Des animaux au milieu des hommes... idée surprenante ?
En fait, oui !
Monsieur Ayroles, merci de nous inviter dans le monde de la poésie bdistique...
Pour commencer, un renard poète (merci pour ces tirades en alexandrins... je vais hurler au génie !), un loup belliqueux, un petit lapin ex-garde du cardinal (quand connaîtrons-nous les détails ?), une belle saltimbanque, de l'amour, des pirates, de l'aventure... une excellente mise en bouche sur fond d'île au trésor, qu'aurait aimé Stevenson !
Puis les rêveries d'Ayroles prennent corps : des raisonnements scientifiques d'une logique sans faille au prince déchu de la lune, le tout saupoudré de théâtre (les clins d'oeil à Moliere, La Fontaine...), on entre dans un monde de rêverie posée en bulles, et très bien servi par un dessin coloré, lumineux (petit bémol : trop de blanc à mon goût chez le maître d'armes)
Et la, alors que l'on touche au magique, survient le voyage extraordinaire, que Jules Verne lui même n'aurait pas renié !!! Un nouveau monde qui permet à l'auteur de se libérer des limites terrestres et de nous offrir une explosion imaginative que je qualifierais de... sélénique !
Merci messieurs de nous offrir une rêverie d'enfant avec des mots d'adultes... j'en veux plus !
Les Uchronies ("Uchronie[s] - New Byzance", Uchronie[s] - New Harlem, "Uchronie[s] - NewYork") sont une des séries les plus intéressantes des 15 dernières séries que j’ai pu découvrir ces derniers mois.
Simplement car avec 3 séries parallèles l’auteur peut ratisser très large et il le fait excessivement bien, anticipation, science-fiction, action, fantastique, il y a un peu de tout avec différents degrés grâce à ces 3 séries, que du bonheur.
L’histoire indépendante est très prenante mais encore plus quand on a lu les 3 séries parallèles, chacune suit une route différente mais s’entrecroise intelligemment, c’est jouissif.
En ce qui concerne "New Byzance" je trouve qu’évidemment elle peut être considéré comme la série la plus importante des 3.
Entrée directe en la matière, un homme se fait tuer, là dessus on apprend que notre héros « punit » des criminels potentiels (bah oui ils n’ont encore rien fait) en leur faisant voir en cauchemar réaliste ce qui pourrait se passer si … « il continuait de dévier dans ses conversations avec ses amis ».
Un peu comme dans « Minority report » où on arrête les gens avant qu’ils n’aient commis leur crime.
Et là … on s’aperçoit que l’on n’a lu que 3 pages…
L’histoire continue très bien mais il y a par contre une pointe d’ambiguïté, un récit de science-fiction avec une civilisation musulmane (comme avec, la punition préventive par la pensée, le port du voile obligatoire et la lapidation (préventive ou non)) quel est la part de réel dans tous cela ?? On peut peut-être passer à côté et ne voir là qu’une fiction …
(pour moi certaines « réalités » m’apparaissent comme de la fiction et pourtant cela n’en est pas… mais bon, là n’est pas le sujet …)
Un sujet de société traité dans une très bonne œuvre de fiction cela donne même à réfléchir sur notre société actuelle.
Alors je dis merci et j’attends la suite avec impatience, mais la barre est très haute.
(19/20)
C’est suite à une conversation de "tout et de rien" avec Arzak et Alix que ma soif de savoir sur les techniques narratives propres à la BD a été dirigée vers cette œuvre de Scott McCloud.
J’ai donc suivi les conseils d’achats des avis et me suis rapidement procuré la réédition Delcourt de ce précieux traité (considéré comme le premier tome d’une série unique sur le site) tout en empruntant sa suite à la médiathèque.
Avis sur le tome 1 L’Art Invisible
Cet opus est paru en 1993, et je pense que la date est importante pour situer dans quel matériau de base Scott McCloud va puiser ses références contemporaines.
Cet ouvrage est une mine d’or, un indispensable pour qui voudrait commencer à appréhender l’univers infini de la bande dessinée.
La première idée géniale est justement d’utiliser la BD comme support de narration plutôt que de se servir de la forme classique du texte illustré (preuve de la foi indiscutable que McCloud a envers ce médium). Les concepts énoncés textuellement sont ainsi régulièrement mis en abyme au sein même de l’aspect formel des dessins de l'auteur.
Son analyse s’attache beaucoup à l’historique du médium (le plus vieux du monde ?), aux styles utilisés et utilisables relatifs aux sensibilités géographiques (USA, Japon, Europe) et à ce qui fait l’essence même du neuvième art (ce dernier thème sera plus développé dans le tome 2 apparemment).
Au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte de l’ambition au combien jouissive qui anime Scott MacCloud. "L’art invisible" se veut à l’art séquentielle, ce qu’est la topologie pour les mathématiques ou le Bescherelle à la grammaire, une volonté de définir clairement les éléments de bases de la BD (et donc un vocabulaire spécifique) et les langages (au sens de la communication) qui permettront d’utiliser au mieux ces éléments (relativement aux perceptions sensorielles de l’être humain/lecteur).
