Bienvenue en Absurdie.
Le récit de Guy Delisle est édifiant et amusant à la fois. Et c’est là tout le génie de l’auteur lorsqu’il réalise ce genre de carnet de voyage. En effet, l’artiste a l’art de nous décrire en peu de mots toute l’absurdité d’une situation sans se montrer hautain ou professoral. Il observe, compare et s’amuse, tout en gardant une certaine tendresse pour les personnages rencontrés.
Le simple fait d’emporter « 1984 » comme livre de chevet en Corée du Nord donne un bon aperçu de l’humour du gaillard.
Au niveau du dessin, ce n’est pas beau mais efficace ! Le trait est minimaliste mais suffisamment expressif pour saisir l’état d’esprit des personnages. Ce n’est cependant pas là que réside la force du récit… Quoique, avec un style trop fouillé, le rythme de lecture aurait sans douté été différent et, par conséquent, moins adapté à la narration enjouée de l’auteur.
La narration, tiens, parlons en de la narration ! C’est de la super-glue, cette narration. Une fois la lecture entamée, pas moyen de lâcher l’objet. Drôle, vivante, elle ne surcharge pas les cases. On se dit « bon, allez, je lis encore deux, trois pages, puis j’arrête »… et on continue jusqu’au terme car il se passe toujours quelque chose d’amusant et/ou d’étonnant.
Drôle et vivant, ce récit est aussi très instructif et je sors de cette lecture en ayant le sentiment d’un peu mieux connaître la Corée du Nord.
Edifiant et amusant, tout en restant humain, un très grand récit ! A lire et à posséder !
Le Combat ordinaire, j'en avais beaucoup entendu parler et je viens seulement de le lire. Ne faites pas comme moi, n'attendez pas plus longtemps !
Cette série est, pour moi, un chef d'oeuvre ! Le sujet qui peut paraître simple, anodin est la vie ou comment vivre avec ses angoisses, ses désirs, ses frustations, les décalages entre les attentes et la réalité, etc...
Larcenet signe un bijou de sensibilité et d'introspection.
J'ai apprécié le dessin très souple, les couleurs qui donnent à la BD un certain dynamisme. J'ai trouvé très intéressant l'alternance de traits entre la vie de Marco et ses angoisses et interrogations, et oui, la vie n'est pas toujours linéaire et uniforme !
Le réducteur de vitesse est une des meilleures BD que j'ai pu lire et relire. Elle possède un certain style mais à mon avis tout à fait accessible, rien d'hyperexotique qui pourrait l'écarter de la mention BD culte, elle est sans aucun doute "très inspirée" en plus d'être inspirée d'une expérience vécue.
C'est du génie de savoir placer une histoire et des personnages dans un monde particulièrement dur et cruel, parfois cauchemardesque (les énormes bateaux de guerre métalliques, des machines, les tuyaux, les fusilliers marins violents, etc..) sans tomber dans le drame absolu, le glauque, le désespérant..
Les personnages principaux portent une innocence et une humanité qui les rendent très sympathiques.
Le principal personnage qui est inspiré de Blain lui même (Christophe Blain révèle dans une introduction avoir été "peintre de la marine" lors de son service militaire, et s'inspirer de son expérience pour cette histoire) est un artiste, dessinateur; un de ses compagnons de couchette avec qui il sympathise davantage, est écrivain.
Il y a une volonté de préserver l'imaginaire, des aspects de l'enfance, dans un univers de guerre et de guerriers.
Un univers de machines démesurées et dangereuses, mais qui peuvent aussi se révéler fragiles quand elles embarquent de jeunes gens à peine adultes, un peu innocents, un peu maladroits, à peine rebelles et pas forcément conscients de l'être (une particularité des artistes souvent) ne faisant rien d'autre que vouloir se préserver du mal de mer, éviter les corvées, la violence des fusilliers.. Et se perdre dans un bâtiment aussi gigantesque que mystérieux. (Dans l'intro Christophe Blain explique avoir choisi de dessiner plus un bateau de guerre inspiré des jouets en métal d'autrefois, qu'un bâtiment de la marine ayant existé, et ça marche).
Les personnages sont assez crédibles pour qu'on puisse se sentir proche et les accompagner dans leurs péripéties. Mais on peut aussi y voir une sorte de conte.
Les dessins sont simples, ils peuvent faire penser à une BD pour jeunes, mais les personnages sont expressifs, les ambiances sont bien rendues, c'est peut-être justement le côté minimaliste, le trait qui va a l'essentiel ajoute à la la force de cette œuvre.
L'évocation de ce grand bateau, de ces machines, dans une forme un peu naïve, peut réveiller des ambiances et des rêveries de l'enfance un peu angoissantes, mystérieuses, ça se lit comme un rêve, il faudrait dire un mauvais rêve, mais d'où on ne souhaite pas s'échapper sans savoir comment les quelques camarades maladroits, rêveurs, et si proches de nous vont pouvoir s'en sortir, ce n'est d'ailleurs pas un cauchemar brut, il y a toujours des portes et des espoirs qui s'ouvrent.
Ce n'est donc pas du masochisme de le lire et le relire, on peut l'offrir sans crainte à des adolescents comme à des adultes.
Si je devais le relier à d'autres artistes je dirais Sfar, Thiriet, Hergé, disons un mélange des trois.
Mais ça reste une œuvre unique et je confirme que pour moi c'est un chef-d'œuvre, une histoire à la fois simple et très forte, que l'on peut s'approprier facilement.
Culte ! Oui môssieur, culte !
