Bonjour, j'étais loin d'avoir le permis quand j'ai lu cette bd. Maintenant, je recherche sérieusement cet album. En fait, je voudrais revoir comment les monospaces de 1974 était dessiné, et surtout relire cet album qui m'a franchement marqué. Surtout quand j'ai vu apparaitre les premiers Renault "espace" en 1984, je me suis dis "incroyable".
Cet album vaut pas mal d'études sociologiques à lui tout seul. J'ai trouvé fabuleux le coup de faire ces courses alimentaires sans sortir de la voiture, il n'est pas encore apparu à notre époque, mais ça ne devrait pas tarder, déjà que les gens essayent de garer leur voiture dans le magasin pour marcher le moins possible et qu'il faut faire des kilomètres à pied dans les grands supermarchés pour acheter sa boîte de petit pois.
Pour moi, c'est un classique à donner à lire au plus de monde possible. S’il était réédité aujourd'hui, il ne serait pas du tout démodé, au contraire. Cette BD et "Brazil" sont pour moi des références à ne pas ignorer.
On est loin, enfin, d’une histoire destinée aux moins de douze ans… Le fantastique, ces dernières années, nous montrait les vampires comme des super héros, et non comme des créatures surnaturelles. Les séries HBO ont pour habitude de considérer qu’elles s’adressent à des personnes intelligentes et cultivées. C’est l’impression que l’on a quand on se plonge dans la lecture de « Lord Faureston ». Et c’est foutrement agréable…
Le rythme est dû à un savant découpage, et pas à des scènes d’action éparpillées en nombre susceptible de donner le change. Le rythme est associé -très faussement- à la vitesse. Ici, l’affaire est admirablement démontrée: le dialogue, le peaufinage des personnalités, les rapports de séduction (peut-être le centre absolu de ce qu‘est une histoire réellement vampirique), créent le rythme, sans artifice. Et c’est, encore une fois, une vraie histoire vampirique.
Le surnaturel est par essence difficile à admettre, et rare, pour le moins, ce qui est ici mis en place avec une justesse étonnante, car c’est par le truchement du personnage principal -le colérique Drake- que l’on est confronté à l’étrange. En cela, nous avons une œuvre totalement « stokerienne ».
Etonnant. Et parfait. Aucune inquiétude quant à la suite. Juste une terrible impatience…
Plusieurs œuvres littéraires, dessinées ou non, m'ont beaucoup marqué. Clandestine en fait clairement partie, du moins son premier tome. On y découvre les rêveries et l'apprentissage de la vie d'une petite fille (la scénariste apparemment), abandonnée par sa mère et "élevée" par sa grand-mère et son arrière-grand-mère.
Le dessin plutôt épuré, très expressif, est aussi très beau. Je ne connais pas le dessinateur, et son style a l'air différent de ce qu'il fait d'habitude d'après ce que j'ai pu lire, mais j'avoue avoir adoré son trait de crayon sur Clandestine.
Clandestine est une œuvre poétique comme j'en ai rarement vu, plein de sensibilité et de tendresse, sonnant particulièrement juste dans la vision du monde de cette enfant. J'ai souvent eu les tripes nouées, parfois la larme à l'œil, et toujours pour pas grand chose : une simple attitude, ou une pensée tendre, le tout appuyé par ce dessin extrêmement fort.
Une BD qui ne parlera peut-être pas à tout le monde, mais une merveille à mes yeux.
Mon coup de coeur du moment.
Déjà, le tome 1 m'avait bien plu. Et le deuxième tome ne fait que confirmer ce que je pense: nous avons ici une très bonne BD.
Le dessin (style manga) et les couleurs (fort flash) pourraient en rebuter certains. Mais ce serait à tort, car le tout est fort bien réussi et se marie parfaitement (feuilletez l'album, cela vous parlera plus que ces quelques mots). De plus, les décors sont vraiment sublimes...
Et le scénar n'est pas en reste.
Bien sûr, une histoire avec le diable, une vieille vampire et encore d'autres créatures, on pourrait dire que c'est banal, déjà vu, ... Oui, mais avec Kara, le thème est habillement abordé sous un autre jour, ce qui rafraîchit le genre et suscite de l'intérêt...
Et ce deuxième tome, avec une partie de la vie du Christ: très très bon!
Bref, vous avez compris, une série à ne pas manquer...
Wanted a été annoncé comme étant l’anti Watchmen par absolu.
Il y a un peu de cela dans le sens où les aventures du jeune Wesley, passant de l’état de loser absolu et cocu à celui de super vilain violeur, infect et revanchard sur une société alternative complètement dingue.
Imaginez une super guerre secrète où tous les vilains auraient éliminé les superhéros du globe ! Ne leur reste donc plus qu’à choisir entre assumer leur identité secrètement (en endormant la société un peu comme les films Matrix) et se distraire dans des mondes parallèles ou bien jouir de leur usufruit en plein jour !
Wesley ignore complètement cette situation, il ignore même qu’il est le fils du plus grand des tueurs. Au décès de ce dernier, à lui donc d’assumer le patrimoine génétique et de devenir le numéro un par le rejet de tout ce qu’il avait appris jusqu’à présent et le long apprentissage d’une vie sans foi ni loi bien plus excitante !
Il faut bien avouer que dès le départ et que l’on aie vu le film ou pas (qui emprunte des alternatives scénaristiques fort différentes en remplaçant les super héros par des tueurs), on s’en prend plein les mirettes car le récit est fort attrayant, les dessins et couleurs réussis et les différentes scènes s’enchaînent sans temps mort !
Cette relecture trash (bien atténuée dans le long métrage d’ailleurs) a quelque chose de jouissif et d’éminemment fun dans le plaisir immédiat qu’elle procure. Les scènes d’action succèdent aux scènes d’exposition et le tout se suit avec une facilité déconcertante. Le récit distille moult petites allusions à d’autres héros (la cape de Superman, les comédiens de la série télévisée Batman) assez facilement reconnaissables et les différents protagonistes créés pour l’occasion ne sont que des reflets de personnages issus de l’univers Marvel ou DC Comics (avec une galerie assez épatante des némésis de Batman).
Wesley s’apparenterait plutôt à Bullseye (le Tireur de "Daredevil") et Mr Rictus au Joker hormis le fait qu’ici le scénariste tire à boulets rouges surtout sur la conception même des comics de façon intelligente (la fameuse série des « Et si… » revue de manière acide et impolie ! :) ).