On se sent comme une éponge, souvent saturée d’informations (il faudra plusieurs lectures pour bien saisir tous les concepts abordés) mais emporté par des démonstrations toutes plus passionnantes les unes que les autres.
Petit bémol tout de même, le peu de références puisées dans la BD mainstream américaine (dans ce premier tome –nous sommes en 1993- je ne crois pas me souvenir qu’Alan Moore soit cité, alors qu’il a déjà fait beaucoup avancé en pratique le médium) et le fait que ces références se limitent toujours aux dessinateurs/auteurs (ignorant donc le travail visuel de certains scénaristes –Moore toujours, qui a une idée très précise de la mise en forme de ses BD)
Avis sur le tome 2 Réinventer la Bande Dessinée
7 ans après l’"Art Invisible", Scott McCloud reprend ses réflexions sur la bande dessinée pour en faire un état des lieux et dégager les 12 révolutions permettant de comprendre et prévoir son évolution.
La traduction est assurée par un spécialiste français du comics Jean-Paul Jennequin, pour un ouvrage qui fait près de 240 pages qui demandera donc quelques heures pour en venir à bout.
Il est donc difficile de synthétiser et de bien comprendre ce traité après une seule lecture. Les 12 thèmes présentés ici (la BD comme littérature, comme art, le traitement des droits d’auteurs, l’innovation dans l’édition, la perception du public, l’intérêt institutionnel, la parité et la représentation des minorités, la diversité des genres, et enfin la production, la livraison et l’évolution de la BD numérique) sont étudiés en profondeur avant que l’auteur fasse des propositions vers lesquelles le média devrait se diriger (d’où le mot « révolutions ») s’il ne veut pas rester dans l’état de crise actuel (ce constat a été fait en 2000, et a surtout été établi sur le continent nord américain).
Le propos s’écarte souvent du média qui nous intéresse pour retracer par exemple les différents historiques des thèmes considérés. Beaucoup plus subjectif que l’"Art Invisible" (un préambule en début d’ouvrage précise bien que « Les opinions exprimées dans ce livre sont exclusivement celles de l’auteur, […]. Nous soutenons le droit de [..], tout en n’étant pas d’accord avec nombre de ses conclusions. », sans que l’on sache vraiment qui est ce « nous »), "Réinventer la Bande Dessinée" se digère aussi beaucoup moins facilement.
Malgré cela, l’œuvre de McCloud continue à être réellement captivante (par exemple le passage sur le statut limitatif de la "page" en bande dessinée, et la révolution numérique qui lui est associée, sans parler de Moore qui est enfin cité) et c’est toujours avec enthousiasme que je vais m’attaquer au troisième tome.
En tant que bande dessinée, il est impossible de noter cette œuvre avec les mêmes critères que d’habitude (elle est unique en son genre). Par contre, l’adjectif qui vient tout de suite à l'esprit est "culte", ça facilite le travail.
Les premières pages de ce récit m'ont fait froid dans le dos. J'en ressentis beaucoup d'émotion, le tout accentué par un dessin quasi-sublime d'Yslaire comme à son habitude.
Traiter du terrorisme n'est pas un thème facile surtout en BD. Cela reste une menace d'actualité. Par ailleurs, quand on aborde le sujet d'une liaison amoureuse entre un juif et une musulmane, on peut vite être taxé de stéréotisme comme si l'idée même était hors de propos. Je trouve cela particulièrement injustifié envers l'auteur car cette bd véhicule un véritable message de tolérance.
C'est vrai que ce côté "peace and love" peut avoir un côté agaçant surtout quand il est couplé à la chanson "Imagine " de John Lennon. On est surpris également de voir à quel point Fayda succombe très facilement. :8 J'ai presque eu du mal à croire à sa subite prise de conscience. C'est un peu trop irréel à mon goût pour être crédible. Mais peut-être que le message voulu par l'auteur s'est affranchi de toute contrainte, cédant ainsi à trop de facilité.
En conclusion, je dirais que c'est un album émouvant et original à la maîtrise graphique vraiment exceptionnelle.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Après être resté dans l’ombre une douzaine d’années, Bruce Wayne réendosse le costume de Batman alors que Gotham City est sous l’emprise des mutants, rebelles barbares qui veulent s’approprier la ville par la violence.
Plusieurs pistes rendent cette bande-dessinée de Frank Miller incontournable.
D’abord une réflexion sur le vieillissement des héros qui semblait inconcevable jusqu’alors. Frank Miller nous propose une ultime mission où Batman s’approchant de la cinquantaine décide de reprendre du service. Toujours hanté par son passé et le serment fait à ses parents mourants de se battre contre le crime, il est prêt à tout pour nettoyer la ville. Même si c’est au prix de quelques courbatures… car à cinquante ans on n’a pas la forme olympique de ses vingt ans ni les réflexes, ni la maîtrise de son corps en souffrance. Et puis on touche un peu à la bouteille. Alors… D’ailleurs, il en va de même pour les autres héros qu’il croise. James Gordon part en toute logique à la retraite, le Joker croupit depuis des années dans un hôpital psychiatrique, Lana Lang est devenue la directrice grassouillette du Daily Planet et Green Arrow est un vieillard manchot et revanchard. Finalement, seul Clark Kent, de par sa nature extraterrestre est resté le plus vigoureux, quoi que.