Mais avant de faire place à une dialectique bancale, je débuterai par un pruneau tiré dans les arpions : mon avis ne vaut rien. Car dès les premières cases je fus perfidement dupé. Marabouté par le pinceau chamanique de Saint Nicolas De Crecy et son esthétisme vertigineux, absolu. Le regard halluciné, nimbant ma volonté d’un népotisme irréversible, j’édictai qu’il émanerait une théorie, une portée à toute élucubration du scénario, et que chacune serait éblouissante. En néo gold-member du club de la mauvaise foi et la partialité réunies, j’ose clamer : cet album est un chef-d’œuvre… et tout s’y défend.
Ouvrez grands les yeux, laissez s’évaporer la logique. C’est l’œuvre qui vous le crie, dès la scène d’ouverture. Une église délabrée, et déjà l’on dénie Dieu. Une foule de corps mutilés, de trognes pustulées et souffreteuses s’étripant autour d’un combat de coqs, les prémices d’un théâtre violent et cruel où s’agiteront des marionnettes marginales et puantes. Et quand, au milieu du tohu-bohu, un zozo fraîchement décapité vide les lieux, l’air de rien, la clope au bec de sa caboche tenue en bandoulière, les balises s’exhibent soudainement sans équivoque : ici se joue l’absurde.
Un opéra bizarre, qui méprise mes attentes, mes aspirations profondes à la clarté. Mais une étrange sensation me murmure que ce non-sens n’est qu’un apparat. En témoignent le ludisme et la richesse des facéties langagières de son bavardage, bien plus cohérent que ce qu’il laisse entrevoir. Un idiome déstructuré, symbolisme d’une communication qui s’effondre. Dans l’exposition de cette société nécrosée et iconoclaste, au cœur de ses mœurs décadentes insanes, dans l’exutoire féroce de son carnaval bigarré, je discerne tant de signes, de manières d’être et d’agir, indices qui me ramènent inexorablement à ma condition d’homme. Chercherait-on à m’enfoncer le pif dans mon caca ? Dans le miroir que tu tends, qu’essaies-tu de montrer Foligatto ? Voici le fou, l’assassin. Voici celui capable de beauté et de barbarie, de passion ou d’horreur. Voici une bête malade, voici l’être humain ? Un manifeste qui ne passerait pas sans la démesure géniale du graphisme.
Chef d’orchestre de la narration, le trait kaléidoscopique interprète une symphonie visuelle baroque qui m’a avalé tout cru. Caméléon du style et de la couleur, son expressionnisme flamboyant et nauséeux s’exprime sans concession dans une outrance caricaturale, dans des représentations disgracieuses et l’exhibition de mimiques et de tares se dégustant comme autant de bourlingues en territoire Groszien. La prolifération de détails, dans des cases vomissant les objets, exprime l’étouffement, l’attachement matériel et son vide spirituel. Chaque tableau initie une allégorie picturale puissante et contraste avec la mise en scène cohérente d’une mégapole aux architectures précises et réalistes. Un retour sur terre, une identification qui s’affirme dans l’éloquence de certaines figurations du sentiment. L’inexorable tristesse qui émane du faciès figé et lunaire de Foligatto ou la confidence muette de ses souvenirs enfantins délivrent des instants particulièrement poignants et humains.
Conte pernicieux irrationnel, sauvagerie lyrique ou encore poème horrifique, cette longue métaphore existentialiste en technicolor mérite qu’on lui dédie quelques acharnements. Au moins pour la simple gourmandise des mirettes, sinon pour le bonheur d’y dénicher un chemin, son chemin (attention à la hernie cérébrale). À force de relectures, je peux à présent me délecter de ses évidences, et, si quelques scènes ou répliques pataugent encore dans le brouillard, dans un acquiescement complice et faux-cul je mime la compréhension, emporté, abandonné aux émotions viscérales libérées par le dessin.
Culte ! Oui môssieur, culte !
… mais vous n’êtes pas obligé de me croire.
Fan depuis très longtemps des zombies et autres morts-vivants, c'est donc avec une avidité certaine que je me suis procuré les treize tomes des Walking Dead. Avec un début classique mais accrocheur, une histoire dramatique pour le héros principal et un fil rouge sur la venue des zombies sur notre planète, Walking dead s'impose d'emblée comme une œuvre majeure sur le mythe du bouffeur de chair fraîche mais aussi sur les différentes psychologies que pourraient adopter l'homme suite à un drame terrible.
Le scénario peut sembler simpliste de prime abord, avec un début ressemblant étrangement à du 28 jours plus tard, puis une suite tirant sur le survival en milieu zombie. Mais Kirkman a l'intelligence de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Effectivement, le héros principal, flic de son état, va essayer de retrouver sa femme et son gosse pour les sortir de cet enfer. Il trouve alors une "colonie" de quelques personnes qui vivotent dans un coin près d'Atlanta. Si on peut être déçu par le fait qu'il y retrouve comme par hasard sa femme et son gamin, on voit très vite où veut en venir le scénariste. Petit à petit, les zombies vont disparaître de la trame principale pour ne devenir que des fantômes psychologiques qui bouffent l'existence des différents protagonistes. Jalousie, survie, loi du plus fort et du mieux armé, pétage de plombs, bref tous les symptômes du dégradation et d'une vie en communauté en milieu hostile. Mais force est de constater que le tout est très crédible et qu'en plus, les zombies sont toujours présents dans la réalité et Kirkman n'oublie pas de nous le rappeler, notamment en organisant des sorties pour les vivres ou encore quelques attaques bien sanglantes. Chaque personnage est d'une épaisseur incroyable, et possède un passé que l'on souhaite vraiment savoir. On s'attache très facilement à eux et on a vraiment envie de voir tout ce petit monde s'en sortir. Autre point fort du scénario, on n'a pas de limites. La vie est dangereuse et personne n'est épargné. Beaucoup de monde y passent et notamment les femmes et les enfants. Kirkman n'hésite pas un seule seconde à faire décapiter des jumelles par un psychopathe ou encore à faire tuer un nouveau-né. Moment fort et d'une grande puissance sentimentale malgré l'enfer environnant. Pour une fois, le mort-vivant met en exergue nos sentiments les plus noirs et les plus profonds et jouent même avec les nerfs du lecteur.
