Difficile de parler de cette série sans trop en dire, ou pas assez. Les dessins sont très beaux, l'intrigue nous mène par le bout du nez, des yeux, là où Bajram voulait nous mener, à coup de citations bibliques.
Peut-être pas le scénario le plus original, mais dès la première lecture (je l'ai lue trois fois en entier), j'ai été embarqué et n'ai pu m'arrêter avant la fin. Je ne sais plus si ni où j'ai pu lire une interview de Bajram où il disait, il y a longtemps, avoir déjà matière à une suite. Cela fait rêver... et puis non, la peur de la déception, enfin un réflexe con, sûrement.
En tout cas, je me joins aux très nombreux avis qui recommandent achat et lecture de ce qui constitue un "immanquable" du genre - dont on peut ne pas être friand, mais si c'est le cas, n'hésitez pas à vous plonger dans cet univers ! Quel plaisir !
Très bonne bd ! L'univers et l'ambiance des mille et une nuits sont présents, l'histoire est captivante, les personnages aussi. Le dessin est chaleureux, notamment ceux de Bagdad en plein soir avec les souks bien retranscrits. On s'y croirait !! C'est beau c'est bon c'est génial. Je mets volontiers 5/5 tellement j'aime cet univers.
Cela fait un moment que j'ai remarqué cette série, bien avant sa sortie et je l'attendais impatiemment. 6 tomes racontant l'histoire de 6 personnages qui ne se connaissent pas, qui n'ont rien en commun et pourtant...
Le pitch fait envie, le dessin aussi. Je le trouve vraiment superbe, c'est un mélange assez réussi de plusieurs éléments et pour cause : au lieu d'avoir un dessinateur différent par tome, ils se sont partagé le boulot. Un au story board, un pour les décors, un pour les personnages, un pour la couleur. L'alchimie prend super bien, l'homogénéité de l'ensemble est assurée et le résultat est de qualité.
Côté scénario, si la même histoire vue par des personnages différents est un procédé que j'apprécie et qui est déjà vu en BD, les scénaristes ont poussé le mécanisme à fond en racontant 6 histoires différentes de personnages qui ne se connaissent pas et qui vont juste se croiser. Le résultat donne une série qu'on peut lire dans n'importe quel ordre. Sacrée bonne idée... et sur les premiers tomes le résultat est là.
Fouad est un thriller où un bénévole dans une association humanitaire va découvrir que son employeur se sert des malades pour en faire des cobayes. Il va alors tenter de découvrir ce qui se trame dans les hautes sphères de cette organisation et très vite il va mettre le doigt là où il ne fallait pas. L'histoire est rythmée, pleine de mystère et avance à 100 à l'heure. J'ai dévoré ce tome.
J'ai à peine moins aimé Camille, une histoire qui ouvre doucement les portes d'un récit fantastique. Là encore on se promène aux 4 coins de la planète, et le rythme est soutenu.
Darius recoupe pas mal l'histoire de cette dernière, tout l'en abordant d'un point de vue bien différent. Et on a aussi droit à quelques révélations autour de l'intrigue principale. Quel régal !
Quant à l'histoire de Park, c'est avec Fouad qu'elle a plus de liens. Mais ce tome nous apporte une vision assez différente de ce que l'on pensait savoir... Et puis quel final !!!
Les 2 autres albums apportent eux aussi leurs lots de recoupements et de surprises. De ce coté là on est servi avec Jonas. De son coté Noah apporte un nouvel éclairage sur des éléments lus précédemment.
Bref cette sorte de puzzle fonctionne à merveille. On croise des personnages qu'on a déjà vus, des évènements déjà lus, mais abordés de manière totalement différente. Ce qui est une péripétie sans importance ou un détail dans un tome est un élément majeur dans l'autre. Les recoupements s'articulent parfaitement et les liens entre les histoires donnent une nouvelle vision de celle précédemment lue.
Pas vraiment annoncé au départ, mais probablement déjà prévu Ultimatum est une sorte de conclusion qui se passe après les 6 premiers albums. J'ai tellement adoré les premiers que j'avais presque peur d'être déçu de cette suite. Ce n'est pas le cas, ce qui se passe est plutôt logique en fin de compte. Il y a de très bonnes idées. Il y a d'autres détails auxquels j'ai moins adhéré. Et puis il y a des personnages qui me tenaient beaucoup à coeur et j'aurais aimé pour eux un autre destin. Mais c'est comme ça finalement...
Incontestablement ma meilleure lecture de 2011. Je ne résiste pas au plaisir de mettre 5 étoiles. Après plusieurs relectures, Alter Ego est même clairement une de mes séries préférées !
Vivement la suite !
C'est réellement une agréable découverte à laquelle je ne m'attendais pas avec un titre pareil. Certes, le scénario est classique et un peu digne des grandes sagas familiales à travers les épreuves historiques du temps. Néanmoins, en l'espèce, c'est rondement bien mené. On est très vite happé par le récit et on a envie de découvrir la suite avec impatience. L'Histoire et la bande dessinée font quelquefois fois très bon ménage ensemble!
On s'attache à l'histoire d'un immigrant russe de confession judaïque qui fait fortune en France dans l'acier, juste avant la seconde guerre mondiale. J'ai bien aimé le début car on découvre la genèse de l'histoire en Bessarabie en 1905 au moment des pogroms puis la fin un peu tragique du magnat en 1965 au moment de l'élection présidentielle. Il est vrai qu'on est facilement balloté d'une époque à l'autre avec de nombreux flash-backs. Cependant, je trouve qu'ils sont savamment orchestrés d'autant que cela va être de plus en plus limité par la suite.
Bref, la réalisation de cette bd est tout à fait convenable tout comme le dessin. Il faut dire que le dessin de Sylvain Vallée avec son style réaliste ne décrédibilise pas l'ensemble. Je suis véritablement conquis! :) Par contre, je pense que la filiation revendiquée avec Sergio Léone est pour le moins hasardeuse sauf à revendiquer un côté fresque. Que dire également des différentes couvertures qui se succèdent et qui respectent un cadre bien précis ! C'est réellement du très bon travail !
