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Couverture de la série Servitude
Servitude

Un mot : superbe! Je ne suis pas un grand fan d'héroic-fantasy (les dragons, les nains ivrognes, les elfes impeccables, les orques dégoûtants... ça commence à bien faire). Mais là j'avoue avoir pris une claque. Scénaristiquement tout d'abord, la magie est présente, les esprits, les dragons, les géants... on en parle mais on les voit peu. Nous ne souffrons donc pas d'une overdose de sortilèges et de boules de feux à chaque page. Les drekkars par exemple, on les voit furtivement au cours du premier tome. Avant la lecture du deuxième album, j'avais imaginé ce qu'aurait pu être leur civilisation mais j'étais bien loin d'en imaginer sa complexité. Voila une belle preuve d'intelligence du scénariste qui, avec des bases connues, arrive à nous créer un univers original. Graphiquement, c'est vrai que certains visage se ressemblent, c'est vrai également qu'il n'y a pas beaucoup de couleurs, mais que dire du souci des détails ? On se surprend à contempler la finesse d'une cote de maille, l'architecture de la passe des drekkars est oppressante, on en arrive à sentir le bois et l'entendre grincer. Que dire de la scène d'embuscade du roi sur le pont ? L'ajout des lexiques en fin d'albums sont des éléments supplémentaires qui viennent enrichir la compréhension et l'implication du lecteur. Voici une série que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire et à relire.

16/10/2012 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Habibi
Habibi

Après le superbe Blankets, je n’imaginais pas que Craig Thompson puisse faire mieux… et pourtant c’est le cas avec cet autre pavé, encore plus épais (665 pages). Si pour moi Blankets représente l’archétype du roman graphique, je dirais qu’avec Habibi, Thompson a inventé la formule idéale du « roman graphique picaresque ». Que dire, c’est tout simplement époustouflant, tant au niveau de l’histoire que du graphisme, encore plus poussé. L’auteur s’est littéralement surpassé, son trait élégant semble avoir fusionné avec l’Art islamique traditionnel, intégrant un luxe incroyable de détails (on reste abasourdi devant ces frises et motifs orientaux qui n’ont clairement pas été trafiqués par ordinateur). La mise en page est toujours surprenante et souligne judicieusement le contexte. C’est du grand art, et une fois encore, le noir et blanc se suffit largement à lui-même. L’histoire est complexe, alternant flashbacks, références bibliques et coraniques, évocation des légendes et poèmes orientaux, digressions sur la calligraphie arabe et ses aspects symboliques, avec des ouvertures vers la science et l’ésotérisme. Mais Thompson réussit pourtant, par une alchimie subtile, à faire tenir tout ça debout. Certes on ne rentre pas dans cette histoire comme dans un moulin, et il m’a fallu moi-même quelques pages pour m’habituer à ce mode de récit, mais une fois passé le cap, quel délice ! Il s’agit d’un conte épique et débridé, où l’auteur ne s’interdit aucun thème ni aucune représentation. Entre Blankets et Habibi, le lieu de l’action (Midwest américain et terre orientale indéfinie) et le genre (autobiographie et conte) diffèrent, mais on y retrouve les mêmes questionnements philosophiques et religieux, sur l’amour, le couple et la sexualité. Et malgré les nombreuses références à la religion, il n’y a aucune trace de bigoterie dans cette démarche : l’humour et les scènes de sexe (parfois tendres et sensuelles, parfois dures et rebutantes) viennent souvent équilibrer le propos. S’ajoutent à cela des préoccupations écologiques qui contemporanisent l’ouvrage. Si ce récit à la fois actuel et intemporel recèle un message humaniste de portée universelle, il est aussi un très bel hommage à la civilisation arabe, où l’auteur nous fait apprécier la beauté et la subtilité de son art, notamment la calligraphie qui tient une place très importante tout au long du livre. Il faudrait plusieurs lectures pour en absorber toute la richesse, mais en ce qui me concerne, ma vision d’occidental lambda en a été indéniablement modifiée, et il a fallu que ce soit grâce à un Américain ! Cette culture, malgré sa proximité géographique avec l’Europe, reste au final assez méconnue et toujours en proie aux préjugés. Et cela ne s’applique pas seulement à l’électorat perméable aux discours racistes. Craig Thompson a vraiment placé la barre très haut avec cet Habibi, qui pour moi tient à la fois du chef d’œuvre et du coup de cœur.