Les dessins de Charlie Adlard sont relativement bien foutus. Les traits sont dynamiques, on lit bien les émotions dans les regards des personnages, et le noir et blanc sert finalement très bien la série, nous plongeant dans un gris qui surligne encore plus la tristesse et le nihilisme du récit. Les aplats de noir sont réussis et les zombies sont franchement bien foutus. De plus, on reconnait au premier coup d'œil les différents protagonistes, malgré leur nombre impressionnant. Enfin, le dessin devient de plus en plus intéressant au fil des tomes et on sent que ce jeune dessinateur maîtrise de mieux en mieux son outil.
Au final, Walking dead demeure et demeurera une œuvre majeure dans l'univers du zombies et du survival mais aussi dans les différents états d'âme que peuvent adopter les humains lorsqu'ils vivent dans une communauté en milieu hostile et dangereux. Intelligent, réaliste, nihiliste, rythmé, Walking dead est vraiment une perle noire brute pour tous les fans de zombies.
Coup de cœur pour cette énième variation vampirique. Depuis la série Rapaces de Marini et le Dracula, le prince valaque Vlad Tepes de Pascal Croci, je n'avais pas été autant séduite par une bande-dessinée sur ce sujet. Un tome 1 prometteur qui d'entrée nous plonge dans les méandres d'un passé lointain où le vampire Nosferatu fait ses premières victimes. Quelques siècles plus tard, à Bombay, le voilà qui s'éveille à nouveau, encore plus puissant alors qu'un autre esprit vengeur a lui aussi traversé l'Histoire pensant s'être à jamais débarrassé de celui qui l'a transformé. C'est donc dans notre présent que va se jouer l'avenir de la race des vampires car tous sont aussi pourchassés surveillés par une mystérieuse organisation. Le sujet est traité avec un grand modernisme même si les fondamentaux du mythe restent présents : crucifix, pieux et lumière du jour en guise d'arme absolue. Sans doute la richesse des décors, des personnages et du scénario extrêmement dense et sombre à souhait pour un premier opus font de ce dernier un thriller fantastique - doublé d'une histoire passionnelle - absolument fascinant qu'on ne lâche qu'avec frustration. Vivement une suite rapide pour satisfaire les plus avides.
Quand la grâce s'allie à la beauté, cela donne Polina. Rarement une oeuvre n'avait été aussi puissante par une espèce de retenue de sentiments. Ne pas montrer qu'on a mal lorsqu'on teste la souplesse du mouvement.
Un dur apprentissage de la danse va commencer pour une petite fille de 6 ans déjà en compétition. On va suivre un parcours exceptionnel qui mènera de Berlin à Paris tout en démarrant dans une petite académie de danse en Russie. Un récit réaliste qui transmet une vraie émotion liée à des personnages attachants. Cela ne sera pas de tout repos dans le monde de la danse où diverses interprétations peuvent exister et s'opposer.
Polina va tout donner grâce à un professeur hors norme et d'une grande exigence. De l'effort va naître une grande ballerine reconnue internationalement ! Cette bd est à ce jour la meilleure réussite de son auteur qui a déjà tant fait parler de lui en bien ou en mal. En l'espèce, son talent explose littéralement à la figure. C'est beau et c'est mâture. Que dis-je ? C'est véritablement sublime !
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4,5/5 - Note Globale: 4.5/5
Qu'est ce que vous voulez que je dise à part paraphraser ceux qui ont déjà mis 5/5 à cette série reconnue mondialement depuis tant d'années ???
Une série à redécouvrir périodiquement, s'imprégner du mode de vie du début puis du milieu du XXe siècle me plait assez bien.
Quant à la justesse des informations géographiques, et graphiques, la richesse du lexique Hadockien, l'ingéniosité Tournesolienne, la réputation d'Hergé n'est plus à faire...
A consommer sans modération.
( 8 )
Je ne saurais trop vous recommander ce témoignage déchirant, intimiste, bouleversant et sublime d'émotion juste, qu'est "Sutures". Les mots me manquent en vérité pour en rajouter plus que cela à ce très beau moment que j'ai passé aux côtés de David Small et de sa jeunesse atrophiée. Je viens de terminer ce "cri respectueux" à six heures du matin. J'écris ces lignes à six heures onze, et tout comme David je reste sans voix. Et ne puis encore qu'écrire : "Merci infiniment !"
Existe-t-il beaucoup de séries plus inégales que Canardo ? Les meilleurs Canardo, c'est noir, drôle, romantique, grinçant, poétique, fangeux, brutal, mis en abîme, cynique, amoral, tendre, philosophique, social, politique, etc. etc. Les Canardo que j'aime moins, ce sont des polars qui ne se lisent pas trop mal mais qui sont frustrants quand on est un grand fan des meilleurs moments de la série !
Le tome 0, "Premières enquêtes", est un peu à part. Le dessin en noir et blanc, très nerveux et caricatural, est à mettre dans le même coffre aux trésors que les Idées Noires de Franquin. Les histoires courtes sont variées, absurdes, grotesques, rêveuses ou noires.