Le second tome traite de la période de la seconde guerre mondiale où il n’était pas bon d’être un juif dans un pays conquis. Aussi cet homme va tout faire pour sauver sa famille et son entreprise jusqu’à renier ses propres origines et se compromettre avec le mal. Fera t-'il acte de résistance ou bien de collaboration avec l'ennemi pour consolider son empire dans la sidérurgie? On tient là une grande série qui ne fait pas de complaisance.
Le troisième tome est un peu celui de la consécration. La série se poursuit toujours avec brio grâce aux talents des deux auteurs. On est au coeur de la Seconde Guerre Mondiale avec la période de l'Occupation où Joseph Joanovici navigue entre des affaires douteuses qui marchent bien et une collaboration de circonstance avec les nazis. Pour autant, il sent le vent tourner et investit peu à peu dans la Résistance. C'est difficile de jouer sur deux tableaux : c'est ce que semble démontrer cette série qui nous dépeint un homme pas complètement pourri.
Le quatrième tome est sans doute le plus fort car c'est le temps du passage à l'acte afin de sauver les meubles devant le débarquement alliés. Jamais notre homme ne sera autant au bord du gouffre avec son double jeu ! Cependant, il arrivera à s'en sortir non sans de terribles sacrifices. On découvre dans toute sa splendeur l'ambiguité de ce personnage qui a pactisé avec le diable. La sympathie qu'il inspirait va s'effacer peu à peu. Reste à découvrir ce qu'il l'attend au tournant.
Le cinquième tome fait un retour sur le petit juge de Melun qui avait un peu disparu de l'intrigue. Le personnage de Joseph devient de plus en plus détestable car sans moralité. J'en arrive même à espérer que le petit juge qui lutte contre un puissant réseau qui le protège pourra le coincer. Néanmoins, il faut se dire que c'est toute une époque troublée qu'il faudrait juger où des dignitaires ont d'abord collaboré avec l'ennemi avant de retourner leur veste.
Le dernier tome est l’heure pour notre anti-héros de payer l’addition remplie par une vie d’excès et d’argent facile. Les sombres prédictions se réalisent. On en vient à avoir de la compassion pour Joseph malgré tout ce qu’il a pu faire. Cette œuvre se termine de façon magistrale. J’ai franchement bien aimé.
Un dernier mot pour dire que la narration est d'une remarquable fluidité malgré la complexité de l'histoire de ce personnage. C'est ce qui me fait dire que Fabien Nury est certainement l'un des scénaristes les plus doués de sa génération. Je crois que cette bd fera un jour un très bon film de cinéma ! Tout y est pour notre plus grand plaisir !
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Gotham Central raconte une suite d'enquêtes classiques plus ou moins liées les unes aux autres dans l'univers de Batman, à la manière d'une série policière américaine qui, au fil des affaires, en profite pour approfondir discrètement ses personnages.
Avant de lire la BD j'avais quelques appréhensions face à ce mix de prime abord étrange entre The Wire et l'univers d'un gars déguisé en chauve-souris. Mais j'ai été conquis. Je pense que ce qui rend cette alchimie possible tient beaucoup au dessin à la Year One, très réaliste, peu fouillé, allant brutalement à l'essentiel. Dans "Un Long Halloween" j'ai vraiment eu du mal avec le contraste entre un graphisme plutôt réaliste du monde de la pègre, et celui complètement fantaisiste des super-vilains. Ici les super-vilains s'intègrent bien.
Gotham Central, c'est d'abord l'occasion de découvrir les méchants batmaniens sous un tout nouvel angle, plus humain d'une part et donc plus intéressant ; la police établit des profils de ces criminels d'exception, et Ed Brubaker parvient à les rendre très crédibles grâce à une plume sobre et sensible. C'est aussi l'occasion de voir un Batman différent.
Dans les BDs canoniques, Batman est un personnage principal, quand ce n'est pas LE personnage principal. Ici, évidemment sa présence surplombe toute la BD, mais il apparaît peu. Nous n'avons plus son point de vue à lui ; nous ne savons rien de ses motivations, de ses enjeux, ce n'est qu'un type laconique qui apparaît pour disparaître aussitôt.
Et on découvre que pour les policiers, il y a des raisons légitimes de détester cet homme qui fait le boulot à leur place, agit en toute impunité sans se soucier des lois, ce "freak" qui a transformé leur ville en Foire aux Monstres. La relation est ambiguë, car si effectivement la police a bien du mal à souffrir son soutien, elle en a aussi besoin quand la situation la dépasse.
Gotham Central, c'est le point de vue de gens ordinaires sur un monde qui ne l'est plus, qui ne leur appartient presque plus, et qui est pourtant le leur. C'est aussi une manière très habile de faire de la BD de super-héros "pour les grands", bien mieux que Nolan ne l'a fait pour le cinéma, et dans la continuité de Year One.
Bref, Gotham Central ; j'adore !
Je ne comprends pas qu'on ne mette pas "culte" à Thorgal.
C'est comme Tintin, personnellement je ne supporte pas cet adolescent imberbe et asexué de 40 kilos qui met KO les méchants en un coup de poing (sérieux Tintin, fais nous plaisir : trouve toi une meuf). Pourtant si je devais le noter je mettrais "culte", pas le choix, l'histoire nous l'a démontré.
Donc pour Thorgal c'est pareil. Que dire du héros ? Il est juste parfait.
Fort, beau, généreux, intelligent, dévoué... et en plus il a horreur de la violence et ne se bat que lorsqu'il y est contraint (heureusement car à lui tout seul on lui doit la clef du deuxième monde, la chute de Brek Zarith, la victoire de xijins sur les chaams, la mort d'Orghoff l'Invincible, Shaigan sans merci...).