Le deuxième point mis en exergue par Frank Miller est d’ordre psychologique. Les paradoxes de l’espèce humaine sont dénoncés sans caricature aucune. Effectivement, la renommée des (super-)héros, costumés ou non, est constamment vacillante. Au gré de la politique, des évènements économiques, de la hausse ou de la baisse de la criminalité etc., le héros est reconnu comme tel ou au contraire ramené au niveau des criminels qu’il poursuit. Tantôt auréolé, tantôt banni. Tantôt adulé, tantôt rejeté. Les différences que montrent les super-héros sont autant de critères pour créer jalousie, peur ou incertitude. Ainsi, quand Batman réapparaît, la population se scinde en deux, ceux qui se souviennent de ses actes héroïques et qui le soutiennent et ceux qui, dans leur peur de l’inconnu et de la différence, préfèrent le craindre et en font la cible à abattre. (Thème qu’on retrouvera plus tard dans la BD non moins remarquable d’Alan Moore, Watchmen.)
De plus, qu’il s’agisse des médias, des hommes politiques ou des héros eux-mêmes, Frank Miller nous gratine son scénario d’ingrédients tel que l’humour, l’ironie et la caricature. Il y a des clins d’œil à l’Histoire des comics comme cette magnifique planche de Batman sur son splendide destrier noir qui nous rappelle qu’un certain Bill Finger (scénariste des premières aventures de Batman*) s’était entre autres choses inspiré de Douglas Fairbanks dans le film Le signe de Zorro. On sourit quand Batman s’étonne que ses vieux fumigènes marchent encore alors qu’ils sont restés durant des années dans son costume à prendre la poussière. Une erreur aussi, ou une espièglerie du Joker (j’avoue ne pas avoir bien saisi) : la désormais peu gracieuse Sélina (alias Catwoman) qui se retrouve ligotée par le Joker et affublée du costume de Wonder Woman. Serait-ce donc le super-lasso de cette dernière qui l’enlace (elle ou Catwoman)? Dans tous les cas, on reconnaîtra une forme appliquée de la réputation (de sadomasochiste) que l’intelligentsia américaine anti-comics donnait à Wonder Woman.
Enfin Frank Miller révolutionne l’image de Batman en lui redonnant son statut d’être humain car Batman n’est pas un super-héros. Il n’est qu’un homme, vieillissant, démoralisé, démodé, en proie au doute, qui derrière son costume et son masque ne cache aucun pouvoir particulier, juste quelques super-gadgets de son cru et des fêlures intérieures inguérissables d’où les nombreuses introspections du personnage dans The dark knight returns. Rarement sa personnalité aura été aussi approfondie. Même les différentes adaptations cinématographiques n’ont fait que survoler ce personnage, le plus humain des héros costumés. Dommage.
Ainsi donc Frank Miller et ses acolytes Klaus Janson (dessin), Lynn Varley (couleur), avec leur grand art sont restés néanmoins fidèle à l’univers des comics traditionnels notamment visuellement. Mais par tout le reste, dont je vous ai donné un avant goût plus haut, cette bande dessinée est une référence reconnue par tous qu’il faut lire absolument !
*Batman a été créé par Bob Kane (dessin) et Bill Finger (scénario). Il apparaît pour la première fois en 1939 dans Detective Comics n°27
Delcourt se met donc à la bd historique avec cette nouvelle collection, ça nous changera peut-être de Glénat et la collection Vécu.
Qui dit bd historique, dit souvent graphisme ultra-classique agrémenté de couleurs ternes. Ici on assiste aux débuts d’un dessinateur italien que je trouve excellent. Bon, ça reste du dessin réaliste (on a dit bd historique, on va pas leur faire des nez à la Achille Talon), mais les personnages n’ont pas l’air sortis d’un sarcophage, il font beaucoup plus vivant et donc on s’y croit beaucoup plus. En plus de ça les couleurs sont beaucoup plus chaleureuses et l’attention portée aux visages est remarquable ; pas un trait pour chaque ride, seulement juste assez pour marquer une expression qui fait mouche dans un dialogue.
Des dialogues… Ca, faut pas être feignant de la pupille pour lire un truc pareil, vous trouverez une ou deux scènes d’action par tome et encore elles sont pas bien longues. Mais quel bonheur de se faire conter l’histoire de France par une historienne, on sait que l’on peut prendre une bonne partie des faits pour argent comptant. J’ai un peu flippé quand on a commencé à parler de Jeanne d’Arc, j’ai vraiment eu peur que l’on parte dans le mystique mais jusque là tout va bien.