Ensuite, on a les Canardo "première génération", au moins jusqu'au tome 5, "L'Amerzone". Malgré l'intervalle temporel de 4 ans, on pourrait éventuellement y rattacher le tome 6, "La cadillac blanche". Il s'agit rarement de polars classiques. Canardo est généralement embarqué, tant bien que mal, dans une aventure qui le dépasse plus ou moins, sans toutefois qu'il soit présenté comme un anti-héros incapable : anti-héros oui, incapable pas vraiment ! Mais le pouvoir de la tragédie est souvent trop fort pour qu'un simple canard, même héros de bandes dessinées, puisse l'empêcher... Quand il y a une énigme policière, sa résolution passe presque au second plan, l'intérêt principale résidant dans les personnages, l'ambiance, les dialogues, bref tout l'univers mis en place par Sokal. Si message il y a, c'est souvent volontairement brouillé, le modèle absolu du genre étant "L'Amerzone", où le délire écologico-mystique du professeur Valembois est tout aussi convaincant que le monologue de Canardo qui s'y oppose, tout comme le sont également les songes de Carmen à la fin de l'album. Loin de discréditer l'univers, les saillies d'humour noires en renforcent au contraire l'accroche, la noire absurdité, bref une forme de réalisme outrancier.
Le virage amorcé avec "La cadillac blanche" (ah ah ah) se poursuit avec le tome 7, "L'île noyée", et continue sa lancée jusqu'au tome 9, "Le caniveau sans lune", après lequel il y a de nouveau un trou de 4 ans. Les scénarios sont plus conformes au schéma type du polar : un meurtre, une disparition ou autre événement répréhensible, puis une enquête et sa résolution. La plus-value de cette deuxième génération reste l'univers de Sokal : un traitement très personnel de l'absurdité de la guerre dans "La cadillac blanche", de la fin d'un microcosme dans "L'île noyée", des dérives de l'industrie pharmaceutique dans "Le canal de l'angoisse", des rapports entre classes sociales dans "Le caniveau sans lune".
Le tome 10, "La fille qui rêvait d'horizon", amorce la "troisième génération". La série s'ancre plus explicitement dans notre monde actuel, par exemple avec les références à peine voilées à "Alerte à Malibu" et sa Pamela Anderson. Dans le tome 11, "Un misérable petit tas de secrets", et pour la première fois dans la série *, le nom d'un pays réel est cité, l'Allemagne, et il est manifeste que l'histoire se passe en France ; de plus, et pour la première fois également, la série est explicitement située dans le temps, dans les années 1990-2000. Par la suite, les références à notre monde se multiplient.
Je regrette l'évolution de cette série. Au départ, les statuts existentiels de Canardo, des autres animaux et de l'homme n'étaient pas très clairs, et tant mieux ! Le monde des bêtes mélangeait des caractéristiques animales (les références au poulailler, aux chats d'agrément du tsar, etc.) et beaucoup d'aspects bien humains. L'homme, plus ou moins présent, était à mi-chemin entre une allégorie divine ("La Mort Douce") et un simple bougre ("Noces de brume"). Et c'était très bien d'avoir toutes ces ambiguïtés ! Au contraire, dans les tomes récents, il n'y a plus d'humains du tout et les personnages sont juste des humains avec des têtes d'animaux. Quel dommage !
Au passage, en se rapprochant de la réalité, la satire sociale est peut-être devenue plus pertinente, je ne sais pas ; mais en tout cas, je trouve qu'éclate moins la capacité de l'auteur à transfigurer le monde réel pour en créer un nouveau, plus distant, plus caricatural peut-être, et cependant - ou précisément pour ces raisons - plus apte à servir d'illustrations à ses rêves, ses blessures, ses espoirs et ses dégoûts...
Au final, une fois n'est pas coutume, voici ma note pour chacun des albums.
Première génération : 1979-1986
0 :
1 :
2 :
3 : (oups pardon)
4 :
5 : (zut, flûte et saperlotte, décidément mon clavier est enrayé)
Deuxième génération : 1990-1995
6 :
7 :
8 :
9 :
Troisième génération : 1999-présent
10 :
11 :
12 :
13 :
14 :
15 :
16 :
17 :
18 :
19 :
Au vu de ces notes, vous vous demanderez peut-être pourquoi j'attribue 5 étoiles à la série. Eh bien, tout simplement parce que "La Mort Douce" est dans le peloton de têtes des œuvres qui m'ont le plus marqué, parce que je continue à chialer comme une fontaine en lisant "L'Amerzone", parce que Raspoutine est un des gros vilains les plus réussis du monde de la BD, parce que, parce que, parce que... Donc cela ne s'applique pas à la moyenne mais aux meilleurs moments. De même, mon conseil d'achat est à nuancer : il me semble que les tomes 0 à 5 devraient figurer dans toute bd-thèque digne de ce nom ; les tomes 6 à 9 sont recommandés ; et les tomes 10 à 19, uniquement si comme moi vous avez un attachement particulier pour le plus cynique des canards.
* P.S. : C'est inexact. En réalité, la Russie est citée dans "La Marque de Raspoutine" et "Noces de Brume". Mais je me rattraperais aux branches en disant que dans ces tomes-ci, il s'agit d'une Sibérie imaginaire et même érigée en mythe, alors que dans "Un misérable petit tas de secrets", il s'agit d'une France et d'une Allemagne bien réelles.