Il voyage, entre les mondes et les continents.
Archer hors pair, le meilleur album de la série en sera intitulé.
Des personnages secondaires somptueux, je pense notamment à Kriss de Valnor (mon premier fantasme d'adolescent avec Iguegue de "Salut les musclés" bon là ce n'est pas le même registre).
Que dire du cycle du pays Qà ? Rien, lisez-le et relisez-le.
Pour les détracteurs je vous l'accorde la série n'est pas parfaite, il y a quelques incohérences entre certains albums, la série s'essouffle lorsque l'on arrive au 22-23ème album, Van Hamme à tendance à en faire trop (comme à son habitude), malheureusement c'est vrai.
Par contre le dessin de Rosinski est impeccable, proportions, visages expressions souvent dans les BD réalistes on a tendance à confondre certains personnages, là impossible de confondre Thorgal à Tjall ou Jorund le Taureau à Wor le Magnifique.
Enfants des étoiles, super-héros sans super-pouvoir (si ce n'est celui du coeur), les femmes l'aiment, les hommes le jalousent.
En définitive, Thorgal c'est l'homme qu'on adore ou qu'on déteste mais il ne laisse pas indifférent.
J'ai passé un bon moment avec cette BD qui m'a littéralement fait voyager en Israël. Delisle apparait comme sympathique, ce qui facilite bien évidemment la lecture.
Au début, je n'étais pourtant pas très enthousiaste, à l'instar de notre personnage, qui, en arrivant, découvre un pays pas spécialement accueillant...
Mais une fois rentré dans le vif du sujet, je n'ai pas pu lâcher l'album. Ca m'a couté quelques réveils difficiles...
Le trait est très sobre, les cases très lisibles et épurées, ça va direct à l'essentiel, et la lecture est donc très rapide: n'ayez pas peur de ce qui parait comme un "pavé" au premier abord.
A travers l'expérience de Guy Delisle, j'ai l'impression de connaitre un peu mieux ce pays très compliqué. C'est un peu comme s'il m'avait fait une visite guidée.
J'ai bien aimé certaines de ses remarques perspicaces, dont certaines ont confirmé mes griefs envers les religieux plus ou moins bornés.
A titre d'exemple, j'ai trouvé amusant le fait que l'auteur soit décontenancé par le fait que l'on demande la profession de ses grands-parents pour avoir le droit d'aller à Gaza, et aussi sa remarque sur le fait que les arabes et les juifs ne peuvent pas jeter le pain, alors que les chrétiens, qui estiment que parfois il s'agit du corps du Christ, le jettent, eux.
Enfin, on réalise encore le ridicule de certaines situations lorsque l'on voit tous les détours que les habitants doivent faire pour se rendre à quelques mètres de chez eux, à cause des hauts-murs.
J'ai vraiment apprécié cette lecture, et j'ai presque eu un sentiment de tristesse en refermant l'album, comme si Delisle allait me manquer...
En tout cas, ça m'a donné une énorme envie de découvrir ses autres carnets de coyage, comme Shenzhen, Chroniques Birmanes, ou Pyongyang.
(153)
Edit: Finalement, près de 2 mois après avoir posté mon avis, je mets la note maximale. Impossible pour moi d'oublier cet ouvrage.
Petit moment de magie et d'irréalité : (re)lire le Peter Pan de Loisel calé au coin du feu...
Est-ce le temps pluvieux du moment ou le besoin de replonger dans quelque fantastique "classique" série qui peuple ma bibliothèque qui me guida dans ce choix ? Toujours est-il que je me retrouvais nez au vent, dans les venelles lugubres et sordides du Londres de cette fin de XIXe siècle, période que j'affectionne particulièrement.
Car c'est ça la magie d'une très bonne BD ; que dis-je, d'une BD culte ! Même déjà lue, on sait qu'à la relecture, même les années ayant passé, le plaisir sera toujours au rendez-vous ! Avec un peu de chance et en ayant été patient, on aura même "la chance" d'avoir oublié quelques scènes clés du scénario et quelques rebondissements...
C'est donc dans cet état d'esprit que je me suis attelé à cette relecture, confortablement installé, à goûter artificiellement la morsure du fog londonien en suivant les pas agiles de ce Peter et son talent de conteur. Et si Peter est doué pour faire rêver son jeune public à une mère idéalisée, Loisel n'est pas en reste question talent pour nous embarquer dans ses histoires. Car c'est ici en solo qu'il s'attaque à cette adaptation de "Peter Pan". Conte classique parmi les classiques, c'est le genre de morceau qui, même pour les plus grands, peut vite devenir indigeste et vous faire regretter ce choix.
Mais là, pas de citrate de betaïne à prévoir, Loisel en impose. D'une part il réussit le tour de force de nous retranscrire l'essence de ce conte merveilleux sur le rejet du monde adulte. Mais il se l'approprie pleinement pour en faire une œuvre à part et très personnelle. Le gnangnan disneyien n'a ici pas sa place et c'est la triste réalité du monde des hommes, des adultes et de leurs travers qu'il nous dépeint froidement et cruellement. Pour ça, le Londres fin XIXe est formidablement bien rendu ; les personnages et le quotidien qu'ils mènent sont criants de vie... et parfois de mort.
Et c'est au fil des pages de cette comédie humaine que le fantastique pointe petit à petit son nez pour nous pousser vers l'épique. C'est là que la fée Clochette fait irruption... Clé de voute entre ces deux mondes que tout oppose, c'est elle et son fichu caractère qui assurera le lien entre ces deux univers et les personnages de son entourage.
Sauf que la petite clochette peut aussi bien jouer la mignonnette que la fieffée (haha ! quel jeu de mot !) salope ! Et que sous ses airs de sainte nitouche, la Clochette n'est pas si droite que ça. Ses intérêts passent avant le reste, quitte à ce que certains sombrent dans le pourcentage de pertes autorisées que toute bonne série BD doit savoir gérer avec parcimonie...