Si la série continue sur sa lancée, nul doute qu’elle finira dans les (rares) immanquables historiques.
Bob Bergé arrive habilement à dénouer ici les différents fils du Zen. C’est à tambour battant qu’il nous entraîne vers une conclusion pleine de surprises à la suite d’une histoire qui sait mêler le gag et le délire Humain. Ce nouveau volume est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux personnages, tels cette belle-mère ou cette grand mère passant devant tout le monde pour avoir un pain... (dans la gueule ???)
Si vous souhaitez vous faire entraîner dans un tourbillon de gag assez hilarants, si vous voulez en prendre plein les yeux, si vous voulez vous relaxer de plaisir, un seul geste à faire : allumez l'encens et laissez vous porter par la ZEN attitude.
Un foutu bon dieu de western décalé. Après le premier tome, relativement volumineux, on n'avais pas l'impression que l'histoire ait réellement démarré. Il y avait, à mon humble avis, quelques longueurs. Je devrais peut être dire quelques détours, car c'est un peu l'habitude de Dumontheuil de sortir des sentiers battus. Ici, par exemple, nos aventuriers font un saut pour le moins incongru...à Hawaï.
Le second tome donne carrément une autre dimension à la série. On passe de l'aventure picaresque légèrement désabusée à une espèce de d'introspection du héros, revelant les asurdités des sociètés humaines, thème cher à Dumonteuil. Le plus réussi, à mon avis, c'est que l'auteur passe au choses sérieuses sans vraiment changer de ton, en gardant le coté humour noir du départ.
Le troisième opus termine parfaitement la série, avec la conclusion des nombreuses "histoires" de la série, qui fusionnent pour nous donner le sentiment de l'auteur, sa vision du monde, un peu désabusée, il est vrai, mais terriblement réaliste.
Le meilleur de Dumontheuil, a mon avis
Il est des bandes dessinées où après quelques pages, je sais immédiatement que cela va me plaire. Celle-ci en fait incontestablement partie. :)
Le concept est tout à fait original : dans un très select club anglais de la fin de l'ère victorienne à savoir le Green Manor, va se passer des histoires de crime tout à fait morbide. Bref, on rencontre dans ce milieu très feutré et respectable les pires criminels sournois et mesquins engendrés par la cruelle humanité. J'aime bien ce juste retour des choses qui ne fait pas tout peser sur les pauvres gens.
La série est plaisante car elle se compose d'une multitude d'histoires tout aussi passionnantes les unes que les autres avec son lot de meurtres, de vengeances et d'assassinats. J'avoue avoir été surpris par la fin plus d'une fois alors que pourtant j'en ai déjà beaucoup lu et appris sur le sujet. L'inventivité est toujours de mise pour le plus grand plaisir du lecteur. C'est souvent d'une remarquable efficacité !
Quand la qualité du scénario rejoint un dessin plus que correct, c'est vrai que cela ne peut que donner l'une des meilleures séries policières qui existent sur la planète Bd. Il y a un humour noir et grinçant tout à fait remarquable dans sa finesse. C'est à la fois un régal et un must. Achat d'ores et déjà programmé.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4,5/5
Bon, je suis par habitude assez réfractaire aux prix et autres médailles un peu trop clinquantes qui ont souvent pour moi un arrière goût commercial trop prononcé. Ceci expliquant cela, c'est donc avec assez de réticence et très tardivement (depuis son prix à Angoulème) que j'ai mis le nez dans cette BD après l'avoir achetée pour la bibliothèque où je travaille.
En partant de très bas, je suis arrivé très haut, très loin, comme rarement cela m'était arrivé avec une BD depuis bien bien longtemps ! Une pure merveille, un bijou de la BD à mon sens ! Tout tient dans un paradoxe qui fait également sa force : d'un côté, une universalité du décor et des personnages (tout le monde s'y retrouve), renforcée par l'absence de texte. De l'autre, une porte grande ouverte sur l'imaginaire de chacun (cette planche magique uniquement composée d'une myriade de petites cases de nuages !!!).
Et tout se tient ! L'absence de texte ne dessert aucunement l'histoire, mais comme je le disais, renforce au contraire l'imaginaire qui nous est distillé ! Et tout ceci se construit autour d'une mise en page très élaborée, et d'un graphisme très réaliste dans un univers fantastique proche du surréalisme. On nage en pleine poésie graphique !
L'histoire enfin. Si le thème de l'immigration n'a en soi rien d'exceptionnel, il est traité avec une rare originalité et simplicité, tout en évitant les pièges et les caricatures. On suit le parcours de cet immigré et de ses difficultés quotidiennes, porté par la force du dessin tout en crayonné en sépia de Shaun Tan.
Ne faites donc pas comme moi et pour cette fois fiez vous au Grand Prix qu'Angoulème lui a décerné, et plongez dans cette BD ! Passer à côté serait un crime !
