalisme à l'histoire.
Indiscutablement, Le Vent dans les Saules est une série à posséder et à lire... au coin du feu !
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Fritz Haber
Un petit ovni dans le monde de la BD que nous présente Delcourt dans sa collection prestigieuse Mirages. Certes, assez difficile d'accès de prime abord, cette bande dessinée se révèle être un pur chef d'oeuvre. Difficile, car le thème choisi, l'histoire d'un scientifique allemand Fritz Haber (1868-1934), tourmenté par deux questions, son nationalisme et son judaïsme, ne prête pas à rire. David Vandermeulen continue un étonant tour de piste d'auteur avec des styles très différents qui vont de l'étonnante Littérature pour tous au "cid , version 6.0" mais toujours avec un côté très littéraire voire élitiste. J'ai parlé d'ovni car vous ne trouverez aucun phylactère dans ce livre; les paroles étant retranscrites à la manière de sous titres - comme dans les films en VO - et les récitatifs sont présents sous forme d'encart - comme dans les films muets -. Le tout donne plus l'impression de voir un vieux film en noir et blanc plutôt que de lire une bd. En outre le dessin ressemble plus à de la peinture qu'à un dessin traditionnel de bd. Très beau témoignage sur la société allemande de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. (à l'image de ce qu'a fait Proust pour la société française). Vous l'avez compris, j'ai adoré cette bd et ne passez pas à côté d'un tel chef d'oeuvre (prévu d'ailleurs en 3 volumes). Incontournable vous-dis-je !
Blueberry
De loin la meilleure série de western, sans aucun rival possible. Charlier nous livre la quintessence de son talent, de l'aventure tellement bien écrite que ça en devient profond: Blueberry incarne finalement le héros qui n'a pas peur du danger et de la difficulté, qui ne la contourne pas, mais qui fait AVEC. Les réflexions ne manquent pas d'intelligence sur la condition des indiens, et puis que de personnages secondaires extraordinaires! On y voit des rascals et des fils de coyotes à tout bout de champs, des crapules cyniques, et les deux acolytes de Blueberry sont pour le moins coloré. Le western y est sale et poussiéreux, comme dans un film de Leone. Evidemment les 7-8 premiers tomes sont en dessous, mais à partir du cycle de la"mine", ça décolle, avec l'incroyable épopée de "Chihuahua Pearl" jusqu'au"bout de la piste". Ces albums retracent une des évolutions de personnages les plus cohérentes et palpitantes qui soit. Vigo, Chihuaha Pearl, MacClure, Tête-Jaune, Cochise... des noms associés à l'histoire du 9ème art. Le schizophrène Giraud/Moebius ne peut hélas s'empêcher ensuite de reprendre la série à son compte (à la mort de Charlier), pour donner une bien misérable fin au beau lieutenant. Mais ce n'est pas assez pour faire baisser la cote.
Corto Maltese
Superbe, flamboyant... l'aventure dans tous les sens du terme: exotisme, voyages lointains dans les océans et dans la tête. Corto découvre le monde, tel un observateur neutre qui prend position selon son degré de connaissance d'une situation. Et de ses intérêts! Mais au gré de ses rencontres, Corto Maltese incarne un homme libre dans son esprit, côtoyant des héros, des criminels, des militaires paumés, des rebelles-poètes, des savants, des magiciens et la liste est encore longue. Hugo Pratt livre ici en toute simplicité l'expérience d'une vie, créant des personnages incroyablement romantiques et au vécu se confondant à l'imaginaire. Il n'y a pas deux Bouche Dorée dans l'histoire de la bd, par exemple. Et puis Corto Maltese, c'est un genre à lui tout seul, comme le jazz ou la musique classique. Entre maturité humaine et barbarie, entre poésie et guerre, "Corto"est ni plus ni moins la plus riche série que j'ai pu lire jusqu'à présent. Une baffe intemporelle. N.B: avis à Casterman: Le type responsable des nouvelles couvertures n/b est-il un fou échappé de l'asile,un daltonien du dernier degré,un sadique du mauvais goût,ou(ce que je crains)les trois à la fois?
La Belette
Exemple type du grand savoir-faire de Comès: intrigue psychologique consistante, réflexion sur l'ésotérisme (dans le bon sens du terme) mystère, sorcellerie, et graphisme unique à son apogée.