Peter avance, découvre un nouvel univers et se découvre par la même occasion. Sauf qu'être chef et prendre des décisions, ce n'est pas toujours aussi facile qu'on le croit… Devenir Peter Pan n’advient pas à n’importe qui.
Graphiquement, y’a pas à dire c’est du Loisel. Original comme point de vue me direz-vous… Mais en même temps, que voulez y rajouter ? Son trait et sa façon de dessiner sont si personnels qu’on reconnaît sa patte au premier coup d’œil. Je rajouterai qu’il a toujours un sens de la narration impeccable et que ses compositions de planche sont toujours magnifiques à mes yeux. Bref : du tout bon !
Sans rentrer dans le détail des six albums qui constituent cette série, j'ai un faible pour le second "Opikanoba". L'ambiance retranscrite est palpable et la magie du lieu prenante. Mais à mes yeux, tous sont formidables et constituent un tout qu’on ne pourrait dissocier. Après, si certains trouvent la fin de cette série un peu bâclée, je n'ai pas du tout ce sentiment. Oui, certains points restent sans réponse, mais bon... Est-ce bien grave ? L'essentiel est dans la magie et la force des personnages qui composent ce conte cruel. Après, comme dans la vie, chacun fait son petit bout de chemin, même si certains se perdent en cours de voyage.
Peter Pan ? Sans doute une des meilleures adaptation BD que j’ai l’occasion de lire à ce jour !
Un mot : superbe!
Je ne suis pas un grand fan d'héroic-fantasy (les dragons, les nains ivrognes, les elfes impeccables, les orques dégoûtants... ça commence à bien faire).
Mais là j'avoue avoir pris une claque.
Scénaristiquement tout d'abord, la magie est présente, les esprits, les dragons, les géants... on en parle mais on les voit peu. Nous ne souffrons donc pas d'une overdose de sortilèges et de boules de feux à chaque page.
Les drekkars par exemple, on les voit furtivement au cours du premier tome. Avant la lecture du deuxième album, j'avais imaginé ce qu'aurait pu être leur civilisation mais j'étais bien loin d'en imaginer sa complexité.
Voila une belle preuve d'intelligence du scénariste qui, avec des bases connues, arrive à nous créer un univers original.
Graphiquement, c'est vrai que certains visage se ressemblent, c'est vrai également qu'il n'y a pas beaucoup de couleurs, mais que dire du souci des détails ?
On se surprend à contempler la finesse d'une cote de maille, l'architecture de la passe des drekkars est oppressante, on en arrive à sentir le bois et l'entendre grincer.
Que dire de la scène d'embuscade du roi sur le pont ?
L'ajout des lexiques en fin d'albums sont des éléments supplémentaires qui viennent enrichir la compréhension et l'implication du lecteur.
Voici une série que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire et à relire.
Après le superbe Blankets, je n’imaginais pas que Craig Thompson puisse faire mieux… et pourtant c’est le cas avec cet autre pavé, encore plus épais (665 pages). Si pour moi Blankets représente l’archétype du roman graphique, je dirais qu’avec Habibi, Thompson a inventé la formule idéale du « roman graphique picaresque ». Que dire, c’est tout simplement époustouflant, tant au niveau de l’histoire que du graphisme, encore plus poussé. L’auteur s’est littéralement surpassé, son trait élégant semble avoir fusionné avec l’Art islamique traditionnel, intégrant un luxe incroyable de détails (on reste abasourdi devant ces frises et motifs orientaux qui n’ont clairement pas été trafiqués par ordinateur). La mise en page est toujours surprenante et souligne judicieusement le contexte. C’est du grand art, et une fois encore, le noir et blanc se suffit largement à lui-même.
L’histoire est complexe, alternant flashbacks, références bibliques et coraniques, évocation des légendes et poèmes orientaux, digressions sur la calligraphie arabe et ses aspects symboliques, avec des ouvertures vers la science et l’ésotérisme. Mais Thompson réussit pourtant, par une alchimie subtile, à faire tenir tout ça debout. Certes on ne rentre pas dans cette histoire comme dans un moulin, et il m’a fallu moi-même quelques pages pour m’habituer à ce mode de récit, mais une fois passé le cap, quel délice ! Il s’agit d’un conte épique et débridé, où l’auteur ne s’interdit aucun thème ni aucune représentation.
Entre Blankets et Habibi, le lieu de l’action (Midwest américain et terre orientale indéfinie) et le genre (autobiographie et conte) diffèrent, mais on y retrouve les mêmes questionnements philosophiques et religieux, sur l’amour, le couple et la sexualité. Et malgré les nombreuses références à la religion, il n’y a aucune trace de bigoterie dans cette démarche : l’humour et les scènes de sexe (parfois tendres et sensuelles, parfois dures et rebutantes) viennent souvent équilibrer le propos. S’ajoutent à cela des préoccupations écologiques qui contemporanisent l’ouvrage.
Si ce récit à la fois actuel et intemporel recèle un message humaniste de portée universelle, il est aussi un très bel hommage à la civilisation arabe, où l’auteur nous fait apprécier la beauté et la subtilité de son art, notamment la calligraphie qui tient une place très importante tout au long du livre. Il faudrait plusieurs lectures pour en absorber toute la richesse, mais en ce qui me concerne, ma vision d’occidental lambda en a été indéniablement modifiée, et il a fallu que ce soit grâce à un Américain ! Cette culture, malgré sa proximité géographique avec l’Europe, reste au final assez méconnue et toujours en proie aux préjugés. Et cela ne s’applique pas seulement à l’électorat perméable aux discours racistes.
