Pour mon 2000 ème avis sur ce site qui compte beaucoup pour moi et qui m'a permis de découvrir des bandes dessinées que je n'aurais sans doute jamais lues, je devais choisir une œuvre particulière. J'ai pris cette vieille bande dessinée québécoise des années 70 et cela pourrait paraître étrange aux yeux d'un européen, mais publier un album de bande dessinée d'origine québécoise était plutôt rare à l'époque. Il faudra attendre les années 80 et surtout les années 90 pour que cela devienne commun.
De plus, il porte la mention numéro 1 donc il semblerait que les auteurs avaient prévu une suite qui n'a jamais vu le jour. C'est dommage parce que la série avait un certain potentiel. Les deux personnages principaux manquent un peu de personnalité, mais ils me sont sympathiques.
Ce premier et unique tome, 'On a volé la coupe Stanley', est intéressant car il met en scène le club de hockey des Canadiens de Montréal dans leur dernier âge d'or. Ils ont gagné la coupe en 1971, 1973 et de 1976 a 1979. Ensuite, ils n'ont gagné la coupe qu'en 1986 et 1993 et depuis c'est la traversée du désert avec des moments lamentables. Cette histoire permet donc de replonger dans une époque désormais révolue et qui rend nostalgiques les fans de ce club de hockey.
D'ailleurs, c'est tout le Québec des années 1970 que l'on retrouve dans cet album. En effet, le dessinateur Girerd était caricaturiste au journal La Presse (et il me semble que le scénariste Arsene était le pseudonyme d'un journaliste de ce journal) et on retrouve non seulement les joueurs du Canadien de l'époque, mais aussi des politiciens (Robert Bourassa, Pierre-Elliot Trudeau, Jean Drapeau, René Lévesque) et des commentateurs sportifs et peut-être d'autres personnalités publiques dont je n'ai pas remarqué la présence.
Il y a donc des références qu'un lecteur français ou belge ne comprendrait pas, bien que certains éléments de la société québécoise de l'époque soient plutôt universels (je pense notamment à la représentation de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite).
Hormis la nostalgie que peut représenter le scénario, celui-ci est pas mal. Les blagues m'ont fait rigoler et l'intrigue est bien maîtrisée bien que de nos jours cela pourrait paraître un peu naïf. Comme je l'ai écrit plus haut, Berri et Demontigny n'ont pas une personnalité forte, mais ils ont l'air terriblement sympathiques.
Le dessin de Girerd est très bon. Cela manque parfois un peu de décors, mais globalement c'est réussi. Les caricatures sont excellentes, normal puisqu'il est caricaturiste, j'aime bien les couleurs et ses personnages ont un visage sympathique. Il a parfois un peu de difficulté lorsque ses personnages sont en mouvement, mais ce n'est pas trop grave.
Au final, on a droit à une œuvre sympathique qui ne mérite peut-être pas la cote culte, mais je trouve que dans son genre c'est culte et je lui donne donc cette note de toute façon purement subjective. De plus, chaque fois que je lis cette histoire j'éprouve le même plaisir intact, comme si je ne connaissais pas ce que j'allais lire et que je découvrais tout pour la première fois. Ce n'est pas un sentiment que je ressens souvent à la relecture d'un album. Cela n'arrive généralement qu'avec les œuvres que je trouve... cultes. Je ne conseille pas l'achat car je ne sais pas si un européen va aimer cet album et de toute façon je ne sais même pas si c'est trouvable en France ou en Belgique, mais ça existe pour priceminister et bedetheque donc j'imagine que ce n'est pas un truc complètement inconnu.
Sinon, un grand merci pour ce site, ses membres et surtout son administrateur responsable de l'existence de ce site dédié au 9ème art !
Aaah Le Troisième Testament… c’est LA série qui m’a redonné le plaisir à l’époque de lire cet art qu’est la bande dessinée (oui parce que Tintin, Gaston ou Leonard ça va bien 5mn mais à la longue...). C’est aussi la bd qui a révélé Xavier Dorison (scénario) et Alex Alice (dessin) qui ont fait du chemin depuis et ils sortaient d’emblée une série annoncée comme culte dès sa sortie alors qu’il s’agissait quasiment de leur première œuvre respectif.
Je ne vais pas écrire un énième résumé sur l’histoire du Troisième Testament, d’autres l’ont fait avant moi mais ce que je peux dire c’est qu’il s’agit sûrement de la meilleure bd parue dans le genre ésotérisme. La comparaison avec le film « Le nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud est surfaite car on n’est pas du tout dans une sorte de thriller au moyen-âge. Les auteurs s’en sont inspirés peut-être pour le côté Sean Connery du personnage principal mais la différence s’arrête là.
Je ne suis pas trop d’accord non plus avec ceux qui critiquent négativement parce que c’est une série qui se lie dans « son ensemble ». Bin, j’ai envie de répondre oui et non parce que même pris séparément, les 4 albums se valent, le dessin et les couleurs sont superbes et le scénario parvient à tenir en haleine jusqu’à la fin de chaque album et on a qu’une envie, c’est de lire la suite. Et puis forcément que c’est une série qui se lie dans son ensemble puisqu’elle est faite pour tenir sur 4 albums ; comme énormément de séries qui ont un scénario un peu complexe, donc bon… :P
Pour ceux qui ne connaissent pas mais qui sont tentés parce qu’ils l’ont un peu feuilleté je conseille direct l’achat en version intégrale que l’on peut trouver à un prix raisonnable sur le net (je ne parle pas de la version Glénat 40 ans introuvable).
En relisant les règles de BDthèque, on peut noter que l'avis 5/5 est réservé aux BD qui marquent véritablement le monde de la BD.
En regardant à nouveau mes avis, j'ai aperçu que pour les deux autres BD de Larcenet, j'avais mis 5/5. Et finalement, même en essayant de mettre moins, je mets encore un 5/5 à cette BD.
Pourquoi ?
Bonne question. Objectivement, on ne peut qu'admirer les dessins de cet opus, qui sont, comme souvent avec Larcenet, un véritable régal. Tout en noir et blanc, plein de noirceur ou plein de blancheur, tout comme Presque. Ce dessin est le support parfait de l'histoire.
Car oui, l'histoire de cette BD est quelque peu déroutante. Muette, faite de grands dessins en pleine page ou en deux cases par pages, en format à l'italienne, elle déroute même après plusieurs lectures.
Ici, Larcenet aborde à nouveau des thèmes qui le touchent profondément, comme dans d'autres BD : le père, l'artiste, le monde et la violence, les gens, le rêve. Ces thèmes plusieurs fois déclinés se retrouvent ici enrobés par un conte animalier d'un ton très noir.