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Bienvenue en Absurdie. Le récit de Guy Delisle est édifiant et amusant à la fois. Et c’est là tout le génie de l’auteur lorsqu’il réalise ce genre de carnet de voyage. En effet, l’artiste a l’art de nous décrire en peu de mots toute l’absurdité d’une situation sans se montrer hautain ou professoral. Il observe, compare et s’amuse, tout en gardant une certaine tendresse pour les personnages rencontrés. Le simple fait d’emporter « 1984 » comme livre de chevet en Corée du Nord donne un bon aperçu de l’humour du gaillard. Au niveau du dessin, ce n’est pas beau mais efficace ! Le trait est minimaliste mais suffisamment expressif pour saisir l’état d’esprit des personnages. Ce n’est cependant pas là que réside la force du récit… Quoique, avec un style trop fouillé, le rythme de lecture aurait sans douté été différent et, par conséquent, moins adapté à la narration enjouée de l’auteur. La narration, tiens, parlons en de la narration ! C’est de la super-glue, cette narration. Une fois la lecture entamée, pas moyen de lâcher l’objet. Drôle, vivante, elle ne surcharge pas les cases. On se dit « bon, allez, je lis encore deux, trois pages, puis j’arrête »… et on continue jusqu’au terme car il se passe toujours quelque chose d’amusant et/ou d’étonnant. Drôle et vivant, ce récit est aussi très instructif et je sors de cette lecture en ayant le sentiment d’un peu mieux connaître la Corée du Nord. Edifiant et amusant, tout en restant humain, un très grand récit ! A lire et à posséder !
Le Combat ordinaire
Le Combat ordinaire, j'en avais beaucoup entendu parler et je viens seulement de le lire. Ne faites pas comme moi, n'attendez pas plus longtemps ! Cette série est, pour moi, un chef d'oeuvre ! Le sujet qui peut paraître simple, anodin est la vie ou comment vivre avec ses angoisses, ses désirs, ses frustations, les décalages entre les attentes et la réalité, etc... Larcenet signe un bijou de sensibilité et d'introspection. J'ai apprécié le dessin très souple, les couleurs qui donnent à la BD un certain dynamisme. J'ai trouvé très intéressant l'alternance de traits entre la vie de Marco et ses angoisses et interrogations, et oui, la vie n'est pas toujours linéaire et uniforme !
Le Réducteur de vitesse
Le réducteur de vitesse est une des meilleures BD que j'ai pu lire et relire. Elle possède un certain style mais à mon avis tout à fait accessible, rien d'hyperexotique qui pourrait l'écarter de la mention BD culte, elle est sans aucun doute "très inspirée" en plus d'être inspirée d'une expérience vécue. C'est du génie de savoir placer une histoire et des personnages dans un monde particulièrement dur et cruel, parfois cauchemardesque (les énormes bateaux de guerre métalliques, des machines, les tuyaux, les fusilliers marins violents, etc..) sans tomber dans le drame absolu, le glauque, le désespérant.. Les personnages principaux portent une innocence et une humanité qui les rendent très sympathiques. Le principal personnage qui est inspiré de Blain lui même (Christophe Blain révèle dans une introduction avoir été "peintre de la marine" lors de son service militaire, et s'inspirer de son expérience pour cette histoire) est un artiste, dessinateur; un de ses compagnons de couchette avec qui il sympathise davantage, est écrivain. Il y a une volonté de préserver l'imaginaire, des aspects de l'enfance, dans un univers de guerre et de guerriers. Un univers de machines démesurées et dangereuses, mais qui peuvent aussi se révéler fragiles quand elles embarquent de jeunes gens à peine adultes, un peu innocents, un peu maladroits, à peine rebelles et pas forcément conscients de l'être (une particularité des artistes souvent) ne faisant rien d'autre que vouloir se préserver du mal de mer, éviter les corvées, la violence des fusilliers.. Et se perdre dans un bâtiment aussi gigantesque que mystérieux. (Dans l'intro Christophe Blain explique avoir choisi de dessiner plus un bateau de guerre inspiré des jouets en métal d'autrefois, qu'un bâtiment de la marine ayant existé, et ça marche). Les personnages sont assez crédibles pour qu'on puisse se sentir proche et les accompagner dans leurs péripéties. Mais on peut aussi y voir une sorte de conte. Les dessins sont simples, ils peuvent faire penser à une BD pour jeunes, mais les personnages sont expressifs, les ambiances sont bien rendues, c'est peut-être justement le côté minimaliste, le trait qui va a l'essentiel ajoute à la la force de cette œuvre. L'évocation de ce grand bateau, de ces machines, dans une forme un peu naïve, peut réveiller des ambiances et des rêveries de l'enfance un peu angoissantes, mystérieuses, ça se lit comme un rêve, il faudrait dire un mauvais rêve, mais d'où on ne souhaite pas s'échapper sans savoir comment les quelques camarades maladroits, rêveurs, et si proches de nous vont pouvoir s'en sortir, ce n'est d'ailleurs pas un cauchemar brut, il y a toujours des portes et des espoirs qui s'ouvrent. Ce n'est donc pas du masochisme de le lire et le relire, on peut l'offrir sans crainte à des adolescents comme à des adultes. Si je devais le relier à d'autres artistes je dirais Sfar, Thiriet, Hergé, disons un mélange des trois. Mais ça reste une œuvre unique et je confirme que pour moi c'est un chef-d'œuvre, une histoire à la fois simple et très forte, que l'on peut s'approprier facilement.