Craig Thompson a vraiment placé la barre très haut avec cet Habibi, qui pour moi tient à la fois du chef d’œuvre et du coup de cœur.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Universal War One
Difficile de parler de cette série sans trop en dire, ou pas assez. Les dessins sont très beaux, l'intrigue nous mène par le bout du nez, des yeux, là où Bajram voulait nous mener, à coup de citations bibliques. Peut-être pas le scénario le plus original, mais dès la première lecture (je l'ai lue trois fois en entier), j'ai été embarqué et n'ai pu m'arrêter avant la fin. Je ne sais plus si ni où j'ai pu lire une interview de Bajram où il disait, il y a longtemps, avoir déjà matière à une suite. Cela fait rêver... et puis non, la peur de la déception, enfin un réflexe con, sûrement. En tout cas, je me joins aux très nombreux avis qui recommandent achat et lecture de ce qui constitue un "immanquable" du genre - dont on peut ne pas être friand, mais si c'est le cas, n'hésitez pas à vous plonger dans cet univers ! Quel plaisir !
SinBad
Très bonne bd ! L'univers et l'ambiance des mille et une nuits sont présents, l'histoire est captivante, les personnages aussi. Le dessin est chaleureux, notamment ceux de Bagdad en plein soir avec les souks bien retranscrits. On s'y croirait !! C'est beau c'est bon c'est génial. Je mets volontiers 5/5 tellement j'aime cet univers.
Alter Ego
Cela fait un moment que j'ai remarqué cette série, bien avant sa sortie et je l'attendais impatiemment. 6 tomes racontant l'histoire de 6 personnages qui ne se connaissent pas, qui n'ont rien en commun et pourtant... Le pitch fait envie, le dessin aussi. Je le trouve vraiment superbe, c'est un mélange assez réussi de plusieurs éléments et pour cause : au lieu d'avoir un dessinateur différent par tome, ils se sont partagé le boulot. Un au story board, un pour les décors, un pour les personnages, un pour la couleur. L'alchimie prend super bien, l'homogénéité de l'ensemble est assurée et le résultat est de qualité. Côté scénario, si la même histoire vue par des personnages différents est un procédé que j'apprécie et qui est déjà vu en BD, les scénaristes ont poussé le mécanisme à fond en racontant 6 histoires différentes de personnages qui ne se connaissent pas et qui vont juste se croiser. Le résultat donne une série qu'on peut lire dans n'importe quel ordre. Sacrée bonne idée... et sur les premiers tomes le résultat est là. Fouad est un thriller où un bénévole dans une association humanitaire va découvrir que son employeur se sert des malades pour en faire des cobayes. Il va alors tenter de découvrir ce qui se trame dans les hautes sphères de cette organisation et très vite il va mettre le doigt là où il ne fallait pas. L'histoire est rythmée, pleine de mystère et avance à 100 à l'heure. J'ai dévoré ce tome. J'ai à peine moins aimé Camille, une histoire qui ouvre doucement les portes d'un récit fantastique. Là encore on se promène aux 4 coins de la planète, et le rythme est soutenu. Darius recoupe pas mal l'histoire de cette dernière, tout l'en abordant d'un point de vue bien différent. Et on a aussi droit à quelques révélations autour de l'intrigue principale. Quel régal ! Quant à l'histoire de Park, c'est avec Fouad qu'elle a plus de liens. Mais ce tome nous apporte une vision assez différente de ce que l'on pensait savoir... Et puis quel final !!! Les 2 autres albums apportent eux aussi leurs lots de recoupements et de surprises. De ce coté là on est servi avec Jonas. De son coté Noah apporte un nouvel éclairage sur des éléments lus précédemment. Bref cette sorte de puzzle fonctionne à merveille. On croise des personnages qu'on a déjà vus, des évènements déjà lus, mais abordés de manière totalement différente. Ce qui est une péripétie sans importance ou un détail dans un tome est un élément majeur dans l'autre. Les recoupements s'articulent parfaitement et les liens entre les histoires donnent une nouvelle vision de celle précédemment lue. Pas vraiment annoncé au départ, mais probablement déjà prévu Ultimatum est une sorte de conclusion qui se passe après les 6 premiers albums. J'ai tellement adoré les premiers que j'avais presque peur d'être déçu de cette suite. Ce n'est pas le cas, ce qui se passe est plutôt logique en fin de compte. Il y a de très bonnes idées. Il y a d'autres détails auxquels j'ai moins adhéré. Et puis il y a des personnages qui me tenaient beaucoup à coeur et j'aurais aimé pour eux un autre destin. Mais c'est comme ça finalement... Incontestablement ma meilleure lecture de 2011. Je ne résiste pas au plaisir de mettre 5 étoiles. Après plusieurs relectures, Alter Ego est même clairement une de mes séries préférées ! Vivement la suite !