Et Larcenet arrive encore à vous captiver malgré cette "rediffusion". Est-ce par la forme du récit ? Par son ton variable qui vous réjouit le coeur avant de vous replonger dans un état dépressif ? Est-ce par ce ton muet qui vous fait entendre des choses inexistantes ?
Je ne sais pas ... mais qu'est-ce que ça m'a plu.
Cette BD, c'est typiquement du Larcenet pourrait-on dire. Du style de dessin aux thèmes, on retrouve fortement l'empreinte de l'auteur de Presque. Et comme pour ce dernier, j'ai été touché par le récit.
De plus, ce récit peut se relire maintes fois sans problème. On peut toujours en tirer des idées, des sensations, des interprétations.
Pour moi, un 5/5 à nouveau mérité, pour une BD et surtout un auteur qui marque de son empreinte la bande-dessinée contemporaine.
Une lecture fortement recommandée.
Attention, chef-d'oeuvre !
Si vous pensez que les auteurs manquent d'imagination et déclinent à tour de cases des références toujours plus galvaudées les unes que les autres, si vous avez envie d'associer autre chose que des super-héros au terme de "comics", si vous aimez frissonner et surtout être totalement surpris, alors Locke & key est pour vous. C'est sans conteste la bande-dessinée fantastique la plus originale de ces dernières années ! Joe Hill et Gabriel Rodriguez ont créé un univers à la fois fascinant et étrange. Exploitant le thème de la maison hantée, ils le renouvellent complètement à un point que sans spoiler la BD, il est difficile de trop en dire.
Néanmoins, il va bien falloir quand même vous mettre un peu l'eau à la bouche...
Commençons par le commencement : les couvertures. Déjà rien qu'avec elles, surtout celles du tome 1 et 3 (dans la publication française), on a envie d'entrer dans les comics. Ce manoir sur fond de ciel enflammé (tome 1) et cette mystérieuse clé à tête de mort vous hypnotise. Inutile de lire la quatrième de couverture, déjà vous accédez à une préface signée Robert Crais qui vous parle de Joe Hill et vous convainc encore plus de l'utilité de passer la prochaine porte (page), celle devant laquelle un paillasson vous souhaite la bienvenue (à Lovecraft).
Ensuite vous ne lâcherez plus l'ouvrage, enchaînerez sur le second puis le troisième et pesterez, parce que le quatrième n'est pas encore sorti... Une frustration assurée par la qualité exceptionnelle du scénario et du graphisme. Car Joe Hill, à qui l'on doit déjà le recueil de nouvelles Fantômes, histoires troubles et le roman La costume du mort, a de qui tenir. Elevé dans le culte du fantastique grâce à un père qui n'est autre que le grand maître de l'horreur Stephen King (et oui !), il a su malgré ça inventer son propre univers, complètement distinct. Le fils de... n'a rien à prouver, c'est déjà un maître en devenir dont d'autres auteurs se réclameront sans doute un jour. Gabriel Rodriguez, lui, illustre magnifiquement cette histoire avec un style clair et lumineux.
D'entrée, on est capté par la couleur, les plans, le rythme. Présent, passé s'entrecroisent sans perturber la lecture. Immédiatement, les personnages mis en place vous parlent, vous interpellent. Qu'il s'agisse des membres de la famille Locke, de Sam Lesser, le psychopathe, ou du mystérieux Dodge, vous allez très vite les aimer ou les détester mais tout est fait pour que vous vous y attachiez. C'est sans doute une bonne part du succès de cette BD : l'empathie qui est générée pour les héros. Personnages d'âges différents (du petit enfant de 6 ans à l'adulte en passant par les ados) qui du coup sensibiliseront autant les plus jeunes lecteurs (attention quand même, c'est assez violent, donc disons à partir de 12/13 ans) que les adultes bien avisés. Première prouesse.
Deuxième atout, et pas des moindres : la maison. Keyhouse, un personnage à elle seule, et un nom prédestiné, puisque l'intrigue principale tourne autour d'une quête : réunir un maximum de clés cachées dans ce manoir et dont les serrures, une fois ouvertes, débouchent sur d'autres univers ou déclenchent des pouvoirs inattendus sur ceux qui les utilisent. Hill et Rodriguez ont imaginé toute une mythologie autour de ces clés qui évidemment ne va se dévoiler qu'au fur et à mesure que ces dernières sont découvertes. Et c'est sans compter une entité, un être diabolique, manipulateur, qui cherchera à s'en emparer en premier, mais Dieu seul sait ce que la réunion de ce trousseau déclenchera... Le tome 3, plus sombre, puisqu'il joue avec les ''Ombres'', prend une dimension superbement gothique.
Publiée aux USA en fascicules mensuels, la série touche bientôt à sa fin. Les auteurs ont même créé un opus spécial : Guide des clés connues. Les éditions Milady ont réuni en recueil chacun de ceux qui constituent un acte entier (1 recueil compte 6 opus). En fin de recueils, on retrouve des galeries d'illustrations somptueuses de Rodriguez et une partie du fameux guide des clés y est intégré en rapport avec celles déjà découvertes.
A noter qu'outre les nombreux prix ou les nombreuses nominations qu'ont eu ce comics et ses auteurs, une série télévisée a été amorcée. Plusieurs grands noms de la production ont été évoqués, Dreamworks, Steven Spielberg... mais finalement, seul le pilote a été tourné (voir la bande-annonce ci-dessous). Parmi les actrices, on retrouve la très gothique Ksenia Solo (Kenzi dans la série TV Lost Girl) dans le rôle de Dodge. Il semble pour l'instant que le projet ait été avorté en raison des coûts de production trop élevés et que la plupart des grosses chaînes américaines se soient retirées.
Néanmoins, il faut de toute façon commencer par le comics. Vous ne le regretterez pas.
lien vers la bande annonce
Ayant attrapé un genre d’allergie aggravée envers les polars dont les scénarios ont du mal dorénavant à me surprendre, la note maximale se justifie amplement pour « Sin City » car je n’ai pas pu lâcher la série avant la fin, et même si au détail je ne pourrai mettre la note culte à chacun, c’est un tout indissociable (ou presque). J’ai adoré cet univers à l’air épais et lourd, peuplé de gonzesses fabuleuses et de mâles couillus ou minables, quand ils ne sont pas mentalement défaillants.
Frank Miller nous présente des nanas bouillonnantes, débordantes de classe, aux corps divins et au caractère bien trempé (gare aux cons et à leurs couilles), là où la plupart des B.D. dans le même exercice n’arrivent qu’à verser dans une vulgarité consternante. Les mecs ne sont pas en reste, Marv ! (putain Marv j’adore !), Dwight ou encore Le Chevelu, sont charmants, attachants et très agréables à regarder dans ce noir et blanc qui les met en valeur, malgré leurs cicatrices ou leurs gueules bosselées après une bonne bastonnade.