Foligatto
Culte ! Oui môssieur, culte ! Mais avant de faire place à une dialectique bancale, je débuterai par un pruneau tiré dans les arpions : mon avis ne vaut rien. Car dès les premières cases je fus perfidement dupé. Marabouté par le pinceau chamanique de Saint Nicolas De Crecy et son esthétisme vertigineux, absolu. Le regard halluciné, nimbant ma volonté d’un népotisme irréversible, j’édictai qu’il émanerait une théorie, une portée à toute élucubration du scénario, et que chacune serait éblouissante. En néo gold-member du club de la mauvaise foi et la partialité réunies, j’ose clamer : cet album est un chef-d’œuvre… et tout s’y défend. Ouvrez grands les yeux, laissez s’évaporer la logique. C’est l’œuvre qui vous le crie, dès la scène d’ouverture. Une église délabrée, et déjà l’on dénie Dieu. Une foule de corps mutilés, de trognes pustulées et souffreteuses s’étripant autour d’un combat de coqs, les prémices d’un théâtre violent et cruel où s’agiteront des marionnettes marginales et puantes. Et quand, au milieu du tohu-bohu, un zozo fraîchement décapité vide les lieux, l’air de rien, la clope au bec de sa caboche tenue en bandoulière, les balises s’exhibent soudainement sans équivoque : ici se joue l’absurde. Un opéra bizarre, qui méprise mes attentes, mes aspirations profondes à la clarté. Mais une étrange sensation me murmure que ce non-sens n’est qu’un apparat. En témoignent le ludisme et la richesse des facéties langagières de son bavardage, bien plus cohérent que ce qu’il laisse entrevoir. Un idiome déstructuré, symbolisme d’une communication qui s’effondre. Dans l’exposition de cette société nécrosée et iconoclaste, au cœur de ses mœurs décadentes insanes, dans l’exutoire féroce de son carnaval bigarré, je discerne tant de signes, de manières d’être et d’agir, indices qui me ramènent inexorablement à ma condition d’homme. Chercherait-on à m’enfoncer le pif dans mon caca ? Dans le miroir que tu tends, qu’essaies-tu de montrer Foligatto ? Voici le fou, l’assassin. Voici celui capable de beauté et de barbarie, de passion ou d’horreur. Voici une bête malade, voici l’être humain ? Un manifeste qui ne passerait pas sans la démesure géniale du graphisme. Chef d’orchestre de la narration, le trait kaléidoscopique interprète une symphonie visuelle baroque qui m’a avalé tout cru. Caméléon du style et de la couleur, son expressionnisme flamboyant et nauséeux s’exprime sans concession dans une outrance caricaturale, dans des représentations disgracieuses et l’exhibition de mimiques et de tares se dégustant comme autant de bourlingues en territoire Groszien. La prolifération de détails, dans des cases vomissant les objets, exprime l’étouffement, l’attachement matériel et son vide spirituel. Chaque tableau initie une allégorie picturale puissante et contraste avec la mise en scène cohérente d’une mégapole aux architectures précises et réalistes. Un retour sur terre, une identification qui s’affirme dans l’éloquence de certaines figurations du sentiment. L’inexorable tristesse qui émane du faciès figé et lunaire de Foligatto ou la confidence muette de ses souvenirs enfantins délivrent des instants particulièrement poignants et humains. Conte pernicieux irrationnel, sauvagerie lyrique ou encore poème horrifique, cette longue métaphore existentialiste en technicolor mérite qu’on lui dédie quelques acharnements. Au moins pour la simple gourmandise des mirettes, sinon pour le bonheur d’y dénicher un chemin, son chemin (attention à la hernie cérébrale). À force de relectures, je peux à présent me délecter de ses évidences, et, si quelques scènes ou répliques pataugent encore dans le brouillard, dans un acquiescement complice et faux-cul je mime la compréhension, emporté, abandonné aux émotions viscérales libérées par le dessin. Culte ! Oui môssieur, culte ! … mais vous n’êtes pas obligé de me croire.
Walking Dead
Fan depuis très longtemps des zombies et autres morts-vivants, c'est donc avec une avidité certaine que je me suis procuré les treize tomes des Walking Dead. Avec un début classique mais accrocheur, une histoire dramatique pour le héros principal et un fil rouge sur la venue des zombies sur notre planète, Walking dead s'impose d'emblée comme une œuvre majeure sur le mythe du bouffeur de chair fraîche mais aussi sur les différentes psychologies que pourraient adopter l'homme suite à un drame terrible. Le scénario peut sembler simpliste de prime abord, avec un début ressemblant étrangement à du 28 jours plus tard, puis une suite tirant sur le survival en milieu zombie. Mais Kirkman a l'intelligence de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Effectivement, le héros principal, flic de son état, va essayer de retrouver sa femme et son gosse pour les sortir de cet enfer. Il trouve alors une "colonie" de quelques personnes qui vivotent dans un coin près d'Atlanta. Si on peut être déçu par le fait qu'il y retrouve comme par hasard sa femme et son gamin, on voit très vite où veut en venir le scénariste. Petit à petit, les zombies vont disparaître de la trame principale pour ne devenir que des fantômes psychologiques qui bouffent l'existence des différents protagonistes. Jalousie, survie, loi du plus fort et du mieux armé, pétage de plombs, bref tous les symptômes du dégradation et d'une vie en communauté en milieu hostile. Mais force est de constater que le tout est très crédible et qu'en plus, les zombies sont toujours présents dans la réalité et Kirkman n'oublie pas de nous le rappeler, notamment en organisant des sorties pour les vivres ou encore quelques attaques bien sanglantes. Chaque personnage est d'une épaisseur incroyable, et possède un passé que l'on souhaite vraiment savoir. On s'attache très facilement à eux et on a vraiment envie de voir tout ce petit monde s'en sortir. Autre point fort du scénario, on n'a pas de limites. La vie est dangereuse et personne n'est épargné. Beaucoup de monde y passent et notamment les femmes et les enfants. Kirkman n'hésite pas un seule seconde à faire décapiter des jumelles par un psychopathe ou encore à faire tuer un nouveau-né. Moment fort et d'une grande puissance sentimentale malgré l'enfer environnant. Pour une fois, le mort-vivant met en exergue nos sentiments les plus noirs et les plus profonds et jouent même avec les nerfs du lecteur. Les dessins de Charlie Adlard sont relativement bien foutus. Les traits sont dynamiques, on lit bien les émotions dans les regards des personnages, et le noir et blanc sert finalement très bien la série, nous plongeant dans un gris qui surligne encore plus la tristesse et le nihilisme du récit. Les aplats de noir sont réussis et les zombies sont franchement bien foutus. De plus, on reconnait au premier coup d'œil les différents protagonistes, malgré leur nombre impressionnant. Enfin, le dessin devient de plus en plus intéressant au fil des tomes et on sent que ce jeune dessinateur maîtrise de mieux en mieux son outil. Au final, Walking dead demeure et demeurera une œuvre majeure dans l'univers du zombies et du survival mais aussi dans les différents états d'âme que peuvent adopter les humains lorsqu'ils vivent dans une communauté en milieu hostile et dangereux. Intelligent, réaliste, nihiliste, rythmé, Walking dead est vraiment une perle noire brute pour tous les fans de zombies.