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De Cape et de Crocs
Des animaux au milieu des hommes... idée surprenante ? En fait, oui ! Monsieur Ayroles, merci de nous inviter dans le monde de la poésie bdistique... Pour commencer, un renard poète (merci pour ces tirades en alexandrins... je vais hurler au génie !), un loup belliqueux, un petit lapin ex-garde du cardinal (quand connaîtrons-nous les détails ?), une belle saltimbanque, de l'amour, des pirates, de l'aventure... une excellente mise en bouche sur fond d'île au trésor, qu'aurait aimé Stevenson ! Puis les rêveries d'Ayroles prennent corps : des raisonnements scientifiques d'une logique sans faille au prince déchu de la lune, le tout saupoudré de théâtre (les clins d'oeil à Moliere, La Fontaine...), on entre dans un monde de rêverie posée en bulles, et très bien servi par un dessin coloré, lumineux (petit bémol : trop de blanc à mon goût chez le maître d'armes) Et la, alors que l'on touche au magique, survient le voyage extraordinaire, que Jules Verne lui même n'aurait pas renié !!! Un nouveau monde qui permet à l'auteur de se libérer des limites terrestres et de nous offrir une explosion imaginative que je qualifierais de... sélénique ! Merci messieurs de nous offrir une rêverie d'enfant avec des mots d'adultes... j'en veux plus !
Uchronie[s] - New Byzance
Les Uchronies ("Uchronie[s] - New Byzance", Uchronie[s] - New Harlem, "Uchronie[s] - NewYork") sont une des séries les plus intéressantes des 15 dernières séries que j’ai pu découvrir ces derniers mois. Simplement car avec 3 séries parallèles l’auteur peut ratisser très large et il le fait excessivement bien, anticipation, science-fiction, action, fantastique, il y a un peu de tout avec différents degrés grâce à ces 3 séries, que du bonheur. L’histoire indépendante est très prenante mais encore plus quand on a lu les 3 séries parallèles, chacune suit une route différente mais s’entrecroise intelligemment, c’est jouissif. En ce qui concerne "New Byzance" je trouve qu’évidemment elle peut être considéré comme la série la plus importante des 3. Entrée directe en la matière, un homme se fait tuer, là dessus on apprend que notre héros « punit » des criminels potentiels (bah oui ils n’ont encore rien fait) en leur faisant voir en cauchemar réaliste ce qui pourrait se passer si … « il continuait de dévier dans ses conversations avec ses amis ». Un peu comme dans « Minority report » où on arrête les gens avant qu’ils n’aient commis leur crime. Et là … on s’aperçoit que l’on n’a lu que 3 pages… L’histoire continue très bien mais il y a par contre une pointe d’ambiguïté, un récit de science-fiction avec une civilisation musulmane (comme avec, la punition préventive par la pensée, le port du voile obligatoire et la lapidation (préventive ou non)) quel est la part de réel dans tous cela ?? On peut peut-être passer à côté et ne voir là qu’une fiction … (pour moi certaines « réalités » m’apparaissent comme de la fiction et pourtant cela n’en est pas… mais bon, là n’est pas le sujet …) Un sujet de société traité dans une très bonne œuvre de fiction cela donne même à réfléchir sur notre société actuelle. Alors je dis merci et j’attends la suite avec impatience, mais la barre est très haute. (19/20)
L'art Invisible
C’est suite à une conversation de "tout et de rien" avec Arzak et Alix que ma soif de savoir sur les techniques narratives propres à la BD a été dirigée vers cette œuvre de Scott McCloud. J’ai donc suivi les conseils d’achats des avis et me suis rapidement procuré la réédition Delcourt de ce précieux traité (considéré comme le premier tome d’une série unique sur le site) tout en empruntant sa suite à la médiathèque. Avis sur le tome 1 L’Art Invisible Cet opus est paru en 1993, et je pense que la date est importante pour situer dans quel matériau de base Scott McCloud va puiser ses références contemporaines. Cet ouvrage est une mine d’or, un indispensable pour qui voudrait commencer à appréhender l’univers infini de la bande dessinée. La première idée géniale est justement d’utiliser la BD comme support de narration plutôt que de se servir de la forme classique du texte illustré (preuve de la foi indiscutable que McCloud a envers ce médium). Les concepts énoncés textuellement sont ainsi régulièrement mis en abyme au sein même de l’aspect formel des dessins de l'auteur. Son analyse s’attache beaucoup à l’historique du médium (le plus vieux du monde ?), aux styles utilisés et utilisables relatifs aux sensibilités géographiques (USA, Japon, Europe) et à ce qui fait l’essence même du neuvième art (ce dernier thème sera plus développé dans le tome 2 apparemment). Au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte de l’ambition au combien jouissive qui anime Scott MacCloud. "L’art invisible" se veut à l’art séquentielle, ce qu’est la topologie pour les mathématiques ou le Bescherelle à la grammaire, une volonté de définir clairement les éléments de bases de la BD (et donc un vocabulaire spécifique) et les langages (au sens de la