Les histoires en elles-mêmes ne sont pas extraordinaires mais leur narration désabusée et acide, la façon dont-elles sont menées à grands coups poings, de mitraille ou de savants coups de sabre, l’originalité de cette ville décadente, le bagout des personnages et le graphisme tout simplement fabuleux, donnent à ce polar une ambiance glauque et paradoxalement apaisante, tout comme la violence qui s’y trouve telle une règle du jeu indispensable et un élément fort du récit. On est dans la surenchère à bien des niveaux, mais c'est foutrement bon.
Tome 1 : « Sin City », un premier tome parfait à tous les niveaux, où l’on fait la connaissance de Marv, dommage qu’il ne soit pas plus présent dans les autres tomes.
Tome 2 : « J’ai tué pour elle », un peu classique côté scénario mais les personnages font toute la différence.
Tome 3 : « Le grand carnage », le tome où l’on côtoie le plus la vieille ville et ses habitantes, une pure délectation, comme sont titre l’indique c'est une véritable tuerie, un tome jouissif tout à fait dans mes goûts.
Tome 4 : « Cet enfant de salaud » ne m’a pas du tout touchée, l’histoire tarde à se mettre en place, l’apparition d’une mioche qui risque de ce faire violer mais qui est sauvée in extremis, m’agace. L’ambiance est là, mais c’est le seul tome que personnellement j’exclue de la série. Et puis l’apport de ce jaune cocu, quelles horreur !
Tome 5 : « Valeurs familiale », un peu moins bon niveau scénario mais le personnage de Miho a fait mon bonheur.
Tome 6 : « Des filles et des flingues » étant composé d’histoires courtes, on y trouve de tout du bon et du moins bon et n'est pas vraiment indispensable, par contre j’ai adoré les scènes enneigées, sublimes de beauté.
Tome 7 : « L’enfer du retour », un très bon dernier tome, presque un peu à part au niveau de l’histoire, étant moins reliée aux autres, les personnages sont tout aussi intéressants à suivre que ceux des premiers tomes et l’ajout d’une touche de couleur est intéressante.
Si vous voulez bien me pardonner cette expression populaire, Walking dead, c'est une tuerie ! Et je m'étonne encore de m'y être attachée moi qui ai toujours détesté les zombies. J'ai bien tenté de regarder quelques films cultes (dont quelques navets... quelques fois, mais qui ont marqué les grandes heures du cinéma d'horreur et dont je vous épargne la longue liste) comme La nuit des morts-vivants de Romero (un classique) ou plus récemment, 28 jours plus tard de Danny Boyle>. Mais il aura fallu un livre (War World Z de Max Brooks) et un comics, dont nous parlons ici, pour que je trouve en la figure du zombie quelque chose intellectuellement plus transcendant que les boucheries grand-guignolesques de nos amis cinéastes des années 70-80.
L'intérêt, je le trouve dans l'approche psychologique faite des gens qui sont confrontés à un monde en mutation dans lequel ils ne sont que des victimes en sursis, des survivants mal-en-point, terrorisés, affaiblis, ou au contraire de nouveaux héros, leaders en puissance ou dictateurs à l'échelle des petits groupes qu'ils protègent, manipulent, asservissent. Toute la palette des horreurs et des épreuves que peuvent endurer certains hommes, tous les actes de bravoure, de courage, d'affection qui se révèlent là où on ne les attend pas, tout ça constitue l'univers terrifiant de Walking dead. Les zombies ? Ils sont une métaphore de tous les dangers qui peuvent anéantir l'humanité. Ils sont à la fois virus, pandémie, guerre nucléaire, tremblement de terre, ils sont les voyous qui vous agressent le soir en rentrant chez vous, ils sont la maladie qui décime vos proches, ils sont le conducteur ivre qui vous rend infirme, ils sont le danger, la peur, les risques absolus. Désormais, le zombie prend une dimension différente : l'humanité et sa survie déprendra de sa capacité à gérer le danger.
Le scénario de Robert Kirkman tend complètement dans ce sens et tout en mixant violence, survie et psychologie, il traite avec parcimonie du deuil, du libre arbitre, du suicide, du passage de l'enfance à l'adolescence, de confiance, de racisme, d'identité sexuelle, d'amitié, de (re)construction psychologique ou matérielle, de folie, de la foi, des paradoxes intérieurs etc. etc. Rien n'est laissé au hasard. Pas un seul personnage n'est inutile. Certains, d'abord en second plan, finissent sous les feux de la rampe pour le meilleur, comme le pire. D'autres que l'on croyait partis pour "durer", sont rapidement éjectés du groupe ou victimes des "rôdeurs". Certains suivront leur propre voie, d'autres développeront des compétences inattendues. Hommes, femmes, enfants, blancs, noirs, asiatiques, riches ou pauvres (ce qui n'a plus de sens au moment du récit), vieux ou jeunes, tout le monde se retrouve à égalité devant le danger. Même le plus fort peut se retrouver surpris et mordus d'autres, plus faibles et couards, s'en sortiront toujours. Robert Kirkman force le respect en sachant jouer de la roulette du destin.
On est donc constamment sous tension, ne sachant pas d'une page à l'autre qui va disparaître, tomber malade, voire se tuer bêtement. Les scènes de violence n'ont d'égales que la qualité du scénario qui les enrobe. Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Certains actes ultra violents paraîtront encore plus insupportables s'ils sont promulgués par des "gentils". Les vrais méchants eux, n'auront que notre mépris et notre dégoût alors qu'on pourra ressentir de la pitié pour les premiers. Le lecteur est clairement la première victime de ces enchaînements de paradoxes psychologiques auxquels les héros sont confrontés d'autant qu'il apparaît ainsi que la violence bestiale des morts-vivants est presque bien moins dérangeante que celle engendrée par les humains entre eux ou contre les zombies.
Le dessin de Charlie Adlard est bien évidemment la clé de voûte de l'ambiance si particulière de Walking dead. Entièrement en noir et blanc, il se décline en des cases les plus variées les unes que les autres : de la case traditionnelle on passe à des pleines pages incroyables ; certaines cases de bas ou de haut de page utilisent l'intégralité de la double page imposant une lecture des cases en-dessous également sur de la double page ; on a droit aussi souvent à des successions de trois cases identiques, symbolisant, l'immobilité, la prostration, que seul un infime détail de la troisième case la distingue des deux premières.