Nosferatu (Soleil)
Coup de cœur pour cette énième variation vampirique. Depuis la série Rapaces de Marini et le Dracula, le prince valaque Vlad Tepes de Pascal Croci, je n'avais pas été autant séduite par une bande-dessinée sur ce sujet. Un tome 1 prometteur qui d'entrée nous plonge dans les méandres d'un passé lointain où le vampire Nosferatu fait ses premières victimes. Quelques siècles plus tard, à Bombay, le voilà qui s'éveille à nouveau, encore plus puissant alors qu'un autre esprit vengeur a lui aussi traversé l'Histoire pensant s'être à jamais débarrassé de celui qui l'a transformé. C'est donc dans notre présent que va se jouer l'avenir de la race des vampires car tous sont aussi pourchassés surveillés par une mystérieuse organisation. Le sujet est traité avec un grand modernisme même si les fondamentaux du mythe restent présents : crucifix, pieux et lumière du jour en guise d'arme absolue. Sans doute la richesse des décors, des personnages et du scénario extrêmement dense et sombre à souhait pour un premier opus font de ce dernier un thriller fantastique - doublé d'une histoire passionnelle - absolument fascinant qu'on ne lâche qu'avec frustration. Vivement une suite rapide pour satisfaire les plus avides.
Polina
Quand la grâce s'allie à la beauté, cela donne Polina. Rarement une oeuvre n'avait été aussi puissante par une espèce de retenue de sentiments. Ne pas montrer qu'on a mal lorsqu'on teste la souplesse du mouvement. Un dur apprentissage de la danse va commencer pour une petite fille de 6 ans déjà en compétition. On va suivre un parcours exceptionnel qui mènera de Berlin à Paris tout en démarrant dans une petite académie de danse en Russie. Un récit réaliste qui transmet une vraie émotion liée à des personnages attachants. Cela ne sera pas de tout repos dans le monde de la danse où diverses interprétations peuvent exister et s'opposer. Polina va tout donner grâce à un professeur hors norme et d'une grande exigence. De l'effort va naître une grande ballerine reconnue internationalement ! Cette bd est à ce jour la meilleure réussite de son auteur qui a déjà tant fait parler de lui en bien ou en mal. En l'espèce, son talent explose littéralement à la figure. C'est beau et c'est mâture. Que dis-je ? C'est véritablement sublime ! Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4,5/5 - Note Globale: 4.5/5
Les Aventures de Tintin
Qu'est ce que vous voulez que je dise à part paraphraser ceux qui ont déjà mis 5/5 à cette série reconnue mondialement depuis tant d'années ??? Une série à redécouvrir périodiquement, s'imprégner du mode de vie du début puis du milieu du XXe siècle me plait assez bien. Quant à la justesse des informations géographiques, et graphiques, la richesse du lexique Hadockien, l'ingéniosité Tournesolienne, la réputation d'Hergé n'est plus à faire... A consommer sans modération. ( 8 )
Sutures
Je ne saurais trop vous recommander ce témoignage déchirant, intimiste, bouleversant et sublime d'émotion juste, qu'est "Sutures". Les mots me manquent en vérité pour en rajouter plus que cela à ce très beau moment que j'ai passé aux côtés de David Small et de sa jeunesse atrophiée. Je viens de terminer ce "cri respectueux" à six heures du matin. J'écris ces lignes à six heures onze, et tout comme David je reste sans voix. Et ne puis encore qu'écrire : "Merci infiniment !"