14/10/2012 (modifier)
Par hkirua
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Hard Boiled
Hard Boiled

Excellent ! C'est ce qui ressort après la lecture de ce comics ! Dans une société où les humains vivent avec les robots, un collecteur d'impôts va se questionner sur sa nature, son identité au travers d'une géante course-poursuite dans un monde aux allures cyberpunk ! L'histoire est intéressante, c'est super bourrin, super sanglant ! Avec un gun surdimensionné et (il faut le dire) pas mal de sexe. Notre héros est badass à souhait et ne se laisse pas démonter (loin de là) ! Les dessins fourmillent de détails, on a l'impression de faire face à des planches de "où est Charlie ?" en version trash (le frigidaire qui contient un cadavre de gosse, les gens qui baisent en plein milieu de la rue, le mec qui pousse le rasta sur les rails du métro), donc bien vivante ! Ça se lit assez vite donc prenez le temps de décortiquer ces pages ! Cela vous rallongera le plaisir de cette lecture ! un très bon frank miller que j'ai au moins autant aimé que Dark Knight Returns !

12/10/2012 (modifier)
Par hkirua
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Wolverine - Old Man Logan
Wolverine - Old Man Logan

Tout simplement culte ! L’action prend place dans un futur où les supervilains ont pris le contrôle tandis que les superhéros ont disparu il y a de cela plusieurs années : pourquoi ? Comment ? Mark Millar va nous apporter les réponses au fil des pages et à travers quelques scènes CULTISSIMES. Un Wolverine très torturé qui va se révéler à lui-même dans un univers post-apocalyptique au travers d'un road trip à travers les USA ! Très bien mené, avec ces successions de flashbacks délivrés au compte-goutte, qui nous incitent à tourner les pages encore et encore ! Les dessins sont bien faits et notre Wolverine est complétement charismatique ! Foncez c'est un incontournable ! Une des meilleures histoires de Mark Millar !

11/10/2012 (modifier)
Par Sejy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un printemps à Tchernobyl
Un printemps à Tchernobyl

Regard oblique. Vision biaisée d’un no man’s land au temps suspendu. Sensation indésirable de plénitude. L’auteur peste, témoin impuissant à retranscrire l’horreur du désastre. Pourtant dans ses doutes, son agacement à ne pouvoir exhiber que le voile de splendeur idyllique jeté sur les stigmates de la catastrophe, Emmanuel Lepage fait mal, très mal. La beauté... La beauté ? Omniprésente. Pernicieuse. Dans ses représentations humaines. Dans les rencontres avec les habitants. Dans le plaisir de petits instants festifs, tentatives de réconciliation avec la réalité. Dans la tristesse de leurs histoires troublantes. Dans la joie des enfants, des visages accueillants. Dans l’évocation de valeurs admirables, la mémoire de ces héros improvisés, instantanés, et de leurs sacrifices. La beauté, encore… Dans le défi, la provocation du monstre, comme un nouveau rite initiatique : « tu n’es pas un homme si tu n’es pas allé dans la zone ! » Dans cette fatalité orgueilleuse, arrogante, souvent pour forcer l’optimisme, mais presque déplacée : « Allez, viens ! Viens avec moi goûter la radiation ! Juste cinq minutes ! Viens sentir la langue coller à ton palais ! Quitter Tchernobyl sans avoir goûté à la radioactivité, c'est un pêché ! » Précieuse, fragile, forte, indomptable, présomptueuse, la marche de la vie doit reprendre ses droits. Nécessairement, involontairement, inconsciemment, on se dupe comme on se rassure : « vas-y, fais le con tant que tu veux, de toute façon, tu vois, tu te relèves toujours ! ». Premier message, menteur crédule. La beauté partout… Dans la grisaille, la poésie funèbre de Pripiat. Dans l’immobilisme, le silence pétrifiant d’une cité fantôme, dans le recueillement religieux provoqué par ses cimetières de véhicules, ses bâtiments vides de vie. Dans la mélancolie d’objets survivants. Un meuble, un jouet abandonné charriant de bouleversants nœuds à la gorge. Dans une terre anéantie qui parade en explosions indécentes de couleurs. La beauté horrible… Dans les tableaux sublimes de paysages ressuscités hurlant que la planète " se fout " totalement de ce que l'on peut lui faire subir. Dans les panoramas bucoliques de la zone contaminée qui jettent à la face d’homo sapiens « je suis encore plus belle sans toi ! » ou dans les chiffres d’un compteur dosimètre lui signifiant qu’il n’est plus le bienvenu. Elle se remettra. À l’échelle de l’univers, le temps pour guérir des blessures infligées sera toujours insignifiant. La vie est miracle aux seuls yeux des hommes, à l’échelle de l’univers c’est une péripétie. Chaque outrage fait à la terre n’est qu’un outrage au genre humain. Nous sommes des locataires de passage, et, dans notre entêtement, nous laissons le bail expirer un peu plus chaque jour. Voilà un second message : le constat effroyable et percutant de notre insignifiance. Bien reçu monsieur Lepage !