Le dernier chapitre ainsi que sa conclusion s’adressant directement à nous m’a plus amusé que choqué et c’est avec le sourire aux lèvres que l’on referme l’ouvrage.
A noter une très belle édition de la part de Delcourt et une postface intéressante de Mark Millar expliquant l’origine de cette œuvre unique en son genre. Par contre pour avoir eu l’édition originale entre les mains, je dois signaler un petit bémol quant aux choix d’avoir réduit une double page présentant Wesley en train de dégainer son flingue sur une seule page pour l’édition française, pas très sérieux de reconditionner la pagination. A l’exception de cette remarque et pour peu que vous soyez fans de comics qui ne se prennent pas au sérieux de façon addictive, foncez car tout est bon dans le cochon ! :)
Que dire sur cette série mythique ?
Bercé durant ma tendre enfance par la musique de Bernard Minet, c'est avec avidité et engouement que je me lance dans cette longue série (28 tomes !).
Pour les dessins, on peut mieux faire. Ils sont simples, sans détails mais efficaces lors des combats entre chevaliers. Tome après tome, on voit quand même une amélioration dans le graphisme et les Hadès sont relativement bien faits.
Le pied ultime vient des dessins détaillés de chaque armure à la fin des tomes et il faut avouer que les armures des chevaliers d'Hadès sont redoutablement bien faites !
Pour le scénario, j'ai retrouvé les dessins animés de mon époque lors des chevaliers d'or avec un grand plaisir. Les Poséidon sont moins intéressants et on reprend du poil de la bête avec les Hadès.
Malgré la simplicité du scénario, et les dessins un peu simplistes, on ne peut pas passer à côté de cette série qui reste mythique aux yeux de beaucoup de gens et aux miens !
J’avais peur que cette série suite au Décalogue ne démystifie la série originale. Il n’en est rien ou presque. Par ailleurs, très souvent, les suites n’ont qu’une logique purement commerciale. Le Décalogue a bouleversé la bande dessinée contemporaine en devenant une œuvre culte. Le légataire demeure plus qu’une extension. C’est une volonté de son scénariste de creuser encore plus sur un sujet passionnant.
Bien entendu, on ne peut aborder le Légataire sans avoir lu le Décalogue pour en percevoir une mécanique d’intrigue complexe. La lecture demeure intéressante car cela apporte réellement des éléments de réponse par rapport aux deux premiers tomes de la série mère.
Par ailleurs, le Légataire apparaît comme une quête plus fondamentale que celle de la possession de «Nahik» : celle de l’authenticité. Et enfin, ce n’est pas la moindre des qualités : cette lecture sera plus abordable car l’intrigue est traité de manière linéaire dans le bon sens chronologique cette fois.
On retrouve les personnages principaux, l’ambiance générale et l’époque des deux premiers tomes de la série-mère. Qui est le légataire ? C’est Merwan Kaddher, un jeune islamiste repenti qui va enquêter sur les origines du décalogue musulman qui a bouleversé sa vie, Nahik. J’aime particulièrement ce personnage qui après avoir tué accidentellement l’écrivain Halid Riza suite à une fatwa lancée contre lui, va comprendre son erreur et faire en sorte de tout réparer à la mémoire du défunt. Le Décalogue nous avait laissé sur notre faim quant au devenir de ce personnage. C’est donc avec un grand plaisir que je peux suivre son enquête avec ses multiples rebondissements.
Le second tome est particulièrement dynamique et apporte de vrais éléments de réponse et de réflexions expliquant l’origine du Décalogue. Les éléments du scénario s’imbriquent de manière parfaitement cohérente. C’est une suite passionnante qui nous plonge au cœur des religions.
J'ai également apprécié tout particulièrement le 4ème tome qui nous entraîne dans les coulisses du Vatican. Il y a beaucoup d'humanité dans la relation que Kaddher entretient avec le Cardinal. J'ai l'impression que plus cela avance, plus cela devient meilleur. Le Légataire est une véritable réussite dont on ne peut que se réjouir.
Quel projet titanesque… Illustrer l’évolution en étant fidèle aux connaissances biologiques actuelles n’est pas chose abordable facilement. Quel objectif, quel éditeur, quel coût, quel public ?
L’album est de qualité somptueuse, plus de 350 pages de très beau papier, avec une couverture cartonnée solide. De façon didactique, chaque ère est représentée par une couleur dominante généralement claire et douce qui fera que tous les dessins de cette période seront en noir et nuances de cette couleur. Le tout est très doux et permet de jolies nuances sur les dessins proposés. Les dessins sont superbes, d’une richesse incroyable : ce sont tous les animaux possibles tels que les scientifiques les imaginent aujourd’hui qui nous sont croqués. Du big-bang aux dinosaures en passant par les organismes cellulaires, les protéines et les cellules eucaryotes tout y passe avec toujours une volonté de précision absolue. Alors forcément c’est un peu cher, mais je suis déjà étonné que ce soit si peu par rapport à la qualité du travail fourni !
Côté scénario, l’histoire est simple : c’est la nôtre depuis la création, jusqu’à la naissance de la civilisation. Le danger était de faire un livre trop technique, trop fidèle et donc encyclopédique, trop tout. L'ensemble est agrémenté de quelques phrases explicatives de temps à autre sur les grandes étapes de l'évolution (presque pas de texte donc). Etant de formation scientifique, je n’ai pas été gêné, au contraire j’ai été captivé, je revoyais mes cours de classe prépa illustrés. Mais pas de crainte, un gros tiers des illustrations ne concerne pas le sujet scientifique en lui-même, mais des associations d’idées liées à toute la culture mondiale face à la réalité actuelle scientifique proposée. On retrouve ainsi de très nombreuses références à moult cultures, leurs croyances et leurs idoles. Qu’elles soient Inca, Maya, Judéo-chrétiennes, Africaines, Bouddhistes, Hindouistes, Animistes, Islamiques, Inuits… à chaque fois l’auteur nous surprend au cœur d’un discours scientifique en illustrant une pensée analogue d’une croyance. Il ne s’agit pas de démonstration, c'est-à-dire que les allusions peuvent à la fois rappeler que la conception de telle religion était proche des théories scientifiques actuelles tout comme montrer un élément sacré ressemblant aux anciennes traces de vie. Cette association science-croyance est brillamment réussie, car elle montre de façon pertinente que ces deux domaines ne sont absolument pas concurrents et ne portent pas sur le même sujet.