Je ne développerai pas trop sur la série télévisée tirée du comics, toutefois, je préciserai que cette adaptation est très libre et que s'en contenter serait sacrilège. Certes, certains passages sont renforcés à l'écran (la scène de la grange dans la saison 02 par exemple) mais il se passe tellement plus de choses dans le comics que je ne peux que vous conseiller sa lecture avant même de vous aventurer à regarder la série.
Voilà donc une série qui marquera sûrement un tournant dans ma vision de la BD américaine, loin des super-héros costumés de chez Marvel. Je ne sais pas si vous vous laisserez embarquer dans cette aventure terrifiante dont personne ne sait si le lecteur sera épargné. Une chose est sûre après 15 tomes déjà parus, la demande ne se relâche pas. Espérons juste que le scénariste saura aussi s'arrêter à temps avant de sombrer dans une routine éditoriale qui pourrait signer le désintérêt des passionnés de la première heure.
Je viens de me replonger dans l'intégralité de la série, et quel pied.
J'ai abordé cette série il y a quelques années (disons 2/3 décennies) et je n'en avais retiré alors qu'une lecture trop superficielle. Et je n'avais pas su, trop jeune, me dépatouiller de ce mélange onirico-SF-historique-fantasy.
En reprenant la série aujourd'hui, je me suis véritablement régalé.
Bien évidemment, la qualité du dessin permet de plonger dans chaque tome avec gourmandise, mais c'est en se faisant une idée très générale de l'oeuvre qu'on l'apprécie le plus. C'est comme si une 30aine de petites toiles "réussies" faisaient, en se reculant, une fresque génialissime. La complexité du monde créé, les implications et retours nombreux vers le background de l'enfant des étoiles, la justesse de chaque nouvelle pierre posée à l'édifice, c'est du grand art. On découvre certains tomes avec une petite baisse d'intensité dans la lecture (je pense aux historiettes de l'enfant des étoiles et de Aaricia) puis, au détour d'un album ultérieur, les références refont surface. On se replonge alors avec plaisir dans les tomes "délaissés". Je trouve que les auteurs ont su trouver le moyen scénaristique pour que nous utilisions tous les chemins de traverse entre les tomes, à notre convenance, comme une toile d'araignée dont nous emprunterions les différents fils à notre guise, le tout sans perdre le fil, l'intérêt...
Du tout bon.
Comme je l'ai dit, il y a des tomes plus ou moins réussis à titre individuel mais qui ont un impact réel sur l'oeuvre globale et c'est en ce sens qu'il faut la regarder.
Mon fils de 9 ans vient de plonger dedans (le "cycle" des Archers et du pays Qâ avec la jolie Kriss) et il est scotché. Comme quoi le temps n'a pas de prise non plus sur l'oeuvre. Magnifique.
165 avis et une série déjà classée comme culte, à quoi pourrait bien servir mon avis ?
A rien du tout, j'en ai conscience : il n'y a plus lieu de convaincre là où la célébrité méritée parle d'elle même...
Ah si, Carne y sangre, je sais à quoi pourrait bien servir mon avis !!! A témoigner de ma gratitude !!!
Merci à vous, auteurs de cette magnifique série intelligente et imaginative !!!
Merci de redonner au lecteur ce simple plaisir du texte, de lui faire profiter de ce soin méticuleux jusqu'aux intérieurs de couverture, de l'ébahir sur ces joutes verbales ahurissantes et délirantes, de lui rappeler tout cet héritage littéraire immense, et de le transporter dans des aventures rocambolesques tenant ce même lecteur captif (et ô combien heureux de l'être) de sa lecture !!!
Et quel talent de nous faire nous sentir tout à la fois dans une pièce de théâtre, dans un roman, dans de la poésie, le tout au travers d'une BD qui peut prétendre fièrement en défendre le genre !
C'est un croc !… C'est une cape !… Que dis-je, c'est une cape ?… C'est De Cape et de Crocs ! Et tant pis si c'était facile ou déjà fait, l'ivresse de ma lecture à peine achevée sera mon excuse !
J'ai failli mettre 4/5. La légère baisse de tension du dernier opus "Charleston" m'y a fait hésiter.
Je laisse néanmoins la cote maximale car je crois que les auteurs sont parvenus avec cette série à faire la chose la plus difficile qui soit : faire une histoire captivante avec... rien !
Il n'y a pas de héros, encore moins de super-héros, pas de suspense artificiel, pas de "méchants", pas de sorcellerie à la noix, pas de mobile, pas de faille spatio-temporelle, pas de technologie démentielle plus qu'improbable, pas de créature délirante, bref aucun des artifices nécessaires à tout mauvais scénariste en mal d'imagination pour parvenir à tout de même accoucher d'une histoire !
Ici, rien de tout cela, il n'y a... rien. Ou presque rien. Seulement la quiétude quotidienne d'une petit village assez reculé du Québec.
Et la prouesse extraordinaire de cette réalisation est que l'on ne s'ennuie jamais à la lecture, avec des protagonistes très attachants, issus de cette communauté très quelconque.
Le graphisme est beau beau beau ; le fini ciselé de Tripp passant sur le bouillonnement de Loisel, le tout surmonté de belle couleurs chatoyantes, c'est grandiose !
Il faut un peu de temps pour se familiariser avec les expressions locales, mais une fois cela acquis, que du bonheur à la lecture.
On suit les aventures de Vera, une belle jeune femme, au bout du monde pour retrouver son frère jumeau qu'elle n'a jamais connu et dont elle apprend l'existence à la mort de son père. Au travers de ses missions humanitaires en tant qu'infirmière, cette fille de gitan part à la recherche de ses origines. On accompagne volontiers l'héroïne dans ses voyages non seulement géographiques mais également dans ses voyages intérieurs.
L'intrigue est fort bien menée et les différents tomes vont s'avérer plus passionnant les uns que les autres. Différents thèmes y sont évoqués de manière crédible : le piratage des mers, la vie dans les bidonvilles, les missions humanitaires, le conflit en Afghanistan... Le fil conducteur demeure toujours la recherche du frère.
Nous passons un très bon moment de lecture servi par des dessins corrects assez réalistes. Il faut dire que l'héroïne est très attachante. Véra figure également parmi mes préférés car elle véhicule beaucoup d'humanité avec ses doutes et ses qualités dont la générosité. :8
Finesse du dessin et du scénario, beauté des couleurs, profondeur du personnage principal : cette BD ne manque pas d’atouts! Ce récit est plein de vie et surtout imprégné d'humanité. Il y a ce quelque chose d’indéfinissable qui a fait pencher la balance dans le bon sens du tout ce que j’aime dans la bd. Généralement, je suis plutôt grand public. Avec ce titre, c’est plus intimiste. Je vous recommande chaudement la lecture de cette série. Vous pourriez très vite y trouver votre compte.
Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
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Les enquêtes de Berri et Demontigny
Pour mon 2000 ème avis sur ce site qui compte beaucoup pour moi et qui m'a permis de découvrir des bandes dessinées que je n'aurais sans doute jamais lues, je devais choisir une œuvre particulière. J'ai pris cette vieille bande dessinée québécoise des années 70 et cela pourrait paraître étrange aux yeux d'un européen, mais publier un album de bande dessinée d'origine québécoise était plutôt rare à l'époque. Il faudra attendre les années 80 et surtout les années 90 pour que cela devienne commun. De plus, il porte la mention numéro 1 donc il semblerait que les auteurs avaient prévu une suite qui n'a jamais vu le jour. C'est dommage parce que la série avait un certain potentiel. Les deux personnages principaux manquent un peu de personnalité, mais ils me sont sympathiques. Ce premier et unique tome, 'On a volé la coupe Stanley', est intéressant car il met en scène le club de hockey des Canadiens de Montréal dans leur dernier âge d'or. Ils ont gagné la coupe en 1971, 1973 et de 1976 a 1979. Ensuite, ils n'ont gagné la coupe qu'en 1986 et 1993 et depuis c'est la traversée du désert avec des moments lamentables. Cette histoire permet donc de replonger dans une époque désormais révolue et qui rend nostalgiques les fans de ce club de hockey. D'ailleurs, c'est tout le Québec des années 1970 que l'on retrouve dans cet album. En effet, le dessinateur Girerd était caricaturiste au journal La Presse (et il me semble que le scénariste Arsene était le pseudonyme d'un journaliste de ce journal) et on retrouve non seulement les joueurs du Canadien de l'époque, mais aussi des politiciens (Robert Bourassa, Pierre-Elliot Trudeau, Jean Drapeau, René Lévesque) et des commentateurs sportifs et peut-être d'autres personnalités publiques dont je n'ai pas remarqué la présence. Il y a donc des références qu'un lecteur français ou belge ne comprendrait pas, bien que certains éléments de la société québécoise de l'époque soient plutôt universels (je pense notamment à la représentation de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite). Hormis la nostalgie que peut représenter le scénario, celui-ci est pas mal. Les blagues m'ont fait rigoler et l'intrigue est bien maîtrisée bien que de nos jours cela pourrait paraître un peu naïf. Comme je l'ai écrit plus haut, Berri et Demontigny n'ont pas une personnalité forte, mais ils ont l'air terriblement sympathiques. Le dessin de Girerd est très bon. Cela manque parfois un peu de décors, mais globalement c'est réussi. Les caricatures sont excellentes, normal puisqu'il est caricaturiste, j'aime bien les couleurs et ses personnages ont un visage sympathique. Il a parfois un peu de difficulté lorsque ses personnages sont en mouvement, mais ce n'est pas trop grave. Au final, on a droit à une œuvre sympathique qui ne mérite peut-être pas la cote culte, mais je trouve que dans son genre c'est culte et je lui donne donc cette note de toute façon purement subjective. De plus, chaque fois que je lis cette histoire j'éprouve le même plaisir intact, comme si je ne connaissais pas ce que j'allais lire et que je découvrais tout pour la première fois. Ce n'est pas un sentiment que je ressens souvent à la relecture d'un album. Cela n'arrive généralement qu'avec les œuvres que je trouve... cultes. Je ne conseille pas l'achat car je ne sais pas si un européen va aimer cet album et de toute façon je ne sais même pas si c'est trouvable en France ou en Belgique, mais ça existe pour priceminister et bedetheque donc j'imagine que ce n'est pas un truc complètement inconnu. Sinon, un grand merci pour ce site, ses membres et surtout son administrateur responsable de l'existence de ce site dédié au 9ème art !
Le Troisième Testament
Aaah Le Troisième Testament… c’est LA série qui m’a redonné le plaisir à l’époque de lire cet art qu’est la bande dessinée (oui parce que Tintin, Gaston ou Leonard ça va bien 5mn mais à la longue...). C’est aussi la bd qui a révélé Xavier Dorison (scénario) et Alex Alice (dessin) qui ont fait du chemin depuis et ils sortaient d’emblée une série annoncée comme culte dès sa sortie alors qu’il s’agissait quasiment de leur première œuvre respectif. Je ne vais pas écrire un énième résumé sur l’histoire du Troisième Testament, d’autres l’ont fait avant moi mais ce que je peux dire c’est qu’il s’agit sûrement de la meilleure bd parue dans le genre ésotérisme. La comparaison avec le film « Le nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud est surfaite car on n’est pas du tout dans une sorte de thriller au moyen-âge. Les auteurs s’en sont inspirés peut-être pour le côté Sean Connery du personnage principal mais la différence s’arrête là. Je ne suis pas trop d’accord non plus avec ceux qui critiquent négativement parce que c’est une série qui se lie dans « son ensemble ». Bin, j’ai envie de répondre oui et non parce que même pris séparément, les 4 albums se valent, le dessin et les couleurs sont superbes et le scénario parvient à tenir en haleine jusqu’à la fin de chaque album et on a qu’une envie, c’est de lire la suite. Et puis forcément que c’est une série qui se lie dans son ensemble puisqu’elle est faite pour tenir sur 4 albums ; comme énormément de séries qui ont un scénario un peu complexe, donc bon… :P Pour ceux qui ne connaissent pas mais qui sont tentés parce qu’ils l’ont un peu feuilleté je conseille direct l’achat en version intégrale que l’on peut trouver à un prix raisonnable sur le net (je ne parle pas de la version Glénat 40 ans introuvable).
Ex Abrupto
En relisant les règles de BDthèque, on peut noter que l'avis 5/5 est réservé aux BD qui marquent véritablement le monde de la BD. En regardant à nouveau mes avis, j'ai aperçu que pour les deux autres BD de Larcenet, j'avais mis 5/5. Et finalement, même en essayant de mettre moins, je mets encore un 5/5 à cette BD. Pourquoi ? Bonne question. Objectivement, on ne peut qu'admirer les dessins de cet opus, qui sont, comme souvent avec Larcenet, un véritable régal. Tout en noir et blanc, plein de noirceur ou plein de blancheur, tout comme Presque. Ce dessin est le support parfait de l'histoire. Car oui, l'histoire de cette BD est quelque peu déroutante. Muette, faite de grands dessins en pleine page ou en deux cases par pages, en format à l'italienne, elle déroute même après plusieurs lectures. Ici, Larcenet aborde à nouveau des thèmes qui le touchent profondément, comme dans d'autres BD : le père, l'artiste, le monde et la violence, les gens, le rêve. Ces thèmes plusieurs fois déclinés se retrouvent ici enrobés par un conte animalier d'un ton très noir. Et Larcenet arrive encore à vous captiver malgré cette "rediffusion". Est-ce par la forme du récit ? Par son ton variable qui vous réjouit le coeur avant de vous replonger dans un état dépressif ? Est-ce par ce ton muet qui vous fait entendre des choses inexistantes ? Je ne sais pas ... mais qu'est-ce que ça m'a plu. Cette BD, c'est typiquement du Larcenet pourrait-on dire. Du style de dessin aux thèmes, on retrouve fortement l'empreinte de l'auteur de Presque. Et comme pour ce dernier, j'ai été touché par le récit. De plus, ce récit peut se relire maintes fois sans problème. On peut toujours en tirer des idées, des sensations, des interprétations. Pour moi, un 5/5 à nouveau mérité, pour une BD et surtout un auteur qui marque de son empreinte la bande-dessinée contemporaine. Une lecture fortement recommandée.