communication) qui permettront d’utiliser au mieux ces éléments (relativement aux perceptions sensorielles de l’être humain/lecteur). On se sent comme une éponge, souvent saturée d’informations (il faudra plusieurs lectures pour bien saisir tous les concepts abordés) mais emporté par des démonstrations toutes plus passionnantes les unes que les autres. Petit bémol tout de même, le peu de références puisées dans la BD mainstream américaine (dans ce premier tome –nous sommes en 1993- je ne crois pas me souvenir qu’Alan Moore soit cité, alors qu’il a déjà fait beaucoup avancé en pratique le médium) et le fait que ces références se limitent toujours aux dessinateurs/auteurs (ignorant donc le travail visuel de certains scénaristes –Moore toujours, qui a une idée très précise de la mise en forme de ses BD) Avis sur le tome 2 Réinventer la Bande Dessinée 7 ans après l’"Art Invisible", Scott McCloud reprend ses réflexions sur la bande dessinée pour en faire un état des lieux et dégager les 12 révolutions permettant de comprendre et prévoir son évolution. La traduction est assurée par un spécialiste français du comics Jean-Paul Jennequin, pour un ouvrage qui fait près de 240 pages qui demandera donc quelques heures pour en venir à bout. Il est donc difficile de synthétiser et de bien comprendre ce traité après une seule lecture. Les 12 thèmes présentés ici (la BD comme littérature, comme art, le traitement des droits d’auteurs, l’innovation dans l’édition, la perception du public, l’intérêt institutionnel, la parité et la représentation des minorités, la diversité des genres, et enfin la production, la livraison et l’évolution de la BD numérique) sont étudiés en profondeur avant que l’auteur fasse des propositions vers lesquelles le média devrait se diriger (d’où le mot « révolutions ») s’il ne veut pas rester dans l’état de crise actuel (ce constat a été fait en 2000, et a surtout été établi sur le continent nord américain). Le propos s’écarte souvent du média qui nous intéresse pour retracer par exemple les différents historiques des thèmes considérés. Beaucoup plus subjectif que l’"Art Invisible" (un préambule en début d’ouvrage précise bien que « Les opinions exprimées dans ce livre sont exclusivement celles de l’auteur, […]. Nous soutenons le droit de [..], tout en n’étant pas d’accord avec nombre de ses conclusions. », sans que l’on sache vraiment qui est ce « nous »), "Réinventer la Bande Dessinée" se digère aussi beaucoup moins facilement. Malgré cela, l’œuvre de McCloud continue à être réellement captivante (par exemple le passage sur le statut limitatif de la "page" en bande dessinée, et la révolution numérique qui lui est associée, sans parler de Moore qui est enfin cité) et c’est toujours avec enthousiasme que je vais m’attaquer au troisième tome. En tant que bande dessinée, il est impossible de noter cette œuvre avec les mêmes critères que d’habitude (elle est unique en son genre). Par contre, l’adjectif qui vient tout de suite à l'esprit est "culte", ça facilite le travail.
Le ciel au-dessus de Bruxelles
Les premières pages de ce récit m'ont fait froid dans le dos. J'en ressentis beaucoup d'émotion, le tout accentué par un dessin quasi-sublime d'Yslaire comme à son habitude. Traiter du terrorisme n'est pas un thème facile surtout en BD. Cela reste une menace d'actualité. Par ailleurs, quand on aborde le sujet d'une liaison amoureuse entre un juif et une musulmane, on peut vite être taxé de stéréotisme comme si l'idée même était hors de propos. Je trouve cela particulièrement injustifié envers l'auteur car cette bd véhicule un véritable message de tolérance. C'est vrai que ce côté "peace and love" peut avoir un côté agaçant surtout quand il est couplé à la chanson "Imagine " de John Lennon. On est surpris également de voir à quel point Fayda succombe très facilement. :8 J'ai presque eu du mal à croire à sa subite prise de conscience. C'est un peu trop irréel à mon goût pour être crédible. Mais peut-être que le message voulu par l'auteur s'est affranchi de toute contrainte, cédant ainsi à trop de facilité. En conclusion, je dirais que c'est un album émouvant et original à la maîtrise graphique vraiment exceptionnelle. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Batman - The Dark Knight returns