En sus de ces associations philosophico-mystiques, ce sont aussi des mythes de nos sociétés contemporaines hors religion qui sont distillés çà et là avec humour tout au long des planches (par exemple lors des illustrations de la période monstres marins, nous avons après les requins deux illustrations montrant le sous marin requin de Tintin et une scène du film « les dents de la mer »).
Au-delà de deux tiers d’illustrations somptueuses reprenant la connaissance actuelle de la science vient un tiers parsemé un peu partout sur les planches qui illustrent avec humour et pertinence les propos encyclopédiques. On est conquis jusqu’à la dernière planche et la lecture des textes qui suivent est encore plus prometteuse : le prochain sera consacré à la civilisation et un autre aux évolutions futures. On apprend également les sources des ces illustrations. Tout ceci laisse entrevoir un imaginaire merveilleux. Evidemment le livre n’est fait que d’une succession d’ères de glaciation et de réchauffement, évidemment tout ceci évolue très doucement, évidemment les continents se font et se défont. Mais jamais la moindre monotonie ne vient traverser la pensée du lecteur. Avec un tel sujet : chapeau !
Au final je suis conquis. Pour la bonne et simple raison qu’en plus de fournir une encyclopédie des connaissances actuelles très vivante, en plus de montrer que science et religion ne sont pas contradictoires, l’auteur nous rappelle par ces juxtapositions idoines que les théories actuelles scientifiques ne doivent pas être elle-même mystifiées dans la mesure où plus on avance dans la recherche plus on se rend compte qu’on ne sait pas. On ne sait pas encore expliquer précisément nombre des phénomènes moléculaires qui sont ici narrés, et à chaque fois qu’on découvre, on se rend compte qu’une nouvelle partie encore plus vaste est inconnue. Finalement cet ouvrage démystifie la science en la remettant à sa place et en rappelant qu’elle n’est pas non plus la vérité ultime.
J’attends avec appréhension et impatience le second tome car s’il est traité avec autant de synthèse et de justesse scientifique, cette série risque de devenir un appendice à la Bible… Traiter de la nature était chose moins polémique que de traiter de l’humain. En tous cas pour l’instant la partie évolution naturelle mérite la note ultime.
Je ne mets pas de coup de coeur car je pense que cette BD n'est pas destinée à tous les publics. Si vous voulez rêver en vous interrogeant, en remettant vos croyances en cause et en essayant de comprendre le pourquoi de chaque allusion alors foncez acheter ce magnifique album. Cela vous prendra certainement beaucoup, beaucoup de lectures. En tous cas cette BD est très intellectuelle et ne conviendra clairement pas à des lecteurs qui ne cherchent que la détente dans la BD.
Tuning maniac est une bédé sublime.
Le dialogue de Pat Perna, je trouve qu'il va vraiment avec les personnages (et il ya plein de phrases rigolotes genre : "Salut, l'arpet ça watt?")
Donc le dialogue, c'est du lourd.
Et le dessin, ah ça le dessin !
Rien à dire, parce que Jenfévre a LE coup de crayon qu'il fallait pour cette bédé.
Quand aux gags, ça fait un an que j'ai les albums et ils me font toujours autant rire !
C'est une bédé à lire et à relire.
Comment peut-on écrire encore de la science-fiction après Bajram ?
J’ai relu hier les six albums de cette série et je redescends sur terre à tâtons… « Redescendre sur terre » est l’expression juste, tant le cadre dans lequel l’auteur nous projette semble littéralement extra-terrestre. Nous sommes loin de nos préoccupations de tous les jours, nous sommes loin de nos tracas pragmatiques du quotidien, nous sommes loin de ces petits ennuis qui ponctuent les journées de l’occidental moyen. Nous sommes loin, et pourtant… Et pourtant… C’est notre monde : le cosmos, le soleil, les étoiles, les trous noirs, la relativité du temps et de l’espace, l’univers enfin !... C’est là que nous sommes, dans l’infiniment grand, parmi toutes ces données que notre pauvre cerveau peine à appréhender, peine à concevoir. Cioran écrivait qu’un matin, après avoir entendu à la radio un astronome évoquer les milliards de soleils errant dans l’univers, il avait décidé de ne pas aller faire sa toilette ; à quoi bon se laver finalement ? Notre existence paraît bien insignifiante lorsque l’on considère la Vérité à l’échelle universelle. Celui qui a déjà pissé contre une fourmilière est-il moins coupable que l’assassin d’un seul individu ? Lorsque l’on entre dans UW1, une image nous apparaît : Celle d’un plan très, très, très, très large de la voie lactée… Un soleil au premier plan ; un trou noir un peu plus loin ; une planète, une autre, une autre encore ; peut-être un autre trou noir ; peut-être un autre soleil dans le fond ; d’autres étoiles, d’autres planètes, des comètes… Et là, quelque part, perdu dans ce noir infini, une petite flèche indiquant un point imperceptible, une petite flèche perdue, accompagnée de ces mots : « Vous êtes ici ».
Ils sont six, l’escadrille Purgatory. Rarement une BD ne nous aura tant fait tomber en affection devant ses protagonistes. Du génial Kalish au minable Mario, tous sont vivants de façon si violente, si pure, si vraie que nous nous y attachons bien plus que d’ordinaire. C’est là le génie de ce maître des paradoxes qu’est Bajram; il lui suffit de faire de ses héros les pantins pathétiques d’un déchaînement causal universel pour que nous nous y retrouvions projetés. Ses personnages sont insipides, grotesques, stupides, prétentieux… Kalish a beau redresser la barre, lui aussi n’est qu’un jouet ; il le sait, c’est tout. Quelle bande de crétins que cette escadrille Purgatory! Leur destin pourtant nous interpelle et l’on réalise à quel point, perdu aux quatre coins du cosmos ; ces individus sont vivants et atrocement éphémères. Mais si dans l’Absolu la vie paraît insignifiante, la mort l’est encore plus. Ces personnages peuvent souffrir, mourir, tuer… On s’en fout. Ce qui importe, c’est qu’ils aient vécu. Oui, il suffit d’avoir vu le visage dément d’un Mario en colère, le regard impuissant d’un Kalish éclairé, la gueule bouffie d’orgueil d’un Balti humilié… L’escadrille Purgatory a existé, quelque part, quelques temps ; et quoi qu’il arrive, ils auront vécu ; c’est là tout ce qui compte.