Locke & Key
Attention, chef-d'oeuvre ! Si vous pensez que les auteurs manquent d'imagination et déclinent à tour de cases des références toujours plus galvaudées les unes que les autres, si vous avez envie d'associer autre chose que des super-héros au terme de "comics", si vous aimez frissonner et surtout être totalement surpris, alors Locke & key est pour vous. C'est sans conteste la bande-dessinée fantastique la plus originale de ces dernières années ! Joe Hill et Gabriel Rodriguez ont créé un univers à la fois fascinant et étrange. Exploitant le thème de la maison hantée, ils le renouvellent complètement à un point que sans spoiler la BD, il est difficile de trop en dire. Néanmoins, il va bien falloir quand même vous mettre un peu l'eau à la bouche... Commençons par le commencement : les couvertures. Déjà rien qu'avec elles, surtout celles du tome 1 et 3 (dans la publication française), on a envie d'entrer dans les comics. Ce manoir sur fond de ciel enflammé (tome 1) et cette mystérieuse clé à tête de mort vous hypnotise. Inutile de lire la quatrième de couverture, déjà vous accédez à une préface signée Robert Crais qui vous parle de Joe Hill et vous convainc encore plus de l'utilité de passer la prochaine porte (page), celle devant laquelle un paillasson vous souhaite la bienvenue (à Lovecraft). Ensuite vous ne lâcherez plus l'ouvrage, enchaînerez sur le second puis le troisième et pesterez, parce que le quatrième n'est pas encore sorti... Une frustration assurée par la qualité exceptionnelle du scénario et du graphisme. Car Joe Hill, à qui l'on doit déjà le recueil de nouvelles Fantômes, histoires troubles et le roman La costume du mort, a de qui tenir. Elevé dans le culte du fantastique grâce à un père qui n'est autre que le grand maître de l'horreur Stephen King (et oui !), il a su malgré ça inventer son propre univers, complètement distinct. Le fils de... n'a rien à prouver, c'est déjà un maître en devenir dont d'autres auteurs se réclameront sans doute un jour. Gabriel Rodriguez, lui, illustre magnifiquement cette histoire avec un style clair et lumineux. D'entrée, on est capté par la couleur, les plans, le rythme. Présent, passé s'entrecroisent sans perturber la lecture. Immédiatement, les personnages mis en place vous parlent, vous interpellent. Qu'il s'agisse des membres de la famille Locke, de Sam Lesser, le psychopathe, ou du mystérieux Dodge, vous allez très vite les aimer ou les détester mais tout est fait pour que vous vous y attachiez. C'est sans doute une bonne part du succès de cette BD : l'empathie qui est générée pour les héros. Personnages d'âges différents (du petit enfant de 6 ans à l'adulte en passant par les ados) qui du coup sensibiliseront autant les plus jeunes lecteurs (attention quand même, c'est assez violent, donc disons à partir de 12/13 ans) que les adultes bien avisés. Première prouesse. Deuxième atout, et pas des moindres : la maison. Keyhouse, un personnage à elle seule, et un nom prédestiné, puisque l'intrigue principale tourne autour d'une quête : réunir un maximum de clés cachées dans ce manoir et dont les serrures, une fois ouvertes, débouchent sur d'autres univers ou déclenchent des pouvoirs inattendus sur ceux qui les utilisent. Hill et Rodriguez ont imaginé toute une mythologie autour de ces clés qui évidemment ne va se dévoiler qu'au fur et à mesure que ces dernières sont découvertes. Et c'est sans compter une entité, un être diabolique, manipulateur, qui cherchera à s'en emparer en premier, mais Dieu seul sait ce que la réunion de ce trousseau déclenchera... Le tome 3, plus sombre, puisqu'il joue avec les ''Ombres'', prend une dimension superbement gothique. Publiée aux USA en fascicules mensuels, la série touche bientôt à sa fin. Les auteurs ont même créé un opus spécial : Guide des clés connues. Les éditions Milady ont réuni en recueil chacun de ceux qui constituent un acte entier (1 recueil compte 6 opus). En fin de recueils, on retrouve des galeries d'illustrations somptueuses de Rodriguez et une partie du fameux guide des clés y est intégré en rapport avec celles déjà découvertes. A noter qu'outre les nombreux prix ou les nombreuses nominations qu'ont eu ce comics et ses auteurs, une série télévisée a été amorcée. Plusieurs grands noms de la production ont été évoqués, Dreamworks, Steven Spielberg... mais finalement, seul le pilote a été tourné (voir la bande-annonce ci-dessous). Parmi les actrices, on retrouve la très gothique Ksenia Solo (Kenzi dans la série TV Lost Girl) dans le rôle de Dodge. Il semble pour l'instant que le projet ait été avorté en raison des coûts de production trop élevés et que la plupart des grosses chaînes américaines se soient retirées. Néanmoins, il faut de toute façon commencer par le comics. Vous ne le regretterez pas. lien vers la bande annonce
Sin City
Ayant attrapé un genre d’allergie aggravée envers les polars dont les scénarios ont du mal dorénavant à me surprendre, la note maximale se justifie amplement pour « Sin City » car je n’ai pas pu lâcher la série avant la fin, et même si au détail je ne pourrai mettre la note culte à chacun, c’est un tout indissociable (ou presque). J’ai adoré cet univers à l’air épais et lourd, peuplé de gonzesses fabuleuses et de mâles couillus ou minables, quand ils ne sont pas mentalement défaillants. Frank Miller nous présente des nanas bouillonnantes, débordantes de classe, aux corps divins et au caractère bien trempé (gare aux cons et à leurs couilles), là où la plupart des B.D. dans le même exercice n’arrivent qu’à verser dans une vulgarité consternante. Les mecs ne sont pas en reste, Marv ! (putain Marv j’adore !), Dwight ou encore Le Chevelu, sont charmants, attachants et très agréables à regarder dans ce noir et blanc qui les met en valeur, malgré leurs cicatrices ou leurs gueules bosselées après une bonne bastonnade. Les histoires en elles-mêmes ne sont pas extraordinaires mais leur narration désabusée et acide, la façon dont-elles sont menées à grands coups poings, de mitraille ou de savants coups de sabre, l’originalité de cette ville décadente, le bagout des personnages et le graphisme tout simplement fabuleux, donnent à ce polar une ambiance glauque et paradoxalement apaisante, tout comme la violence qui s’y trouve telle une règle du jeu indispensable et un élément fort du récit. On est dans la surenchère à bien des niveaux, mais c'est foutrement bon. Tome 1 :
« Sin City », un premier tome parfait à tous les niveaux, où l’on fait la connaissance de Marv, dommage qu’il ne soit pas plus présent dans les autres tomes.