Il était une fois en France
C'est réellement une agréable découverte à laquelle je ne m'attendais pas avec un titre pareil. Certes, le scénario est classique et un peu digne des grandes sagas familiales à travers les épreuves historiques du temps. Néanmoins, en l'espèce, c'est rondement bien mené. On est très vite happé par le récit et on a envie de découvrir la suite avec impatience. L'Histoire et la bande dessinée font quelquefois fois très bon ménage ensemble! On s'attache à l'histoire d'un immigrant russe de confession judaïque qui fait fortune en France dans l'acier, juste avant la seconde guerre mondiale. J'ai bien aimé le début car on découvre la genèse de l'histoire en Bessarabie en 1905 au moment des pogroms puis la fin un peu tragique du magnat en 1965 au moment de l'élection présidentielle. Il est vrai qu'on est facilement balloté d'une époque à l'autre avec de nombreux flash-backs. Cependant, je trouve qu'ils sont savamment orchestrés d'autant que cela va être de plus en plus limité par la suite. Bref, la réalisation de cette bd est tout à fait convenable tout comme le dessin. Il faut dire que le dessin de Sylvain Vallée avec son style réaliste ne décrédibilise pas l'ensemble. Je suis véritablement conquis! :) Par contre, je pense que la filiation revendiquée avec Sergio Léone est pour le moins hasardeuse sauf à revendiquer un côté fresque. Que dire également des différentes couvertures qui se succèdent et qui respectent un cadre bien précis ! C'est réellement du très bon travail ! Le second tome traite de la période de la seconde guerre mondiale où il n’était pas bon d’être un juif dans un pays conquis. Aussi cet homme va tout faire pour sauver sa famille et son entreprise jusqu’à renier ses propres origines et se compromettre avec le mal. Fera t-'il acte de résistance ou bien de collaboration avec l'ennemi pour consolider son empire dans la sidérurgie? On tient là une grande série qui ne fait pas de complaisance. Le troisième tome est un peu celui de la consécration. La série se poursuit toujours avec brio grâce aux talents des deux auteurs. On est au coeur de la Seconde Guerre Mondiale avec la période de l'Occupation où Joseph Joanovici navigue entre des affaires douteuses qui marchent bien et une collaboration de circonstance avec les nazis. Pour autant, il sent le vent tourner et investit peu à peu dans la Résistance. C'est difficile de jouer sur deux tableaux : c'est ce que semble démontrer cette série qui nous dépeint un homme pas complètement pourri. Le quatrième tome est sans doute le plus fort car c'est le temps du passage à l'acte afin de sauver les meubles devant le débarquement alliés. Jamais notre homme ne sera autant au bord du gouffre avec son double jeu ! Cependant, il arrivera à s'en sortir non sans de terribles sacrifices. On découvre dans toute sa splendeur l'ambiguité de ce personnage qui a pactisé avec le diable. La sympathie qu'il inspirait va s'effacer peu à peu. Reste à découvrir ce qu'il l'attend au tournant. Le cinquième tome fait un retour sur le petit juge de Melun qui avait un peu disparu de l'intrigue. Le personnage de Joseph devient de plus en plus détestable car sans moralité. J'en arrive même à espérer que le petit juge qui lutte contre un puissant réseau qui le protège pourra le coincer. Néanmoins, il faut se dire que c'est toute une époque troublée qu'il faudrait juger où des dignitaires ont d'abord collaboré avec l'ennemi avant de retourner leur veste. Le dernier tome est l’heure pour notre anti-héros de payer l’addition remplie par une vie d’excès et d’argent facile. Les sombres prédictions se réalisent. On en vient à avoir de la compassion pour Joseph malgré tout ce qu’il a pu faire. Cette œuvre se termine de façon magistrale. J’ai franchement bien aimé. Un dernier mot pour dire que la narration est d'une remarquable fluidité malgré la complexité de l'histoire de ce personnage. C'est ce qui me fait dire que Fabien Nury est certainement l'un des scénaristes les plus doués de sa génération. Je crois que cette bd fera un jour un très bon film de cinéma ! Tout y est pour notre plus grand plaisir ! Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Gotham Central
Gotham Central raconte une suite d'enquêtes classiques plus ou moins liées les unes aux autres dans l'univers de Batman, à la manière d'une série policière américaine qui, au fil des affaires, en profite pour approfondir discrètement ses personnages. Avant de lire la BD j'avais quelques appréhensions face à ce mix de prime abord étrange entre The Wire et l'univers d'un gars déguisé en chauve-souris. Mais j'ai été conquis. Je pense que ce qui rend cette alchimie possible tient beaucoup au dessin à la Year One, très réaliste, peu fouillé, allant brutalement à l'essentiel. Dans "Un Long Halloween" j'ai vraiment eu du mal avec le contraste entre un graphisme plutôt réaliste du monde de la pègre, et celui complètement fantaisiste des super-vilains. Ici les super-vilains s'intègrent bien. Gotham Central, c'est d'abord l'occasion de découvrir les méchants batmaniens sous un tout nouvel angle, plus humain d'une part et donc plus intéressant ; la police établit des profils de ces criminels d'exception, et Ed Brubaker parvient à les rendre très crédibles grâce à une plume sobre et sensible. C'est aussi l'occasion de voir un Batman différent. Dans les BDs canoniques, Batman est un personnage principal, quand ce n'est pas LE personnage principal. Ici, évidemment sa présence surplombe toute la BD, mais il apparaît peu. Nous n'avons plus son point de vue à lui ; nous ne savons rien de ses motivations, de ses enjeux, ce n'est qu'un type laconique qui apparaît pour disparaître aussitôt. Et on découvre que pour les policiers, il y a des raisons légitimes de détester cet homme qui fait le boulot à leur place, agit en toute impunité sans se soucier des lois, ce "freak" qui a transformé leur ville en Foire aux Monstres. La relation est ambiguë, car si effectivement la police a bien du mal à souffrir son soutien, elle en a aussi besoin quand la situation la dépasse. Gotham Central, c'est le point de vue de gens ordinaires sur un monde qui ne l'est plus, qui ne leur appartient presque plus, et qui est pourtant le leur. C'est aussi une manière très habile de faire de la BD de super-héros "pour les grands", bien mieux que Nolan ne l'a fait pour le cinéma, et dans la continuité de Year One. Bref, Gotham Central ; j'adore !