UW1, c’est aussi une utopie génialement crédible. Le principe de colonisation des planètes, de mondialisme sublimé à l’échelle de l’univers, de bases de transit, etc. A l’heure où l’on parle de plus en plus fréquemment d’un Nouvel Ordre Mondial, il est bon de plonger dans une fiction qui transcende ce projet par delà notre planète. Aucun manichéisme déplacé, aucun bouc émissaire, aucune alternative politique proposée. Juste une projection pertinente de l’homme dans un 22ème siècle péniblement probable. Car c’est aussi ça Bajram, la lecture lucide et pertinente d’une époque nauséabonde, l’approche eschatologique d’une humanité en déclin (ou plutôt en fin de cycle).
Viennent ensuite les maths et la physique. Bajram joue sur la notion de paradoxe temporel comme aucun autre auteur (à ma connaissance). Quelle maîtrise du temps et de l’espace ! Quelle érudition ! Cette faculté de retomber sur ses pattes en permanence, ce talent d’équilibriste, cette rigueur imparable ! (ou presque... Quelques détails demeurent un peu flous mais enfin, cela ne perturbe en rien l'harmonie de l'oeuvre). Bajram vagabonde dans sa page noire constellée de calculs et de formules obscures… On le suit sans peine cependant. Les mathématiques sont trop souvent considérées comme anti-poétiques alors que durant bien des siècles, mathématiciens et physiciens étaient aussi musiciens, poètes et écrivains. Bajram réconcilie ces deux sphères : « littéraire » et « scientifique ». C’est pareil ! En effet, si le chiffre lui est manifestement coutumier, il n’oublie pas qu’au commencement était le Verbe. Son œuvre est autant littéraire que scientifique, sinon davantage. Il aborde les mathématiques avec une profondeur philosophique et la philosophie avec une rigueur mathématique. La physique prend du sens lorsque ses conclusions ont un impact direct sur la manière qu’à l’homme d’appréhender son existence, Bajram l’a bien compris. Il relativise l’humain au sein de l’univers mais n’omet pas pour autant que si notre vie est vaine et dérisoire par essence, elle demeure cependant tout ce que l’on a.
L’Absolu universel versus l’individu. Tiraillement millénaire. Comment rallier ces deux notions en conservant la Vérité de l’Absolu et l’intégrité de l’insignifiance humaine ? Par la poésie, pardi ! La poésie rassemble l’Eternel et l’éphémère. La poésie témoigne de cette dualité et ce témoignage devient un pont entre l’intérieur et l’extérieur de ce que Platon nommait la caverne. Or, est-il œuvre poétique plus riche et plus profonde que la Bible ? Pas à ma connaissance. L’obscurantisme religieux fit bien des dégâts au gré des siècles, le plus grave d’entre eux fut de discréditer la valeur fondamentalement éclairée des saintes Ecritures. Qui ose encore scander quelque propos christique en brandissant sa Bible ainsi qu’un talisman se fait – au mieux – rire au nez ou – au pire – traité d’ignorant sanguinaire attardé. Bajram démontre avec cette série que l’approche évangélique d’un phénomène reste la plus profonde et la plus percutante manière d’en extraire la Vérité. « Evangélique » n’est peut-être pas le meilleur terme à employer ici puisque Bajram part de la Genèse et s’appuie sur les premiers livres de l’Ancien Testament pour faire progresser son intrigue. Il y incère aussi quelques allusions pertinentes à l’Apocalypse de Jean… Bref, il pioche ici et là au sein de la Bible et parvient à créer une cohérence géniale entre ses références (ce qui - sommes toutes - est normal puisque, de la Genèse à l’Apocalypse en passant par les Evangiles, le message est similaire.) Lorsque l’on se penche sur le tout premier livre de la Bible, on remarque que le septième jour – celui ou l’Eternel se repose (ou se retire) – est le seul à ne pas se clore sur « un soir et un matin ». Aussi, le septième jour ne se termine pas et l’ultime acte du Démiurge fut de créer « l’Homme à son image »… A l’image du Créateur, donc. Ainsi, l’Homme est appelé à créer. Bajram l’a compris et nous offre à son tour sa Vérité avec UW1. Bajram est un artiste, il est donc Patriarche. Les extraits de la Bible de Canaan qui ponctuent cet ouvrage sont en réalité une mise en abyme de l’ouvrage lui-même, car la seule Bible véritable dont il faut se souvenir lorsque l’on ouvre "Universal War One" est celle que l’on tient entre ses mains durant cette transcendantale lecture.
Je resterai hanté longtemps encore par ces visages, ces expressions, ces dialogues, ces couleurs, ces décors, ces inventions… Bajram est un auteur incontournable, un Mystique illuminé, un scientifique borné, un Révolutionnaire dans l’âme comme le sont les vrais et rares artistes… Dans Les chansons illustrées de Thiéfaine, il a choisi de mettre en images le titre "Quand la banlieue descendra sur la ville" :
« Eh mec tu t'acharnes à tirer les stores
pour te cacher de la rue en chaleur
et tu dis du bout de tes dents en or :
" Dommage que Dieu soit plus à la hauteur. "
Faut être saturé d'un rare espoir
pour danser dans les ruines des limousines
y a ta b.m. qui crame sur le trottoir
dis-toi que c'est beau comme un choeur d'orphelines. »
Kalish aurait pu l’écrire…
Bref, Bajram est un écrivain immense qui sait exploiter de manière imparable les vérités physiques et mathématiques pour transcender son sujet qui est l’âme de l’individu errant dans l’infiniment inconcevable. « Errer humanum est » écrivait encore HFT…
Bajram offre une œuvre emplie d’espoir. Il prend sur lui les tourments, les doutes et les maux de son époque, il sublime ceux-ci et en fait jaillir une étincelle inouïe qui scintillera longtemps encore dans l’œil du lecteur transporté. Un poncif vulgaire stipule que le scientifique ne peut croire en Dieu. J’ignore si Bajram affirme croire en quelque Eternel que ce soit, cependant – à l’instar de Kalish – il choisit de garder la Foi. En Dieu ? En l’Homme ? En l’Art ? En la Science ? En la Poésie ? En la Vérité ? En l’Absolu ?... Qu’importe, tout se vaut tant qu’on y met une majuscule ; et des majuscules il y en a dans UW1 !
« L’intelligence du cœur… Et pourquoi pas la sagesse de la rate ?! » - Kalish.
Comment peut-on écrire encore de la science-fiction après Bajram ?