Tome 2 :
« J’ai tué pour elle », un peu classique côté scénario mais les personnages font toute la différence.
Tome 3 :
« Le grand carnage », le tome où l’on côtoie le plus la vieille ville et ses habitantes, une pure délectation, comme sont titre l’indique c'est une véritable tuerie, un tome jouissif tout à fait dans mes goûts.
Tome 4 :
« Cet enfant de salaud » ne m’a pas du tout touchée, l’histoire tarde à se mettre en place, l’apparition d’une mioche qui risque de ce faire violer mais qui est sauvée in extremis, m’agace. L’ambiance est là, mais c’est le seul tome que personnellement j’exclue de la série. Et puis l’apport de ce jaune cocu, quelles horreur !
Tome 5 :
« Valeurs familiale », un peu moins bon niveau scénario mais le personnage de Miho a fait mon bonheur.
Tome 6 :
« Des filles et des flingues » étant composé d’histoires courtes, on y trouve de tout du bon et du moins bon et n'est pas vraiment indispensable, par contre j’ai adoré les scènes enneigées, sublimes de beauté.
Tome 7 :
« L’enfer du retour », un très bon dernier tome, presque un peu à part au niveau de l’histoire, étant moins reliée aux autres, les personnages sont tout aussi intéressants à suivre que ceux des premiers tomes et l’ajout d’une touche de couleur est intéressante.
Walking Dead
Si vous voulez bien me pardonner cette expression populaire, Walking dead, c'est une tuerie ! Et je m'étonne encore de m'y être attachée moi qui ai toujours détesté les zombies. J'ai bien tenté de regarder quelques films cultes (dont quelques navets... quelques fois, mais qui ont marqué les grandes heures du cinéma d'horreur et dont je vous épargne la longue liste) comme La nuit des morts-vivants de Romero (un classique) ou plus récemment, 28 jours plus tard de Danny Boyle>. Mais il aura fallu un livre (War World Z de Max Brooks) et un comics, dont nous parlons ici, pour que je trouve en la figure du zombie quelque chose intellectuellement plus transcendant que les boucheries grand-guignolesques de nos amis cinéastes des années 70-80. L'intérêt, je le trouve dans l'approche psychologique faite des gens qui sont confrontés à un monde en mutation dans lequel ils ne sont que des victimes en sursis, des survivants mal-en-point, terrorisés, affaiblis, ou au contraire de nouveaux héros, leaders en puissance ou dictateurs à l'échelle des petits groupes qu'ils protègent, manipulent, asservissent. Toute la palette des horreurs et des épreuves que peuvent endurer certains hommes, tous les actes de bravoure, de courage, d'affection qui se révèlent là où on ne les attend pas, tout ça constitue l'univers terrifiant de Walking dead. Les zombies ? Ils sont une métaphore de tous les dangers qui peuvent anéantir l'humanité. Ils sont à la fois virus, pandémie, guerre nucléaire, tremblement de terre, ils sont les voyous qui vous agressent le soir en rentrant chez vous, ils sont la maladie qui décime vos proches, ils sont le conducteur ivre qui vous rend infirme, ils sont le danger, la peur, les risques absolus. Désormais, le zombie prend une dimension différente : l'humanité et sa survie déprendra de sa capacité à gérer le danger. Le scénario de Robert Kirkman tend complètement dans ce sens et tout en mixant violence, survie et psychologie, il traite avec parcimonie du deuil, du libre arbitre, du suicide, du passage de l'enfance à l'adolescence, de confiance, de racisme, d'identité sexuelle, d'amitié, de (re)construction psychologique ou matérielle, de folie, de la foi, des paradoxes intérieurs etc. etc. Rien n'est laissé au hasard. Pas un seul personnage n'est inutile. Certains, d'abord en second plan, finissent sous les feux de la rampe pour le meilleur, comme le pire. D'autres que l'on croyait partis pour "durer", sont rapidement éjectés du groupe ou victimes des "rôdeurs". Certains suivront leur propre voie, d'autres développeront des compétences inattendues. Hommes, femmes, enfants, blancs, noirs, asiatiques, riches ou pauvres (ce qui n'a plus de sens au moment du récit), vieux ou jeunes, tout le monde se retrouve à égalité devant le danger. Même le plus fort peut se retrouver surpris et mordus d'autres, plus faibles et couards, s'en sortiront toujours. Robert Kirkman force le respect en sachant jouer de la roulette du destin. On est donc constamment sous tension, ne sachant pas d'une page à l'autre qui va disparaître, tomber malade, voire se tuer bêtement. Les scènes de violence n'ont d'égales que la qualité du scénario qui les enrobe. Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Certains actes ultra violents paraîtront encore plus insupportables s'ils sont promulgués par des "gentils". Les vrais méchants eux, n'auront que notre mépris et notre dégoût alors qu'on pourra ressentir de la pitié pour les premiers. Le lecteur est clairement la première victime de ces enchaînements de paradoxes psychologiques auxquels les héros sont confrontés d'autant qu'il apparaît ainsi que la violence bestiale des morts-vivants est presque bien moins dérangeante que celle engendrée par les humains entre eux ou contre les zombies. Le dessin de Charlie Adlard est bien évidemment la clé de voûte de l'ambiance si particulière de Walking dead. Entièrement en noir et blanc, il se décline en des cases les plus variées les unes que les autres : de la case traditionnelle on passe à des pleines pages incroyables ; certaines cases de bas ou de haut de page utilisent l'intégralité de la double page imposant une lecture des cases en-dessous également sur de la double page ; on a droit aussi souvent à des successions de trois cases identiques, symbolisant, l'immobilité, la prostration, que seul un infime détail de la troisième case la distingue des deux premières. Je ne développerai pas trop sur la série télévisée tirée du comics, toutefois, je préciserai que cette adaptation est très libre et que s'en contenter serait sacrilège. Certes, certains passages sont renforcés à l'écran (la scène de la grange dans la saison 02 par exemple) mais il se passe tellement plus de choses dans le comics que je ne peux que vous conseiller sa lecture avant même de vous aventurer à regarder la série. Voilà donc une série qui marquera sûrement un tournant dans ma vision de la BD américaine, loin des super-héros costumés de chez Marvel. Je ne sais pas si vous vous laisserez embarquer dans cette aventure terrifiante dont personne ne sait si le lecteur sera épargné. Une chose est sûre après 15 tomes déjà parus, la demande ne se relâche pas. Espérons juste que le scénariste saura aussi s'arrêter à temps avant de sombrer dans une routine éditoriale qui pourrait signer le désintérêt des passionnés de la première heure.