Thorgal
Je ne comprends pas qu'on ne mette pas "culte" à Thorgal. C'est comme Tintin, personnellement je ne supporte pas cet adolescent imberbe et asexué de 40 kilos qui met KO les méchants en un coup de poing (sérieux Tintin, fais nous plaisir : trouve toi une meuf). Pourtant si je devais le noter je mettrais "culte", pas le choix, l'histoire nous l'a démontré. Donc pour Thorgal c'est pareil. Que dire du héros ? Il est juste parfait. Fort, beau, généreux, intelligent, dévoué... et en plus il a horreur de la violence et ne se bat que lorsqu'il y est contraint (heureusement car à lui tout seul on lui doit la clef du deuxième monde, la chute de Brek Zarith, la victoire de xijins sur les chaams, la mort d'Orghoff l'Invincible, Shaigan sans merci...). Il voyage, entre les mondes et les continents. Archer hors pair, le meilleur album de la série en sera intitulé. Des personnages secondaires somptueux, je pense notamment à Kriss de Valnor (mon premier fantasme d'adolescent avec Iguegue de "Salut les musclés" bon là ce n'est pas le même registre). Que dire du cycle du pays Qà ? Rien, lisez-le et relisez-le. Pour les détracteurs je vous l'accorde la série n'est pas parfaite, il y a quelques incohérences entre certains albums, la série s'essouffle lorsque l'on arrive au 22-23ème album, Van Hamme à tendance à en faire trop (comme à son habitude), malheureusement c'est vrai. Par contre le dessin de Rosinski est impeccable, proportions, visages expressions souvent dans les BD réalistes on a tendance à confondre certains personnages, là impossible de confondre Thorgal à Tjall ou Jorund le Taureau à Wor le Magnifique. Enfants des étoiles, super-héros sans super-pouvoir (si ce n'est celui du coeur), les femmes l'aiment, les hommes le jalousent. En définitive, Thorgal c'est l'homme qu'on adore ou qu'on déteste mais il ne laisse pas indifférent.
Chroniques de Jérusalem
J'ai passé un bon moment avec cette BD qui m'a littéralement fait voyager en Israël. Delisle apparait comme sympathique, ce qui facilite bien évidemment la lecture. Au début, je n'étais pourtant pas très enthousiaste, à l'instar de notre personnage, qui, en arrivant, découvre un pays pas spécialement accueillant... Mais une fois rentré dans le vif du sujet, je n'ai pas pu lâcher l'album. Ca m'a couté quelques réveils difficiles... Le trait est très sobre, les cases très lisibles et épurées, ça va direct à l'essentiel, et la lecture est donc très rapide: n'ayez pas peur de ce qui parait comme un "pavé" au premier abord. A travers l'expérience de Guy Delisle, j'ai l'impression de connaitre un peu mieux ce pays très compliqué. C'est un peu comme s'il m'avait fait une visite guidée. J'ai bien aimé certaines de ses remarques perspicaces, dont certaines ont confirmé mes griefs envers les religieux plus ou moins bornés. A titre d'exemple, j'ai trouvé amusant le fait que l'auteur soit décontenancé par le fait que l'on demande la profession de ses grands-parents pour avoir le droit d'aller à Gaza, et aussi sa remarque sur le fait que les arabes et les juifs ne peuvent pas jeter le pain, alors que les chrétiens, qui estiment que parfois il s'agit du corps du Christ, le jettent, eux. Enfin, on réalise encore le ridicule de certaines situations lorsque l'on voit tous les détours que les habitants doivent faire pour se rendre à quelques mètres de chez eux, à cause des hauts-murs. J'ai vraiment apprécié cette lecture, et j'ai presque eu un sentiment de tristesse en refermant l'album, comme si Delisle allait me manquer... En tout cas, ça m'a donné une énorme envie de découvrir ses autres carnets de coyage, comme Shenzhen, Chroniques Birmanes, ou Pyongyang. (153) Edit: Finalement, près de 2 mois après avoir posté mon avis, je mets la note maximale. Impossible pour moi d'oublier cet ouvrage.
Peter Pan
Petit moment de magie et d'irréalité : (re)lire le Peter Pan de Loisel calé au coin du feu... Est-ce le temps pluvieux du moment ou le besoin de replonger dans quelque fantastique "classique" série qui peuple ma bibliothèque qui me guida dans ce choix ? Toujours est-il que je me retrouvais nez au vent, dans les venelles lugubres et sordides du Londres de cette fin de XIXe siècle, période que j'affectionne particulièrement. Car c'est ça la magie d'une très bonne BD ; que dis-je, d'une BD culte ! Même déjà lue, on sait qu'à la relecture, même les années ayant passé, le plaisir sera toujours au rendez-vous ! Avec un peu de chance et en ayant été patient, on aura même "la chance" d'avoir oublié quelques scènes clés du scénario et quelques rebondissements... C'est donc dans cet état d'esprit que je me suis attelé à cette relecture, confortablement installé, à goûter artificiellement la morsure du fog londonien en suivant les pas agiles de ce Peter et son talent de conteur. Et si Peter est doué pour faire rêver son jeune public à une mère idéalisée, Loisel n'est pas en reste question talent pour nous embarquer dans ses histoires. Car c'est ici en solo qu'il s'attaque à cette adaptation de "Peter Pan". Conte classique parmi les classiques, c'est le genre de morceau qui, même pour les plus grands, peut vite devenir indigeste et vous faire regretter ce choix. Mais là, pas de citrate de betaïne à prévoir, Loisel en impose. D'une part il réussit le tour de force de nous retranscrire l'essence de ce conte merveilleux sur le rejet du monde adulte. Mais il se l'approprie pleinement pour en faire une œuvre à part et très personnelle. Le gnangnan disneyien n'a ici pas sa place et c'est la triste réalité du monde des hommes, des adultes et de leurs travers qu'il nous dépeint froidement et cruellement. Pour ça, le Londres fin XIXe est formidablement bien rendu ; les personnages et le quotidien qu'ils mènent sont criants de vie... et parfois de mort. Et c'est au fil des pages de cette comédie humaine que le fantastique pointe petit à petit son nez pour nous pousser vers l'épique. C'est là que la fée Clochette fait irruption... Clé de voute entre ces deux mondes que tout oppose, c'est elle et son fichu caractère qui assurera le lien entre ces deux univers et les personnages de son entourage. Sauf que la petite clochette peut aussi bien jouer la mignonnette que la fieffée (haha ! quel jeu de mot !) salope ! Et que sous ses airs de sainte nitouche, la Clochette n'est pas si droite que ça. Ses intérêts passent avant le reste, quitte à ce que certains sombrent dans le pourcentage de pertes autorisées que toute bonne série BD doit savoir gérer avec parcimonie... Peter avance, découvre un nouvel univers et se découvre par la même occasion. Sauf qu'être chef et prendre des décisions, ce n'est pas toujours aussi facile qu'on le croit… Devenir Peter Pan n’advient pas à n’importe qui. Graphiquement, y’a pas à dire c’est du Loisel. Original comme point de vue me direz-vous… Mais en même temps, que voulez y rajouter ? Son trait et sa façon de dessiner sont si personnels qu’on reconnaît sa patte au premier coup d’œil. Je rajouterai qu’il a toujours un sens de la narration impeccable et que ses compositions de planche sont toujours magnifiques à mes yeux. Bref : du tout bon ! Sans rentrer dans le détail des six albums qui constituent cette série, j'ai un faible pour le second "Opikanoba". L'ambiance retranscrite est palpable et la magie du lieu prenante. Mais à mes yeux, tous sont formidables et constituent un tout qu’on ne pourrait dissocier. Après, si certains trouvent la fin de cette série un peu bâclée, je n'ai pas du tout ce sentiment. Oui, certains points restent sans réponse, mais bon... Est-ce bien grave ? L'essentiel est dans la magie et la force des personnages qui composent ce conte cruel. Après, comme dans la vie, chacun fait son petit bout de chemin, même si certains se perdent en cours de voyage. Peter Pan ? Sans doute une des meilleures adaptation BD que j’ai l’occasion de lire à ce jour !