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Les Mange-bitume
Bonjour, j'étais loin d'avoir le permis quand j'ai lu cette bd. Maintenant, je recherche sérieusement cet album. En fait, je voudrais revoir comment les monospaces de 1974 était dessiné, et surtout relire cet album qui m'a franchement marqué. Surtout quand j'ai vu apparaitre les premiers Renault "espace" en 1984, je me suis dis "incroyable". Cet album vaut pas mal d'études sociologiques à lui tout seul. J'ai trouvé fabuleux le coup de faire ces courses alimentaires sans sortir de la voiture, il n'est pas encore apparu à notre époque, mais ça ne devrait pas tarder, déjà que les gens essayent de garer leur voiture dans le magasin pour marcher le moins possible et qu'il faut faire des kilomètres à pied dans les grands supermarchés pour acheter sa boîte de petit pois. Pour moi, c'est un classique à donner à lire au plus de monde possible. S’il était réédité aujourd'hui, il ne serait pas du tout démodé, au contraire. Cette BD et "Brazil" sont pour moi des références à ne pas ignorer.
D
On est loin, enfin, d’une histoire destinée aux moins de douze ans… Le fantastique, ces dernières années, nous montrait les vampires comme des super héros, et non comme des créatures surnaturelles. Les séries HBO ont pour habitude de considérer qu’elles s’adressent à des personnes intelligentes et cultivées. C’est l’impression que l’on a quand on se plonge dans la lecture de « Lord Faureston ». Et c’est foutrement agréable… Le rythme est dû à un savant découpage, et pas à des scènes d’action éparpillées en nombre susceptible de donner le change. Le rythme est associé -très faussement- à la vitesse. Ici, l’affaire est admirablement démontrée: le dialogue, le peaufinage des personnalités, les rapports de séduction (peut-être le centre absolu de ce qu‘est une histoire réellement vampirique), créent le rythme, sans artifice. Et c’est, encore une fois, une vraie histoire vampirique. Le surnaturel est par essence difficile à admettre, et rare, pour le moins, ce qui est ici mis en place avec une justesse étonnante, car c’est par le truchement du personnage principal -le colérique Drake- que l’on est confronté à l’étrange. En cela, nous avons une œuvre totalement « stokerienne ». Etonnant. Et parfait. Aucune inquiétude quant à la suite. Juste une terrible impatience…
Clandestine
Plusieurs œuvres littéraires, dessinées ou non, m'ont beaucoup marqué. Clandestine en fait clairement partie, du moins son premier tome. On y découvre les rêveries et l'apprentissage de la vie d'une petite fille (la scénariste apparemment), abandonnée par sa mère et "élevée" par sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Le dessin plutôt épuré, très expressif, est aussi très beau. Je ne connais pas le dessinateur, et son style a l'air différent de ce qu'il fait d'habitude d'après ce que j'ai pu lire, mais j'avoue avoir adoré son trait de crayon sur Clandestine. Clandestine est une œuvre poétique comme j'en ai rarement vu, plein de sensibilité et de tendresse, sonnant particulièrement juste dans la vision du monde de cette enfant. J'ai souvent eu les tripes nouées, parfois la larme à l'œil, et toujours pour pas grand chose : une simple attitude, ou une pensée tendre, le tout appuyé par ce dessin extrêmement fort. Une BD qui ne parlera peut-être pas à tout le monde, mais une merveille à mes yeux.
Le Bleu du Ciel
Mon coup de coeur du moment. Déjà, le tome 1 m'avait bien plu. Et le deuxième tome ne fait que confirmer ce que je pense: nous avons ici une très bonne BD. Le dessin (style manga) et les couleurs (fort flash) pourraient en rebuter certains. Mais ce serait à tort, car le tout est fort bien réussi et se marie parfaitement (feuilletez l'album, cela vous parlera plus que ces quelques mots). De plus, les décors sont vraiment sublimes... Et le scénar n'est pas en reste. Bien sûr, une histoire avec le diable, une vieille vampire et encore d'autres créatures, on pourrait dire que c'est banal, déjà vu, ... Oui, mais avec Kara, le thème est habillement abordé sous un autre jour, ce qui rafraîchit le genre et suscite de l'intérêt... Et ce deuxième tome, avec une partie de la vie du Christ: très très bon! Bref, vous avez compris, une série à ne pas manquer...
Wanted (J.G. Jones)
Wanted a été annoncé comme étant l’anti Watchmen par absolu. Il y a un peu de cela dans le sens où les aventures du jeune Wesley, passant de l’état de loser absolu et cocu à celui de super vilain violeur, infect et revanchard sur une société alternative complètement dingue. Imaginez une super guerre secrète où tous les vilains auraient éliminé les superhéros du globe ! Ne leur reste donc plus qu’à choisir entre assumer leur identité secrètement (en endormant la société un peu comme les films Matrix) et se distraire dans des mondes parallèles ou bien jouir de leur usufruit en plein jour ! Wesley ignore complètement cette situation, il ignore même qu’il est le fils du plus grand des tueurs. Au décès de ce dernier, à lui donc d’assumer le patrimoine génétique et de devenir le numéro un par le rejet de tout ce qu’il avait appris jusqu’à présent et le long apprentissage d’une vie sans foi ni loi bien plus excitante ! Il faut bien avouer que dès le départ et que l’on aie vu le film ou pas (qui emprunte des alternatives scénaristiques fort différentes en remplaçant les super héros par des tueurs), on s’en prend plein les mirettes car le récit est fort attrayant, les dessins et couleurs réussis et les différentes scènes s’enchaînent sans temps mort ! Cette relecture trash (bien atténuée dans le long métrage d’ailleurs) a quelque chose de jouissif et d’éminemment fun dans le plaisir immédiat qu’elle procure. Les scènes d’action succèdent aux scènes d’exposition et le tout se suit avec une facilité déconcertante. Le récit distille moult petites allusions à d’autres héros (la cape de Superman, les comédiens de la série télévisée Batman) assez facilement reconnaissables et les différents protagonistes créés pour l’occasion ne sont que des reflets de personnages issus de l’univers Marvel ou DC Comics (avec une galerie assez épatante des némésis de Batman). Wesley s’apparenterait plutôt à Bullseye (le Tireur de "Daredevil") et Mr Rictus au Joker hormis le fait qu’ici le scénariste tire à boulets rouges surtout sur la conception même des comics de façon intelligente (la fameuse série des « Et si… » revue de manière acide et impolie ! :) ). Le dernier chapitre ainsi que sa conclusion s’adressant directement à nous m’a plus amusé que choqué et c’est avec le sourire aux lèvres que l’on referme l’ouvrage. A noter une très belle édition de la part de Delcourt et une postface intéressante de Mark Millar expliquant l’origine de cette œuvre unique en son genre. Par contre pour avoir eu l’édition originale entre les mains, je dois signaler un petit bémol quant aux choix d’avoir réduit une double page présentant Wesley en train de dégainer son flingue sur une seule page pour l’édition française, pas très sérieux de reconditionner la pagination. A l’exception de cette remarque et pour peu que vous soyez fans de comics qui ne se prennent pas au sérieux de façon addictive, foncez car tout est bon dans le cochon ! :)
Saint Seiya - Les Chevaliers du Zodiaque
Que dire sur cette série mythique ? Bercé durant ma tendre enfance par la musique de Bernard Minet, c'est avec avidité et engouement que je me lance dans cette longue série (28 tomes !). Pour les dessins, on peut mieux faire. Ils sont simples, sans détails mais efficaces lors des combats entre chevaliers. Tome après tome, on voit quand même une amélioration dans le graphisme et les Hadès sont relativement bien faits. Le pied ultime vient des dessins détaillés de chaque armure à la fin des tomes et il faut avouer que les armures des chevaliers d'Hadès sont redoutablement bien faites ! Pour le scénario, j'ai retrouvé les dessins animés de mon époque lors des chevaliers d'or avec un grand plaisir. Les Poséidon sont moins intéressants et on reprend du poil de la bête avec les Hadès. Malgré la simplicité du scénario, et les dessins un peu simplistes, on ne peut pas passer à côté de cette série qui reste mythique aux yeux de beaucoup de gens et aux miens !