Après être resté dans l’ombre une douzaine d’années, Bruce Wayne réendosse le costume de Batman alors que Gotham City est sous l’emprise des mutants, rebelles barbares qui veulent s’approprier la ville par la violence. Plusieurs pistes rendent cette bande-dessinée de Frank Miller incontournable. D’abord une réflexion sur le vieillissement des héros qui semblait inconcevable jusqu’alors. Frank Miller nous propose une ultime mission où Batman s’approchant de la cinquantaine décide de reprendre du service. Toujours hanté par son passé et le serment fait à ses parents mourants de se battre contre le crime, il est prêt à tout pour nettoyer la ville. Même si c’est au prix de quelques courbatures… car à cinquante ans on n’a pas la forme olympique de ses vingt ans ni les réflexes, ni la maîtrise de son corps en souffrance. Et puis on touche un peu à la bouteille. Alors… D’ailleurs, il en va de même pour les autres héros qu’il croise. James Gordon part en toute logique à la retraite, le Joker croupit depuis des années dans un hôpital psychiatrique, Lana Lang est devenue la directrice grassouillette du Daily Planet et Green Arrow est un vieillard manchot et revanchard. Finalement, seul Clark Kent, de par sa nature extraterrestre est resté le plus vigoureux, quoi que. Le deuxième point mis en exergue par Frank Miller est d’ordre psychologique. Les paradoxes de l’espèce humaine sont dénoncés sans caricature aucune. Effectivement, la renommée des (super-)héros, costumés ou non, est constamment vacillante. Au gré de la politique, des évènements économiques, de la hausse ou de la baisse de la criminalité etc., le héros est reconnu comme tel ou au contraire ramené au niveau des criminels qu’il poursuit. Tantôt auréolé, tantôt banni. Tantôt adulé, tantôt rejeté. Les différences que montrent les super-héros sont autant de critères pour créer jalousie, peur ou incertitude. Ainsi, quand Batman réapparaît, la population se scinde en deux, ceux qui se souviennent de ses actes héroïques et qui le soutiennent et ceux qui, dans leur peur de l’inconnu et de la différence, préfèrent le craindre et en font la cible à abattre. (Thème qu’on retrouvera plus tard dans la BD non moins remarquable d’Alan Moore, Watchmen.) De plus, qu’il s’agisse des médias, des hommes politiques ou des héros eux-mêmes, Frank Miller nous gratine son scénario d’ingrédients tel que l’humour, l’ironie et la caricature. Il y a des clins d’œil à l’Histoire des comics comme cette magnifique planche de Batman sur son splendide destrier noir qui nous rappelle qu’un certain Bill Finger (scénariste des premières aventures de Batman*) s’était entre autres choses inspiré de Douglas Fairbanks dans le film Le signe de Zorro. On sourit quand Batman s’étonne que ses vieux fumigènes marchent encore alors qu’ils sont restés durant des années dans son costume à prendre la poussière. Une erreur aussi, ou une espièglerie du Joker (j’avoue ne pas avoir bien saisi) : la désormais peu gracieuse Sélina (alias Catwoman) qui se retrouve ligotée par le Joker et affublée du costume de Wonder Woman. Serait-ce donc le super-lasso de cette dernière qui l’enlace (elle ou Catwoman)? Dans tous les cas, on reconnaîtra une forme appliquée de la réputation (de sadomasochiste) que l’intelligentsia américaine anti-comics donnait à Wonder Woman. Enfin Frank Miller révolutionne l’image de Batman en lui redonnant son statut d’être humain car Batman n’est pas un super-héros. Il n’est qu’un homme, vieillissant, démoralisé, démodé, en proie au doute, qui derrière son costume et son masque ne cache aucun pouvoir particulier, juste quelques super-gadgets de son cru et des fêlures intérieures inguérissables d’où les nombreuses introspections du personnage dans The dark knight returns. Rarement sa personnalité aura été aussi approfondie. Même les différentes adaptations cinématographiques n’ont fait que survoler ce personnage, le plus humain des héros costumés. Dommage. Ainsi donc Frank Miller et ses acolytes Klaus Janson (dessin), Lynn Varley (couleur), avec leur grand art sont restés néanmoins fidèle à l’univers des comics traditionnels notamment visuellement. Mais par tout le reste, dont je vous ai donné un avant goût plus haut, cette bande dessinée est une référence reconnue par tous qu’il faut lire absolument ! *Batman a été créé par Bob Kane (dessin) et Bill Finger (scénario). Il apparaît pour la première fois en 1939 dans Detective Comics n°27
Le Trône d'argile
Delcourt se met donc à la bd historique avec cette nouvelle collection, ça nous changera peut-être de Glénat et la collection Vécu. Qui dit bd historique, dit souvent graphisme ultra-classique agrémenté de couleurs ternes. Ici on assiste aux débuts d’un dessinateur italien que je trouve excellent. Bon, ça reste du dessin réaliste (on a dit bd historique, on va pas leur faire des nez à la Achille Talon), mais les personnages n’ont pas l’air sortis d’un sarcophage, il font beaucoup plus vivant et donc on s’y croit beaucoup plus. En plus de ça les couleurs sont beaucoup plus chaleureuses et l’attention portée aux visages est remarquable ; pas un trait pour chaque ride, seulement juste assez pour marquer une expression qui fait mouche dans un dialogue. Des dialogues… Ca, faut pas être feignant de la pupille pour lire un truc pareil, vous trouverez une ou deux scènes d’action par tome et encore elles sont pas bien longues. Mais quel bonheur de se faire conter l’histoire de France par une historienne, on sait que l’on peut prendre une bonne partie des faits pour argent comptant. J’ai un peu flippé quand on a commencé à parler de Jeanne d’Arc, j’ai vraiment eu peur que l’on parte dans le mystique mais jusque là tout va bien. Si la série continue sur sa lancée, nul doute qu’elle finira dans les (rares) immanquables historiques.