Servitude
Un mot : superbe! Je ne suis pas un grand fan d'héroic-fantasy (les dragons, les nains ivrognes, les elfes impeccables, les orques dégoûtants... ça commence à bien faire). Mais là j'avoue avoir pris une claque. Scénaristiquement tout d'abord, la magie est présente, les esprits, les dragons, les géants... on en parle mais on les voit peu. Nous ne souffrons donc pas d'une overdose de sortilèges et de boules de feux à chaque page. Les drekkars par exemple, on les voit furtivement au cours du premier tome. Avant la lecture du deuxième album, j'avais imaginé ce qu'aurait pu être leur civilisation mais j'étais bien loin d'en imaginer sa complexité. Voila une belle preuve d'intelligence du scénariste qui, avec des bases connues, arrive à nous créer un univers original. Graphiquement, c'est vrai que certains visage se ressemblent, c'est vrai également qu'il n'y a pas beaucoup de couleurs, mais que dire du souci des détails ? On se surprend à contempler la finesse d'une cote de maille, l'architecture de la passe des drekkars est oppressante, on en arrive à sentir le bois et l'entendre grincer. Que dire de la scène d'embuscade du roi sur le pont ? L'ajout des lexiques en fin d'albums sont des éléments supplémentaires qui viennent enrichir la compréhension et l'implication du lecteur. Voici une série que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire et à relire.
Habibi
Après le superbe Blankets, je n’imaginais pas que Craig Thompson puisse faire mieux… et pourtant c’est le cas avec cet autre pavé, encore plus épais (665 pages). Si pour moi Blankets représente l’archétype du roman graphique, je dirais qu’avec Habibi, Thompson a inventé la formule idéale du « roman graphique picaresque ». Que dire, c’est tout simplement époustouflant, tant au niveau de l’histoire que du graphisme, encore plus poussé. L’auteur s’est littéralement surpassé, son trait élégant semble avoir fusionné avec l’Art islamique traditionnel, intégrant un luxe incroyable de détails (on reste abasourdi devant ces frises et motifs orientaux qui n’ont clairement pas été trafiqués par ordinateur). La mise en page est toujours surprenante et souligne judicieusement le contexte. C’est du grand art, et une fois encore, le noir et blanc se suffit largement à lui-même. L’histoire est complexe, alternant flashbacks, références bibliques et coraniques, évocation des légendes et poèmes orientaux, digressions sur la calligraphie arabe et ses aspects symboliques, avec des ouvertures vers la science et l’ésotérisme. Mais Thompson réussit pourtant, par une alchimie subtile, à faire tenir tout ça debout. Certes on ne rentre pas dans cette histoire comme dans un moulin, et il m’a fallu moi-même quelques pages pour m’habituer à ce mode de récit, mais une fois passé le cap, quel délice ! Il s’agit d’un conte épique et débridé, où l’auteur ne s’interdit aucun thème ni aucune représentation. Entre Blankets et Habibi, le lieu de l’action (Midwest américain et terre orientale indéfinie) et le genre (autobiographie et conte) diffèrent, mais on y retrouve les mêmes questionnements philosophiques et religieux, sur l’amour, le couple et la sexualité. Et malgré les nombreuses références à la religion, il n’y a aucune trace de bigoterie dans cette démarche : l’humour et les scènes de sexe (parfois tendres et sensuelles, parfois dures et rebutantes) viennent souvent équilibrer le propos. S’ajoutent à cela des préoccupations écologiques qui contemporanisent l’ouvrage. Si ce récit à la fois actuel et intemporel recèle un message humaniste de portée universelle, il est aussi un très bel hommage à la civilisation arabe, où l’auteur nous fait apprécier la beauté et la subtilité de son art, notamment la calligraphie qui tient une place très importante tout au long du livre. Il faudrait plusieurs lectures pour en absorber toute la richesse, mais en ce qui me concerne, ma vision d’occidental lambda en a été indéniablement modifiée, et il a fallu que ce soit grâce à un Américain ! Cette culture, malgré sa proximité géographique avec l’Europe, reste au final assez méconnue et toujours en proie aux préjugés. Et cela ne s’applique pas seulement à l’électorat perméable aux discours racistes. Craig Thompson a vraiment placé la barre très haut avec cet Habibi, qui pour moi tient à la fois du chef d’œuvre et du coup de cœur.