10/10/2012 (modifier)
Par Yannis
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Il était une fois en France
Il était une fois en France

Dans le vaste choix qui s'offre sur le thème de la Seconde Guerre mondiale, Il était une fois en France restera comme une référence. On nous invite à suivre le parcours de Joseph Joanovici, juif roumain émigré en France, qui va faire fortune dans la récupération de métaux. On a à faire à un entrepreneur pur et dur qui n'en a cure de la politique. Le problème c'est que pendant l'occupation il va fricoter avec les nazis. Et c'est là que l'on trouve tout le génie de Nury. En effet, Joanovici est un arriviste qui profite de la situation pour s'enrichir. Dans le même temps, c'est un père de famille qui assure la survie de sa famille à une période où être juif signifie la mort. Il ménage les deux côtés et sait retourner sa veste quand il faut pour survivre. On déteste le personnage et pourtant on arrive à lui trouver des circonstances atténuantes. Psychologiquement les auteurs ont, je pense, bien cerné l'âme humaine qui loin de tout manichéisme est faite d'ambiguité et d'égoïsme. Le dessin sert très bien l'histoire et je trouve allège un peu le propos en donnant des gueules aux personnages secondaires. Achetez la série elle est tout simplement démentielle.

09/10/2012 (modifier)
Par herve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un printemps à Tchernobyl
Un printemps à Tchernobyl

Depuis des années, je suis un inconditionnel d'Emmanuel Lepage, et le tournant qu'il a pris dans sa carrière avec Voyage aux îles de la Désolation, qui fut pour moi la bd de l'année 2011, m'enchante. Avec ce nouveau carnet de voyage, ou encore ce deuxième documentaire en bande dessinée, Emmanuel Lepage nous offre un formidable livre. Graphiquement, c'est grandiose, on prend une claque quasiment à chaque page, avec des doubles pages à vous couper le souffle. L'univers post apocalyptique de Tchernobyl est fort bien décrit avec des images que nous avons tous vues à la télévision, comme cette grande roue abandonnée dans Pripiat, ville, censée être le fleuron du communisme. Lepage nous confie ses doutes sur la façon de témoigner d'une catastrophe alors que les habitants revenus sur place semblent heureux et que la nature luxuriante reprend sa place sur le béton :"Aurais-je pu imaginer de tels moments à Tchernobyl, au coeur d'un désastre dont j'étais venu dessiner l'horreur". En effet, aux dessins de décors désolés, gris, de villes fantômes, succèdent parfois des scènes plus bucoliques, et de joie comme ces enfants qui jouent, tout près de la zone interdite. Un témoignage fort, parfois émouvant mais surtout admirablement construit et dessiné. Tout comme Voyage aux îles de la Désolation, cette bande dessinée fait partie des livres que l'on relit avec plaisir. Un incontournable de cette année 2012

06/10/2012 (modifier)
Par Gaston
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Al Crane
Al Crane

Al Crane faisait partie des séries que je voulais lire depuis longtemps et je fus très content lorsque j'ai finalement eu la chance de lire cette série. Je ne fus pas du tout déçu par ce que j'ai lu. Tout d'abord, le dessin d’Alexis, un génial dessinateur mort trop tôt, est absolument superbe. Une des forces de son humour est que le décalage entre le réalisme de son dessin et le ridicule des situations qu'il dessine rend l'histoire encore plus drôle. En fait, au premier abord on pourrait presque croire que c'est un western normal ! Les scénarii de Lauzier sont excellents et vraiment différents de ce que j'ai lu de lui. L'humour est très noir avec des noirs qui se font traiter de sale nègres et des femmes qui ne servent qu'à se faire violer. Ce n'est pas un humour qui plaira à tous car cela va parfois très loin dans la méchanceté. Certains pourraient aussi penser qu'à force les auteurs tournent en rond, mais moi j'ai trouvé que les auteurs se renouvelaient bien et c'est avec plaisir que je mets la note maximum à cette série car cela faisait longtemps que je n'avais pas autant rigolé en lisant une bande dessinée. J'ai même relu certains gags plusieurs fois de suite.