Eva
Sans doute un des meilleurs Comès. Sa narration, forme de "bédécriture", atteint ici des sommets tant l'ambiance, les non-dits et les regards sont lourd de signification. Le point fort de l'album, c'est la forte psychologie qui s'en dégage. Une jeune femme, une étrangère de passage, représente la chance pour Yves de se débarrasser de son passé, de passer un cap où il sera affranchi et deviendra une personne plus accomplie. Car Yves a du talent mais n'ose pas complètement s'épanouir. Y arrivera-t-il? C'est tout ce duel qui est rendu comme rarement en bd, la lutte interne d'un personnage pour sa salvation. Et la comparaison avec le psychose d'Hitchcock n'est que superficielle et pour la forme seulement. A mon avis, le suspense pur n'est pas un des critères les plus fondamentaux pour faire une bonne histoire, c'est plutôt le vécu et son intensité qui compte. Et ici, il est terrible.
Voyage au bout de la Lune
Tordu de rire à la première comme à la dixième lecture. Comme toute l’œuvre de Goossens, il faut pénétrer son univers avant d'en saisir toute la richesse humoristique. La barrière du dessin "réaliste" est au départ difficile à franchir, mais elle apporte un vrai plus à l'humour. Pour les connaisseurs, notez la présence d'un certains "Louis" (le petit caporal capricieux), ce qui laisse penser que ce "Voyage" est un roman écrit par Louis Machin , héros de la série Georges et Louis.
De Cape et de Crocs
Cette BD est immanquable, pour ma part c'est une farce digne de Molière. Les dessins sont géniaux et le scénario ne s'essouffle pas malgré les 6 tomes, ce qui est rare maintenant (je trouve). Parfait cadeau aussi bien pour les amateurs de BD que pour les néophytes.
Garulfo
Culte !!! C'est exactement le mot... Des graphismes géniaux, magiques, des lignes épurées, des couleurs extraordinaires, un scénario plein d'humour. Bref, vraiment tout pour (me) plaire... Il y a trop de choses à dire. Je le conseille vivement à... beaucoup de monde. Pierre for ever PS : merci encore aux concepteurs de ce site génial
Batman - Des cris dans la nuit
Une aventure pas très connue et pourtant très forte du Batman. Très forte et très puissante pour deux raisons. Le dessin, d'abord. Les peintures de Scott Hampton dans cet album sont magnifiques. Flirtant avec Hopper, il réussit à transfigurer l'univers sombre et nocturne du Dark Knight de manière subtile et magistrale. Le sujet, ensuite : les sévices sur enfants. Le scénario d'Archie Goodwin aborde le problème sans fard, mais sans voyeurisme et manichéisme. Le parti-pris face à cette violence innommable est réaliste, et c'est un constat terriblement désespérant qui attend le protecteur de Gotham (et le lecteur). "Cris dans la nuit" prouve que Batman reste le sujet phare lorsqu'on veut aborder les Super-héros sur un mode plus noir qu'à l'accoutumée. (PS : malheureusement non réédité, je pense que cet album est aujourd’hui difficile à trouver)
Le Vent dans les Saules
Ah ! Le Vent dans les Saules ! Cette série est vraiment du concentré de bonheur. Adapté de l’œuvre de Kenneth Grahame, Plessix nous fait découvrir un univers bucolique et poétique où les animaux côtoient les humains dans une parfaite harmonie. Faire la connaissance de Rat, Taupe et Crapaud est un réel plaisir sans oublier Blaireau, qui est intrigant à souhaits. De plus, en découvrant le milieu de vie de nos héros, on a parfois l'impression que les senteurs des fleurs sauvages titillent nos narines tellement l'atmosphère du récit reflète parfaitement le charme de nos campagnes. J'ai particulièrement bien aimé le chapitre 5 où Taupe et Rat sont perdus dans la neige. Ce passage est, je pense, l'exemple le plus représentatif. On vit donc au rythme des saisons et au fil des pages, on apprend à mieux connaître les protagonistes du récit qui ne manquent pas de caractère. Le dessin de Michel Plessix est d'une finesse sans égal. Son trait subtil et apaisant donne beaucoup de réalisme à l'histoire. Indiscutablement, Le Vent dans les Saules est une série à posséder et à lire... au coin du feu !