La Zen attitude
Bob Bergé arrive habilement à dénouer ici les différents fils du Zen. C’est à tambour battant qu’il nous entraîne vers une conclusion pleine de surprises à la suite d’une histoire qui sait mêler le gag et le délire Humain. Ce nouveau volume est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux personnages, tels cette belle-mère ou cette grand mère passant devant tout le monde pour avoir un pain... (dans la gueule ???) Si vous souhaitez vous faire entraîner dans un tourbillon de gag assez hilarants, si vous voulez en prendre plein les yeux, si vous voulez vous relaxer de plaisir, un seul geste à faire : allumez l'encens et laissez vous porter par la ZEN attitude.
Big Foot
Un foutu bon dieu de western décalé. Après le premier tome, relativement volumineux, on n'avais pas l'impression que l'histoire ait réellement démarré. Il y avait, à mon humble avis, quelques longueurs. Je devrais peut être dire quelques détours, car c'est un peu l'habitude de Dumontheuil de sortir des sentiers battus. Ici, par exemple, nos aventuriers font un saut pour le moins incongru...à Hawaï. Le second tome donne carrément une autre dimension à la série. On passe de l'aventure picaresque légèrement désabusée à une espèce de d'introspection du héros, revelant les asurdités des sociètés humaines, thème cher à Dumonteuil. Le plus réussi, à mon avis, c'est que l'auteur passe au choses sérieuses sans vraiment changer de ton, en gardant le coté humour noir du départ. Le troisième opus termine parfaitement la série, avec la conclusion des nombreuses "histoires" de la série, qui fusionnent pour nous donner le sentiment de l'auteur, sa vision du monde, un peu désabusée, il est vrai, mais terriblement réaliste. Le meilleur de Dumontheuil, a mon avis
Green Manor
Il est des bandes dessinées où après quelques pages, je sais immédiatement que cela va me plaire. Celle-ci en fait incontestablement partie. :) Le concept est tout à fait original : dans un très select club anglais de la fin de l'ère victorienne à savoir le Green Manor, va se passer des histoires de crime tout à fait morbide. Bref, on rencontre dans ce milieu très feutré et respectable les pires criminels sournois et mesquins engendrés par la cruelle humanité. J'aime bien ce juste retour des choses qui ne fait pas tout peser sur les pauvres gens. La série est plaisante car elle se compose d'une multitude d'histoires tout aussi passionnantes les unes que les autres avec son lot de meurtres, de vengeances et d'assassinats. J'avoue avoir été surpris par la fin plus d'une fois alors que pourtant j'en ai déjà beaucoup lu et appris sur le sujet. L'inventivité est toujours de mise pour le plus grand plaisir du lecteur. C'est souvent d'une remarquable efficacité ! Quand la qualité du scénario rejoint un dessin plus que correct, c'est vrai que cela ne peut que donner l'une des meilleures séries policières qui existent sur la planète Bd. Il y a un humour noir et grinçant tout à fait remarquable dans sa finesse. C'est à la fois un régal et un must. Achat d'ores et déjà programmé. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4,5/5
Là où vont nos pères
Bon, je suis par habitude assez réfractaire aux prix et autres médailles un peu trop clinquantes qui ont souvent pour moi un arrière goût commercial trop prononcé. Ceci expliquant cela, c'est donc avec assez de réticence et très tardivement (depuis son prix à Angoulème) que j'ai mis le nez dans cette BD après l'avoir achetée pour la bibliothèque où je travaille. En partant de très bas, je suis arrivé très haut, très loin, comme rarement cela m'était arrivé avec une BD depuis bien bien longtemps ! Une pure merveille, un bijou de la BD à mon sens ! Tout tient dans un paradoxe qui fait également sa force : d'un côté, une universalité du décor et des personnages (tout le monde s'y retrouve), renforcée par l'absence de texte. De l'autre, une porte grande ouverte sur l'imaginaire de chacun (cette planche magique uniquement composée d'une myriade de petites cases de nuages !!!). Et tout se tient ! L'absence de texte ne dessert aucunement l'histoire, mais comme je le disais, renforce au contraire l'imaginaire qui nous est distillé ! Et tout ceci se construit autour d'une mise en page très élaborée, et d'un graphisme très réaliste dans un univers fantastique proche du surréalisme. On nage en pleine poésie graphique ! L'histoire enfin. Si le thème de l'immigration n'a en soi rien d'exceptionnel, il est traité avec une rare originalité et simplicité, tout en évitant les pièges et les caricatures. On suit le parcours de cet immigré et de ses difficultés quotidiennes, porté par la force du dessin tout en crayonné en sépia de Shaun Tan. Ne faites donc pas comme moi et pour cette fois fiez vous au Grand Prix qu'Angoulème lui a décerné, et plongez dans cette BD ! Passer à côté serait un crime !