Thorgal
Je viens de me replonger dans l'intégralité de la série, et quel pied. J'ai abordé cette série il y a quelques années (disons 2/3 décennies) et je n'en avais retiré alors qu'une lecture trop superficielle. Et je n'avais pas su, trop jeune, me dépatouiller de ce mélange onirico-SF-historique-fantasy. En reprenant la série aujourd'hui, je me suis véritablement régalé. Bien évidemment, la qualité du dessin permet de plonger dans chaque tome avec gourmandise, mais c'est en se faisant une idée très générale de l'oeuvre qu'on l'apprécie le plus. C'est comme si une 30aine de petites toiles "réussies" faisaient, en se reculant, une fresque génialissime. La complexité du monde créé, les implications et retours nombreux vers le background de l'enfant des étoiles, la justesse de chaque nouvelle pierre posée à l'édifice, c'est du grand art. On découvre certains tomes avec une petite baisse d'intensité dans la lecture (je pense aux historiettes de l'enfant des étoiles et de Aaricia) puis, au détour d'un album ultérieur, les références refont surface. On se replonge alors avec plaisir dans les tomes "délaissés". Je trouve que les auteurs ont su trouver le moyen scénaristique pour que nous utilisions tous les chemins de traverse entre les tomes, à notre convenance, comme une toile d'araignée dont nous emprunterions les différents fils à notre guise, le tout sans perdre le fil, l'intérêt... Du tout bon. Comme je l'ai dit, il y a des tomes plus ou moins réussis à titre individuel mais qui ont un impact réel sur l'oeuvre globale et c'est en ce sens qu'il faut la regarder. Mon fils de 9 ans vient de plonger dedans (le "cycle" des Archers et du pays Qâ avec la jolie Kriss) et il est scotché. Comme quoi le temps n'a pas de prise non plus sur l'oeuvre. Magnifique.
De Cape et de Crocs
165 avis et une série déjà classée comme culte, à quoi pourrait bien servir mon avis ? A rien du tout, j'en ai conscience : il n'y a plus lieu de convaincre là où la célébrité méritée parle d'elle même... Ah si, Carne y sangre, je sais à quoi pourrait bien servir mon avis !!! A témoigner de ma gratitude !!! Merci à vous, auteurs de cette magnifique série intelligente et imaginative !!! Merci de redonner au lecteur ce simple plaisir du texte, de lui faire profiter de ce soin méticuleux jusqu'aux intérieurs de couverture, de l'ébahir sur ces joutes verbales ahurissantes et délirantes, de lui rappeler tout cet héritage littéraire immense, et de le transporter dans des aventures rocambolesques tenant ce même lecteur captif (et ô combien heureux de l'être) de sa lecture !!! Et quel talent de nous faire nous sentir tout à la fois dans une pièce de théâtre, dans un roman, dans de la poésie, le tout au travers d'une BD qui peut prétendre fièrement en défendre le genre ! C'est un croc !… C'est une cape !… Que dis-je, c'est une cape ?… C'est De Cape et de Crocs ! Et tant pis si c'était facile ou déjà fait, l'ivresse de ma lecture à peine achevée sera mon excuse !
Magasin général
J'ai failli mettre 4/5. La légère baisse de tension du dernier opus "Charleston" m'y a fait hésiter. Je laisse néanmoins la cote maximale car je crois que les auteurs sont parvenus avec cette série à faire la chose la plus difficile qui soit : faire une histoire captivante avec... rien ! Il n'y a pas de héros, encore moins de super-héros, pas de suspense artificiel, pas de "méchants", pas de sorcellerie à la noix, pas de mobile, pas de faille spatio-temporelle, pas de technologie démentielle plus qu'improbable, pas de créature délirante, bref aucun des artifices nécessaires à tout mauvais scénariste en mal d'imagination pour parvenir à tout de même accoucher d'une histoire ! Ici, rien de tout cela, il n'y a... rien. Ou presque rien. Seulement la quiétude quotidienne d'une petit village assez reculé du Québec. Et la prouesse extraordinaire de cette réalisation est que l'on ne s'ennuie jamais à la lecture, avec des protagonistes très attachants, issus de cette communauté très quelconque. Le graphisme est beau beau beau ; le fini ciselé de Tripp passant sur le bouillonnement de Loisel, le tout surmonté de belle couleurs chatoyantes, c'est grandiose ! Il faut un peu de temps pour se familiariser avec les expressions locales, mais une fois cela acquis, que du bonheur à la lecture.
El Niño
On suit les aventures de Vera, une belle jeune femme, au bout du monde pour retrouver son frère jumeau qu'elle n'a jamais connu et dont elle apprend l'existence à la mort de son père. Au travers de ses missions humanitaires en tant qu'infirmière, cette fille de gitan part à la recherche de ses origines. On accompagne volontiers l'héroïne dans ses voyages non seulement géographiques mais également dans ses voyages intérieurs. L'intrigue est fort bien menée et les différents tomes vont s'avérer plus passionnant les uns que les autres. Différents thèmes y sont évoqués de manière crédible : le piratage des mers, la vie dans les bidonvilles, les missions humanitaires, le conflit en Afghanistan... Le fil conducteur demeure toujours la recherche du frère. Nous passons un très bon moment de lecture servi par des dessins corrects assez réalistes. Il faut dire que l'héroïne est très attachante. Véra figure également parmi mes préférés car elle véhicule beaucoup d'humanité avec ses doutes et ses qualités dont la générosité. :8 Finesse du dessin et du scénario, beauté des couleurs, profondeur du personnage principal : cette BD ne manque pas d’atouts! Ce récit est plein de vie et surtout imprégné d'humanité. Il y a ce quelque chose d’indéfinissable qui a fait pencher la balance dans le bon sens du tout ce que j’aime dans la bd. Généralement, je suis plutôt grand public. Avec ce titre, c’est plus intimiste. Je vous recommande chaudement la lecture de cette série. Vous pourriez très vite y trouver votre compte. Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5