Le Légataire
J’avais peur que cette série suite au Décalogue ne démystifie la série originale. Il n’en est rien ou presque. Par ailleurs, très souvent, les suites n’ont qu’une logique purement commerciale. Le Décalogue a bouleversé la bande dessinée contemporaine en devenant une œuvre culte. Le légataire demeure plus qu’une extension. C’est une volonté de son scénariste de creuser encore plus sur un sujet passionnant. Bien entendu, on ne peut aborder le Légataire sans avoir lu le Décalogue pour en percevoir une mécanique d’intrigue complexe. La lecture demeure intéressante car cela apporte réellement des éléments de réponse par rapport aux deux premiers tomes de la série mère. Par ailleurs, le Légataire apparaît comme une quête plus fondamentale que celle de la possession de «Nahik» : celle de l’authenticité. Et enfin, ce n’est pas la moindre des qualités : cette lecture sera plus abordable car l’intrigue est traité de manière linéaire dans le bon sens chronologique cette fois. On retrouve les personnages principaux, l’ambiance générale et l’époque des deux premiers tomes de la série-mère. Qui est le légataire ? C’est Merwan Kaddher, un jeune islamiste repenti qui va enquêter sur les origines du décalogue musulman qui a bouleversé sa vie, Nahik. J’aime particulièrement ce personnage qui après avoir tué accidentellement l’écrivain Halid Riza suite à une fatwa lancée contre lui, va comprendre son erreur et faire en sorte de tout réparer à la mémoire du défunt. Le Décalogue nous avait laissé sur notre faim quant au devenir de ce personnage. C’est donc avec un grand plaisir que je peux suivre son enquête avec ses multiples rebondissements. Le second tome est particulièrement dynamique et apporte de vrais éléments de réponse et de réflexions expliquant l’origine du Décalogue. Les éléments du scénario s’imbriquent de manière parfaitement cohérente. C’est une suite passionnante qui nous plonge au cœur des religions. J'ai également apprécié tout particulièrement le 4ème tome qui nous entraîne dans les coulisses du Vatican. Il y a beaucoup d'humanité dans la relation que Kaddher entretient avec le Cardinal. J'ai l'impression que plus cela avance, plus cela devient meilleur. Le Légataire est une véritable réussite dont on ne peut que se réjouir.
Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions
Quel projet titanesque… Illustrer l’évolution en étant fidèle aux connaissances biologiques actuelles n’est pas chose abordable facilement. Quel objectif, quel éditeur, quel coût, quel public ? L’album est de qualité somptueuse, plus de 350 pages de très beau papier, avec une couverture cartonnée solide. De façon didactique, chaque ère est représentée par une couleur dominante généralement claire et douce qui fera que tous les dessins de cette période seront en noir et nuances de cette couleur. Le tout est très doux et permet de jolies nuances sur les dessins proposés. Les dessins sont superbes, d’une richesse incroyable : ce sont tous les animaux possibles tels que les scientifiques les imaginent aujourd’hui qui nous sont croqués. Du big-bang aux dinosaures en passant par les organismes cellulaires, les protéines et les cellules eucaryotes tout y passe avec toujours une volonté de précision absolue. Alors forcément c’est un peu cher, mais je suis déjà étonné que ce soit si peu par rapport à la qualité du travail fourni ! Côté scénario, l’histoire est simple : c’est la nôtre depuis la création, jusqu’à la naissance de la civilisation. Le danger était de faire un livre trop technique, trop fidèle et donc encyclopédique, trop tout. L'ensemble est agrémenté de quelques phrases explicatives de temps à autre sur les grandes étapes de l'évolution (presque pas de texte donc). Etant de formation scientifique, je n’ai pas été gêné, au contraire j’ai été captivé, je revoyais mes cours de classe prépa illustrés. Mais pas de crainte, un gros tiers des illustrations ne concerne pas le sujet scientifique en lui-même, mais des associations d’idées liées à toute la culture mondiale face à la réalité actuelle scientifique proposée. On retrouve ainsi de très nombreuses références à moult cultures, leurs croyances et leurs idoles. Qu’elles soient Inca, Maya, Judéo-chrétiennes, Africaines, Bouddhistes, Hindouistes, Animistes, Islamiques, Inuits… à chaque fois l’auteur nous surprend au cœur d’un discours scientifique en illustrant une pensée analogue d’une croyance. Il ne s’agit pas de démonstration, c'est-à-dire que les allusions peuvent à la fois rappeler que la conception de telle religion était proche des théories scientifiques actuelles tout comme montrer un élément sacré ressemblant aux anciennes traces de vie. Cette association science-croyance est brillamment réussie, car elle montre de façon pertinente que ces deux domaines ne sont absolument pas concurrents et ne portent pas sur le même sujet. En sus de ces associations philosophico-mystiques, ce sont aussi des mythes de nos sociétés contemporaines hors religion qui sont distillés çà et là avec humour tout au long des planches (par exemple lors des illustrations de la période monstres marins, nous avons après les requins deux illustrations montrant le sous marin requin de Tintin et une scène du film « les dents de la mer »). Au-delà de deux tiers d’illustrations somptueuses reprenant la connaissance actuelle de la science vient un tiers parsemé un peu partout sur les planches qui illustrent avec humour et pertinence les propos encyclopédiques. On est conquis jusqu’à la dernière planche et la lecture des textes qui suivent est encore plus prometteuse : le prochain sera consacré à la civilisation et un autre aux évolutions futures. On apprend également les sources des ces illustrations. Tout ceci laisse entrevoir un imaginaire merveilleux. Evidemment