06/10/2012 (modifier)
Par Chéreau
Note: 5/5
Couverture de la série Les Dingodossiers
Les Dingodossiers

Voilà une série que je cite dans plusieurs notices et que je n'avais pas encore notée ! Tout a été dit dans les précédentes critiques sur la collaboration fructueuse entre deux futurs monstres sacrés de la BD : Goscinny, alors en pleine période Astérix et redac'chef de Pilote, et le jeune Gotlib, au talent en herbe mais déjà gigantesque. Au delà de la drôlerie de ces pastilles d'une double page, qui explorent les travers de leur époque avec autant d’éclectisme que d'humour absurde, les Dingodossiers ont véritablement créé un genre. Ils ont fait sortir la BD de l'âge du feuilleton, des histoires héroïques à épisode, pour en faire a la fois un miroir déformant tourné vers son époque, rendant ainsi possible, par la suite, une BD plus adulte, et un outil exploratoire, un laboratoire narratif, qui permettra, quelques années plus tard, toutes les audaces visuelles. Côté Goscinny, les Dingodossiers sont dans la ligne du Petit Nicolas, d'autant plus drôle qu'il est écrit au premier degré, ou des manuels de savoir-vivre à l'usage des lycéens que sont "le Potache est servi" et "la Potachologie", petits chefs d'œuvre d'humour pince sans rire où Goscinny laisse libre cours à son talent pour brosser des caractères. Côté Gotlib, les Dingodossiers préfigurent la Rubrique à Brac, qui n'aura qu'à pousser à son extrême le plaisir du délire visuel et du récit abracadabrant construit comme une mécanique d'horlogerie.

03/10/2012 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série Pinocchio (Winshluss)
Pinocchio (Winshluss)

Oh comme c'est noir ! Oh comme c'est méchant ! Oh comme j'ai aimé ça ! Winschluss fait vraiment très fort avec ce livre. Ce conte moderne, détournement de conte ancien, est une pure merveille. Tant au niveau de l'histoire que des personnages, de la morale, du graphisme, de la construction et de l'humour. Winschluss, avec son humour habituel, croque une société, mais en la passant au vitriol. Tout ce qui peut être critiqué ou pointé du doigt l'est. Sans pour autant que cela ne choque dans l'histoire et en respectant (grosso modo) la trame première du conte de Carlo Collodi. Le trait est sublime, Winschluss alternant différents styles, parfois assez moche et crade, parfois avec des dessins en une page finalement pas mal du tout voir assez beau, et les passages avec Jimminy -métamorphosé pour l'occasion- en noir et blanc. Cette alternance est franchement bien faite et permet de ne pas être lassé par un style. Et que dire de la morale de cette BD. Car finalement, je pense qu'il y en a plusieurs, mais ça c'est au lecteur de se faire la sienne (surtout que je ne suis pas sur d'avoir tout bien compris). Mais cette œuvre fait vraiment réfléchir, et la fin de l'histoire avec Pinocchio m'a troublé. Je crois surtout que se dégage une dénonciation de la connerie humaine sous toute ses formes. De ce côté là, Pinocchio, robot mécanique, est finalement le seul épargné. Enfin, je dois dire que j'ai adoré les multiples clin d'oeil, tant aux autres comptes qu'a des choses réels. J'ai particulièrement aimé la réécriture de Blanche-neige, qui ne manque franchement pas de culot, mais qui est particulièrement génial. Bref, une histoire savoureuse aux multiples interprétations, des personnages hauts en couleur, un trait savoureux et des passages magnifiques, de la philosophie de bistrot ou plus profonde, Pinocchio est véritablement une œuvre superbe. Je pense qu'elle vaut largement le 5/5 et je conseille à tout le monde de se la procurer (surtout que des réeditions sont en cours). Un immanquable certain dont je garde encore la moral de Jimminy en tête : "Les riches deviennent de plus en plus riche et les pauvres de plus en plus con".

03/10/2012 (modifier)