Canardo
Existe-t-il beaucoup de séries plus inégales que Canardo ? Les meilleurs Canardo, c'est noir, drôle, romantique, grinçant, poétique, fangeux, brutal, mis en abîme, cynique, amoral, tendre, philosophique, social, politique, etc. etc. Les Canardo que j'aime moins, ce sont des polars qui ne se lisent pas trop mal mais qui sont frustrants quand on est un grand fan des meilleurs moments de la série ! Le tome 0, "Premières enquêtes", est un peu à part. Le dessin en noir et blanc, très nerveux et caricatural, est à mettre dans le même coffre aux trésors que les Idées Noires de Franquin. Les histoires courtes sont variées, absurdes, grotesques, rêveuses ou noires. Ensuite, on a les Canardo "première génération", au moins jusqu'au tome 5, "L'Amerzone". Malgré l'intervalle temporel de 4 ans, on pourrait éventuellement y rattacher le tome 6, "La cadillac blanche". Il s'agit rarement de polars classiques. Canardo est généralement embarqué, tant bien que mal, dans une aventure qui le dépasse plus ou moins, sans toutefois qu'il soit présenté comme un anti-héros incapable : anti-héros oui, incapable pas vraiment ! Mais le pouvoir de la tragédie est souvent trop fort pour qu'un simple canard, même héros de bandes dessinées, puisse l'empêcher... Quand il y a une énigme policière, sa résolution passe presque au second plan, l'intérêt principale résidant dans les personnages, l'ambiance, les dialogues, bref tout l'univers mis en place par Sokal. Si message il y a, c'est souvent volontairement brouillé, le modèle absolu du genre étant "L'Amerzone", où le délire écologico-mystique du professeur Valembois est tout aussi convaincant que le monologue de Canardo qui s'y oppose, tout comme le sont également les songes de Carmen à la fin de l'album. Loin de discréditer l'univers, les saillies d'humour noires en renforcent au contraire l'accroche, la noire absurdité, bref une forme de réalisme outrancier. Le virage amorcé avec "La cadillac blanche" (ah ah ah) se poursuit avec le tome 7, "L'île noyée", et continue sa lancée jusqu'au tome 9, "Le caniveau sans lune", après lequel il y a de nouveau un trou de 4 ans. Les scénarios sont plus conformes au schéma type du polar : un meurtre, une disparition ou autre événement répréhensible, puis une enquête et sa résolution. La plus-value de cette deuxième génération reste l'univers de Sokal : un traitement très personnel de l'absurdité de la guerre dans "La cadillac blanche", de la fin d'un microcosme dans "L'île noyée", des dérives de l'industrie pharmaceutique dans "Le canal de l'angoisse", des rapports entre classes sociales dans "Le caniveau sans lune". Le tome 10, "La fille qui rêvait d'horizon", amorce la "troisième génération". La série s'ancre plus explicitement dans notre monde actuel, par exemple avec les références à peine voilées à "Alerte à Malibu" et sa Pamela Anderson. Dans le tome 11, "Un misérable petit tas de secrets", et pour la première fois dans la série *, le nom d'un pays réel est cité, l'Allemagne, et il est manifeste que l'histoire se passe en France ; de plus, et pour la première fois également, la série est explicitement située dans le temps, dans les années 1990-2000. Par la suite, les références à notre monde se multiplient. Je regrette l'évolution de cette série. Au départ, les statuts existentiels de Canardo, des autres animaux et de l'homme n'étaient pas très clairs, et tant mieux ! Le monde des bêtes mélangeait des caractéristiques animales (les références au poulailler, aux chats d'agrément du tsar, etc.) et beaucoup d'aspects bien humains. L'homme, plus ou moins présent, était à mi-chemin entre une allégorie divine ("La Mort Douce") et un simple bougre ("Noces de brume"). Et c'était très bien d'avoir toutes ces ambiguïtés ! Au contraire, dans les tomes récents, il n'y a plus d'humains du tout et les personnages sont juste des humains avec des têtes d'animaux. Quel dommage ! Au passage, en se rapprochant de la réalité, la satire sociale est peut-être devenue plus pertinente, je ne sais pas ; mais en tout cas, je trouve qu'éclate moins la capacité de l'auteur à transfigurer le monde réel pour en créer un nouveau, plus distant, plus caricatural peut-être, et cependant - ou précisément pour ces raisons - plus apte à servir d'illustrations à ses rêves, ses blessures, ses espoirs et ses dégoûts... Au final, une fois n'est pas coutume, voici ma note pour chacun des albums. Première génération : 1979-1986 0 :
1 :
2 :
3 : 
(oups pardon)
4 :
5 : 
(zut, flûte et saperlotte, décidément mon clavier est enrayé)
Deuxième génération : 1990-1995
6 :
7 :
8 :
9 :
Troisième génération : 1999-présent
10 :
11 :
12 :
13 :
14 :
15 :
16 :
17 :
18 :
19 :
Au vu de ces notes, vous vous demanderez peut-être pourquoi j'attribue 5 étoiles à la série. Eh bien, tout simplement parce que "La Mort Douce" est dans le peloton de têtes des œuvres qui m'ont le plus marqué, parce que je continue à chialer comme une fontaine en lisant "L'Amerzone", parce que Raspoutine est un des gros vilains les plus réussis du monde de la BD, parce que, parce que, parce que... Donc cela ne s'applique pas à la moyenne mais aux meilleurs moments. De même, mon conseil d'achat est à nuancer : il me semble que les tomes 0 à 5 devraient figurer dans toute bd-thèque digne de ce nom ; les tomes 6 à 9 sont recommandés ; et les tomes 10 à 19, uniquement si comme moi vous avez un attachement particulier pour le plus cynique des canards.
* P.S. : C'est inexact. En réalité, la Russie est citée dans "La Marque de Raspoutine" et "Noces de Brume". Mais je me rattraperais aux branches en disant que dans ces tomes-ci, il s'agit d'une Sibérie imaginaire et même érigée en mythe, alors que dans "Un misérable petit tas de secrets", il s'agit d'une France et d'une Allemagne bien réelles.