le livre n’est fait que d’une succession d’ères de glaciation et de réchauffement, évidemment tout ceci évolue très doucement, évidemment les continents se font et se défont. Mais jamais la moindre monotonie ne vient traverser la pensée du lecteur. Avec un tel sujet : chapeau ! Au final je suis conquis. Pour la bonne et simple raison qu’en plus de fournir une encyclopédie des connaissances actuelles très vivante, en plus de montrer que science et religion ne sont pas contradictoires, l’auteur nous rappelle par ces juxtapositions idoines que les théories actuelles scientifiques ne doivent pas être elle-même mystifiées dans la mesure où plus on avance dans la recherche plus on se rend compte qu’on ne sait pas. On ne sait pas encore expliquer précisément nombre des phénomènes moléculaires qui sont ici narrés, et à chaque fois qu’on découvre, on se rend compte qu’une nouvelle partie encore plus vaste est inconnue. Finalement cet ouvrage démystifie la science en la remettant à sa place et en rappelant qu’elle n’est pas non plus la vérité ultime. J’attends avec appréhension et impatience le second tome car s’il est traité avec autant de synthèse et de justesse scientifique, cette série risque de devenir un appendice à la Bible… Traiter de la nature était chose moins polémique que de traiter de l’humain. En tous cas pour l’instant la partie évolution naturelle mérite la note ultime. Je ne mets pas de coup de coeur car je pense que cette BD n'est pas destinée à tous les publics. Si vous voulez rêver en vous interrogeant, en remettant vos croyances en cause et en essayant de comprendre le pourquoi de chaque allusion alors foncez acheter ce magnifique album. Cela vous prendra certainement beaucoup, beaucoup de lectures. En tous cas cette BD est très intellectuelle et ne conviendra clairement pas à des lecteurs qui ne cherchent que la détente dans la BD.
Tuning maniacs
Tuning maniac est une bédé sublime. Le dialogue de Pat Perna, je trouve qu'il va vraiment avec les personnages (et il ya plein de phrases rigolotes genre : "Salut, l'arpet ça watt?") Donc le dialogue, c'est du lourd. Et le dessin, ah ça le dessin ! Rien à dire, parce que Jenfévre a LE coup de crayon qu'il fallait pour cette bédé. Quand aux gags, ça fait un an que j'ai les albums et ils me font toujours autant rire ! C'est une bédé à lire et à relire.
Universal War One
Comment peut-on écrire encore de la science-fiction après Bajram ? J’ai relu hier les six albums de cette série et je redescends sur terre à tâtons… « Redescendre sur terre » est l’expression juste, tant le cadre dans lequel l’auteur nous projette semble littéralement extra-terrestre. Nous sommes loin de nos préoccupations de tous les jours, nous sommes loin de nos tracas pragmatiques du quotidien, nous sommes loin de ces petits ennuis qui ponctuent les journées de l’occidental moyen. Nous sommes loin, et pourtant… Et pourtant… C’est notre monde : le cosmos, le soleil, les étoiles, les trous noirs, la relativité du temps et de l’espace, l’univers enfin !... C’est là que nous sommes, dans l’infiniment grand, parmi toutes ces données que notre pauvre cerveau peine à appréhender, peine à concevoir. Cioran écrivait qu’un matin, après avoir entendu à la radio un astronome évoquer les milliards de soleils errant dans l’univers, il avait décidé de ne pas aller faire sa toilette ; à quoi bon se laver finalement ? Notre existence paraît bien insignifiante lorsque l’on considère la Vérité à l’échelle universelle. Celui qui a déjà pissé contre une fourmilière est-il moins coupable que l’assassin d’un seul individu ? Lorsque l’on entre dans UW1, une image nous apparaît : Celle d’un plan très, très, très, très large de la voie lactée… Un soleil au premier plan ; un trou noir un peu plus loin ; une planète, une autre, une autre encore ; peut-être un autre trou noir ; peut-être un autre soleil dans le fond ; d’autres étoiles, d’autres planètes, des comètes… Et là, quelque part, perdu dans ce noir infini, une petite flèche indiquant un point imperceptible, une petite flèche perdue, accompagnée de ces mots : « Vous êtes ici ». Ils sont six, l’escadrille Purgatory. Rarement une BD ne nous aura tant fait tomber en affection devant ses protagonistes. Du génial Kalish au minable Mario, tous sont vivants de façon si violente, si pure, si vraie que nous nous y attachons bien plus que d’ordinaire. C’est là le génie de ce maître des paradoxes qu’est Bajram; il lui suffit de faire de ses héros les pantins pathétiques d’un déchaînement causal universel pour que nous nous y retrouvions projetés. Ses personnages sont insipides, grotesques, stupides, prétentieux… Kalish a beau redresser la barre, lui aussi n’est qu’un jouet ; il le sait, c’est tout. Quelle bande de crétins que cette escadrille Purgatory! Leur destin pourtant nous interpelle et l’on réalise à quel point, perdu aux quatre coins du cosmos ; ces individus sont vivants et atrocement éphémères. Mais si dans l’Absolu la vie paraît insignifiante, la mort l’est encore plus. Ces personnages peuvent souffrir, mourir, tuer… On s’en fout. Ce qui importe, c’est qu’ils aient vécu. Oui, il suffit d’avoir vu le visage dément d’un Mario en colère, le regard impuissant d’un Kalish éclairé, la gueule bouffie d’orgueil d’un Balti humilié… L’escadrille Purgatory a existé, quelque part, quelques temps ; et quoi qu’il arrive, ils auront vécu ; c’est là tout ce qui compte. UW1, c’est aussi une utopie génialement crédible. Le principe de colonisation des planètes, de mondialisme sublimé à l’échelle de l’univers, de bases de transit, etc. A l’heure où l’on parle de plus en plus fréquemment d’un Nouvel Ordre Mondial, il est bon de plonger dans une fiction qui transcende ce projet par delà notre planète. Aucun manichéisme déplacé, aucun bouc émissaire, aucune alternative politique proposée. Juste une projection pertinente de l’homme dans un 22ème siècle péniblement probable. Car c’est aussi ça Bajram, la lecture lucide et pertinente d’une époque nauséabonde, l’approche eschatologique d’une humanité en déclin (ou plutôt en fin de cycle). Viennent ensuite les maths et la physique. Bajram joue sur la notion de paradoxe temporel comme aucun autre auteur (à ma connaissance). Quelle maîtrise du temps et de l’espace ! Quelle érudition ! Cette faculté de retomber sur ses pattes en permanence, ce talent d’équilibriste, cette rigueur imparable ! (ou presque... Quelques détails demeurent un peu flous mais enfin, cela ne perturbe en rien l'harmonie de l'oeuvre). Bajram vagabonde dans sa page noire constellée de calculs et de formules obscures… On le suit sans peine cependant. Les mathématiques sont trop souvent considérées comme anti-poétiques alors que durant bien des siècles, mathématiciens et physiciens étaient aussi musiciens, poètes et écrivains. Bajram réconcilie ces deux sphères : « littéraire » et « scientifique ». C’est pareil ! En effet, si le chiffre lui est manifestement coutumier, il n’oublie pas qu’au commencement était le Verbe. Son œuvre est autant littéraire que scientifique, sinon davantage. Il aborde les mathématiques avec une profondeur philosophique et la philosophie avec une rigueur mathématique. La physique prend du sens lorsque ses conclusions ont un impact direct sur la manière qu’à l’homme d’appréhender son existence, Bajram l’a bien compris. Il relativise l’humain au sein de l’univers mais n’omet pas pour autant que si notre vie est vaine et dérisoire par essence, elle demeure cependant tout ce que l’on a. L’Absolu universel versus l’individu. Tiraillement millénaire. Comment rallier ces deux notions en conservant la Vérité de l’Absolu et l’intégrité de l’insignifiance humaine ? Par la poésie, pardi ! La poésie rassemble l’Eternel et l’éphémère. La poésie témoigne de cette dualité et ce témoignage devient un pont entre l’intérieur et l’extérieur de ce que Platon nommait la caverne. Or, est-il œuvre poétique plus riche et plus profonde que la Bible ? Pas à ma connaissance. L’obscurantisme religieux fit bien des dégâts au gré des siècles, le plus grave d’entre eux fut de discréditer la valeur fondamentalement éclairée des saintes Ecritures. Qui ose encore scander quelque propos christique en brandissant sa Bible ainsi qu’un talisman se fait – au mieux – rire au nez ou – au pire – traité d’ignorant sanguinaire attardé. Bajram démontre avec cette série que l’approche évangélique d’un phénomène reste la plus profonde et la plus percutante manière d’en extraire la Vérité. « Evangélique » n’est peut-être pas le meilleur terme à employer ici puisque Bajram part de la Genèse et s’appuie sur les premiers livres de l’Ancien Testament pour faire progresser son intrigue. Il y incère aussi quelques allusions pertinentes à l’Apocalypse de Jean… Bref, il pioche ici et là au sein de la Bible et parvient à créer une cohérence géniale entre ses références (ce qui - sommes toutes - est normal puisque, de la Genèse à l’Apocalypse en passant par les Evangiles, le message est similaire.) Lorsque l’on se penche sur le tout premier livre de la Bible, on remarque que le septième jour – celui ou l’Eternel se repose (ou se retire) – est le seul à ne pas se clore sur « un soir et un matin ». Aussi, le septième jour ne se termine pas et l’ultime acte du Démiurge fut de créer « l’Homme à son image »… A l’image du Créateur, donc. Ainsi, l’Homme est appelé à créer. Bajram l’a compris et nous offre à son tour sa Vérité avec UW1. Bajram est un artiste, il est donc Patriarche. Les extraits de la Bible de Canaan qui ponctuent cet ouvrage sont en réalité une mise en abyme de l’ouvrage lui-même, car la seule Bible véritable dont il faut se souvenir lorsque l’on ouvre "Universal War One" est celle que l’on tient entre ses mains durant cette transcendantale lecture. Je resterai hanté longtemps encore par ces visages, ces expressions, ces dialogues, ces couleurs, ces décors, ces inventions… Bajram est un auteur incontournable, un Mystique illuminé, un scientifique borné, un Révolutionnaire dans l’âme comme le sont les vrais et rares artistes… Dans Les chansons illustrées de Thiéfaine, il a choisi de mettre en images le titre "Quand la banlieue descendra sur la ville" : « Eh mec tu t'acharnes à tirer les stores pour te cacher de la rue en chaleur et tu dis du bout de tes dents en or : " Dommage que Dieu soit plus à la hauteur. " Faut être saturé d'un rare espoir pour danser dans les ruines des limousines y a ta b.m. qui crame sur le trottoir dis-toi que c'est beau comme un choeur d'orphelines. » Kalish aurait pu l’écrire… Bref, Bajram est un écrivain immense qui sait exploiter de manière imparable les vérités physiques et mathématiques pour transcender son sujet qui est l’âme de l’individu errant dans l’infiniment inconcevable. « Errer humanum est » écrivait encore HFT… Bajram offre une œuvre emplie d’espoir. Il prend sur lui les tourments, les doutes et les maux de son époque, il sublime ceux-ci et en fait jaillir une étincelle inouïe qui scintillera longtemps encore dans l’œil du lecteur transporté. Un poncif vulgaire stipule que le scientifique ne peut croire en Dieu. J’ignore si Bajram affirme croire en quelque Eternel que ce soit, cependant – à l’instar de Kalish – il choisit de garder la Foi. En Dieu ? En l’Homme ? En l’Art ? En la Science ? En la Poésie ? En la Vérité ? En l’Absolu ?... Qu’importe, tout se vaut tant qu’on y met une majuscule ; et des majuscules il y en a dans UW1 ! « L’intelligence du cœur… Et pourquoi pas la sagesse de la rate ?! » - Kalish. Comment peut-on écrire encore de la science-fiction après Bajram ?